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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 17:54
Cathédrale Saint Gatien de Tours.








Elevée sur les vestiges de la cité gallo-romaine Caesarodunum, la cathédrale Saint-Gatien se dresse au cœur de la ville qui fut l’un des centres de pèlerinage les plus célèbres de l’Occident et qui reste l’une des capitales des Pays de Loire.

Témoin d’un passé brillant et d’une longue histoire, la cathédrale de Tours se révèle comme un haut lieu pour les amateurs d’art et d’histoire ainsi que pour les chercheurs de Dieu.

Elle rayonne dans une région illustrée par saint Gatien le premier évêque de Tours, saint Lidoire fondateur de la première cathédrale, saint Martin l’apôtre de la Touraine et des Gaules, saint Grégoire de Tours.

Blanche de Castille et saint Louis contribuèrent à sa construction. Jeanne d’Arc, des rois de France et la foule des pèlerins, sur la route de Compostelle, y firent étape.

La cathédrale de Tours bénéficie très tôt de la protection royale : les rois de France sont chanoines d’honneur dès Louis VII.

Saint François de Paule (confesseur de LouisXI) , Marie de l’Incarnation (mère de l'église catholique du Canada) et Léon Papin- Dupont, le « saint homme de Tours », vinrent y prier.


La cathédrale actuelle, qui a connu une longue histoire, succède à trois autres églises :
  • une première église construite par saint Lidoire qui vit le sacre de saint Martin et le «miracle du globe de feu».
  • une église franque qui dura 400 ans, dédiée à saint Maurice, ornée de superbes mosaïques à la gloire de saint Martin.
  • une église romane qui servit pendant un siècle et fut détruite par la guerre et les incendies.
  • cette quatrième église devait être gothique. Après un véritable jaillissement du chœur en 40 années, chevet compris, la construction s’échelonna du XIIIème au XVIème siècle.
Il faudra donc trois siècles pour achever la « Gatienne ».
Elle nous offre, dans sa construction, la succession du gothique rayonnant, du gothique flamboyant et de la Renaissance ; bref, un véritable œcuménisme architectural qui lui permet d’exprimer…











Source office du tourisme de touraine.


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Jehanne - dans Patrimoine
26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 20:23
Les copistes.









Après l'effondrement de l'empire romain, la culture occidentale se réfugie dans les monastères où se développent des ateliers de reproduction des manuscrits antiques : les scriptoria. Dans les scriptoria, les moines recopient et illustrent surtout des textes religieux mais aussi des textes de l’Antiquité.



Le scriptorium.

Le scriptorium est un atelier d’écriture. Dans le scriptorium travaillaient des moines-copistes et des enlumineurs. Pratiquement chaque grand monastère, abbaye ou couvent possédait à un moment donné un scriptorium. Citons le couvent du Mont Sainte-Odile où fut créé l'Hortus Deliciarum, ou encore l’abbaye de Marbach où fut réalisé le Codex Guta-Sintram… Il y régnait une intense activité dès qu’une abbaye avait l’intention de se constituer une grande bibliothèque. Les scriptoria les plus actifs ne travaillaient pas uniquement pour leur propre monastère mais jouaient un rôle analogue à une maison d'édition en fournissant en copies les princes, les églises et d'autres monastères.

 
 

Travail de copie.

Les copistes sont assis sur des bancs, appuyés sur un pupitre incliné : le lutrin. Avant de commencer le travail de copie, le copiste prépare sa page. Il crée une marge. Il trace des traits verticaux et horizontaux qui délimitent l’endroit où il écrira le texte. Pour ce travail de préparation, il utilise un crayon à la mine de plomb, une règle, un compas et des cahiers de parchemin sur lesquels il écrira.
Il donne ensuite le parchemin à l’enlumineur qui détermine la place réservée aux dessins et aux lettres décorées. Ensuite, il écrit le texte soit en le recopiant, soit sous la dictée. Il écrit avec une plume d’oie qu’il trempe dans l’encre noire.

La marge n’est pas toujours un espace vide mais bien souvent elle est remplie de commentaires sur le texte. Ces commentaires sont écrits dans des caractères plus petits que le texte principal.

 


L'enluminure.

Une fois le texte copié, c’est l’enlumineur qui a la charge de décorer le manuscrit avec des dessins : les enluminures. Les enluminures sont des décors peints à la main ornant les pages des manuscrits du Moyen-Age. Elles servent de repère dans le texte, l’illustrent et décorent la page. Certains manuscrits enluminés sont magnifiques car au Moyen-Age rien n’était trop beau pour honorer Dieu.


 

 Ecritures.

A partir du VIIIe siècle, le moine-copiste utilise l’écriture caroline dont les lettres sont arrondies, bien détachées les unes des autres et facilement lisibles. Elle restera en usage en Europe jusqu’au XIIe siècle. Au XIIIe siècle, l’écriture devient plus anguleuse : c’est l’apparition de l’écriture gothique qui se répand dans toute l’Europe.







Source bibliothèque alsatique.

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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 11:28
Isabelle de France.








Isabelle de France (vers 1292 à Paris-1358), reine d'Angleterre, était la fille du roi de France Philippe IV le Bel et de la reine Jeanne Ire de Navarre, et surnommée la « Louve de France » pour son tempérament particulièrement violent.

En 1308, après de longues négociations, elle épouse le roi d'Angleterre Édouard II à Boulogne-sur-Mer. Quatre enfants sont issus du mariage, bien que le roi ait une réputation d'homosexuel avec des mignons comme Piers Gaveston et Hugh le Despenser. On attribue à Isabelle de France une relation extraconjugale avec l'Écossais William Wallace, ennemi du roi d'Angleterre, dont l'histoire est héroïquement retracée dans le film Braveheart, dans lequel le rôle d'Isabelle est interprété par Sophie Marceau. Ce n'est en fait que pure fiction puisque, selon les dernières datations, elle aurait été âgée de 10 à 13 ans à la mort de Wallace.

Quand son frère le roi Charles IV le Bel confisque les territoires d'Édouard en France, elle s'y rend afin de réunir une armée et, en 1325, en alliance avec son amant Roger Mortimer, conduit la révolte des barons anglais qui entraîne la déposition d'Édouard II et l'avènement nominal de leur fils aîné Édouard III, qui n'a que 14 ans. Isabelle et Mortimer gouvernent comme régents de 1326 à 1328.

Isabelle et Mortimer sont célèbres pour avoir comploté le meurtre du roi, déposé de manière à ne pas attirer les soupçons sur eux. Mais quand Édouard III atteint sa majorité et prend le pouvoir, en 1330, il fait exécuter Mortimer pour trahison et exiler Isabelle au château de Rising, à Norfolk, où elle meurt le 23 août 1358.







Source wikipédia.

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Jehanne - dans Personnages Historiques
15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 06:58
Le feu grégeois.





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En 674 le calife Mouraïra met le siège devant Constantinople. C’est alors qu’un Syrien, Callinicus, profite de l’occasion pour offrir ses services à l’empereur byzantin en lui proposant un ‘‘feu’’ miraculeux dont il a le toupet de se prétendre l’inventeur (plus vraisemblablement, il connaissait les vertus du salpêtre à la suite de contacts commerciaux avec les Chinois). Quoi qu’il en soit le secret de Callinicus va devenir entre les mains des Byzantins une arme formidable : le feu grégeois. Il s’agissait d’un mélange de naphte, de goudron, de soufre, de résine et de salpêtre. Ce n’est encore qu’un mélange incendiaire mais grâce au salpêtre il acquiert une vigueur et une résistance à l’extinction encore jamais vues. Constantinople va garder jalousement le secret de ce feu. Un très petit nombre d’ouvriers et de maîtres, étroitement surveillés, est affecté à sa fabrication. Ainsi, l’empereur Constantin Porphyrogénète ordonne à son fils : « Tu dois par-dessus toute chose porter tes soins et ton attention sur le feu liquide qui se lance au moyen des tubes ; et si l’on ose te le demander comme on l’a fait souvent à nous-mêmes, tu dois repousser et rejeter cette prière en répondant que ce feu a été montré et révélé par un Ange au saint et grand premier empereur Constantin. »
   Durant près de six siècles, l’empire byzantin va utiliser avec succès son feu grégeois au cours des affrontements maritimes : défense de ses ports, confection de brûlots dirigés vers la flotte ennemie, jets de pots et tubes en verre contenant le mélange incendiaire (à cette époque les rencontres navales avaient lieu pratiquement bord à bord). On peut imaginer dans le dernier emploi les ancêtres, peut-être plus efficaces, de nos cocktails Molotov.

   En 1204 l’armée des Croisés met le siège devant Constantinople et enlève la ville, ruinant du même coup le monopole grec relatif à l’utilisation du salpêtre.
   Or à cette époque, au début du 13ième siècle et indépendamment de ces événements, les Arabes à leur tour voient arriver chez eux la révélation des propriétés du salpêtre et de la poudre noire, toujours en provenance de Chine avec laquelle ils entretiennent des relations depuis le 8ième siècle. Immédiatement ils s’empressent de les mettre en œuvre pour soutenir leurs conflits. Mais alors que les Byzantins réservaient le feu grégeois presque exclusivement aux affrontements navals, les Arabes sauront l’utiliser dans les batailles terrestres, notamment lors des Croisades, sous toutes ses formes possibles et imaginables, souvent de façon plus spectaculaire que franchement ‘‘vulnérante’’. Joinville rapporte ainsi le bombardement de l’armée de Saint-Louis : « Un soir advint que les Turcs amenèrent un engin qu’ils appelaient la pierrière, un terrible engin à malfaire, et par lequel ils nous jetaient le feu grégeois. Cette première fois, ils atteignirent nos tours en bois ; mais incontinent le feu fut éteint par un homme qui avait cette mission. La manière du feu grégeois était telle qu’il venait devant nous aussi gros qu’un tonneau, avec une queue d’une grande longueur. Il faisait tel bruit qu’il semblait que ce fut foudre qui tombait du ciel et comme un grand dragon volant dans l’air avec une traînée lumineuse. »
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Jehanne - dans L'Artillerie
14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 07:08
La Saint Valentin.





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Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, est célébré dans de nombreux pays comme la fête des amoureux. Cadeaux, fleurs et petits mots sont alors de rigueur pour déclarer sa flamme ou témoigner son amour à l’élu(e) de son cœur. ..

Bien que les premières fêtes de l'amour remontent à l'Antiquité, la première mention du jour de la Saint-Valentin avec une connotation amoureuse remonte au XIVe siècle en Angleterre et en France, où l'on croyait que le 14 février était le jour où les oiseaux migraient. Cette croyance est mentionnée dans les écrits de Geoffrey Chaucer au XIVe siècle. Il était courant durant cette période que les amoureux échangent des billets et qu'ils s'appellent chacun leur Valentin. Un de ces billets du XIVe siècle se trouverait à la British Library. Il est probable que nombre de légendes sur la Saint-Valentin aient été inventées pendant cette période.
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Jehanne - dans Divers
13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 06:42
Les épinards.




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On le pense originaire du Caucase ou de l'Afghanistan, à moins que ce ne soit de Perse: son nom, d'origine arabe, "esbanach", ou "sebanach" viendrait du persan, "ispany". Il pousse toujours à l'état spontané dans toutes ces parties du monde. Inconnu des grandes civilisations de l'antiquité gréco-romaine, l'épinard aurait été introduit en Andalousie par les arabes, peu avant l'an mil.
Leurs médecins l'utilisaient pour réaliser des cataplasmes soignant les douleurs de foie ou d'estomac !
Introduit en France au temps des croisés, il ne fut guère estimé: on le traitait "d'herbe de carème". Il faudra attendre Catherine de Médicis, qui appréciait fort ce légume, pour qu'il soit cultivé réellement dans notre pays.
Les préparations dites "à la Florentine" nous le rappellent.
Ce légume-feuille fut vite connu pour ses vertus curatives favorisant une digestion heureuse, et reçut le surnom de "balai de l'estomac". Les médecins l'ont apprécié pendant des siècles, avant qu'il ne connaisse une promotion populaire mondiale grâce au célèbre Popeye.
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Jehanne - dans L'Alimentation
12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 08:57
les béguinages.





Les béguinages : des pierres nées sans textes ?

Le XIIe siècle, période de renouveau économique, est également caractérisé par une effervescence religieuse d'une grande ampleur. Une nouvelle soif de Dieu s'empare d'hommes et de femmes de conditions sociales et d'âges différents. Cette exaltation spirituelle conduira certains d'entres eux vers les sentiers de l'hérésie, en mènera d'autres rejoindre des ordres monastiques. Beaucoup enfin inaugureront de nouveaux chemins spirituels au sein de l'Eglise. Parmi ceux-ci, un des plus originaux sera certainement le mouvement béguinal.

Dans les premières années du XIIIe siècle apparaissent en effet dans nos régions des femmes désirant vivre leur foi d'une manière plus radicale, indépendamment de couvent ou monastère, en conservant leur état laïc. Appelées par leurs contemporains "Mulieres religiosoe" ou "devotue", ces femmes pieuses se fixent, seules ou en communauté, aux abords d'hôpitaux, au sein des villes ou à l'ombre d'une abbaye. Elles souhaitent vivre simplement les valeurs évangéliques, en s'adonnant aux soins des malades et à la contemplation. Pour une Eglise qui se veut avant tout cléricale et masculine, la prétention de ces femmes non cloîtrées, donc incontrôlables, à une telle vie spirituelle, à un désir de vivre la chasteté sans en faire le vœu, relevait du registre de l'anarchie. A la veille du Concile de Lyon, en 1274, le maître franciscain Guibert de Tournai s'inquiétait des activités intellectuelles des béguines :
"Il y a chez nous des femmes qu'on appelle béguines, dont certaines se flattent de leur subtilités et se réjouissent des nouveautés. Elles ont interprété les mystères de l'écriture et les ont traduits en français, alors que ceux qui sont vraiment versés dans leur étude ne les pénètrent qu'à peine. Elles les lisent ensemble, sans respect, avec audace, dans des conventicules, dans des cellules obscures, sur les places publiques".

Nombre d'entre elles sont reconnues coupables d'hérésie par le clergé. La plus célèbre, Marguerite Porete, sera brûlée à Paris en 1310 ; d'autres, à la théologie plus orthodoxe, sont tolérées, même si elles n'en sont pas moins suspectes. La populace, à la suite de ses prêtres, va qualifier ces dévotes du sobriquet de "béguines". Si les scientifiques débattent encore aujourd'hui de l'origine étymologique de ce terme, il est cependant certain qu'il exprimait alors une nuance péjorative : pensons seulement au célèbre "dit des béguines" de Rutebeuf...

Pourtant, des ecclésiastiques influents vont être touchés par les qualités spirituelles de ce nouveau mode de vie et travailleront à le défendre. Grâce à eux le mouvement béguinal ne s'est pas éteint aux Pays-Bas, comme ce fut le cas en France ou en Allemagne. Bien au contraire, les béguinages vont y foisonner. Ces femmes dévotes y seront finalement reconnues par l'Eglise et "apprivoisées" : elles vont former des communautés semi cloitrées au sein de noyaux urbains, de véritables cités de femmes: entourés d'un mur d'enceinte, ces béguinages deviennent de véritables paroisses autonomes avec églises, cimetières, rues, maisons simples ou communautaires. Les béguines gardent la possibilité d'un jour le quitter, car elles ne sont pas liées par un vœu de stabilité; elles suivent non une des grandes règles monastiques, mais des règlements, variant d'un béguinage à l'autre. Elles sont indépendantes de tout ordre religieux, mais sont sous la direction spirituelle des frères pêcheurs. Elles n'ont pas la prétention de la pauvreté, mais désirent vivre sobrement du travail de leurs mains dans l'industrie drapière naissante. Semi religieuse ou semi laïque, la béguine manifeste alors la vivacité d'une église médiévale mystique.

Il n'y a pas de texte fondateur du mouvement; il n'y a d'ailleurs pas de fondateurs reconnus. Bien plus, elles ne se réfèrent à aucun texte fondateur, comme ce fut toujours le cas pour des ordres conventuels: ici, pas de Charte de la Charité, pas de règle précise à suivre. Les béguines vont adhérer à des règlements, édictés au gré des circonstances et qui diffèrent d'un béguinage à l'autre. On y statue sur leur vie quotidienne et spirituelle, leur ménage et les moments importants de leur vie dans l'enceinte; ils ont tous en commun l'insistance sur le béguinage comme un havre de paix, en excluant par exemple les animaux bruyants ou les enfants en bas âges. Ces règlements se font plus précis au fil des siècles. Si la Contre-réforme verra l'apogée des béguinages, ce sera au prix de la perte de son caractère exclusivement laïc et temporaire au profit d'un rapprochement par rapport au style de vie des religieuses cloîtrées (vêtement monastique, noviciat, etc.).

Chaque béguine est indépendante par rapport à ses consœurs, celles-ci ne sont liées entre elles par aucune communauté de biens. Pour être acceptée dans un hof (beggijn-hof = la cour des béguines), elle doit pouvoir disposer d'une rente viagère, complétée éventuellement par un travail de dentelles, afin de ne pas être à charge de la communauté. Elle peut habiter seule, en louant une maisonnette qui appartient au béguinage (elles n'en ont que l'usufruit). La construction et l'achat de maisons y avaient lieu selon des coutumes propres, qui furent les leviers de l'essor de ces institutions. Si elle ne dispose pas de fonds nécessaires, la béguine habitera une maison communautaire, tout en conservant une large indépendance. L'infirmerie sera le seul bâtiment commun, destinée à accueillir les infirmes. Les béguines sont sous la conduite d'une ou plusieurs "Grande Dames", élues par l'ensemble de la communauté ; celle-ci dispose d'un curé particulier au béguinage, et les demoiselles peuvent choisir leur confesseur parmi les ordres mendiants associés à la vie de l'institution.

La vertu principale attribuée aux béguines, ou plutôt celle qu'on aimerait voir naître dans ces cours, est l'humilité et la discrétion : Un règlement du béguinage de la Madeleine, à Mons, datant du XIVe siècle, précise : " Lorsque les béguines sortaient, elles devaient avoir leur manteau sur la tête, se tenir un peu inclinées et non avoir la tête levée, les yeux baissés, les oreilles fermées à toutes choses qui ne concernaient pas le service de Dieu, les mains couvertes, la bouche fermées pour ne pas médire, surtout des prêtres".

Si les règlements et statuts reflètent les préoccupations des béguines, celles-ci se répercutent également dans l'architecture du béguinage. Dans leur uniformité, les habitations dénotent de l'extérieur la modestie de ce genre de vie : petites, elles sont toutes semblables, sans décoration mis à part le saint protecteur placé dans une niche au-dessus de la porte.

L'ameublement, bien que laissé à la fantaisie de la béguine, suivra les mêmes principes. Aujourd'hui, les bâtiments encore conservés en Belgique datent pratiquement tous des XVIIe et XVIIIe siècles, car mis à part les églises, rien n'est évidemment bâti en dur au Moyen âge. Après les destructions des guerres de religions de la seconde moitié du XVIe siècle, la pierre va faire son apparition dans les nouvelles constructions, tout en conservant les emplacements originaux des maisons en torchis. Si les béguines construisent à leur frais, elles doivent suivre des règles très strictes, fixées par les supérieures, qui vont de la nature de la pierre à utiliser à l'alignement et la taille du jardin. Politique urbaniste avant la lettre, l'enclos doit refléter la paix et la quiétude.

Il existe trois types de plan de béguinage :
Dans le premier cas (Bruxelles, Louvain, Gand,...), le principe d'aménagement est similaire à celui d'une ville fondée au moyen âge : un complexe régulier et simple de rues parallèles et perpendiculaires qui délimitent des parcelles rectangulaires.
Dans le deuxième cas, on trouve les béguinages de plaine : les maisons sont construites autour de l'église, elle-même entourée d'un pré rectangulaire ou triangulaire (Turnhout, Bruges).
Enfin on trouve les béguinages de type mixte : autour d'une prairie sont construites des maisons en rangées doubles, qui forment une rue, avec l'église au centre (Anvers, Tirlemont).

Une enceinte sertit le béguinage, percée par deux ou trois portes d'accès richement décorées, surveillées par des portières. Si les entrées et sorties sont libres, ce rempart n'en constitue pas moins une forme de clôture. Les portes sont invariablement closes à 8 ou 9 heures selon la saison ; aucun homme ne peut résider dans l'enceinte après le coucher du soleil. Les murs ont également une autre fonction, celle de protéger la communauté des intrusions extérieures, car initialement tous les béguinages sont construits en dehors des murs de la ville. Celle-ci s'étendant, ils se retrouveront généralement à l'intérieur des murs d'enceinte après quelques décennies.

Les églises béguinales de l'époque médiévale reflètent le principe de sobriété cher aux béguines. Un petit chœur, une nef longue et des nefs latérales larges en font un espace approprié pour une communauté sans chant antiphonique. De plus, les béguines se plaçaient non dans le chœur, comme des ordres conventuels, mais dans la nef. La grande période des béguinages fut le XVIIe siècle, et cela se reflètent par la construction d'églises baroques, dont la plus belle est certainement l'église du béguinage de Bruxelles.

Les Béguinages vont foisonner dans les Pays-Bas du Sud, puisqu'à l'époque de l'invasion française, on en comptait 94, avec une population variant de quelques femmes dans des petites entités à un millier pour le Grand béguinage de Bruxelles à la fin du XVIIe siècle Aujourd'hui, après avoir traversé huit siècles d'histoire, il ne reste plus que 14 béguines en vie. Un trésor de spiritualité va bientôt définitivement disparaître, dont il ne nous restera plus que ces magnifiques complexes semi monastiques.






Source
Pascal Majérus.




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Jehanne - dans La Société
11 février 2008 1 11 /02 /février /2008 08:40
Chrétien de Troyes.




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Le plus célèbre poète français du XIIe siècle. Ce que nous connaissons de sa vie est fort peu de chose. On a quelque raison de supposer qu'il exerçait la profession de héraut d'armes. Il fut le protégé de Marie, la fille du roi Louis VII et l'Aliénor de Poitiers, mariée en 1164 au comte Henri Ier de Champagne. Le Perceval, que la mort du poète laissa inachevé, est dédié à Philippe d'Alsace, comte de Flandres et de Vermandois, qui périt à la croisade en 1191. Chrétien écrivait le dialecte de Troyes, peu différent de la langue de Paris, qui ne s'imposait pas encore à la province. Il débuta probablement par l'imitation de l'antiquité, qui inspirait vers le même temps le roman de Troie de Benoît de Sainte-More, le roman de Thèbes et l'Eneas. Une parenté d'esprit naturelle le fit s'attacher avec prédilection à Ovide : il traduisit, sans doute le premier au moyen âge, L'Art d'aimer et emprunta aux Métamorphoses l'épisode de Progné, Térée et Philomèle. La version de cette muance a été intercalée, avec d'autres ouvrages anciens d'auteurs inconnus, dans L'Ovide moralisé, paraphrase des Métamorphoses versifiée au XIIIe siècle par Chrétien Legouais de Sainte-More. La Philomena de Chrétien de Troyes a échappé ainsi à la destruction, tandis que L'Art d'aimer et le Mors de l'épaule, qui semble être l'histoire de Pélops, n'ont pas été retrouvés jusqu'à présent. On regrette davantage le poème perdu sur les amours de Tristan et d'Iseut, qui a peut-être été la source du grand roman en prose, dont la vogue a duré jusqu'à la Renaissance. Bien que les poésies lyriques attribuées à Chrétien par divers manuscrits ne soient ni d'une authenticité ni d'une date certaines, on croit pouvoir reconnaître en lui, sinon le premier, au moins l'un des premiers qui aient imité au nord de la Loire la poésie provençale. Le reste de l'œuvre du trouvère champenois paraît nous être bien conservé. La suite chronologique de ses grands romans, tous consacrés à des héros du cycle de la Table Ronde, est assurée par divers témoignages, et rien n'y fait soupçonner de lacune.

L'Historia regum Britanniae de Gaufrei de Monmouth était encore dans sa nouveauté et répandait parmi les savants et les lettrés le nom et la gloire du grand roi Arthur de Bretagne. Depuis longtemps, des musiciens et des conteurs en prose colportaient dans les cours anglaises et françaises des légendes celtiques, principalement galloises. Leurs thèmes préférés avaient séduit des poètes anglo-normands, comme ce Béroul dont nous possédons un fragment considérable sur Tristan. La vive et merveilleuse fantaisie qui animait ces histoires bretonnes, l'esprit d'aventure qui y régnait, le rôle qu'y jouaient la femme et l'amour, tout cela était bien fait pour charmer la société contemporaine de Chrétien de Troyes, cette société déjà raffinée, galante, éprise de fêtes et de bel esprit, si éloignée des mœurs rudes et sévères que nous retracent les chansons de geste. On s'accorde aujourd'hui à revendiquer pour notre poète l'honneur d'avoir créé le roman breton, en introduisant dans la littérature française du continent Arthur et les chevaliers de la Table Ronde. Du moins, c'est lui qui a eu la gloire de fixer les traits les plus caractéristiques sous lesquels ce monde enchanté a persisté dans l'imagination de la postérité. Les successeurs de Chrétien imitent son style, ses procédés de composition, lui empruntent des noms propres, des lieux communs, des situations, des aventures, des caractères. Aux yeux des Français d'Angleterre, Arthur et ses chevaliers apparaissaient déjà comme des modèles de la courtoisie et de toutes les vertus chevaleresques. Grâce à Chrétien de Troyes, cet idéal raffiné de l'homme de bonne compagnie et une conception nouvelle des rapports des deux sexes trouvèrent leur meilleure expression dans les romans de la Table Ronde, comme cinq siècles plus tard la mélancolie rêveuse de nos arrières-grand-pères s'empara d'Ossian et des héros populaires écossais.

À la brutalité de certaines scènes, au plaisir que le poète éprouve à décrire de grands coups d'épée, on reconnaît encore dans Erec l'influence des chansons de geste. Bien qu'il y ait du charme dans la peinture du dévouement conjugal d'Enide, ce roman n'est guère qu'une suite de descriptions brillantes et d'aventures guerrières, faiblement liées entre elles. Dans Cligés, les longs monologues des amants trahissent curieusement le goût du jour pour les subtilités de l'analyse psychologique, appliquée aux émotions tout artificielles d'un amour de tête, spirituel, raisonneur et froid. Le fond du récit est une légende orientale, dont l'héroïne habituelle est la femme de Salomon, enlevée à son mari par un amant, grâce à un narcotique qui la fait passer pour morte, comme Juliette dans le drame de Shakespeare. C'est vraisemblablement par un intermédiaire byzantin que ce conte est parvenu jusqu'à Chrétien, et l'action principale de Cligés se déroule à Constantinople. Mais l'écrivain qui avait mis le roman breton à la mode s'est plu à conduire ses héros grecs à la cour d'Arthur et à leur faire jouer un rôle marquant parmi les chevaliers de la Table Ronde. Les poètes du moyen âge aiment à relater les aventures successives de plusieurs générations: Chrétien raconte longuement les amours d'Alexandre, père de Cligés, et son mariage avec Soredamors, sœur de Gauvain, avant de passer à son véritable sujet, l'histoire de Cligés et de Fénice. Ce personnage de Fénice est traité avec beaucoup de délicatesse; il semble que l'auteur se soit appliqué à dissimuler, à effacer, à force d'habileté, ce qu'avait de scabreux la donnée de l'adultère entre un neveu et la femme de son oncle. Le mari, nommé Alis, a usurpé la couronne impériale qui appartient légitimement à Cligés. Fénice, qui a aimé le jeune homme avant son mariage, répugne à appartenir, comme Iseut, à deux hommes à la fois. Aidée par les sortilèges de sa fidèle Thessala, elle veut n'être la femme d'Alis que dans l'opinion de celui-ci et du monde. Elle ne consent à se donner à Cligès qu'après la mort feinte et l'enlèvement.

Entre 1164 et 1175, il écrivait le Conte de la Charrette; mais il ne l'acheva pas, nous ne savons pour quelle raison. Un millier de vers environ ont pour auteur le clerc Godefroy de Lagny. La narration est, peut-être à dessein, embarrassée et obscure. Chrétien nous apprend que sa dame de Champagne lui avait fourni la matière et le sens de cet ouvrage. Un vieux conte gallois d'origine mythologique disait l'enlèvement de la reine Guenièvre, femme d'Arthur, par le roi du pays dont nul ne revient et sa délivrance par un héros, qui franchissait un pont mince et tranchant comme le fil d'une épée. C'est probablement parmi les Français d'Angleterre que l'aventure fut attribuée à Lancelot, personnage tout à fait inconnu de la tradition celtique. On racontait qu'en poursuivant le ravisseur il avait perdu son cheval et avait été obligé de monter sur une charrette : par suite de ce qu'il y avait là de peu noble pour un chevalier, il résultait pour lui de cet accident quelque déshonneur et le surnom du Chevalier de la Charrette. Telles sont les grandes lignes du récit qu'a recueilli Chrétien et dont il a tiré une des œuvres capitales de la littérature du moyen âge, en transformant la relation de fidèle vassalité, qui unissait Lancelot à la femme de son suzerain, en un commerce amoureux.

Les fameuses cours d'amour n'ont jamais existé que dans l'imagination de quelques modernes. Mais on parlait beaucoup d'amours à ces cours brillantes d'Henri Ier et d'Henri II d'Angleterre, où s'éveillait le goût de la vie mondaine et des plaisirs de l'esprit. On aimait à raffiner sur les sentiments, à discuter de délicats problèmes d'étiquette galante et de casuistique amoureuse, dans l'entourage de ces intelligentes et spirituelles princesses qui gouvernèrent des États et encouragèrent les poètes, comme la reine Aliénor et sa fille Marie, Ermenjart de Narbonne, Marguerite de Flandres, sœur de Philippe d'Alsace, Aéliz de Champagne, reine de France en 1160. Sous l'empire de la tendance logicienne et généralisatrice si puissante au moyen âge, et par l'influence d'Ovide, l'un des plus goûtés d'entre les poètes anciens, au contact des mœurs et de la poésie du Midi, un nouvel idéal sentimental naissait dans ces compagnies distinguées, qui font songer, en plein XIIe siècle, à l'hôtel de Rambouillet. L'amour courtois, l'amour chevaleresque apparaît pour la première fois en littérature dans le Conte de la Charrette. M. G. Paris en a exposé la théorie d'après ce roman, éclairé par des documents postérieurs. Guenièvre et Lancelot sont les types accomplis de la dame et de l'ami; leur amour, furtif, illégitime, adultère, à la fois exalté et mystique sans cesser d'être sensuel, « fondé sur la pleine possession, mais ne laissant aux sens qu'une part secondaire », cet amour quintessencié, si rare, si peu humain, est celui que rêvèrent les âmes sensibles au temps de Louis VII et de Philippe-Auguste. La femme, placée par l'amour qu'elle inspire et le péril qu'elle court en s'y livrant sur une sorte de piédestal surnaturel, encourage l'homme à s'élever plus près d'elle et ne craint pas de le soumettre à de dures épreuves pour le faire plus valoir et le rendre plus parfait. Par suite, l'amour est conçu comme un art, une science, une vertu, dont l'exercice est « étroitement lié à la pratique et à l'accroissement des vertus sociales ». Ces idées, dont il ne serait pas difficile de retrouver la trace au fond de nos cœurs d'hommes du XIXe siècle, eurent un immense retentissement : le roman en prose de Lancelot, dont le poème de Chrétien, dérimé, a fourni en quelque sorte le noyau, les répandit dans toute l'Europe. Le récit de Françoise de Rimini nous offre comme un lointain écho du prodigieux succès qu'obtint le Conte de la Charrette et atteste que le sens n'en fut point perdu pour les contemporains ni pour la postérité.

Ivain ou le Chevalier au Lion, composé vers 1175, est peut-être, malgré quelques longueurs, le chef-d'œuvre de Chrétien de Troyes et le meilleur type du roman arthurien. Il y a de belles parties dans le Conte du Graal ou le Perceval, que divers poètes eurent l'ambition de continuer et d'achever. L'étude spéciale des dix mille vers écrits par Chrétien est inséparable d'une étude d'ensemble sur l'immense littérature du Saint-Graal, qui en est dérivée presque tout entière. Certains critiques attribuent à notre romancier le poème de Guillaume d'Angleterre, dont l'auteur se nomme aussi Cresthien. Pourtant le Guillaume ne ressemble en rien aux ouvrages authentiques du trouvère champenois: c'est à la fois une vie de saint et l'un de ces romans d'aventures qui ne se dénouent que par une série de reconnaissances et de hasards miraculeux. Au lieu de brillantes descriptions de costumes, d'habitations, de fêtes et de tournois, on y trouve de vives peintures de la vie des petites gens, misérables sans feu ni lieu, pirates, marchands, bourgeois. Le style n'a pas l'élégance et la grâce habituelles chez Chrétien de Troyes, mais frappe par l'énergie, la fermeté, l'élévation.

Toutes les qualités du Français de race, la clarté, la vivacité, l'esprit, sont celles du poète favori de Marie de Champagne. Nous sommes encore aujourd'hui charmés par son art délicat, son style facile et limpide, la fraîcheur et l'éclat de sa diction. Le « beau français » de Chrétien, si admiré au moyen âge, est une langue excellente, savoureuse, pittoresque, vraiment classique. À la vérité, l'enchaînement des phrases est mou, lâche; la composition est souvent incohérente, obscure, surchargée d'épisodes inutiles; mais ce sont là des défauts communs à presque tous les poètes antérieurs à la Renaissance. Le nôtre s'entend à merveille à faire courir deux à deux les petits vers de huit syllabes et manie admirablement le dialogue vif et rapide. Ce qui lui manque à nos yeux pour être mieux qu'un très habile écrivain et un très agréable romancier, c'est le rêve, la mélancolie, le don des larmes, les grands horizons poétiques. Superficiel et charmant, il a rarement su peindre la passion vraie et ne provoque jamais d'émotion grandiose ou profonde. L'épouvantable malheur de sa Philomena semble le toucher à peine: son récit, élégant et froid, est dépourvu de tout accent pathétique. Ces lacunes d'un riche et souple talent frappaient sans doute moins que nous les contemporains de Chrétien. Peu de poètes ont exercé une influence si forte et si prolongée. Dans le domaine de l'art, comme dans celui du sentiment, il a joué le rôle glorieux d'un initiateur et d'un révélateur. Sa réputation littéraire ne fut pas moins grande à l'étranger que dans les pays où résonnait la langue d'oui. Ses romans furent imités en allemand, en norvégien, en anglais, peut-être en gallois, et trouvèrent des traducteurs comme Hartmann d'Aue ou Wolfram d'Eschenbach. Depuis que l'érudition contemporaine a remis son nom en honneur, Chrétien de Troyes a grandi sans cesse dans l'opinion de ceux qui connaissent assez bien notre ancienne langue et notre ancienne littérature.







Source Ernest Muret
Chrétien de Troyes
La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts
1895 - 1902
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Jehanne - dans Personnages Historiques
9 février 2008 6 09 /02 /février /2008 10:24
Fondation de l'abbaye de la Chaise-Dieu.





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Le 28 décembre 1043, Robert de Turlande prend possession d'une clairière dans les forêts d'Auvergne. Il fonde à cet endroit l'une des plus belles abbayes qui soient, la Chaise-Dieu.

Près de mille ans plus tard, l'abbaye trône majestueusement sur le haut plateau du Livradois, partagé entre de maigres pâtures et de grandes forêts à 1080 mètres d'altitude, cerné au nord par la Sénouire et au sud par la Borne, là où l'Auvergne côtoie le Velay et le Forez. Parfois effrayante mais le plus souvent fascinante, installée au milieu du bourg, elle ne laisse personne indifférent. L'église abbatiale conserve, c'est assez rare pour le souligner, une grande partie de son décor et de son mobilier malgré les déprédations importantes causées par les guerres de religions et la Révolution.




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Une abbaye bénie du pape.

Robert de Turlande, cadet d'une grande famille d'Auvergne est né en 1001. Peu disposé au métier des armes, il est placé chez les chanoines de Brioude alors chargés de garder le tombeau de Saint Julien et devient lui même chanoine en 1026 puis prêtre. Insatisfait de la vie qu'il mène, il part pour Rome, puis poursuit son voyage pour étudier la règle de Saint Benoît au mont Cassin. De retour en Auvergne, avec quelques compagnons, il prend possession d'une clairière près d'une chapelle ruinée dans les forêts du Livradois le 28 décembre 1043. Un premier monastère voit le jour en 1050 et prend le nom de Casa Dei (La Maison de Dieu). Ce monastère acquiert rapidement une renommée dans toute l'Auvergne. L'abbaye comptera jusqu'à trois cents moines. Robert et Rencon demandent une approbation royale et pontificale, qu'ils obtiennent en 1052.

A la mort de son fondateur en 1067, l'abbaye est déjà célèbre et dotée de riches possessions concédées par de riches et puissantes familles d'Auvergne. A l'annonce de son décès, les pèlerins affluent à l'abbaye pour vénérer sa dépouille. Très vite célébré comme un saint, il est canonisé par le pape Alexandre II en 1070. On célèbre depuis lors sa fête le 24 avril.

Le 18 août 1095, le Pape Urbain II consacre solennellement l'église abbatiale. L'abbaye prend part aux préparatifs de la première croisade prêchée par Urbain II à Clermont où il nomme Adhémar du Monteil, évêque du Puy, Légat apostolique pour conduire les troupes en terre Sainte. L'abbaye consent des prêts aux chevaliers ce qui lui permet d'augmenter son patrimoine. Elle joue un rôle de banquier comme d'autres monastères à cette époque.

Le 7 mai 1342, Pierre Roger de Beaufort est élu pape sous le nom de Clément VI. Il avait été reçu en 1302, à l'âge de 10 ans, à l'abbaye de la Chaise-Dieu. En 1323 il obtient la Licence et la Maîtrise de théologie. Plusieurs fois évêque à Arras, Sens, Rouen, il est nommé cardinal en 1339. Pape à Avignon, il n'oublie pas son abbaye et lui accorde plusieurs bulles de privilèges.

L'abbaye devient «nullius diocesis». Elle est non seulement exemptée de tout impôt mais elle reçoit l'exterritorialité. Le roi de France et l'évêque de Clermont n'ont plus aucun droit ou pouvoir sur l'abbaye. Dès 1107, le pape Pascal II avait confirmé que l'abbaye ne dépendait que du Siège apostolique et que ce privilège s'étendait à toutes ses dépendances. En 1144, Lucius II renouvelait cette protection pontificale, qualifiant l'abbaye de«miroir de la perfection monastique».

Clément VI décide en 1344 de faire reconstruire l'abbatiale. L'architecte Hugues Morel, languedocien d'origine, est désigné comme principal Maître d'oeuvre. Il sera secondé dans sa tâche par Pierre Falciat et Pierre de Cébazat. A grand renfort d'ouvriers, on démolit partiellement l'église romane, car il fallait conserver un lieu de culte. Un édifice important comme le laisse entrevoir la comptabilité de l'époque. Le terrain en forte pente dut être nivelé pour recevoir les fondations de l'abbatiale. Les travaux sont rapidement achevés. L'ancienne église gênant la fin des travaux, il est décidé de la détruire définitivement en janvier 1347.

Toute la région participe à la tâche. Les ouvriers et artistes, qui se déplacent de chantier en chantier ignorent les frontières. Le latin ou lingua franca, la langue commune de ces hommes, véhicule non seulement les outils mais aussi le savoir mathématique et géométrique. Les chiffres, tels que pi ou le nombre d'or, sont indispensables à l'édification de constructions religieuses.

Jean de Chandorat, alors abbé, quitte l'abbaye pour administrer l'évêché du Puy, à la demande de Clément VI. Attaché à son abbaye, Jean reviendra une première fois en 1352 pour procéder à la translation des reliques de Saint Robert puis une seconde fois en 1353 pour accompagner la dépouille de Clément VI qui avait souhaité que son tombeau soit placé au coeur de l'abbatiale. Il décèdera en 1356 et sera inhumé dans l'abbaye. La charge d'abbé reste vacante pendant cinq mois et sera confiée à Pierre d'Aigrefeuille.

Les travaux se poursuivent. En 1350, l'église abbatiale est en partie achevée et il ne lui manque que la façade. Pierre d'Aigrefeuille est remplacé par Étienne Mallet. Nommé, à son tour, évêque d'Elne en Roussillon, Étienne Mallet cède la charge à Etienne d'Aigrefeuille, frère du précédent, qui devient abbé. La plupart des constructions en chantier s'achèvent mais il reste la décoration intérieure. Clément VI fait appel à Matteo Giovanetti de Viterbe, son peintre favori, et lui commande huit tableaux. Pour les fresques, Matteo gagne la Chaise-Dieu en 1351 et réalise "La vie de Saint Robert", aujourd'hui disparue. La translation des reliques de Saint Robert sous le maître-autel de l'abbatiale semble indiquer la fin des travaux, en 1352.

Clément VI décède le 6 décembre 1352 en Avignon avec le regret de n'avoir pu refaire l'unité de l'Église autour du Saint-Siège romain. Après un long voyage, sa dépouille est déposée dans le choeur de l'église abbatiale, le 8 avril 1353, par l'abbé Renaud de Montclar.




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Heures sombres de l'abbaye.

Le pape Clément XI avait donné aux abbés et aux confesseurs nommés par lui le droit d'absoudre de tous les péchés. Aussi l'abbaye devient-elle un important centre de pèlerinage durant tout le Moyen Âge et le restera jusqu'à la Révolution. Les travaux de construction de la tour clémentine commencés vers 1355, à l'initiative de Jean de Chandorat qui donna 12.000 florins, s'arrêtent faute d'argent. Il décède en 1378 après avoir lutté, lui aussi sans succès, pour ramener le Saint Siège à Rome.

Les travaux ne seront définitivement achevés que l'année suivante. Puissante tour carrée, d'aspect militaire, entourée de mâchicoulis et percée d'archères, la tour Clémentine sert essentiellement de tour de défense passive. Elle sera utilisée au fil du temps comme donjon, grenier, salle du trésor pour les reliques, ou comme sacristie.

A la fin du XIVème siècle l'abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu compte encore trois cents prieurés dans l'ensemble de ses dépendances. Mais son rayonnement tant en France qu'en Europe tend à décliner. Les guerres et les calamités de toutes sortes ne l'ont pas épargnée et ont contribué à la perte de certaines de ses dépendances les plus lointaines d'Italie et d'Espagne.

Le recrutement dans l'ordre bénédictin est de plus en plus difficile et la ferveur chrétienne, en ces temps troublés, a fait place au doute. A la fin de l'année 1377, les moines de l'abbaye élisent André Ayraud à leur tête. Mais le mécontentement prend place au sein de la communauté. Comme l'abbaye enregistre déjà des baisses importantes de ses revenus, André fait mettre en ordre tous les statuts et traités anciens pour les insérer dans un seul parchemin, le Domino.

En 1383, l'Anglais est en Velay et en Auvergne. Quand le pays n'est pas étouffé par la guerre, il est saigné par les exactions répétées du Duc de Berry. En 1390, un seul constat, l'Auvergne et le Velay sont ruinés. André Ayraud fonde des aumônes et fait donner du pain à tous les pauvres. Pour mettre l'abbaye à l'abri, il fait renforcer les murs d'enceinte, les munit de fortins et de fossés. Il meurt en 1420 avec la réputation d'un «grand homme de bien».

L'abbaye possède toujours nombre de dépendances, abbayes, monastères de moniales et prieurés mais toutes ne sont pas d'égale importance. Souvent peu peuplées, mal entretenues et mal gérées, leur prospérité est en déclin. Les guerres ou les révoltes qui entraînent le pillages et les épidémies de toutes sortes, achèvent d'affaiblir l'abbaye mère. Malgré toutes ces difficultés, une grande partie de la population du village de la Chaise-Dieu travaille pour l'abbaye. Enfants ou vieillards, religieux ou laïcs, tout le monde participe aux diverses tâches nécessaires à l'entretien et à la vie du monastère. La région, en cette fin de Moyen-Âge, retrouve un peu de quiétude.

L'élection du successeur d'André Ayraud est quelque peu houleuse. Malgré de multiples protestations, le pape Martin V confirme l'élection de Hugues de Chauvigny. En 1426, celui-ci prend des mesures contre un incendie qui ravage durant trois jours le village de la Chaise-Dieu. Hugues règnera sur l'abbaye durant 45 années.

La fresque célèbre de la Danse macabre pourrait avoir été réalisée pendant son abbatiat, inspirée par les horreurs de l'époque. Mais, peu actif, il ne peut endiguer le déclin de l'abbaye et en août 1465, résigne en faveur de Renaud, son neveu. Renaud de Chauvigny de Blot, infirmier de l'abbaye était un personnage en vue, conseiller du roi, baron de Blot et sénéchal d'Auvergne. Pas plus actif dans son abbatiat que son oncle, il ne reste pas ou peu dans les mémoires. Il décède le 9 mai 1491, quelques mois avant que le Moyen-Âge ne cède la place à la Renaissance dans l'Histoire de France.

Le dernier abbé régulier, élu librement par la communauté, sera Jacques de Saint-Nectaire. Jacques passe pour un abbé artiste et se distingue par un vrai goût des arts. Il fait venir des ouvriers, de France et de Flandre, pour remettre en état le réfectoire, le cloître, les bâtiments conventuels, la salle capitulaire et l'infirmerie. Il fait aussi refaire la toiture de l'abbatiale endommagée par la foudre en 1497. On lui doit peut-être les stalles de chêne sculptées, encore visibles dans le choeur de l'abbatiale. Il est aussi le commanditaire des draps imagés (tapisseries) du choeur qui représentent des scènes de l'Ancien Testament. Ces tapisseries furent réalisées entre 1516 et 1518.

Le concordat de Bologne entre le pape Léon X et François Ier place l'abbaye au même rang que les autres églises de France, dans la main du roi. Jacques de Saint-Nectaire meurt le 24 octobre 1518. Désormais, l'abbé de la Chaise-Dieu est nommé par le roi. Une nouvelle ère commence pour l'abbaye, qui sera bien différente des précédentes. Plusieurs abbés commendataires se succèderont sans toutefois laisser un souvenir impérissable. La plupart d'entre eux ne résideront pas à l'abbaye. Quelques-uns sont restés célèbres dans l'histoire, mais pour d'autres raisons, Armand Du Plessis, duc de Richelieu, Jules Mazarin, Armand de Rohan Soubise ou Louis René-Edouard de Rohan Guémené connu comme le protagoniste de l'affaire du collier de la Reine et dernier abbé de la Chaise-Dieu.

La Révolution mettra un terme à la présence de moines bénédictins et vendra une partie des bâtiments comme biens nationaux. Seule l'église abbatiale conserve son statut de lieu de culte et devient église paroissiale. Depuis quelques années, la communauté Saint Jean s'est installée à la Chaise-Dieu, assurant une présence religieuse et apostolique sur ces hauts plateaux du Livradois.






Source Patrick Rossi.

 

 

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Jehanne - dans Patrimoine
8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 08:14
Le massacre de la Saint Brice.





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Le 13 novembre 1002, le roi anglo-saxon Ethelred II massacre en grand nombre des Danois qui s'étaient établis de force sur ses terres. Parmi ses victimes figurent la soeur et le beau-frère du roi de Danemark, Sven à la Barbe fourchue.

Ce dernier est un redoutable chef viking qui a déjà mené des guerres victorieuses contre les Allemands et les Norvégiens. En réplique au «massacre de la Saint-Brice», il entreprend derechef de conquérir l'Angleterre.



Les premiers Anglo-Saxons.

L'Angleterre doit son nom aux envahisseurs germaniques qui avaient pris la place des Romains. Venus de l'Allemagne actuelle, les Angles et leurs cousins Saxons débarquent sur l'île de Bretagne au Ve siècle après Jésus-Christ. Ils chassent peu à peu des plaines les premiers habitants, des Celtes dénommés Bretons.

Les Bretons se réfugient dans les montagnes d'Écosse, du pays de Galles ou de Cornouaille. Quelques-uns traversent la Manche et s'établissent à la pointe de la Gaule, en des lieux austères, désertés par les Gallo-Romains, qui prennent le nom de «petite Bretagne» (aujourd'hui la Bretagne française).

Les farouches Anglo-Saxons introduisent dans l'île les dieux du panthéon germanique : Odin (aussi appelé Wotin), Thor, Freya,... Leur souvenir subsiste dans l'appellation anglaise des jours de la semaine : Wednesday, Thursday, Friday.


Irlandais catholiques et irréductibles.

Tandis que l'Angleterre renoue avec la barbarie, l'île voisine d'Irlande, épargnée par les invasions, conserve son identité celte et, mieux encore, se voue au catholicisme sous l'impulsion de saint Patrick.

Des ermites restaurent avec passion la culture latine et les traditions de l'Église des origines. Pour des raisons de sécurité, ils prennent l'habitude de se grouper en communautés, sous l'autorité d'un abbé.

Bientôt, un grand nombre de ces moines vont quitter l'Irlande et convertir les peuplades germaniques du continent ainsi que les Anglo-saxons de Grande-Bretagne. En Angleterre, ils entrent en concurrence avec les moines bénédictins venus de Rome à l'initiative du pape Grégoire 1er, et qui sont à l'origine de l'archevêché de Cantorbéry. Son premier titulaire, Augustin, n'a de cesse de réunir tout le clergé de l'île sous son autorité.


Invasions vikings.

La situation se gâte au début du IXe siècle, à l'époque de Charlemagne, quand la Grande-Bretagne et le Continent font connaissance avec les Vikings.

Les Vikings sont des hommes épris d'aventure qui se refusent à vivre dans leurs paisibles communautés paysannes du grand nord de l'Europe. Ils se forment en bandes et naviguent vers l'ouest, en quête d'épopées. Plusieurs milliers de ces Vikings, venus du Danemark, s'établissent sur les rivages occidentaux de la Grande-Bretagne, en Est-Anglie, dans un territoire dénommé Danelaw.

Parmi les différents rois saxons qui se partagent l'île, l'un d'eux, Alfred le Grand, roi du Kent, laisse le souvenir d'avoir résisté avec bravoure à la pression danoise. ll bat l'armée des envahisseurs à Ethandum en 878. Fort de sa victoire, il unifie les royaumes anglo-saxons et constitue un semblant d'État monarchique.


Un éphémère royaume danois.

Edgar le Pacifique, un lointain successeur d'Alfred, assure une relative prospérité à son royaume. Mais son deuxième fils, Ethelred II, qui accède au trône en 978, ne témoigne pas de la même sagesse, d'où son surnom de Mal avisé ! Ethelred II, après le massacre de la Saint-Brice, se montre incapable de faire face à l'offensive triomphale de Sven à la Barbe fourchue.

Le Danois remonte la Tamise, prend Cantorbéry et exécute l'archevêque. Son malheureux ennemi ne trouve d'autre moyen pour le convaincre de repartir que d'imposer les terres de ses sujets et de lui verser la collecte. C'est le Danegeld, l'argent des Danois. Ce tribut n'a d'autre effet que de rendre les Danois plus vindicatifs.

Sven confie son royaume de Danemark à son fils aîné, Harald. Avec l'aide du second, Knut (ou Canut), il repart de plus belle à la conquête de l'Angleterre.
Le Saxon Ethelred s'enfuit en Normandie, chez son beau-frère, le duc Richard.

À la mort de Sven, son fils Knut bat en retraite au Danemark, non sans avoir au préalable fait couper le nez, les oreilles et les mains des prisonniers anglais.

Le Danois revient un peu plus tard en Angleterre avec de nouvelles troupes et combat le courageux fils d'Ethelred II, Edmond Ironside («Côte-de-fer»).

Les deux ennemis se partagent dans un premier temps le pays. Le 18 octobre 1016, enfin, Knut bat Edmond à Ashingdon, dans l'Essex.

Bientôt, les nobles saxons, réunis en conseil, se résignent à céder la couronne au vainqueur. Knut le Grand, en habile homme d'État, traite à égalité les vaincus et les vainqueurs. Lui-même épouse Emma, la veuve d'Ethelred II.

Par la conquête et les héritages, il adjoint à la couronne d'Angleterre celles d'Écosse, du Danemark et de Norvège, constituant ainsi un original empire anglo-scandinave...

Mais cette construction ne lui survivra pas et à sa mort, le 12 novembre 1035, la couronne anglaise retournera à un Saxon, Édouard le Confesseur, deuxième fils du roi Ethelred II.

C 'est un autre descendant de Viking, le Normand Guillaume le Conquérant, qui s'appropriera définitivement la couronne d'Angleterre.






Source Hérodote.net

 

 

 

 

 

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Jehanne - dans La Société

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