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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 14:42
Christine de Pisan.







Christine de Pizan nous a laissé environ quatre cents poèmes en tout genre, ballades, rondeaux, virelais, complaintes. Elle écrivait ces poèmes “d’amant et de dame” sur commande des particuliers, car elle entendait vivre de sa plume.

En effet, son père, Thomas Pizzano, venu en France comme astrologue de Charles V, l’avait mariée avant de mourir à un seigneur français, qui la laisse veuve en 1390. Jeune, intelligente, ayant une bonne éducation, elle se rend compte que la dédicace des écrits peut rapporter assez d’argent. En 1399 elle publie une Epître au dieu d’Amour. En 1401, avec le Dit de la Rose, elle déclenche la fameuse Querelle du Roman de la Rose, en dénonçant la misogynie grossière de Jean de Meung. A la querelle se sont mêlés des personnages très sérieux, parmi lesquels le chancelier de l’Université de Paris, le théologien Jean Gerson. Le Livre des faits et bonnes moeurs de Charles V est une biographie de ce roi sage et prévoyant. La Cité des Dames paraît en 1405.

Christine sera le seul lettré contemporain qui ait salué par ses écrits l’épopée de Jeanne d’Arc; elle publia son Dittié de la Pucelle en 1429. Quoique son style soit fluet et
banal, elle a le grand mérite d’avoir pris la parole au nom des femmes, contre le flot de méchancetés que déversaient les écrivains du temps.

Sous le titre Les Quinze joies de mariage, nous avons un texte en prose, qui peut dater des dernières années du XIVe siècle, et qui est une satire énergique des relations conjugales. L’auteur laisse entendre qu’il est homme d’Eglise (l’une de ses identités possibles est Gilles Bellemère, évêque d’Avignon), mais sa connaissance des réalités matrimoniales, fût-elle médiate, par l’entremise des confessions, est extrêmement détaillée. Il n’est pas impossible que la méthode de l’auteur ait été à l’origine une sorte d’anthologie des thèmes qui revenaient dans les conversations du temps, à une époque et en un pays où l’on est très au courant des affaires de son voisin. Mais il déploie un style précis, coloré et abondant, qui trahit l’expérience de la plume autant que celle du colloque médisant. Parmi les griefs majeurs du mari il y a la dépense occasionnée par les robes, les fards et les atours; un autre est l’hypocrisie de la femme qui se sert de ses atouts naturels pour embobiner son homme et lui faire prendre les vessies pour des lanternes.

Voici un tableau du mari qui trotte de l’aube jusqu’au soir afin de gagner assez pour satisfaire les caprices de sa femme et de sa fille:

Il est si mat, si las, si dompté du travail et tourment de mesnage, qu’il ne lui chault plus de chouse que sa femme lui die ne face, mès y est adurci comme un vieil asne qui par accoustumance endure l’aguillon, pour lequel il ne haste gueres son pas qu’il a accoustumé d’aller....Il a unes botes qui ont bien deux ou trois ans, et ont tant de foiz esté reppareillées par le bas, qu’elle sont courtes d’un pied, et sans faczon, car ce qui soulloit estre au genoil est maintenant au milieu de la jambe. Et a ungs esperons du temps du roy Clotaire, de la vieille façon, dont l’un n’a point de molete... Et quelque jeu ou instruments qu’il voie, il luy souvient tousjours de son mesnage, et ne peut avoir plaisir en chose qu’il voye....

Les quinze “joies” du mariage sont certes des malheurs, comme les escapades de l’épouse en compagnie de ses cousines, les caprices de la grossesse, le refus de la maîtresse de maison d’accueillir les amis du mari, ses insatisfactions intimes qui se traduisent par des scènes de ménage, le mariage des filles pour lequel il faut se mettre en frais. La femme prétend imposer son point de vue en toute chose, et elle va jusqu’à suborner le fils aîné pour le déterminer à mettre son père en curatelle. L’adultère, parmi toutes ces catastrophes, n’est que peu de chose; pourtant, l’auteur suggère aux maris de se garder de constater le flagrant délit, car, comme la ruse de la femme finira toujours par l’emporter, le mari aura travaillé à sa propre ruine. Heureux encore celui, de retour de la croisade, ne trouve sa femme mariée à un autre, ou celui qui n’aura pas à soutenir en champ clos les prétentions de sa femme à la préséance sur telle ou telle autre dame, car dans ces cas on en arrive d’ordinaire à mort d’homme.

Pour finir, l’auteur déclare qu’il est prêt, si le public le lui demande, à écrire un autre ouvrage sur les malheurs des femmes, à savoir sur les grans tors, griefs et oppressions que les hommes font aux femmes en plusieurs lieux, generalement par leurs forses, et sans raison, pource qu’elle sont febles de leur nature et sans deffense, et sont tousjours prestes à obeir et servir, sans lesquelles ilz ne sauroient ne pourroient vivre.

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Jehanne - dans Personnages Historiques

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