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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 21:05
Le système féodal.




Contexte historique : La fin d'un monde .

Peu après les invasions barbares, le décor urbain de Rome disparût, et laissa place aux champs, pâturages et forêts. Les principes de la culture urbaine des Romains devaient ainsi s'adapter à ce nouveau changement. De puissantes tribus germaniques envahirent l'Europe et s'y installèrent aux IIIe et IVe siècles de l'ère chrétienne. Elles amenèrent de nouvelles règles de conduite, de nouveaux codes d'éthique et une nouvelle manière d'accumuler et de répartir les richesses.






Une société chaotique .

Le monde était entré dans une nouvelle ère remplie d'énigmes et de mystères, il était dangereux de s'aventurer dans les forêts hostiles où les bandits avaient le contrôle. Les voyageurs du temps des Romains avaient disparus. La peur collective régnait partout. Les premiers Mérovingiens occupés à se détruire ont peu faits pour améliorer cette situation de chaos. A peine les invasions de l'Est endiguées qu'il fallait faire face aux Vikings et Normands. Le grand Charlemagne restaura en partie la situation en posant les principes d'une nouvelle administration. La monnaie circula de nouveau, des écoles furent crées, la population se hiérarchisa entraînant souvent la possession de privilèges pour les uns par rapport au autres. Cette période est couramment appelée : « La Petite Renaissance ».



L'organisation féodale, l'administration locale .

Sous l'Empire carolingien, l'empereur représentait le cœur de l'organisation administrative. L'étendue de son territoire l'avait imposé à déléguer ses pouvoirs à des responsables de régions, contrées ou districts. L'insécurité du territoire était telle que le royaume était délimité géographiquement de telle sorte que l'on pouvait aller d'un point à un autre en une journée de cheval. Les rivières ou les forêts délimitaient les régions ainsi formées. La nécessité et la peur avaient imposé un tel réseau de relations entre le responsable d'une région, appelé vassal et l'empereur ou le roi auquel il avait promis fidélité. Le vassal prêtait serment au seigneur, il occupait ainsi un fief, domaine terrien de taille importante. Il devait fournir des soldats au seigneur et lui assurait des revenus. En retour, le seigneur le protégeait avec son armée.






Décentralisation du pouvoir .


Le système féodal est donc formé d'un ensemble de rapports personnels, fondés sur les aides réciproques qui organisent la société sur de nouvelles bases. Un certain rapport de force est caractéristique du système féodal. Le puissant a besoin d'hommes fidèles pour l'aider à administrer les terres et l'armée. Il y a d'autre part les moins puissants qui demandent aide et assistance, ils deviennent ainsi serviteurs du plus puissant. Mais ils pourront en outre promulguer des lois, recruter des soldats... Le système féodal est né de la faiblesse des États et de l'insécurité qu'elle engendrait. L'État fut par la suite morcelé en un grand nombre d'unités autonomes et accompagné du déplacement de la vie sociale et économique vers la campagne ainsi que vers la résidence du seigneur : le château.





 
Une société nouvelle .

Le vassal n'était pas le vrai propriétaire de son fief, cela revenait au suzerain, mais il pouvait administrer et utiliser à son profit les ressources et les produits de la terre. A la mort du vassal, la terre revenait au suzerain, mais dans la pratique le fils du vassal venait renouveler le serment de fidélité fait par son père. Le vassal peut lui-même être assisté par d'autres personnes qui lui prêtent fidélité, ces personnes recevaient alors, un château, une tour fortifiée avec un village, des champs, ou une route et un pont. Ils constituaient les arrière-vassaux. A cette époque on distingue déjà trois ordres : la noblesse qui s'occupait de commander et guerroyer, le clergé qui priait pour la paix spirituelle, les paysans quant à eux travaillaient moissonnaient, ils survivaient avant tout.



L'émergence de la noblesse .

A la mort de Charlemagne, le pouvoir impérial s'affaiblit, les délégués du pouvoir prirent de l'indépendance et de l'importance. Une noblesse émergea et se hiérarchisa respectivement en barons, vicomtes, comtes, marquis, ducs et princes. Il arrivait même que des vassaux soit plus riches que leurs seigneurs. Ainsi les ducs de Normandie qui contrôlaient l'Angleterre était plus puissants que les rois de France. Lorsque les Capétiens montèrent sur le trône leur pouvoir était très réduit, ils ne contrôlaient pas tout le royaume mais uniquement la région d'île de France. Il leur fallait aussi assurer leur hérédité, mais peu à peu les Capétiens parvinrent à restaurer l'autorité royale et à abreuver leur pouvoir. De son coté, l'Église récupéra le monopole spirituel de l'Occident où la vision manichéenne du Diable et de Dieu n'a jamais été aussi forte.



Le serment du vassal au seigneur .

« Tout le monde sait que je n'ai rien pour me nourrir et me vêtir. C'est pour cela, mon seigneur, que j'ai sollicité votre miséricorde, et vous avez bien voulu me l'accorder, la faveur de me placer sous votre protection. Je le fais à condition que vous me donniez de quoi vivre, en échange de mes services... Tant que je vivrai, et bien que demeurant libre, je vous servirai avec fidélité. Mais en échange, je resterai toute ma vie sous votre pouvoir et votre protection. »
Chroniques de Jean Froissard, XVe, (Bibliothèque nationale de France)





 
Expansion du système féodal.

L'Empire carolingien était à l'origine d'une renaissance artistique, qui s'effondra sous les invasions normandes. Cependant les Normands adoptèrent le système féodal, ils l'importèrent même en Sicile et en Angleterre. Le système féodal fut même employé en Espagne par les Musulmans. Les Croisades l'exportèrent jusqu'aux seigneuries latines d'Orient. Au XIIe siècle, les fiefs sont les plus importants au Nord et au Centre de l'Europe. Ils allaient donner naissance aux régions et principaux États modernes. Le système féodal se maintint en place près d'un demi-millénaire. Pendant des siècles, des régions européennes vécurent dans un climat de paix et de prospérité, cela n'excluait pas les guerres entre barons, mais le peuple avait rarement à subir les pillages et rapines.



La hiérarchie de la noblesse.


Prince
Duc
Marquis
Comte
Vicomte
Baron
Chevalier
Ecuyer



La condition des pauvres, différentes conditions pour le peuple.

Les artisans : Ce sont les plus favorisés, ils s'occupaient de travailler le fer, le cuivre, le bois, la laine... Ils obtenaient un atelier et une maison par un seigneur et devaient lui fabriquait des outils en contrepartie (des armes en général). Mais ils restaient des hommes libres.

Les alleutiers : Parmi les agriculteurs qui cultivaient les champs du seigneur, nombreux étaient ceux qui étaient également libres. Ce sont les alleutiers qui étaient propriétaire d'un alleu (terres libres sans le contrôle d'un seigneur). Ils nécessitaient cependant une protection, et réclamaient ainsi le soutien d'une armée à un seigneur. En échange, ils fournissaient au suzerain une partie de la récolte et devaient effectuer des corvées (travaux gratuits) : réparation d'un mur du château, construction d'un pont, moissons... Ils devaient en outre payer une taxe pour utiliser le four ou le pont seigneurial. Mais malgré ces charges lourdes, il en résultait d'un accord entre hommes libres.

Les serfs : Beaucoup plus modestes que les autres, ils étaient quant à eux attachés à une terre et à un seigneur, ils n'étaient donc pas libres, mais ils vivaient dans des conditions beaucoup moins dures qu'on ne le pense. Cette « servitude » leur apportée une sécurité et une certaine stabilité.







Le monde rural
.

La ruralité est le nerf du système, elle constitue la base de la survie économique. Les industries sont en effet peu présentes, elles se réduisaient à la fabrication des armes, de forteresses, de cathédrales... Et le commerce interrégional existait à peine. La majorité des paysans restent des hommes libres chez eux, l'esclavage se limitait à la cour royale et à la vassalité. Les paysans semaient à la main et utilisaient des bœufs pour cultiver. Chaque année, des terres étaient laissées en jachère (non cultivées) afin de les rendre fertiles. Mais très vite, les conditions du paysan se dégradèrent. Le temps devint plus humide et plus froid au XIIIe siècle, les récoltes furent mauvaises. Bientôt, il n'y avait plus assez de soleil pour extraire le sel de l'eau de mer, la viande ne se conservait plus. Ainsi, des maladies apparurent : la typhoïde, la dysenterie et la peste, elles s'ajoutèrent à la famine qui poussait certaines personnes à manger chiens, chats et même leurs propres enfants.



Les chevaliers, la chevalerie.

Rompant avec la tradition franque qui consistait à partager le royaume entre les fils, le seigneur féodal fit de son fils aîné l'unique héritier du fief. Les autres fils recevaient une somme d'argent, une armure, un cheval dressé pour le combat, un écuyer et une épée. Nantis de ce bagage, ils s'aventuraient sur les routes, et avec l'aide de Dieu et de leur épée pouvaient-ils conquérir un fief. Ce furent les premiers chevaliers. C'est sous l'influence de l'Église que fut créée la chevalerie, un ordre militaire et presque religieux, difficile à accéder. Ses membres devaient s'engager à servir le bien, la justice et l'honneur.





 
L'initiation du chevalier.

Seuls les fils de nobles pouvaient devenir chevaliers. De rares exceptions étaient faites pour « les chevaliers de l'épée » qui obtenaient ce titre pour leur courage sur le champ de bataille. Mais le postulant devait suivre un long apprentissage. Dès sept ou huit ans, le jeune cadet devenait page et servait le seigneur comme un domestique noble. A quatorze ans, il devenait écuyer, il portait son écu (bouclier représentant les armoiries), il devenait son assistant sur le champ de combat. Il apprenait dans le même temps, le maniement des armes et à monter le cheval en portant son bouclier et sa lourde lance. Il s'entraînait à l'esquive des coups avec la quintaine (mannequin en bois qui pivotait sur un axe). L'instruction durait sept années en général.



L'investiture du chevalier.

La cérémonie d'investiture du chevalier avait traditionnellement lieu le jour de l'Ascension (quarante jours après Pâques). Le seigneur fournissait le coûteux équipement du chevalier. La veille de la cérémonie, le postulant portait une chemise blanche et une tunique rouge, couleur du sang. A la tombée de la nuit, le chevalier passait la nuit agenouillé devant l'autel de la chapelle à prier. A l'aube, une sonnerie de trompette annonçait le début de la cérémonie. Durant la messe, le chapelain rappelait les devoirs du chevalier. Après la communion, le cheval du futur chevalier entrait dans la chapelle. Puis la main tendue au-dessus de l'Évangile, le jeune homme jurait solennellement de respecter les règles de la chevalerie. Il revêtait alors son armure (haubert, cuirasse, brassards, jambières). Puis le seigneur frappait du plat de l'épée, les épaules et la tête du chevalier (adoubement). Le seigneur prononçait alors ces mots : « Au nom de Dieu, de Saint-Michel et de Saint-Georges, je te fais chevalier. Sois preux, loyal, généreux. » Le chevalier mettait son casque, saisissait sa lance et sautait à cheval. Cette chevauchée était le symbole de son errance à travers le monde où il devra faire respecter la justice, défendre la foi...









Source France histoire.

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Jehanne - dans La Société
10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 19:42

Le Code de la Chevalerie.








I - Tu croiras à tout ce qu'enseigne l'Église et observeras tous ses commandements.
Cette première règle de la chevalerie est la plus importante de toute. Si on n'était pas chrétien, on ne pouvait devenir chevalier. Le chevalier devait croire en Dieu et avoir en lui plein confiance

II - Tu protégeras l'Église.
Cette règle est le cri d'armes du chevalier. Le chevalier devait servir et défendre l'Église.

III - Tu auras le respect de toutes les faiblesses et tu t'en constitueras le défenseur.
Le chevalier devait défendre tous les faibles aussi bien les prêtres que les femmes et les enfants.

IV - Tu aimeras le pays où tu es né.
Le chevalier devait aimer et protéger sa patrie.

V - Tu ne reculeras pas devant l'ennemi.
Le chevalier devait être une brave personne. Mieux valait être mort que d'être appelé couard

VI - Tu feras aux Infidèles une guerre sans trêve et sans merci.
Cette règle invitait les chevaliers à combattre et haïr les païens.

VII - Tu t'acquitteras exactement de tes devoirs féodaux, s'ils ne sont pas contraires à la loi de Dieu.
Le seigneur devait protéger son vassal qui lui en échange, était fidèle à son seigneur. Le chevalier devait aider son seigneur lorsqu'il avait besoin d'aide.

VIII - Tu ne mentiras point et seras fidèle à la parole donnée.
Le chevalier ne devait en aucun cas mentir et le respect de la parole donnée allait aussi avec la franchise

IX - Tu seras libéral et feras largesse à tous.
Le chevalier devait être courtois et sage pour tous. Il devait être aussi généreux.

X - Tu seras, partout et toujours, le champion du Droit et du Bien contre l'injustice et le Mal.
Le chevalier devait se faire le défenseur du Bien et le combattant du Mal. Satan est l'ennemi du chevalier.




Les vertus chevaleresques.



Loyauté: Le chevalier devait toujours être loyal envers ses compagnons d'armes. Que se soit pour la chasse ou pour traquer un ennemi, le chevalier doit être présent au combat jusqu'à la fin avec ses compagnons, prêt à les aider en tout temps avec vaillance.

Prouesse: Le chevalier devait être preux et posséder une grande vigueur musculaire. La force de l'âme était aussi très importante afin de combattre les redoutables adversaires qu'il rencontrerait lors de ses quêtes. Il devait les combattre pour le service de la justice et non par vengeance personnelle.

Sagesse et Mesure: Le chevalier devait être sage et sensé afin d'empêcher la chevalerie de basculé dans la sauvagerie et le désordre. Le chevalier devait avoir le contrôle sur sa colère, sa haine. Il devait rester maître de lui-même en tout temps. Les échecs étaient donc de mise pour le chevalier afin d'exercer l'agilité intellectuelle et la réflexion calme.

Largesse et Courtoisie: Un noble chevalier devait partager autant de richesses qu'il possédait avec amis et paysans sous son aile. Lorsqu'il se rendait à la cour, il devait faire preuve de courtoisie. Il s'efforçait de se faire aimer par sa dame en étalant devant elle toutes ses prouesses. Il devait aussi la servir fidèlement. La noblesse purifiait en quelque sorte l'âme du chevalier.

Justice: Le chevalier doit toujours choisir le droit chemin sans être encombré par des intérêts personnels. La justice par l'épée peut être horrible alors l'humilité et la pitié doivent tempérer la justice du chevalier.

Défense: Un chevalier se doit de défendre son seigneur et ceux qui dépendent de lui. Il doit toujours défendre sa nation, sa famille et ceux en qui il croit fermement et loyalement.

Courage: Un chevalier se doit de choisir le chemin le plus difficile et non le chemin guidé par ses intérêts personnels. Il doit être prêt à faire des sacrifices. Il doit être à la recherche de l'ultime vérité et de la justice adoucie par la pitié.

Foi: Un noble chevalier doit avoir foi en ses croyances et ses origines afin de garder l'espoir.

Humilité: Le chevalier ne doit pas se vanter de ses exploits, mais plutôt laisser les autres le faire pour lui. Il doit raconter les exploits des autres avant les siennes afin de leur donner le renom dont il mérite.

Franchise: Le chevalier devait parler le plus sincèrement possible.





Source texte : Bretagne passion; photo http://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr

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Jehanne - dans La Société
7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 10:36

Le Chevalier.






L'époque des chevaliers a débuté vers l'an 900 et s'est terminée à la fin de la période que les historiens appellent le Moyen Age, vers l'an 1500. A l'époque de Charlemagne, les guerriers montés étaient devenus l'unité militaire d'élite des Francs. Cette innovation gagna l'ensemble de l'Europe. Le combat à cheval était considéré comme un fait d'armes particulièrement digne de gloire. En effet, le cavalier pouvait pénétrer au coeur de la bataille, se mouvoir rapidement et piétiner les ennemis relégués au rang inférieur de fantassins. Lorsque les deux cavaleries se faisaient face, la vitesse d'attaque et la violence de la confrontation procuraient un sentiment d'intense jubilation. Le combat à cheval était très prestigieux du fait du coût élevé des chevaux de bataille, des armes et de l'armure. Seuls les guerriers les plus riches ou les serviteurs de familles fortunées étaient en mesure de combattre à cheval.  

Les rois de la fin du Moyen Âge disposaient de peu d'argent pour pourvoir aux frais élevés nécessaires à l'entretien d'importants contingents de cavalerie. Les guerriers étaient vassalisés et tenaient des fiefs de leur suzerain. Les revenus qu'ils tiraient de ces terres devaient leur servir à payer les chevaux et l'équipement. Souvent, les vassaux entretenaient également des formations de soldats de métier. A une époque où l'autorité centrale était faible et les possibilités de communication réduites, le vassal, aidé de ses serviteurs, était responsable de la législation et de l'ordre à l'intérieur du fief. En échange de ce domaine féodal, le vassal acceptait de prêter main-forte à son seigneur en cas de conflit armé. Les grands seigneurs et les rois pouvaient ainsi lever des armées lorsqu'ils le désiraient. Le corps d'élite de ces armées était constitué des vassaux montés.

A mesure que le Moyen Âge avançait, l'élite de guerriers montés d'Europe occidentale devint connue sous le nom de chevaliers. Un code de conduite, appelé chevalerie, fut mis en place régissant les droits et les devoirs des chevaliers. Avec le temps, les chevaliers accomplirent des tâches d'ordre gouvernemental et légal, et le roi s'assurait que ses chevaliers retiraient un profit suffisant de leurs terres. Les gens désiraient devenir chevaliers pour obtenir pouvoir et respectabilité. Plus tard, tous les nobles étaient faits chevaliers. Même les fils de rois devenaient chevaliers. En France et en Espagne, tous les chevaliers, riches ou pauvres, étaient des nobles. Mais en Angleterre, le terme chevalier a évolué pour désigner aussi les membres de la classe sociale qui suit celle de la royauté et la noblesse. Aujourd'hui, c'est toujours un titre honorifique dans ce pays.  

L'honneur, en temps de guerre comme en temps de paix, était l'une des principales préoccupations des chevaliers. Toutefois, ce sentiment intervenait dans les relations avec leurs pairs, rarement avec les manants et les paysans qui constituaient la majorité de la population. Les chevaliers devinrent la classe dirigeante, gérant les terres d'où l'on puisait toute la richesse. Les aristocrates étaient des nobles principalement en raison de leur rang et de leur prestige en tant que guerriers suprêmes dans un monde perpétuellement en proie aux conflits. Plus tard, leur rang et leur prestige devinrent héréditaires et l'importance d'être un guerrier déclina.



La Chevalerie.

Le terme chevalerie fut utilisé la première fois pour désigner les spécialistes de l'équitation et du combat cavalier. Les membres de cette élite guerrière du Moyen Âge formaient une classe distincte de celle des paysans et du clergé. Ils se distinguaient également entre eux par leurs talents de cavalier et combattant. Des chevaux rapides et puissants, des armes splendides et redoutables, des armures fiables constituaient les signes extérieurs de richesse de cette époque.

A partir du XIIème siècle, la chevalerie définissait désormais tout un mode de vie. Un chevalier devait se montrer généreux, courtois, brave, délicat et audacieux. Le parfait chevalier, sur son cheval blanc, défendait les pauvres et volait à la rescousse des demoiselles en détresse. Cette façon d'être répondait à l'idéal chevaleresque: la courtoisie.

Les règles fondamentales du code chevaleresque étaient les suivantes:

* Protéger les femmes et les faibles.
* Défendre la justice contre l'injustice et le mal.
* Aimer et honorer sa patrie.
* Défendre l'Eglise à ses risques et périls.

Mais de nombreux chevaliers ne faisaient pas honneur aux nobles idéaux de leur condition. Au début, ils étaient souvent ignorants et barbares. Lorsqu'ils envahissaient un pays ennemi, les soldats lançaient des bébés en l'air et les rattrapaient avec la pointe de leur lance. Bernard de Cahuzac, un chevalier français, fit couper les mains et les pieds de 150 moines et religieuses à la suite d'une querelle avec un abbé.  

Dans la pratique, les chevaliers et les aristocrates ignoraient le code chevaleresque lorsque cela les arrangeait. Les querelles entre familles nobles et les conflits autour du partage des terres l'emportaient sur toute règle de conduite. La coutume tribale des peuples teutoniques qui consistait à diviser le domaine d'un chef de clan entre ses fils plutôt que de le céder à l'aîné fut souvent la cause des guerres entre frères d'un même clan. Le conflit qui eut lieu entre les petits-fils de Charlemagne en est un exemple éloquent. Le Moyen Âge était infesté de guerres civiles de ce genre dont les premières victimes étaient généralement les paysans.

Vers la fin du Moyen Âge, les chevaliers créèrent les ordres de chevalerie, des confréries exclusives de chevaliers de hauts rangs qui prêtaient serment d'allégeance à leur roi et aux autres chevaliers. Devenir membre d'une telle institution était une promotion extrêmement gratifiante et prestigieuse et conférait au chevalier la plus haute distinction dans le royaume. En 1347, pendant la Guerre de Cent ans, le roi d'Angleterre Edouard III fonda l'Ordre de la Jarretière qui subsiste encore aujourd'hui. Cet ordre de chevalerie se composait de 25 chevaliers des plus hauts rangs d'Angleterre. Ses membres devaient faire preuve de loyauté envers le roi et de dévouement à la victoire dans les combats.

L'ordre de la Toison d'Or fut fondé par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en 1430 et devint l'un des ordres les plus puissants et les plus riches d'Europe. Le roi Louis XI de France créa l'Ordre de Saint Michel afin de surveiller les activités de ses nobles les plus importants. Les Ordres de Calatrava, Santiago et Alcantara furent fondés afin de chasser les Maures d'Espagne. Ces derniers étaient réunis autour de Ferdinand d'Aragon, dont le mariage avec Isabelle de Castille fut à l'origine de la fondation d'un Royaume d'Espagne unique. Finalement, il devint maître des trois ordres bien que ceux-ci demeurèrent séparés.



 



 
L'Esprit Chevaleresque.

En 1265, Raymond Lulle, un chevalier espagnol, écrivit que tout chevalier devait, même en cas de guerre, faire preuve de sentiments chevaleresques: il devait être honnête, bon envers les pauvres, loyal et courtois.  

La Loi des armes prescrivait la façon d'agir lors des batailles. Il était interdit de maltraiter un prisonnier ou de laisser un chevalier ennemi mourir de ses blessures. Lors de la bataille de Poitiers (1356), Jean le Bon, roi de France, remit son attaque au lendemain pour éviter de se battre un dimanche. Les Anglais eurent alors le temps de se préparer et gagnèrent la bataille.  

Au XIIe siècle, certains chevaliers devinrent jongleurs (ménestrels). Inspirés par leurs chansons d'amour, plusieurs chevaliers firent vœu de galanterie auprès des dames. Peu importe qu'elles soient mariées car au Moyen-Âge, le mariage était plus une question d'affaires que de sentiments. Le véritable amour consistait à désirer quelqu'un qu'on ne pouvait jamais épouser.  

Cet amour courtois est un des aspects les plus étranges de la chevalerie. Les chevaliers accomplissaient de grands exploits juste pour le sourire d'une dame. Une noble dame nouait son foulard au bras de son chevalier qui faisait vœu de se battre pour elle lors d'un tournoi. Un chevalier participa à un tournoi vêtu de la robe de sa dame au lieu de son armure. Il fut gravement blessé. L'époux de la dame donna un banquet en l'honneur du chevalier et la dame porta la robe tachée de sang. Avant la bataille de Poitiers, des mots peu aimables furent échangés lorsque Messires John Chandos et Jean de Clermont découvrirent qu'ils affichaient tous deux l'emblème de la même femme. 





 
Devenir un Chevalier.

A l'âge de 7 ou 8 ans, les jeunes garçons de la noblesse étaient envoyés comme page auprès d'un grand seigneur. Les pages apprenaient les règles sociales essentielles auprès des femmes de la domesticité ainsi que les principes de base du maniement des armes et de l'équitation. Vers l'âge de 14 ans, l'adolescent devenait un écuyer, un jeune chevalier en apprentissage. Les écuyers étaient placés sous la responsabilité d'un chevalier qui poursuivait leur éducation. L'écuyer était à la fois un compagnon et un serviteur du chevalier. Les devoirs de l'écuyer consistaient à cirer l'armure et les armes (sujettes à la rouille), aider le chevalier à se vêtir et à se dévêtir, veiller sur ses biens et même le protéger en dormant devant la porte tel un garde.

Au cours de tournois et des batailles, l'écuyer assistait le chevalier en cas de nécessité. Il lui apportait des armes et des chevaux de rechange, pansait ses blessures, éloignait du danger un chevalier blessé ou s'assurait, en cas de décès, qu'il reçût des funérailles dignes de son nom. Il arrivait souvent que l'écuyer accompagne son maître dans la bataille et combatte à ses côtés. Un chevalier évitait, dans la mesure du possible, de se battre avec un écuyer du camp opposé et cherchait plutôt à affronter un chevalier d'un rang similaire ou supérieur au sien. Les écuyers, par contre, cherchaient à affronter des chevaliers ennemis, car la mort ou la capture d'un chevalier de haut rang leur apportait la gloire et la considération.

En plus d'un entraînement guerrier, les écuyers consolidaient leur formation et leurs capacités par la pratique des jeux. S'ils n'écrivaient pas, Ils apprenaient au moins à lire. Ils étudiaient également la musique, la danse et le chant.  

A l'âge de 21 ans, un écuyer était éligible au titre de chevalier. Les candidats étaient adoubés chevaliers par un seigneur ou un autre chevalier de haut rang. Au début du Moyen Âge, la cérémonie de l'adoubement était assez simple. Le futur chevalier recevait un coup sur la nuque à l'aide d'une épée puis revêtait un baudrier pour soutenir son épée. Avec le temps, la cérémonie devint plus élaborée et prit, sous influence de l'Eglise, l'allure d'un sacrement. Les candidats se baignaient, coupaient leurs cheveux à ras et veillaient la nuit entière dans la prière. Au matin, le candidat recevait l'épée et les éperons de chevalier.

Généralement, seuls ceux qui possédaient des terres ou les revenus nécessaires pour assumer les responsabilités liées à leur rang pouvaient accéder au titre de chevalier. Toutefois, des seigneurs et des évêques puissants pouvaient entretenir un contingent important de chevaliers, offrant ainsi au moins fortunés la possibilité d'intégrer cette fonction. Les écuyers qui se montraient particulièrement brillants dans les batailles pouvaient également obtenir la reconnaissance d'un seigneur puissant et être adoubés chevaliers sur-le-champ.





 
L'Epée du Chevalier.

L'épée, remise au chevalier lors de son adoubement, était le symbole de son rang, son bien le plus précieux, celui dont il ne se séparait jamais, même dans le tombeau. Les gisants des chevaliers les représentent tenant leurs épées comme des crucifix. Instrument de force et de mort, l'épée était aussi objet de piété... Lors des cérémonies d'adoubement, n'était-elle pas, en même temps que celui qui la porterait, solennellement bénie et baptisée, après avoir été offerte par des rois, des papes, des évêques, ou des pairs, compagnons d'armes ? Les armes, notamment, constituaient un patrimoine de prix et marquaient la condition d'homme libre. En ces débuts de l'âge féodal, la lance, l'épée et l'utilisation du cheval restent les symboles de l'appartenance à la catégorie sociale privilégiée de ceux qui font la guerre, les chevaliers.  

Outre Excalibur, emblème de la légende arthurienne, il y a d'autres épées célèbres, notamment dans la Chanson de Roland et la Geste de Charlemagne.  

Ainsi Joyeuse, l'épée de l'Empereur à la Barbe fleurie (qui était rasé, en vrai guerrier franc), dont l'éclat était tel qu'elle aveuglait ses ennemis, et dont le possesseur ne pouvait être empoisonné... Elle aurait contenu, dans son pommeau, un morceau de la sainte lance, celle qui avait percé le flanc du Christ agonisant sur la croix.  

Ainsi Durandal, l'arme du fougueux Roland qui, lorsqu'il sentit la mort venir, voulut, afin qu'elle ne tombe pas aux mains des Sarrasins, la briser contre un rocher ; mais ce fut le rocher qui se fracassa. Dans les Pyrénées, on montre encore une trouée dans la montagne, au-dessus de Roncevaux : la Brèche de Roland ! Charlemagne l'avait offert à son neveu après des combats en Calabre, au cours desquels il lui avait sauvé la vie.  

Ainsi Hauteclaire, l'épée d'Olivier, compagnon du précédent (et personnage imaginaire, sans réalité
historique), qui aurait appartenu à un empereur romain...  



Les Tournois.

Les combats simulés entre plusieurs chevaliers, appelés tournois, apparurent au Xème siècle. Le second concile de Latran, sous le pape Innocent II, et les rois d'Europe condamnèrent aussitôt ces joutes, déplorant les morts inutiles de chevaliers au cours de ces tournois qu'ils considéraient comme une activité frivole. Cela n'empêcha pas toutefois les tournois de se multiplier et de devenir partie intégrante de la vie des chevaliers.

Les tournois étaient au départ de simples concours entre chevaliers avant de devenir de véritables parades de luxe et d'élégance au cours de siècles. Ils devinrent des événements sociaux de première importance qui faisaient venir les patrons et les adversaires de régions les plus éloignées. Des listes spéciales (champs clos de tournois) étaient dressées ainsi que des tribunes pour les spectateurs et des pavillons pour les combattants. Les chevaliers pouvaient combattre individuellement ou en équipes. Ils s'affrontaient en duel en utilisant un large éventail d'armes et constituaient des mêlées simulées avec plusieurs chevaliers d'un côté. Les joutes, ou coups de lances, opposant deux chevaliers armés de lances devinrent l'événement primordial. Les chevaliers concourraient, comme les athlètes de notre époque, pour les prix, le prestige et l'attention de dames qui remplissaient les tribunes.  

Le nombre de chevaliers tués lors de ces tournois avait atteint une telle importance au XIIIème siècle que la classe dirigeante, y compris le pape commença à s'alarmer. Soixante chevaliers périrent dans un tournoi qui eut lieu à Cologne en 1240. Le pape voulait garder un maximum de chevaliers disponibles pour combattre dans les Croisades en Terre Sainte, plutôt que de les perdre lors de ces tournois. Les armes furent émoussées et les règles des tournois modifiées afin de réduire les risques de blessures. Toutefois, il arrivait encore que des chevaliers soient grièvement blessés ou tués. Henry II de France fut mortellement blessé dans une joute lors d'un tournoi tenu en l'honneur du mariage de sa fille.

Les défis étaient souvent provoqués par des combats amicaux, mais la moindre animosité ou rancune entre deux combattants pouvait se terminer en lutte sans merci jusqu'à la mort. Les perdants des tournois étaient capturés et devaient payer une rançon en nature (chevaux, armes et armure) aux vainqueurs afin d'obtenir leur libération. Des hérauts suivaient les résultats des tournois, comme c'est le cas aujourd'hui avec les panneaux affichant les scores au base-ball. Les prix remportés permettaient aux chevaliers de bas rang d'amasser des sommes considérables et d'attirer les faveurs d'une future et riche épouse.




Les Ordres Militaires.

A l'époque des Croisades, des ordres militaires de chevaliers furent créés pour soutenir les motivations chrétiennes de ce mouvement. Ces hommes étaient les plus féroces et les plus puissants des croisés et les ennemis haïs des Arabes. Ces ordres militaires subsistèrent après l'échec des Croisades en Palestine.  

Le premier ordre militaire créé fut celui des Chevaliers du Temple ou les Templiers, fondé en 1108 afin de protéger le Saint Sépulcre à Jérusalem. Les Templiers portaient des manteaux blancs marqués de la croix rouge de l'Ordre. Ils prononçaient les même vœux que les moines Bénédictins : pauvreté, chasteté et obédience. Les Templiers étaient les plus fervents défenseurs de la Terre Sainte. Ils furent les derniers Croisés à quitter la Terre Sainte. Au cours des années qui suivirent, l'ordre des Templiers s'enrichit considérablement grâce aux diverses donations et aux intérêts qu'ils récupéraient sur des prêts d'argent, éveillant ainsi la convoitise et la méfiance des rois. En 1307, le roi Philippe IV de France les accusèrent de nombreux crimes, dont celui d'hérésie, les fit arrêter et confisqua leurs terres. D'autres chefs européens suivirent ce mouvement et les Templiers furent anéantis.

L'Ordre des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, appelés aussi les Hospitaliers, fut fondé initialement pour assister les pèlerins pauvres et malades qui se rendaient au Saint Sépulcre. Ils se convertirent pour une courte période en ordre militaire. Les Hospitaliers portaient un manteau rouge marqué d'une croix blanche et prononçaient les vœux de St Benoît. Les Hospitaliers établirent des règles très strictes visant à se protéger des dérives de la richesse et de l'indolence. Lorsqu'ils furent chassés de la Terre Sainte après avoir livré leur château aux ennemis, le Krak des chevaliers, ils se retirèrent dans l'île de Rhodes qu'ils défendirent plusieurs années durant. Chassés de Rodes par les Turcs, ils établirent résidence sur l'île de Malte.  

Le troisième ordre militaire puissant était celui des Chevaliers Teutoniques, fondé en 1190 pour protéger les pèlerins germains au cours de leur voyage en Terre Sainte. Avant la fin des croisades, ils dirigèrent leurs efforts vers la conversion des païens de Prusse et des pays Baltes.  



L'Héraldique.

Afin de reconnaître les chevaliers dans un champ de bataille, un système d'emblèmes appelé l'héraldique fut développé. Des emblèmes spécifiques furent dessinés pour chaque famille noble. Ceux-ci étaient représentés sur le bouclier, le surcot (chemise de toile portée sur la cotte de mailles), les bannières et le sceau. Un surcot orné des emblèmes d'un chevalier devint connu sous le nom de cotte d'armes. Ce terme fut ensuite utilisé pour désigner le blason d'armoiries. Une organisation indépendante appelée Le Collège des Hérauts dessinait les armoiries et s'assurait que chacune était unique. Les armoiries étaient répertoriées par les hérauts dans des recueils particuliers qu'ils conservaient précieusement.

Les armoiries se transmettaient de génération en génération et étaient modifiées lors d'un mariage. Certains dessins étaient réservés à la royauté dans différents pays. Vers la fin du Moyen Âge, les villes, les guildes et même les personnages importants non issus de la noblesse possédaient des armoiries.

Sur le champ de bataille, les combattants portaient des cottes d'armes. Cela permettait de distinguer les ennemis des alliés et de choisir un adversaire de taille dans une mêlée. Les hérauts dressaient les listes des chevaliers qui devaient se battre à partir de leurs blasons d'armoiries. Ils ne prenaient pas position dans le combat et agissaient comme intermédiaires entre les deux armées. De cette façon, ils pouvaient transmettre des messages entre les défenseurs d'un château ou d'une ville et les assiégeants. Après une bataille, les hérauts identifiaient les morts à leurs armoiries.

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Jehanne - dans La Société
2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 13:57

Le pain au Moyen âge.

 

 




Ce mot de pain a quelque chose de fascinant pour qui le prononce avec vénération. C'est un gâteau quotidien que la Divinité offre aux hommes de bonne volonté.


Les origines

Le mot descend du latin panis . Il a donné pan (980) et la forme contemporaine apparaît dès la fin du XI e siècle. Mais d'où viendrait-elle ? Les auteurs les plus avisés font dériver «panis» du grec pan , mot qui exprime le tout parce que le pain est susceptible de remplacer à lui seul tous les aliments. Ne parle-t-on pas chez les Romains des deux seules préoccupations du menu peuple, résumées dans la locution Panis et circenses : Du pain et des jeux ?

La Bible fait souvent allusion au pain. Une seule indication suffira pour s'en persuader : en 2281 av. J.C., Melchissédech offre du pain et du vin à Abraham au retour de Sodome. On sait comment les Anciens préparaient la pâte, avec ou sans levain. Le pain des Babyloniens, comme celui des Irakiens, se présente sous forme de minces galettes rondes et sans levain.

Chez les Egyptiens, la farine est délayée dans l'eau d'un grand pot de terre, et la pâte semi-liquide est versée dans un moule en terre cuite. Ces moules sont superposés en pyramide, qui renferme de neuf à treize pièces. Un foyer placé au centre de la pyramide permet de cuire le pain.

Les Grecs ajoutent à la pâte différents arômes et savent confectionner jusqu'à 72 sortes de pains et pâtisseries. Les variétés de froment qu'utilisent Grecs et Romains sont le siligo , qui passe pour plus léger que le robus ou triticum . Ils en extraient des farines plus ou moins fines. Le mot «farine» viendrait de far , qui, chez les Romains, désigne le froment épeautre [ Triticum spelta , L.] comme la céréale la plus souvent écrasée, pilée, moulue.



Le rêve d'une bonne ménagère


Les gens de tradition villageoise conservent dans leurs gènes la mémoire d'un bon pain d'autrefois qui, je puis vous le garantir sans crainte d'erreur, ne ressemble que de fort loin à ce qu'on vend, en ville, sous ce nom là dans les boulangeries les mieux achalandées.

Pétrir et cuire son pain comme il y a cent ans et plus forment la base de toute vie écologique bien comprise. On ne peut rien contre le cheminement de l'Histoire ; on ne revient pas en arrière. Pourtant, parfois, il est doux de penser que notre Passé n'est pas mort et que les formules à l'ancienne demeurent une réalité et non pas seulement un argument publicitaire.



Du bon pain de ménage


Le pain est composé tout simplement de farine, d'eau, de sel et de gaz carbonique.

Pour confectionner, à la maison, du bon pain, choisir une farine complète de blé froment, car elle contient des acides aminés, de l'amidon et de nombreux éléments minéraux, tels que fer, manganèse, calcium, phosphore et magnésium. Sachez cependant que la farine la plus blanche et la plus appauvrie donnera toujours un meilleur pain que celui du boulanger.

L'eau de la concession conviendra, même si elle est un peu trop calcaire.

Le levain est de la pâte fermentée. Connue dès 1130, le mot descend du latin populaire levamen . Il se prépare en deux temps. Pour fabriquer le pré-levain ou chef , mélanger trois ou quatre cuillerées de farine avec de l'eau tièdie jusqu'à consistance de pâte demi-molle et y ajouter quelques cuillerées de bière blonde. Triturer le mélange durant trois minutes. Placer cette pâte près d'une source de chaleur dans une jatte en verre et le couvrir. Vingt-quatre heures plus tard, le mélange a doublé de volume en dégageant une odeur amère mais assez agréable, le chef sera retravaillé avec de la farine et de l'eau pour en faire le véritable levain, la mère . Laisser gonfler quelques heures, de 4 à 12 suivant le climat et la saison, dans la même jatte en couvrant pareillement.

Voici une bonne recette de famille. Mélanger dans un récipient en terre 250 g de farine complète avec un demi-quart de litre d'eau et une demi-cuillerée de gros sel marin iodé. Verser l'eau lentement. Travailler à la cuiller de bois. Incorporer alors 50 g de levain. Pétrir avec des mains propres, dépourvues de bijoux et d'ongles en deuil. Au préalable, enfiler un devantier qui protégera vos vêtements des éclaboussures. Pétrir, c'est aussi étirer la pâte en tous sens, la rouler, la poupougner. La pâte pétrie doit être lisse, élastique et sans grumeau. Plus la pâte sera pétrie, plus le pain sera léger. De la pâte ainsi travaillée, faire une boule, la déposer dans la terrine enfarinée. La couvrir et la laisser reposer dans une pièce tiédie une heure. Au bout de ce temps, reprendre la pâte, la pétrir à nouveau deux minutes pour activer la fermentation. Laisser reposer une heure encore la pâte déposée dans un moule fariné entreposé dans un lieu tiède. La boule a doublé ou même triplé de volume et présente une surface craquelée. Faire une ou deux entailles au couteau sur le dessus pour lui éviter d'éclater. Dans un four préchauffé à 200° environ (thermostat 7 ou 8 selon les marques), enfourner le moule. Laisser cuire, suivant la grosseur, d'une demi-heure à 40 minutes.



Quelques notions complémentaires
.

Le pain est cuit quand il prend une teinte brunâtre. En fin de cuisson, enfiler dans le pain un couteau à lame étroite et longue. Si, en le retirant, la lame est propre, le pain est cuit.
Le pain de ménage, même dégusté chaud, au sortir du four, ne fait pas mal à l'estomac et ne l'alourdit pas. Il suffit de le bien mandibuler pour mieux jouir d'une saveur spécifique aux bonnes choses.
Bien sûr, un four de cuisinière électrique ou même à gaz est un pis-aller. Mieux vaudrait le four d'une cuisinière à bois, ou même, pour les amateurs qui ont la chance de jouir d'une propriété citadine ou campagnarde, un four à pain construit en briques réfractaires, car, dans ce cas-ci, ce qui cuit le pain est la chaleur emmagasinée dans les briques quand les braises en ont été retirées. On apprendra également que plus le pain est gros, moins il faut de chaleur pour le cuire.
Les voluptueux (-euses) qui affectionnent la croûte dorée peuvent étendre un jaune d'œuf de poule légèrement battu à la fourchette sur le dessus de la boule avant de l'enfourner.
A moins d'avoir la main boulangère par don naturel de la Divinité, il convient de procéder à plusieurs essais, dont le nombre varie avec chaque gourmand, avant d'arriver à la perfection de la mesure, du geste et du temps. En toute matière, il faut un apprentissage et une adaptation à chaque matériel. On saura ne pas se décourager.
On trouvera bien l'occasion de parler d'autres pains tout aussi digestes et bons à manger avec gourmandise. Pour l'heure, il conviendra de bien apprendre pour bien savoir.






Source Michel BARBIER.

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Jehanne - dans L'Alimentation
1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 09:49
Louis VI Le Gros.









LOUIS VI le Gros ou le Batailleur
(né en décembre 1081, mort le 1er août 1137)
Roi de France : règne 1108-1137


Surnommé le Gros ou Thibaut, il fut aussi appelé le Batailleur. Il était fils de Philippe Ier et de la reine Berthe. Né en 1081, il fut associé par son père au gouvernement en l'année 1100, et lui succéda au mois de juillet 1108. Il fut sacré à Orléans par l'archevêque de Sens.

Louis VI monta sur le trône n'ayant que des domaines peu considérables, séparés les uns des autres par des fiefs qui appartenaient à des seigneurs rivaux de leur roi, tyrans de leurs vassaux, ennemis de leurs voisins, et ne reconnaissant d'autre droit que la force, d'autre honte que la défaite, d'autre gloire que le succès. Le monarque devait assistance à ses vassaux, c'est-à-dire qu'il était obligé de les secourir quand ils réclamaient son appui ; de sorte qu'avec peu de forces à sa disposition (puisqu'il ne pouvait lever de troupes que dans ses domaines) il était appelé par les querelles des grands à se mêler de toutes les guerres qui éclataient dans le royaume.

Philippe, qui n'avait jamais eu d'affaires plus importantes que ses plaisirs, était mort généralement méprisé. Louis, son fils, en prenant les rênes du gouvernement, eut pour ennemis tous les seigneurs que par son courage il avait ramenés au devoir pendant l'excommunication de son père ; leurs projets n'allaient pas moins qu'à le priver du trône. Louis les prévint par son activité ; il poussa si rudement les révoltés qu'il les battit, les divisa, et devint en moins de deux ans plus puissant qu'aucun de ses prédécesseurs depuis Hugues Capet.

A peine ce monarque avait-il obligé à se soumettre un de ces petits seigneurs qui de leurs châteaux faisaient sans cesse des incursions dans le voisinage, et pillaient les peuples et les églises, qu'il était obligé de marcher contre un autre de ces véritables tyrans. Comme un nouvel Hercule, il les réduisit tous successivement, ce qui le rendit en même temps le restaurateur de l'autorité royale et le bienfaiteur de ses peuples.

Ce fut ainsi qu'il eut à combattre son propre frère Philippe, comte de Mantes, fils d'une autre mère, Bertrade ; celle-ci poussait Philippe à disputer à Louis le Gros la couronne. Une ligue s'était formée entre le comte de Mantes, son oncle, Amauri, comte de Montfort, et Foulques, comte d'Anjou. Louis cita son frère devant les pairs du duché de France, s'empara de Mantes et d'Arpajon et détermina ses gens de Montlhéry à chasser les gens de Philippe. Louis eut ensuite à combattre Guy de Rochefort, son fils, Hugues de Créci, et Eudes, fils de Bouchard de Montmorency, ainsi que plusieurs autres barons.

Ces guerres toutes de sièges et d'escarmouches se continuèrent pendant toute la première partie du règne du monarque. L'une de ses entreprises les plus difficiles fut l'attaque du château du Puiset, qu'occupait Hugues le Beau, qui exerçait son brigandage dans toute la Beauce : ce seigneur fut fait prisonnier et envoyé à la forteresse de Château-Landon. Enfin tous les seigneurs insurgés furent soumis et firent leur hommage au roi ; la plupart devinrent ses défenseurs les plus zélés.

Sa puissance eût été alors établie sans la moindre contestation ; mais il comptait parmi ses vassaux Henri Ier, roi d'Angleterre, et malheureusement duc de Normandie. Il était de la politique de Henri de seconder tous les mécontents de France, afin de conserver les domaines qu'il y possédait : par le même motif, les possesseurs de grands fiefs s'unissaient volontiers à lui ; car si le duché de Normandie rentrait dans les domaines de la couronne, il n'y avait plus de garantie pour eux contre le pouvoir des rois de France.

Ces intérêts produisirent beaucoup de guerres qui ne furent ni vives, ni longues, et autant de traités qui ne durèrent pas davantage. Si le roi d'Angleterre trouvait des alliés dans les seigneurs français, le roi de France trouvait de puissants appuis dans les neveux du roi d'Angleterre, qui excitaient en leur faveur des révoltes dans cette Normandie, objet de tant de contestations. On laissa d'abord avec trop d'indifférence le monarque anglais s'établir dans le Vexin : il avait promis dès le commencement de raser la forteresse de Gisors ; mais plus tard il s'y refusa, et le roi de France se vit obligé de marcher contre lui en l'an 1109.

Les deux armées étaient en présence à Néaufle, sur la rivière d'Epte, lorsque Louis fait proposer à son ennemi de vider leur différend par un combat singulier de roi à roi, pour épargner le sang de leurs sujets. Le monarque anglais ne répond à ce défi que par une plaisanterie ; et l'on en vient à une bataille, où il est défait et obligé de prendre la fuite. La guerre continua, avec des alternatives de revers et de succès, jusqu'à l'an 1113, où la lassitude des peuples obligea Louis VI d'abandonner Gisors au monarque anglais, et celui-ci d'en faire hommage au roi de France.

Cet arrangement avait mis fin aux hostilités ; mais elles recommencèrent bientôt lorsque Louis voulut prendre sous sa protection Guillaume Cliton, fils de Robert Courtecuisse, qui avait été dépouillé de la Normandie par son frère Henri. Le monarque français, malgré la valeur personnelle qu'il déploya, fut battu au combat de Brenneville en 1119. Après cet échec, Louis consentit à la paix ; mais le roi d'Angleterre ayant perdu toute sa famille et une grande partie de sa noblesse qui périt dans un naufrage, Cliton profita de cette circonstance pour lui faire encore la guerre, qu'appuyait secrètement Louis.

Henri s'en vengea en suscitant au roi de France un ennemi puissant dans la personne de Henri V, empereur, qui haïssait Louis comme protecteur du pape Calixte II, par lequel il avait été excommunié. Henri V leva une armée formidable composée de Lorrains, d'Allemands, de Saxons, de Bavarois et de tous les autres peuples au delà du Rhin, avec l'intention de venir brûler la ville de Reims, où s'était tenu le concile qui avait fulminé contre lui la sentence d'excommunication.

Louis convoqua une assemblée générale des seigneurs, et leur représenta qu'il s'agissait d'une guerre étrangère, dans laquelle les intérêts et l'honneur de la France étaient compromis : il avait de l'éloquence, et passait avec raison pour le plus intrépide soldat de son royaume. Il s'empara si bien des esprits que toutes les querelles particulières cessèrent aussitôt : les seigneurs les plus dévoués au roi d'Angleterre se montrèrent dignes de leur patrie, et la France trouva deux cent mille hommes à opposer à ses ennemis.

D'autres grands vassaux éloignés accouraient encore à la tête de leurs troupes afin de grossir l'armée royale. Pour rencontrer un pareil exemple d'union, de promptitude et de patriotisme, il faudrait remonter jusqu'à Charlemagne. L'empereur, étonné de voir un roi si faible contre ses feudataires déployer tant de forces contre l'étranger, retourna sur ses pas ; et la tranquillité de la France fut assurée sans combat. Louis le Gros aurait bien voulu profiter d'une si belle occasion pour enlever le duché de Normandie au roi d'Angleterre ; mais l'intérêt des grands s'y opposa : ils distinguaient les guerres de la nation d'avec les guerres du prince, et n'étaient pas tentés d'augmenter son pouvoir ; ils intervinrent pour ménager la paix entre les deux royaumes, et cette fois elle fut durable.

Louis ne se reposa cependant point : les querelles entre les grands n'avaient cédé qu'à un intérêt national ; le danger passé, chacun reprit ses animosités, ses prétentions ; et le roi continua d'avoir les armes à la main pour se faire obéir. En 1126 il marcha au secours de l'évêque de Clermont, chassé de son siège par le comte d'Auvergne ; et il fut accompagné dans cette expédition par plusieurs grands seigneurs qui avaient d'abord été ses ennemis, tels que Conan, duc de Bretagne, Foulques d'Anjou et le comte de Nevers. Il força les passages des montagnes, assiégea le château de Montferrand, près de Clermont, qu'il prit, et obligea le comte rebelle à rétablir le prélat.

Quelques années plus tard, le même seigneur, oubliant son serment, recommença ses premières vexations contre l'évêque. Le monarque franchit de nouveau les montagnes, et obligea encore le comte à reconnaître son autorité, malgré le duc d'Aquitaine, qui était accouru à son secours, mais qui, ayant vu les forces du roi, se soumit lui-même et lui fit hommage de la manière la plus humble.

Enfin le monarque jouissait des douceurs de la paix, lorsqu'il se vit obligé d'aller punir les assassins du comte de Flandre. Ce comte ne laissant point d'enfants, il lui fit donner pour successeur le fils du duc de Normandie, Cliton, dont il chercha toujours à augmenter la puissance, afin d'en faire au roi d'Angleterre un ennemi plus redoutable. Mais ce jeune prince périt peu de temps après, les armes à la main, en poursuivant les troupes de son compétiteur, le comte d'Alsace, qu'il avait battu dans les plaines d'Alost.

Vers le même temps, l'évêque de Paris, sans aucune considération des services que Louis avait rendus à l'Eglise, se plaignant de la nomination faite par ce monarque à quelques bénéfices, avait été jusqu'à prononcer une excommunication contre son souverain : mais, malgré les plaintes de Bernard, abbé de Clairvaux, qui s'était réuni au prélat, le pape Honoré II déclara l'excommunication abusive, et leva l'interdit. Si l'on en excepte cette circonstance, Louis fut toujours parfaitement d'accord avec l'autorité ecclésiastique.

La pureté de ses mœurs, l'amour qu'il conserva toujours envers Alix ou Adélaïde de Savoie, sa femme, le soin qu'il mit à défendre le clergé de l'avarice et de la brutalité des nobles, le sauvèrent de toute discussion avec la cour de Rome. On vit sous son règne cinq papes venir chercher un asile en France ; et il eut besoin de beaucoup de prudence pour terminer le schisme né de la rivalité d'Innocent II et d'Anaclet, revêtus ensemble, par des partis opposés, de la dignité papale.

En 1128, il fit couronner à Reims son fils aîné, Philippe ; mais ce prince mourut d'une chute de cheval le 13 octobre 1131. Louis avait trop de vertus pour n'être pas un excellent père ; et quoiqu'il eût beaucoup d'enfants, on n'en vit aucun dans ces temps de révoltes prêter son nom aux rebelles. Il se montra fort sensible à la perte de son fils aîné ; mais le pape Innocent II, qui était alors à Paris, l'abbé Suger et ses courtisans intimes lui firent sentir que l'intérêt du royaume exigeait qu'il ne mît aucun retard à désigner son successeur : il choisit Louis, son second fils, qui fut sacré à Reims par le pape Innocent, douze jours après la mort de Philippe.

La dernière expédition de Louis VI eut lieu en 1135, contre le seigneur de Saint-Brisson-sur-Loire, qui exerçait toutes sortes de brigandages dans les environs de son château. Le roi assiégea cette forteresse, et après l'avoir prise d'assaut, il la réduisit en cendres. Mais les fatigues qu'il essuya dans cette occasion lui causèrent une dysenterie qui le conduisit au tombeau, après deux ans de souffrances.

Avant de fermer les yeux, il eut la satisfaction d'apprendre que le duc d'Aquitaine, qui n'avait qu'une fille nommée Eléonore, l'offrait par testament au jeune Louis, avec les immenses domaines qu'il possédait ; il envoya son fils en Guyenne pour accomplir ce mariage, et mourut avant le retour du prince, le 1er août 1137, dans sa 57e année, comblé des bénédictions du peuple, dont il avait toujours été le défenseur. Les historiens ne lui reprochent que d'avoir manqué de cette politique qui ne s'accordait pas toujours avec les vertus qu'il possédait dans un degré éminent.

Il laissa en mourant, outre Louis VII, qui lui succéda, cinq fils et une fille. La reine Adélaïde, sa veuve, épousa Matthieu de Montmorency, connétable de France. On attribue à Louis le Gros l'établissement des communes, desquelles est sorti le tiers état ou troisième ordre ; car il est remarquable que sous la première dynastie il n'y eut qu'un ordre politique, celui des conquérants ou gentilshommes (gentis homines), hommes de la nation.

Sous la seconde dynastie le clergé devint un ordre politique, c'est-à-dire qu'il prit place dans les assemblées nationales ; et ce fut lui particulièrement qui fit passer la couronne sur la tête de Pépin. Sous la troisième dynastie s'éleva le tiers état, qui n'était pas alors composé du peuple, mais des bourgeois (burgenses), des propriétaires en charge, et des chefs de corporations.

Les guerres continuelles des seigneurs et le mouvement donné par les croisades ayant relâché les liens de la servitude, il se forma des bandes de brigands, qui pillaient indistinctement tous les partis : le commerce sentit qu'il le devait attendre de protection que de lui-même ; et l'on vit se relever peu à peu le pouvoir municipal, origine et soutien de toutes les libertés.

Les paysans avaient été organisés par le clergé en communautés paroissiales conduites par leurs curés ; ces communautés prêtèrent plusieurs fois secours au roi, ainsi que cela eut lieu notamment au siège du château de Puiset. Déjà antérieurement à Louis le Gros, Beauvais, St-Quentin, Noyon avaient obtenu de leurs seigneurs des chartes de commune. La ville de Laon eut une charte en 1112 ; et deux ans après, Amiens en eut à son tour. Puis un grand nombre d'autres villes obtinrent des franchises analogues, dont on trouve du reste des traces avant le règne de Louis VI.

Dès lors, le contingent des troupes à fournir, la part à prendre dans les contributions, la police à exercer dans le territoire, le droit même de juger, en un mot tout ce qui constituait le pouvoir des grands passa aux communes, que gagna aussi l'esprit d'indépendance qui régnait à cette époque. L'usage de présenter aux rois les clefs des villes qu'ils traversent rappelle le temps où l'on refusait souvent de les y recevoir. Les villes affranchies devinrent d'autant plus fortes, que les châtelains des environs se faisaient recevoir membres de la cité, afin de profiter des avantages de l'association : ils donnaient leur esprit guerrier aux citadins en échange de l'esprit d'ordre et d'union qu'ils en recevaient.

Le pouvoir municipal existait dans les Gaules lors de la conquête franque, et s'était conservé sous la première dynastie : il se perdit sous la seconde, mais le souvenir n'en fut jamais anéanti. Louis le Gros en a secondé le rétablissement, décidé en grande partie par la force même des circonstances ; car on voit ce pouvoir se reproduire à la même époque en Italie, en Allemagne, en Angleterre où il a gardé le nom de communes : il n'avait jamais été totalement aboli dans la Flandre, où l'activité du commerce rendait les bourgeois des personnages considérables. La preuve s'en trouve dans le règne même de Louis le Gros, qui fut obligé de marcher contre les bourgeois de Bruges, assez puissants en richesses et en nombre pour tenter une révolution contre leur souverain.

Louis VI est le premier de nos rois qui soit allé prendre l'oriflamme à Saint-Denis, à l'occasion de la guerre nationale dont on a parlé. Cette espèce d'étendard rouge, suspendu au bout d'une lance dorée, avait d'abord été porté dans les guerres que le monastère de Saint-Denis soutenait pour la défense de ses domaines avant leur réunion à la couronne. L'oriflamme parut pour la dernière fois à la bataille d'Azincourt, en 1415.






Source france-pittoresque.com

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Jehanne - dans Personnages Historiques
29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 15:17
Château de la Hunaudaye.









IL est en Bretagne bien des châteaux en ruines : beaucoup étaient des forteresses imposantes dont les murs ont succombé sous les assauts des guerriers et sous les coups du temps auquel, parfois, les vandales révolutionnaires ont prêté la main.

Certains remontent bien au delà du XVème siècle, à l'époque où la féodalité était toute puissante. D'autres sont plus anciennes encore. Leurs murs se sont écroulés en partie, mais ce qu'il en reste atteste que ceux qui les construisirent savaient unir, dans un ensemble parfois formidable, l'élégance et la force. C'est l'impression que l'on emporte quand on visite, dans la commune de Plédéliac, le château de la Hunaudaye, dont les ruines, devenues la proie des ronces et des lierres, se dressent comme un auguste défi au temps, dans un site d'une sauvage grandeur.








Les cinq tours énormes qui le flanquaient sont encore debout, mais décapitées. La partie qui était demeurée habitable a été incendiée en 1793. Le château de la Hunaudaye est vieux de sept siècles. Sa construction par Olivier Tournemine remonte à l'an 1220 et son nom lui viendrait du village actuel de Saint-Jean beaucoup plus ancien que lui, qui se nommait alors la Ville-Hunaudaye et dont il était tout proche.







Originaire d'Angleterre, la maison de Tournemine était alliée aux Penthièvre. Parmi ses membres il en est qui furent de véritables bandits et qui ne reculèrent pas devant le vol et l'assassinat. C'est Geffroi Tournemine qui pille et rançonne Plancoët et vole les vases sacrés de la chapelle de Lesberroit ; c'est Pierre Tournemine qui arrête l'évêque de Saint-Brieuc traversant la forêt de la Hunaudaye en 1384, lui enlève ses chevaux et ses bagages et ne lui rend la liberté que moyennant rançon. Deux ans plus tard, le 20 décembre 1386, ce même Pierre Tournemine assassine son beau-père Jean de Beaumanoir. Il confesse son crime et essaie de se justifier. Mais le Due de Bretagne décide, à la demande de Robert de Beaumanoir, fils de la victime, de recourir au jugement de Dieu. Le duel judiciaire a lieu en présence de toute la cour. Pierre Tournemine est terrassé par son adversaire qui, généreusement, au lieu de l'achever ou de le faire pendre, lui fait grâce.







A quelque temps de là, Jean Eder de Beaumanoir épousa Marie de Villiers, dame du Homet de la Bérardière, douairière de la Hunaudaye, mère de Georges et de Jean de Tournemine. Mécontents de ce mariage, les deux jeunes gens attirèrent, sous prétexte d'une partie de chasse, leur beau-père dans la forêt de la Hunaudaye et le firent lâchement assassiner sous leurs yeux par Jean du Breil et un de leurs frères bâtards.









La tradition assure que bien d'autres drames se déroulèrent à la Hunaudaye. Le château était devenu un objet de terreur. Personne n'osait s'aventurer dans les environs. Les Tournemine ne respectaient rien. La reine Anne, elle-même, traversant la forêt lors de son voyage en Bretagne pour se rendre au Folgoët, fut arrêtée et conduite en présence du seigneur des lieux. Il la fit traiter avec égard, mais soutint qu'il avait le droit de mettre à rançon quiconque passait dan-, son voisinage sans sa permission. Il vint une époque où la rumeur, renchérissant sur la vérité, accusa le maître redouté de la fière demeure d'avoir assassiné son père, sa femme et son frère. Il ne pouvait plus, disait-on, connaître les douceurs du sommeil. Une nuit, un chevalier drapé d'un manteau rouge se présenta devant le châtelain. Celuici appela ses gens pour châtier cet inconnu qui osait pénétrer dans sa chambre sans s'être fait annoncer. Comme nul ne répondait à son appel, il aperçut, derrière l'homme au manteau rouge, trois spectres entr'ouvrant leur suaire et montrant leur sein percé et sanglant.








- Je n'ai pas d'autre garde, dit le chevalier : ce vieillard, c'est ton père ; cette femme c'est ton épouse ; ce jeune homme, c'est ton frère. Ils viennent te chercher pour que désormais tu demeures avec eux. A ce moment un violent orage éclata. Le faîte des tours, frappé par la foudre, s'effondra. Quand, le lendemain, on pénétra chez le châtelain, on le trouva mort sur le sol.













Sources: textes Casteland; photos autour-des-châteaux.com
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Jehanne - dans Patrimoine
27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 14:25
Le Marteau des Sorcières.







En 1486 paraît le Malleus maleficarum , qui décrit les mille et une manières de conjurer le Mal, de questionner les sorcières, de conduire un procès. Il devient rapidement le livre de référence.

Dès les années 1320 et le pontificat de Jean XXII, l'Eglise prend très au sérieux la démonologie, et des auteurs en nombre croissant s'intéressent à la sorcellerie, notamment en Alsace et dans toute l'aire rhénane. C'est à Strasbourg qu'est imprimé pour la première fois, en 1467, un tel traité - La Forteresse de la foi d'Alphonse de Spina - bientôt suivi par le Formicarius (la « Fourmilière ») de Jean Nider, édité à Cologne, en 1475. Deux textes qui, avant d'être imprimés, circulaient sous forme manuscrite.

Le Marteau des sorcières de Springer et Institoris est, quant à lui, directement écrit pour l'imprimerie, car ses auteurs se veulent des hommes de progrès et, pour lutter contre Satan, utilisent des techniques de pointe. Un texte manuscrit peut toucher quelques dizaines, quelques centaines de personnes, mais l'imprimerie diffuse le même ouvrage à des milliers d'exemplaires. Or le Malleus maleficarum ou Marteau des sorcières est bien un texte de combat. Il reprend et adapte le titre d'un ouvrage antérieur peu connu, le Flagellum Maleficorum ou Fouet des sorciers de Pierre Mamor, paru en 1462, et imprimé en 1490. Dans les deux cas, il s'agit de produire une arme, fouet ou marteau, contre la sorcellerie... Mais en trente ans, le mal s'est précisé : on ne lutte plus tant contre les sorciers en général que contre les sorcières.

L'ouvrage est signé par deux personnages bien différents. Jakob Sprenger (v. 1436-v. 1495), prieur du couvent dominicain de Cologne, est un homme remarquablement instruit, docteur en théologie et professeur à la faculté de Cologne. Curieusement, bien qu'il ait eu le titre d'inquisiteur dans la vallée du Rhin, il ne semble pas avoir joué un rôle très actif dans la traque des hérétiques et des sorciers. Tout autre s'avère Heinrich Institoris (v. 1430-v. 1505). Ce dominicain de Sélestat fait beaucoup parler de lui : inquisiteur implacable, il se heurte souvent à ses confrères et aux autorités locales qui n'aiment guère qu'on empiète sur leurs prérogatives. C'est ainsi qu'en 1485, l'évêque d'Innsbruck décide de libérer des geôles de sa ville une cinquantaine de soi-disant sorcières, emprisonnées sur l'ordre d'Institoris. L'inquisiteur cependant sait se faire entendre en haut lieu : il semble avoir inspiré au pape Innocent VIII la bulle Summis desiderantes affectibus , datée de 1484, qui relance la chasse aux sorciers. Et l'année suivante, l'affaire peu glorieuse d'Innsbruck pourrait bien motiver la rédaction du Marteau des sorcières . Car Institoris sent le besoin de justifier son action. De fait, Sprenger ne paraît pas avoir vraiment participé à la rédaction, et son nom respectable sert plutôt de caution religieuse et morale à l'ouvrage. On ignore ce que devint Institoris : envoyé par le pape combattre les hérétiques de Bohême-Moravie, il disparaît du côté d'Olomutz, vers 1505.

Véritable somme démonologique, le Marteau des sorcières se divise en trois parties : la première démontre la réalité des maléfices ; la seconde rapporte des exemples concrets, qui sont autant de petits contes fantastiques ; et la troisième se présente comme un code criminel - comment interroger et punir suspects et coupables. L'argumentation logique utilisée pour énoncer des absurdités constitue l'un des grands charmes de l'ouvrage, par ailleurs sinistre.

Les idées d'Institoris sont assez claires : les démons, êtres éthérés, ne peuvent agir ici-bas sans l'aide d'un médium ; et le sorcier ne possède d'autres pouvoirs que ceux que lui prête le diable. En conséquence, si l'Eglise arrive à exterminer les sorciers, le diable perd la plupart de ses moyens d'action. La riche expérience d'Institoris lui a montré que les démons trouvent un terreau plus fertile chez la femme que chez l'homme. Aussi n'hésite-t-il pas à évoquer, dès le début de son ouvrage, « l'hérésie des sorcières, ainsi caractérisée par le sexe où on la voit surtout sévir ». Il donne de nombreux exemples horrifiques, comme ces sages-femmes italiennes qui boivent le sang des bébés, mais également des historiettes édifiantes, comme celle du maire de Wiesenthal. Celui-ci, par prudence, chaque dimanche, consommait de l'eau et du sel bénis, mais un jour, en célébrant des noces, il oublia ce rite et se retrouva envoûté et près de mourir. La lutte contre le mal n'est pas le seul fait des inquisiteurs ; magistrats et simples particuliers doivent y contribuer, chacun selon ses moyens.

Le succès de l'ouvrage est prodigieux : entre 1486 et 1520, on compte une quinzaine d'éditions, parues dans des villes rhénanes, mais aussi à Paris et à Lyon. A raison de 1 000 ou 1 500 exemplaires par tirage, 20 000 exemplaires ont pu circuler avant la Réforme. Le traité connaît une seconde vie à la fin du XVIe siècle. De 1574 à 1621, une quinzaine de nouvelles éditions sortent des presses de Venise, de Lyon et des villes rhénanes. Les dernières éditions datent des années 1660. Abondamment diffusé, le Marteau des sorcières devient, pour deux siècles, un livre de référence, souvent imité. En France, on peut citer De la démonomanie des sorciers (1580) du célèbre humaniste Jean Bodin, et le Discours exécrable des sorciers (1602) d'un obscur juge savoyard, Henri Boguet. Ces ouvrages reprennent sans nuance toutes les élucubrations sur le sabbat et les métamorphoses des sorciers.

Si l'imprimerie a permis de diffuser en Europe l'hystérie démonologique, elle a servi également aux détracteurs de la chasse aux sorcières. Dès 1564, l'humaniste Jean Wier publie à Bâle un traité Des illusions des démons, des incantations et des poisons , qui ne récuse pas l'existence de Satan et de certains sorciers, mais qui voit dans la plupart d'entre eux de simples malades, qu'il faudrait soigner. Les mentalités évoluent, et quand, en 1631, le jésuite allemand Friedrich Spee s'élève contre les bûchers de sorcières (De la prudence en matière criminelle...) , ce terrible fantasme tend déjà à s'effacer.






Source Adriana Evangelizt.



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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 09:27

Lien entre Justice et Royauté.



L'exercice de la justice dans les royaumes de France et d'Angleterre, entre la fin du XIIème siècle jusqu'au milieu du XVème.
Quel est le lien entre justice et royauté?
Comment la justice est-elle rendue en temps de guerre (pendant la Guerre de Cent ans notamment)?
Pour "Justice et Royauté", faut-t-il traiter de la justice royale exclusivement ou bien parler de la justice en generale (justice seigneuriale,...)?


 Au début de la monarchie capétienne, le pouvoir de la justice royale est très faible et s'affirmera au fur et à mesure que la puissance royale s'accroit. D'ailleurs, le droit de faire appel à la justice du Roi, sommet de la pyramide seigneuriale, est un des moyens usuels de la monarchie pour affaiblir le pouvoir seigneurial.


L'immixion de la justice royale commence dès Louis VII, voire même, timidement, sous Louis VI. Philippe-Auguste la développe beaucoup et s'en sert contre les seigneurs provinciaux. Elle est donc déjà bien installée lors du règne de Saint Louis.

 


Le roi législateur
 

Le rôle essentiel du roi de France est d'être le grand justicier. Mais la justice terrestre est l'application de la loi, et il délicat de savoir dans quelle mesure le roi de France au Moyen âge a ce que nous appellerions aujourd'hui le pouvoir législatif.

On ne saisit aucune disposition législative d'un caractère général pour le royaume et émanant du roi aux XIe et XIIe siècles. Les deux premières ordonnances que l'on connaisse datent du règne de Louis VII. En 1144, le roi bannit les Juifs relaps du royaume. En 1155, à Soissons, il établit la paix de Dieu pour 10 ans. Mais cette dernière ordonnance est plutôt la manifestation d'un élan de piété plutôt qu'une disposition émanant de la volonté royale.

Sous Philippe Auguste, le nombre et l'importance des ordonnances augmentent. On peut citer l'ordonnance de 1190 sur l'administration du royaume pendant la croisade du roi (connue sous le nom trompeur de Testament de Philippe Auguste), mais aussi l'ordonnance sur la succession des fiefs en 1209 ou 1210 (décidant que lorsqu'un vassal meurt en laissant plusieurs fils, tous relèveront désormais directement du roi et non plus de leur seul frère aîné, comme c'était le cas auparavant), l'ordonnance rendue vers 1214, portant à la moitié la part d'usufruit légal de la veuve sur les "propres" de son mari. Mais il faut remarquer que ces deux dernières ordonnances sont limitées au seul domaine royal.

De plus, le roi n'a pas le monopole de la législation, ni au cours de cette période, ni même de la suivante. Nous connaissons une série d'ordonnances rendues par des grands feudataires, mais dans l'ensemble, cette législation est rare, et les ordonnances demeurent globalement peu nombreuses.

Au cours du XIIIe siècle, le roi tend à imposer sa législation, non seulement aux gens de son domaine, mais aussi dans certains cas et pour des objets déterminés, à l'ensemble de ses sujets.

Notons que l'ordonnance n'obligeait, semble-t-il, que ceux des grands ayant assisté à son élaboration, même s'ils n'avaient pas approuvé. Il est toutefois probable que ceux qui n'avaient pas assisté à l'assemblée étaient moralement tenus de l'observer et de la laisser courir chez eux. Mais tout dépendait donc de la bonne volonté des feudataires, ou de la force du roi, c'est-à-dire des circonstances.

C'est sous le règne de Saint Louis que l'on voit la royauté manifester de plus en plus une autorité législative. Bien sûr, tout ce qui est appelé ordonnance n'a pas forcément un caractère législatif d'intérêt général. Il n'est pas toujours possible non plus de savoir si ces ordonnances étaient applicables à tout le royaume ou seulement au domaine du roi. De plus, beaucoup d'ordonnances ont un caractère religieux ou ecclésiastiques (comme par exemple les ordonnances contre les blasphémateurs ou celles sur la réformation des moeurs légères ou du costume).

Quoi qu'il en soit, à l'époque ou Saint Louis légifère, un courant d'idées se développe tendant à restituer à la puissance royale le droit de légiférer. Le pouvoir de faire des lois, dit saint Thomas d'Aquin, appartient à celui qui représente la multitude.

Il est probable aussi que la réunion à la Couronne des provinces du Midi a eu son influence aussi. Si le droit romain n'avait qu'une valeur de coutume dans le Midi, le XIIe siècle avait vu la renaissance du droit romain en Italie et cette renaissance n'avait pas manquer de redonner une vie nouvelle au droit archaïque du Bréviaire d'Alaric (un abrégé du code Théodosien, rédigé en 506 sur l'ordre d'Alaric II). Cette renaissance du droit romain avait surtout pour conséquence de rappeler l'ancienne puissance du prince, et, par contrecoup, de rehausser le pouvoir du souverain du royaume de France. Pour ces raisons, sous le règne de Philippe III le Hardi, fils de Saint Louis, l'activité législative de la Couronne est particulièrement considérable.

Il ne faut toutefois pas se faire d'illusions. Une bonne partie de la législation de Philippe III est une réédition de mesures prises déjà par son prédécesseur, dont il avait, dès le 2 octobre 1270, au lendemain de son avènement, confirmé en bloc, par son testament, tous les établissements. Cette mesure prise par Philippe III montre que, si la royauté légifère, les actes législatifs qu'elle publie n'engagent normalement qu'une portée limitée, dan sle temps, au règne du souverain qui en est l'auteur et non pas une autorité sans limite chronologique.

La matière des établissements de Philippe III est souvent d'ordre administratif, mais il a cependant légiféré de manière originale, sur plusieurs points de droit public : c'est lui qui a fixé à 14 ans révolus la majorité du fils du roi, en décembre 1271. Il a également exigé, dans tout son royaume des droits d'amortissement sur les terres contenues dans les fiefs ou arrière-fiefs royaux.

Comment s'exerce ce pouvoir législatif du roi ? Il s'exerce par la publication de ces ordonnances (ou établissements), mais le prince n'est pas investi de la puissance de rendre ces établissements généraux, avec licence d'en user et d'en abuser à son gré, comme auraient pu le faire des empereurs romains. Le mode d'exercice et l'étendue de cette puissance sont fixés par la doctrine féodale. Le roi peut promulguer deux sortes d'établissements : comme tout baron, dans son domaine propre, et à titre de roi, pour la France entière (on parle alors d'établissements généraux). Ces derniers, faits à toujours ou à terme, doivent être observés partout, sous peine d'amende.

Un établissement général doit vérifier les conditions suivantes :  qu'il ne griève pas as choses qui sont fetes du tans passé, ne as choses qui aviennent dusqu'a tant que li establissemens est commandes a tenir  qu'il soit délibéré par très grant conseil qu'il soit fait pour le commun profit du royaume  et pour cause raisonnable.

Il faut toutefois noter que cette législation royale mettra fort longtemps à être strictement appliquée. Pour preuve, l'interminable répétition des ordonnances sur le même sujet. Cette répétition prouve que la royauté tenait à voir, sur certains points, sa volonté exécutée, mais elle montre aussi que cette dernière ne l'était pas. Très rapidement aussi, pour les souverains français, les actes de leurs prédécesseurs sont considérés avec le même respect que la coutume, c'est le mos majorum de la monarchie française.

Mais tout ceci ne s'applique qu'au droit public. Le droit privé n'a pas été touché par la royauté. Le souverain n'intervient dans ce domaine qu'en faisant rédiger des coutumes locales. Il les transforme ainsi en établissements royaux, mais sans oser fondre cet ensemble énorme et disparate. Philippe III avait par exemple fait mettre par écrit la coutume de Toulouse, mais le travail de rédaction d'ensemble ne commença qu'à la suite de l'ordonnance de Montils-les-Tours, en avril 1454. L'oeuvre ne fut d'ailleurs achevée que sous François Ier et Henri II.

Le pouvoir législatif est donc revenu aux mains du roi, et il peut l'exercer presque sans contrôle, puisque le Conseil qu'il a autour de lui est désigné par lui, et peut être modifié par lui aussi. Mais dans l'exercice du pouvoir, les rois ont longtemps été gênés par de vieilles habitudes de respect pour le passé, et aussi par le respect supersicieux d ela coutume, qui leur interdisait toute incursion dans le domaine du droit privé.

En fait, l'homme médiéval était incapable de comprendre un mécanisme législatif ayant pour but de créer ou d'abroger les lois "à jet continu" : il se faisait de la loi un idéal qui la représentait comme un dépôt très précieux de la sagesse des ancêtres, qu'ils avaient le devoir de transmettre intact à la postérité. Le souverain pouvoir leur paraissait donc institué, non pour changer la loi, mais pour en assurer le respect.

La justice que rend le roiest donc rendue conformément à la coutume, héritée des ancêtres et sur laquelle le roi ne peut ni ne veut agir. Mais comme mentionné, cette coutume a diverses formes selon les lieux où elle s'est formée. Quelle sera donc la coutume qui servira aux sentences du tribunal royal ? Ce sera naturellement celle de la ville ou réside le roi et sa Cour, Paris. C'est donc la coutume de Paris qu'appliquera, dans la plupart des cas, la Cour du roi, agissant en temps que tribunal, la curia regis in parlamento, ce qui deviendra le Parlement.


Le roi justicier
 

Le roi et sa cour n'ont que lentement regagné le terrain perdu par la royauté dans le domaine judiciaire. En théorie, tous les sujets directs du roi sont justiciables de la Cour : ducs de Normandie, de Bourgogne, d'Aquitaine, comme les comtes de Flandre, de Champagne, d'Anjou, comme le plus simple vassal. Dans la pratique, la compétence de la curia regis, la reconnaissance de son autorité suprême sur les grands feudataires n'a pu s'imposer que par la force, à la suite de luttes longues et dures.

Procédons par étapes, voyons qui est jugé et quelles causes sont portées au tribunal du roi.

Dans la majorité des cas, ce sont des plaines d'ecclésiastiques, évêques, abbés, contre des seigneurs voisins et contre des avoués, soi-disant tenus de les protéger, et trop souvent devenus des oppresseurs. Le tribunal est aussi saisi de différends entre ecclésiastiques de monastère à monastère, d'évêque à chapitre...).

En ce qui concerne le monde laïc, la Cour connaît des affaires criminelles (assassinat de Hugues de Beauvais par le comte d'Anjou Foulque Nerra par exemple). Elle juge aussi des infractions au droit féodal (Aimon et Archembeaud, sous Louis VI, se disputent la seigneurie de Bourbon, par exemple).

Dans ses différends avec ses feudataires, le souverain s'en remet aussi à sa Cour pour trancher la querelle. Par exemple, en 1152, Henri II duc de Normandie est condamné pour avoir épousé Aliénor d'Aquitaine, femme répudiée du roi Louis VII.

Enfin, à partir de la fin du rène de Louis VI et de celui de Louis VII, des différends d'un caractère nouveau sont portés à la Cour du roi, ceux des communes. Les évêques de Soissons, de Beauvais, de Laon, de Noyon, etc. ne cessent de se plaindre des empiètements de ces associations jurées que sont les communes, constituées de gré ou de force dans les cités épiscopales.

La juridiction d'appel qui, à partir de la fin du règne de saint Louis, transformera le rôle judiciaire de la Cour et aboutira à l'organisation d'un corps spécialisé, n'offre qu'un très petit nombre d'exemples pendant cette période archaïque de la juridiction royale. Par exemple, citons un cas en 1132 où la Cour réforme une sentence de l'évêque d'Arras contre un chevalier.

L'activité judiciaire de la Cour tend à se développer à partir du règne de Louis VII, en dépit des résistances des grands et du clergé. La résitance ces grands va de soi.
Le monde féodal, par essence anarchique, répugne à tout ce qui peut donner de la stabilité à la société. L'arrêt tombant comme un couperet sur la tête de l'accusé l'effraie et l'indigne. Il convient de n'être pas trop dur, même pour une culpabilité avouée, il ne faut pas blesser l'honneur d'un noble, et pour cela, la condamnation doit revêtir l'aspect d'une transaction.
Le clergé lui-même est souvent récalcitrant. Alors qu'il ne cesse d'implorer le roi, et de réclamer son intervention quand ses intérêts sont menacés, il n'admet pas qu ele roi s'inquiète des abus qu'il peut commettre. Dans ce cas, les évêques, particulièrement, tentent d'esquiver la compétence de la Cour. Néanmoins, dans le royaume de France, le conflit ne prendra pas le caractère tragique de la lutte de l'archevêque de Canterbury, Thomas becket, et du roi d'Angleterre, Henri II. Le clergé de France avait-il plus de bon sens ? Peut-être, mais il avait surtout trop besoin du roi contre les empiètements et les violences du monde laïque, plus graves en France que de l'autre côté de la Manche.

Néanmoins, en dépit des mauvaises volontés, des résistances violentes et sournoises, on assiste à un courant d'affaires sans cesse accru, portées à la Cour, et cela sous le règne d'un roi faible, Louis VII. Il ne faut pas y voir de paradoxe. Le roi est faible, certes, mais dans la seconde partie de son règne, il est presqu'un saint, préfigurant ainsi son arrière petit-fils. Le désir ardent des hommes, de tout pays et de tout temps, d'obtenir justice a du contribuer à soutenir ce sourant d'affaires portées à une cour présidée par un roi si pieux. Car n'oublions pas que le roi préside en personne le tribunal jusqu'à la fin de cette période.

Toutefois, ce courant n'enflera qu'au siècle suivant, grossi d'affluents venus de tous les coins du royaume pour aboutir à Paris, dans ce palais du roi qui est déjà presque un palais de justice. L'absence du souverain, de plus en plus fréquente, est le signe que le nombre des affaires se multiplie, et elles prendraient donc trop de son temps, employé à d'autres besognes.

Les textes appellent la Cour du roi, fonctionnant comme tribunal placitum (comme à l'époque franque), audientia, et surtout curia, jamais alors parlamentum.
La Cour du roi est ambulante, comme lui, mais elle ne se tient plus à ce siècle que dans l'étroite partie du royaume où le roi peut circuler sans danger, souvent dans les abbayes royales. A partir du règne de Louis VI, le roi à tendance à se tenir à Paris pendant la majeure partie de l'année. Les causes sont donc jugées à Paris, mais il s'agit d'une habitude, et non d'une règle.
Aucun principe ne fixe l'époque de sa convocation. En fait, elle se tient presque toujours lors des grandes fêtes ecclésiastiques de l'année (Purification, Pâques, Pentecôte, Toussaint).
Sa composition est variable, indéterminée. La Cour de justice, qui se confond encore avec l'assemblée politique, est formée de l'entourage du roi, des gens de son hôtel, de ses conseillers favoris, d'habitués, chevaliers et clercs, enfin de grands feudataires, généralement ne petit nombre. Chose déconcertante, la composition de cette Cour ne semble pas varier d'après la qualité des accusés ou des plaignants. La présidence de la Cour appartient au roi jusqu'à la fin du règne de Louis VII. Ensuite, la précence du souverain se fait de plus en plus rare, mais bien que rendue hors de sa présence, la sentence est et demeurera rendue en son nom.

La Cour préfère l'arbitrage, la conciliation, à l'arrêt. C'est que, conformément au passé, le condamné doit accepter sa sentence, s'engager à l'exécuter. S'il refuse, il a le droit de quitter la place sans être inquiété et, si c'est un grand personnage, un conflir armé est à redouter. La Cour s'applique donc à concilier les parties.

L'apparition d'un corps spécialisé de juges est le trait le plus nouveau du régime judiciaire sous Louis VII. C'est que l'écrit et le témoignage oral ont tendance à reprendre de l'importance au détriment du duel judiciaire qui a cependant la vie dure. Or, les grands n'ont ni la compétence, ni le temps, ni le goût, de se livrer à des enquêtes, d'instruire des affaires. Ces besognes fastidieuses incombent au personnel composé en grande partie de clercs, sous les ordres du chancelier. Cependant, c'est à la Cour dans son ensemble de se prononcer. La tâche des nobles se trouve simplifiée : la partie fastidieuse d'une affaire leur a été épargnée, ils n'ont plus qu'à se prononcer.
Là est le germe fécond. Ces obscurs professionnels sont les ancêtres des juges du Parlement de Paris. Sous le règne de Louis VII, ils sont cités sous diverses dénominations : hommes sages (viri sapientes), prud'hommes (viri prudentes), jurispreudents (juriprudentes), conseillers (consiliarii), nos juges (judices nostri).

La physionomie de la Cour ne change pas sensiblement sous les règnes de Philippe Auguste, de Louis VIII, et pendant la première partie du règne de Louis IX. La Cour se scinde de plus en plus en deux parties, ou prend deux aspects. Comme par le passé, on y voit de grands personnages (évêques, abbés, comtes, ou barons). Ils sont réunis le plus souvent aux quatre grandes fêtes de l'année. Mais, dans l'entourage du souverain, on distingue une partie permanente, en tant qu'organe judiciaire, dont les représentants sont qualifiés de maîtres (magistri curiae). Les sentences sont néanmoins toujours rendues par la Cour entière et au nom du roi.

Cette période archaïque se prolonge jusqe vers le milieu du XIIIe siècle. C'est le développement de l'appel qui y mettra fin.


Quelle part de l'activité judiciaire et quelle "influence" a la justice écclésiastique dans le royaume ? S'en remet-on systématiquement au roi ? Il n'y a pas également des cours de justice écclésiastique qui rendent la justice (pour des affaires moindres, certainement) ? Et puis, lorsqu'il y a différend entre évêque et évêque, institution écclésiastique(surtout séculière) contre institution écclésiastique, ce n'est pas la justice de l'évêque de Rome qui est censé trancher ? En d'autres termes, pourquoi les hauts dignitaires de l'Eglise (de Rome, et pas de France ! au début du XIIIème siècle l'Eglise triomphe avec un pape comme Innocent III, le gallicanisme ne commencera son essor qu'au XIVème si je ne m'abuse) se tourneraient davantage vers le roi de France que vers le Pape en cas de conflit à trancher ?

 

 

 

Développement de la justice royale : l'enquête et l'appel
 

Dans l'empire romain, le plaideur mécontent pouvait appeler de la sentence d'un tribunal inférieur au gouverneur (praeses) de la province, ou encore du tribunal municipal au même personnage, du gouverneur au vicaire des Septem provinciae ou desDecem provinciae, au préfet du prétoire des Gaules, enfin à l'empereur lui-même, qui décidait dans son conseil privé.

Tout ce monde disparût avec l'Empire, mais le roi franc tint la place de l'empereur, et les Gallo-Romains purent interjeter appel à lui. Ainsi, chez les Francs, le plus ancien texte connu prévoit une procédure d'appel (article LVII de la loi salique).

L'idée d'appel ressort aussi clairement de divers capitulaires carolingiens (comme le capitulaire de 805). L'empereur carolingien était aidé dans la tâche consistant à rendre des sentences définitives par les missi dominici.

A partir du Xe siècle, avec le développement de la féodalité, la procédure d'appel tombe en désuétude et est remplacée de plus en plus par des jugements de Dieu (qui ont toujours existé, depuis les Mérovingiens, mais qui se développent dans des proportions gigantesques à cette époque).
Le duel s'introduisit aussi dans des différends entre clercs ou un établissement ecclésiastiques et un noble. La partie cléricale ne pouvant combattre en personne se faisait représenter par un champion, bénévole ou professionnel, et comme celui-ci n'avait pas droit aux armes nobles, l'adversaire laïque devait se faire remplacer par un champion n'usant lui aussi que des armes non nobles, l'écu et le bâton.

Les procédures pouvant mener au duel judiciaire sont le recours par faussement de jugement et le recours pour défaute de droit.

Le recours par faussement de jugement a lieu lorsque le plaignant accuse le tribunal d'avoir violé la loi.

Le recours pour défaute de droit est un recours contre un déni de justice. Il apparaît par exemple lorsque le seigneur justicier se refuse à constituer un tribunal pour ouïr la plainte d'un homme qui requiert jugement ou même se laisse aller à maltraiter le plaignant ; idem si le seigneur tente de berner le plaignant, de le décourager, en différant indéfiniment son consentement ou en se déplaçant. Mais les constatations de cette mauvaise volonté du seigneur doivent être établies dans les formes légales, parfois complexes, et fonction du statut du plaignant. Le procès porté devant le souverain, il faut prouver la défaute par des témoins loyaux.

A l'époque de Saint Louis, une véritable procédure d'appel reparaît, sous la forme de l'émende (emendatio) : suite à une plainte, un bailli royal est donc prié de constituer un autre tribunal ou le même tribunal une seconde fois, pour trancher l'affaire. La jurisprudence distingue nettement entre l'émende et le véritable appel. En fait, l'avenir n'était pas à l'émende, mais à un appel transformé.

Pour comprendre les raisons qui ont favorisé la pratique de l'appel, il faut se rappeler que pour l'homme médiéval, nul jugement n'est jamais définitif. Pour qu'il le devint, il fallait que les parties et leur parenté l'acceptent. La réforme de l'appel s'est faite à la Cour du roi. Suite aux lettres des papes Innocent IV et Alexandre IV condamnant le duel judiciaire, Saint-Louis prend une mesure interdisant dans tout le domaine royal (à défaut de mieux) cette pratique. Cette mesure est très mal reçue, et les possesseurs de fiefs pensent avoir perdu leur liberté, en étant soumis à l'enquête dans un différend judiciaire.

La bataille judiciaire régresse fortement sous le règne de Saint-Louis, pour reprendre en force partout (même à la Cour) sous le règne de son successeur. En 1306,

Philippe le Bel maintient l'établissement de Saint Louis pour les causes civiles, mais autorise à nouveau le duel judiciaire en matière criminelle et capitale. A la fin du règne de Philippe le Bel, la féodalité reprend le dessus et réussit à imposer à la royauté des chartes pour limiter ses prérogatives et défendre celles de la noblesse (par exemple, la charte aux Bourguignons, la charte aux Picards). Les duels et les guerres privées sont alors en recrudescence partout. Les troubles de la Guerre de Cent Ans ne font que favoriser cette tendance. Il faut attendre la fin du règne de Charles V et même celui de Charles VI pour assister à nouveau au recul du duel judiciaire.

Malgré tout, la nouvelle procédure devait finir par triompher, et le germe déposé par Saint Louis, trop longtemps contrarié dans sa croissance, finit par éclore. Citons

Montesquieu :

Citation:
Quand on vit dans ses tribunaux, quand on vit dans ceux de quelques grands seigneurs une manière de procéder plus naturelle, plus raisonnable, plus conforme à la morale, à la religion, à la tranquillité publique, à la sûreté de la personne et des biens, on abandonna l'autre.


Notons que l'ancienne procédure ne disparut en aucune manière. Nos ancêtres répugnaient à faire disparaître quoi que ce fut du passé, si bien que la vie juridique, politique, administrative s'encombra de déchets que l'on se refusa à éliminer jusqu'à la Révolution.

 


Le Parlement
 

A partir de 1250, des Parlements à jours fixes sont annoncés à l'avance et quels que soient les déplacements du roi, la Cour de Justice cesse d'être ambulante et réside à Paris. En même temps apparaissent des espèces de commissions judiciaires, composées de clercs et de chevaliers de l'Hôtel, sous la présidence d'un évêque ou d'un grand seigneur. Elles se réunissent selon les besoins (d'abord deux sessions annuelles, puis une seule et longue session de la Toussaint au mois de mai, puis enfin une session occupant toute l'année). Le terme de parlement, utilisé jusqu'alors en France et en Angleterre pour désigner une conférence quelconque, tend à se restreindre aux seules sessions judiciaires tenues par les spécialistes de ces sessions, que l'on commence à appeler, dès la fin du XIIIe maîtres tenant le parlement. Toutefois, ces maîtres ne sont pas confinés dans leurs attributions judiciaires, et on les retrouve encore au Conseil et aux Comptes.

Le changement de procédure introduit par Saint Louis joue un rôle capital dans la transformation du tribunal du roi en un véritable tribunal d'appel. L'appel exige une enquête, et l'enquête devient le pivot du procès, quasiment le procès lui-même. Vers 1291 apparaît une commission de deux maîtres clercs et de deux maîtres lais, embryon de la Chambre des Enquêtes. Ce nombre est porté à 8 en 1307, à 57 en 1336, réduit à 40 en 1345. En somme, le Parlement de Pris existe donc virtuellement à la fin du règne de Philippe le Bel, à la place des parlements des règnes précédents, mais il est encore à demi engagé dans la gangue du passé.

Outre la Chambre des enquêtes, on trouve la Grand Chambre où l'on plaide et où l'on rend les arrêts sur les plaidoiries. Ces arrêts mettent fin à des contestations de natures très diverses : différends entre grands personnages ecclésiastiques ou laïques, entre communes et baillis, etc. La Grand Chambre transforme en arrêts les jugés de la Chambre des Enquêtes. La preuve par duel n'a pas disparu, mais elle régresse fortement, si bien qu'il est peu d'affaires qui puissent être résolues sans avoir recours à l'enquête. D'où la nécessité de commissaires, appelés auditeurs, chargés d'aller entendre sur place des témoins. Les enquêtes terminées, il convient d'en apprécier la valeur. C'est aussi l'affaire de la Grand Chambre. Si elle estime l'affaire bien conduite, elle envoie celle-ci à la Chambre des Enquêtes ou à l'auditoire de droit écrit pour qu'elle soit jugée. Ceci fait, les causes lui reviennent pour être transformées par elle en arrêts. La Grand Chambre retient pour elle-même :

 les enquêtes de sang
 les enquêtes criminelles qui ne sont pas de sang mais qui entraînent une perte corporelle
 les causses civiles concernant grièves causes telles que honneur de corps ou héritage, ou grande personne et grands hommes

Le jugement de la Grand Chambre est définitif.

A partir de 1296, Philippe le Bel constitue vraiment une autre chambre, la Chambre des Requêtes, destinée à ouïr les requêtes et à commander les lettres de justice qu'entraîent celles-ci. Cette chambre ne s'occupe que des affaires à régler d'après le droit coutumier, les requêtes du Midi étant l'affaire de l'auditoire de droit écrit.

 


 
Le Châtelet


Au XIVe siècle, Paris et sa banlieue sont administrés par un personnage nommé prévôt, ou plus exactement garde de la prévôté de Paris. Il administre et juge en premier ressort les sujets du roi à Paris, mais il reçoit aussi en appel les sentences des petites prévôtés royales de la vicomté, comme celles des nombreuses seigneuries existant à Paris même, dans sa banlieue, et dans la vicomté. Ce garde de la prévôté joue donc le rôle d'un bailli et, sous une appellation plus modeste, est plus important que les baillis.

Il a sans doute fallu très longtemps pour que le prévôt de Paris parvienne à cette éminente situation. Au XIe et au XIIe siècles, il ne semble pas différent des autres prévôts. Il a comme eux la perception des débris de droits régaliens, de droits féodaux et censuels, conservés par la royauté. Celle-ci lui confie également l'exploitation des droits administratifs, judiciaires, financiers, et la royauté afferme la prévôté pour la durée d'un an (à Paris, deux personnages s'unissent parfois pour affermer la prévôté).

Dès le début du règne de Philippe Auguste, on superpose des baillis aux prévôts, et rien n'eut été plus simple que d'instituer un bailli de Paris et du Parisis. Mais la nouvelle institution des baillis demeura quelque temps flottante, et les baillis, encore membres de la Cour du roi, n'offraient pas les garanties pécuniaires nécessaires pour la perception des revenus domaniaux.

Le prévôt de Paris acquis donc rapidement une grande autorité sur une zone territoriale très étendue.

Le pouvoir du prévôt devait avoir un siège fixe. Si haut que nous remontons, on le trouve établi non à l'intérieur de la Cité, mais à la tête du pont qui, de toute antiquité, reliait l'île à la rive droite. Là s'élevait une forteresse, le Châtelet, déjà puissant au Xe siècle, et qui défendait l'entrée de Paris, tant que la ville tint tout entière dans la Cité.

Le prévôt de Paris, puissant personnage accablé d'occupations, a besoin d'être aidé, et se choisit donc deux lieutenants, l'un pour les causes civiles, l'autre pour les causes criminelles. Pour rendre la justice, le prévôt est tenu d'avoir des conseillers, qui portent le nom d'auditeurs et ont pour tâche d'écouter les témoins qui déposent à l'instruction. Initialement, le prévôt n'avait pas un personnel déterminé et prenait comme auditeurs qui il voulait pour chaque affaire. Au début du XIVe, il n'y a que deux auditeurs, mais leur fonction est devenue stable. Ils siègent dans la Chambre du Tribunal du Châtelet. On voit apparaître à côté des auditeurs (qui interrogeaient sur place les témoins) des examinateurs, qui se déplacent à la recherche des témoins. De plus, si au criminel le ministère de procureurs et d'avocats est inutile, il est d'un emploi indispensable et fréquent au civil : le nombre de procureurs se mutliplie au cours des XIVe et XVe siècles. Tout avocat inscrit au Parlement peut plaider au Châtelet. Le roi veillait à ses intérêts au sein du Châtelet par l'intermédiaire de son procureur et de deux avocats. Les notaires sont chargés d'écrire toutes les pièces concernant les affaires en instance. Il faut encore ajouter à tout ce beau monde les sergents, qui sont les agents d'exécution des sentences, et les gardiens de la sécurité publique : ils font les sommations, procèdent aux saisies, font la police des rues. Au criminel, ils arrêtent les inculpés, et en cas de condamnation, assistent à l'exécution.

Le Châtelet s'efforçait donc d'imiter le Parlement, mais c'était un Parlement mal organisé, mal composé, mal dirigé. C'était plutôt un foyer d'abus de toutes espèces. La tenue de la maison était déplorable ; les affaires étaient traitées dans un bruit assourdissant. Les procureurs, et surtout les jeunes clercs empêchaient d'entendre les avocats ; les procureurs interpellaient les avocats et s'en prenaient même aux juges.it, multipliant défauts, renvois, écritures de toutes sortes, jusque dans les causes minimes. Quant aux ordonnances royalmes multipliées, on n'en tenait aucun compte. Le Parlement avait la haute main sur le Châtelet, mais pour être efficace, la surveillance aurait dû être constante, ce qui n'était pas possible, le Parlement étant accablé d'affaires venues de tous les points de la France.

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Jehanne - dans La Justice
15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 16:28
Cachez ce sein.




 


Emblème de la maternité, le sein féminin est très souvent, au Moyen Age, associé à l'image de la Vierge. Ce qui ne l'empêche pas d'être aussi un objet érotique...

Les seins de la femme, c'est un lieu commun de le dire, ont dans notre civilisation un double rôle nourricier et érotique. Il reste à savoir comment l'Occident médiéval a vécu cette double fonction, dans le cadre d'un christianisme voué à la lutte contre les expressions de la sensualité.

La Bible elle-même exprime sans ambiguïté cette ambivalence. Aux mamelles nourricières - heureuses les mamelles qui t'ont allaité ", dit une femme à Jésus- s'ajoutent les seins comme source d'attraction érotique: Tes deux seins ressemblent à deux faons jumeaux d'une même gazelle ", dit le Cantique des cantiques célébrant les seins de l'épouse.

La fonction nourricière des seins est essentielle au Moyen Age. L'idée, issue d'Hippocrate, répétée et précisée par Galien, selon laquelle le lait est de même nature que le sang dont l'enfant était nourri dans l'utérus, sera inlassablement reprise par les auteurs médiévaux. En découle la théorie de la transmission héréditaire par l'allaitement, alors universellement reconnue.

L'image de la Vierge nourrissant elle-même son enfant a eu un grand succès au Moyen Age. Si le sein est l'emblème de la maternité, il est également celui de la féminité et l'emblème du désir pour la femme. De là, les seins sont associés à la luxure, comme en témoigne l'art médiéval. Dès le 13e siècle apparaissent des diables pourvus de seins volumineux comme le seront encore, au début du 16e siècle, les démons d'Albrecht Durer.

Mais qu'en est-il au quotidien? En d'autres termes, le sein est-il au Moyen Age un objet érotique? La femme idéale ne doit posséder, à cette époque, que des seins très petits, placés très haut et très loin l'un de l'autre. Dans Aucassin et Nicolette, l'héroïne avait deux petits seins qui soulevaient son vêtement, fermes et semblables à deux grosses noix". Les gros seins sont bannis : les femmes qui ont une trop forte poitrine doivent la bander.

C'est essentiellement à partir du 13e siècle que la poitrine se dévoile, lorsque la séduction du corps féminin s'affirme. Cette mode du décolleté a beau déclencher la colère des prédicateurs, leurs reproches n'empêcheront point le sein de continuer de se découvrir. La maîtresse du roi de France Charles VII (1422-1461), Agnès Sorel (morte en 1450), lança, dit-on, la mode d'un sein dedans, un sein dehors : le peintre Jean Fouquet la représentera ainsi, sous les traits.., de la Sainte Vierge. On peut d'ailleurs remarquer qu'à cette époque tardive les seins s'arrondissent et gagnent en volume, témoins d'une évolution des canons de la beauté féminine.

Pour ce qui est du rôle des seins dans les rapports sexuels, il est clair que les caresser faisait partie au Moyen Age des attouchements préliminaires. Les traités médicaux qui évoquent ces caresses le font à propos de la guérison de la stérilité. Au 15e siècle, la Practica major de Michel Savonarole apporte quelques détails " L'homme doit toucher légèrement la femme autour des seins et baiser spécialement les mamelons. "

Le dévoilement du sein et l'affirmation de son pouvoir érotique, au détriment de sa seule fonction nourricière, constituent donc au Moyen Age - au-delà de l'anecdote - un véritable phénomène de société. Ne témoignent-ils pas en effet, pour ne retenir que ce seul aspect, d'une faiblesse certaine de l'Église, incapable de contrôler efficacement le corps féminin, le corps de l'Eve éternelle et tentatrice ?






Source Jacques Berlioz.

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Jehanne - dans La Société
12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 17:08

Les armuriers.

 

 

Sous le nom générique d'armuriers, on a parfois confondu des professions très distinctes, bien qu'elles eussent un seul et même objet: l'armement de l'homme de guerre. C'est ainsi qu'avant 1789 il y avait les armuriers, les arquebusiers, les fourbisseurs. Chacun de ces états avait des statuts spéciaux.

Les armuriers, appelés aussi heaumiers, du nom du heaume, l'une des pièces principales de l'armure, fabriquaient plus particulièrement des armes défensives, telles que cuirasses, casques, brassards, etc. Les arquebusiers fabriquaient dans le principe des arquebuses ; ils confectionnèrent par la suite des fusils, des pistolets et toutes armes propres à lancer des projectiles. Enfin les fourbisseurs fabriquaient les armes blanches, telles qu'épées, lances etc.

L'état d'armurier proprement dit eut, pendant tout le moyen âge, sous la renaissance et jusqu'au seizième siècle, une très grande importance. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un regard sur les armes de formes si diverses et si savamment étudiées qu'on porta durant des siècles, et dont les spécimens nous permettent de suivre les transformations successives. Toutes les armures de ces chevaliers, de ces hommes d'armes, littéralement bardés de fer et d'acier, eux et leurs chevaux étaient l'œuvre des armuriers. Si l'on se rappelle que pendant de longs siècles la guerre fut l'état normal dans toute la France, dans toute l'Europe, on peut imaginer l'immense quantité d'armures qui sortirent des mains de ces ouvriers ; souvent on pourrait dire de ces artistes : les armures de certains seigneurs étaient, comme chacun sait, de véritables œuvres d'art.

Par la description suivante du costume des guerriers qui conquirent l'Angleterre sous la conduite de Guillaume le Conquérant on pourra voir ce qu'était déjà, dès le onzième siècle, l'art de l'armurier. Ces hommes d'armes étaient coiffés d'une calotte ayant la forme d'un cône de métal pointu ou d'une pyramide. Ce cône était protégé par devant d'une pièce de fer quadrangulaire qui descendait sur le nez et qui reçut le nom de nasal. Le corps était recouvert d'une chemise à mailles de fer ou d'une blouse étroite sur laquelle étaient cousues des plaques de fer carrées, rondes ou triangulaires.

C'est vers le quatorzième siècle que toutes les parties de l'armure jusque-là à peu près distinctes les unes des autres, commencent à constituer un ensemble où tout se tient et se relie.

Les armuriers, dit M. Viollet-le-Duc, dans son savant Dictionnaire du mobilier avaient certainement observé le jeu des articulations de l'écrevisse, et, partant de ce principe, ils composaient les plaques de recouvrement destinées à former les tassettes, certaines parties des arrière-bras, les gorgerins, les alentours du genou, etc. Le jeu des lames et des charnières devint des plus perfectionnés, et l'on a pu dire, presque sans exagération, qu'un homme, à cette époque était dans son armure de fer battu comme dans sa peau.

La puissance des armes offensives ne cessant de s'accroître, on chercha chaque jour davantage à augmenter l'efficacité des armes défensives. Les chevaliers firent de grands sacrifices pour se procurer des armures de plus en plus résistantes. Les fabriques d'armes se multiplièrent. Les meilleures et les plus anciennes étaient en France à Poitiers, Bourges, Toulouse, Paris. A Arras, on fabriquait aussi de bonnes armures. En Italie, Milan et Pavie; dans les Flandres, Gand; en Allemagne, Nuremberg et plusieurs autres villes, étaient particulièrement renommées. Les armures françaises étaient réputées pour leur légèreté, leur souplesse et leur élégance; les armures allemandes, pour leur solidité. Beaucoup de chevaliers français se faisaient faire des armures à l'étranger, en Italie ou en Allemagne, surtout à partir du quinzième siècle. Les ouvriers étrangers obtinrent aussi, à cette époque, l'autorisation de s'établir en France, comme le prouvent des lettres patentes de Charles VI, du mois d'avril 1412.

Pendant la guerre de Cent ans, dont les terribles combats taillèrent aux armuriers une si large besogne, le commerce des armures acquit en Europe une grande extension, comme en fait foi l'extrait suivant du livre de Christine de Pisan: « Il fist (Charles V) pourveance de riches armures, beauls, destriers, amena d'Allemagne, de Pulle (Pouille), courciers, haubergons et azarans, camails (toutes pièces de l'armure de cette époque), forgez à Millan à grant foison, apportés par deçà, par l'affinité de messir Barnabo, lors seigneur du dit lieu ; à Paris faire toutes pièces de harnois; et de tout ce donna largement aux compaignons d'armes, aux riches gentilz hommes les choses belles et jolies, aux povres les profittables et fortes. » À I'époque de la renaissance, l'armure, avant de commencer à disparaître comme étant de plus en plus impuissante contre les armes à feu, atteignit son suprême degré de perfection. Les merveilleux spécimens conservés dans nos musées permettent de se rendre compte du goût par lequel se distinguèrent les armuriers de cette époque. Sous Louis XIII, les armures commencent à être abandonnées pièce par pièce, malgré les efforts du roi pour en maintenir l'usage. Vers 1660, les cuissards furent tout à fait abandonnés. On ne garda plus que la cuirasse, qu'on portait sous l'habit. Les derniers fantassins français qui la revêtirent furent les piqueurs abolis en 1675. Seule la gendarmerie, dont on forma un ou plusieurs régiments qui prirent le nom de cuirassiers, conserva la cuirasse et le casque, qui subsistent encore aujourd'hui comme les derniers vestiges des armures d'autrefois.

Les armuriers ou heaumiers suivirent la destinée des armures dont l'histoire est la leur. Ces artisans furent érigés en corps de jurande par Charles VI, en 1409, à l'époque même où l'armure de fer, prenant un caractère nouveau, commence à former un ensemble ingénieux et savant de pièces fixes et solidaires. Plusieurs édits de Charles VI sont relatifs à la réglementation de la profession d'armurier, qui, sous ce règne, atteignit son apogée, tant l'armure était alors un objet de première nécessité. Les statuts édictés par Charles VI tombèrent peu à peu en désuétude. Ils furent renouvelés en 1562, et finalement après les formalités d'usage, homologués par lettres patentes de Charles IX, à Houdan, au mois de septembre de cette année, et enregistrés au Parlement au mois de mars suivant.

Ces statuts contenaient vingt-deux articles. Dans une énumération qui résume à peu près les attributions des armuriers, il est dit qu'il sera permis à ceux-ci de faire « tous harnais pour armer hommes, spécialement les corcelets, corps de cuirasse, hausse-cols, tassettes, brassards, gantelets, harnais de jambes, habillement de tête, bourguignotes et morions servant à gens de pied, tant à l'épreuve qu'à la légère; les armes de jambes ou tonnelets à courir en lice, enfin, harnais, tonnelets et bassins, servant à combattre à la barrière » c'est-à-dire toutes armes défensives.

La communauté des armuriers fut pendant tout le moyen âge l'une des plus nombreuses de Paris. A la fin du seizième siècle, on comptait encore soixante maîtres armuriers. En 1723, il n'y avait plus que deux maîtres, tous deux fils du célèbre Drouart. Ils soutenaient la réputation de leur père, qui fut, au temps de Louis XIV le dernier juré de son corps. Les ancêtres de Drouart étaient en grande renommée depuis plus de deux cents ans; les armures qu'ils, fabriquaient sont mentionnées comme les meilleures et les plus riches de l'Europe, sans même en excepter celles de Milan, qui étaient au nombre des plus estimées.

Les deux derniers Drouart prenaient la qualité de seuls armuriers heaumiers du roi et des princes. Leur magasin était situé en haut de la rue Saint-Denis, rue de la Heaumerie ainsi nommée à cause des heaumiers qui l'habitaient.

Le patron des armuriers était saint Georges, et leur confrérie se trouvait à Saint-Jacques de la Boucherie, où l'on voyait saint Georges, «représenté de grandeur naturelle, revêtu de pied en cap d'une armure d'acier poli, monté sur un cheval caparaçonné à l'antique et avec un harnais d'acier. »







Source France pittoresque.

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Jehanne - dans L'Artillerie

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