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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 10:30

Le sceau.

 

 

 

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Hérité de l’Antiquité, le sceau connaît au Moyen Âge un essor considérable qui touche l’ensemble de la société, depuis les empereurs et les rois jusqu’aux paysans. Signe d’identité, le sceau engage son titulaire lorsque celui-ci l’appose au bas d’un document. Il est « l’imago du sigillant, c’est-à-dire son image personnelle, celle à qui il transmet son auctoritas, celle qui juridiquement le représente et le prolonge, l’emblématise et le symbolise, celle qui est à la fois lui-même et le double de lui-même »

Connu depuis la plus haute antiquité, l’usage du sceau a précédé l’apparition de l’écriture. Ainsi, dans la Mésopotamie de la fin du VIIe millénaire, des sceaux plats ou cylindriques, utilisés comme marques personnelles, garantissent déjà la validité des actes juridiques ou la propriété. Egyptiens, Assyriens et Hébreux l’emploient. A Rome, les anneaux sigillaires permettent de valider et de clore testaments, papiers personnels et certains actes officiels. Empreinte de cire obtenue par l’impression d’une matrice métallique, le sceau (du latin sigillum) est rivé ou appendu au bas d’un acte dont il garantit l’intégrité du contenu et le valide. A une époque où la falsification des actes est fréquente, cette dernière fonction est la plus importante même si le sceau peut lui aussi être l’occasion de manipulations frauduleuses. La chancellerie pontificale ainsi que certaines cités italiennes usent quant à elles d’une bulle pour valider leurs actes. D’origine byzantine, cette empreinte métallique de plomb, occasionnellement d’or, a fini par donner son nom aux documents eux-mêmes.




1. La diffusion du sceau dans la société médiévale

Les rois mérovingiens, à l’imitation du Bas-Empire, conservent l’habitude des anneaux sigillaires. Cependant, alors que leurs actes établis sur papyrus ne comportaient pas l’empreinte royale, l’introduction du parchemin vers le milieu du VIIe siècle entraîne l’apposition systématique du sceau du souverain. Sceller devient un droit régalien tandis que la falsification du sceau royal est considérée comme un crime de lèse-majesté passible d’une punition exemplaire.

Les souverains carolingiens utilisèrent dans un premier temps des intailles antiques représentant une divinité ou bien le buste impérial mais, dans le courant du IXe siècle, ils commencèrent à se faire graver des matrices à leur effigie, laquelle était accompagnée de leur nom ou de leur titulature.

Le monopole royal ou impérial du scellage des actes commença à être mis en cause dans le courant du Xe siècle dans les chancelleries ecclésiastiques de Lotharingie et de Germanie. Dans la France actuelle, les plus anciens témoignages concernent les évêchés de Toul et de Verdun. Il faudra près d’un siècle ensuite pour que l’usage du sceau épiscopal se diffuse des régions rhénanes aux évêchés du Midi et d’Espagne. L’exemple des évêques est bientôt suivi par les grandes abbayes du Nord et de l’Est à la fin du XIe siècle (Fulda, Saint-Mihiel, Saint-Vaast d’Arras) et au début du XIIe siècle dans certains monastères du Sud (Saint-Guilhem, Saint-Victor de Marseille).

L’adoption du sceau par les princes est exceptionnel avant 1100. Comme pour les évêques, la diffusion se fait du Nord vers le Sud : le comte de Flandre scelle en 1065, le duc de Normandie après son accession au trône d’Angleterre, puis viennent les ducs d’Aquitaine, de Bourgogne, de Bretagne, les comtes d’Anjou, de Champagne et de Toulouse. Progressivement, le XIIe siècle voit l’usage de sceller gagner la classe seigneuriale, les sires de Nesle et de Coucy étant les plus précoces (1135-1139). Le sceau féminin, déjà utilisé par la comtesse de Flandre Clémence de Bourgogne (1100-1105), apparaît dans la haute aristocratie à partir du milieu du XIIe siècle avant de connaître une diffusion générale au début du siècle suivant. La période 1170-1180 est marquée par l’émergence du sceau urbain. A l’imitation des cités italiennes, les communautés urbaines d’Arras, d’Arles, de Cambrai, d’Avignon se dotent durant ces années d’un instrument traduisant non seulement leur capacité juridique mais également leur puissance politique.

Le droit au sceau se propage à l’ensemble de la société médiévale au cours du XIIIe siècle. Ainsi, à côté des archidiacres ou des chapitres cathédraux qui scellent parfois depuis le premier tiers du XIIe siècle, les doyens de chrétienté et les curés prennent l’habitude de sceller eux-mêmes leurs actes. Progressivement, les chevaliers, les bourgeois, les marchands, les artisans, les corporations, les universités et même certains paysans normands acquièrent un sceau. Mais l’innovation principale demeure la généralisation du sceau de juridiction apparu dès la fin du XIIe siècle dans les officialités de Beauvais (1189) et de Châlons (1198). Utilisé par une autorité ecclésiastique ou laïque dans l’exercice de ses attributions judiciaires, le sceau de juridiction confère aux sentences, contrats et actes privés qui en sont munis une valeur incontestable et permanente. L’autorité royale, réalisant de façon évidente les ressources financières que le sceau de juridiction pourrait lui procurer, favorisa son apparition, d’abord à la prévôté de Paris (vers 1234) puis dans les prévôtés d’Ile-de-France et les bailliages du Nord du royaume. Par la suite, l’expansion du sceau de juridiction atteignit la France du Midi où les notaires expédièrent leurs actes sous le sceau de l’évêque, d’un seigneur ou d’une ville.




2. Le scellement de l'acte et les usages diplomatiques

L’emploi d’un ou de plusieurs sceaux est presque toujours signalé dans la formule dite de corroboration figurant à la fin de l’acte. L’annonce du sceau, irrégulière avant le dernier tiers du XIIe siècle, révèle la place prise par l’empreinte sigillaire comme moyen de validation. L’énoncé de la formule, qui a évolué au cours des siècles, se présente sous la forme d’une proposition subordonnée expliquant que les signes de validation ont été prévus afin de renforcer l’acte : « In cujus rei testimonium presentes litteras sigilli mei munimine roboravi. » (2). En-dehors des cas de scellement unique où l’empreinte de cire est appendue au milieu de l’acte, la répartition des différents sceaux au bas de l’acte s’organise selon un ordre hiérarchique qu’annonce la formule de corroboration à travers l’énumération des sigillants.

L’opération matérielle du scellement est préparée par un chauffe-cire tandis que le scelleur est l’officier de chancellerie chargé de l’apposition de la matrice au bas du document. Le sceau pouvait être rivé au document ou bien suspendu au bas de l’acte au moyen d’une attache. Sans jamais complètement disparaître, le sceau rivé est peu à peu remplacé par le sceau pendant. Apparu en Angleterre à la chancellerie d’Edouard le Confesseur, ce nouveau procédé progresse rapidement sur le continent, le comte de Flandre et les archevêques de Bourges et de Reims l’utilisant dès le dernier tiers du XIe siècle. Adopté par les rois de France avant 1100, le sceau pendant devient au XIIe siècle d’un usage quasi-exclusif. L’attache, passée à travers le parchemin grâce à une incision, est dans un premier temps une simple courroie de cuir. A partir du XIIIe siècle, les modes attache des sceaux se diversifient tant par la matière (parchemin, soie, chanvre, lin, laine) que par la couleur. Ainsi, à côté des divers flocs, tresses, rubans, cordons et cordelettes, les chancelleries royales, princières ou épiscopales utilisèrent plus volontiers des lacs de soie, réservant la double queue et la simple queue de parchemin aux actes les moins solennels.

Lors des funérailles où le mannequin de cire est l’image du défunt. Les analyses chimiques font défaut pour cerner avec précision la composition de cette cire à sceller à laquelle diverses substances étaient ajoutées pour la durcir et la protéger (craie, poix, résine, cendres). A partir du XIIe siècle, les chancelleries prennent progressivement l’habitude d’utiliser une cire colorée, les usages pouvant cependant varier selon l’époque, la région et le sigillant. Trois couleurs principales dominent la sigillographie médiévale. Une première teinte allant du jaune-beige au brun foncé se rencontre aux XIe et XIIe siècles et semble correspondre en réalité à une cire dépourvue du moindre colorant. Le vert, utilisé dès le XIIe siècle, est la couleur dominante du siècle suivant. Il s’obtient par addition dans la cire d’acétate de cuivre et présente différentes nuances. Le rouge, enfin, connu également au XIIe siècle, a été d’un usage limité jusqu’au XIVe siècle avant de devenir la couleur principale des sceaux de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne. Il est obtenu par addition de minium (oxyde de plomb) ou de cinabre (sulfure de mercure). En général, la couleur de la cire utilisée pour sceller n’a pas de signification particulière et répond souvent à des questions de goûts ou de modes. Certaines grandes chancelleries, notamment celle du roi de France, ont cependant tenté de réglementer l’emploi diplomatique des couleurs. Avec Philippe le Bel (1285-1314), le scellement des actes royaux est soumis à des règles constantes qui ne seront définitivement respectées que sous le règne de Jean II le Bon (1350-1364) : cire verte sur lacs de soie verts et rouges pour les actes solennels à effet perpétuel, cire jaune sur double ou simple queue de parchemin pour les actes à effet transitoire, cire rouge pour les lettres closes.

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Jehanne - dans La Société

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