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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 10:00
Ecrire au Moyen âge.



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Les anciens blocs-notes

Le nom de codex avait originairement servi à désigner un livre, aussi de forme rectangulaire, composé de tablettes de bois rassemblées par un même côté. Tant en Grèce qu'à Rome, ces tablettes servaient pour les besoins de la vie courante ; elles recevaient d'ordinaire un enduit de cire, sur lequel on traçait les caractères à l'aide d'un instrument pointu, le style.
« Les tablettes de bois, nous dit Lecoy de la Marche, étaient connues des Hébreux à l'époque où fut rédigé le Livre des Rois, et des Grecs dès le temps d'Homère; mais les Romains furent les premiers à les faire entrer dans la pratique journalière. Ils en fabriquaient avec le buis, l'if, l'érable et d'autres bois durs; les plus précieuses étaient en citrus, sorte de cyprès venant d'Afrique.
« Elles étaient disposées, tantôt en forme de livre ou de portefeuille (car elles avaient souvent plusieurs feuillets), tantôt en forme de diptyque ou de polyptyque, et tantôt comme un paravent.
« Elles s'employaient rarement sans enduit, et l'enduit ordinaire était la cire. Des rebords en saillie retenaient sur chaque feuillet cette substance malléable, sur laquelle on écrivait avec le style.
« Les tablettes, ainsi préparées, servaient partout aux correspondances, aux devoirs des écoliers, aux comptes, aux notes fugitives; car le principal avantage de la cire et la raison de son emploi, c'est qu'elle permettait d'effacer et de remplacer facilement les caractères tracés.
« Par le même motif, l'usage des tablettes se perpétua jusqu'à la fin du Moyen Age, la vulgarisation du livre proprement dit ne détruisant pas leur utilité toute spéciale. Charlemagne en avait d'habitude sous son chevet, suivant le témoignage d'Eginhard. Aux XIIe et XIII siècles, les clames françaises en portaient à leur ceinture, renfermées dans un étui plus ou moins riche, et les fabricants de « tables à escrire » formaient à Paris une corporation.
« Les comptes de nos rois étaient dressés sur des tablettes de cire, avant d'être transcrits sur le parchemin, et un de ces brouillons attire encore à juste titre la curiosité du public dans le musée de nos Archives nationales.
« Ce précieux monument renferme une partie des recettes et des dépenses de l'hôtel de Saint Louis pour les années 1256-1257. Chacun de ses feuillets, autrefois réunis par des charnières, de manière à imiter la forme du livre, est revêtu de cire noire sur l'une et l'autre face ; l'écriture y est tracée dans le sens le plus long, et barrée aux articles vérifiés ou recopiés par les gens des comptes. La Bibliothèque nationale possède des documents analogues pour les règnes de Philippe III et de Philippe IV... Le musée du Louvre contient trois ivoires ayant la même destination, qui ont été dépeints sommairement par M. de Laborde.
« Nos pères utilisaient les tablettes, non seulement pour leurs comptes et leurs messages, mais pour des extraits de livres, des reportations de sermons, des testaments, des projets d'actes, et, d'après certains étymologistes, le nom des tabellions n'a pas d'autre origine que celui des tabellae sur lesquelles ils rédigeaient leurs minutes. »



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Le style, notre stylo ?

Le style, qui servait à écrire sur les tablettes de cire, « était un petit instrument d'os de fer, de cuivre ou d'argent, long de quatre à cinq pouces, mince, effilé et pointu à l'une de ses extrémités, tandis que l'autre, assez forte, était aplatie...
« La pointe traçait l'écriture sur la cire, et, si l'on avait une lettre ou un mot à corriger ou à effacer, on retournait le style et l'on employait l'extrémité aplatie pour faire disparaître la lettre ou le mot réprouvé, pour rendre unie, dans cet endroit, la surface de la cire, et pouvoir substituer un autre mot à celui qu'on venait d'effacer.
« II paraît que l'usage du style est fort ancien ; il en est question dans la Bible. Dieu menace de détruire Jérusalem, et, selon l'expression de la Vulgate, de l'effacer comme on efface ce qui est écrit sur des tablettes, en passant et repassant plusieurs fois le style par-dessus.
« Mais si le style a été en usage longtemps avant l'ère vulgaire, on s'en est encore servi longtemps après, saint Boniface, apôtre d'Allemagne, nous apprend, dans une de ses lettres, que les styles d'argent étaient encore à la mode au VIIIe siècle. Nous avons vu précédemment que leur usage s'est prolongé bien au-delà de ce siècle, puisque les tablettes de cire étaient encore employées au XVe » (Peignot.)
Durant ce long intervalle, le style est plus d'une fois devenu une arme dangereuse, s'est plus d'une fois transformé en stylet. « César, se défendant, en plein Sénat, aux ides de mars, contre ses assassins, perça le bras de Cassius avec son style, graphio trajecit, dit Suétone. Caligula, désirant la mort d'un sénateur, suborna des gens pour l'attaquer comme ennemi public, et le malheureux fut massacré à coups de style.
Saint Cassien, maître d'école à Imola, en Italie, fut martyrisé, vers le IVe siècle, à coups de style, par ses écoliers. » (Peignot.)
Pour écrire sur le parchemin ou sur le papyrus, on se servait d'un mince roseau (calamus), taillé en pointe et trempé dans de l'encre. Les roseaux préférés pour l'écriture étaient, selon Pline l'Ancien, ceux de Cnide; selon Martial, ceux d'Egypte, « de la terre de Memphis; les autres ne sont bons qu'à couvrir les toits ».
Il résulte d'un passage d'Ausone que les Anciens, après avoir taillé en pointe leurs calami, fendaient cette pointe en deux par le milieu, absolument comme sont taillées et fendues nos plumes actuelles. Ils effectuaient cette double opération à l'aide d'un canif, et quand la pointe du calamus venait à s'émousser, ils l'affilaient avec la pierre ponce, ou avec une pierre à aiguiser.
L'usage du calamus (roseau) pour écrire a duré jusqu'au VIe ou VIIe siècle ; le roseau a été alors remplacé par les plumes d'oie ou d'autres oiseaux.
Quant aux plumes métalliques, bien qu'on les regarde comme une invention moderne, elles sont, nous dit Géraud « d'une origine assez ancienne ». Rader, dans ses commentaires sur Martial, dit que, de son temps, on a trouvé, chez les Daces, un roseau d'argent qu'il supposa avoir servi à Ovide pendant son exil.
Laissant de côté la partie purement hypothétique de cette assertion, il n'en reste pas moins constaté qu'on a découvert, au XVIe siècle, une plume métallique reconnue pour être un ustensile ancien. Au Moyen Âge, s'il faut croire Montfaucon, les patriarches de Constantinople se servaient, pour leurs souscriptions, d'un roseau d'argent.


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Les encres

L'encre ordinaire en usage chez les Latins comme chez les Grecs, était un simple composé de noir de fumée, de gomme et d'eau.
L'encre se faisait, à ce qu'il paraît, sans feu, à la chaleur du soleil. Celle à laquelle on mêlait un peu de vinaigre s'effaçait, dit Pline, très difficilement. Ailleurs, il assure que, pour préserver les livres des souris, il suffisait de faire infuser de l'absinthe dans l'encre.
« L'encre des Anciens a été en usage jusqu'au XIIe siècle, époque où a été inventée celle dont on se sert aujourd'hui, qui est composée de sulfate de fer, de noix de galle, de gomme et d'eau. L'ancienne encre était noire lorsqu'on l'employait, mais elle jaunissait avec le temps et, si elle était exposée à l'humidité, elle finissait par s'effacer entièrement... »
Outre l'encre noire, et la sèche, les Anciens possédaient une « encre indienne », dont parle Pline l'Ancien, « qui est aussi mentionnée par Vitruve, et pourrait bien avoir donné naissance à l'encre de Chine ». Ils connaissaient aussi les encres de couleur, et particulièrement l'encre ou liqueur d'or et celle d'argent. Les plus fréquemment employées des encres de couleur étaient l'encre rouge et l'encre bleue ; les plus rares, l'encre verte et l'encre jaune.
Ces encres de couleur ne servaient guère que pour les initiales et pour les titres, et comme on avait recours le plus souvent, dans ce cas, à l'encre rouge, les titres ne tardèrent pas à prendre le nom de rubricae, rubriques (ruber, rouge).
En général, l'encre noire ordinaire des Anciens pouvait assez facilement s'effacer, quand elle était fraîche, avec une éponge et de l'eau; lorsqu'elle était sèche, il fallait faire usage du grattoir.
« Comme la matière première pour écrire était, dans l'Antiquité, beaucoup plus rare que ne l'est le papier de nos jours, il arrivait souvent qu'on lavait et qu'on grattait un parchemin portant de l'écriture, pour écrire un nouveau texte par-dessus. Les parchemins ainsi traités s'appelent palimpsestes.
« Cette pratique fut malheureusement fort répandue dans les couvents du Moyen Age, et nous a coûté beaucoup de précieux monuments de la littérature antique. Souvent, toutefois, le lavage et le grattage n'ont pas été poussés très loin, de sorte que les traces de la première écriture sont restées visibles et ont pu de nos jours être rendues plus distinctes par l'emploi de réactifs chimiques. Il a été possible de retrouver de la sorte quelques-uns des textes classiques que les moines avaient grattés pour y superposer des écrits ecclésiastiques. »
C'est grâce au parchemin que le Moyen Age put faire ces admirables manuscrits, ces missels, ces livres d'heures, aux merveilleuses miniatures, qui sont la joie de nos yeux.
Mais ni le papyrus ni le parchemin n'auraient pu aider Gutenberg et ses émules dans leur invention : le papyrus était trop mince et trop cassant, le parchemin, au contraire, trop sec et trop résistant; tous les deux se montraient, comme on dit en termes du métier, trop peu « amoureux de l'encre ».
Le papier, heureusement, avait fait son apparition, et, dès le XIIe siècle, était entré en usage : l'imprimerie devait trouver en lui un excellent auxiliaire.



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Source Albert Cim.
Photos d'entête et du bas Brunehaut.



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