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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 03:15

L'abbaye royale de Fontevraud.







1. L’église abbatiale.

L’abbatiale s’élève sur les fondations d’une première église, construite en pierre, à nef unique. La construction couvrit un demi-siècle, de 1105 à 1160. L’étonnante césure architecturale, qui distingue le chœur élancé de la nef plus ramassée, reflète la diversité d’origine des maîtres d’œuvre. Le chœur et le transept, d’inspiration ligérienne, s’accolent à une nef angoumoise.



La façade.
Remaniée plusieurs fois au cours des âges, elle est notamment reprise en 1504 dans le même style flamboyant que le pignon du haut-dortoir qui lui fait pendant (derrière les cuisines romanes). Durant ces travaux, l'abbesse fait masquer la porte romane par un portail de style grec et d’ordre toscan, se composant de deux pilastres, d'un entablement et d'un fronton. Au début du XXe siècle, l'architecte Lucien Magne rétablit la porte romane que l'on voit actuellement.



L'intérieur.
La nef est soutenue par des piliers carrés et massifs, flanqués de colonnes jumelées sur trois côtés. Le long des murs s’étirent des arcatures aveugles soutenant des galeries de circulation. Les coupoles montées sur pendentifs, et formant file, délimitent quatre travées. Dans le mur nord (à gauche en regardant vers le chœur) s’ouvre la porte dite « papale » : elle livra passage, pense-t-on, au pape Calixte II2 venu, au mois de novembre 1119, consacrer l’édifice encore inachevé et confirmer les statuts de l’Ordre fondé par Robert d’Arbrissel. On accède au transept en franchissant quelques degrés. De hautes et fines colonnes jumelées sont surmontées de chapiteaux sobrement décorés de feuilles d’eau. Le chœur est dépouillé de toute ornementation : la nudité des colonnes qui délimitent le déambulatoire en exalte encore la verticalité. Trois chapelles rayonnantes s’ouvrent dans le fond de l’abside.

Au XIXe siècle, la nef est partagée par l'administration pénitentiaire en quatre niveaux de dortoirs et de magasins, avec son cortège de dégradations de fenêtres et de portes. C'est à l'architecte Lucien Magne que l'on doit la restauration complète de l'abbatiale en 1906, y compris la reconstruction des coupoles.



Les gisants.
Dès les premières années de la fondation de Fontevraud, la famille d'Anjou se montre généreuse envers l'Ordre naissant. Henri II Plantagenêt et son épouse, Aliénor d'Aquitaine, ont, eux aussi, été des donateurs et des protecteurs attentifs. Deux de leurs enfants sont d'ailleurs en partie élevés à Fontevraud : Jeanne d'Angleterre et son frère Jean-sans-Terre. C'est en venant aux obsèques de son père Henri II, avec lequel il s’était longtemps querellé de son vivant, que Richard Cœur-de-Lion fut frappé par le repentir et demanda à être inhumé auprès de lui. Il le sera à sa mort en avril 1199. Jeanne d'Angleterre, épouse de Raymond VI, comte de Toulouse qui prit l'habit fontevriste peu de temps avant sa mort, est inhumée en juillet 1199, auprès de son père et de son frère, dans l'abbatiale.

La reine Aliénor, veuve, frappée durement par la disparition de la plupart de ses enfants, se retire à l'Abbaye, y meurt et y est ensevelie en 1204. D'autres membres de la famille royale rejoindront Henri II dans sa nécropole : Isabelle d'Angoulême, sa belle-fille, morte à Fontevraud sous l'habit religieux, Raymond VII de Toulouse, son petit-fils. Le cœur du roi Jean-sans-Terre, son fils, le cœur du roi Henri III, son petit-fils, y furent également transférés.
Quatre magnifiques gisants polychromes sont encore conservés dans l'abbatiale. Trois sont en pierre : ceux d'Henri II, d'Aliénor et de Richard. Le quatrième, celui d'Isabelle, est en bois.


2. Le cloître du Grand-Moûtier.


Lieu de déambulation, le cloître est le centre autour duquel s’organise toute la vie conventuelle. A Fontevraud, cette organisation s'est faite selon le plan bénédictin : au nord, l'église ; à l'est, la sacristie, la salle capitulaire, la salle de communauté ; au sud, le réfectoire ; à l'ouest, les communs. Reconstruit au XVIe siècle par deux abbesses, Renée et Louise de Bourbon, le cloître du Grand-Moûtier reprend intégralement les proportions initiales de l'ancien cloître roman. Renée de Bourbon fait reconstruire la galerie sud (1519) alors que sa nièce Louise fait refaire les trois autres galeries (1530-1560), où l'on peut voir son monogramme. Si la galerie sud est une galerie de style gothique, sa façade présente certaines « originalités » par ses arcades larges et moulurées, ainsi que par ses pilastres finement ornés. D'un style complètement différent, les trois autres galeries sont plus classiques : des colonnes géminées servent de contrefort à chaque doubleau et chacun de ces couples de colonnes n'est coiffé que d'un seul chapiteau ionique. Les galeries supérieures du cloître datent du temps de la prison.



La salle capitulaire.
C’est dans cette salle que se tenaient les différents chapitres : chapitres généraux, chapitres conventuels, chapitres administratifs ainsi que diverses cérémonies liturgiques comme l'office des complies. Le portail présente des sculptures très finement fouillées. La figure de voûte représente Dieu le Père tenant le monde dans sa main avec, de part et d'autre, des apôtres.

Les autres sculptures sont faites d'entrelacs, de guirlandes, de figures allégoriques, mythiques ou symboliques, dont la plupart se rapportent à la mort, en particulier à celle du Christ. De chaque côté de ce portail, on trouve deux fenêtres géminées à caissons représentant différents saints, taillés en faible bas-relief. On y voit également l'Adoration des mages, un ange chassant Adam et Eve du Paradis terrestre, le massacre des Saints Innocents, Sainte Véronique présentant son voile, l'Annonciation...
Reconstruite au XVIe siècle, la salle capitulaire donne l'impression d'une élégance architecturale assez rare, grâce à deux frêles colonnes se prolongeant en cœur de palmier qui délimitent deux nefs de trois travées chacune. Les murs ont été peints vers 1563 par un artiste angevin, Thomas Pot, et figurent des scènes tirées des Evangiles : la Cène avec le lavement des pieds, la trahison de Judas, la flagellation, le couronnement d'épines, la mort sur la Croix, la mise au tombeau, la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte et la Dormition de la Vierge. Dans toutes ces scènes, on remarque des religieuses, toutes issues des familles de Bourbon et de Rochechouart. Ce sont des ajouts postérieurs aux peintures, exceptés les portraits de Renée et de Louise de Bourbon représentées sur la scène de la Crucifixion. Le dallage très travaillé présente les initiales « R.B. » (Renée de Bourbon), le « L » ailé (Louise de Bourbon), le Vol couronné des Bourbons et la Salamandre de François Ier. Durant l'époque carcérale, la salle capitulaire sert d'abord de magasin pour la cuisine aménagée dans le chauffoir, puis de prétoire pour le jugement des prisonniers commettant des fautes durant leur détention.



Le chauffoir ou salle de communauté.
La communauté s'y réunissait à certaines heures de la journée pour y effectuer des « travaux manuels » ordonnés par la Règle : broderie, écriture. C'était la seule salle chauffée de l'Abbaye, concession de la Règle pour éviter les doigts gourds impropres à ce type d’activités. A l'époque carcérale, cette salle est transformée en cuisine des soupes. Au cours des fouilles qui ont précédé les travaux de restauration, on a retrouvé le niveau XIIe (visible grâce à l'ouverture vitrée) et choisi de restaurer selon le niveau du XVIe siècle.


3. Les dortoirs.


L'escalier Renaissance et les trois dortoirs.

Un bel escalier monumental du XVIe siècle, couvert d'une voûte en berceau à caissons sculptés, permet l'accès aux dortoirs. Cet escalier Renaissance d'une seule volée appartient à la campagne de restauration menée par les abbesses-princesses de Bourbon, entre 1504 et 1610.

L'effectif du monastère (jusqu'à 800 religieux et moniales), justifia l'aménagement de trois dortoirs : le bas-dortoir, en entresol, qui débouche sur le palier inférieur de l'escalier Renaissance, le grand dortoir, aménagé à l'est, selon la disposition monastique habituelle, puis, à l'étage supérieur, juste au dessus du réfectoire, le haut-dortoir et sa superbe voûte en carène de bateau renversé.
Chaque dortoir possédait un lustre en son milieu, conformément à la Règle : « Vous devez coucher seule chacune en un lit et s'il peut se faire, vous dormirez toutes en un lieu, la chandelle demeurant allumée dans le dortoir depuis le soir jusques matin ».

Les 230 cellules, réparties sur les trois niveaux, sont meublées d'un lit composé de deux matelas, de rideaux, d'une table et d'une commode, ainsi que de deux chaises. L'éclairage direct est assuré par une petite fenêtre carrée, surmontée d'une baie plus grande qui éclaire un couloir central. La Règle impose également l'alternance d'une cellule d'une jeune religieuse avec celles de plus anciennes.
L'office de matines, chanté au milieu de la nuit, semble avoir nécessité, à une certaine époque, un accès direct au chœur des religieuses, comme le laissent supposer les vestiges encore visibles dans le mur pignon du bras sud.
Du temps de la prison, l'administration pénitentiaire divise le grand dortoir en deux niveaux supplémentaires pour augmenter la capacité « d'accueil ». Ces trois niveaux contenaient ce que l'on appelle des « cages à poules ».
Le grand-dortoir est aujourd'hui, pour le Centre Culturel, un lieu d'exposition particulièrement élégant, avec son bel espace de 1000 m2 et son imposante charpente. Le bas-dortoir et le haut-dortoir, qui ne se visitent pas, sont utilisés lors des colloques et des concerts.




4. Le réfectoire.


L'abbesse Renée de Bourbon décida, en 1515, de faire refaire le voûtement de cette longue salle qui, au Moyen Âge, était charpentée. Cet aménagement nécessita la destruction de deux absidioles des cuisines romanes. Dix travées de croisées d'ogives reposent sur le gros œuvre roman, par l'intermédiaire de culs de lampe remarquables. Les traces de baies primitives se lisent encore aujourd'hui, tant sur la face extérieure que sur la face intérieure du bâtiment.

Toutes les religieuses se retrouvent dans cette longue salle de 46 mètres pour les deux repas quotidiens. Les tables sont alignées le long des murs et les moniales y prennent place selon leur rang d'ancienneté. La table de l'abbesse et de la grande prieure est dressée à l'extrémité du réfectoire, sur une estrade. C'est dans le silence le plus recueilli qu'elles écoutent la lecture d'extraits de la Bible, faite par une semainière. Du haut de sa chaire, sa voix résonne sous les larges voûtes d'ogives : « La bénédiction estant donnée, elle entrera pour faire la lecture, et on gardera un très étroit silence à table, en sorte qu'on y entende aucun bruit, ny voix de personne, mais seulement celle qui lit ».
Durant la période carcérale, le réfectoire fut divisé par la création d'un étage utilisé comme dortoir, ce qui eut pour conséquences l'obturation partielle des fenêtres hautes, en arc brisé, et l'ouverture de nouvelles fenêtres au rez-de-chaussée. Il en fut de même pour les portes. A cette même époque, la chaire de la semainière, qui occupait la place de la porte sud, fut détruite, tandis que la tribune, à l'extrémité est du réfectoire, fut construite. Elle possédait alors son pendant à l'ouest.
L'acoustique du réfectoire est telle qu'aujourd'hui, le Centre Culturel de l’Ouest l’utilise fréquemment pour des concerts et des enregistrements.



5. Les cuisines romanes

Commencée dès l’implantation de la communauté sur le site, leur construction a pu s’échelonner jusqu’en 1160.
Leur attribution est restée longtemps incertaine. Appelées « tour d'Evrault », du nom d’un bandit dont la légende prétend qu’il y allumait un feu dans le lanternon central pour attirer les voyageurs égarés, elles furent prises pour un baptistère, pour une lanterne des morts ou pour une église circulaire à huit chapelles. En réalité, il s‘agit de cuisines ou de fumoirs comme l’atteste un document iconographique dont on dispose pour le château de Saumur, ou comme il en existe encore à l'abbaye Saint-Florent de Saumur ou à l'abbaye de Bourgueil.
Construites entièrement en pierre par crainte du feu, ces cuisines étaient séparées des autres bâtiments et servaient aussi, probablement, de fumoir.
Le style est d'inspiration byzantine et la toiture en « écailles de poisson » se retrouve dans de nombreux édifices religieux du Poitou.
Ces cuisines ont été restaurées au début du XXe siècle par l'architecte Lucien Magne, élève de Viollet-le-Duc, qui ajoute alors un lanternon à chaque cheminée. Outre la simplicité du décor, on remarque que la construction passe du plan octogonal au plan carré pour revenir au plan octogonal en élévation.



Les cuisines XVIe siècle.
Au XVIe siècle, de nouvelles cuisines, plus fonctionnelles que les cuisines romanes, sont aménagées à l’extrémité nord du réfectoire. Cet espace est utilisé pour les expositions organisées par le Centre Culturel de l’Ouest.



6. Les infirmeries Saint-Benoît


Edifiées au XIIe siècle, ces infirmeries ont été reconstruites vers 1600. Les caves actuelles des bâtiments correspondent aux salles romanes des infirmeries primitives. Au centre de la galerie est du cloître se trouve l'entrée de la chapelle des morts, ou mouroir.
A l'époque carcérale, la construction d'un deuxième étage, entraîne la division de la chapelle en deux et la disparition de son clocher. Ces bâtiments ont servi de « quartier des femmes » jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Cet ensemble architectural des infirmeries est impressionnant par ses proportions, sa rigueur.



La chapelle Saint-Benoît.
Au nord de la cour, se trouve la chapelle Saint-Benoît qui date de la seconde partie du XIIe siècle. Cet édifice reste un bel exemple de l'art gothique Plantagenêt, même si une de ses travées a été détruite au XVIIe siècle lors de l’édification d’un appartement pour la grande prieure de l’époque.



Le Jugement dernier.
Cet ensemble sculpté en haut-relief mesure 1,30 m sur 60 cm et 35 cm de profondeur. Il est installé dans la chapelle des morts, au centre de l'aile orientale de la cour Saint-Benoît.
  Il s'agit d'un Jugement dernier, avec son cortège de saints et de damnés, de part et d'autre d'un Christ en gloire. Cet ensemble monumental a dû être abrité sous un porche à l'entrée de l'abbatiale. En fait, seul un cinquième de l'œuvre est exposé. La partie reconstituée témoigne d'une grande virtuosité. Le savoir-faire du sculpteur éclate dans des morceaux de bravoure : les jambes de plusieurs personnages ont été complètement détachées du bloc de tuffeau blanc. Des encoches pratiquées sur l'épaule de deux bienheureux indiquent que les bras correspondants ont été sculptés à part puis ajustés. Des traces de polychromie subsistent : noir et or, rouge et ocre. La qualité de ce Jugement dernier est unique : c'est une passionnante découverte à mettre au catalogue des grandes œuvres sculptées du Moyen Âge, à la frontière de l'art roman et du gothique. Dans un premier temps, on a daté l’œuvre du début du XIIIe siècle. Mais un texte mentionne le Jugement dernier de Fontevraud à une date antérieure : dans la biographie de Saint Hugues de Lincoln, on relate le passage à Fontevraud du saint et de Jean-Sans-Terre, au lendemain de la mort de Richard Cœur-de-Lion, en 1199. A l'entrée de l'abbatiale, le saint homme fait observer au monarque la présence de rois parmi les réprouvés et le sermonne sur ses fautes passées. Mais Jean désigne d'autres rois humbles et doux, joyeusement conduits aux cieux par des anges et déclare qu'il suivra leur exemple. S’il s’agit bien de la même œuvre, le Jugement dernier de Fontevraud serait donc antérieur à 1199.


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Jehanne - dans Patrimoine

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