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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 21:15

L'ophtalmologie au Moyen âge.

 

 

 

 

 

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Pendant les onze siècles que recouvre le Moyen Âge, les médecins, héritiers des traditions égyptiennes, grecques, latines et arabes, ou leurs compilateurs ont consacré plusieurs chapitres aux maladies des yeux. Les thérapeutiques des Anciens nous ont été transmises dans leur ensemble, mais les copistes y ont souvent ajouté de leur propre initiative d'autres formules plus ou moins empiriques, plus ou moins efficaces. En effet, à une époque où l'imprimerie n'existait pas encore et où les documents transmettant le savoir étaient écrits à la main, cela impliquait de la part des copistes une excellente vue et le souci qu'ils en avaient se traduisait par l'intérêt porté aux affections oculaires et à leur traitement.

 

 

 

Les débuts de l'optique :


Si les problèmes de vision furent évoqués dès l'antiquité par Aristote, dans le problemata, en particulier la myopie et la presbytie, l'invention des lunettes fut bien plus longue à venir. Elle est, par ailleurs, précédée par une foule d'anecdotes concernant l'utilisation empirique de lentilles, ou de verres grossissants - ainsi de l'exemple, rapporté par Pline, de Néron regardant les combats de gladiateurs à travers une émeraude, quoique l'on ignore s'il le faisait réellement pour mieux voir.

Viennent ensuite les premières études à proprement parler du pouvoir optique de certains éléments, études réalisées par Euclide et surtout le scientifique arabe Alhazen, à qui l'on attribue la première description du pouvoir grossissant des lentilles, dans son livre opticae thesaurus ; ces études sont alors purement théoriques, détachées de l'expérience - Alhazen ne parle pas, par exemple, d'une possible utilisation des lentilles pour faciliter la lecture.


 Euclide (280 avant JC) étudia le pouvoir optique de différents éléments, mais on attribue généralement au scientifique arabe Alhazen la première description scientifique du pouvoir grossissant des lentilles; il ne parle pas de leur utilisation possible pour favoriser la lecture. Dans son livre Opticae Thesaurus, il décrit les différentes formes de lentilles.


Le médecin byzantin Paul d'Égine (625-690), maître dans l'art opératoire et dans celui des accouchements, a consigné dans son Épitomé , rédigé en 675, l'existence d'yeux articiels, de type ecbléphari.

 

 

Roger Bacon (1214-1294) reprit ces travaux d’Alhazen et continua à étudier la réfraction à travers verre et cristal de roche. Cet aristocrate dévoua sa vie à la Science et à la Connaissance. Après un doctorat en théologie il étudia les langues, les mathématiques et la physique. Il étudia à Oxford et à l'Université de Paris, avant de devenir moine.

 

C'est en 1267 qu’il fournit la preuve scientifique que l'on pouvait agrandir les petites lettres à l'aide de verres surfacés de manière particulière. Il demandait des réformes dans les sciences et l'Eglise, ce qui lui fallut la prison en 1257 à Paris, et entre 1278 et 1292. Il mourut peu après, mais avait œuvré pour l'usage des sciences expérimentales. Certains historiens lui accordent la paternité des lunettes, avec l'idée d'intégrer deux verres dans des cercles de bois reliés par un clou. Selon d'autres sources, l'inventeur des premières lunettes est beaucoup plus difficile à connaître. On sait seulement que de nombreuses lunettes font leur apparition en Italie à la fin du siècle. Sandro di Popozo détaille d’ailleurs dans son “Traité de conduite de la Famille” le confort apporté par ses lunettes.


Dans un traité nommé Traité de Conduite de la Famille, Sandro di Popozo écrit en 1299 :"Je suis si altéré par l'âge, que sans ces lentilles appelées lunettes, je ne serais plus capable de lire ou d'écrire. Elles ont été inventées récemment pour le bénéfice des pauvres gens âgés dont la vue est devenue mauvaise". C'est Francesco Redi (1626-1694), professeur de médecine à Pise (Italie) qui rapporte ce document.


Vers 1285, les lunettes apparaissent pour la presbytie et l'hypermétropie.

 

La fabrication de verre blanc était à cette époque là une exclusivité des souffleurs de verre de Venise. Les célèbres verreries de Murano peuvent être considérées comme étant le berceau des lunettes: C'est des verreries vénitiennes que vinrent aussi lespremiers vers lunettes surfacés. La fabrication de ces verres fut réglementée en 1300 en définissant les premiers critères de qualité et les conditions de cette dernière. Ces aides visuelles nommées Bril étaient faites d'un verre surfacé convexe, entouré d'un cercle en fer, de corne ou encore de bois, puis équipé d'un manche pour être tenues. La première forme de lunettes, les lunettes clouantes, fut développée grâce au rivetage de deux verres. C'est avec quelque effort que ces lunettes devaient être retenues sur le nez à la main, elles permettaient par contre la lecture et l'écriture jusqu'à un âge avancé.

 

Des rapports chirurgicaux de Bernard Gordon, en 1305, où " un collyre " est préconisé « en remplacement des lunettes ».


 Un dominicain italien appelé Allesandro Spina, mort en 1313, a fabriqué des lunettes qu'il distribuait autour de lui. Un inconnu lui apprit ce qu'étaient les lunettes, et il diffusa son savoir de fabrication à tous ceux qui s'y intéressaient. Il est décrit comme quelqu'un au grand cœur, toujours prêt à aider les autres.

Donc il semble que différents italiens inventèrent les lunettes...

Des discussions se sont engagées pour savoir si la Chine avait utilisé les lunettes avant ces dates, mais aucun document ne l'évoque, pas même les récits de Marco Polo.

 

Le français Bernard Gordon, professeur de chirurgie à Montpellier, parle des lunettes dans son livre en latin, écrit en juillet 1305 : Lilium Medicinae : Il conseillait un collyre "...qui rend la lecture des petites lettres de nouveau possible pour les gens âgés, sans qu'ils aient besoin d'utiliser des lunettes".


Guy de Chauliac (1298-1368), toujours à Montpellier, évoqua, dans son livre Chirurgia Magna de 1363, différents médicaments contre la mauvaise vision mais ajoute :"Si cela ne marche pas, il faudra que le patient utilise des lunettes".


On peut considérer qu'une des premières reproductions de lunettes dans une peinture, est due à Tommaso da Modena en 1352 :

 Le français Pansier cite les poèmes français du XVème siècle, comme la balade de Charles d'Orléans (1391-1463) :"Et maintenant que je deviens vieux, j'utilise des lunettes pour lire. Elles grossissent les lettres..."


En fait c'était surtout les moines qui utilisaient les lunettes pour recopier les manuscrits.

Malgré leur utilité indéniable, les lunettes restent avant tout destinées aux personnes âgées. Avec Gutenberg et l'imprimerie, la lecture se démocratise et les lunettes deviennent indispensables pour certains. Ces “appareils” n’ont alors rien à voir avec les lunettes que nous utilisons aujourd’hui : il ne s'agit que d'un verre fixé devant l'œil, que les anglais appelaient « spectacle », puis de deux verres joints par un clou, d'où le nom de besicles clouantes. Par la suite on monta les verres sur le nez, ce qu'on appelait un 'pince-nez'. L'inconfort fit naître le 'face-à-main', qui permettait de tenir avec une tige les deux verres devant les yeux.


Au XIIIème et XIVème siècle on ne proposait que des lentilles biconvexes, pour corriger la presbytie. Il fallut attendre le XVème siècle pour voir des lunettes corrigeant la myopie, donc avec des verres concaves. Le premier texte qui parle des verres concaves nécessaire pour corriger la myopie, en 1440, est la description du Cardinal Nicolas de Cuse (1401-1464) dans l'ouvrage De Beryllo.

 

 Ce n'est que vers la fin du XV° siècle que les lunettes clouantes furent remplacées par les lunettes à branches ou des montures à arc faites d'une seule pièce. Les matériaux utilisés à cet effet étaient le fer, l'argent, le bronze ou le cuir. Afin d'améliorer le siège sur le dos du nez, on utilisa un pont à ressort, muni d'une lamelle laquelle exerça un effet de serrage sur le nez. Ces lunettes à lamelles munies de branches furent offertes jusqu'au XVIII° siècle.


 Le développement se poursuivit aux XVI° et XVII° siècles en Espagne. Là-bas, le port des lunettes était un signe de richesse et de niveau social: Plus grand les verres, plus cher étaient les lunettes et plus nobles furent leurs porteurs. On développa en Espagne les lunettes à fil sur lesquelles deux nœuds assuraient le maintien autour des oreilles.

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Jehanne - dans La Médecine

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