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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 10:06

La chimie au Moyen âge.

 

 

 

 

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Les doctrines mystiques et allégoriques des adeptes de l'art sacré furent reprises et développées au Moyen âge par les alchimistes arabes. Les Arabes traduisirent les oeuvres des Grecs, les commentèrent et firent fructifier les sciences pendant plusieurs siècles. De grands savant, tels Geber ou le médecin Avicenne, illustrèrent l'alchimie en Orient. C'est par l'intermédiaire des Arabes que la science alchimique pénétra en Occident, vers le temps des croisades. Les premiers alchimistes de l'Europe chrétienne ne connaissent et ne commentent que les auteurs arabes : Vincent de Beauvais, dans son Speculum majus, s'en réfère seulement à eux. Le Theatrum chemicum, collection des vieux textes connus au XVIIe siècle, n'en reproduit pas d'autres et ignore à peu près complètement les alchimistes alexandrins. La culture de l'alchimie fut poursuivie avec passion pendant le Moyen âge latin; mais elle fit peu de découvertes nouvelles.

Les adeptes, suspectés et persécutés, se cachèrent sous les noms des personnages les plus illustres de leur époque, tels que Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Roger Bacon, mort en 1292, et Arnaud de Villeneuve, mort vers 1319, ont écrit réellement sur l'alchimie; quoique plusieurs des ouvrages qui portent leur nom manquent d'authenticité. On a attribué à tort, au dernier; la découverte de l'alcool, déjà connu des Arabes plusieurs siècles avant lui. Pendant le XIVe et le XVe siècle, les alchimistes se multiplient : les uns sont de purs charlatans, les autres ont concouru aux progrès de la chimie par des expériences souvent obscures et mal interprétées, mais qui sont devenues le point de départ des découvertes ultérieures. Citons seulement, à ce dernier point de vue, Basile Valentin, qui à beaucoup travaillé sur l'antimoine, les deux Isaac, père et fils, Hollandais fort habiles, Bernard Trévisan, mort en 1490, etc.

A côté de l'alchimie proprement dite, une chimie pratique a aussi existé au Moyen Age, les alchimistes eux-mêmes qui l'habillaient de tout l'attirail théorique de la philosophie hermétique s'y livraient, mais souvent aussi cette science perpétuait des savoir-faire remontant à l'Antiquité, et qui n'avaient jamais été perdus depuis.

 

 

 


Exploitation des mines.

Les Anciens avaient entrepris d'immenses travaux pour l'exploitation des richesses métallurgiques des Pyrénées et de l'Espagne. Mais arrivés à une certaine profondeur du sol ils se voyaient forcés de s'arrêter, soit à cause des airs irrespirables, soit à cause des eaux qu'ils rencontraient. Impuissants à vaincre ces obstacles, les ouvriers mineurs abandonnèrent ces anciennes mines, sur lesquelles on avait répandu beaucoup de superstitions, conformément à l'esprit du temps.

« La principale raison, dit Carrault, pour laquelle la plupart des mines de France et d'Allemagne sont abandonnées, tient à l'existence des esprits métalliques qui sont fourrés en icelles. Ces esprits se présentent les uns en forme de chevaux de légère encolure et d'un fier regard, qui de leur souffle et hennissement tuent les pauvres mineurs. Il y en a d'autres qui sont en figure d'ouvriers affublés d'un froc noir, qui enlèvent les ouvrants jusqu'au haut de la mine, puis les laissent tomber du haut en bas. Les follets ou kobalts ne sont pas si dangereux; ils paraissent en forme et habit d'ouvriers, étant de deux pieds trois pouces de hauteur : ils vont et viennent par la mine, ils montent et descendent, et font toute contenance de travailler [...]. On compte six espèces desdits esprits, desquels les plus infestes sont ceux qui ont ce capuchon noir; engendré d'une humeur mauvaise et grossière [...]. Les Romains ne faisaient discontinuer l'ouvrage de leurs mines pour quelque incommodité que les ouvriers pussent recevoir. »

Ce dernier trait est caractéristique : il peut suffire pour distinguer les mentalités de l'Antiquité d'avec celles du Moyen âge. Les souverains étaient censés les propriétaires de tous les trésors souterrains. A l'origine ils ne concédaient qu'à leurs proches le droit d'exploiter des mines.
C'est ainsi que Charlemagne accorda à ses fils Louis et Charles, par lettres patentes, datées de Laon en 786, l'exploitation des mines de la Thuringe. Plus tard ce droit fut concédé à de simples particuliers. Les travaux des Francs et des Maures sont faciles à reconnaître; leurs excavations souterraines ont généralement la forme carrée. Les puits des mines exploitées par les Romains sont toujours ronds.

Lorsqu'on eut appris que les sables de certaines rivières sont aurifères, tout le monde voulait se mettre à la recherche de l'or. L'agriculture fut abandonnée et les campagnes devinrent bientôt désertes. Il en résulta des disettes cruelles, et les gouvernements recoururent à la force ou à des peines sévères pour ramener les chercheurs d'or à la culture des champs.

 

 

 

 

Kermès. Culture du pastel.

Le kermès ou la cochenille du chêne (coccus ilicis), bien connu des Grecs et des Arabes pour la teinture écarlate, parait avoir été introduit dans l'ouest de l'Europe vers le Xe ou XIe siècle. A cette époque, plusieurs abbayes augmentaient leurs revenus en exigeant, sous forme de dîme, une certaine quantité de sang de Saint-Jean, comme on appelait alors le kermès.

Avant l'introduction de l'indigo, on employait le pastel (isatis tinctoria), plante de la famille des Crucifères, pour teindre les étoffes en bleu. Dès le XIIe siècle la culture du pastel avait déjà acquis un haut degré de prospérité dans l'Europe centrale, particulièrement en Lusace et en Thuringe.

 

 

 

Peinture sur verre.

Les vitraux peints étaient primitivement formés d'un assemblage de fragments de verre coloré. Cet assemblage de compartiments de toutes sortes de couleurs, transparents, agréables à la vue, rappelait le travail des artistes romains, connus sous le nom de quadratarii. On admirait beaucoup l'effet que produisait le soleil levant, entre autres, à travers les vitraux de l'Église de Sainte-Sophie, à Constantinople. Les vitres de couleur que le pape Léon III fit, en 795, mettre aux fenêtres de l'église de Latran étaient également fort admirées de leur temps.

L'art de brûler, dans la substance même du verre, des dessins de différentes couleurs, ne paraît pas être antérieur au XIe siècle. L'abbé Suger, ministre de Louis le Gros, nous apprend lui-même qu'il fit venir de l'étranger les artistes les plus habiles pour peindre les vitres de l'abbaye de Saint-Denis, qu'ils brûlaient des saphirs en abondance et les brûlaient dans le verre, pour lui donner la couleur d'azur, la plus estimée des couleurs.

L'art de la peinture sur verre, où dominaient le bleu et le rouge (obtenu par l'oxyde de fer), se perfectionna aux XIIIe, XIVe et XVe siècles. il se perdit vers le XVIIIe siècle, et fut retrouvé vers le milieu duXIXe siècle, grâce aux progrès de la chimie.

 

 

 

Altération des monnaies.

Les vices de l'humain sont, qu'on nous passe cette comparaison, le fumier du progrès. Pour s'assurer à quel point les monnaies étaient altérées par la cupidité, il fallait de nouveaux moyens chimiques. La pierre de touche, dont se servaient depuis longtemps les orfèvres, était un procédé devenu insuffisant. La coupellation, décrite par Geber (L'alchimie arabe), fut bientôt universellement pratiquée. Une ordonnance de Philippe de Valois, en date de 1343, entre à cet égard dans des détails curieux.

« Les coupelles, y est-il dit, sont de petits vaisseaux plats et peu creux, composés de cendres de sarment et d'os de pied de mouton calcinés et bien lessivés; pour en séparer les sels qui feraient pétiller la matière de l'essay, on bat bien le tout ensemble, et après cela on met, dans l'endroit où l'on a fait le creux, une goutte de liqueur qui n'est autre chose que de l'eau où l'on e délayé de la mâchoire de brochet ou de la corne de cerf calcinés, ce qui fait une manière de vernis blanc dans le creux de la coupelle, afin que la matière de l'essay y puisse être plus nettement, et que le bouton de l'essay s'en détache plus facilement.»

La même ordonnance recommandait aux essayeurs d'employer du plomb parfaitement pur pour opérer le départ du cuivre allié à l'or ou à l'argent. Cette recommandation était d'autant plus nécessaire que le plomb était alors presque toujours argentifère, comme le montre l'analyse des couvertures de plomb d'anciennes églises. C'est de là que vient probablement la croyance populaire que le plomb qui vieillit sur les toits se change en argent.

Cependant pour opérer le départ de l'argent dans les alliages d'or et d'argent, la coupellation ne suffisait plus. On employa l'eau-forte pour dissoudre l'argent sans toucher à l'or. Ce moyen devint d'un usage fréquent dès le commencement du XVIe siècle, à en juger par une ordonnance du roi François Ier. Les Vénitiens et les Hollandais avaient alors le monopole de la fabrication de l'eau-forte et de l'eau régale.

Avant l'emploi de l'eau-forte, les essayeurs se servaient du ciment royal et de l'antimoine. Le ciment royal était un mélange de briques pilées, de vitriol, de sel commun et de nitre, mélange déjà connu des anciens. Quant à l'emploi de l'antimoine, le procédé de calcination devait être très défectueux : l'or ainsi séparé était peu malléable, il fallait le calciner de nouveau et en chasser les fleurs d'antimoine au moyen de soufflets.

L'altération des monnaies était un des moyens les plus ordinaires que les princes employaient alors pour remplir leurs caisses. Pour détourner d'eux les soupçons, ils accusaient de ce crime les physiciens et les alchimistes. Le roi Charles V fit, en 1380, une ordonnance par laquelle il interdisait à tous les citoyens « de se mêler de chimie et d'avoir aucune espèce de fourneau dans leurs chambres ou maisons. » Les souverains se relâchèrent plus tard de cette rigueur. On trouve, dans les archives des chancelleries de France, d'Allemagne et d'Angleterre, des transcriptions de lettres patentes conférant à des particuliers le privilège d'exploiter, pendant un certain nombre d'années , des procédés secrets « pour changer les métaux imparfaits en or et en argent. » C'était une prime d'encouragement donnée à la recherche de la pierre philosophale.

 

 

 

 

Falsification des aliments.

La fraude a puissamment contribué aux progrès de la chimie. La vente de la farine, du pain, de la viande de boucherie fut de tout temps l'objet d'une surveillance particulière. Le beurre même n'y échappait point. Une ordonnance du prévôt de Paris, en date du 25 novembre 1390, interdisait à toutes personnes faisant le commerce du beurre frais ou salé, « de mixtionner le beurre pour lui donner une couleur plus jaune, soit en y mêlant des fleurs de souci, d'autres fleurs, herbes ou drogues ». Elle leur faisait aussi défense « de mêler le vieux beurre avec le nouveau, sous peine de confiscation et d'amende arbitraire. »

La bière ou cervoise était alors sophistiquée autant qu'elle l'est aujourd'hui. C'est ce qui résulte des plus anciens statuts des brasseurs de Paris, qui portent que

« nul ne peut faire cervoise, sinon d'eau et de grain, à savoir d'orge, de méteil ou de dragée; que quiconque y mettra autre chose, comme baye, piment ou poix-résine, sera condamné à vingt sous d'amende, et ses brassins confisqués. »
Ces statuts furent renouvelés avec quelques additions qui portaient

« que les brasseurs seront tenus de faire la bière et cervoise de bous grains, bien germés et brassinés, sans y mettre ivraie, sarrasin, ni autres mauvaises matières, sous peine de quarante livres parisis d'amende; que les jurés visiteront les houblons avant qu'ils soient employés, pour voir s'ils sont mouillés, chauffés, moisis et gâtés; afin que s'ils sont trouvés défectueux, les jurés en fassent rapport à la justice, pour faire ordonner qu'ils seront jetés à la rivière. Aucuns vendeurs de bière et cervoise en détail n'en pourront vendre si elles ne sont bonnes, loyales et dignes d'entrer au corps humain, sous peine d'amende arbitraire et confiscation.»

 

 

Le vin, plus encore que la bière, avait de tout temps exercé l'esprit malfaisant des sophisticateurs. Une ordonnance du prévôt de Paris, porte
« que pour empêcher les mixtions et les autres abus que les taverniers commettaient dans le débit de leurs vins, il serait permis à toutes personnes qui prendraient du vin chez eux, soit pour boire sur le lieu, soit pour emporter, de descendre à la cave et d'aller jusqu'au tonneau pour le voir tirer en leur présence, etc. »

En traitant les vins par la litharge (oxyde de plomb), on en corrigeait l'acidité. Mais, par cette addition, il se produisait du sucre de Saturne (acétate de plomb), qui est un poison. D'anciennes ordonnances de police mentionnent plusieurs cas d'empoisonnement, dus à cette falsification. C'est ainsi que plusieurs vignerons d'Argenteuil furent punis d'une forte amende pour avoir mis de la litharge dans leurs vins, "afin de laur donner une couleur plus vive, plus de feu, et en diminuer la verdeur".


 

 

 

Pharmacopées. Poisons.

Au Moyen âge, les pharmacies n'étaient que des dépôts (apothèques) de sirops, d'électuaires, de conserves, de liqueurs alcooliques épicées, etc. Les apothicaires étaient primitivement placés sous la surveillance des médecins, et ils faisaient venir de l'Italie la plupart des médicaments officinaux, surtout les poisons.

L'une des substances dont les princes paraissent avoir alors fait souvent usage, et dont ils connaissaient parfaitement les propriétés, c'est l'arsenic sublimé, la mort-aux-rats, autrement nommé acide arsénieux. C'est ce qui résulte des instructions que donna, en 1384, Charles le Mauvais, roi de Navarre, au menestrel Woudreton, pour empoisonner Charles VI, roi de France, le duc de Valois, frère du roi et ses oncles, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon :

« Tu vas à Paris; tu pourras, lui disait le roi de Navarre, faire grand service, si tu veux. Si tu veux faire ce que je te dirai, je te ferai tout aisé et moult de bien. Tu feras ainsi : Il est une chose qui s'appelle arsenic sublimat. Si un homme en mangeait aussi gros qu'un pois, jamais ne vivrait. Tu en trouveras à Pampelune, à Bordeaux, à Bayonne et par toutes les bonnes villes où tu passeras, ès hôtels des apothicaires. Prends de cela et fais-en de la poudre. Et quand tu seras dans la maison du roi, du comte de Valois son frère, des ducs de Berry, Bourgogne et Bourbon, tiens-toi près de la cuisine, du dressoir, de la bouteillerie, ou de quelques autres lieux où tu verras mieux ton point; et de cette poudre mets ès potages, viandes et vins, au cas que tu le pourras faire à ta sûreté; autrement ne le fais point. »

Rien de plus clair que ces royales instructions d'empoisonnement. Elles nous apprennent plus sur cette matière que tous les alchimistes du Moyen âge. Ajoutons que c'est avec l'arsenic sublimat de Charles le Mauvais que se commettent encore aujourd'hui la plupart des crimes d'empoisonnement.

( Woudreton fut pris, jugé et écartelé en place de Grève en 1384. Voy. les Chroniques du moine de Saint-Denis et de Juvénal des Ursins. Le procès-verbal de l'interrogatoire du menestral Woudreton, conservé au Trésor des Archives, a été rapporté par Sacousse).

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Jehanne - dans La Société

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