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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 00:34
Les Alchimistes.







Comment devenait-on Alchimiste ?

N'importe quel couche social pouvait contenir de futurs alchimistes: des nobles, des bourgeois, des illettrés... Mais pour quitter les simples essais empiriques aidés de manuscrits souvent codés et devenir un véritable adepte, il fallait rencontrer un maître, qui apprendrait à l'adepte comment comprendre les manuscrits, quelles sont les bonnes matières premières, etc... Ce maître devait en principe avoir réussi lui-même le Grand Œuvre.

Pour se rencontrer et s'aider, les alchimistes devaient avoir des lieux de rencontres: les églises la plupart du temps, ou la demeure du plus riche d'entre eux. Il arrivait que les alchimistes se réunissaient en sociétés, afin de mieux partager leurs secrets (il y en avait une près de Naples, ou dans l'église de l'abbaye de Westminster). Mais certaine de ces sociétés codaient même leurs écrits, afin que seuls leur membres ne puissent les comprendre. L'autre solution était le voyage, en recherche d'un maître, de manuscrits... 



Du Haut en Bas de l'Echelle Sociale.

Les trois Etats: clergé, noblesse et tiers-état possédaient chacun leur part d'alchimistes. Par exemple le pape Sylvestre II (999-1003), né en 938 et connu avant son élection papale comme un moine d'Aurillac, il alla étudier en Espagne, chez les Arabes, pendant sa jeunesse. Il y eut également des grandes figures de la noblesse, des bourgeois et des roturiers. Mais il est important de distinguer les charlatans, les faiseurs d'or, des vrais alchimistes: les premiers ne pensant qu'à monter ostensiblement leurs subterfuges afin de se remplir la bourse, tandis que les seconds essayaient de garder leur travaux secrets, travaux qui avaient un but non pas mercantile, mais mystique, sacré. 



Couples d'Alchimistes.

Il arrivait aux alchimistes de se mettre en couple, mais il y avait 2 formes de couple alchimique: pour les uns, ce n'était qu'une banale union, où la femme aidait son mari dans les plus longs moments de veille, ou pour d'autres tâches; pour les autres, c'était une prise en charge commune de leurs travaux, ils formaient un véritable couple hermétique. Cette forme d'alchimie est rapprochable du tantrisme orientale dit "de la main gauche": une voie très spéciale qui préconise l'union concrète avec un partenaire prédestinée, pour la réussite du Grand Œuvre. Cette théorie est basé sur l'androgynat initial d'Adam, et sur la dualité des principes (Soufre et Mercure) qu'il faut rassembler pour obtenir la Pierre Philosophale. Le principe de cette voie serait de parvenir à retourner l'énergie sexuelle dans le corps de l'adepte pour réaliser les conséquences thaumaturgiques d'une remontée de l'homme et de la femme (redevenus uns) capables de retrouver la source perdue de l'immortalité. Cette deuxième catégorie n'avait que très rarement des enfants, contrairement à l'autre, qui était plus proche d'un couple traditionnel.

Figures d'Adeptes Médiévaux:
Albert le grand (1193-1280)De son vrai nom, Albert de Bollstädt (famille noble souabe), entre en 1222 dans l'ordre des dominicains. Il fut certainement le plus célèbre des docteurs scolastiques: il enseigna à l'université de Cologne, puis celle de Paris, mais ces cours étaient si populaires qu'il devait les faire en extérieur, sur une place, où l'on disposait de la paille pour permettre à ses auditeurs de s'asseoir.

La pratique de "Maître Albert" de l'alchimie et de l'astrologie lui a valu une réputation suspecte de magicien, avant mais surtout après sa mort.

Ainsi il aurait réussi à redonner vie à un petit environnement naturel, pour accueillir le comte Guillaume II d'Hollande et sa suite dans un jardin printanier, alors que le couvent dominicain de Cologne était plongé dans un hiver très rude.

Son disciple, le futur Saint Thomas d'Aquin (1226-1275) aurait brisé un androïde, que son maître aurait créé, androïde qui aurait ressemblé parfaitement à un humain, et qui aurait servi de serviteur au Maître.raymond lulle (1235-1315)

Né dans une famille de très haute noblesse (descendante en droite ligne des rois de Majorque, son île natale), il fut un coureur de jupons insatiable, dont l'adultère de ses compagnes ne le gênait outrement. Mais un jour, il tomba follement amoureux d'une femme mariée, qui résistait à ses avances. Après de multiples poursuites spectaculaires (jusque dans la cathédrale de Palma) et essais infructueux, il réussit à défoncer la porte du logis de la cause de son désir fou. Celle-ci, désirant totalement se débarrasser de son courtisan, déboutonna son corsage, afin de lui montrer sa poitrine rongée affreusement par un cancer. Le choc fut si dur pour lui que, non seulement il abandonna tout désir pour cette femme, mais fit vœu de chasteté, distribua tous ses biens aux pauvres et donna un grand dessein spirituelle à sa vie: convertir les musulman à la foi chrétienne.

Il devint le docteur illuminé, un érudit autant passionné par la théologie, que par la philosophie, la poésie, et l'alchimie. Cette dernière lui aurait été apprise par Arnauld de Villeneuve, qui lui aurait enseigné le secret de la Pierre Philosophale, lors des études à Montpellier de cet ancien coureur de jupons.

Il mourut lapidé par les habitants du port algérien de Bougie (aujourd'hui Annaba), après avoir trop intrépidement prêché la conversion au christianisme.nicolas flamel(1330-1418) et dame pernelle(1310-1415)

Né à Pontoise de parents appartenants à la petite bourgeoisie, qui lui donnèrent le privilège d'avoir une bonne instruction, il devint ainsi escrivain à Paris et gagna bien sa vie en recopiant des manuscrits, servants de secrétaire pour noter la correspondance de riches illettrés, etc...

A vingt ans, il épousa Dame Pernelle, une deux fois veuve qui en avait déjà 40. Malgré la différence d'âge, son mariage se révéla heureux. Son commerce lui rapportait de bons revenus, si bien qu'ils quittent son échoppe exiguë attenante à l'église Saint-Jacques-la-Boucherie pour se faire construire une maison, à l'angle de 2 étroites venelles: la rue Mariveaux et la rue des Escrivains, maison qui se trouve en face de sa nouvelle échoppe un peu plus spacieuse, à l'enseigne de la Fleur de Lys.

Sa vie est alors bouleversée, une nuit, par un rêve ou une vision: l'apparition d'un ange qui lui tient ce discours:

"Flamel, vois ce livre, tu n'y comprends rien, ni toi ni bien d'autres, mais tu y verras un jour ce que nul ne pourrait voir."

Nicolas étend les bras pour saisir le livre, mais ange et ouvrage disparaissent dans des flots d'or. Il se réveille alors brusquement, tout excité. Un peu plus tard, il trouve un exemplaire du livre vue en rêve dans une librairie: le Livre d'Abraham le Juif. Il se lance alors dans la quête du Grand Œuvre.

On rapproche cet Abraham le Juif d'un kabaliste d'Espagne, né à Tolède, Abraham ben Ezra (1089-1167), celui que les auteurs chrétiens connaissent sous le nom d'Avenare, Avenarius ou Abraham Judaeus. Ce livre décrivait les opérations du Grand Œuvre, mais sans en préciser la matière première.

Flamel raconta son aventure à son épouse, et ils se lancèrent tous deux dans cette quête. Pendant 21 ans, ils ne connurent que des échecs, malgré les conseils que des relations de l'escrivain lui fournirent. Nicolas décida donc d'aller faire un voyage en Espagne pour 2 raisons: un pélerinage sur la tombe de saint Jacques de Compostelle (saint patron des alchimistes chrétiens) à l'extrême Nord-Ouest du pays, et la rencontre avec un Juif, formé aux arcanes de la kabale, qui pourrait lui enseigner le sens caché des figures du livre d'Abraham ainsi que la lecture des caractères hébraïques.

En 1378, il partit accomplir ce pélerinage à pied, ne rencontrant son Juif kabaliste que sur le retour, dans une petite auberge de la cité de Léon, Maître Canches ou Sanchez. Celui-ci accepta de l'accompagner à Paris, mais il mourut en route au niveau d'Orléans, car déjà fort vieux. Heureusement, au cours de leur voyage commun, Nicolas en apprit suffisamment.

De retour à Paris, Flamel et Dame Pernelle se remirent au travail et accomplir successivement le petit puis le Grand Œuvre.

Certaines légendes prétendent que ces enterrements auraient été truqués, et que la couple serait parti vivre en Orient. Mais Nicolas serait revenu plusieurs fois dans son Paris natal (des preuves auraient été apportés pour une de ces venues en mai 1818)... 



Chez les Grands:


Heures et Malheurs d'Alchimistes.

Les alchimistes étaient très intéressés, comme de nombreux artistes, à l'idée de se débarrasser de la lourde tâche qu'est la sustentation des besoins matériels. Ils appréciaient donc fortement l'idée de se mettre au compte d'un mécène, qu'il soit grand seigneur, souverain ou pape.

Le sort des rares alchimistes arrivant à rentrer dans cette voie était très variable: ils pouvaient aussi bien terminer en prison à perpétuité ou être condamné à mort pour avoir essayer de tromper leur mécène tout-puissant, ou ne pas avoir voulu lui révéler son secret, après lui avoir montrer ses capacités, si enrichissantes pour un homme toujours à la recherche d'argent. Mais cela pouvait aussi leur rapporter des conditions de travail d'une qualité parfois sans égal possible.

Les mécènes acceptaient généralement un ou des alchimiste(s) afin que ceux-ci augmentent leur richesse en or. Le roi d'Angleterre Edouard III aurait ainsi réussi à faire fabriquer des pièces en or alchimique, grâce à un procédé enseigné par Raymond Lulle.

Michel Scot, alchimiste et magicien originaire d'Ecosse, après avoir longtemps séjourné dans l'Espagne musulmane (on signale sa présence à Tolède en 1217), fut au service du pape Honorius III (de 1220 à 1227), puis à celui de l'empereur d'Allemagne Frédéric II de Hohenstaufen, à sa somptueuse cour préférée de Palerme en Sicile, où sa carrière et sa vie s'acheva en 1236. Il s'était spécialement préoccupé du problème de la subjugation psychique des hommes, il écrivit en effet dans son traité Physionomia:

"le véritable pouvoir, c'est d'imposer sa volonté sur d'autres esprits. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut dominer les hommes".



Devant l'Eglise:


 Les légendes et la réalité.

Contrairement à la pensée commune, l'Eglise n'exerçait pas une oppression inhumaine sur les alchimistes, malgré les excès qu'on lui connaît dans sa traque des hérétiques. Cette image est aussi fausse que celle de l'alchimiste qui serait un homme touchant à la sorcellerie la plus sinistre, une sort de sataniste, fou de haine et de révolte contre l'Eglise (ces cas étaient véritablement exceptionnels), ou encore une sorte de libre penseur militant. Un alchimiste était la plus part du temps un homme pieux et très dévot: il faut se rappeler les activités de l'oratoire: ces prières qui devaient accompagner le Grand Œuvre. Si bien qu'il n'eut aucune condamnation ecclésiastique ou papale, aucun mandement ne visant en particulier ces "fils d'Hermès", dont certains faisaient partie des membres du clergé, moines ou prêtres.

Alchimistes Persécutés: Arnauld de Villeneuve, Roger Bacon

Arnauld de Villeneuve n'eut de son vivant aucun véritable problème, grâce à la protection du pape avignonnais Clément V. Mais à la mort de celui-ci, 3 ans après celle de l'alchimiste, un tribunal inquisitorial, présidé par le moine jacobin Longer, se réunit à Tarascon et confirme à titre posthume le rejet des 15 propositions qui avaient été condamnées à Paris en 1309 par la faculté de Théologie (la Sorbonne)

Le moine franciscain Roger Bacon (1214-1294), doctor mirabilis, eut beaucoup moins de chance: il passa en effet 1' années en prison dans un monastère. Il fut accuser, à tort, d'utiliser des moyens touchant à la magie noire. De plus, le général des franciscains l'a condamné pour enseigner des "nouveautés suspectes": il avait en effet un esprit singulièrement prophétique, et bien avant Léonard de Vinci, enseigna la possibilité de construire des machines volantes, des véhicules automatiques et des sous-marins. 



Le Pélerinage à Compostelle.

Il s'agissait de rejoindre le tombeau de l'apôtre Saint Jacques le Majeur à Compostelle, en Galice, en partant (pour les parisiens) de l'église Saint-Jacques-la-la Boucherie. Cela correspondrait au dernier voyage de cet apôtre, que les alchimistes chrétiens ont pris comme patron à cause de la légende de la découverte du tombeau de celui-ci: au IXe s., l'évêque d'Irix reçoit la visite d'un cultivateur qui raconte des phénomènes insolites qui se passent dans son champ, que non seulement ses bœufs refusent de labourer mais où en plus se déroulent la nuit des choses étranges: des fleurs médicinales s'y épanouissent à foison mystérieusement et une étoile brille au-dessus du champ d'un éclat resplendissant. L'évêque ordonne de faire des fouilles et le sarcophage de marbre contenant le corps intact de l'apôtre saint Jacques le Majeur est découvert. On bâtit donc une église abritant les précieuses reliques sur ce lieu miraculeux, surnommé dès lors Campus stellae.

Hormis le caractère sacré de ce pèlerinage, comme celui que peuvent faire les compagnons du devoir à la Sainte-Baume (près de Marseille), les alchimistes lui accordait une valeur symbolique: son nom latin est Campus stellae, le champ de l'étoile, et dans Compostelle, il y a compost, qui correspond à l'une des phases du Grand Œuvre, qui est en rapport avec une étoile, stellae.

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