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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 08:46
Le Roi Arthur.




Arthur et les chevaliers de la Table ronde.







La légende du roi Arthur et de ses chevaliers s'est constituée et développée durant des siècles. L'aventure est l'élément essentiel de ce grand mythe qui traverse le Moyen Âge : les chevaliers partent prouver leur courage, et surtout, avec la Quête du Graal, éprouvent leur foi et leur vertu… Les exploits du roi Arthur, de Merlin, de Lancelot ou de Perceval continuent, par-delà les siècles, à fasciner notre imaginaire, et les chevaliers de la Table ronde nous apparaissent aujourd'hui comme des chercheurs de Connaissance, lancés dans une quête initiatique. Mais d'où viennent ces chevaliers mythiques ? Et comment naît l'histoire de la Table ronde ?



La Table ronde.





C'est vers 1150 que la Table ronde est mentionnée pour la première fois dans Le Roman de Brut, œuvre d'un moine anglo-normand, Robert Wace (v. 1110-v.1170). Histoire légendaire de la Grande Bretagne, le récit s’organise en grande partie autour du roi Arthur, fils du roi Uterpandragon, de sa naissance extraordinaire, de ses guerres contre les Saxons et de ses guerres et de ses conquêtes : Arthur s’empare de l’Ecosse, de l’Irlande, de la Gaule et triomphe des Romains. La figure d’Arthur s’impose ainsi comme symbole de puissance et de gloire et, le Roman de Brut, composé pour le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, flattait sans aucun doute les ambitions et les rêves de prestige de la cour d'Angleterre d'alors. C'est dans ce contexte que Wace place l'éloge des chevaliers d'Arthur et présente la Table ronde comme un lieu idéal, conçu pour attirer l'élite des chevaliers et aussi ne pas établir de hiérarchie entre eux.



Le symbole de l’idéal chevaleresque.






Peut-on voir dans l’institution de cette Table ronde une allusion d’origine celtique à une ancienne coutume voulant que les guerriers siègent autour de leur chef ? Y a-t-il là le souvenir d’une table de festins ? Wace fait allusion à des récits d’origine bretonne, qui, transmis oralement, auraient circulé en Occident. Leur origine celtique est vraisemblable, mais n’explique pas tous les aspects de la création de la Table ronde. En effet, au moment où Wace rédige son œuvre, la chevalerie constitue au sein de la société féodale un compagnonnage guerrier, marqué par certains rites d’initiation comme l’adoubement, et l'esprit de caste rejoint alors l'exaltation du mérite personnel. L'arrière-plan féodal sur lequel repose la société des XIIe et XIIIe siècles ne doit en aucun cas être négligé quand, dans les textes littéraires, est exaltée la figure du chevalier.






Le témoignage d'un autre moine anglo-saxon, Layamon, auteur lui aussi d'un Roman de Brut à la fin du XIIe siècle, raconte que le roi Arthur, effrayé par une querelle sanglante de préséance entre plusieurs chevaliers, se rendit en Cornouailles pour commander une Table ronde de mille six cents places ; ainsi, plus personne ne pourra se sentir relégué au second plan.
Il est souvent question, dès ces premiers textes, de la bravoure de la "mesnie" du roi, c'est-à-dire de ceux qu'il retient auprès de lui par des dons précieux et à qui il accorde des fiefs lorsqu'ils l'ont bien servi. Élite guerrière, cette "mesnie" constitue une réserve inépuisable de héros jeunes et disponibles, venus de tous les horizons, attirés par le prestige d'une cour puissante. L'expression "cil de la Table ronde" (ceux de la Table ronde) apparaît alors, et les poètes se plaisent à la faire rimer avec le mot "monde".






Par la suite, au XIIIe siècle, l'invention de la Table ronde est attribuée tantôt à Merlin, tantôt Uterpandragon, le père d'Arthur, et la rotondité de la Table est clairement explicitée comme représentation symbolique du monde :
 

Elle est, en effet, appelée Table ronde parce qu'elle signe la rotondité du monde et le cours des planètes et des éléments du firmament dans lequel on peut voir les étoiles et les autres astres. Aussi peut-on à juste titre affirmer que la Table ronde représente le monde.

 La Quête du Saint-Graal, vers 1220-1230





Merlin l'Enchanteur, maître du destin.






C'est grâce à Merlin que le roi Arthur est au cœur de la plus brillante chevalerie. Utilisant ses dons d'enchanteur et de magicien, il préside à la naissance d'Arthur en réunissant son père, Uterpandragon, et sa mère, Ygerne. Réitérant la ruse qui permit à Jupiter de prendre les traits du mari d'Alcmène et de séduire sa jeune femme, Merlin donne à Uterpandragon l'apparence du duc de Tintagel : ainsi Ygerne, femme du duc, accueille sans se méfier Uterpandragon et, au cours de leur nuit d'amour, engendre le futur roi Arthur. Bien plus, en faisant couronner Arthur malgré sa naissance illégitime, Merlin l'impose et l'amène à devenir le plus grand de tous les souverains. C'est lui aussi qui suggère à Uterpandragon de faire réaliser une table et de réunir à Carduel, à la Pentecôte, les cent cinquante meilleurs chevaliers du royaume. C'est du moins la version que développe au XIIIe siècle l'auteur du roman de Merlin, Robert de Boron. Passée dans les mains du roi de Carmélide, Léodogan, père de Guenièvre, la Table ronde devient la dot de celle-ci lorsqu'elle épouse le roi Arthur. Cependant, cette Table ronde n'est pas complète au moment où elle parvient à Arthur, car il y manque cinquante nouveaux chevaliers, forts et vaillants. C'est encore Merlin qui choisit lui-même ces hommes de haut mérite, sans exclure ceux qui seraient de naissance pauvre. Tous sont unis par une amitié sans faille, et une atmosphère d'amour et d'affection règne à cette Table.
Cependant, en son centre, un siège reste vide, le "Siège Périlleux", réservé au "meilleur de tous les chevaliers" et jamais personne ne pourra s'y asseoir sans être tué ou estropié. Par ailleurs, sur chacun des sièges, apparaît soudain, sous forme d'une inscription, le nom de celui qui y a pris place, preuve miraculeuse que Dieu agrée et bénit cette compagnie.



À la cour d'Arthur.

Dans les romans français de la fin du XIIe siècle et du XIIIe siècle, l'expression "chevaliers de la Table ronde" est devenue synonyme de "chevalerie arthurienne". Les auteurs, et tout particulièrement Chrétien de Troyes, reprennent ce motif et l'intègrent dans un univers romanesque nourri de réminiscences de "la matière" de Bretagne. Les sources de Chrétien de Troyes étaient vraisemblablement en grande partie celtiques, contes et récits lointains, circulant oralement et présentant des schémas qui annoncera parfois certains motifs romanesques : enlèvement de reines, voyages dans l'au- delà, quête d'objets merveilleux etc. De ce fonds ancien, imprégné de mythologie, Chrétien de Troyes a tiré des romans structurés, habilement agencés, où la matière arthurienne s'organise selon le modèle féodal.







La cour d'Arthur rallie les meilleurs chevaliers du monde.

Les récits s'ouvrent le plus souvent sur une scène présentant la cour dans toute sa splendeur, symbolisée par l'assemblée prestigieuse des chevaliers de la Table ronde, lors des fêtes solennelles, comme l'Ascension ou la Pentecôte, ou bien lors de mariages ou d'un couronnement. Ainsi, dans Érec et Enide, l'auteur dénombre trente et un chevaliers présents. Quelques-un étaient déjà nommés par Wace, comme Gauvain, Lot, Keu et Bédoier ; beaucoup sont ajoutés par Chrétien de Troyes. Aux plus grands noms portés par des chevaliers issus de haut lignages, tels Erec, Lancelot, Sagremor, Gomemant de Goort, sont mêlés des personnages moins connus, comme Banin, Karados Court-bras ou Bliobléris. Dans d'autres romans, des aventures de premier plan sont réservées à Yvain, Calogrenant ou Perceval. Combien de chevaliers font partie de cette compagnie de la Table ronde ? Le roman de Merlin, dit cent cinquante, mais d'autres texte doublent le chiffre. Les récits jouent de cette imprécision, mais s'accordent sur le fait que la vitalité de la Table ronde est constante et qu'elle concerne uni élite. Douze chevaliers hors de pair son parfois désignés parmi tous comme les meilleurs.







L'honneur d'être admis à cette Table ronde est fort grand et les qualités du chevalier qui mérite d'y prendre plan éclatent aux yeux de tous. C'est tout d'abord sa valeur chevaleresque qui est en cause, et le meilleur moyen pour un jeune homme de montrer ce qu'il vaut est de se mesurer aux compagnons de la Table ronde eux-mêmes. C'est par exemple ce que fait Perceval lorsqu'il arrive pour la première fois à la cour d'Arthur, du moins selon la version racontée par Robert de Boron.
Tous les regards se portent alors sur ce chevalier qui se voit désigné comme "mereoir a toutes gens" : miroir, car il reflète les qualités exigées à la Table ronde et tous se reconnaissent en lui, mais aussi modèle, car il vient d'accomplir un exploit qui le qualifie. Ainsi, le chevalier admis à cette place d'honneur s'identifie-t-il à la gloire de la cour d'Arthur.



Le chevalier errant en quête d'aventures.

Attiré et fasciné par cette société, le chevalier doit l'être aussi par l'aventure. Il n'occupe une place à la Table ronde que pour la quitter à nouveau et retourner à la recherche de l'épreuve qui prouvera sa valeur. C'est auprès de cette Table que s'ouvrent et se terminent les quêtes et les expéditions. De la cour arthurienne partent tous les chevaliers, appelés les uns après les autres à des aventures prestigieuses, non seulement par souci de leur gloire, mais pour obéir à une sorte de mission qui leur est réservée. Soit ils cherchent à sauver l'honneur de la cour, comme Lancelot ou Gauvain s'élançant à la poursuite de la reine Guenièvre enlevée par Méléagant (Le Chevalier à la charrette ou Lancelot de Chrétien de Troyes), ou, comme Perceval partant punir le Chevalier Vermeil d'avoir osé défier le roi Arthur (Le Conte du Graal ou Perceval de Chrétien de Troyes). Soit ils affrontent des coutumes anciennes et merveilleuses comme Erec qui va chasser un cerf blanc (Erec et Enide de Chrétien de Troyes), ou comme Yvain qui assiste aux prodiges de la fontaine de Laudine dans la forêt de Brocéliande (Le Chevalier au lion ou Yvain de Chrétien de Troyes).






L'aventure est alors à chaque fois individuelle, mais lorsque le chevalier vainqueur revient à la cour, la joie collective est telle que le héros rehausse et consacre par sa prouesse l'institution de la chevalerie à laquelle il appartient.
Les romans arthuriens ont créé ainsi le personnage superbe du "chevalier errant", toujours disponible, toujours en quête d'aventures et qui ne songe qu'à partir et à prouver sa valeur avant de revenir à la cour parmi ses pairs de la Table ronde. Son unique souci est de ne pas paraître "recréant", c'est-à-dire qu'on ne puisse l'accuser d'oublier ce qui doit être la justification de l'existence d'un chevalier.
Au centre de cette cour règne donc le roi Arthur, modèle de sagesse et de courtoisie ; par sa générosité et sa détermination, il encourage les chevaliers à prouver leur vaillance. Il distribue présents et richesses avec libéralité et sa royauté est liée à ces dons par lesquels il s'attache ses vassaux, tenus de répondre à ces bienfaits par des exploits qui vont, en retour, rehausser l'éclat de sa cour.



Le roi Arthur cautionne les exigences chevaleresques.

Dans les romans arthuriens et, tout particulièrement dans ceux de Chrétien de Troyes, la Table ronde et la convivialité d'Arthur avec ses chevaliers symbolisent l'équilibre du royaume. Quand il arrive au roi d'oublier ses devoirs, lorsqu'il néglige de distribuer ses biens et d'organiser des fêtes, ses chevaliers se dispersent et la cour sombre dans la tristesse et la décadence. Il faut alors qu'un nouveau venu se manifeste et se lance dans des aventures qui permettront à la cour de retrouver son rayonnement. C'est le cas dans le roman du Conte du Graal où Chrétien de Troyes montre le roi Arthur pensif, au bout de la Table, parce qu'aucun chevalier n'a relevé le défi lancé par le Chevalier Vermeil. C'est Perceval, encore naïf et impatient, qui partira alors à la conquête des armes de ce chevalier.
Ainsi le rôle joué par la cour du roi rythme-t-il les récits arthuriens : les chevaliers de la Table ronde lui procurent tout son dynamisme et sont les garants de sa vitalité, à condition que le souverain les incite à donner toute la mesure de leur valeur, physique et morale.







Pour les aventures que doivent affronter les héros, la vaillance est, certes, indispensable, mais n'est pas seule en cause : les chevaliers agissent aussi selon un code de l'honneur, au nom de la justice et du droit, et mettent volontiers leurs forces et leur épée au service des défavorisés. C'est, en effet, à la cour qu'on vient demander aide ou protection, que des demoiselles réclament vengeance pour la mort de leur ami ou de leurs parents, que des reines assiégées envoient des messagères pour qu'on vienne à leur secours. La cour arthurienne n'est jamais en défaut car il y a toujours un chevalier de la Table ronde pour accepter la mission qui se présente. Les valeurs ainsi exaltées dans ces romans arthuriens ne sont plus seulement liées à la gloire et à la renommée, mais sont fondées sur une exigence éthique et un accomplissement moral indéniables qui rejoignent les valeurs chrétiennes.






Source BNF.


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Jehanne - dans Personnages Historiques

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