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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 08:24
La production des céréales.




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Qu'il s'agisse de grandes ou de petites exploitations, on demandait aux terres arables de produire des céréales destinées exclusivement à l'alimentation humaine : dans les grandes plaines du Nord, c'était l'épeautre, le seigle, l'orge d'hiver, l'avoine, moins souvent le froment ; dans le Sud, on cultivait le froment, le mil, le sorgho.



La rotation des cultures et jachères.


En gros, on connaissait deux types de rotation des cultures. La rotation biennale a été seule pratiquée dans le Midi : à une année de culture succédait une année de jachère. Dans les terres à blé du Nord, la rotation triennale était, sinon de règle, du moins fréquente, et cela sans doute depuis longtemps : les champs portaient successivement du blé d'hiver, du blé de printemps et étaient ensuite laissés en jachère. En l'occurrence, les conditions climatiques prévalant dans les plaines du Nord étaient favorables à la rotation triennale : alors que l'orge et surtout l'avoine de printemps ne supportent pas les coups de chaleur du Midi méditerranéen, elles s'accommodent bien, en revanche, du climat plus frais et plus humide du Nord.
On avait partout recours à la jachère, que ce soit en pays de rotation biennale ou dans les zones de rotation triennale. On savait en effet qu'un repos plus ou moins long était nécessaire à la terre pour qu'elle puisse se reconstituer et porter à nouveau des récoltes. Dans les terres pauvres, il arrivait même que des champs restent en jachère pendant plusieurs années. Il y avait à tout cela une raison fondamentale qui était le manque d'engrais


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Le fumier animal.

À l'exception de la marne, utilisée depuis des temps reculés dans les régions où il s'en trouvait, notamment en Artois, en Normandie et en Île-de-France, mais aussi dans le Maine et le Béarn, le seul engrais alors connu était le fumier animal. Mais les bovins, qui donnaient le meilleur fumier, étaient généralement peu nombreux. Comme on ne cultivait aucune plante fourragère, les animaux ne connaissaient que de brèves périodes de stabulation, pendant lesquelles on les nourrissait tant bien que mal avec l'herbe de rares prés de fauche : il n'en résultait que peu de fumier, que l'on épandait uniquement sur les champs qui allaient recevoir les semailles de blé d'hiver. On recourait aussi à la vaine pâture, qui consistait à faire paître les animaux sur les champs qui venaient d'être moissonnés, mais la période de vaine pâture était trop courte pour que les champs soient suffisamment fumés.
C'est pour tout cela que, pendant des siècles, bien au-delà du Moyen Âge, on a fait appel à la jachère. C'est aussi pour cette raison que les rendements sont restés longtemps très bas.
Les campagnes n'étaient pas pour autant vouées à l'immobilité. En fait, un prodigieux pas en avant a été fait entre le Xe et le XIIIe siècle, période pendant laquelle les hommes ont fait reculer les forêts, les landes, les marécages et même la mer : c'est l'époque dite "des grands défrichements".


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Source BNF.
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 08:40
Château de Sully sur Loire.




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Le Château de Sully-sur-Loire est situé sur la rive gauche de la Loire dans la ville du même nom.

Le château est mentionné en 1102, il contrôlait un pont sur la Loire qui disparut dès le XIVe siècle. En 1218, Philippe Auguste y fit bâtir une tour maîtresse. En 1395, Guy de la Trémoille lance la construction du château actuel, Raymond du Temple (architecte du roi et du duc d'Orléans) en dresse les plans. Il est acquis en 1602 par Maximilien de Béthune, le grand Sully, premier duc du nom. Entre 1602 et 1609, il transforme le château à son usage, édifiant également un parc. Depuis, le XVIIIe siècle, l'édifice a subi divers changements (transformations, constructions d'un nouveau corps, destructions…).

Le château est classé en 1928 aux monuments historiques et est ouvert au public à partir de 1933. Il est endommagé lors des bombardements du juin 1940 et d'août 1944.

Le Conseil général du Loiret en est propriétaire depuis 1962.

Il abrite tous les mois de juin un festival international de musique classique.



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Le donjon, bâtiment rectangulaire cantonné de quatre tours circulaires, et doté d'une porte à deux tours vers le Sud, correspond à la campagne de Guy de la Trémoille. L'intérieur a été profondement réaménagé par Maximilien de Béthune. À noter au premier étage, la grande salle avec ses portes en bois du XVIIe siècle, la peinture du château de Rosny-sur-Seine sur le manteau de la cheminée, enfin la porte de fer donnant accès au « cabinet » de Sully. La charpente sous comble est un remarquable ouvrage du XIVe siècle.

Le petit château ferme la cour au Sud du donjon. Il comprend un logis et deux tours, dont une celle du sud-est, a été construite au milieu du XVe siècle sur une tour plus ancienne, alors que l'autre, dite « tour de Béthune », plus basse et terrassée, est une « une tour à canon » édifiée en 1605. Le logis, construit dans la première moitié du XVe siècle, fut à partir du XVIe siècle, la résidence habituelle des seigneurs de Sully. Les intérieurs ont été réaménagés (décor et mobilier) à la XIXe siècle. Le corps qui joint le petit château au donjon a été rajouté au XVIIIe siècle, et refait après l'incendie de 1918.



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La basse-cour, à l'Est, aujourd'hui nue, contenait autrefois le donjon bâti par Philippe Auguste peu avant 1219, à l'occasion d'une confiscation de la seigneurie, ainsi que l'église-collégiale Saint-Ythier, transférée par M. de Béthune à l'intérieur de la ville.

Du parc, il reste aujourd'hui la vaste surface, entourée par les canaux que M. de Béthune fit aménager pour mettre le site à l'abri des crues de la Loire.

Le donjon de Sully offre un cas remarquable de logis à tours circulaires de la fin du XIVe siècle ; entièrement consacré à l'apparat, il est doublé par un logis privé de même structure interne, mais bien plus intime, donnant la mesure de la dichotomie entre le public et le privé dans les grandes cours princières.



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Source wikipedia.

 

 

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Jehanne - dans Patrimoine
27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 09:19
Jean sans peur.




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Jean Ier de Bourgogne, dit Jean sans Peur , duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois et de Charolais, comte palatin de Bourgogne, seigneur de Mâcon, Châlons et autres lieux (28 mai 1371 à Dijon- 10 septembre1419 à Montereau-Fault-Yonne), fut près de reconstituer l'ancienne Lotharingie ; mais faute de savoir s'imposer aux Anglais, ce prince réformiste ne parvint pas à contrer la réaction du parti armagnac. Il perdit finalement Paris et trouva la mort lors d'une entrevue avec son rival Charles VII de France.


Il naît le 28 mai 1371 au palais des ducs de Bourgogne à Dijon. Il est le fils aîné du duc Philippe II de Bourgogne (dit Philippe le Hardi) et de la duchesse et comtesse Marguerite III de Flandre.
Il est le frère d'Antoine de Bourgogne, duc de Brabant et de Limbourg, et aussi comte de Rethel.
Il est d'abord comte de Nevers en 1384, comté qu'il abandonne en 1404 à son frère Philippe.

Il épouse, le 12 avril 1385 à Cambrai, Marguerite de Bavière, fille d'Albert Ier, comte de Hainaut, de Hollande et de Zélande dont il a un fils et sept filles :

  • Philippe le Bon, son successeur qui épouse en 1409 Michelle de Valois, fille du roi Charles VI de France puis en secondes noces Bonne d'Artois, et en troisièmes noces Isabelle de Portugal, mère de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne;
  • Marguerite de Bourgogne (1393-1441), comtesse de Gien et de Montargis, épouse 1°) en 1409 le duc Louis de Guyenne, fils du roi Charles VI et d'Isabeau de Bavière puis, 2°) en 1423 Arthur, comte officieux de Richmond, puis duc de Bretagne, connétable de France;
  • Catherine est fiancée à Philippe d'Orléans (1396-1420), à Louis III d'Anjou et enfin au futur Henri V d'Angleterre elle épousera Louis III d'Anjou, duc de Guise);
  • Marie épouse en 1406 Adolphe IV de La Marck, duc de Clèves;
  • Isabelle épouse en 1406 à Olivier de Châtillon, comte de Penthièvre;
  • Anne de Bourgogne épouse en 1423, Jean de Lancastre, duc de Bedford.
  • Agnès épouse en 1425 à Charles Ier dont Isabelle qui épouse son cousin le duc Charles le Téméraire de Bourgogne, et Louis de Bourbon, comte de Clermont-en-Beauvaisis, puis duc de Bourbon.
  • Jeanne;
  • Jean VI, évêque de Cambrai (fils batard.

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Il participe à la croisade entreprise par Sigismond de Hongrie contre les Turcs, se bat vaillamment et est pris lors de la défaite de la bataille de Nicopolis le 25 septembre 1396.Son père, Philippe emprunta pour payer sa rançon 200 000 florins à son conseiller Dino Rapondi,un banquier de Lucques .

Revenu en France en 1398, il succède à son père à la mort de celui-ci en 1404 devient duc de Bourgogne et à la mort de sa mère en 1405, comte de Flandre, d'Artois et de comte de Bourgogne. À trente-trois ans, c'est alors un homme mûr, expérimenté et considéré.

Le duc Jean est réformateur par goût de la saine gestion administrative autant que par opportunité, car le jeune frère du roi Charles VI de France, le duc d'Orléans Louis de France met maintenant la main sur le conseil royal et sur les ressources du Trésor : la part de l'argent royal dans les ressources du duc de Bourgogne diminue de moitié. Et Jean sans Peur n'est plus que le cousin du roi, alors que son père avait été l'un des oncles au gouvernement. Il manie donc avec habileté la démagogie, acquiert des sympathies dans la bourgeoisie parisienne et fait cause commune avec les idéalistes de l'université de Paris, toujours prêts à mêler la réforme de l'Église, comme solution du Schisme, et la réforme du royaume, comme chemin vers la vertu politique.

Dans ses principautés, il sait modérer ses ambitions, en sorte que la construction de l'État bourguignon progresse sûrement : il unifie la comté de Bourgogne en y intégrant l'Archevêché de Besançon, lien entre Bourgogne et Pays-Bas bourguignons, établit dans la principauté de Liège un prince-évêque complaisant. Il annexe Tonnerre, Boulogne et la Picardie...

Pour ne pas être évincé du pouvoir dans le royaume, il menace Paris en 1405, puis fait assassiner Louis d'Orléans en 1407. Les autres grands du royaume se liguent contre lui autour de Bernard VII d'Armagnac. Le pays sombre dans la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.




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Il soutient le mouvement réformateur qui se manifeste lors des états généraux de 1413, se trouve par là impliqué dans l'insurrection cabochienne et s'aliène ainsi les modérés.

Il doit quitter brusquement Paris en 1413, laissant place à la réaction armagnaque. Rentré en force dans la capitale en 1418, il pense pouvoir gouverner le royaume à la faveur de la maladie du roi. Mais il finasse avec les Anglais, dont il n'entend pas être l'ennemi sans vouloir pour autant s'allier avec les vainqueurs de la bataille d'Azincourt.

Il joue d'autre part un jeu politique trop ambigu avec le dauphin Charles VII de France, qui souhaite la réconciliation pour faire face à l'invasion anglaise (guerre de Cent Ans), mais dont l'entourage armagnac craint de voir le futur roi entrer dans les vues politiques du parti de Bourgogne.

Jean sans peur est assassiné le 10 septembre 1419 par quelques hommes de main des Armagnacs à l'occasion d'une entrevue avec le dauphin à Montereau-Fault-Yonne près de Paris. À sa mort, il paraît que l'on était incapable de lui fermer les yeux! On prétend aussi que son cadavre, laissé un temps à l'abandon, fut à moitié dévoré par les loups.



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Source wikipedia.

 

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Jehanne - dans Personnages Historiques
26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 08:52
La Terre au Moyen âge.




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Les représentations de la Terre au Moyen Âge sont encore soumises à des schémas mythiques ou théologiques.
C'est à partir d'un principe cosmogonique hérité d'Hésiode que les Grecs ont inventé la géographie.
Les Arabes adaptent le système "scientifique" de Ptolémée, sans pour autant renoncer à la centralité de l'Islam, et s'attachent surtout à décrire les pays musulmans.
En Occident, les mappemondes médiévales présentent la partition chrétienne du monde entre les trois fils de Noé.
Ce n'est qu'à la fin du Moyen Âge qu'apparaîtra une cartographie maritime fondée sur l'observation des côtes et que Ptolémée sera redécouvert, ouvrant ainsi la voie à des aventures outre-Atlantique…




1 - L'héritage grec.

C’est à partir des mythes helléniques et sur la base des observations astronomiques mésopotamiennes que la science prend son essor chez les Grecs, au VIe siècle avant J.-C. Dès l’Iliade (VIIIe siècle av. J.-C.), le fameux bouclier d’Achille offre l’image symbolique d’un monde circulaire. Le décor figure "la terre et le ciel et la mer". La connaissance de la Terre implique nécessairement la référence au cosmos*. De l’idée d’un cosmos sphérique et géocentrique découle la conception des cercles dans le Ciel. C’est la projection des cercles célestes sur la Terre qui donne la géographie* : "La géographie partage la Terre selon les cercles du Ciel", expliquera Ptolémée (90-168) quelques siècles plus tard. Les premières cartes du monde habité sont dressées par des savants à la fois astronomes et géographes, comme Eudoxe (406-355 av. J.-C.) et Ératosthène (276-194 av. J.-C.).


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Cinq zones concentriques.

Directeur de la bibliothèque d’Alexandrie au IIIe siècle avant J.-C., Ératosthène est un des fondateurs de la géographie. C’est lui qui, le premier, a calculé la circonférence de la Terre. Bien informé par les récits de voyages rassemblés à la bibliothèque et par ses relations avec les savants du musée, il associe les deux facettes de la "graphie" de la Terre : l’écriture des noms de lieux et le dessin des terres émergées. Il étudie la répartition des océans et des continents, les vents, les zones climatiques. Comme Pythagore (VIe s. av. J.-C.) et Parménide (544-450 av. J.-C.) avant lui, il définit cinq zones : celle de l’équateur, torride et supposée inhabitable, et, de part et d’autre, deux zones tempérées et deux zones glaciales. La zone tempérée septentrionale correspond au monde habité, appelé "œkoumène*". Au IIe siècle avant J.-C., l’astronome Hipparque perfectionne le principe des cinq zones par un quadrillage de parallèles et de méridiens, très pratique pour localiser les lieux et pour mieux évaluer les distances.



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La Géographie de Ptolémée.

Mathématicien, astronome et géographe, Claude Ptolémée (90-168) vivait à Alexandrie au IIe siècle après J.-C. Il couronne la science de l’Antiquité en rassemblant sept siècles de savoir antique dans trois ouvrages principaux : l’Almageste pour l’astronomie, la Tétrabible pour l’astrologie, et la Géographie, un ensemble de huit volumes comprenant une carte générale et vingt-sept cartes particulières. Ces livres témoignent de l’unité du monde et de l’interdépendance des savoirs.


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Ptolémée géographe établit une liste de coordonnées en "longueur" (longitude*) et en "largeur" (latitude*), pour de nombreuses localités de l’œkoumène dont il liste plusieurs milliers de toponymes*. Grâce à une projection plane de la Terre, il peut établir une carte précise du monde en classant les peuples selon leur localisation et leur zone d’influence. Le monde de Ptolémée est divisé en "sept climats*", c’est-à-dire en sept zones thermiques (ou "climatiques") parallèles.
En astronomie*, le fameux "système de Ptolémée" décrit le mouvement du Soleil, de la Lune et des planètes. Celles-ci tournent autour de la Terre qui, immobile, est placée au centre de l’Univers. Également astrologue, Ptolémée pense que les astres, en particulier les planètes, déversent sur la Terre des "influences" qui touchent directement les hommes, individuellement ou collectivement.


À la fin de l’Antiquité, les bouleversements issus de la chute de l’Empire romain font disparaître les livres et les cartes. À partir du IXe siècle, les savants arabes et persans, installés au cœur de l’œkoumène par l’expansion de l’islam, traduisent les ouvrages grecs et sauvegardent la science de Ptolémée. Malgré ses défauts et ses erreurs, son œuvre forme un savoir de référence qui fera autorité jusqu’au XVIe siècle.


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2 - La géographie arabe.


Une géographie cosmogonique.

Avant l’islam, les connaissances géographiques des Arabes se limitaient à quelques notions de cosmogonie héritées des traditions babyloniennes, iraniennes, juives et chrétiennes. Quelques traces en demeurent dans le Coran et la poésie préislamique. Certaines de ces traditions exercèrent une profonde influence dans la cartographie arabe, comme la manière de représenter le monde sous forme d’oiseau.


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Une géographie scientifique.

Une géographie* plus scientifique émerge au VIIIe siècle. Avec l’expansion islamique vers l’Europe et l’Asie, de nombreux ouvrages indiens, grecs et persans sont rassemblés et traduits sous l’impulsion des premiers califes* abbassides*. L’influence indienne s’exerce sur l’astronomie*. Les connaissances iraniennes se retrouvent surtout sur la géographie descriptive et régionale et dans la cartographie*. Mais c’est dans la géographie grecque que les savants arabes trouvent un véritable fondement scientifique avec la mesure de l’arc méridien et celle de la circonférence de la Terre. La Géographie de Ptolémée (90-168), dont il reste aujourd’hui l’adaptation d’al-Khuwârizmî († 847), est traduite plusieurs fois. La base hellénistique de la géographie arabe est prédominante en géographie mathématique, physique et humaine.
Mais certains savants arabes reprennent encore la notion cosmogonique iranienne des sept "kishwars" : le monde est divisé en sept cercles géographiques égaux, le quatrième cercle représentant le centre du monde (l’Iran ou La Mecque) ; il est placé au centre des six autres cercles disposés autour de lui. Les traditions persanes influent fortement sur la géographie arabe, comme en témoigne l’emploi de termes persans dans le domaine maritime.
L’assimilation de ces apports étrangers et les progrès réalisés dans le domaine de l’astronomie conduisent à une véritable révolution géographique. Entre 813 et 833, la première grande carte du monde est dressée à Badgad par les savants du Bayt al-hikma, la "Maison de la Sagesse".


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Une littérature géographique.

À partir du XIe siècle se développe une véritable littérature géographique écrite en arabe. Cette discipline n’est alors pas conçue comme une science bien délimitée mais répartie dans plusieurs domaines du savoir. Des astronomes et philosophes comme al-Kindî (796-873) enrichissent ainsi la géographie de leurs recherches théoriques.
La littérature maritime et les récits de voyage relèvent davantage de l’imaginaire. Les plus anciens d’entre eux, attribués au marchand Sulayman (vers 850), décrivent ses impressions de voyage sur un mode fantastique. À sa suite, une littérature de "merveilles" amplifiera le goût du fabuleux aux dépens de la description des faits, comme en témoignent les Merveilles de la Chine et de l’Inde.



Une géographie administrative.

La géographie des "itinéraires et royaumes" décrit les routes et les pays de l’Empire islamique de manière plus administrative. En plus de son caractère d’érudition, elle a un rôle utilitaire pour les fonctionnaires, les armées ou la collecte des impôts. Deux écoles dominent ce nouveau genre : l’école irakienne et l’école d’al-Balkhî. Les auteurs de l’école irakienne décrivent le système routier, la topographie* ainsi que la géographie physique, humaine, économique et mathématique du monde en général. L’école d’al-Balkhî († 934) se restreint à la description des pays d’Islam mais dépeint chaque province de façon détaillée et originale. En 920, son précurseur al-Balkhî divise le monde islamique non plus en "kishwars" ou en "climats*", mais en provinces dont la définition repose sur une base purement territoriale. Il dresse une carte séparée de chaque section et de ses frontières, fondée sur des bases plus scientifiques. De nombreux savants diffuseront ses idées en les enrichissant de leurs propres expériences de voyage. Ils élargissent ainsi le champ des descriptions géographiques tout en mettant l’accent sur l’information directe et la véracité des sources.


Des compilations géographiques.

La géographie arabe est à son apogée au XIe siècle : cette science s’est constituée une place particulière dans la littérature en intégrant récits de voyages, descriptions du monde et considérations philosophiques. Les géographies ultérieures feront des ouvrages de compilation qui traitent une information de seconde main. Celle d’al-Idrîsî, la plus remarquable, est la seule géographie arabe à pénétrer l’Europe de la Renaissance.
Aux XIIe et XIIIe siècles apparaissent des compilations destinées à un large public. Celles-ci traitent non seulement de géographie mais aussi de cosmologie, d’astrologie ou d’autres matières de cet ordre. La littérature de voyage connaît, elle aussi, un grand développement et offre une information contemporaine sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, comme en témoignent les célèbres Voyages et périples d’Ibn Battûta (1304-1377).


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3 - La tradition chrétienne.


La Terre est bien ronde.

Contrairement à une opinion encore trop largement répandue, la Terre n’a pas été considérée par tous au Moyen Âge comme un disque plat flottant sur les eaux. La notion de sphéricité terrestre héritée de la géographie astronomique des Grecs n'a jamais disparu. Dès le VIIe siècle, au moment où apparaissent les premières mappemondes*, la Terre est désignée par le terme sans équivoque de globus, un globe, ou sphera, une sphère. La partition en cinq zones proposée par Parménide (544-450 av. J.-C.) au Ve siècle avant J.-C. – une zone torride, deux tempérées et deux glaciales – a été transmise par les auteurs de l'Antiquité tardive. Sous l'influence conjointe des textes astronomiques arabes et des traductions de Ptolémée (90-168), cette division en zones sera parfois remplacée par une division en "climats*" qui permettent de prédire, comme l'explique la Tétrabible, les qualités universelles.



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Le partage du monde habité.

La plupart des représentations médiévales ne considèrent que la Terre habitée : ce sont les "mappemondes". Parfois, leur forme ovale, en "chlamyde", vient rappeler qu'elles ne figurent qu'une partie de la Terre. Héritées des représentations antiques partiellement conservées, ces mappemondes reflètent la manière dont la chrétienté conçoit l’évolution historique et la localisation de l’humanité. Leur division tripartite – Asie, Afrique, Europe – résulte du partage réalisé après le Déluge entre les fils de Noé : l’Asie des hommes libres ou des prêtres pour Sem ; l’Afrique des esclaves ou des travailleurs pour Cham ; l’Europe des guerriers pour Japhet. Cette référence biblique permet d’embrasser l’humanité entière dans des divisions ethniques et sociales.



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L'image du monde en TO.

Dès le VIIIe siècle, les représentations schématiques de la Terre habitée prennent la forme dite du "T dans l’O" : les trois continents, inscrits dans le O de l’anneau océanique, sont séparés par le T dont la hampe figure la Méditerranée et les branches représentent deux fleuves : l’une le Tanaïs*, limite traditionnelle entre l'Europe et l'Asie ; l’autre le Nil, partage ordinaire de l'Asie et de l'Afrique. Ce monde est fini, clos par le cercle océanique infranchissable.


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L’orientation s’inscrit dans une perspective théologique fondée sur l’histoire d’Adam et Ève, et sur la Passion du Christ. Les mappemondes sont orientées vers l'est, c’est-à-dire vers le soleil levant, par analogie avec le Christ, vrai Soleil et lumière véritable. L’Orient et le paradis terrestre sont placés en haut, complétés parfois par un Christ en croix, tête à l’est, pieds à l’ouest et bras au nord et au sud. À partir du XIIesiècle, la signification spirituelle de ces représentations sera renforcée par la position centrale de Jérusalem, "ombilic de la Terre".


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À l’intérieur de ces trois parties du monde s’insère plus tardivement la représentation des montagnes, "ossature de la Terre", et des fleuves qui la "parcourent comme les veines d’un grand corps". Puis viennent des vignettes urbaines évoquant les cités, agrémentées de tours, de murailles ou d’églises. La forme traditionnelle du TO tend à disparaître derrière la complexité du tracé tandis que les légendes et les vignettes occupent une place de plus en plus importante. Miroir de la création, une mappemonde en TO des plus complexes, celle d'Ebstorf, se présente comme une véritable encyclopédie du monde médiéval.



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Les cartes portulans.

Dans un contexte d’essor du commerce maritime, une nouvelle représentation cartographique, résultat de l’observation des marins, se répand au XIVe siècle depuis l’Italie. Ce sont les "portulans*", à la fois textes décrivant les côtes et les ports, et cartes nautiques peintes sur parchemin avec l’indication des îles, abris et amers pour reconnaître un rivage. En toile de fond se développe un réseau de lignes géométriques appelé "marteloire*", différent du quadrillage des parallèles et des méridiens. Issues des roses des vents, ces lignes de rhumbs* ne servent pas à mesurer les distances, mais indiquent aux marins les angles de route pour se diriger avec la règle, le compas et surtout grâce à la toute nouvelle boussole*. Le nord se trouve désormais orienté en haut.


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La redécouverte de Ptolémée.

Vers 1300, un moine grec, Maxime Planude (1260-1310), dessine les cartes de Ptolémée (90-168) sur la base d’une traduction arabe de la Géographie. Rapporté de Constantinople à Florence, le texte arabe est traduit à son tour en latin vers 1406. C’est alors le début d’un très grand succès pour lequel le traducteur impose un nouveau titre, Cosmographia, pour signifier que la connaissance de la Terre implique la référence au cosmos*. L’ouvrage, dont les cartes datent de près de quatorze siècles, est appréhendé de manière novatrice : la "cosmographie" traite de l’espace géométrisé, la "géographie" décrit l’ensemble du globe, et la "chorographie" détaille les régions.


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Comme le monde n’a pas encore changé et parce que son contenu théorique et méthodologique permet d’intégrer des connaissances récentes et les découvertes à venir, ce livre restera d’actualité jusqu’à la Renaissance.






Source BNF.




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Jehanne - dans Divers
25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 09:06
Livre des propriétés des choses.




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Le Liber de proprietatibus rerum ou Livre des propriétés des choses, est une œuvre latine du XIII
e siècle du franciscain Barthélémy de Glanville appelé aussi Barthélémy l’Anglais.

L’ouvrage fut traduit en français en 1372 par Jean Corbichon, chapelain du roi Charles V le Sage. Jean du Berry, frère du roi, en posséda trois exemplaires dont celui présenté ici et qui date du début du XV
e siècle.

Il s’agit d’une vaste encyclopédie révélant les caractères particuliers de chaque être et décrivant toute la Création, depuis Dieu jusqu’aux choses en passant par l’homme, et s’attardant plus particulièrement sur le domaine minéral, végétal et animal.
Manuscrit précieux à l’écriture gothique cursive, ses 313 folios sont parsemés de belles enluminures rehaussées d’or.




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Source BNF.
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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 08:51
Le service du vin.




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Dans le cadre des grandes cours du temps – et singulièrement de la cour de Bourgogne – s'est élaborée une littérature qui entend réglementer minutieusement le déroulement et l'ordonnance des festins, la succession des mets et les services. Le traité le plus célèbre a été écrit par Olivier de la Marche : c'est "L'état de la maison du duc Charles de Bourgogne dit le Hardy", autrement dit Charles le Téméraire.
En tant que maître d'hôtel, de la Marche a non seulement pour fonction de faire savoir aux cuisines les plats que son maître désire voir paraître à sa table, mais d'organiser le service de la bouche à sa satisfaction.
Le service du vin est assuré par l'échanson qui, notamment, mélange le vin à l' eau, au goût du prince.
Le service est réglé par le maître d'hôtel comme un véritable ballet, où chacun a son rang, sa place et sa fonction.

L'extrait suivant, qui concerne le service du vin, en donnera une idée :


"Quand la table est couverte et que le panetier [a fait son travail], l'huissier de salle va chercher l'échanson qui doit servir pour le jour, et le mène en l'échansonnerie. Là le garde-linge donne le gobelet couvert, que l'échanson prend par le pied en sa main droite, et en la main gauche il tient une tasse ; [en même temps que le gobelet et la tasse, le garde-linge donne] les bassins, pots et aiguières pour le prince, au sommelier qui les lave et nettoie ; et le sommelier donne le gobelet à l'échanson, qui se met après l'huissier de salle, qui porte, lui, les bassins pendant en la main gauche. Et après l'échanson marche le sommelier de l'échansonnerie, qui doit porter en sa main droite deux pots d'argent, où est le vin du prince pour l'un, et pour l'autre de l'eau. Et le pot du prince doit être reconnu à une pièce de licorne pendant à ce pot avec une chaîne. Le sommelier doit porter en sa main gauche une tasse, et pas plus, et dans cette tasse doit être couchée l'aiguière pour servir l'eau. Cette tasse que porte le sommelier sert à faire l'essai que l'échanson lui donne. Après le sommelier vient l'aide qui doit porter les pots et les tasses pour le buffet du prince."

Chaque objet suit donc un trajet très précis, chaque geste est défini. On a affaire à un véritable rituel, dont on verra, par la suite du texte, qu'une des raisons majeures est la peur des empoisonnements :
"Le prince venu et l'assiette donnée, le maître d'hôtel appelle l'échanson, et alors l'échanson abandonne la table, va au buffet, et trouve les bassins couverts que le sommelier a préparés ; il les prend et donne l'essai de l'eau au sommelier, et il s'agenouille devant le prince, lève le bassin qu'il ouvre de la main gauche, et verse de l'eau de l'autre bassin sur le bord de celui-ci, et en fait créance et essai, et donne à laver de l'un des bassins, et reçoit l'eau dans l'autre bassin. Sans recouvrir ces bassins, il les rend au sommelier. Ceci fait, l'échanson se met devant le gobelet, et regarde le prince, et il doit avoir si grand regard que le prince ne doit avoir à demander le vin que par signe."

Cela ne signifie pas que le prince soit immédiatement servi, puisque l'échanson "prend, après le signe, le gobelet en sa main et la tasse et doit porter son gobelet haut, afin que son haleine ne l'atteigne point. L'huissier de salle lui ouvre la voie, et quand le sommelier le voit venir, il emplit son aiguière d'eau fraîche, et rafraîchit le gobelet dans la main de l'échanson, au-dedans et au-dehors, puis prend une tasse en la main gauche, et le pot de la bouche en la main droite, et verse d'abord en la tasse qu'il tient, et puis au gobelet, et puis prend l'aiguière et verse en la tasse, et puis atrempe le vin en son gobelet, selon ce qu'il sait et connaît du goût du prince et de sa complexion… Le vin atrempé, l'échanson verse de son gobelet en la tasse qu'il tient, et recouvre le gobelet, et il doit tenir le couvercle entre les deux petits doigts de la main avec laquelle il tient la tasse, jusqu'à ce qu'il ait recouvert le dit gobelet, et donné ce qu'il a versé en sa tasse au sommelier ; et met dedans la sienne, et doit le sommelier faire l'essai devant lui. Ainsi l'échanson porte le gobelet au prince, et découvre le gobelet, et met du vin en sa tasse, et puis recouvre son gobelet, et il fait son essai. Et, quand le prince tend la main, l'échanson lui donne le gobelet découvert, et met la tasse sous le gobelet, jusqu'à ce que le prince ait bu".



Mémoires d'Olivier de la Marche, traduction Bruno Laurioux, Le Moyen Âge à table, Paris, 1989.

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Jehanne - dans Les Boissons
23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 08:30
Histoire du livre et de l'enluminure.



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L'encre d'écriture.

Elle est noire ou brune, suivant sa composition . Les encres de couleur, beaucoup plus chères, ne servent que pour les titres ( rouge = minium,...)
L'encre noire la plus simple est du noir de fumée soigneusement pilé et mis en suspension dans l'eau . Elle existe depuis la plus haute antiquité . La teinte résiste bien à la lumière mais est fragile à la manipulation.

Les encres métallo-tanniques sont très résistantes à l'humidité et ne bavent plus une fois sèches . Le principe est d'utiliser les tanins présent dans la plupart des végétaux ligneux . Après décoction ou ébullition, on obtient un liquide brunâtre qui doit être concentré par évaporation . cela peut servir d'encre tel quel, mais la couleur sera pâle et fragile. La méthode la plus archaïque pour la stabiliser est de plonger un morceau de fer ou de cuivre chauffé au rouge dans le liquide . Sinon, on utilise une pincée de vitriol ( attention : avant le XIVème siècle ce terme désigne un sulfate et non l'acide sulfurique !). On ajoute ensuite un peu de gomme arabique ou de colle de peau pour épaissir.



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L'encre devient alors plus noire et stable . Les tons diffèrent suivant le végétal employé . Selon mes expériences, de très nombreux végétaux peuvent s'employer , avec plus ou moins de bonheur évidemment...
Traditionnellement , la substance la plus utilisée est la galle de chêne ( chêne se dit "tann" en gaulois et en breton - d'où le terme "tanin"). L'encre, presque grise quand on écrit, devient bien noire en sèchant - surtout sur le parchemin . Il existe des quantités de recettes à base de galles.


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Les couleurs.

Les ingrédients les plus divers et les plus incongrus ( vin, urine, miel, oeufs, insectes,...) entrent dans la fabrication des couleurs . Comme pour une recette de cuisine, deux personnes suivant les mêmes consignes obtiendront des résultats très différents . La normalisation des teintes reste donc une idée très théorique.


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rouges

  • cochenille (insecte broyé qui de nos jours sert surtout à colorer la charcuterie..)
  • pourpre (extrait du coquillage de méditerranée : murex - la pourpre vaut très cher, et à Rome était réservée aux empereurs)
  • garance ( plante méditerranéenne utilisée jusqu'au XIXème siècle pour teindre les pantalons des soldats de l'armée française) - la garance servait surtout en teinture, mais aussi comme pigment pour la peinture depuis la fin du moyen-âge
  • le cinabre ou vermillon : est un sulfure de mercure - on en trouve du naturel, mais depuis le milieu du moyen-âge on savait le synthétiser en chauffant du soufre dans du mercure.  

jaunes.

  • orpiment (roche contenant de l'arsenic, très toxique, peut donner l'illusion de l'or )
  • ocres (terres naturelles ou brûlées, allant du jaune brun à l'orange)
  • fiel de carpe (bile)
  • safran (pollen d'une variété de crocus)
  • sève de chélidoine (voir photo)


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bleus

  • lapis-lazuli ( roche bleu foncé, extrêmement chère )
  • azurite (roche bleue plus claire ou parfois foncée, suivant sa provenance)

verts

  • malachite ( roche naturellement vert foncé )
  • vert de gris ( acétate ou autre sel de cuivre )

    blancs
  • céruse ( pigment blanc très toxique, contenant des sels de plomb).                 

Les feuilles métalliques.


L'or est le plus réputé , mais l'argent et les alliages sont aussi utilisés .
Des plaques métalliques empilées entre des feuilles sont battues au marteau sur une enclume par un artisan spécialisé (batteur d'or) . Au bout de plusieurs jours de travail on obtient des feuilles d'une épaisseur infime ( de l'ordre de quelques microns ) qui peuvent être collées sur un dessin par une technique très délicate . On polit ensuite avec une agate ou une dent de sanglier, de loup,...

De nos jours, les feuilles métalliques sont souvent employées sur des meubles (glaces, fauteuils,..) et sur certains bâtiments publics ( dôme des Invalides,...)


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Photos entête et bas de page brunehaut.

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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 09:14
La bataille de Patay.



Le contexte historique.

À la fin de 1428, dans les dernières années de la guerre de cent ans, les Anglais et leurs alliés bourguignons occupaient la quasi-totalité du nord de la France jusqu'à la Loire.
Ils s'étaient également emparé de plusieurs places stratégiques le long de la Loire, et Orléans, la dernière grande ville sur ce fleuve, fut assiégée à partir du mois d'octobre (1428).


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Que les Anglais viennent à contrôler toute la vallée de la Loire, et le sud de la France, ultime refuge du “roi de Bourges”, serait mûr pour l'invasion.
Dans les premiers jours de mars 1429, Jeanne d'Arc arriva à Chinon pour y trouver le Dauphin et, après un interrogatoire par les autorités ecclésiastiques à Poitiers, elle rallia un important corps d'armée en route pour libérer Orléans. Cette opération fut couronnée de succès, et la ville fut libérée le 9 mai.

Une fois levé le Siège d'Orléans, les Français reprirent aux Anglais plusieurs forteresses du Val de Loire. Ils prenaient ainsi le contrôle de ponts permettant de poursuivre par une invasion des territoires anglais et bourguignons plus au nord. Presque tout le nord de la Loire était en effet sous domination étrangère, et la victoire française d'Orléans s'était accompagnée de la destruction du seul pont français sur la Loire : les batailles ultérieures leur avaient permis de recouvrer trois ponts.


La campagne de la vallée de la Loire rétablit l'autorité du roi de France sur trois ponts stratégiques franchissant le fleuve. Le pont de Beaugency survit depuis maintenant près de 600 ans à la dernière bataille.La campagne de la vallée de la Loire de 1429 comporta cinq combats : le siège d'Orléans, la bataille de Jargeau, la bataille de Meung-sur-Loire, la bataille de Beaugency, la bataille de Patay.


La bataille de Patay eut lieu le lendemain de la reddition anglaise de Beaugency. Cet ultime combat fut la seule bataille rangée de la campagne de la Loire. Patay peut être mise en parallèle avec la fameuse victoire anglaise d'Azincourt : les Anglais s'en tinrent à leur tactique habituelle, qui leur réussissait systématiquement contre la cavalerie française depuis 83 ans (c'est-à-dire depuis la bataille de Crécy en 1346).


Cette fois, la victoire des Français fut aussi complète que leur défaite à Azincourt avait été catastrophique, et les conséquences du combat furent de portée comparable. À Orléans, les Français avaient prouvé qu'ils pouvaient désormais surpasser leurs adversaires dans l'art des engin de siège. Les batailles de Jargeau, Meung-sur-Loire, et Beaugency n'avaient été que de simples escarmouches. Mais à Patay, l'élite des francs-archers anglais fut décimée, et avec elle toute une armée.


Aucun pays d'Europe n'eut autant recours aux archers que l'Angleterre pendant le Moyen-Âge. Malgré le coût modique du longbow anglais (arc long), l'entraînement intensif des hommes de ce corps d'élite était en réalité extrêmement onéreux, car ces soldats de métier devaient être rémunérés en permanence.

Durant le Moyen Âge, beaucoup d'Anglais s'enrôlaient de façon saisonnière, les campagnes se terminant à peu près à temps pour qu'ils puissent participer aux récoltes d'automne.
Seuls les archers et les chevaliers étaient des soldats de métier, encore que les nobles vissent d'un mauvais œil la présence de ce corps de roturiers, qu'ils considéraient comme une atteinte à leurs privilèges de classe.

Le corps des francs-archers anglais souffrait de deux faiblesses : ces hommes dépourvus d'armure faisaient de piètres défenseurs dans le combat au corps-à-corps, et le besoin d'un entraînement intensif ralentissait le recrutement d'une armée de relève. L'armée française les exploita à partir de 1429.




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La bataille.

A l'annonce de la défaite d'Orléans, une armée de secours anglaise, commandée par Sir John Fastolf, quitta Paris. Les Français avaient exploité leur avantage avec énergie, reprenant coup sur coup trois ponts et obtenant la reddition anglaise à Beaugency la veille de la jonction des troupes de Fastolf.

Les Français savaient qu'ils ne pourraient vaincre leur adversaire en bataille rangée s'il parvenait à réorganiser ses rangs.

Ils opérèrent donc une série de reconnaissances dans l'espoir d'intercepter les Anglais avant qu'ils aient pu terminer leurs préparatifs.

Les Anglais firent eux aussi des reconnaissances avec les troupes laissées en défense à Meung-sur-Loire. Les Français avaient pu s'emparer du pont, mais n'avaient pu prendre le château commandant la ville.


Les troupes vaincues à Beaugency purent rallier la garnison de Meung-sur-Loire. Grâce à leur puissance de trait, les Anglais excellaient depuis des décennies dans les batailles rangées ; on ne connaît pas exactement l'endroit où ils prirent position, mais la tradition attribue cet honneur au petit village de Patay.


John Fastolf, John Talbot et Thomas de Scales commandaient l'armée anglaise.


La tactique défensive habituelle des francs-archers anglais consistait à ficher des épieux taillés en terre devant leurs batteries, ce qui arrêtait les charges de cavalerie et ralentissait suffisamment les progrès de l'infanterie pour leur laisser le temps d'éliminer les assaillants.
Mais à Patay, ces hommes révélèrent leur position avant d'avoir pu se mettre en ordre de bataille : on rapporte qu'un cerf ayant traversé le champ près des lignes anglaises, les archers abattirent l'animal et poussèrent un cri de triomphe qui révéla leur position aux éclaireurs français.

L'avant-garde française d'environ 1 500 hommes, menée par les capitaines La Hire, Ambroise de Loré et Jean Poton de Xaintrailles, attaqua les archers qui se débandèrent rapidement. Tandis que l'élite des archers était taillée en pièce par les piquiers, les chevaliers anglais fuyaient la charge de cavalerie française. Pour la première fois, la tactique française de la charge de cavalerie lourde l'emportait, avec des résultats inattendus.



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Conséquences.

Talbot, Scales et de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf, accompagné d'une petite troupe, parvint à s'enfuir mais fut dès lors disgracié : le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l'Ordre de la Jarretière. Ainsi prit naissance la fâcheuse réputation qui devait faire de lui le prototype du personnage de Falstaff.


Ultime haut fait de la reconquête du Val de Loire, la bataille de Patay décapita pour longtemps l'armée anglaise, qui y perdit ses meilleurs officiers et l'élite de ses archers. Les Français purent escorter Charles VII vers Reims sans avoir à combattre et y firent couronner leur prince, mettant ainsi un terme aux contestations sur la succession au trône de France.



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Une anecdote historique.

Talbot et de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf, accompagné d'une petite troupe, parvint à s'enfuir mais fut dès lors disgracié : le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l'Ordre de la Jarretière.
Ainsi prit naissance la fâcheuse réputation qui devait faire de lui le prototype du personnage de Falstaff.






Source batailles de france.

 

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Jehanne - dans Les Batailles
21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 08:56
La prédication au Moyen âge.




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Selon la définition qu'en donne le prédicateur Alain de Lille au début du XIIIe siècle, la prédication est "un enseignement public et collectif des mœurs et de la foi, en vue d'instruire les hommes, appuyé sur la raison et puisé aux sources de l'autorité". Cette forme d'enseignement des masses – en particulier des femmes et des enfants – se répand très tôt au cours du Moyen Âge, comme en témoigne, dès le IVe siècle, l'évêque d'Arles, saint Césaire ; elle se développe au XIIe siècle pour combattre les hérésies et connaît un vif essor au XIIIe siècle, sous l'influence des ordres mendiants, dominicains et franciscains. Le concile de Latran en 1215 en fixe les principes et les buts principaux : attaquer l'hérésie ; affirmer la foi catholique ; extirper les vices et semer les vertus dans une perspective de salut.


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Sous l'influence des frères mendiants qui concurrencent largement le clergé séculier et remportent un grand succès auprès des foules, la prédication se répand sur les places publiques et aux carrefours des villes, où elle rassemble un maximum d'auditeurs. Contrairement à la messe, prononcée en latin, le prêche public se fait en langue vulgaire pour être compris de tous. La "leçon", ainsi donnée publiquement, peut durer plusieurs heures. Pour capter l'attention du public populaire, il faut aux prédicateurs un grand talent d'orateur, doublé de qualités de mime et d'acteur. Les recours aux paraboles et aux historiettes divertissantes (les exempla), tirées de fables ou de la vie quotidienne, sont fréquents pour illustrer un sermon ; certains prédicateurs n'hésitent pas à raconter des histoires drôles, à gesticuler ou à agiter des objets incongrus pour réveiller la foule.


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Parmi le public habituel des prédicateurs, les femmes et les jeunes filles tiennent le haut du pavé. On trouve également dans la foule des étudiants et des maîtres d'université, ainsi que des écoliers, des jeunes gens ou apprentis de métiers. Il existe même des prêches spécifiquement destinés aux enfants. Nullement passif, le public des prédications, qui se chiffre en milliers de personnes au XVe siècle, interpelle parfois le prédicateur pour contester ses propos ou l'appeler à davantage de modération. On ignore quel est l'impact réel de ces sermons sur les mœurs et les connaissances des gens ordinaires, mais ils font en tout cas complètement partie du paysage urbain à la fin du Moyen Âge. Certains prédicateurs sont salariés par les assemblées urbaines pour organiser la représentation de mystères théâtraux et assurer les grands cycles de prêche public qui rythment la vie des villes tout entières, particulièrement au moment du carême et de l'avent.


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Source BNF.
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Jehanne - dans La Religion
20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 08:50
Le pélerinage.




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La pratique du pèlerinage est très répandue au Moyen Âge, qu'il s'agisse d'une visite à un petit sanctuaire local ou régional, réputé pour ses reliques, ou de l'un des grands pèlerinages de la Chrétienté comme Rome, Saint-Jacques-de-Compostelle ou Jérusalem que l'on n'entreprend en général qu'une fois dans sa vie.
Certains pèlerinages sont infligés comme pénitence par l'Eglise ou comme sanction judiciaire par le pouvoir civil. Mais en règle générale, ils sont entrepris de façon volontaire, soit pour expier une faute grave, soit pour solliciter une faveur spéciale, en particulier la guérison d'une maladie, soit, tout simplement, dans une perspective de recherche de salut. Les pèlerins voyagent en groupe sous la houlette d'un guide et parfois d'une escorte armée, pour échapper aux nombreux périls du voyages, et suivent des itinéraires connus, jalonnés de sanctuaires, de couvents ou d'hospices prêts à les accueillir et à leur offrir gîtes et couverts. Les routes terrestres et maritimes sont bien souvent semées d'embûches (attaque de pillards, épidémies, famines, tempêtes, guerres, etc.), et la plupart des pèlerins prennent la précaution de faire leur testament avant d'entreprendre le périlleux chemin.


Dans la partie occidentale de la Chrétienté, le pèlerinage le plus important est celui de Saint-Jacques-de-Compostelle, dans la péninsule Ibérique. Apparu au cours du IXe siècle pour honorer les reliques de Saint Jacques, il connaît un succès grandissant dans les siècles suivants. En 1140, un guide du pèlerin de Saint-Jacques, écrit à l'usage des voyageurs, accroît encore la renommée du lieu et son prestige. Les chemins de Compostelle, qui partent de Germanie, de Normandie ou d'Italie sont empruntés par des milliers de fidèles. La célébrité de ce pèlerinage profite à d'autres sites qui en deviennent des étapes importantes, telle que Saint-Martin de Tours, Vézelay, ou Conques


Le pèlerinage de Rome est également un pèlerinage majeur au Moyen Âge, particulièrement à partir de l'an 1300, lorsque pour la première fois, la papauté, en proclamant le jubilé - ou année sainte - promet à tous les pèlerins qui visiteraient le tombeau de saint Pierre une indulgence plénière pour tous leurs péchés. Célébrées tous les cinquante ans, puis de façon plus fréquente, les années jubilaires sont l'occasion d'une grande affluence dans la cité italienne : le voyage est moins périlleux que celui de la Terre Sainte et les chrétiens peuvent également y gagner l'entière rémission de leurs péchés.


Plus que tous les autres lieux, Jérusalem et le Saint Sépulcre ne cessent cependant d'attirer les foules et de susciter la ferveur des chrétiens au cours du Moyen Âge, bien que la prise de Saint Jean d'Acre et la chute du Royaume latin de Jérusalem en 1291 complique singulièrement le voyage des pèlerins. Deux itinéraires sont possibles pour rejoindre la Terre sainte : l'itinéraire maritime, contrôlé par les Vénitiens, dont les étapes principales sont les îles de Corfou, du Péloponnèse, de Crète, de Rhodes et de Chypre ; et l'itinéraire terrestre du Danube et des Balkans, rendu accessible par la conversion des royaumes d'Europe centrale au Christianisme au cours du XIe siècle. Il faut compter plusieurs mois pour atteindre le terme du voyage, et pouvoir se recueillir dans les lieux saints, particulièrement sur le tombeau du Christ, lieu de vénération pour l'ensemble de la Chrétienté. Le pèlerinage en Terre Sainte vaut une indulgence plénière à qui l'entreprend. Il est par ailleurs pour le pèlerin occidental, l'occasion de découvrir d'autres cultures et d'autres modes de vie.









Source BNF.





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Jehanne - dans La Religion

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