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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:24

L'ivoire au Moyen âge.





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L’ivoire est une des plus belles matières mises par la nature à la disposition des artisans et des artistes. C’est sur l’ivoire que les graveurs de l’époque quaternaire firent leurs premières reproductions des animaux qui les entouraient. Depuis ces temps reculés, il n’a jamais cessé d’être employé chez tous les peuples, dans les arts et dans l’industrie.

C’est une substance presque exclusivement minérale, riche en phosphate et en carbonate de calcium, qui forme la plus grands partie de la dent chez tous les vertébrés, mais, seules, les dents des mammifères de grande taille sont utilisées. L’ivoire employé pour les arts provient uniquement des défenses de l’éléphant ; l’ivoire industriel a plusieurs autres provenances dont nous parlerons tout à l’heure.

L’ivoire n’est jamais semblable à lui-même ; autant d’éléphants, autant de qualités différentes dans leurs défenses. Les changements dans la nourriture et dans les habitudes, amènent des variations dans la couleur, le grain, la dureté et le plus ou moins de facilité à polir ou à travailler.

L’ivoire d’Afrique est le plus estimé ; au lieu de jaunir, il blanchit avec le temps ; ceux de Guinée et du Cap sont aussi de belle qualité, mais le plus fin et le plus tendre provient de Panguani, sur la côte orientale. L’ivoire vert, d’une belle transparence, est originaire du Gabon ; on le rencontre dans la défense des animaux abattus depuis peu de temps, mais il blanchit, lui aussi, en vieillissant.

Trouvera-t-on encore pendant longtemps, dans le commerce, ces belles défenses de l’éléphant africain qui pèsent parfois près de 100 kilogrammes ? Il est permis d’en douter, à voir l’ardeur avec laquelle sont massacrés ces grands et paisibles animaux. Près de 50 000 d’entre eux sont abattus chaque année pour satisfaire nos goûts luxueux et il n’est pas difficile de prévoir l’extinction prochaine de l’espèce.

On trouvera peut-être un remède efficace dans sa domestication.

Pour l’instant, les seules mesures prises en sa faveur consistent en l’établissement de territoires de réserve sur lesquels sa chasse est interdite.

Parmi les ivoires des Indes, celui de Ceylan est le plus estimé ; il est d’un blanc rosé et plus tendre que l’ivoire africain.

L’exportation de l’ivoire en Europe atteint chaque année, depuis 1895, près de 2500 tonnes, vendues sur les marchés de Londres, Liverpool et Anvers. Une belle défense de 50 kilogrammes vaut de 1500 à 1800 francs. La consommation de l’Asie est presque aussi considérables, les objets en ivoire y étant très recherchés.

En dehors de l’ivoire fourni par les animaux actuels, on rencontre souvent de l’ivoire fossile, non seulement en Asie, mais encore en Allemagne et en Russie. Ce sont de gigantesques défenses de mammouth dont il existe sur certains points des amas considérables.

En dehors des défenses d’éléphant, l’industrie tire partie des molaires du même animal et des dents de l’hippopotame. Elle utilise aussi l’ivoire végétal, qui n’est autre chose que l’albumen corné de la graine du Phytelephas macrocarpa. Cette matière, connue dans le commerce sous le nom de corozo, se travaille aisément au tour et reçoit les colorations les plus variées. On en fabrique une foule d’objets élégants que l’on vend souvent comme ivoire animal. Pasquier a indiqué un moyen simple de distinguer les deux produits : l’ivoire animal ne change pas dans l’acide sulfurique concentré ; l’ivoire végétal prend au bout de quelques minutes, une teinte rose qu’un simple lavage à l’eau fait disparaître.

Le celluloïd, et surtout la viscoïde, nouveau produit obtenu en traitant les fibres de bois ou de coton blanchi par une lessive de soude caustique, puis par le sulfure de carbone remplacent l’ivoire pour les usages communs. La viscoïde, en particulier, lorsqu’elle est changée en baryte de façon à acquérir la densité de l’ivoire, imite ce produit parfaitement. Comme lui, elle se laisse travailler à l’outil, est susceptible de recevoir un beau poli et possède, de plus, une grande élasticité, qui la rend précieuse pour la fabrication des billes de billard.

Un inventeur américain prétend avoir trouvé le moyen de fabriquer l’ivoire avec... les pommes de terre. Voilà un procédé qui va donner un peu de tranquillité au malheureux éléphant d’Afrique. Il consiste à tremper des pommes de terre, pelées au préalable et parfaitement saines, dans de l’eau, puis dans de l’acide sulfurique étendu. On les fait bouillir ensuite pendant longtemps dans de l’acide sulfurique étendu ; on lave ensuite à l’eau chaude, puis à l’eau froide, enfin on procède par un Séchage lent et graduel. Il y a, de plus, un tour de main spécial dont l’auteur garde le secret. Transformer des pommes de terre en ivoire, voilà une opération des plus avantageuses ; nous ne pouvons que la recommander à nos lecteurs.





L’ivoirerie au moyen-âge

L’art de la sculpture sur ivoire remonte aux premiers âges de l’humanité ; il se révèle à nous avec une perfection remarquable dès la fin de l’ère paléolithique ; l’homme des cavernes à sculpté dans l’ivoire du mammouth de petites statuettes, des animaux qui nous surprennent par la vérité du mouvement et des attitudes.

L’ivoirerie était pratiquée chez les peuples de l’antiquité. Le British Museum possède deux tablettes d’ivoire provenant de fouilles pratiquées en Assyrie ; elles représentent deux personnages assis, tenant le sceptre ; on y distingue des traces de vernis bleu et de dorure. En Égypte, chez les Hébreux, en Étrurie, en Grèce, à Rome, on a trouvé également de fort beaux ivoires. L’art byzantin a fourni de superbes pièces dont quelques-unes sont parvenues jusqu’à nous. Le cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale possède une plaque d’ivoire datant du XIe siècle et qui est un véritable chef-d’œuvre. Longue de 24 centimètres, large de 15, elle servait de couverture à un évangéliaire. Elle représente un épisode de la vie du Christ ; les mouvements des personnages sont un peu raides, mais leurs visages ont une expression admirable et les draperies sont fort bien traitées.

Les Arabes des VIIe et VIIIe siècles ont sculpté de beaux coffrets d’ivoire. Les artistes de l’Occident ne leur étaient guère inférieurs, si l’on en juge par le coffret du musée de Cluny que nous reproduisons. Il date de l’époque carlovingienne ; il est en marquèterie de bois colorés et d’ivoire, avec des entrelacs et des cadres entourant des animaux fantastiques.



Mais l’ivoirerie du moyen âge a surtout consisté en diptyques et en triptyques.

Un diptyque est une sorte de tablette double dont les composantes sont réunies à charnière. Ce fut, à l’origine, une sorte de carnet dont les feuilles de bois, d’ivoire ou de métal, enduites de cire, servaient à prendre des notes. Puis apparurent les diptyques consulaires, sur lesquels les nouveaux fonctionnaires faisaient part de leur nomination à leurs parents et à leurs amis. Plus tard enfin, l’Église les adopta pour orner ses autels. Consacrés aux saints et aux martyrs, des épisodes religieux étaient sculptés sur les lames d’ivoire qui les formaient.

Les triptyques, avec une forme un peu différente, avaient des usages identiques. Ils se composaient de trois panneaux sculptés ou peints et réunis à charnière. Le panneau central, deux fois plus large que les deux autres formant volets, pouvait être recouvert exactement par eux. Très estimés à Byzance, ils ne pénétrèrent dans l’Europe occidentale qu’après les croisades. L’ivoire a servi à faire des retables de grandes dimensions, c’est-à-dire des sortes de triptyques posés à demeure sur l’autel et ouverts pendant les cérémonies du culte. La collection Sauvageot, au Louvre, en possède un, de deux mètres de côté, qui contient tout un monde de petits personnages sculptés d’un travail achevé.

Au musée de Cluny existent aussi de belles pièces du moyen âge, notamment un diptyque de 3,5 cm sur 4,5cm, sur lequel vingt-quatre sujets ont été travaillés à la loupe avec une minutie extraordinaire ; une châsse gothique a cinquante et un bas reliefs, la châsse de Saint-Yved, datant du XIIe siècle, et des crosses épiscopales en ivoire, dont une se termine en forme de T, en souvenir de la croix, ressemblance d’ailleurs indiquée par l’étymologie du mot (de l’italien croce, croix).

L’art de l’ivoirier s’applique alors aux objets les plus divers ; les hanaps, les vidercornes sont sculptés, fouillés avec une patience admirable. Les mains de justice, sceptres terminés par une main dont les trois premiers doigts sont ouverts, ont l’ivoire pour matière habituelle. Le Louvre en possède une montée en or, et datant du XIIe siècle, qui a figuré au sacre de Napoléon. Les échiquiers et leurs pièces sont à cette époque des œuvres d’art. En 1893, le Louvre a reçu un pion en ivoire provenant d’un jeu du moyen âge. Cette pièce n’a pas moins de 10 centimètres de haut sur 6 de large, et sur ses quatre faces sont sculptés des personnages allégoriques. On se demande quelle taille pouvait avoir le roi dans un pareil jeu.

Le moyen âge est aussi l’époque des olifants, cors employés par les chevaliers. Ils avaient la forme d’une corne d’animal et étaient presque toujours en ivoire avec des scènes de chasse sculptées. Les dimensions de ces instruments sont parfois si considérables - à Cluny il en est un de 95 centimètres de longueur - qu’on est autorisé à croire qu’ils ont été souvent un objet de parade et non d’usage.

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