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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:29

La joallerie au Moyen âge.





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Au commencement du IVe siècle, Constantin se convertit an christianisme et fonde, sur les ruines de Byzance, la ville qui porte encore son nom. Ce prince, qui croyait simplement donner une seconde capitale au vaste empire romain, établit, par le fait, un empire nouveau et inaugure, en quelque sorte, une nouvelle civilisation qui atteint son apogée vers le milieu du VIe siècle, sous le règne de Justinien.

Avec l’art byzantin apparaît l’art chrétien. Les empereurs d’Orient font construire des églises qu’ils enrichissent de dons en or, en argent, en pierres précieuses. Les calices, les croix, les reliquaires, les encensoirs, les reliures des évangéliaires sont d’or, enrichis de ciselures, d’incrustations, de gemmes, de perles et de camées composant des dessins dont les éléments sont le plus souvent géométriques.

La plus grande partie de l’ornementation est formée de cabochons, c’est-à-dire de pierres précieuses dont la saillie arrondie est dépourvue de facettes : parfois ils sont évidés en dessous pour donner plus de jeu à la lumière. Le reliquaire de Limbourg, coffret orné d’émaux, de gemmes et de perIes,est une des belles œuvres de cette période.

L’amour du luxe et du faste se manifeste aussi dans le vêtement. Constantin portait un diadème enrichi de perles et de pierreries ; ses successeurs y ajoutèrent des pendeloques en pierres fines, rattachées par des chaînes au bandeau de la couronne. Les chaussures, les vêtements sont couverts de joyaux ; les meubles, les tissus, toutes les pièces d’orfèvrerie sont constellés de pierres polychromes avec une profusion voisine parfois de la barbarie. L’emploi des pierres fines était autrement restreint dans la Grèce antique et en Étrurie, même sur les bijoux.

On sait aujourd’hui, contrairement à une opinion qui régna pendant fort longtemps, que les Huns, les Vandales, les Goths, les Francs, tous ces barbares qui finirent par prendre une si terrible revanche de la Rome qui les avait vaincus, possédaient un art et une industrie propres. L’archéologie moderne a su en découvrir la trace dans les différentes contrées de l’Europe.

L’orfèvrerie des barbares se distingue par l’emploi des pierres en tables, en lamelles, quelquefois même en cabochons, tantôt, simplement enchâssés dans le métal, tantôt fixés par une sertissure. Les grenats y sont particulièrement abondants. Parmi les trouvailles les plus intéressantes qu’on rapporte à l’industrie de ces peuples errants, il faut citer le trésor de Novo-Tcherkask sur les bords du Don, qui comprend un diadème d’or avec pendeloques et cabochons, une fibule d’or incrustée de grenats, etc. ; celui de Petrossa (Valachie), trouvé en 1864, et qui est formé de 22 pièces d’or pur (fibules, anneaux, aiguières, disques, etc.), ornées de grenats en cabochons ou en tables. L’un des plus remarquables est le trésor de Guarrazar, près de Tolède, dont nous reproduisons la plus belle pièce conservée au musée de Cluny : la couronne votive du roi Reccesvinthus (roi wisigoth, mort en 672).

La partie principale de la couronne est un bandeau à charnière formé de deux plaques d’or dont l’extérieure porte trente saphirs cabochons et trente perles d’une grosseur énorme entre lesquels l’artisan a découpé symétriquement des ornements en forme de palmettes dont tous les intervalles sont occupés par des lamelles de grenats. Le haut et le bas du diadème portent des bordures découpées à jour et garnies de grenats et de verres de couleur. Du bord inférieur pendent, rattachées par de petites chaînes, des lettres d’or formant les mots : Reccess inthus rex offeret. Chaque lettre est une petite merveille d’orfèvrerie, à incrustations de grenats cloisonnés et soutenant à son tour une pendeloque en saphir pâle. Un bouton de cristal supporte la couronne ainsi qu’une belle croix d’or ornée de perles et de saphirs.

En France, sous les Mérovingiens, les arts de l’orfèvre et du joailler sont en honneur dès les premiers siècles, Grégoire de Tours raconte que dans une visite qu’il fit à Chilpéric à sa maison royale de Nogent, le roi lui montra un magnifique plat d’or orné de pierreries qui venait d’être fabriqué par son ordre. « J’ai fait cela, ajouta-t-il, pour ennoblir et faire briller la nation des Francs. »

Au XIIe siècle, sous les règnes de Clotaire et de Dagobert, saint Éloi façonne une foule de pièces importantes dont aucune n’est parvenue jusqu’à nous d’une façon bien authentique, mais dont nous avons la description. Charlemagne, simple jusqu’à la rudesse en ce qui concernait sa propre personne, s’entourait de toutes les splendeurs dans les occasions solennelles. Il portait alors sur la tête un diadème constellé d’émeraudes, d’agates et de perles ; ses brodequins eux-mêmes étincelaient de pierreries.

Jusqu’au XVIe siècle, les gemmes sont employées partout ; elles ornent les bijoux, les calices, les croix, elles courent le long de l’autel, on les porte aux vêtements, on en garnit la reliure des évangéliaires et des manuscrits. En Allemagne et en Angleterre, pendant la période antérieure au XIe siècle, la joaillerie et l’orfèvrerie étaient moins développées qu’en France ; elles prirent une grande importance pendant les périodes romane et ogivale.

Un point intéressant à signaler dans la joaillerie du moyen-âge est le fréquent emploi des doublets, c’est-à-dire des pierres fausses formées simplement d’un morceau de cristal ou de verre sous lequel est placée une feuille de clinquant ou une préparation colorée qui lui donnent la nuance et à peu près l’éclat d’une pierre précieuse. Ces imitations qui réussissent souvent à faire illusion, sont de diverses sortes. C’est ainsi qu’on distingue les doublets à deux faces, formés d’une composition colorée comprise entre deux plaques de cristal collées ; les doublets cabochons où une feuille de clinquant sertit un cabochon de cristal qu’elle laisse transparaître, enfin les doublets posés sur une véritable pierre fine qui semble ainsi doublée d’épaisseur.




Le diamant en joaillerie

De nombreux articles ont été déjà publiés par la Science illustrée sur le diamant. Les uns se rapportent aux mines dans lesquelles on recueille le précieux minéral, d’autres à son mode de formation, à sa taille, à sa gravure, à sa fabrication artificielle, etc. Nous y renvoyons le lecteur, voulant nous borner aujourd’hui à un exposé rapide du rôle du diamant en joaillerie à travers les âges.

Les anciens connaissaient cette pierre et savaient qu’elle ne peut se tailler que par le frottement de sa propre poussière, ainsi que le prouve le témoignage de Pline ; mais ils lui préféraient les gemmes colorées, qui leur semblaient plus vives et plus gaies et avaient l’avantage d’être un peu moins dures. Les diamants étaient, malgré cela, utilisés dans la parure à l’état brut, à peine ornés de quelques facettes et présentant, dans leur ensemble, une forme conique.

Vers le XIVe siècle, la mode ayant mis en faveur les pierres incolores, les lapidaires imaginèrent d’augmenter l’éclat naturel du diamant par le jeu de la lumière à travers des facettes artificielles. La taille du diamant était déjà florissante à Paris vers 1407.

Ce n’est donc pas Louis de Berquem, de Bruges, qui a inventé cet art, en 1476, comme on le croit généralement ; il lui fit, sans doute, accomplir quelques progrès. Depuis deux siècles l’industrie de la taille du diamant s’est concentrée à Amsterdam, où elle occupe des milliers de personnes.

L’usage des diamants taillés s’introduisit peu à peu dans la parure, mais ce n’est guère qu’au XVIIe siècle qu’ils supplantèrent presque complètement les pierres de couleur. La bijouterie qui, à l’époque de la Renaissance, se confondait, en quelque sorte, avec l’orfèvrerie et tirait des ciselures ses principaux motifs d’ornementation, se laisse envahir par la joaillerie.

L’amour des diamants n’était pas, au XVIIe siècle, l’apanage exclusif du sexe faible ; des hommes, et non des moindres, partageaient cette passion, qui leur fut d’ailleurs souvent reprochée.

Dès 1636, on. voit Richelieu, pour répondre aux critiques qui lui étaient indirectement adressées sur son faste et ses dépenses, faire au roi la donation de la plus grande partie de ses biens.

On y relève « une grande croix d’or émaillée, enrichie de rubis et diamants, un ciboire d’or avec rubis et diamants, une statue d’or de saint Louis également avec rubis et diamants, un grand diamant en forme de cœur, pesant plus de vingt carats ».

Son successeur, Mazarin, qui accumula une fortune évaluée à plus de 100 millions, légua de même à la couronne « 18 gros diamants, qui reçurent le nom des 18 Mazarins.

La reine mère eut le gros diamant appelé la Rose d’Angleterre, un diamant brut pesant 14 carats et le rubis cabochon.

La reine reçut un bouquet de 50 diamants et le duc d’Anjou 31 émeraudes ».

En 1677, vingt-trois mines de diamants étaient exploitées dans le royaume de Golconde. Vers la fin du règne de Louis XIV, le grand nombre de pierres précieuses rapportées d’Orient par les voyageurs, en amenant une diminution importante de leur prix, produisit une extension considérable de leur emploi.

Tavernier, qui fit six voyages aux Indes et en Perse, vendit pour 3 millions de diamants à Louis XIV.

Les mines du Brésil ayant été découvertes en 1718, la valeur des diamants baissa encore. Malgré cela -ou peut-être à cause de cela, - ils sont moins en faveur à l’apogée du règne de Louis XV.

Le rococo, la rocaille envahissent la bijouterie comme tous les autres arts décoratifs. Sous Louis XVI le diamant et les pierres précieuses eurent une vogue considérable, grâce au goût particulier de la reine Marie-Antoinette pour ce genre de parure. C’est la passion de la reine pour les diamants de choix qui facilita l’intrigue assez obscure du Collier de la Reine.

Pendant la Révolution, la joaillerie se fait humble pour reparaître sous le Directoire avec de curieuses imitations de l’antiquité. On sait quelle est, à notre époque, l’importance du diamant dans la parure. La découverte des mines du Cap et du Transwaal jette chaque année sur le marché des quantités relativement considérables de cette pierre, qui se trouve, pour ainsi dire, démocratisée. Beaucoup de nos modernes lapidaires font preuve d’un goût délicat. Massin, Falize, Boucheron, les Bapst, et bien d’autres, ne le cèdent en rien au point de vue de l’habileté et de la mise en valeur des gemmes à leurs prédécesseurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Les diamants font merveille aujourd’hui sur les broches, les diadèmes, les épingles de coiffure et de cravate, les pendants d’oreille et les colliers. L’intensité de notre éclairage, en multipliant leurs feux, leur est essentiellement favorable.




La joaillerie pendant la renaissance

Nous avons vu avec quelle profusion les pierres précieuses étaient employées au moyen âge non seulement dans l’orfèvrerie civile et religieuse, mais encore dans la parure. Pendant toute la première moitié du XVIe siècle, elles sont, au contraire, presque bannies du bijou, orné seulement de ciselures. La matière n’est plus rien, au cours de cette période qui correspond à un si merveilleux épanouissement de l’art sous toutes ses formes ; seul le travail de l’artiste est tout.

La fin du XVIe siècle, avec lequel se termine la Renaissance, est au contraire marquée, sous les derniers Valois, par un engouement inouï pour les pierres précieuses de tous genres.

C’est en Italie qu’eut lieu d’abord cette rénovation qui devait se propager bientôt dans toute l’Europe ; elle se fit sentir dans l’orfèvrerie et la joaillerie comme dans tous les autres arts. Le plus célèbre des orfèvres italiens du XVIe siècle est certainement Benvenuto Cellini. Grand sculpteur, bijoutier incomparable. il excellait aussi dans l’art de monter les gemmes, les cristaux, les vases, coupes et autres objets en matières rares et précieuses. « Le cabinet des gemmes de la galerie de Florence, dit M. Ferdinand de Lasteyrie, a longtemps conservé, comme étant de lui, une ravissante coupe de lapis-lazuli à trois anses émaillées ornées de diamants, et le couvercle émaillé d’une coupe en cristal de roche provenant du trésor des Médicis ... A Munich, on conserve également une coupe de forme très bizarre en corne de rhinocéros, dont la riche monture, toute composée de figurines et d’ornements en or émaillé, passe pour être l’œuvre du grand orfèvre florentin. Notre Louvre lui-même possédait autrefois une magnifique aiguière en onyx à monture du même genre, due à Benvenuto Cellini, qui se trouve actuellement, Dieu sait comment, en Angleterre, dans la collection de M. Beresford Hope. »

Cellini a réuni dans un petit livre toutes les méthodes employées de son temps dans les travaux délicats de la joaillerie. Nul n’en pouvait parler avec plus de compétence que lui.

En France, les débuts du XVIe siècle sont peu favorables aux arts et à l’industrie de luxe. Les guerres lointaines avaient épuisé à tel point les finances de l’État, qu’en 1506, Louis XII interdit aux orfèvres de fabriquer, sans autorisation préalable, la vaisselle en métal précieux et limita à trois marcs au maximum le poids des objets qu’ils pouvaient mettre dans le commerce. Cette ordonnance n’empêcha pas le goût du luxe de se répandre et les expéditions en Italie contribuèrent pour une part notable à son extension.

Le travail des pierres rares atteint sous les Valois une grande perfection ; la plupart des pièces d’orfèvrerie religieuse de cette époque ne sont en réalité que d’élégants joyaux. Après son sacre, Henri II donna à la cathédrale de Reims un beau groupe de la Résurrection, dont les personnages sont groupés autour d’un tombeau creusé dans un magnifique morceau d’agate. L’inventaire des joyaux trouvés à Fontainebleau, après la mort de ce roi mentionne un Ecce homo dont le haut du corps est en nacre, un groupe de figures d’or émaillé fixé sur un grand rocher de corail. Ces objets ont un caractère absolument différent de celui de l’ancienne orfèvrerie religieuse.

Sous le règne des derniers Valois, « l’éclat du diamant et des perles, dit M. de Lasteyrie, éclipsa tout à coup celui de I’or et de l’argent ; l’éblouissante industrie de joailler, si bien appropriée au goût d’une cour efféminée, fit rejeter au second plan l’art exquis de l’orfèvre ».

Les colliers, les bagues, les bracelets, se couvrent de pierres précieuses, de perles ; les perles en poire, en particulier, sont l’objet d’un engouement incroyable. Les hommes portent à l’oreille gauche une boucle d ’oreille, Les portraits de Henri II et du duc de Guise par Clouet (musée du Louvre), mettent en évidence cette mode efféminée. Sur une monnaie du cabinet des médailles, Henri III est figuré avec une boucle d’oreille à deux pierres rondes superposées.

Les épingles garnies de gemmes suspendues, ou ballaux, sont en faveur chez les femmes ; l’inventaire de Gabrielle d’Estrées (1599) en mentionne neuf de diamant avec leurs aiguilles d’or. Cet inventaire récemment mis à jour nous étonne par son incroyable richesse. On y voit deux salières en lapis montées en or émaillé ; une autre de cristal dont la monture contenait quatorze diamants et quatre rubis ; un petit oiseau dont le dos est orné d’un large rubis, etc. La valeur intrinsèque de tous ces objets remporte certainement de beaucoup sur leur valeur artistique.

Pendant la Renaissance, la glyptique fut cultivée par un grand nombre d’artistes de valeur. Les premiers qui vinrent en Italie furent les graveurs de Constantinople après la prise de cette ville par les Turcs. Grâce à leurs indications, la glyptique vit renaître de beaux jours. Le foyer principal de ce mouvement fut la Toscane, sous Laurent le Magnifique et Pierre II, avec des artistes tels que Giovanni delle Corniole (des Cornalines), Domenico de Cammei (des Camées), Michelino, etc.

En France, Julien de Fontenay dit Coldoré, valet de chambre de Henri IV, fut le premier de nos compatriotes dont les œuvres se firent remarquer. Le Milanais Clément Birague, qui vivait au XVIe siècle, passe pour avoir réussi le premier à graver le diamant.




La Science Illustrée N° 565

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Jehanne - dans La Société

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