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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 09:15
La bataille de Bouvines.





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Tout a commencé avec la victoire de Guillaume le Conquérant à Hastings en 1066. Un duc de Normandie, vassal du roi de France, devenait roi d'Angleterre, ce qui allait compliquer singulièrement les relations politiques entre les deux nations.

Lorsque Philippe Auguste devient roi, en 1180, il a pour vassal Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, fils de Geoffroy, gendre de Henri 1er, descendant de Guillaume le Conquérant. A ce titre, le Plantagenêt est donc également duc de Normandie et roi d'Angleterre.

Par son épouse, Aliénor d'Aquitaine, ex-reine de France, il exerce de surcroît son influence sur le puissant duché d'Aquitaine. Enfin, en 1169, il a uni son fils Geoffroy à Constance, fille du comte de Bretagne.

Au total, Henri II étend donc son pouvoir sur un territoire voisin de trente-cinq départements français, allant de la Normandie à l'Aquitaine.

Dans le même temps, le domaine royal de Philippe Auguste excède à peine Paris et sa périphérie. Le Capétien n'aura donc de cesse de combattre les Plantagenêt pour reconquérir les fiefs continentaux perdus : Henri II d'abord, puis Richard Cœur de Lion, et Jean sans Terre, enfin, dont il décimera les armées en 1214, à la Roche-aux-Moines et à Bouvines.



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1213 - Jean sans Terre est parvenu à former une coalition contre Philippe Auguste, avec son neveu Otton IV, empereur d'Allemagne, le comte de Flandre Ferdinand de Portugal dit "Ferrand", le comte de Boulogne Renaud de Dammartin, le duc de Brabant Henri de Louvain, le duc de Lorraine, et le comte de Frise Guillaume le Velu.

Lors des fêtes de Noël, il reçoit les leaders de la coalition et leur expose son plan :

- Dans un premier temps, les Anglais débarqueraient à la Rochelle et remonteraient vers Paris, afin d'attirer le Capétien au sud.

- Cela fait, Otton aurait le champ libre pour attaquer la capitale par le Nord.

L'armée capétienne serait ainsi prise en étau. Le plan est jugé excellent et on s'abandonne aux libations, en se partageant déjà le futur domaine conquis.



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Le 16 février 1214, Jean sans Terre débarque à la Rochelle. Informé de ce débarquement, Philippe Auguste descend aussi vite jusque Châtellerault, accompagné de son fils Louis. Le roi Jean amorce alors une manœuvre de repli, espérant bien attirer le Capétien au plus loin de la capitale.

Mais Philippe Auguste, surnommé "prudent et sage", flaire le piège et s'arrête à Chinon. Apprenant que l'empereur s'apprête à l'attaquer par le nord, il scinde son armée en deux : Louis reste sur la Loire et lui-même remonte jusque Péronne en Picardie, où il lance un appel aux communes pour qu'elles lui fournissent des troupes.

Pendant ce temps, Jean monte une nouvelle fois vers Paris, mais préfère assiéger la forteresse de la Roche aux Moines, plutôt que de l'éviter pour marcher sur la capitale. Il craint de se faire couper toute voie de repli, en cas d'échec devant Paris.

La forteresse, commandée par le sénéchal d'Anjou Guillaume des Roches, ne cède pas et lorsque Louis arrive de Chinon, Jean sans Terre s'enfuit en laissant sur place ses machines de guerre. Nous sommes le 2 juillet 1214.

De retour à la Rochelle, le roi d'Angleterre enjoint l'empereur Otton de lancer son attaque.



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L'affrontement décisif, entre le roi et l'empereur, se déroulera le 27 juillet 1214. Il entrera dans l'histoire sous le nom de "bataille de Bouvines", alors qu'il se déroula, en réalité, sur le plateau de Cysoing.

Il faut y voir, sans doute, une référence au pont de Bouvines et à la chapelle Saint-Pierre où pria le roi, avant la bataille.



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Venue d'Aix la Chapelle, la coalition stationne à Valenciennes. Apprenant sa présence, Philippe Auguste quitte Péronne et fait route vers Douai, le mercredi 23 juillet 1214.

Puis, au lieu de fondre sur ses adversaires, il bifurque subitement au nord, passe le pont de Bouvines le vendredi, et fait halte à Tournai le samedi 26 juillet. Son intention est de contourner la coalition adversaires pour l'attaquer par surprise.

Mais, ainsi que le dit le chapelain du roi Guillaume le Breton, Otton est informé de ce mouvement par un espion ; il déplace son armée à Mortagne, anticipant ainsi l'attaque du Capétien.



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Le soir du Samedi 26 juillet 1214, le roi tient conseil pour décider de la stratégie à adopter, face à la montée de la coalition à Mortagne. Trois plans sont débattus : attaquer Mortagne, rester à Tournai pour y soutenir un siège ou repasser en France, pour choisir un lieu d'affrontement plus favorable.

Durant les débats, Girard la Truie propose au roi de simuler un repli dans la panique, pour attirer l'adversaire sur le plateau de Cysoing, lieu propice à un combat de chevalerie.



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Après avoir parcouru double distance (env. 25 kms, contre 13 pour l'armée capétienne), la coalition rattrape Philippe Auguste vers midi. Cette dernière avançait donc lentement, alors que l'Anonyme de Béthune parlait d'un départ dans la précipitation. Là encore, l'assertion d'un piège se confirme.

Les chroniqueurs le disent d'ailleurs qu'Otton exprima vivement sa surprise de se trouver face à l'armée capétienne, alors qu'il la croyait en fuite. 

Quittant la voie romaine, pour remonter d'abord au nord (septentrion), l'empereur se positionne ensuite face au soleil, ainsi qu'en témoigne la Chronique de Saint-Denis : "ils s'arrêtèrent par devers septentrion en telle manière qu'ils eurent la lueur du soleil droitement aux yeux", "Le roi ordonna ses batailles ... par devers le midi, front à front, en telle manière que les Français avaient le soleil aux épaules. (voir "Dimanche de Bouvines" de G.Duby). Rappelons que le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest.

Les deux armées occupent le terrain selon le plan ci-contre. Du côté droit du roi et du côté de Ferrand, il n'y a pas de fantassins. Ce front-là est celui de chevalerie : l'objectif est de repousser l'autre vers les marais.

On notera que les deux évêques présents ne prennent pas part aux combats : le frère Guérin commande le flanc droit capétien et Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, se voit confier la garde du pont avec les quatre cents sergents massiers, composant la garde personnelle de Philippe Auguste.

Les milices communales, qui stationnent au campement situé au hameau de l'Hôtellerie, repassent le pont à grandes enjambées, pour rejoindre le reste de l'armée. Nous sommes en début d'après-midi (soleil aux épaules).



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Bien que l'armée coalisée soit trois fois supérieure en nombre, comme le dit  Guillaume le Breton, les plus nombreux tardent à prendre l'initiative du combat.

Guérin, las d'attendre, ordonne alors à cent cinquante sergents soissonnais de charger les chevaliers flamands.

Ces derniers ne bougent pas, se refusant à croiser la lance avec des roturiers, fussent-ils bourgeois. Ils se contentent de les attendre, lances baissées.



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Le sacrifice des soissonnais n'est, toutefois, pas vain : l'empereur donne aussitôt l'ordre d'attaque et leur stratégie apparaît d'emblée aux yeux des Français.

Les fantassins précédant l'empereur forment un coin dont la pointe désigne la Maison royale, tandis que les contingents des comtes Ferrand et Renaud de Dammartin, délaissent les adversaires qui leur font face, pour converger vers le roi.

L'objectif est clair : on veut tuer le Capétien au plus vite, pour disperser l'armée capétienne.



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Le premier instant de surprise passé, les capétiens lancent leur contre-offensive. Robert de Dreux intercepte la charge de Renaud, tandis que les chevaliers champenois et ceux de Montmorency se lancent au devant des flamands de Ferrand. Eustache de Maline crie "Mort aux Français!", ce qui lui vaudra d'être tué par le châtelain de Cassel, Michel de Harnes. Un autre chevalier, Jean Buridan de Furnes s'époumone : "Que chacun pense à sa belle!"

En face, d'autres cris fusent de toutes parts : "Mont joie Saint-André!" (Bourgogne) "Dieu aide!" (Montmorency) "A moi, Melun!" ....

Sur les ailes, les picards du comte de Ponthieu chargent les Anglais de Salisbury, pendant que Bourgogne, Saint-Pol, Melun et Beaumont croisent le fer avec les hennuyers (Hainaut) et les frisons (Pays Bas).

Au centre, les milices communales continuent d'arriver, se faufilant entre les chevaux pour gagner les premiers rangs, alors qu'en face, le coin saxon s'apprête à percer leurs lignes.

Le choc est brutal, sans merci.



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Gautier de Châtillon, comte de Saint-Pol (sur Ternoise) trempe le cuilleron d'une louche dans un muids d'eau, en observant le front qui lui fait face. Soudain, il constate que l'attaque convergente des coalisés a créé une brèche dans le front flamand. Il en réfère aussitôt au frère Guérin, lequel lui donne l'ordre de tenter une percée, afin de prendre les flamands à revers.

Saint-Pol s'entoure des siens, disposés en herse, et, lance en dehors, tous foncent vers l'ouverture, avec le seul souci de traverser les lignes adverses, sans chercher le combat.



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Bousculés par cette pointe capétienne, qui pénètre subitement leurs rangs, les Flamands ne parviennent guère à en réfréner l'assaut : chevaliers, écuyers, et sergents sont projetés à terre par dizaines.

L'effet de surprise joue pleinement et Saint-Pol atteint son objectif. Il fait alors demi-tour et frappe, sans vergogne, les chevaliers flamands, dans l'incapacité de se retourner, tant la presse est grande.



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Le succès de la manœuvre de Saint-Pol est tel que le frère Guérin ordonne au duc de Bourgogne et aux autres commandants d'adopter semblable stratégie.

Peu de temps après, les hommes de fer du Capétien labourent inexorablement les échelles flamandes, semant la mort sur leur passage.

Ils font tant et si bien qu'après trois heures de combat, les frères Hugues et Jean de Mareuil et Gilles d'Athies finissent par se saisir du comte de Flandre. Blessé, épuisé, le surcot en lambeaux, le jeune Portugais est ramené vers l'arrière, couvert de chaînes.

Mais si, sur le flanc droit du roi, le combat tourne à l'avantage des capétiens, sur le flanc gauche, le comte Guillaume de Ponthieu, qui s'est imprudemment avancé, fléchit devant Guillaume de Salisbury, demi-frère de Jean sans Terre surnommé "Longue-Epée".



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Ayant pris l'ascendant sur les picards, Guillaume de Salisbury va pouvoir se porter sur le flanc gauche de Robert de Dreux et mettre ainsi en danger la Maison royale, laquelle subit déjà fortement la presse des fantassins et chevaliers saxons.

Alors l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, décide de désobéir aux ordres du roi, en abandonnant la garde du pont. A la tête des quatre cents sergents massiers, il fonce en direction des Anglais pour secourir son frère.



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Nous arrivons là au tournant de la bataille.

A droite, après la prise de Ferrand, Flamands et Hennuyers se dispersent, permettant ainsi aux chevaliers français de se porter sur le flanc du contingent impérial.

A gauche, avec l'aide de Philippe de Dreux, Ponthieu et Saint-Valery finissent par reprendre l'avantage sur les Anglais.

Au centre, cependant, la situation se dégrade d'instant en instant : le coin saxon traverse les rangs des milices communales, telle l'étrave d'un bateau déchirant la mer. L'un des mercenaires, plus sournois que les autres, parvient même à se glisser derrière le roi, et à l'alpaguer à la hauteur du cou, avec son godendart (pique munie d'une pointe et d'un crochet). Aussitôt, quatre autres ribauds viennent lui prêter main forte et le pire survient : happés par les uns, bousculés par les autres, le roi et son destrier s'écrasent lourdement sur le sol rougi de sang. 

Galon de Montigny agite désespérément l'oriflamme Saint-Denis, pour appeler la Maison royale au secours. De l'autre main, il frappe sans relâche les assaillants, tandis qu'il vient placer son destrier en rempart devant le roi. Au même instant, le chevalier Pierre Tristan met pied à terre et interdit aux fantassins de s'approcher ... ce qu'il paiera de sa vie. Et partout, on crie : "Secorance au roi! Secorance au roi!"



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Les appels de la désespérance sont enfin entendus : Guillaume des Barres et ceux de la Maison royale rompent le combat avec les chevaliers saxons, font demi-tour et se portent au secours de Philippe Auguste. D'emblée, la furie française frappe les dos qui s'offrent à elle et jonche le sol de cadavres saxons. In extremis, on parvient ainsi à sauver le roi, qui aussitôt se remet en selle et fonce sur l'empereur, avec une haine féroce.

Pendant ce temps, à gauche, Philippe de Dreux est parvenu à la hauteur de Salisbury. Prompt comme l'éclair, il évite un coup d'épée et lorsque l'Anglais, entraîné par le poids de son arme, tente de se relever, l'évêque lui administre un magistral coup de plommée sur le crâne. Salisbury mord la poussière et, avec sa chute, l'espoir d'une victoire sur le flanc gauche s'efface. Mercenaires et soldats fuient par centaines.

Ce revirement de situation face aux Anglais met en difficulté Renaud de Dammartin, qui subit toujours les assauts de Robert de Dreux et de Pierre de Courtenay. Déterminé à combattre jusqu'à la fin, il s'entoure alors d'un triple rang de fantassins, formant une forteresse de chair et de piques. De temps à autre, l'enceinte s'ouvre et Renaud et les siens chargent leurs adversaires. Puis, lorsque la fatigue se fait sentir, ils reviennent prendre leur souffle au centre du cerne.



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Alors qu'Anglais, Flamands, Hennuyers, Frisons et Brabançons fuient le champ de bataille, l'empereur subit, à son tour, la foudre capétienne. Girard la Truie, parvenu jusqu'à lui, lui assène un coup de dague à la hauteur du cœur. La lame rebondit sur la maille ; alors Girard frappe derechef. Cette fois, elle vient se loger dans l'œil du destrier impérial qui, en se cabrant, vient de croiser sa trajectoire.

L'animal blessé s'effondre et Otton n'a que le temps de sauter sur un autre destrier, que vient de lui laisser l'un des siens. Mais, sitôt en selle, celui qui se place au-dessus des rois préfère se laisser porter par les ailes de la peur, plutôt que par celles de la victoire ; il s'enfuit sans demander son reste.

Dans son sillage, Guillaume des Barres parvient un instant à le rattraper mais, alors qu'il s'apprête à le frapper de l'épée, son destrier est abattu par un chevalier saxon. Ployant sous le nombre, le Barrois ne devra la vie qu'à l'intervention de Thomas de Saint-Valery, venu du flanc gauche avec cinquante chevaliers de son fief.



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Otton en fuite, Salisbury et Ferrand pris, il ne reste désormais que le comte de Boulogne, Renaud de Dammartin, pour tenir tête au Capétien.

Mais, ployant sous le nombre, son triple cerne de fantassins est rapidement balayé, tel fétu sous le vent.

Alors, dans une charge désespérée, une vanité folle, Renaud se lance au grand galop en direction du roi. Le sergent Pierre de la Tournelle, combattant désormais à pied, a compris le but de cette opération suicide. Lorsque Renaud arrive à sa hauteur, il porte un violent coup de dague au flanc de son destrier. L'animal s'effondre et Renaud reste coincé sous ce dernier agonisant.

Plusieurs chevaliers se disputent si belle proie et personne ne prend garde au serviteur de Guérin, Cornut, qui tente de trancher la gorge du comte. Heureusement pour ce dernier, Guérin arrêtera son geste et Renaud sera présenté à son ami d'enfance, le roi Philippe.

Le soir tombe et les trompes d'airain rappellent les soldats éparpillés. Ainsi fut faite la bataille de Bouvines.






Source "j'étais à Bouvines" de
Alain STRECK paru chez L'Harmattan en 1998.

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Jehanne - dans Les Batailles

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