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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 08:57

L’école au Moyen Age.




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Au Moyen-Age, les enfants n’apprenaient pas tous à lire et à écrire. Beaucoup d’enfants de paysans devaient aider leurs parents dans leur travail. Les enfants des familles riches étaient généralement plus instruits que les autres, mais au cours du Moyen-Age des écoles gratuites ont été créées et des enfants de familles modestes ont pu en profiter.

Au début du Moyen-Age, la plupart des écoles se trouvaient dans les monastères. A la fin du VIIe siècle, Charlemagne a encouragé la création d’écoles en dehors des monastères, il souhaitait qu’un plus grand nombre d’enfants puisse apprendre à lire, à écrire, à compter et à réciter des prières. Les enfants des monastères étaient pensionnaires : ils étaient confiés aux moines pour quelques années, le temps de savoir bien lire, compter, chanter et réciter les prières. Les parents donnaient aux religieux de l’argent et parfois des terres pour qu’ils prennent bien soin de leur enfant et se chargent de son instruction. Les élèves des petites écoles apprenaient seulement l’essentiel : la lecture, le calcul et parfois l’écriture. Généralement, ils n’étaient pas pensionnaires : ils arrivaient tôt le matin, avec leur déjeuner dans leur panier et rentraient chez eux le soir. Les petites écoles étaient dirigées par des prêtres qui en principe enseignaient gratuitement. Ils accueillaient beaucoup de jeunes enfants destinés à devenir clercs (religieux) et aussi des élèves pauvres ou de futurs commerçants. Certains enfants entraient au monastère pour toujours parce que leurs parents voulaient qu’ils deviennent moines, dans ce cas les moines acceptaient d’accueillir les enfants pauvres qui pouvaient ainsi être instruits et échapper définitivement à la misère. Les garçons y étaient admis vers 6 ou 7 ans et les moines leur apprenaient la lecture, le calcul, le latin, le chant et parfois l’écriture. Les petites écoles ne se sont développées qu’à partir des XIe-XIIe siècles, et surtout dans les villes. A cette époque en effet, les artisans et les marchands ont attaché davantage d’importance à l’instruction de leurs enfants : pour exercer un métier dans le commerce, il était devenu indispensable de savoir lire, écrire et compter. Les petites filles, elles pouvaient aller dans des monastères de femmes où les religieuses (les moniales) leurs enseignaient en plus la couture et la broderie.






 D’après " L’école au Moyen-Age " dossier d’Arkéo junior n°45, septembre 1998

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Jehanne - dans La Société
18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 09:15
La bataille de Bouvines.





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Tout a commencé avec la victoire de Guillaume le Conquérant à Hastings en 1066. Un duc de Normandie, vassal du roi de France, devenait roi d'Angleterre, ce qui allait compliquer singulièrement les relations politiques entre les deux nations.

Lorsque Philippe Auguste devient roi, en 1180, il a pour vassal Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, fils de Geoffroy, gendre de Henri 1er, descendant de Guillaume le Conquérant. A ce titre, le Plantagenêt est donc également duc de Normandie et roi d'Angleterre.

Par son épouse, Aliénor d'Aquitaine, ex-reine de France, il exerce de surcroît son influence sur le puissant duché d'Aquitaine. Enfin, en 1169, il a uni son fils Geoffroy à Constance, fille du comte de Bretagne.

Au total, Henri II étend donc son pouvoir sur un territoire voisin de trente-cinq départements français, allant de la Normandie à l'Aquitaine.

Dans le même temps, le domaine royal de Philippe Auguste excède à peine Paris et sa périphérie. Le Capétien n'aura donc de cesse de combattre les Plantagenêt pour reconquérir les fiefs continentaux perdus : Henri II d'abord, puis Richard Cœur de Lion, et Jean sans Terre, enfin, dont il décimera les armées en 1214, à la Roche-aux-Moines et à Bouvines.



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1213 - Jean sans Terre est parvenu à former une coalition contre Philippe Auguste, avec son neveu Otton IV, empereur d'Allemagne, le comte de Flandre Ferdinand de Portugal dit "Ferrand", le comte de Boulogne Renaud de Dammartin, le duc de Brabant Henri de Louvain, le duc de Lorraine, et le comte de Frise Guillaume le Velu.

Lors des fêtes de Noël, il reçoit les leaders de la coalition et leur expose son plan :

- Dans un premier temps, les Anglais débarqueraient à la Rochelle et remonteraient vers Paris, afin d'attirer le Capétien au sud.

- Cela fait, Otton aurait le champ libre pour attaquer la capitale par le Nord.

L'armée capétienne serait ainsi prise en étau. Le plan est jugé excellent et on s'abandonne aux libations, en se partageant déjà le futur domaine conquis.



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Le 16 février 1214, Jean sans Terre débarque à la Rochelle. Informé de ce débarquement, Philippe Auguste descend aussi vite jusque Châtellerault, accompagné de son fils Louis. Le roi Jean amorce alors une manœuvre de repli, espérant bien attirer le Capétien au plus loin de la capitale.

Mais Philippe Auguste, surnommé "prudent et sage", flaire le piège et s'arrête à Chinon. Apprenant que l'empereur s'apprête à l'attaquer par le nord, il scinde son armée en deux : Louis reste sur la Loire et lui-même remonte jusque Péronne en Picardie, où il lance un appel aux communes pour qu'elles lui fournissent des troupes.

Pendant ce temps, Jean monte une nouvelle fois vers Paris, mais préfère assiéger la forteresse de la Roche aux Moines, plutôt que de l'éviter pour marcher sur la capitale. Il craint de se faire couper toute voie de repli, en cas d'échec devant Paris.

La forteresse, commandée par le sénéchal d'Anjou Guillaume des Roches, ne cède pas et lorsque Louis arrive de Chinon, Jean sans Terre s'enfuit en laissant sur place ses machines de guerre. Nous sommes le 2 juillet 1214.

De retour à la Rochelle, le roi d'Angleterre enjoint l'empereur Otton de lancer son attaque.



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L'affrontement décisif, entre le roi et l'empereur, se déroulera le 27 juillet 1214. Il entrera dans l'histoire sous le nom de "bataille de Bouvines", alors qu'il se déroula, en réalité, sur le plateau de Cysoing.

Il faut y voir, sans doute, une référence au pont de Bouvines et à la chapelle Saint-Pierre où pria le roi, avant la bataille.



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Venue d'Aix la Chapelle, la coalition stationne à Valenciennes. Apprenant sa présence, Philippe Auguste quitte Péronne et fait route vers Douai, le mercredi 23 juillet 1214.

Puis, au lieu de fondre sur ses adversaires, il bifurque subitement au nord, passe le pont de Bouvines le vendredi, et fait halte à Tournai le samedi 26 juillet. Son intention est de contourner la coalition adversaires pour l'attaquer par surprise.

Mais, ainsi que le dit le chapelain du roi Guillaume le Breton, Otton est informé de ce mouvement par un espion ; il déplace son armée à Mortagne, anticipant ainsi l'attaque du Capétien.



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Le soir du Samedi 26 juillet 1214, le roi tient conseil pour décider de la stratégie à adopter, face à la montée de la coalition à Mortagne. Trois plans sont débattus : attaquer Mortagne, rester à Tournai pour y soutenir un siège ou repasser en France, pour choisir un lieu d'affrontement plus favorable.

Durant les débats, Girard la Truie propose au roi de simuler un repli dans la panique, pour attirer l'adversaire sur le plateau de Cysoing, lieu propice à un combat de chevalerie.



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Après avoir parcouru double distance (env. 25 kms, contre 13 pour l'armée capétienne), la coalition rattrape Philippe Auguste vers midi. Cette dernière avançait donc lentement, alors que l'Anonyme de Béthune parlait d'un départ dans la précipitation. Là encore, l'assertion d'un piège se confirme.

Les chroniqueurs le disent d'ailleurs qu'Otton exprima vivement sa surprise de se trouver face à l'armée capétienne, alors qu'il la croyait en fuite. 

Quittant la voie romaine, pour remonter d'abord au nord (septentrion), l'empereur se positionne ensuite face au soleil, ainsi qu'en témoigne la Chronique de Saint-Denis : "ils s'arrêtèrent par devers septentrion en telle manière qu'ils eurent la lueur du soleil droitement aux yeux", "Le roi ordonna ses batailles ... par devers le midi, front à front, en telle manière que les Français avaient le soleil aux épaules. (voir "Dimanche de Bouvines" de G.Duby). Rappelons que le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest.

Les deux armées occupent le terrain selon le plan ci-contre. Du côté droit du roi et du côté de Ferrand, il n'y a pas de fantassins. Ce front-là est celui de chevalerie : l'objectif est de repousser l'autre vers les marais.

On notera que les deux évêques présents ne prennent pas part aux combats : le frère Guérin commande le flanc droit capétien et Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, se voit confier la garde du pont avec les quatre cents sergents massiers, composant la garde personnelle de Philippe Auguste.

Les milices communales, qui stationnent au campement situé au hameau de l'Hôtellerie, repassent le pont à grandes enjambées, pour rejoindre le reste de l'armée. Nous sommes en début d'après-midi (soleil aux épaules).



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Bien que l'armée coalisée soit trois fois supérieure en nombre, comme le dit  Guillaume le Breton, les plus nombreux tardent à prendre l'initiative du combat.

Guérin, las d'attendre, ordonne alors à cent cinquante sergents soissonnais de charger les chevaliers flamands.

Ces derniers ne bougent pas, se refusant à croiser la lance avec des roturiers, fussent-ils bourgeois. Ils se contentent de les attendre, lances baissées.



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Le sacrifice des soissonnais n'est, toutefois, pas vain : l'empereur donne aussitôt l'ordre d'attaque et leur stratégie apparaît d'emblée aux yeux des Français.

Les fantassins précédant l'empereur forment un coin dont la pointe désigne la Maison royale, tandis que les contingents des comtes Ferrand et Renaud de Dammartin, délaissent les adversaires qui leur font face, pour converger vers le roi.

L'objectif est clair : on veut tuer le Capétien au plus vite, pour disperser l'armée capétienne.



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Le premier instant de surprise passé, les capétiens lancent leur contre-offensive. Robert de Dreux intercepte la charge de Renaud, tandis que les chevaliers champenois et ceux de Montmorency se lancent au devant des flamands de Ferrand. Eustache de Maline crie "Mort aux Français!", ce qui lui vaudra d'être tué par le châtelain de Cassel, Michel de Harnes. Un autre chevalier, Jean Buridan de Furnes s'époumone : "Que chacun pense à sa belle!"

En face, d'autres cris fusent de toutes parts : "Mont joie Saint-André!" (Bourgogne) "Dieu aide!" (Montmorency) "A moi, Melun!" ....

Sur les ailes, les picards du comte de Ponthieu chargent les Anglais de Salisbury, pendant que Bourgogne, Saint-Pol, Melun et Beaumont croisent le fer avec les hennuyers (Hainaut) et les frisons (Pays Bas).

Au centre, les milices communales continuent d'arriver, se faufilant entre les chevaux pour gagner les premiers rangs, alors qu'en face, le coin saxon s'apprête à percer leurs lignes.

Le choc est brutal, sans merci.



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Gautier de Châtillon, comte de Saint-Pol (sur Ternoise) trempe le cuilleron d'une louche dans un muids d'eau, en observant le front qui lui fait face. Soudain, il constate que l'attaque convergente des coalisés a créé une brèche dans le front flamand. Il en réfère aussitôt au frère Guérin, lequel lui donne l'ordre de tenter une percée, afin de prendre les flamands à revers.

Saint-Pol s'entoure des siens, disposés en herse, et, lance en dehors, tous foncent vers l'ouverture, avec le seul souci de traverser les lignes adverses, sans chercher le combat.



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Bousculés par cette pointe capétienne, qui pénètre subitement leurs rangs, les Flamands ne parviennent guère à en réfréner l'assaut : chevaliers, écuyers, et sergents sont projetés à terre par dizaines.

L'effet de surprise joue pleinement et Saint-Pol atteint son objectif. Il fait alors demi-tour et frappe, sans vergogne, les chevaliers flamands, dans l'incapacité de se retourner, tant la presse est grande.



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Le succès de la manœuvre de Saint-Pol est tel que le frère Guérin ordonne au duc de Bourgogne et aux autres commandants d'adopter semblable stratégie.

Peu de temps après, les hommes de fer du Capétien labourent inexorablement les échelles flamandes, semant la mort sur leur passage.

Ils font tant et si bien qu'après trois heures de combat, les frères Hugues et Jean de Mareuil et Gilles d'Athies finissent par se saisir du comte de Flandre. Blessé, épuisé, le surcot en lambeaux, le jeune Portugais est ramené vers l'arrière, couvert de chaînes.

Mais si, sur le flanc droit du roi, le combat tourne à l'avantage des capétiens, sur le flanc gauche, le comte Guillaume de Ponthieu, qui s'est imprudemment avancé, fléchit devant Guillaume de Salisbury, demi-frère de Jean sans Terre surnommé "Longue-Epée".



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Ayant pris l'ascendant sur les picards, Guillaume de Salisbury va pouvoir se porter sur le flanc gauche de Robert de Dreux et mettre ainsi en danger la Maison royale, laquelle subit déjà fortement la presse des fantassins et chevaliers saxons.

Alors l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, décide de désobéir aux ordres du roi, en abandonnant la garde du pont. A la tête des quatre cents sergents massiers, il fonce en direction des Anglais pour secourir son frère.



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Nous arrivons là au tournant de la bataille.

A droite, après la prise de Ferrand, Flamands et Hennuyers se dispersent, permettant ainsi aux chevaliers français de se porter sur le flanc du contingent impérial.

A gauche, avec l'aide de Philippe de Dreux, Ponthieu et Saint-Valery finissent par reprendre l'avantage sur les Anglais.

Au centre, cependant, la situation se dégrade d'instant en instant : le coin saxon traverse les rangs des milices communales, telle l'étrave d'un bateau déchirant la mer. L'un des mercenaires, plus sournois que les autres, parvient même à se glisser derrière le roi, et à l'alpaguer à la hauteur du cou, avec son godendart (pique munie d'une pointe et d'un crochet). Aussitôt, quatre autres ribauds viennent lui prêter main forte et le pire survient : happés par les uns, bousculés par les autres, le roi et son destrier s'écrasent lourdement sur le sol rougi de sang. 

Galon de Montigny agite désespérément l'oriflamme Saint-Denis, pour appeler la Maison royale au secours. De l'autre main, il frappe sans relâche les assaillants, tandis qu'il vient placer son destrier en rempart devant le roi. Au même instant, le chevalier Pierre Tristan met pied à terre et interdit aux fantassins de s'approcher ... ce qu'il paiera de sa vie. Et partout, on crie : "Secorance au roi! Secorance au roi!"



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Les appels de la désespérance sont enfin entendus : Guillaume des Barres et ceux de la Maison royale rompent le combat avec les chevaliers saxons, font demi-tour et se portent au secours de Philippe Auguste. D'emblée, la furie française frappe les dos qui s'offrent à elle et jonche le sol de cadavres saxons. In extremis, on parvient ainsi à sauver le roi, qui aussitôt se remet en selle et fonce sur l'empereur, avec une haine féroce.

Pendant ce temps, à gauche, Philippe de Dreux est parvenu à la hauteur de Salisbury. Prompt comme l'éclair, il évite un coup d'épée et lorsque l'Anglais, entraîné par le poids de son arme, tente de se relever, l'évêque lui administre un magistral coup de plommée sur le crâne. Salisbury mord la poussière et, avec sa chute, l'espoir d'une victoire sur le flanc gauche s'efface. Mercenaires et soldats fuient par centaines.

Ce revirement de situation face aux Anglais met en difficulté Renaud de Dammartin, qui subit toujours les assauts de Robert de Dreux et de Pierre de Courtenay. Déterminé à combattre jusqu'à la fin, il s'entoure alors d'un triple rang de fantassins, formant une forteresse de chair et de piques. De temps à autre, l'enceinte s'ouvre et Renaud et les siens chargent leurs adversaires. Puis, lorsque la fatigue se fait sentir, ils reviennent prendre leur souffle au centre du cerne.



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Alors qu'Anglais, Flamands, Hennuyers, Frisons et Brabançons fuient le champ de bataille, l'empereur subit, à son tour, la foudre capétienne. Girard la Truie, parvenu jusqu'à lui, lui assène un coup de dague à la hauteur du cœur. La lame rebondit sur la maille ; alors Girard frappe derechef. Cette fois, elle vient se loger dans l'œil du destrier impérial qui, en se cabrant, vient de croiser sa trajectoire.

L'animal blessé s'effondre et Otton n'a que le temps de sauter sur un autre destrier, que vient de lui laisser l'un des siens. Mais, sitôt en selle, celui qui se place au-dessus des rois préfère se laisser porter par les ailes de la peur, plutôt que par celles de la victoire ; il s'enfuit sans demander son reste.

Dans son sillage, Guillaume des Barres parvient un instant à le rattraper mais, alors qu'il s'apprête à le frapper de l'épée, son destrier est abattu par un chevalier saxon. Ployant sous le nombre, le Barrois ne devra la vie qu'à l'intervention de Thomas de Saint-Valery, venu du flanc gauche avec cinquante chevaliers de son fief.



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Otton en fuite, Salisbury et Ferrand pris, il ne reste désormais que le comte de Boulogne, Renaud de Dammartin, pour tenir tête au Capétien.

Mais, ployant sous le nombre, son triple cerne de fantassins est rapidement balayé, tel fétu sous le vent.

Alors, dans une charge désespérée, une vanité folle, Renaud se lance au grand galop en direction du roi. Le sergent Pierre de la Tournelle, combattant désormais à pied, a compris le but de cette opération suicide. Lorsque Renaud arrive à sa hauteur, il porte un violent coup de dague au flanc de son destrier. L'animal s'effondre et Renaud reste coincé sous ce dernier agonisant.

Plusieurs chevaliers se disputent si belle proie et personne ne prend garde au serviteur de Guérin, Cornut, qui tente de trancher la gorge du comte. Heureusement pour ce dernier, Guérin arrêtera son geste et Renaud sera présenté à son ami d'enfance, le roi Philippe.

Le soir tombe et les trompes d'airain rappellent les soldats éparpillés. Ainsi fut faite la bataille de Bouvines.






Source "j'étais à Bouvines" de
Alain STRECK paru chez L'Harmattan en 1998.

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Jehanne - dans Les Batailles
17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 08:56
L'eau de fraises.




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Ingrédients :

     - 1 litre d'eau

     - 1 kg de fraises des champs ou de fraises très parfumées, bien mûres, essuyées                  et équeutées

     - quelques feuilles de menthe fraîche

     - 300 gr de miel

     - un quart de litre de vin blanc doux genre banyuls ou Grenache.


Préparation :

Dans une casserole, mettez l'eau et le miel, menez à ébullition pendant cinq minutes. Retirez du feu, incorporez les fraises, couvrez et laissez infuser pendant deux heures.

Passez ce mélange au chinois sans trop l'écraser, ajoutez le vin et mettez en bouteille. Laissez au moins 4 heures au réfrigérateur.

Servez frais en jetant quelques feuilles de menthe fraîche dans les verres.
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Jehanne - dans Les Boissons
16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 08:47
L'accouchement au Moyen âge.




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A la campagne, on accouche dans la ferme ou au château. Chez les gens modestes, la mère de la parturiente, les voisines et une à deux matrones (les sages-femmes de l'époque) assistent à la venue de l'enfant. On rit, on boit et les hommes n'ont pas le droit d'entrer dans la maison. Qu'il pleuve ou qu'il vente, le mari n'entre pas chez lui.

Au château, des tapis et des tentures sont spécialement disposés dans la chambre. La mère, plusieurs matrones, des femmes domestiques, des cousines et des tantes viennent assister et soutenir la femme qui accouche. Un médecin est dans les parages, en cas de complications. Malheureusement, quand on a affaire à lui, c'est généralement pour constater un décès.

En ville, les femmes très pauvres accouchent à l'hôpital, en salle commune. A Paris, l'Hôtel-Dieu dispose d'une salle de vingt-quatre lits que l'on peut occuper à partir du 8e mois de la grossesse. Les femmes accouchent sous le regard des autres, dans des conditions d'intimité inexistante.

A la campagne, on délie tous les nœuds de la maison, et même, dans l'étable, les vaches sont détachées, pour éviter que le cordon ombilical ne s'enroule autour du cou du bébé.

La matrone renifle l'haleine de la parturiente. Si elle est bonne, l'accouchement sera facile ; mauvaise, il sera difficile. A l'époque, on considère qu'une femme battue accouche toujours difficilement. Un bain rempli de mauve, de camomille, de fenouil, de lin et d'orge détend la future mère. On lui fait boire de la poudre de matrice de lièvre mélangée à du vin, car cet animal accouche très rapidement. Puis, une fumigation entre les jambes lui relaxe les chairs.

Si l'accouchement s'annonce difficile, la parturiente fait le tour de la maison à pied, monte et descend les escaliers. Elle met du poivre ou de l'encens dans ses narines, afin de provoquer des éternuements puis des contractions.

Elle accouche adossée à une assistante de la matrone, qui la soutient sous les bras, ou accroupie dans son lit. La matrone s'enduit les mains d'huile de violette et de laurier. Elle entre ensuite sa main dans la femme pour aider à dilater son col. Si l'enfant se présente mal, elle le repousse et essaie de lui faire prendre la bonne position. En cas de naissance de jumeaux, on place un fil sur le poignet du premier pour les différencier.

La religion et la magie sont très présentes dans ces moments où la vie peut disparaître. Le fœtus, dès qu'il bouge, a une âme et est relié à Dieu. Sa vie est plus importante que celle de sa mère, considérée comme impure. Elle a forniqué, elle est donc souillée et ne retrouvera sa "pureté" qu'après les relevailles, un mois après la naissance. De toute façon, dans l'imaginaire populaire de l'époque, une femme qui a péché accouche d'un monstre, diable ou animal.

Pour un accouchement "facile", les curés louent des ceintures de sainte Marguerite, faites à base de racines de courge. Les futures mères peuvent aussi porter sur elle le "sachet accoucheur" de sainte Marguerite, du corail accroché à la cuisse droite et, pour les plus fortunées, un diamant dans la main. Henri V d'Angleterre loue même le "saint prépuce" pour les accouchements de sa femme Catherine de France.

On conseille aux femmes enceintes de retenir leur respiration puis de souffler, en association avec les contractions. L'enfant sort enfin, la matrone coupe le cordon à quatre doigts du nombril (pour les quatre saisons et les quatre âges de la vie). Puis, elle nettoie les glaires du bébé avec un mélange de rose pilée, de miel et de sel, pour resserrer la peau de l'enfant.

Elle doit faire sortir la secondine (le placenta) du corps de la mère avec les mains et si besoin, elle lui fait boire du jus de poireau avec du miel pour la faire vomir.

Si le périnée est déchiré, elle ramollit les chaires avec du beurre fondu puis fait trois ou quatre points de suture avec du fil de soie.

Pour éviter que des démons ne viennent, la sage-femme enterre ou brûle la secondine, et on lui fait cadeau du cordon ombilical qui, séché et réduit en poudre, peut être vendu comme philtre d'amour.

Après l'accouchement, si la maman est saine et sauve, elle a droit à un verre de vin, une volaille et son bouillon. Mais, au Moyen Age, on comptait tout de même 50 % de mortalité lors des accouchements !

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Jehanne - dans La Médecine
15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 08:37
 
Jeu de Merelle.




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Ce jeu est apparut en Europe occidentale au XIVème siècle mais on en retrouve des traces dans l’œuvre d’Ovide. Il existe également au XIII siècle avec quelques variantes notamment des dés.
Une descrïption en est faite dans le « Livre des Jeux » d’Alphonse X.
Ce jeu est connu également sour le nom du « jeu du moulin ».


Règle du jeu :

Ce jeu se joue à deux, sur un plateau et chaque joueur dispose de 9 pions.
Le but du jeu est de réduire son adversaire à moins de deux pions ou à bloquer tous ses pions.

En début de partie le jeu est vide. Le jeu se déroule en deux phases : une phase de placement et une phase de mouvement.

Phase de placement : les joueurs jouent à tour de rôle ; le joueur qui commence est tiré au hasard. Chaque joueur place un pion, et le but est de former un alignement de trois pions (appelé « moulin »). Les pièces d’un moulin sont invulnérables. Lorsqu’un moulin est formé, le joueur peut capturer un pion adverse se trouvant sur le plateau. Lorsque tous les pions sont placés, la seconde phase peut commencer.

Phase de mouvement : à tour de rôle, chaque joueur qui parvient à former un nouveau moulin prend un pion à son adversaire. Toutefois, les pions d’un moulin sont invulnérables. Un joueur est obligé de jouer, même s’il est obligé pour cela de « casser » un moulin.

Au XIIIème siècle, une variante de jeu introduit l’utilisation de trois dés lors de la pase de placement.
Le joueur lance les dés : si le résultat est 6-5-4, 6-3-3, 5-2-2 ou 4-1-1, il peut pénétrer dans un moulin adverse et remplacer un pion adverse par un des siens. Si cette manœuvre lui permet de former un moulin, il peut capturer un autre pion adverse. Les dés dont abandonnés pour la phase de mouvement.





Règles tirées su livre « Les jeux au moyen-âge » de Fabian Müllers CDACM

 



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Jehanne - dans Les Jeux
14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 08:26
Poulet au vin et au verjus.




Le nom complet de cette recette de cuisine médiévale est : "Poulet au vin et au verjus parfumé à la cannelle et au gingembre". Elle est inspirée de Hochepot de poulaille, Viandier de Taillevent, vers 1380.


Recette de Cuisine médiévale : Ingrédients

- 1 poulet fermier (environ 3 kg)
- 70 g de saindoux ou huile
- 120 g de foie frais
- 300 g de pain campagne grillé
- 800 g de vin
- 400 g de verjus
- 800 g de bouillon de boeuf
- 3 cfé de cannelle
- 2 cfé de gingembre
- 1/2 cfé de maniguette
- 5 g de sel.


Recette de la cuisine médiévale.

Coupez le poulet en morceaux (conservez le foie) et faites-le revenir au saindoux ou à l'huile. Dégraissez.
Passez le pain au mixer avec le foie, le vin, le bouillon. Mélangez avec le poulet, salez et faire mijotez 1 heure.
Ajoutez ensuite les épices broyées et délayées dans une cuillère de verjus (gingembre, cannelle, maniguette) et le reste de verjus.
Finissez de cuire encore 15 minutes.
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Jehanne - dans Recettes Médiévales
13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 08:40
L'eau violente.




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Il apparaît que bien peu de clichés, lourds d’une réalité vivement ressentie, ont eu plus de succès à l’époque médiévale que celui de "la nef dans la tempête". Aucun épisode ne revient plus régulièrement dans la vie de nombreux saints que celui d’une traversée, réelle ou symbolique, figurée sur les miniatures, les vitraux ou les bas-reliefs des églises.



Le navire dans la tempête.


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Au Moyen Âge, la nature est le grand réservoir de symboles, surtout la mer, symbole du monde changeant et instable, la mer houleuse représentant les dangers et les difficultés du monde. Le navire relie des terres séparées par l’eau ; aussi l’acte de passer d’une rive à l’autre symbolise-t-il le passage d’un monde à un autre. Le navire est donc l’attribut d’une traversée accomplie, par les vivants ou par les morts. Il est tour à tour véhicule des âmes et des démons, véhicule des dieux et des héros et, comme dans la tradition chrétienne, il symbolise l’Église : le navire est aussi la demeure de Dieu et le Christ, le pilote de la vie des chrétiens. Ce que la Bible a transmis avec la plus grande générosité au Moyen Âge, c’est toute une collection d’images et de symboles reposant principalement sur ces deux formes littéraires que sont la comparaison et la parabole. Celles qu’elle a élaborées sur le thème du navire dans la tempête ont eu la plus grande audience au Moyen Âge. Rappelons aussi le rôle pédagogique de l’image depuis Grégoire le Grand. L’enseignement de la religion et les actes de dévotion se faisaient d’une façon, pourrait-on dire, "audiovisuelle". La parole y dominait, mais la figuration y était considérable.


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Le Déluge.

Quant aux scènes de déluge, elles témoignent souvent d’une grande intensité dramatique. Le Déluge et ses eaux mortelles font ressortir la figure du Christ triomphant de la mort et, par le même glissement d’un plan symbolique à un autre, il figure également le chrétien sorti régénéré par l’eau du baptême où il a été plongé. L’arche est donc le symbole de la demeure protégée par Dieu. Sanctuaire mobile, symbole de la présence de Dieu parmi le peuple de son choix, elle est enfin le symbole de l’Église, ouverte à tous pour le salut du monde.

On peut dire qu’il y a deux espèces de déluge : celui qui détruit, celui qui renouvelle. Le déluge dévorateur peut revêtir lui aussi deux formes : le premier, c’est la grande lame, la vague colossale, "la vague scélérate" qui se dresse au niveau des plus hauts sommets, barre l’horizon, avance inexorable ; l’autre, c’est la montée insidieuse de la marée.


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Entre mythes et désordres naturels.

Quant à la "scène de la tempête", elle est la manifestation de la colère divine. Notons qu’au Moyen Âge, l’événement calamiteux, la catastrophe naturelle, est toujours l’expression d’un dessein de Dieu, d’un avertissement et, généralement, d’une punition. Prenons par exemple l’un des textes évoquant la description de la grande onde de tempête du 16 janvier 1219, qui a marqué le début des ravages de la Zélande et de la Frise et de l’entrée de la mer vers le lac Flevo, constituant le futur Zuiderzee. Emon, abbé de Wittwerum, a bien vu les raisons naturelles du fléau, dû "au hasard des vents", à leur "retournement", sur une mer "déjà démontée"… Mais la cause véritable, au-dessus de toutes les autres, comme l’a dit saint Augustin, c’est la volonté de Dieu.


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Toutes les catastrophes naturelles impliquent, à un niveau ou à un autre, le facteur humain, la dialectique nature-homme. Mais, au Moyen Âge, la catastrophe naturelle était mieux supportée qu’aujourd’hui, car elle était perçue comme une manifestation de la Providence. Cette notion de "catastrophe naturelle", en fait, n’existait pas, car la catastrophe était avant tout la marque de la punition d’une faute individuelle ou collective.
Les pires cataclysmes sont peut-être les ondes de tempêtes (le Sturmflut, unissant forces du vent et forces de la mer), dont l’Occident garde des souvenirs angoissants et des traces durables. Depuis 709 (?), le Mont-Saint-Michel est "au péril de la mer" – la forêt de Scissy a disparu et les marais de Dol n’ont pu être reconquis qu’après l’établissement de la digue du XIsiècle.
La mer déchaînée est assimilée à l’animal qui braie, animal qui, comme Satan, comme la Bête, signifie les tendances inférieures de l’homme déchu. L’esprit chevauche la matière, qui doit lui être soumise, mais qui échappe parfois à sa direction.



Le thème littéraire.

Le récit de la tempête, thème conventionnel par excellence, peut apparaître comme un procédé littéraire. Par ailleurs, n’oublions pas que, dans la littérature du XIIe au XIVsiècle, on relève une sorte d’émulation dans le "déjà dit" que favorisent, chez des poètes volontiers anonymes, l’absence de toute prétention à l’originalité et, de la part des lecteurs, l’attente du morceau qu’on aime. Il est indéniable que poètes, romanciers et chroniqueurs s’ingénient moins à créer de nouveaux thèmes qu’à combiner indéfiniment des motifs d’inspiration d’une valeur et d’un rendement assurés. De là des canons qui semblent souvent dispenser l’artiste d’une véritable émotion personnelle.
Grâce à l’intervention de la tempête, on peut modifier à volonté le cours des événements. Yseult sera séparée au dernier moment de son bien-aimé. Chez Chrétien de Troyes, c’est une tempête qui réunira enfin, après une série d’aventures extraordinaires, Guillaume d’Angleterre et son épouse. Celui dont on veut se débarrasser, on le livre sans secours à la merci des flots. On a ainsi le sentiment réconfortant de ne pas l’avoir tué d’une manière précise, de laisser à Dieu la décision de le sauver. L’adieu au bord de la mer est à la fois le plus déchirant et le plus littéraire des adieux. Toujours prête à engloutir, à dévorer, cette mer incertaine, mouvante, pleine de monstres et de mystères, soumise aux caprices de l’air, est pour le héros un ennemi sans visage, un adversaire mythique dont il doit triompher pour assumer son destin.
La mer est aussi un espace de fuite. Le héros a la possibilité d’y changer d’identité et d’y refaire sa vie. Ce thème s’associe à celui de l’enlèvement par des pirates, celui de la réduction en esclavage s’inspirant de légendes antiques et des réalités barbaresques.
En définitive, comme le souligne Gaston Bachelard, "est-il un thème plus banal que celui de la colère de l’océan ? Une mer calme est prise d’un soudain courroux. Elle gronde et rugit. Elle reçoit toutes les métaphores de la furie, tous les symboles animaux de la fureur et de la rage […] La psychologie de la colère est au fond l’une des plus riches et des plus nuancées […] L’eau violente est un des premiers schèmes de la colère universelle. Aussi, conclut-il, pas d’épopée sans une scène de tempête."
Pour l’homme du Moyen Âge, les tempêtes soudaines de la Méditerranée ne sont pas moins dangereuses que les tourmentes de l’océan. La Méditerranée, mer intérieure, est certes plus rassurante que l’océan sans limites et les regards sur la mer peuvent assurément être opposés lorsqu’ils émanent d’un Méditerranéen et d’un Ponantais, mais leur nature ne diffère pas essentiellement, et les procédés de description offrent de singulières ressemblances. Toutefois, à une geste "pan-française" s’oppose une épopée aquitaine, anglo-normande et maritime dans laquelle la mer détermine plus résolument les activités politiques, économiques, stratégiques et mêmes culturelles. Les textes les plus descriptifs – le récit du voyage de saint Brandan, le roman de Brut, le roman breton de Tristan – sont d’origine celtique ou normande.


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Topos, peut-être, que ce péril de mer, mais la crainte semble réelle. Malgré les instruments et les cartes, sans doute présents sur les navires avant la fin du XIIIsiècle, malgré surtout les bonnes connaissances empiriques de la navigation que possèdent pilote et matelots, ceux-ci apparaissent dans une douloureuse impuissance devant le déchaînement des éléments, ainsi que le relatent toutes les chroniques de navigations. Il faut ajouter qu’avant l’époque des grandes découvertes le cabotage routinier dans des mers sans mystère était beaucoup moins favorable à l’enfantement et à l’enrichissement des mythes que les voyages d’exploration.
Mais l’eau possède davantage une fonction ambivalente : elle est à la fois eau de vie et eau de mort. Elle a un pouvoir destructeur et un pouvoir sotériologique. Dans son essai sur L’Eau et les rêves, Gaston Bachelard écrivait : "Aucune utilité ne peut légitimer le risque immense de partir sur la mer. Pour affronter la navigation, il faut des intérêts puissants."


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Jehanne - dans Divers
12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 08:23
La mer, infranchissable ?




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Fascinante et redoutée, la mer impose sa présence à tous ceux qui vivent sur une terre dont elle dessine les contours, qu’elle visite de ses vagues et de ses marées, qu’elle ravage parfois de ses tempêtes. Si ses tout proches rivages sont restés longtemps "territoire du vide", les hommes n’ont cependant pas hésité à l’affronter dès les plus lointaines époques, le peuplement de certaines îles du Pacifique en témoigne. Mais les moyens existaient-ils pour tenter l’aventure ? La mer était-elle franchissable ? La question se pose sous un double aspect : celui des possibilités techniques, mais aussi, et peut-être surtout, celui des disponibilités mentales.



"N’avoir entre la vie et la mort que l’épaisseur d’une table de planches".


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Tout d’abord, avec quoi se lancer sur l’eau ? Même si la construction navale progresse de façon continue au cours des dix siècles assignés au Moyen Âge, faisant du navire "probablement le plus beau fruit du machinisme médiéval", il faut prendre conscience des faiblesses des embarcations. Certes les Vikings ont atteint le Groenland et même le mystérieux Vinland sur leurs fragiles drakkars. Mais, jusqu’au XIIe siècle, les bateaux sont bien mal armés pour affronter les grandes houles atlantiques. La galère, effilée et rapide, l’eau glissant bien sur son bordage à franc bord, a seulement 1,75 m de creux. La nef, à la coque plus profonde, n’est munie d’un gouvernail que dans les années 1180 au plus tôt. Au cours des XIIIe et XIVsiècles, des navires plus grands sont construits. Au début du XVe siècle enfin apparaît "l’outil de la découverte", selon l’expression de Pierre Chaunu, la caravelle qui allie la maniabilité de la galère à la solidité de la nef. Mais il faut se rappeler qu’elle ne jauge en moyenne que cent tonneaux, ce qui interdit de pouvoir se munir en vivres pour de longues traversées.
Plus encore peut-être que dans la faiblesse des navires, c’est dans les lacunes de l’art de naviguer que résident les difficultés les plus grandes. En ce domaine, l’empirisme règne en maître. Faire le point avec précision relève de l’exploit. Certes, l’utilisation de la boussole est attestée dès 1190, mais la déclinaison magnétique est ignorée, au moins jusqu’au XIVsiècle, d’autant plus facilement qu’elle est très faible en Méditerranée. Pour observer la hauteur des astres, les marins n’utilisent à peu près jamais l’astrolabe, pourtant connu dès le XIIe siècle, mais le quadrant, un cercle en bois marqué en degrés, suspendu à un anneau portant un fil à plomb avec un système de visée sur le côté, instrument d’une précision aléatoire étant donné les mouvements du navire. En l’absence de tout chronomètre, il faut se contenter de retourner les ampolletas, sabliers donnant une durée d’environ une demi-heure, et de laisser filer des cordes à nœuds pour évaluer (en nœuds) la distance parcourue. On note enfin soigneusement les changements de cap commandés par les vents.


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On le voit, tout se conjugue pour que lorsqu’on "se met en mer", selon l’expression accoutumée, on ait avant tout le souci de ne pas perdre de vue la terre. Aux tables donnant des mesures de hauteur des astres, les marins préfèrent les routiers, qui indiquent avec précision un itinéraire longeant la côte et dont on retrouve la trace dès le XIIsiècle. Quand, à la fin du XIIIsiècle (la Carte pisane date des années 1290), apparaissent les premières chartes portulanes, construites sur un canevas de roses des vents à trente-deux directions, ou rhumbs, elles s’accompagnent d’un complément indispensable, le portulan proprement dit, qui n’est autre qu’un routier amélioré. De cap en embouchure de rivière, de port en port, tous ces documents attestent une navigation faite essentiellement à vue. C’est d’ailleurs en "veues", unité de distance en mer déterminée par la limite de visibilité d’une voile sur l’horizon par temps clair, que sont encore, au XVIsiècle, exprimées les distances dans le Grand routier de la mer. Cette somme des connaissances nautiques des marins du Ponant connut une large diffusion à partir de 1520.



"Il n’y a pas de grand parcours en mer complètement dépourvu de terres".



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Il faut ici faire entrer en jeu l’imaginaire. Si la Méditerranée peut être assez aisément parcourue par ceux qui sont sur ses rives comme "des grenouilles autour d’une mare", selon l’expression antique, l’Océan, qui s’ouvre à l’ouest de la Méditerranée, est tourné vers le Ponant, là où disparaît quotidiennement le soleil, un domaine connoté par la mort. C’est plus ou moins transgresser un interdit que de franchir les Colonnes d’Hercule, bornes mettant en garde les marins contre une trop grande audace et que l’on voit figurer sur quelques mappemondes, par exemple sur celle de Hereford (1300), où elles soutiennent une île qui barre en quelque sorte le détroit. Mais l’interdit appelle la transgression, celle des frères Vivaldi, en 1291, voulant sur leurs galères l’Allegranza et le San Antonio aller aux Indes par l’Océan, ou celle de Jaume Ferrer, parti en 1346 à la recherche du Riù del or dans l’ignorance totale de la longueur et des conditions du chemin à parcourir.
Les îles qui jalonnent l’océan changent aussi de visage. L’insula perdita de saint Brandan, hominibus ignota
(inconnue des hommes) selon l’Imago mundi d’Honorius Augustodunensis (vers 1120), apparaît parfois visible un siècle plus tard selon l’Image dou monde de Gossuin de Metz. La mappemonde de Hereford (vers 1300) assimile les îles de saint Brandan aux îles Fortunées, que l’on identifiera comme les Canaries lors de leur redécouverte en 1341. Toujours sur la mappemonde de Hereford, d’autres îles sont non plus barrières mais appel à la navigation.



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Quelle est la distance à franchir pour atteindre l’Inde par l’ouest ? C’est là que se situe le débat qui va se poursuivre pendant tout le XIVsiècle et tout le XVe. Les mesures de la circonférence terrestre, héritées des Anciens, variaient des 31 500 milles d’Ératosthène (chiffre à peu près exact), aux 20 425 milles de Ptolémée (très inférieurs à la réalité). Sur cette circonférence, l’Eurasie s’étendait non sur les 130º qu’elle occupe, mais sur 180º selon Ptolémée et était même étirée sur 225º par Marin de Tyr (vers 200 après J.-C.). Enfin, les hésitations portaient sur la valeur du degré en milles nautiques, 50 selon Ptolémée, 66 selon Alfraganus (au IXe siècle), alors qu’il équivaut à 60 milles.
Autre incertitude : sur cette Terre, quelle est la part des terres émergées ? Dans l’Opus majus (vers 1270), Roger Bacon présentait les données du problème : l’eau recouvrait-elle les cinq sixièmes de la surface terrestre, comme le voulait le Livre d’Esdras, un apocryphe biblique, ou les trois quarts, selon l’Almageste de Ptolémée, ou bien fallait-il suivre Aristote, qui affirmait qu’une "petite mer" séparait l’extrémité occidentale de l’Espagne des premiers rivages orientaux de l’Inde ?
Cette dernière opinion avait les faveurs de Bacon. Au siècle suivant, Nicole Oresme, traduisant et commentant Aristote dans Le Livre du ciel et du monde (1377), oppose une étroite partie "descouverte d’eaue […] la plus noble et comme le devant et la face ou visage de la Terre" à tout le "demourant […] enveloppé en eaue et vestu et couvert de mer aussi comme d’un chaperon ou d’une coiffe". Au même moment (vers 1350), Jean Buridan ne voyait pas de raison pour que seule une partie du globe soit découverte. L’on sait enfin l’influence du passage de l’Opus majus évoqué plus haut et repris dans l’Imago mundi de Pierre d’Ailly (1410) sur la résolution de Christophe Colomb.


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On voit ainsi s’effacer peu à peu cette géographie de l’infranchissable qui était celle des premiers siècles du Moyen Âge. De ce changement, rien ne porte peut-être mieux témoignage que l’apparition des portulans. La terre des hommes y apparaît "désorientée" au sens propre du terme, libérée du rappel de la chute qui dominait le haut des cartes avec un paradis terrestre désormais interdit. Elle apparaît surtout désenclavée : l’océan n’est plus une ceinture infranchissable renforcée encore, telle une muraille, par les tours et les bastions des îles qui la jalonnent, mais une route largement ouverte où ces mêmes îles sont devenues comme autant d’escales sur le chemin de la découverte d’autres terres habitées. Il faut bien prendre conscience que nous sommes là en présence d’une véritable révolution, comme le souligne Jurgis Baltrusaitis : "Au lieu d’espaces enfermés à l’intérieur d’un cercle étroit surgissent des étendues sans fin… La Terre change brusquement d’aspect."


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Ainsi, lents perfectionnements techniques et surtout nouveau regard sur le monde se rencontrent au seuil des Temps modernes pour dire la mer franchissable. "Sur ces routes inconnues, assure Toscanelli dans sa célèbre Lettre (1474), il n’y a pas de grand parcours de mer complètement dépourvu de terres." Il faisait écho aux encouragements prodigués un siècle plus tôt par Jean de Mandeville dans son Livre de mervailles de mounde (1356).



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Confiance et méfiance, la grande mer où l’on ne voit plus que le ciel et l’eau apparaîtrait toujours aussi peu rassurante s’il n’y avait les îles. Le désir de franchir la mer n’est pas lié à quelque défi lancé aux éléments, comme aujourd’hui chez les navigateurs solitaires ou les équipages des grandes courses transocéaniques, il est désir d’aller à la rencontre d’autres terres, d’autres hommes, la mer n’étant que chemin nécessaire vers eux. Comme le disait dès 1235 l’ermite à Lancelot dans l’Estoire dou Graal : "Par la meir dois-tu entendre le monde."



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Jehanne - dans Divers
11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 09:00
L'océan primitif.




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Comment l’Antiquité et le Moyen Âge se représentent-ils la création de la mer et sa place dans l’univers ? Enluminures illustrant la Genèse
– la création de la mer, la séparation des terres et des mers – et mappemondes médiévales montrant l’océan repoussé à la périphérie du monde constituent les supports de ces représentations parvenues jusqu’à nous.



La création de la mer.

Quelles étaient ces eaux primitives dont parle la Genèse ? Comment et où furent-elles rassemblées ?
Même si l’Écriture ne le dit pas explicitement, Dieu "créa dès l’origine les eaux avec le ciel et la Terre". Ainsi l’eau est présente au monde dès les commencements, mais sous une forme singulière. Elle est le "grand abîme" entendu en son sens premier, c’est-à-dire "la profondeur impénétrable des eaux", "l’immense profondeur des eaux" recouvrant la Terre avant que chacun des éléments ait trouvé la place qui lui revient. Une eau ténébreuse, puisqu’il n’existait pas encore de lumière pour l’illuminer, qui s’étendait depuis la surface de la Terre jusqu’au ciel.
Puis, au deuxième jour du monde Dieu partagea les eaux : celles d’en haut de celles d’en bas, séparées par le firmament : Dieu dit : "Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux" et il en fut ainsi. Enfin, le troisième jour, il rassembla les eaux d'en bas afin que la terre ferme apparaisse : "Que les eaux qui sont au-dessous du ciel s’amassent en un seul endroit et que la partie sèche apparaisse […]. Dieu appela terre la partie sèche et il appela mers la masse des eaux."
Opération divine providentielle qu' au XIIe siècle, les philosophes naturalistes, Thierry de Chartres et Guillaume de Conches, tentent d’approcher de façon rationnelle, en l'expliquant par l'action conjuguée de la chaleur et du mouvement du feu.



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Mais où ces eaux "d'en bas" furent-elles rassemblées ?

Il est admis, de façon plus ou moins claire et explicite, l’existence au sein de la Terre d’un grand abysse, qui n’est plus cette fois le tehom, l’abyssos, du chaos primordial, mais "le réceptacle des eaux souterraines, sorte de mer invisible qui alimente toutes les sources et tous les fleuves", et dont l’origine remonte à l’Ancien Testament. Un abysse qui s’accorde avec la tradition classique exposée par Sénèque, rapporteur d’une opinion que l’on rencontre également chez Lucrèce et Pline, selon laquelle il y aurait à l’intérieur de la Terre d’énormes réserves d’eau. L’existence de réserves d’eaux souterraines va traverser tout le Moyen Âge. On la trouve chez Isidore de Séville dans les Étymologies, reprise par Raban Maur dans le De universo.
L'"abysse" hébreu qui correspond à "la Vraie Mer", la "Grande Mer", la "Mer d'entre les terres" la "Méditerranée" qui, selon un schéma hérité de la géographie grecque entoure la Terre à la hauteur de la zone équatoriale torride. Une "ceinture" océanique réputée infranchissable qui, à l'orient et à l'occident se sépare en deux flux coulant respectivement vers le nord et vers le sud où ils finissent par se rencontrer formant ainsi un second anneau océanique, perpendiculaire au précédent. Ce double anneau océanique partage la sphère terrestre en quatre parties, quatre "îles" dont, pour le Moyen âge, une seule, la Nôtre, serait habitée.


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La mer source unique de toutes les eaux.

"Enrubannée", disposée de façon circulaire autour de la Terre, quelle que soit la configuration de cette "mer" primordiale, tous les auteurs ou presque s’accordent alors à voir en elle l’origine de toutes les eaux : les eaux salées des autres mers, mais aussi des eaux douces, celles des fleuves, des rivières, des fontaines. Mais comment admettre que des eaux douces puissent avoir comme origine une source salée ? Et comment expliquer, à partir d'une source unique, cette dualité des eaux, cette salinité des eaux marines, qui les distingue des eaux douces des rivières et des fleuves ?



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Venant de l'océan dont la salinité serait due, soit à l'effet de la chaleur, soit à la présence de montagnes de sel sous-marine, l’eau douce s’obtient par filtration de l’eau salée à travers les "cataractes de la Terre". L'eau pénètre la Terre empruntant tout un réseau de "veines", de conduits, de "trachées", de canaux souterrains, de "cataractes" jusqu’aux lieux précis où elle rejaillit. Elle parcourt ainsi la face cachée de la Terre par des milliers de ramifications secrètes tracées depuis l’origine du monde, qui tressent une trame serrée à la façon d’une chevelure ou du réseau sanguin, établissant ainsi une analogie encore plus étroite entre l’homme, microcosme, et le monde, macrocosme. L’homme, dont chaque partie du corps correspond à une partie de l’univers : la tête au ciel, la poitrine à l’air, le ventre à la mer, les pieds à la terre.
Un mécanisme complexe qui met en jeu les différents éléments de l’univers afin d’en assurer l’équilibre et l’harmonie.



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Des eaux froides et agitées.

Douce ou salée, ou encore empruntant à la terre des saveurs nouvelles, l'eau est essentiellement froide et humide. Elle est aussi lourde et tangible (gravis et corpulenta), deux qualités qu’elle partage, à un moindre degré, avec la terre et qui, pour la première, l’oblige à tendre vers le bas, "à couler d’un lieu supérieur à un lieu inférieur", et, pour la seconde, la rend sensible, perceptible aux sens, en particulier au toucher.
Quant à sa couleur, elle est tout aussi insaisissable. Certains la voient blanche, d’autres verte ou encore azurée. Dans les Étymologies, Isidore de Séville met sur le compte des vents la couleur changeante de la mer, tantôt flavum (jaune tirant sur le rouge), tantôt luculentum (claire, brillante), tantôt atrum (sombre, noire). C’est qu’en réalité l’eau est incolore.
Incolore, sans saveur propre, la mer en revanche est naturellement agitée. Si la définition de la mer souligne le rassemblement des eaux, celle de l’océan met l’accent sur le mouvement. À la différence de la Terre, immobile et fixe au centre du monde, l’océan qui l’entoure comme une ceinture est remué de mouvements divers.



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Le mouvement de la mer.

Avec la salinité, la constance du volume de l’océan, les causes des marées sont l’une de ces grandes interrogations qui traversent alors les ouvrages de "philosophie naturelle". Pour beaucoup, c’est la violence provoquée par la séparation puis la rencontre des grands bras océaniques aux extrémités de la Terre qui détermine ce mouvement général de la mer. Une théorie empruntée à Macrobe, exposée par Guillaume de Conches dans ses ouvrages. D'autres, tel Adélard de Bath, son contemporain, préfèrent y voir l'action de montagnes ou de quelque autre obstacle, non pas marin mais terrestre, qui, au moment même où les grands courants océaniques perdent de leur force, viendrait les contraindre à repartir en arrière, assurant ainsi la régularité de ces mouvements. Autant d'explications mécanistes auxquelles il convient d’ajouter le rôle des vents et la présence de gouffres sous-marins. Les premiers, tantôt poussent les eaux si bien qu’elles recouvrent les terres, tantôt les libèrent et les laissent retourner à leur lit. Quant aux seconds, leur fonction est décrite par Paul Diacre dans son Histoire des Lombards.
Des causes qui, si elles ont l'avantage d’éclairer le mouvement d’oscillation et de gonflement de la mer, rendent difficilement compte des variations d’amplitude des marées que chacun pouvait observer. D’où l’importance d’autres facteurs, en particulier du rôle de la Lune, que Bède avait déjà longuement développé dans le De natura rerum. La Lune qui intervient parfois comme un agent direct. L’astre qui a pouvoir sur la croissance des corps, en particulier celle des animaux et des végétaux, est également capable de faire se gonfler les eaux.



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La mer nécessaire autant que redoutable.

Ainsi que le décrit Bède dans le De natura rerum, il existe entre la mer, entendue au sens large comme le rassemblement des eaux, et la Terre des rapports nécessaires qui conditionnent l’harmonie du monde. Si la Terre supporte la masse océane, la présence de l’océan au milieu de la zone torride vient tempérer les ardeurs de la source de toute chaleur, le Soleil. En même temps qu’elle préserve la Terre des feux du Soleil, "l’eau salée et chaude fait obstacle au froid de la terre qui ainsi n’atteint pas l’air qui est au-dessus". L’océan assure, de cette façon, une sorte d’équilibre entre les qualités contraires des éléments supérieurs et inférieurs. Tandis que, conçu comme une ceinture (limbus), une "limite de courroie ou cercle en fer", comme le précise l’Atlas catalan, l’océan qui enserre les cinq zones du monde empêche la terre de s’émietter, de disparaître, tout en corrigeant son aridité.
La mer est nécessaire, non seulement à la terre mais également aux hommes. Surtout à partir du XIIIe siècle, les auteurs de textes encyclopédiques se plaisent à énumérer les bienfaits des eaux marines et à recommander l'utilisation de bains d'eau salée.



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Cependant dès que l'on quitte les eaux familières, le ton change. Ce lien peut aussi s'avérer une entrave, un frein, une borne. Fondamentalement, l'Océan, demeure infranchissable : Gelé au nord, brûlant au sud et partant inaccessible, rendu impraticable par les courants, les hauts fonds, les montagnes d'aimant qui retiennent les navires et paralysent la navigation, l'Océan dérobe irréductiblement aux regards des hommes les autres parties de la terre. La mer ici est celle qui sépare, isole. Et comme telle, elle représente un danger latent. Dans ce jeu de relations étroites entretenues entre la terre et la mer, existe toujours la crainte que l'un des deux éléments ne disparaisse ou ne l'emporte sur l'autre : que la terre ne s'assèche progressivement que l'Océan recule. Plus grand encore semble le danger de la submersion. Crainte d'un Déluge semblable à celui des origines, que rappelle sur de nombreuses mappemondes la présence de l'arche de Noé.



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Un danger potentiel qui s'ajoute à des menaces plus obscures que recèlent ces profondeurs abyssales insondables. Derrière le visage lisse de la mer se dissimule un monde inquiétant, tout aussi tourmenté que celui de la surface de la terre dont il n'est que le décalque. Un monde grouillant d'espèces inconnues autant qu'inimaginables. Un monde inversé donné à voir aux seuls héros et aux saints. Pour les autres, la mer demeure scellée, double inversé de la terre, qui garde les vivants et rejette les morts, où se tapit le Léviathan le trône de l'Antéchrist. Menace permanente d'un chaos, sur lequel vient buter le raisonnement de la philosophie naturelle.


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Jehanne - dans Divers
10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 09:16
Charles VI (1368 - 1422).




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Il accède au trône à l'age de 6 ans. Ce seront donc ses oncles qui assureront la régence (les ducs de Bourbon, d'Anjou, de Berry et de Bourgogne). Seulement ceux-ci se battent pour le pouvoir, dilapidant le Trésor et rétablissant des impôts (la fouasse et la gabelle) tout en n'en augmentant le taux d'imposition. Cela eut pour conséquence de déclencher des révoltes (à Montpellier et au Puy) qui tournèrent en guerre civile qui sera matée par la levée de troupes qui seront ensuite utilisées contre les Flamands vaincus à la bataille de Roosebeke le 27 novembre 1382.

En 1385, Philippe de Bourgogne hérita de la Flandre, ce qui lui conféra plus de pouvoir. Il arrangea la rencontre de Isabeau de Bavière avec Charles VI afin de tenter un rapprochement de la France avec l'Empire allemand. Les deux jeunes personnes se marieront. Isabeau était une femme plutôt gracieuse mais se révéla vite une personne futile, avide de plaisirs et très égoïste. Charles VI a été décrit par un religieux de Saint Denis :

"Sa taille, sans être trop grande, surpassait la taille moyenne; il avait les membres robustes, une large poitrine, un teint clair, les yeux vifs. On remarquait en lui toutes les heureuses dispositions de la jeunesse. Fort adroit à tirer de l'arc et à lancer le javelot, passionné pour la guerre, bon cavalier, il témoignait une impatiente ardeur toutes les fois que ses ennemis le provoquaient pour l'attaquer. Il se distinguait par une telle affabilité qu'en abordant les moindres gens, il les saluait avec bienveillance et les appelait par leur nom. Il se fit remarquer dès ses premières années par sa libéralité ; plus tard sa munificence dépassa les bornes de la modération au point de faire dire qu'il ne gardait rien pour lui que le pouvoir de donner."



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Cependant leur ménage paraissait harmonieux. C'est alors que Philippe de Bourgogne poussa Charles VI à préparer un débarquement pour reprendre Calais et soumettre la Flandre. Malgré les préparatifs, cela ne fit pas, mais les anglais alertés par ces intentions poussa à négocier avec ceux-ci. Richard II, pacifiste, accepta (il sera souverain de la Guyenne mais il doit rendre l'hommage de vassal à Charles VI).

En 1388, il renverra ses oncles, voyant qu'ils ne servaient que leurs intérêts personnels, assumant dorénavant seul le pouvoir (avec les anciens conseillers de son père, Olivier de Clisson, Jean de Vienne, Bureau de la Rivière, Juvénal des Ursins. Ils rétablirent l'ordre et modérèrent la fiscalité.

En 1392, de Clisson fut mortellement blessé. Charles VI entreprit une expédition punitive, et au Mans, pris d'un accès de folie tuera quatre de ses hommes à coups de hache.

Le 28 janvier 1393, lors d'un bal, Louis d'Orléans s'approche d'un groupe de danseurs vêtus uniquement de plumes avec une torche à la main. Or celle-ci enflamma ses danseurs parmi lesquels se trouvait Charles VI. Il fut sauvé de la mort par sa tante qui avait jeté son manteau sur lui. Cet incident contribua à faire vaciller à nouveau la raison de Charles VI. Jusqu'à sa mort, il y aura alternance de périodes de démence et de périodes consciente. Charles VI compris bien dans quel état il se trouvait.



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Isabeau souffrira de l'état de son mari qui la repoussera dans ses périodes de démence. Elle multipliera les aventures extra conjugales, mais lui donnera plusieurs enfants (la paternité de Charles VI est parfois mise en doute). Cet état de santé s'en ressent également dans le gouvernement de la France.

La trêve avec les Anglais, confortée par le mariage de Richard II avec une fille de Charles VI, va connaître une anicroche. Richard II va jouer le roi absolu et confisque l'héritage de son cousin Lancastre. L'héritier, spolié, débarque en Angleterre et se proclame roi sous le nom d'Henry IV. Ce dernier ne pourra cependant rien tenter. C'est son fils Henry V qui envisagera de reprendre la guerre avec les français.

Les origines de ce nouvel affrontement sont à rechercher dans les ambitions du duc d'Orléans, souhaitant constitué un royaume fort en Italie, appuyées par Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Ces vues entraient en contradiction avec la papauté. Cependant, quand le duc d'Orléans récupéra le Luxembourg, naquit un différent entre lui et le duc de Bourgogne, du moins son fils Jean, nommé Jean sans Peur (Philippe le Hardi meurt en 1404). En 1407 ce dernier mettra à mort son rival, le duc d'Orléans. Ce dernier laissera un fils marié à une fille du comte d'Armagnac et le pays se retrouva divisé en deux factions : les Bourguignon et les Armagnac. Une guerre civile pointe à l'horizon, les Bourguignons se montrant partisans des anglais.



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Assuré de ce soutien moral, Henry V débarque le 12 août 1415 au cap de la Hève, s'empare d'Harfleur le 22 septembre et écrasera les français à la bataille d'Azincourt le 25 octobre 1415 (Charles d'Orléans, chef des Armagnac y sera fait prisonnier). Henry V sera le seul maître de la Normandie en 1417. Les Bourguignons s'emparent de Paris, matant la résistance des Armagnacs, livrant Paris à l'émeute et au massacre.

Une rencontre entre le dauphin, le futur Charles VII, et le duc de Bourgogne se termine par l'assassinat de ce dernier pour le punir du meurtre du duc d'Orléans. Philippe le Bon, fils du duc de Bourgogne signera avec les Anglais une convention le 2 décembre 1419 permettant de suspendre les hostilités. Elle sera suivie de la signature du traité de Troyes le 22 mai 1420 qui conclue le mariage de sa fille Catherine de France et de Henry V. Ce dernier, à la mort de Charles VI, Henry V deviendrait également roi de France. Compte tenu de l'état de santé de Charles VI, Henry V prend la régence et le dauphin (Charles VII) destitué de ses droits se réfugie à Bourges.

Henry V meurt à Vincennes le 31 août 1422. Charles VI le suivra le 21 octobre 1422. Henry VI sera proclamé roi d'Angleterre et de France le 11 novembre 1422. La trahison de Isabeau de Bavière laissait penser qu'il n'y aurait plus de roi de France.




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Source Office du tourisme ville d'Amboise.


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Jehanne - dans Personnages Historiques

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