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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 08:19
Les usuriers au Moyen âge.



Si le profit acquis par le travail est tout à fait louable, le prêt à intérêt s'apparente au vol. A la fin du XII et au XIII siècle, la chrétienté atteignait l'apogée d'un essor qui avait commencé aux environs de l'an mil et emportait tous les domaines : l'agriculture, les techniques, les circuits commerciaux, l'art (architecture et littérature), la politique (l’état moderne se dessinait). 

Le contexte religieux se modifiait aussi, on abordait différemment la question du péché. Les prêtres ne se limitaient plus à considérer la faute objective pour lui appliquer une pénitence, ils s'interrogeaient sur l'intention qui l'avait guidée, On ne
recherchait plus seulement le rachat formel, mais la contrition sincère. Au lV concile de Latran (1215), l’Eglise imposa au moins une fois l'an, à Pâques, la confession. Elle amenait à l'examen de conscience : le prêtre ne se contentait plus d'appliquer un barème, mais réfléchissait au cas par cas. La méthode inquisitoire s'est instaurée à ce moment, au départ dans le souci de mieux rendre la justice mais ses dérapages conduiront aux abus, à la torture. Par ailleurs la justice civile se modifiait. Le tribunal royal s'affirma sous le règne de Saint Louis, tout sujet pouvait désormais faire appel à son Parlement d'un jugement seigneurial. 

Le plus souvent, l'emprunteur allait le trouver dans sa demeure. Tous deux convenaient de la somme, de la durée du prêt, des gages et du taux d'intérêt. Les prêteurs ne se regroupaient pas en tant qu'usuriers, mais en tant que marchands et changeurs. Dans toutes les villes, chacun savait fort bien dans quelles rues se rendre pour effectuer un emprunt. Tout le monde, un jour ou l'autre, recourrait aux prêteurs sur gages, le riche et le pauvre, le prince et le prêtre. Il n'existait pas encore de banques, l'usurier en faisait office. L'usure se pratiquait également à la campagne, dans les villages. 

Contrairement à ce que l'on imagine, l'usurier est toujours un gagne-petit, principalement lorsqu'il est juif, mais ce constat vaut également pour les chrétiens, et ce jusqu'à une époque très récente (gardons-nous de considérer l'usurier comme un personnage typiquement médiéval. Cela n'empêche pas l'usure d'être un fléau et de réduire des familles entières au désespoir. Telle un chancre, l'usure rongeait la société médiévale. 

Durant des siècles la faiblesse des échanges commerciaux ne suscita aucun besoin d'investissement économique, et l'on recourait au prêt à intérêt pour les besoins de la vie quotidienne, les sommes restaient minimes Le réveil du commerce international, l'essor urbain s'accompagnèrent d'une diffusion croissante de l'argent. Les paysans qui jadis n'en voyaient pratiquement jamais de leur vie en utilisaient désormais presque tous les jours. La France médiévale, comme beaucoup de sociétés anciennes, s'est beaucoup endettée, les besoins croissants de la population firent apparaître l'ébauche d'une société de consommation, et la demande d'argent accrut la pratique de l'usure.

Les usuriers diversifiaient leurs activités, ils étaient généralement marchands et pratiquaient le prêt à intérêt comme source de revenu supplémentaire. Le commerce à long rayon d'action présentait des risques (naufrages ou attaque des bateaux, des caravanes de marchands) et le marchand se garantissait, avec la pratique de l'usure, un secteur de gins plus sûrs (car il prêtait sur gages). Au début du XIII siècle, les ordres mendiants (principalement les Franciscains et les Dominicains), apôtres de la pauvreté évangélique, se constituèrent en réaction à cette invasion d'argent et de richesses. Ils pourfendaient la cupidité, saint François d'Assise préconisait à ses frères de ne pas porter plus de considération aux pièces de monnaie qu'aux cailloux des chemins. L'argent est donc, au XIII siècle, un problème économique, social et religieux. L’Eglise mena contre les usuriers une campagne spectaculaire, en particulier par le biais des images. Les sculptures figurent souvent un usurier portant au cou une bourse dont le poids l'entraîne vers les profondeurs de l'enfer. Les prêtes, les prédicateurs, commentaient ces représentations aux fidèles. 

Le pouvoir politique n'intervenait pas. Contre l'usurier, personne ne pouvait rien. L'argent échappait aux règlements. Aucune instance n'avait encore institué de mécanismes de contrôle, car on ne comprenait pas bien le fonctionnement des lois de l'économie, l'expérience du développement était trop récente. Sous Saint Louis, on commençait tout juste à poser des bases théoriques, à codifier les choses en posant les notions de juste prix, juste salaire. Mais, le vocabulaire le montre bien, ce sont des notions plus morales que proprement économiques. Cependant les ordres mendiants, en quelque sorte la nouvelle Eglise de la nouvelle société, ont élaboré des règles, adoptées par les tribunaux ecclésiastiques, sur la restitution des biens à la mort de l'usurier.

Du vivant du personnage, nous l'avons vu, personne n'avait prise sur son activité. A son décès en revanche, il était possible d'inventorier ses possessions et de rendre aux débiteurs leurs gages et leur argent (cela ne pouvait s'appliquer de manière systématique, notamment pour les créances très anciennes ou celles dont les débiteurs étaient morts). Mais cette mesure soulevait une question : en punissant post mortem le pécheur l’Eglise infligeait une peine injuste à la veuve et aux enfants. 

Le prêt à intérêt s'apparentait au vol, l'usurier s'enrichissait en dormant, en vendant du temps, or le temps n'appartient qu'à Dieu. Sur le chantier du progrès humain, il faisait figure de déserteur. 

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