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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 03:16
Les routes et les marchandises.








Dès les premiers siècles du Moyen Age l'économie occidentale a produit aussi pour vendre, mais c'est à partir du XIe siècle due le volume de ces produits a sensiblement augmenté. On peut répartir les principaux d'entre eux en sept secteurs :

1) L'alimentation (grains, vins, sel, poissons fumés ou salés) ;

2) L'habillement (laine, lin, fourrures, cuirs, peaux, produits tinctoriaux) ;
3) La construction (pierres et bois d'oeuvre) ;
4) Les transports terrestres (chevaux) et maritimes (goudrons, cordages, toiles à voile) ;
5) L'éclairage (cire) ;
6) La métallurgie (métaux en lingots, armes, orfèvrerie) ;
7) La céramique et la verrerie.

L'importance quantitative du volume des marchandises qui faisaient l'objet de commerce lointain au Moyen Age est impossible à préciser.

Quelques rares indices donnent à penser qu'il n'a jamais atteint un niveau élevé, même si on limite la comparaison au volume dit commerce de l'Europe mercantiliste antérieure aux révolutions du XVIIIe siècle un document douanier de 1293 permet d'estimer à 4 ou 5000 t l'exportation annuelle de fer asturien par les ports de Guipuzcoa et de Biscaye ; dans la seconde moitié du XIIIe siècle, les exportations anglaises de laine auraient monté annuellement à 3 ou 4000 t ; en 1335, le tonnage de la flotte vénitienne ne devait totaliser que 40000 t...

D'autre part l'Occident a longtemps offert des troupeaux considérables debétail humain : c'était un marché où venaient s'approvisionner abondamment les Byzantins et les Arabes. L'esclave était un bien de grande valeur, recherché, et qui se vendait bien. A la suite des interventions de l'Eglise, ces esclaves d'exportation ne furent plus recrutés en pays de chrétienté, mais principalement dans les régions païennes limitrophes au nord (Germains) et à l'est (Slaves). Jusqu’à la fin du Moyen Age la traite des esclaves fut une activité florissante en Méditerranée pour les Vénitiens et les Catalans.


D'Orient, les Occidentaux tiraient surtout des produits alimentaires et pharmaceutiques (épices), des produits textiles (soieries), des produits tinctoriaux, de l'or.


Le commerce médiéval s'est organisé autour de deux grands axes maritimes l'axe méditerranéen (jusqu'en mer Egée et en mer Noire) et l'axe nordique (de la Manche à la Baltique), raccordés entre eux par des routes terrestres, jusqu'à ce que s'établissent des liaisons maritimes régulières entre l'Italie et la mer du Nord, au XIVe siècle.


Pour l'axe méditerranéen, la question célèbre est celle des conséquences de la conquête arabe du VIIème siècle : la Méditerranée a-t-elle été désertée ? Est-ce que la phrase d'Ibn-Khaldoun (Les chrétiens ne peuvent plus faire flotter une planche sur la mer) est une fanfaronnade littéraire ou l'expression de la réalité de la fin du Ier millénaire ? D'après Pirenne, la conquête de l'Afrique du Nord et de l'Espagne par les Arabes aurait effectivement fermé les ports de Gaule, et empêché les relations maritimes séculaires de l'Occident avec l'Orient. Un des arguments majeurs de sa thèse repose sur la disparition du papyrus, de l'huile d'olive, et des soieries en Occident à partir du VIIIe siècle. Cependant, sans méconnaître l'obstacle que dressait l'hostilité des Arabes. R. Doehaerd a souligné que la voie de mer directe entre l'Orient et l'Occident avait été partiellement remplacée alors; par la double voie terrestre, d'une part par l'Espagne musulmane (rôle des Juifs rhadanistes exportateurs d'esclaves occidentaux). Et d'autre part par l'Italie adriatique restée en relations avec Byzance et même Alexandrie (rôle des Vénitiens, également exportateurs d'esclaves occidentaux) : la naissance obscure de Venise, vers 800, correspondrait à l'établissement de ce nouveau circuit. Au XIIe siècle les croisades rouvrirent largement l'Orient méditerranéen aux Vénitiens et aux Génois, qui y trafiquèrent activement jusqu'à ce que les Turcs les en chassent à la fin du Moyen Age.


Quant à l'axe nordique, il fut le domaine des navigateurs frisons et saxons, du VIIe au IXe siècle, puis les Normands les supplantèrent presque partout. La domination des Vikings a créé une succession de marchés, de comptoir en comptoir, reliant l'Atlantique à l'Orient, en passant par les îles Britanniques, la Scandinavie, la Russie des Varègues, d'où ils atteignaient Byzance par Kiev et la mer Noire, Bagdad par la Volga et la mer Caspienne, et peut-être Samarcande. Ce sont les trouvailles monétaires qui ont fait découvrir l'unité, de cet espace économique nord-européen du Xe siècle : près de 100000 dirhems frappés en Iran et au Turkestan ont été retrouvés en Scandinavie, et inversement, quoique en nombre nettement inférieur, des pièces franques et anglo-saxonnes ont été retrouvées en Poméranie et en Russie. Après l'an mille, la Flandre a acquis une place privilégiée sur cet axe nordique, en raison de l'essor du commerce de la draperie. Jusqu'au milieu du XIIIe siècle ce furent des marchands flamands itinérants, surtout de Gand, d'Arras, et de Bruges, qui allèrent vendre leurs draps dans une vaste partie de leur aire de diffusion : en particulier de 1150 à 1250 environ, c'est aux foires de Champagne qu'ils les vendirent à des marchands venus d'Italie avec des cargaisons d'épices. Après 1250 les compagnies italiennes installèrent à Bruges des correspondants chargés d'acheter les draps de Flandre, et de les expédier à Florence où ils recevaient les derniers apprêts. Or d'autre part, les marchands hanséates venaient, depuis le XIIe siècle, s'approvisionner à Bruges en produits exotiques. Bruges devint ainsi le trait d'union de la Méditerranée et de la Baltique.


Enfin, les routes terrestres de raccordement s'établirent le long des voies fluviales (sillon séquano-rhodanien, sillon rhodano-mosan, sillon rhodano-rhénan). Les itinéraires les plus anciens furent les circuits français, reliant la Flandre à l’Italie par les foires de Champagne : ils déclinèrent aux XIVe-XVe siècles, au profit d'un axe maritime atlantique à l'Ouest (liaison Gênes, Bruges, et Londres, par Barcelone, Cadix, et Lisbonne), et d'un axe terrestre germanique à l'est (liaison Hambourg, Milan, par les villes d'Allemagne du Sud où apparut un capitalisme commercial urbain dominé par quelques familles, telles que les Függer à Augsbourg, ou Hompys à Ravensburg).
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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 03:09
Les marchands.








Du cinquième au dixième siècle, on peut parler d'économie fermée si l'on veut souligner la part certainement prépondérante de l'autoconsommation locale, tant en ce qui concerne les produits agricoles que les produits artisanaux; et l'on comprend ainsi la vie itinérante des grands personnages qui, avec leur suite nombreuse, allaient vivre tour à tour sur chacun de leurs domaines jusqu'à ce que fussent épuisées les ressources amassées. Cependant les échanges n'ont pas totalement disparu, mais leurs circuits fonctionnaient la plupart du temps sans l'intervention de professionnels : le producteur agricole offrait ses produits directement à une clientèle proche, qui était à la portée de ses moyens de transport (marché local, commerce sans marchand). Inversement, les églises et les abbayes, qui possédaient de grandes fortunes foncières dispersées et une population importante à entretenir, organisaient non seulement des convois de domaine à domaine pour le ravitaillement, mais aussi des expéditions lointaines pour l'importation des produits exotiques. Or il est tout à fait improbable que des grands propriétaires aient pu envoyer leurs seuls tenanciers, avec leurs seuls chariots et leurs seules barques, à des centaines de kilomètres : on suppose dès lors l’existence de professionnels du commerce, ce que confirment d'ailleurs de nombreux textes du temps.

Jusqu'au VIIe siècle, les textes citent souvent des Syri, terme générique qui servait alors à désigner indifféremment les hommes qui étaient originaires de la partie orientale de l'Empire romain (Grecs, Syriens, Egyptiens, juifs ...) : ces Syri formaient alors des colonies relativement peuplées dans de nombreuses villes d'Occident. Or, après le VIIe siècle les textes ne font plus mention de Syri, mais uniquement de Judaei. Les juiveries de France, d'Italie et de Germanie entretenaient des relations suivies avec l'Espagne, l'Afrique et l'Orient. Un autre groupe important fut constitué à partir du VIIe siècle par les Frisons, qui trafiquaient sur les bassins fluviaux du Rhin, de 1a Meuse et de l'Escaut, et sur mer depuis la Manche jusqu'à la Baltique. Enfin, le soin avec lequel les textes précisaient, lorsque c'était le cas, qu'il s'agissait d'un marchand juif, prouverait qu'il existait bien aussi des negotiatores chrétiens.


A partir du onzième siècle, la situation de ceux qui faisaient du commerce leur activité principale se diversifia nettement, en fonction des dimensions du marché sur lequel ils opéraient, depuis le petit marché local jusqu'aux vastes marchés interrégionaux, ou même intercontinentaux.




Du colporteur au boutiquier : un horizon borné.

Continuateur du colporteur carolingien; le « pied poudreux » sillonnait les campagnes, transportant sa pacotille sur son dos ou dans des ballots portés par une bête de somme ; régulièrement il s'approvisionnait aux foires locales. Ce type de petit marchand a survécu bien au-delà de la fin du Moyen Age. Le phénomène le plus important à partir du XIIIe siècle a été la sédentarisation du commerce local. Le colporteur a souvent disparu, remplacé par le boutiquier. Un commerce permanent s'est installé dans les villes, représenté au premier rang par les merciers (de merx, marchandise) qui vendaient en gros (« mercier, faiseur de rien, vendeur de tout »). Ce commerce local s'est intégré dans des structures corporatives. Or, celles-ci, de même qu'elles ont, empêché l'apparition d'un capitalisme industriel, ont fait obstacle à l'évolution de la « boutique » vers une forme de capitalisme commercial : comme l'artisan, le boutiquier ne pouvait dépasser les limites d'une médiocre activité, en raison de l'étroitesse de son entreprise et de son marché. Pourtant, des boutiquiers ont amassé assez de bien pour pouvoir entrer dans les milieux du grand commerce, et devenir des entrepreneurs capitalistes. En effet, le capitalisme commercial a pris son essor dans un autre domaine, celui du grand commerce lointain, hors des limites étroites du marché local.




Du grand marchand aux sociétés capitalistes un horizon lointain.

Jusqu'au XIIIe siècle le grand commerce interrégional ou intercontinental était aussi un trafic itinérant : le marchand accompagnait sa marchandise, l'écoulait au terme de son voyage, et revenait avec une cargaison de produits exotiques. Les marchands se déplaçaient en groupes, et armés. Ne sachant souvent ni lire, ni écrire, ces ambulants ne pouvaient tenir ni comptabilité ni correspondance. Dans le courant du XIIIe siècle ils bénéficièrent d'une sécurité accrue sur les grandes routes, car pour des raisons fiscales les rois et les grands seigneurs les prirent sous leur protection ; d'autre part la diffusion de l'instruction vulgarisa dans la classe marchande l'usage de l'écriture. De plus en plus le grand marchand préféra rester chez lui, derrière son écritoire : entouré d'un personnel peu nombreux, il rédigeait et recevait une correspondance qui le maintenait en étroite relation avec ses associés ou correspondants des autres places. Il pouvait ainsi diriger de loin plusieurs affaires à la fois, et à l'occasion il envoyait des commis convoyer d'importantes cargaisons de marchandises.

Le mouvement de sédentarisation, apparu d'abord en Italie, se répandit ensuite dans le nord de l'Europe : aux XIVe-XVe siècles les grands marchands italiens ou hanséates étaient des sédentaires, pour le compte desquels se déplaçaient des commis. Quant aux marchands flamands, qui se déplaçaient régulièrement au XIIIe siècle des Flandres en Champagne, ils se transformèrent ensuite en courtiers, intermédiaires sédentaires, qui arrangeaient entre les marchands étrangers les opérations commerciales et financières, leur procuraient logement et entrepôt, et percevaient une commission pour les services qu'ils rendaient.


La spécialisation a moins progressé que la sédentarisation non seulement les grands marchands se livraient au négoce des marchandises les plus diverses, ainsi qu'au négoce de l'argent (prêt, change), mais aussi ils commanditaient, finançaient, ou dirigeaient la fabrication de certains produits qu'ils vendaient. Si le grand commerce maritime et terrestre et le commerce de banque échappèrent aux contraintes corporatives, il n'était pas rare que de grands marchands figurassent dans une corporation (draperie ou mercerie surtout).


La fortune de quelques grands marchands atteignit des proportions énormes aux XIV-XVe siècles. Au milieu du XIVe siècle, la fortune des Bardi ou des Peruzzi, de Florence, devait dépasser deux millions de florins ; même niveau un siècle plus tard chez les Médicis (cf. l'achat d'Avignon par Clément VI, par comparaison en 1313, pour 130000 florins, ou l'achat de Montpellier par Philippe VI en 1349 pour 120000 écus, soit 133000 florins !). Au milieu du XVe siècle en France, Jacques Coeur était riche de 600000 livres tournois environ, soit à peu près la moitié de ce que rapportait annuellement la taille royale... Mais ce sont là des cas très exceptionnels. A Hambourg ou à Lübeck, les grandes fortunes marchandes étaient évaluées encre 5000 et 25000 marks lub à la fin du XIVe siècle, et jusqu'à 50000 marks lub à la fin du XVe siècle. De la "majorité" médiocre des marchands de faible envergure, se détachait une minorité colossale, composée de familles richissimes, pour la plupart italiennes (R.-S. Lopez). Ces voyantes oligarchies ont tissé à travers l'Europe et jusqu'en Orient un vaste réseau de placements très diversifiés.


L'association des marchands a renforcé leur puissance. Il y a eu tout d'abord les associations professionnelles, destinées à procurer d'abord la sécurité aux entreprises marchandes, puis bientôt le monopole de certains marchés (ghildes et hanses).


Mentionnons deux des plus célèbres de ces associations la Hanse des marchands de l'eau de Paris, qui s'est constituée à la fin du XIe siècle en vue de réserver à ses membres le monopole du trafic (en particulier le commerce du vin) dans le bassin de la Seine ; dès le début du XIIIe siècle, elle représentait auprès du roi l'ensemble de la bourgeoisie parisienne, et elle donna naissance à la municipalité. Quant à la Hanse teutonique, elle doit ses origines à la fondation de Lübeck (1158) et à l'expansion germanique dans la Baltique : les marchands allemands qui fréquentaient le grand centre commercial de Visby dans l'île de Gotland, se constituèrent en communauté dès 1161 (la hansse des marchands), et celle-ci ne disparut qu'à la fin du XIIIe siècle, remplacée par la hanse des villes qui, elles-mêmes, étaient regroupées en quatre ligues (westphalienne, saxonne, vende, prussienne). La hanse des villes se constitua définitivement au milieu du XIVe siècle, avec l'établissement de son autorité sur les marchands allemands des « quatre comptoirs » (le quai allemand de Bergen en 1313, Bruges en 1356, la Cour Saint-Pierre ou Peterhof de Novgorod en 1361, le Stalhof de Londres en 1374), et la conquête de la liberté complète de trafic dans les détroits du Sund (1370). La Hanse teutonique s'attacha avec acharnement à obtenir pour ses membres des privilèges personnels et collectifs (immunité administrative, judiciaire, et fiscale) qui leur donnèrent de fait le monopole du trafic de la Baltique. De 1370 à 1470 environ, elle s'employa avec succès à empêcher l'expansion des commerces étrangers dans la Baltique.


L'autre part les associations commerciales furent pratiquées très tôt à Venise, dès le XIe siècle, puis elles se répandirent dans les autres grandes cités italiennes à partir du XIIe siècle, sous les deux formes de la commande, (commenda) et de la société (compagnia) ; elles restèrent des spécialités italiennes jusqu'à la fin du XIIIe siècle, puis elles furent adoptées ailleurs en Europe.


La commande, qui est née dans les grands ports d'Italie, était un mode de financement des armements maritimes, Un marchand empruntait à divers capitalistes des fonds, avec lesquels il achetait des marchandises, et il s'embarquait avec sa cargaison : en cas de perte des marchandises par péril de mer, le marchand n'avait pas à rembourser les fonds empruntés : en revanche, en cas de revente des marchandises, il devait rembourser le capital, augmenté des trois quarts des bénéfice réalisés. Il y avait des variantes dans le partage des risques et des profits.


La société a été adoptée par les marchands qui s'adonnaient au commerce terrestre. Conformément aux conceptions du droit romain, la société commerciale médiévale était encore fortement marquée par le caractère personnel du contrat (nombre limité des associés, souvent proches parents ou alliés ; incessibilité, des parts ; responsabilité des associés in solidum et in infinitum ; durée limitée à quelques années, avec clause de reconduction), mais dès cette époque s'est affirmé le caractère capitaliste de l'institution, tant par l'importance que le capital a prise, que par les règles adoptées pour le partage des bénéfices. Certes les mises de fonds initiales nous paraissent aujourd'hui bien faibles (même en tenant compte du niveau des prix de l'époque) : à Toulouse, de 1350 à 1450, les sociétés dont le capital était inférieur à 200 Lb représentaient 67 % de l'ensemble et inférieur à 300 Lb, 79%; quatre sociétés seulement, soit 2,9 % de l'ensemble, dépassèrent 2000 Lb en capital. De même, en 1455, la société filiale à Bruges de la firme de Médicis n'avait jamais qu'un capital de 3000 Lb de gros. Ceci dit, il ne faut pas oublier que les grandes sociétés d'affaires italiennes se soient peu ou prou transformées en banques de dépôt, par la constitution d'un capital annexe et variable (sopra corpo), à côté du capital social initial (corpo): la société acceptait les dépôts des tiers, remboursables à vue; et rétribués par un intérêt fixe, le plus souvent 8% l'an. La masse des dépôts reçu, était réinvestie par la société dans des opérations qui produisaient un bénéfice supérieur ; mais, ignorant les règles de la prudence que la spécialisation bancaire n'a imposées que beaucoup plus tard, ces sociétés médiévales n'hésitèrent pas à geler ces dépôts à vue dans des emprunts contractés par des souverains ou dans des entreprises commerciales ou artisanales aux faibles liquidités. En cas de panique, la ruée des déposants, qui demandaient le retrait de leurs dépôts, rendait particulièrement vulnérables ces "colosses aux pieds d'argile" (A. Sapori). En ce qui concerne d'autre part le partage des bénéfices l'influence capitaliste dénatura le caractère personnel du contrat en ce que le partage fut toujours calculé, sinon exactement au prorata des mises de fonds, tout au moins en fonction de celles-ci. Enfin, notons qu'à l'exception de très rares cas (moulins du Bazacle à Toulouse, par exemple) c'est à Gênes qu'apparurent au XVe siècle des sociétés qui annonçaient les sociétés anonymes modernes (division du capital en parts cessibles, responsabilité de l'actionnaire limitée à sa mise de fonds) : il s'agissait de sociétés spécialisées dans le commerce d'un produit particulier, tel que le sel, l'alun, le mercure, etc.


Les plus puissantes sociétés commerciales se sont développées en Italie à partir du XIIIe siècle, surtout à Florence qui fut le siège de quelques maisons célèbres. Au cours de ce siècle se détachèrent les Tolomei et les Buonsignori de Sienne, les Rapondi de Lucques, les Spini, les Scali, les Frescobaldi de Florence : tournées essentiellement vers les foires de Champagne, le commerce des textiles et les prêts aux souverains, ces maisons furent victimes de difficultés monétaires et politiques (depuis 1290) et économiques (à partir de 1315), et elles furent emportées par des faillites entre la fin du XIIIe siècle et le premier quart du XIVe. La relève fut assurée par une nouvelle génération de maisons florentines, dont l’activité s'étendait de la Méditerranée orientale à l'Angleterre (les Bardi, les Peruzzi, les Acciaiuoli); à leur tour ces sociétés furent victimes des difficultés politiques (début de la guerre de Cent ans) et économiques (Peste Noire). Dans la faillite des Peruzzi (1343) le roi d’Angleterre était débiteur de 600000 florins ; dans celle des Bardi (1346), de 900000 florins, et le roi de Sicile, de 100000 florins. La troisième génération, qui se forma après 1350, fut éclipsée par les Médicis qui parvinrent au XVe siècle à dominer la vie politique et économique de Florence. En 1434, Côme de Médicis s'empara en fait du pouvoir, et procéda à une transformation profonde de l'entreprise familiale : abandonnant la forme traditionnelle de la société de succursales, représentée sur les grandes places par un comptoir confié à un associé, il adopta la forme plus souple et décentralisée de la société à filiales, indépendantes juridiquement les unes des autres, mais dans lesquelles on retrouvait comme associés les divers membres de la famille.


Hors d'Italie, des sociétés de moindre envergure se multiplièrent aux XIV-XVe siècles dans les villes hanséatiques, mais il n'y eut jamais de grandes firmes permanentes (Ph. Dollinger), si l'on excepte le cas très particulier de l'ordre teutonique qui se livrait au commerce depuis la fin du XIIIe siècle. En Allemagne méridionale, des sociétés familiales se constituèrent, à Augsbourg et Nuremberg, pour se livrer surtout au commerce des métaux ou des textiles, mais une seule grande société vit le jour, la société fondée en 1380 à Ravensburg par Joseph Hompys et dont les opérations sur les toiles et le safran couvrirent l'Europe méridionale, l'Allemagne, et les Pays-Bas.

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 03:25
La poire d'angoisse.









(D'après l'« Inventaire général de l'histoire des larrons », paru en 1629 - traduction du vieux français)

Cet instrument était une sorte de petite boule, qui, par de certains ressorts intérieurs, venait à s'ouvrir et à s'élargir, en sorte qu'il n'y avait moyen de la refermer ni de la remettre en son premier état qu'à l'aide d'une clef, faite expressément pour ce sujet.

Le premier qui éprouva cette maudite et abominable invention, ce fut un gros bourgeois riche et opulent des environs de la place Royale, nommé Eridas. Un jour où il était seul en sa maison avec son homme de chambre et son laquais, Palioli vint frapper à sa porte, accompagné de trois autres vauriens comme lui. Le laquais, croyant que ce fussent quelques gentilshommes, alla avertir son maître, qui était encore dans le lit, et les fit entrer dans la salle ; comme ils restèrent là quelque temps, ils se conseillèrent par ensemble ce qu'ils devaient pratiquer en ceci.


Les uns voulaient tuer le bourgeois, les autres non. Sur cette contestation Eridas arrive et leur demande ce qui leur plaisait ; Palioli le prend par la main, et le tire à quartier avec ces mots enflés de blasphème et jurement étranges : « Monsieur, il faut nécessairement que je vous tue, ou que vous nous donniez ce que nous vous demandons : nous sommes pauvres soldats, qui sont contraints de vivre de cette façon, puisque maintenant nous n'avons autre exercice.


Le bourgeois surpris pensa crier au voleur ; mais à l'instant les trois autres accoururent, et l'empoignant lui firent ouvrir la bouche et lui mirent leur poire d'angoisse dedans, qui en même temps s'ouvrit et se délâcha, faisant devenir le pauvre homme comme une statue béante et ouvrant la bouche sans pouvoir crier ni parler que par les yeux.


Ce fut alors que Palioli prit les clefs de sa pochette et ouvrit un cabinet où il prit deux sacs de pistoles ; ce qu'ayant fait à la vue même du bourgeois, Dieu sait quelle angoisse Eridas eut, et quelle tristesse de voir ainsi emporter son bien sans pouvoir sonner mot, outre que l'instrument lui causait une grandissime douleur ; car plus il tâchait à le retirer et l'ôter de sa bouche, plus il l'élargissait et l'ouvrait, en sorte qu'il n'avait à faire autre chose que prier de signes lesdits voleurs de lui ôter ce qu'il avait en la bouche ; mais, lui ayant rendu les clefs de son cabinet, ils s'en allèrent avec son argent.


Eridas, les voyant dehors, commença à aller quérir ses voisins, et leur montra par gestes qu'on l'avait volé ; il fit venir des serruriers qui tâchèrent à limer ladite poire d'angoisse, mais plus ils limaient et plus elle lui faisait de tourments ; car même en dehors il y avait des pointes qui lui entraient dans la chair. Il demeura dans cet état jusqu'au lendemain.


Or comme la cruauté ne loge pas toujours dans un esprit, un des quatre voleurs persuada ses compagnons qu'il ne fallait pas être cause de la mort d'Eridas. Ce dernier reçut la bienheureuse clef et une lettre ainsi conçue :


Monsieur, je ne vous ai point voulu maltraiter, ni être cause de votre mort. Voici la clef de l'instrument qui est dans votre bouche, elle vous délivrera de ce mauvais fruit. Je sais bien que cela vous aura donné un peu de peine, je ne laisse pas pourtant d'être votre serviteur.


Voilà l'invention abominable de poire d'angoisse qui depuis fut plusieurs fois mise en oeuvre par les coupeurs de bourses qui s'en servaient pour attraper par ce moyen les marchands, et pour leur faire confesser où ils mettaient leur argent.
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Jehanne - dans La Justice
22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 03:11
Les défrichements du Moyen âge.









L’époque féodale est une période importante pour la création et la stabilisation de la toponymie. Dans tous les pays d’Occident, on voit alors apparaître de nombreux noms de lieux issus des défrichements des XI°, XII° et XIII° siècles.

L’essor démographique, le perfectionnement des techniques agricoles et l’amélioration de l’outillage avec l’emploi croissant du fer, libèrent de la main d’oeuvre, favorisent l’essor rural et la colonisation de nouvelles terres dans des zones jusqu’alors peu habitées et peu utilisées.

Dès le milieu du X° siècle les premiers témoignages de défrichements de terres incultes sont signalés. Ils se multiplient ensuite après 1050. A l’initiative des seigneurs et des moines, sous l’action de la cognée des paysans et des frères convers, peu à peu les clairières villageoises s’élargissent, dépassent les lisières des anciens labours et les zones broussailleuses déjà éclaircies par les écobuages temporaires. Ces nouvelles zones prisent sur la friche se lisent encore aujourd’hui sur les cartes topographiques au 1/25 000 ème à travers la présence de certains lieux-dits : « Bussière » (endroit planté de buis), « Buissonnet », « Buisson », « Buissonnière », « Buisset », « Buissard » (mauvais buissons), « Artige », « Artigues », « Artigalas » (grande friche), « Artiganave », « Artiguenave » (friche nouvelle dans le Sud-Ouest), « Artiguebieille » (friche vieille dans le Sud-Ouest), « Lartigues », « Novelles », « Novel », « Noves »...

Les fonds humides et la haute futaie reculent partout et de nouveaux terrains agricoles viennent s’ajouter au terroir villageois. Bois et pâtis sont ainsi refoulés à la périphérie des paroisses, d’abord aménagés en prés de fauche, puis drainés afin de recueillir des céréales ou de la vigne.

Sur les cartes, un peu partout en France, les toponymes dérivés des essarts (terres nouvellement défrichées), « Essards », « Essars », « Essert », « Lessard », « Leyssard », « Issards », « Essartiers », « Esserteaux », « Essertennes », « Essertines », « Esserval », « Dussard », « Dessart » témoignent de l’avancée des fronts pionniers ainsi que les noms de lieux suivants : « Friche », « Frichet », « Routure », « Bouige » (terre en friche dans le Massif central), « Bouzige », « Bouygue », « Bouzigue », « brûlé » (terrain brûlé et défriché par le feu), « Brulat », « Usclat » (terre brûlée par le défrichement), « Usclade », « Erm » (endroit désert dans le Midi), « Herm », « Lherm », « Lhermet », « Delherm », « Lashermes », « Riège » et « Détrie » (mauvais terrains dans le Nord)...

Autour de ces nouveaux espaces agricoles, les hommes s’organisent et créent de nouveaux bourgs et villages neufs de clairières aux toponymes facilement identifiables : « Villeneuve », « Viellenave », « Villenave », « Lavilleneuve », « Villenavotte », « Villeneuvette », « Villenouvelle », « Neuville », « Neuveville », « Laneuveville », « Neuvillette », « Bordes », « Les Bordes », « Laborde », ou encore « Sauveterre » et les « Bastides » et « Sauvetés » gasconnes...

Généralement, ces villages s’allongent le long de la laie forestière ou en bordure des terres cultivables. Les maisons sont alors côte à côte avec, en arrière, de longues lanières de champs étirés appelées « manses ». Enfin, à partir du XIII° siècle, le défrichement est de moins en moins mené dans le cadre du village. Il est désormais l’oeuvre d’exploitants isolés qui donnent naissance à une nouvelle forme d’occupation du sol : un habitat intercalaire où les maisons dispersées, disséminées entre les villages, se multiplient (cf les essarts isolés sur les cartes).

Souvent, les défricheurs finissent par rencontrer aux limites du finage ceux venus des villages voisins, et la ceinture de terres incultes qui jadis isolait entièrement les paroisses tend à se réduire à quelques témoins épars sur les sols les plus ingrats » (Georges Duby, Le Moyen Âge, Paris, PUF, 1956).

Beaucoup de ces établissements portent encore le nom de leur fondateur (ce qui n’est pas négligeable dans le cadre d’une généalogie) : « L’Arnoudière » (la maison d’Arnoud), « Chez Bernier », « Les Rivaux », ... Un simple coup d’oeil sur les cartes topographiques permet d’en repérer quelques uns.

Ces nouvelles parcelles sont souvent entourées d’une petite clairière ou les terres cultivées sont délimitées par une ceinture d’arbres ou de buissons pour se protéger des animaux sauvages. Le Roman de Renard décrit ainsi la ferme d’un riche paysan : « La maison sise au milieu d’un plaisais (clôture faite de buissons entrelacés) est richement pourvue de tous les biens de la terre : vaches et boeufs, brebis, lait et oeufs, et toutes sortes de nourriture ; de poules et de chapons y avait-il à foison. Renard y trouvera de quoi se satisfaire, si seulement il y peut entrer. Mais, je crois, et même je parie, qu’il cherchera longtemps. Car tout était entièrement clos, et le jardin, et la maison, de pieux aigus et gros et longs ; un ruisseau courait tout autour. Au dedans étaient arbrisseaux de toutes espèces. Vraiment, c’était une belle demeure » (cité par MT Lorrain : La France au XIII° siècle, Paris, Nathan, 1975).

Ainsi les grands défrichements du Moyen Age ont modifié profondément l’aspect et la vie des campagnes. De nouveaux terroirs, de nouveaux villages sont apparus au détriment des bois et des friches. La toponymie occidentale s’est enrichie de nouveaux noms de lieux qui, à leur tour, donneront naissance à de nouveaux noms de famille.

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Jehanne - dans La Société
20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 03:05
Le découpage du temps au Moyen âge.










Il est important de savoir, lorsqu'on fait de la reconstitution historique "à fond" comment nos ancêtres découpaient le temps. Le nombre de jours par mois était variable, la durée des journées aussi. Tout ça parce que les Anciens fonctionnaient à l'heure solaire.

En effet, depuis les romains, on considérait un jour comme constitué de 12 heures de jour et 12 heures de nuit. Mais nous savons maintenant que les journées sont plus ou moins longues selon l'époque de l'année.

Ainsi, en juin, "l'heure de jour" est censée durer 90 minutes, contre 30 en décembre.

Au moyen-âge, on ne se repère pas dans la journée en heures, mais par rapport aux différentes prières qui rythment la vie :

• Matines
• Laudes
• Prime
• Tierce
• Sexte (midi)
• None
• Vêpres
• Complies

Et là, il est l'heure de dormir.

En ce qui concerne le travail, il varie selon les saisons. Il débute au lever du soleil ou un heure après, et se termine au moment où la population allume les lumières pour y voir, ce qui correspond à complies.
exemple : les foulons travaillent de 6h à 17h en hiver ; de 5h à 19h en été (on considérait les beaux jours de Pâques jusqu'à la Saint Rémi)

Le travail nocturne est interdit dans la plupart des cas. C'est l'employeur qui fixe arbitrairement la durée du travail. De 16h/jour maximum en été à 11h/jour en hiver.

Il faut néanmoins retirer de ces heures les pauses et le temps de repas, qui varient entre 2h30 et 3h30, selon la saison.

Le temps de travail au Moyen-Âge est donc considérable.

Il y a toutefois un élément modificateur du temps de travail, c'est le jour chômé. On chôme à chaque fête religieuse, en comptant les dimanches, ce qui nous amène à 90 jours de congés par an. On connaît ces jours grâce au règlements de travail des Talemeliers (boulangers).

En effet, le talemelier ne doit pas cuire les jours suivants :

• Les Dimanches
• Les Samedis et veilles de fête, le travail doit se terminer à 17h (origine de la dernière fournée de 17h!)
• Les jours de fêtes : Ascension, Apôtres, Lundi de Pâques, Pentecôte, les deux jours qui suivent Noël.
• En janvier : Sainte Geneviève (13/01) ; Épiphanie (6/01 ;
• En février : Purification Sainte Vierge (02/02) ;
• En mars : Annonciation ( 25/03) ;
• En mai : Saint Jacques le mineur et Saint Philippe (01/05) ; Invention de la Sainte Croix (03/05) ;
• En juin : Nativité de Saint Jean Baptiste (24/06) ;
• En juillet : Sainte Marie Madeleine (22/07) ; Saint Jacques le majeur et Saint Christophe (25/07) ;
• En août : Saint Pierre és liens (01/08) ; Saint Laurent (10/08) ; Assomption (15/08) ; Saint Barthélemy (24/08) ;
• En septembre : Nativité de la Sainte Vierge (08/09) ; Exaltation de la Sainte Croix (14/09) ;
• En octobre : Saint Denis (09/10) ;
• En novembre : Toussaint (01/11) ; Morts (02/11) ; Saint Martin (11/11) ;
• En décembre : Saint Nicolas (06/12) ; Noël (25/12) ;

Compte tenu des saisons, des durées de jours solaires, on obtient 190 jours entièrement ouvrables, et plus ou moins 70 jours à durée réduite.


Le nombre moyen de jours de travail par mois est d'une vingtaine (de 17 à 22 selon la saison) soient 4 à 5 jours par semaine.

Les seules vacances connues sont celles de l'Université de Paris qui, au XIVème siècle, ferme ses portes du 28/06 au 25/08 (Faculté des Arts), du 28/06 au 15/09 pour les facultés de Théologie et de Décret. A la même époque, la Cour vaque une semaine à Pâques, cinq jours à Pentecôte, cinq jours à Noël...


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Jehanne - dans Divers
19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 00:23
Le Krak des Chevaliers.







L'origine des croisades.

Les croisades entreprises par les puissances occidentales à partir de la fin du onzième siecle avaient pour but avoué de reprendre Jerusalem aux infidèles. (En realité les Seldjoukides turques maitres de la ville depuis 1078 qui en avaient chassés les byzantins, héritiers de l'empire romain d'orient).
 Par la croisade , qui est une aventure particulierement couteuse, les nobles occidentaux recherchent le salut divin (Le pape l'accorde d'office à tous les combattants chrétiens) ainsi que des zones d'extension territoriales. Et de fait, suite à des trahisons des deux cotés les pays reconquis ne seront pas livrés au roi de l'empire byzantin mais seront conservés par les croisés. En mai 1099 les chevaliers occidentaux reprennent la cité sainte et la purifie par le sang des infidèles vaincus. Tout les musulmans de la ville sont massacrés. Les princes croisés prennent alors le contrôle du moyen orient et vont y rester deux siècles. Pour défendre les États latins, des ordres de chevaliers-moines sont organisés en armée permanente : ainsi les Hospitaliersen le furent 1113, et les Templiers en 1118.








Le Krak des chevaliers en Syrie.

Situé en Syrie , à 50 km d'Homs et 65 km de Tartousle, le Krak des Chevaliers fait partie d'un réseau défensif qui parcoure les frontières des anciens Etats latins d'Orient.A l'origine, il s'agit d'un château arabe dont les croisés s'emparent en 1098. Il est transformé par les hospitaliers en 1142. Il fut un temps rattaché à la principauté d'Antioche.
Grâce à elle, les Croisés pouvaient veiller sur la trouée. Le sultan Baybars dut faire un siège de 35 jours en 1271 pour venir à bout des trois enceintes et en chasser les Hospitaliers de Saint-Jean L'histoire de ce siège est exceptionnelle, mais relativement classique au sens où les défenseurs ne livrèrent pas de combat à mort. Les Arabes refusèrent de livrer bataille à la porte principale du Krak des Chevaliers, laquelle donnait sur une série de passages étroits débouchant sur une seconde porte, plus forte encore. Ils choisirent donc de donner l'assaut par le mur au sud en minant la grande tour située au coin sud-est du château. Ils parvinrent ainsi à pénétrer par le mur d'enceinte extérieur. Avant d'attaquer le donjon central, toutefois, ils tentèrent une ruse. Un pigeon voyageur fut envoyé dans le château avec un message du grand maître des Hospitaliers, ordonnant à la garnison de se rendre. Inférieurs en nombre et sans illusion quant à d'éventuels secours, les défenseurs exécutèrent l'ordre du message, tout en sachant qu'il était faux, et livrèrent le château avec l'honneur sauf.









La redecouverte en Syrie.


Sa restauration dans les années 1930 par le mandat français en Syrie s'est faite au détriment d'autres sites tout aussi remarquables mais moins connus. Les faibles finances des conservateurs des beaux arts ne permettaient qu'une seule restauration du krak des chevaliers car il fallait d'abord racheter les murs aux villageois qui s'y étaient installés et les reloger à l'extérieur de l'enceinte.















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Jehanne - dans Patrimoine
18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 00:11
L'or du diable.







Dès le Moyen âge les trésors ont suscité la convoitise. Les textes d'époques témoignent de la position ambivalente des autorités face à ces découvertes, volontaires ou fortuites.
Entre autre, les autorités devaient contrôler l'activité des pilleurs de tombes, prêts à tout pour découvrir un trésor, y compris à sacrifier à des pratiques magiques. C'est d'ailleurs ce qui fut reproché - bien après sa mort! - à Gerbert d'Aurillac, le "pape de l'an 1000". Le succès de certains chercheurs de trésors les fit accuser de s'être livrés à la nécromancie.
 
De fait, un document du XIVème siècle, signalé par Jean-Pierre Albert, viendrait témoigner de ce type de pratique, dénoncée par les autorités ecclésiastiques car incluant l'usage du saint chrême et l'invocation d'un démon: qui veut découvrir un trésor doit abattre un chat nourri de chrême et d'eau bénite, puis faire de sa peau des courroies destinées à matérialiser le cercle dans lequel doit être invoqué le démon détenteur du secret de son enfouissement.
La méfiance envers les rituels associés aux trésors antiques croît à la fin du Moyen âge. Dès le XIVème siècle, les bénédictions d'objets sont perçues par certains comme "nécromancie plutôt que théologie".

Au XVème siècle, dans les pays germaniques, les formules de bénédiction des "vieux vases" sont d'ailleurs supprimées.

L'attitude de l'Eglise face aux objets païens ne s'en est pas moins durcie. Après le concile de Trente, on eut à coeur de rompre avec les pratiques médiévales. Molanus, dans son Traité des saintes images, au chapitre intitulé "Que les chrétiens ne doivent pas se complairent aux peintures et aux statues païennes", rappelle que "le Seigneur a commandé aux Israélites: ' Tu ne convoiteras ni l'or ni l'argent dont [les statues païennes] sont faites, et tu n'en prendras rien, de peur que ce soit pout toi un sujet de ruine, parce qu'elles sont en abomination au Seigneur ton Dieu' ".

Loin dêtre une attaque contre les amateurs d'antiquités, cet avertissement interpellait ceux qui en fondaient l'or pour en tirer profit, une accusation "d'acte de cupidité" pourtant écratée, des siècles auparavant, par un Théodoric.
Cette recommandation, comme toutes les autres du traité, devait être transmise, en prêche, par les curés de paroisse. On ignore évidement si elle a été prise en considération !







Source histoire et images médiévales - thématique n°14 - août 2008 - pages 13 et 14.
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Jehanne - dans La Religion
17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 03:43
La nef des fous.







La Nef des fous (das Narren shyff) est un ouvrage allemand écrit par le strasbourgeois Sébastien Brant à la fin du XVe siècle.

Publié par Johann Bergmann d'Olpe, pendant le carnaval à Bâle, ce récit versifié recense divers types de folie, brossant le tableau de la condition humaine, sur un ton satirique et moralisateur. Il mélange l'ironie et le sermon, le rigorisme et l'humour et est à la fois inspiré par l'esprit de la Réforme et par la littérature populaire, de colportage, avec ses proverbes dialectaux.

L'esprit de l'œuvre est pessimiste, l'auteur ne croit pas que les hommes peuvent s'amender, mais il ne peut s'empêcher de s'indigner, de protester. Il ne cherche même pas à corriger les travers qu'il dénonce, sans vouloir faire de concession en nuançant entre les péchés véniels et ceux mortels. Tous mènent également à la perte

Il sait que le bateau va, simplement, vers son naufrage. Cette métaphore, thème principal du livre, disparait d'ailleurs bien vite, au profit d'une énumération, d'ailleurs non exempte de redites.

Les quelque 7000 vers sont courts. Les portraits (plus d’une centaine) ne ménagent personne, sans nommer non plus personne de trop puissant et de vivant à l’époque de l’auteur. Les références académiques sont nombreuses dans ce texte de lettré ; Brant était docteur « dans les deux droits » et a des notions poussées de rhétorique.

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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 03:29
La pollution au Moyen âge.








Le mot pollution existe depuis au moins le XIIème siècle ou elle représentait un véritable fléau sanitaire pour les populations. Les réceptacles de la pollution sont la chaussée, la place publique, le fleuve, la rivière, les canaux, les rigoles, les sentiers de halage, etc. qui sillonnent le territoire urbain. Si les gens du Moyen Age ne peuvent saisir les origines microbiennes des maladies, ils ont conscience des dangers liés aux pollutions et ils craignent l’eau et l’air ''corrompus''.



Typologie des pollutions :

- Pollution organique humaine : au moyen age, on ''lasche ses eaues'', on fait ses ''aysemens et souillures'', ses ''vidanges'', on crache, etc. à même le pavé. Les immondices traînent sur les terre-plein des boulevards des porte d’entrée (Amiens, Moulins), devant les hôpitaux (Dijon, Quimperlé), dans les fossés des enceintes (Rouen, Chambéry), le long des cours d’eau (Bièvre à Pais), dans les canaux et dérivations, sur les grèves et les quais portuaires (Paris, Saint-Malo, Concarneau), etc.

- Pollutions animales : crottins de cheval, déjections de chiens, de poules, d’ovins, etc., sont monnaies courantes dans les rues des villes, même si les risques épidémiques conduisent les autorités à en limiter parfois le nombre (4 porcs par famille à Reims en 1389).

- Pollution chimique : longtemps la moins perçue, elle n’est pas réservée à nos civilisations actuelles et est présente dans toutes les villes du Moyen Age. Delmare - Traité de police page 620 - 1713 : ''ces mestiers (tanneurs, teinturiers et autres) attirent à leur suite tant d’infection ou se servent d’ingrédiens si nuisibles au corps humain qu’il y a beaucoup de mesure à prendre dans le choix des lieux où ils peuvent estre soufferts pour ne point altérer les santé''. La pollution la plus dangereuse reste celle au plomb qui, rappelons le, est signalée par certains historiens comme étant la cause du déclin du Bas Empire romain producteur de 80.000 tonnes de ce métal par an. Les métiers (travail de la laine, poterie, tannerie, etc.) qui se concentrent dans les villes en amont sur les fleuves sont autant de sources de dangers pour les populations.

Toutes ces pollutions s’aggravent au cours du Moyen Age avec l’évolution du tissu urbain, de la conjecture économique, sociale et politique, même si certains procès tendent à faire évoluer les choses. La solution la plus employé pour se débarrasser de ses déchets reste celle de les enfouir dans des puits perdus empierrés, recouverts de planches appelés ''fosse à immondices, fosses au sang, gouffres, etc.''. Le tout à l’égout, pratique courante de l’Antiquité, ne refera son apparition qu’au XIIIème siècle et surtout à partir du XIV et XVème siècle, en même temps que le développement de véritables ervices public de ''purgatio'', ''vuidange'' ou ''curage''. Montpllier et Marseille furent en avance dans le domaine de l’hygiène publique puisque dès le XIIIème siècle ces municipalités paient des ''probi homines'' pour nettoyer les chaussées.
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Jehanne - dans Divers
15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 03:10
Corvées, taxes et impôts au Moyen âge.







Le seigneur fait payer cher sa protection, d'abord sous forme de corvées :
- curer les fossés,
- empierrer les chemins
- rentrer du bois,
- rentrer du fourrage...

Puis à mesure que l'argent circule mieux, les corvées sont remplacées par les redevances :
- la taille (sert à payer la protection du seigneur). Elle apparaît après 1050. C'est un impôt direct. A partir du XIV° siècle, la taille devient un impôt royal.
- Les aides (taxes sur le transport des marchandises)
- le cens et le champart (forment le loyer de la terre). Pour avoir le droit de s'installer et de vivre sur la terre d'un seigneur, le paysan paie deux sortes de redevances. Le cens qui est fixe et le champart, calculé en fonction de la récolte ; plus celle-ci est bonne, plus le paysan paie cher.

Les banalités : Ces taxes liées au droit de ban que détient le seigneur étaient si fréquentes qu'elles ont donné le mot "banal" dans notre langage d'aujourd'hui.
Ces banalités coûtent chers aux paysans qui doivent payer un droit pour utiliser le moulin, le pressoir et le four à pain que le seigneur a fait construire et que lui seul a les moyens d'entretenir.

Les serfs doivent payer des impôts particuliers :
- la mainmorte au moment d'un héritage
- le formariage pour se marier à l'extérieur de la seigneurie.

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Jehanne - dans La Société

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  • : Le blog vivre au Moyen âge a pour but de renseigner le lecteur sur les us et coutumes du Moyen âge. Les articles et iconographies publiées dans ce blog sont le fruit de mes recherches sur internet et dans les livres . Je ne suis pas auteur des textes publiés qui sont des citations extraites de mes trouvailles. Bon voyage dans le temps !!!!
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