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8 octobre 2007 1 08 /10 /octobre /2007 23:50
Les animaux et la Bible.



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Dès les premiers chapitres de la Bible (la Genèse), Dieu crée les êtres des eaux et du ciel au cinquième jour, les animaux terrestres au sixième, puis l’homme enfin, pour régner sur l’ensemble de la Création. En peignant les merveilles du monde animal et humain, les enlumineurs du Moyen Âge ne livrent donc pas seulement de belles images, mais ils glorifient le miracle de l’incarnation, et en rendent grâce au Créateur.


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L’harmonie qui règne originellement entre les habitants du Paradis, hommes et bêtes, qui sont tous herbivores, est souvent représentée dans les manuscrits de la Genèse. Puis, après qu’Adam et Eve ont été chassés du Paradis terrestre, une nouvelle chance est accordée à l’homme avec le déluge : Noé embarque un couple de chaque espèce vivante dans l’arche, paradis retrouvé où hommes et animaux sont à leur place. Mais, au moment du sacrifice qui suit le débarquement, Dieu autorise l’homme à se nourrir de l’animal, et l’animal qui aura versé le sang de l’homme devra rendre des comptes : les rapports entre hommes et animaux s’inscrivent désormais dans une dynamique de lutte, mais aussi d’espérance en un retour à l’harmonie du Paradis.

On rencontre donc de nombreux animaux, réels ou monstrueux, dans les autres livres de la Bible : lions (de Judas, de Daniel, de Salomon, de saint Marc…), baleine de Jonas, béliers, bouc, agneaux du sacrifice, licornes, ânes compagnons de la vie du Christ, taureau de saint Luc, aigle de saint Jean, dragons de l’Apocalypse, colombes… Leur symbolique est complexe, ambiguë (tantôt positive, tantôt négative) : ils incarnent souvent l’affrontement entre le Bien et le Mal. Les Bestiaires y puiseront une grande part de leur inspiration morale.


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Le tétramorphe, symbole des Evangéliste.

"Devant le trône, on dirait une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu du trône et autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d’yeux par-devant et par-derrière. Le premier Vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant a comme un visage d’homme. Le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés d’yeux tout autour et en dedans."



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Cette vision de saint Jean, dans l’Apocalypse (IV, 6-8), fait écho à celle d’Ezéchiel dans l’Ancien Testament. Les quatre vivants, transformés en animaux – le tétramorphe -, servent désormais de symboles aux quatre évangélistes (le lion pour Marc, le taureau pour Luc, l’homme pour Matthieu et l’aigle pour Jean). Ils peuvent même fusionner avec eux pour former d’étranges figures faites d’un corps humain et d’une tête animale, comme dans l’évangéliaire réalisé au Xe siècle dans l’abbaye bretonne de Landévennec.

L’image du tétramorphe est devenu l’un des thèmes les plus courants de l’iconographie religieuse du Moyen Âge , tant dans l’enluminure que dans la sculpture, le vitrail, la peinture, sur les émaux ou les ivoires…


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Les Cistérciens contre les représentations animales.


Néanmoins, dès le XIIe siècle saint Bernard et d’autres Cisterciens se sont élevés violemment contre la présence ornementale excessive des animaux sur les chapiteaux et les porches des églises et des monastères.


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"Pourquoi, dans les cloîtres des moines, ces grues et ces lièvres, ces daims et ces cerfs, ces pies et ces corbeaux ? Ce ne sont pas les instruments des Antoine et des Macaire, mais plutôt des divertissements de femmes. Tout cela n’est pas conforme à la pauvreté monastique, et ne sert qu’à repaître les yeux des curieux."
Aelred de Rielvaux, Miroir de la charité.



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Source Bibliothèque Nationale de France.

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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 22:31

Les voyages au Moyen Age


Danièle Masse, docteur en Lettres, chargée de Cours à l'Université de Toulon.


Si l'Antiquité a connu de grands voyageurs tels Ulysse et les Phéniciens, il faudra attendre l'époque des grandes découvertes, à la fin du XVe siècle pour renouer avec le concept du voyage au sens de découverte et d'exploration. Entre Antiquité et Renaissance, le Moyen Age stagne, du moins en apparence. Car si la tradition veut que cette longue période - un millénaire de la chute de l'Empire Romain à la Renaissance - soit frappée d'immobilisme, la réalité est tout autre. A y regarder de près, on constate au contraire que les déplacements sont nombreux, même si ce n'est qu'à la fin du Moyen Age que le voyage trouve le sens qu'on lui donne aujourd'hui.



LE VOYAGE COMME APPRENTISSAGE.

Au Moyen Age, on ne voyage pas par plaisir, notion inconnue alors, mais pour faire un pèlerinage, pour guerroyer, notamment en Terre Sainte ou pour commercer. On trouve pourtant sur les routes une population appartenant à toutes les classes sociales : les paysans et les marchands se déplacent de foire en foire, les étudiants et les professeurs d'université en université, les nobles visitent leurs domaines situés souvent à des distances considérables ; les clercs et les autorités ecclésiastiques vont de monastère en monastère. Il n'est guère que les femmes qui restent confinées au foyer, encore que certaines dames nobles voyagent aussi et que la foule des pèlerins compte de nombreuses pèlerines.

Dans la littérature du Moyen Age, les Fabliaux en particulier, le voyageur est jeune, pauvre et oisif. Le voyage constitue son apprentissage : issu du peuple, le jeune homme parcourt le monde pour s'initier à un métier ou pour trouver un emploi. Les fils de marchands quittent le toit familial pour exercer d'abord des fonctions modestes souvent sur les galères de l'Etat, où ils s'initient au commerce en emportant des marchandises pour les vendre.

Sur terre, le jeune suit la même démarche ; il part dès l'âge de 15 ans, s'établit comme apprenti auprès d'un riche marchand puis fonde sa propre compagnie pour vendre ses produits de foire en foire. Les étudiants, quant à eux, voyagent pour acquérir des connaissances intellectuelles dans des universités réputées comme la Sorbonne à Paris pour la philosophie et la théologie et Bologne pour le droit. Ces universités reçoivent des étudiants de tout l'Occident et de l'Orient latin. Abélard (1079-1142) fut un de ceux-là : de Paris à Laon en passant par Cluny il est toujours prêt à discuter de dialectique avec un professeur renommé. Il n'est pas rare que de brillants étudiants deviennent des enseignants recherchés dispensant leurs cours dans divers établissements. Leur mobilité est telle que les universités font prêter serment aux doctorants de ne pas partir une fois leur diplôme obtenu. Les jeunes chevaliers ne sont pas exempts de tels déplacements, même si leurs motivations diffèrent.

Ils "tournent par la terre" pour s'affirmer mais également pour connaître le monde. Si pour eux le voyage est aussi initiatique, c'est par les armes que se fait cette initiation. Ils mènent une vie libre, souvent en groupe et vont de tournoi en tournoi pour acquérir fortune et gloire. Une fois la maturité atteinte - souvent fort tard -, ils feront un mariage riche et se "sédentariseront", à l'image de Guillaume le Maréchal qui erra ainsi entre l'Angleterre et le continent, "tournoyant" jusqu'à l'âge de cinquante ans. Si "les voyages forment la jeunesse" au Moyen Age, on voyage également la maturité venue, pour des raisons économiques le plus souvent.

Ce sont les marchands qui partent au loin commercer avec le monde arabo-musulman, mais aussi avec l'Inde et la Chine. Ils vont d'Ouest en Est et inversement tant par voie de mer que par voie de terre, en empruntant des itinéraires variés. Ils apportent en Occident des esclaves, de la soie, de la pelleterie, des épices et d'autres produits orientaux et contribuent à maintenir des relations cordiales entre l'Orient et l'Occident, relations souvent occultées par les Croisades. Certains lieux stratégiques comme l'île de Chypre sont véritablement cosmopolites et plusieurs témoignages affirment que toutes les langues du monde y sont enseignées et parlées. On ne présente plus Marco Polo et le voyage qu'il accomplit avec son père et son oncle jusqu'en Chine.

On connaît moins Benedetto Zaccharia, un Gênois qui s'embarqua pour l'Orient dès l'âge de 11 ans, en 1259, où il fit commerce de l'alun après avoir obtenu de l'empereur byzantin un gisement en Asie Mineure. Son activité l'amena à voyager constamment en Méditerranée, dans la Mer Noire et à Constantinople, avec de fréquents retours à Gênes, où il mourut en 1308. L'apparat joue un rôle essentiel au Moyen Age : le souverain se déplace pour se montrer mais aussi pour jouir des ressources de son royaume, maintenir le contact avec ses sujets et vérifier la bonne administration de ses terres. Il est accompagné d'une nombreuse suite et d'un important matériel. En 1389-1390, le voyage en Languedoc qu'entreprit Charles VI dura six mois et sa cour, composée de "pas mal de barons du royaume" nécessita quatre mille chevaux. Isabeau de Bavière, qui n'a pas de demeure fixe, se déplace de château en château, en parcourant une vingtaine de kilomètres par jour. Elle emmène avec elle non seulement ses effets personnels mais aussi ses tapisseries, ses orgues, ses étuves, ses meubles...

Outre les domestiques, elle est suivie par des conseillers et des prêtres et une troupe de soldats la protège. Le pape, souverain spirituel, ne se prive pas de faire étalage de sa puissance et de sa fortune. A l'instar du souverain temporel, il se déplace avec un grand nombre de personnes : 194 pour le déplacement de Boniface VIII de Rome à Anagni au printemps 1299, auxquelles il faut ajouter une quinzaine de cardinaux accompagnés d'une vingtaine de familiers pour chacun d'eux...



PREMIERES MESURES CONTRE L'INSECURITE.

Le Haut Moyen Age a hérité du réseau bien entretenu des routes tracées par les Romains, empruntées jusqu'au XIe siècle malgré les dégâts occasionnés par les invasions germaniques. A partir du XIe siècle, un nouveau réseau est créé qui ne cessera de s'étendre jusqu'au début du XIVe pour les besoins d'une économie et d'une population en pleine expansion. Les premières routes pavées apparaissent au XIIIe siècle et c'est Blanche de Navarre qui institue le premier "péage autoroutier" entre Troyes et Sézanne : elle autorise les entrepreneurs à percevoir le revenu des péages pour compenser les frais engagés. Les plus pauvres voyagent en chariot grossier ou à pied, notamment les pèlerins pour qui le voyage revêt un aspect pénitentiel. Mais on utilise généralement un cheval, un âne ou un mulet selon la condition sociale du voyageur. Les personnes de condition et les dames nobles disposent d'un char à quatre roues, luxueusement aménagé ou d'une litière dont les deux brancards sont placés entre deux chevaux. Le voyage par voie de terre dépend de l'état des routes mais aussi des conditions météorologiques et de l'insécurité qui règne sur les chemins.

Les forêts - auxquelles est attachée toute une mythologie de la peur -, la lenteur des déplacements et la présence aléatoire de l'autorité policière font que l'on préfère voyager en groupe. Les brigands restent redoutables durant tout le Moyen Age et ce n'est qu'à la fin du XIVe siècle, pour des raisons économiques, que les seigneurs prennent des mesures contre l'insécurité pour favoriser les déplacements des marchands d'une foire à l'autre. Si les fleuves et les rivières sont empruntés pour des liaisons courtes, à l'intérieur d'une région en général, la voie maritime est largement utilisée, même si la mer suscite répulsion et crainte.

En fonction de ses projets et de sa fortune, le voyageur a le choix entre plusieurs types de bateaux dont la taille et la stabilité évoluent au cours des siècles. Cependant, comme sur terre, le bon déroulement du voyage dépend du vent et du temps et les progrès de la navigation ne changent pas sensiblement la durée du voyage, souvent longue et fatigante. Lorsqu'on voyage, trouver à se loger la nuit venue, est un souci plus ou moins facilement résolu en fonction de ses moyens et de l'époque. Même s'il existe des auberges depuis le Haut Moyen Age, elles ne sont guère utilisées. Les grands personnages logent chez leurs vassaux, les autres chez un particulier, ami ou parent. Dans la littérature médiévale, l'accueil du chevalier itinérant dans une demeure hospitalière est un topos récurrent. L'Eglise, en accord avec les préceptes du Christ, est tenue d'offrir l'hospitalité aux plus démunis. Les moines ouvrent les portes de leurs monastères en y adjoignant un xenodochium ou maison des hôtes. Le chapitre 53 de la règle de Saint-Benoît stipule en effet : "Tous les hôtes qui surviennent seront reçus comme le Christ, car lui-même doit dire : "J'ai été hôte, et vous m'avez reçu". A tous, les égards convenables seront rendus, surtout aux frères dans la foi et aux pèlerins".

Durant tout le Moyen Age un réseau d'hôpitaux se constitue gérés par des religieux, frères ou soeurs. Les villes comme les villages possèdent de tels hospices, appelés Hôtels-Dieu pour les villes les plus importantes. Les personnes aisées préfèrent "descendre à l'hôtel" à partir du XIIe siècle, période à laquelle l'accélération de l'urbanisation permet le développement des auberges. On en compte ainsi vingt-sept à Aix-en-Provence au milieu du XVe siècle et une soixantaine à Avignon vers 1370. Il s'agit souvent d'une maison de particulier dont la fonction est signalée par une enseigne et aménagée avec plusieurs lits dans une même pièce. Les chambres n'ont pas de numéro mais sont désignées par leurs caractéristiques, par exemple "La Chambre Peinte".



AU FIL DE CARTES PLUS OU MOINS PRECISES...

En ce qui concerne le voyage dans des contrées lointaines, en Terre Sainte par exemple, il dépend des guides connaissant itinéraires et grandes voies mais aussi moeurs et langue des populations. Le voyageur doit également avoir une connaissance suffisante des cartes géographiques pour se repérer loin de chez lui. Ces cartes, d'abord très imprécises et donc peu utiles sur le plan pratique, sont tracées d'après les récits des voyageurs et des pèlerins s'inspirant eux-mêmes des descriptions des auteurs anciens, Pline et Strabon en particulier. Ils ont une vision du monde limitée à trois parties : l'Asie, l'Afrique et l'Europe entourées par la mer. L'intérieur des terres est pratiquement inconnu en ce qui concerne l'Asie et l'Afrique et de nombreux espaces blancs symbolisent ces terra incognita.

Au XIIe siècle, avec les Croisades et les contacts avec l'Orient, les cartes deviennent plus fiables. Mais c'est à partir de la prise de Constantinople en 1204 que la vision du monde s'élargit : on peut accèder aux steppes russes par la Mer Noire, ce qui permet de traverser l'Asie. Les plaines enneigées de ce continent, habitées par les Tartares seront décrites entre autres par Guillaume de Rubrouck et Marco Polo révèlera un peu plus tard les paysages plus méridionaux de ce continent. L'Afrique reste plus mystérieuse, à cause de la barrière du désert. A partir du milieu du XIIIe siècle, des missionnaires s'aventurent en Ethiopie et peu à peu pénètrent l'Afrique de l'Ouest. Dès lors la prééminence est accordée aux cartes sur les textes : Pétrarque par exemple affirme leur supériorité dans le voyage. Les portulans sont l'aboutissement de cette approche. D'origine italienne, ils se répandent rapidement en Catalogne au XIVe siècle, puis au Portugal et en Espagne au XVe. Leur apparition est liée à l'expansion maritime des grandes cités italiennes et répond avant tout à des besoins économiques. Oeuvre de marchands s'aventurant de plus de plus loin, le portulan permet de connaître les distances, il est associé à la boussole et au routier, ouvrage indiquant la nature et la profondeur des fonds.



PELERINS ET CROISES EN ORIENT.

Hormis le marchand qui se déplace pour des raisons économiques, l'homme médiéval part au loin pour se battre ou pour accomplir un pèlerinage.

D'ailleurs tout au long du Moyen Age, voyager a le sens de "faire des expéditions militaires". La première Croisade débute en 1096 mais les pèlerins occidentaux se sont rendus sur les lieux de la vie du Christ, à Jérusalem, dès le premier siècle de notre ère. Le pèlerinage à Rome, seconde destination des pèlerins, s'effectue dans les premiers siècles et celui de Saint-Jacques de Compostelle à partir du IXe.

Le voyage en Orient, et plus précisément en Terre Sainte, est la destination la plus lointaine et celle qui voit le plus grand nombre de personnes sur les routes puisque c'est par voie de terre que le voyage s'accomplit le plus souvent. Toutes les conditions sociales sont représentées, même si le noble ne voyage pas de la même façon que le pauvre. Le riche, dont le but est militaire, prend le temps de s'équiper, de consulter les relations de voyages antérieurs comme celle de la pèlerine Egérie qui décrivit les lieux saints à la fin du IVe siècle. Le pauvre rassemble le peu qu'il possède et se met en route, appuyé sur son bourdon ou emmenant sa famille dans un chariot sommaire. Tous ont à coeur de mettre leurs pas dans ceux du Christ et plus le voyage sera pénible, plus ils auront le sentiment de mériter la rémission de leurs péchés. Mais au-delà de la foi, d'autres données fondamentales interviennent dans le but du voyage : l'attrait de l'Orient fabuleux, le désir de découverte et l'admiration pour un monde inconnu à comprendre. Cette curiosité, qui annonce l'esprit de la Renaissance, est un élément essentiel dans la démarche du voyageur en Orient, élément que l'on retrouve dans les relations, notamment celle de Guillaume de Boldensele où, regard curieux (il profite de son pélerinage pour visiter l'Egypte et en donne une description intéressante) et méditation se mêlent. Depuis l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem (anonyme) cette constante perdure du IVe au XVe siècle avec des contraintes diverses selon la situation politique tandis que se mettent en place divers itinéraires, terrestres et maritimes, au départ de Venise pour ces derniers.

D'autre part, des réseaux d'accueil sont organisés sur la route de Jérusalem où les moines franciscains s'installent à la fin du XIIIe siècle. Soldats et pélerins ne sont pas les seuls à faire le voyage en Orient. On trouve de grands personnages, ambassadeurs et diplomates qui représentent leurs souverains. Ils voyagent en grand équipage, sont accompagnés d'une suite nombreuse et d'interprètes - les truchements - comme le Juif Isaac envoyé en 801 par Charlemagne auprès du sultan Haroun al-Rashid. Jusqu'au VIIIe siècle, des envoyés permanents, les apocrisiaires, représentent le pape auprès de l'empereur de Byzance, remplacés aux siècles suivants par des clercs, légats du Siège apostolique. Le voyage peut être aussi une activité professionnelle.

Plusieurs Etats disposent d'un service postal et envoient des émissaires d'une région, d'un pays à l'autre. L'Empire byzantin - jusqu'à la fin du XIe siècle - mais aussi le monde arabo-musulman, la Chine - dès le IIIe siècle avant Jésus-Christ - l'Inde connaissent ce type d'organisation. Le courrier est acheminé à dos de chameau, de mulet ou grâce à des pigeons voyageurs et des bateaux-poste. En Occident, des marchands se regroupent au XIIIe siècle en Italie pour payer des courriers collectifs vers les foires de Champagne et au XIVe, les papes établissent également un service de courriers.

Si le Moyen Age est un monde stable parce qu'essentiellement rural, attaché à son terroir, appréhendant d'affronter un Ailleurs inconnu et hostile, il n'en demeure pas moins que les déplacements sont nombreux et que le mouvement est une composante de l'époque médiévale. Marchands, soldats et pèlerins parcourent souvent de grandes distances, pour des causes économiques, militaires ou religieuses. Voyager pour le plaisir ou pour fuir une réalité décevante - notion toute moderne - est un concept inconnu au Moyen Age. Néanmoins, on peut penser que c'est la découverte progressive du monde grâce aux voyageurs de tous ordres, ceux qui ont laissé un témoignage comme les plus obscurs, qui a permis aux hommes de la Renaissance de partir à la recherche de mondes nouveaux.
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Jehanne - dans La Société
7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 21:52
Fables et textes satiriques.




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Les fables en latin qui circulent au Moyen Âge dérivent de trois collections inspirées d’Esope, mais écrites par Phèdre (Ier siècle après J.-C.), Babrius (IIe siècle après J.-C.) et Avianus (fin IVe siècle après J.-C.).

Au Moyen Âge , les fables d’Avianus sont étudiées par tous les écoliers. Celles de Phèdre sont largement recopiées dans les monastères et font l’objet, vers 1175, de deux adaptations en vers latins, qu’on appelle Romulus.

La première, qui compte 60 fables, a été rédigée par le chapelain du roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, Walter l’Anglais, pour l’éducation du jeune roi de Sicile Guillaume II. Des moralités à portée générale viennent conclure chaque fable sur un ton sententieux.

Vers 1180, la grande poétesse Marie de France écrit le premier recueil de fables en français à partir du Romulus. Elle est la première à concevoir la fable en tant que genre littéraire à part entière, autonome et vivant, où il est possible de faire œuvre créatrice (un quart de ses 103 fables sont nouvelles), et met davantage en avant la morale que le récit lui-même.

A sa suite, plusieurs recueils de fables en français sont rédigés et diffusés sous le nom d’Isopets.

A côté de beaucoup d’autres, le loup, le renard, le rat et le lion tiennent la vedette dans les recueils en latin et en français, avec des fables toujours célèbres grâce à La Fontaine : "Le loup et le chien", "Le renard et la cigogne", "Le loup et l’agnelet", "Le lion sauvé par la souris", "La souris de ville et la souris des champs"… et bien sûr "Le corbeau et le renard", qui est également diffusée par le Roman de Renart.


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Le monde animal, satire de la société humaine.


Diverses œuvres du Moyen Âge utilisent les animaux dans un but satirique. La plus célèbre est ce qu’on appelle aujourd’hui "Le Roman de Renart", un ensemble de textes disparates, ou branches, composés principalement entre 1170 et 1250, et dont la source remonte aux fables antiques, à des récits folkloriques et à des textes en latin comme l’
Ysengrimus du moine Nivard (1148).


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Les plus anciennes branches du Roman de Renart sont le récit du long conflit, de type épique, qui oppose le goupil et les autres animaux de la forêt et de la basse-cour – Chantecler le coq, Tibert le chat, Tiécelin le corbeau, Brun l’ours et surtout son pire ennemi, le loup Ysengrin : Renart parvient par ruse à violer la femme d’Ysengrin, Hersent, sous ses yeux, puis il le tonsure en lui versant de l’eau bouillante sur la tête, avant de l’emmener pêcher dans un étang où il perdra la queue, prise dans la glace, et enfin de l’abandonner au fond d’un puits... Malgré plusieurs condamnations, et un long siège de son château de Maupertuis par le roi Noble, le lion, Renart poursuit ses méfaits, et ressuscite même, après avoir été enterré !
Ces textes, drôles et légers, sont une parodie des chansons de geste. Ils connaissent très vite un immense succès et sont adaptés dans plusieurs langues européennes. Le nom de "goupil" disparaît alors, remplacé par celui de "Renart".

Déjà considéré comme un animal fourbe et malfaisant par Aristote, par les fables antiques et par l’Évangile (qui donne son nom au cruel roi Hérode), le renard est au Moyen Âge le symbole de la ruse, de la perfidie et de l’hypocrisie : "Tous ceux qui s’adonnent à la ruse et à la fourberie sont appelés Renart".

"Mon Dieu, s’émerveille Renart, comme votre voix devient claire !
Comme elle devient pure !
Si vous renonciez à manger des noix,
vous chanteriez le mieux du monde.
Chantez donc une troisième fois !"
[Le corbeau] s’époumone
et, tout à son effort, il ne s’aperçoit pas
que sa patte droite se desserre.
Et le fromage de tomber à terre
tout juste aux pieds de Renart.

Roman de Renart, branche II, traduite par Jean Dufournet et Andrée Méline.


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Après 1200, le ton change : Renart devient le symbole du mensonge et de la trahison, et une incarnation du diable. Les textes dénoncent avec âpreté la corruption et l’hypocrisie de la société, comme Renart le Bestourné de Rutebeuf, violente satire contre les ordres religieux, ou Renart le Contrefait, œuvre d’un clerc de Troyes qui prend le masque de Renart pour dénoncer les vices de son temps (1319-1342).

A la même époque (1310-1314), Gervais du Bus écrit le roman de Fauvel, qui raconte l’histoire d’un cheval roux devenu roi. Véritable pamphlet contre l’ordre établi et contre le roi Philippe le Bel, il décrit un "monde à l’envers" où les hommes se conduisent comme des bêtes, où le pape se soumet au roi, où les prêtres et les moines sont riches et corrompus, et où toutes les couches de la société viennent "torcher Fauvel".



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Source Bibliothèque Nationale de France.



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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 18:36
Le décor enluminé






Les animaux sont omniprésents dans la décoration des manuscrits du Moyen Âge. Cette présence va bien au-delà des seuls textes qui mettent en scène le monde animal : Bibles, Physiologus, Bestiaires, encyclopédies, recueils de fables, roman de Renart, etc..


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L’alphabet des animaux.

Comme les chapiteaux des églises romanes, les miniatures de très nombreux manuscrits du XIIe siècle montrent un décor foisonnant où se mêlent motifs végétaux, ornements géométriques, formes humaines et animaux réels ou fantastiques. Les grandes lettres zoomorphes, caractéristiques de l’enluminure romane, s’inspirent parfois de motifs antiques. Les représentations, qui s’émancipent souvent du cadre strict de la lettre, témoignent de l’inventivité sans limite des enlumineurs.


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Les animaux dans les marges.

A partir du XIIIe siècle, l’illustration des manuscrits gothiques tend à être plus figurative. Tout en conservant une forte charge symbolique, les animaux sont représentés de manière plus réaliste. Ils peuplent souvent les marges, dans d’innombrables chasses au cerf ou au lapin, et dans des tableaux qui, tantôt commentent le texte, tantôt illustrent un "monde à l’envers" ou des thèmes amusants proches du folklore.

Les manuscrits voient se multiplier les figures marginales qui donnent du texte une interprétation satirique, irrévérencieuse, parfois sexuelle ou scatologique, en jouant souvent sur le sens des mots.


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Dans cet univers des marges, où transparaît souvent une forme de culture populaire, les animaux sont très présents. Les singes-évêques et autres lapins-chevaliers ont sans doute une fonction satirique. De même, on doit souvent interpréter dans un sens symbolique les scènes de chasse ou de travaux des champs, les poursuites entre animaux, les oiseaux, les singes, les chiens et les lapins : le cerf peut ainsi faire écho à la figure du Christ, les animaux à fourrure comme l’écureuil ou le lapin (conil en ancien français) dans son terrier représentent les organes sexuels féminins.



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La marge des manuscrits peut aussi mettre en scène un "monde à l’envers" où des lapins poursuivent des chiens. Les animaux peuvent enfin jouer une mascarade des passions humaines : guerres, combats, séduction…


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Faut-il voir dans ce monde animal des marges l’expression d’une contestation subversive de la société médiévale ? Sans doute pas, car les manuscrits étaient destinés à des nobles, des évêques, de riches bourgeois. Ils expriment plutôt la grande liberté et le goût de la parodie des élites du Moyen Âge.


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Les livres d’heures du XVe siècle transforment les marges en véritables cadres placés en avant de la miniature, qui se peuplent de spécimens de la nature : ours, singes, lions, mais aussi papillons, mouches et abeilles en trompe-l’œil… La satire s’efface alors derrière l’illusion. Puis, avec l’imprimerie, l’animal disparaît des marges du livre.


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Source Bibliothèque Nationale Française.


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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 14:32
Les encyclopédies.



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Isidore de Séville (vers 570-636) a transmis, dans sa grande Encyclopédie intitulée les Etymologies, les informations qu’il a tirées des Histoires naturelles du naturaliste romain Pline (23-79).
Ce sont les Etymologies qui constitueront pendant tout le début du Moyen Âge la base des connaissances scientifiques sur les animaux. On y retrouve les acquis scientifiques de l’Antiquité, mais aussi de nombreuses lacunes et erreurs qui seront recopiées d’œuvre en œuvre.

La première zoologue du Moyen Âge est sans doute la savante abbesse Hildegarde de Bingen (1098-1179), dont quatre livres de la Physique sont consacrés aux animaux – et notamment à ceux qu’elle a observés elle-même en Allemagne occidentale. Plus tard, les grandes encyclopédies du XIIe et du XIIIe siècle cherchent à compiler de manière "scientifique" les données fournies par les bestiaires, tout en les dégageant des commentaires moraux ou religieux et de leurs aspects les plus fabuleux, et en les enrichissant par les connaissances acquises lors des voyages en Orient ou grâce à la redécouverte d’Aristote.


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L’œuvre du franciscain Barthélémy l’Anglais, en latin ou dans ses traductions en langues vulgaires (vers 1240), celle de Thomas de Cantimpré (1240), le très célèbre Livre du trésor en français du Florentin Brunetto Latini, l’Image du Monde de Gossuin de Metz (1246), le Miroir historial de Vincent de Beauvais (écrit en latin avant 1250, mais très vite traduit en français par Jean de Vignay) comportent ainsi de larges chapitres consacrés à la description des bêtes, tout particulièrement à celles des contrées lointaines.

Le classement est organisé par grands ordres, en commençant par les quadrupèdes. A l’intérieur de chaque ensemble, les animaux sont classés par ordre alphabétique, de "asinus" âne à "Zibo", le zébu.

Ces grands cycles illustrés apparaissent en même temps que les traductions françaises des Bestiaires, lorsque le livre passe du domaine des clercs à celui des princes. L’illustration fait alors partie de la pédagogie.


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Source Bibliothèque Nationale de France.

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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 14:19
Le Bestiaire enluminé.



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Le Moyen Âge tire sa connaissance des animaux d’un petit nombre de textes : le Physiologus, qui a été composé en grec à Alexandrie au IIe siècle après J.-C., et a été traduit en latin au IVe siècle, attribue une valeur symbolique chrétienne à 48 ou 49 animaux, en puisant ses exemples dans la Bible. Cette liste d’animaux est complétée dans les Etymologies d’Isidore de Séville (début du VIIe siècle), qui sont inspirées des Histoires naturelles du naturaliste romain Pline (Ier siècle après J.-C.), lui-même héritier de l’Histoire des animaux du philosophe grec Aristote (IVe siècle avant J.-C.).
Les œuvres consacrées aux animaux sont d’abord des Bestiaires destinés à l’édification des chrétiens, dans lesquels les considérations morales l’emportent sur les aspects "scientifiques" ou sur la description de la nature. Il faut attendre le XIIIe siècle pour que la redécouverte des œuvres d’Aristote, par l’intermédiaire des adaptations arabes d’Averroès et d’Avicenne, débouche sur une approche plus réaliste du monde animal, dans un grand nombre de textes encyclopédiques.


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De nombreuses œuvres littéraires mettent aussi en scène des animaux : les plus célèbres sont les recueils de fables (ou Isopets) et le Roman de Renart. Enfin, les animaux peuplent les marges des manuscrits, l’imagerie de la Bible et des saints, et les représentations de la vie à la campagne qui abondent dans les livres d’heures, les traités de chasse ou d’élevage.


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L'imagerie animale s'avère dans le Moyen Âge occidental particulièrement riche, les espèces exotiques, mythiques ou fantastiques sont très souvent représentées.



Source Bibliothèque Nationale de France.

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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 10:56

Le Viandier de Taillevent

  et le manuscrit de Sion

 




  Le Viandier


livre de cuisine le plus diffusé à l'époque médiévale, a été attribué à Guillaume Tirel, dit Taillevent.
Que sait-on du plus célèbre cuisinier médiéval en France ? Il serait né vers 1320 ou 1326 et mort vers 1395. Il aurait débuté comme marmiton dans les cuisines de la reine Jeanne d'Evreux. Il aurait été cuisinier de Philippe IV de Valois, sergent d'armes de Charles V, écuyer de cuisine de Charles VI. Le musée de Saint Germain en Laye possède une pierre tombale qui provient de la sacristie de l'église du Prieuré d'Hanemont.


Nous possédons actuellement 4 versions du Viandier. Elles commencent par une phrase qui les attribuent à Taillevent de la manière suivante :

- Manuscrit de la Bibliothèque Nationale : Cy comence le Viandier de Taillevant Maistre queux du Roy nostre sire.

- Manuscrit du Vatican : Cy commence le viandier Taillevent, maistre queux du Roy de France, ouquel sont contenues les choses qui s'ensuivent.

- Texte imprimé du 15e siècle : Ci après sensuyt le viandier pour appareiller toutes manières de viandes que Taillevent, queulx du roy nostre sire, fist tant pour abiller et appareiller boully, rousty, poissons de mer et d'eaue doulce : saulces, espices et aultres choses à ce convenables et nécessaires, comme cy après sera dit.

Depuis la découverte du manuscrit de Sion, publié en 1953, nous savons que ces différentes versions du Viandier sont des réécritures et des agrandissements de la version primitive du manuscrit de Sion, antérieure à la naissance présumée de Taillevent. Qu'a vraiment rédigé Taillevent ? Est-il un simple compilateur ou certaines recettes qui n'existent pas dans la version primitive sont d'authentiques créations de Taillevent ? Le saurons-nous un jour ?




Voici les 4 versions du Viandier.


Nous donnons également la recette du brouet de cannelle, pour en montrer les différences de manière concrète, dans 3 versions du Viandier et dans le manuscrit de Sion :

1 - manuscrit de la Bibliothèque Nationale (Paris) :
145 recettes, composé avant 1392, vers 1380 d'après Jérôme Pichon.

Brouet de canelle. Cuisés vostre poulaille en eaue et vin, ou autre grain, et despeciés par quartiers, et friolés; prennés almendez toutes seiches, et cuisés sans peller, et de canelle grant foison; broiés, coullés, et deffaites de vostre boullon de buef, et boulliés bien aveques vostre grain, et du vergus; et prennés gingembre, girofle, graine de paradis, et soit liant.

Cuisez votre volaille ou toute autre viande dans de l'eau et du vin, coupez-la en morceaux et faites-la revenir; prenez des amandes toutes sèches et cuisez-les sans les peler et de la cannelle en grande quantité. Broyez le tout, passez (à l'étamine) et délayez avec du bouillon de boeuf, et faites bien bouillir avec votre viande et du verjus. Ajoutez gingembre, girofle, graine de paradis. La sauce doit être épaisse.

2 - manuscrit du Vatican :
156 recettes, manuscrit de la première moitié du 15e, appartenant au fonds de la reine Christine de Suède.

Texte complet en langue médiévale selon Pichon/Vicaire, Le Viandier, 1892, repr. 1967, 73-136.

Brouet de canelle. Cuissiez bien vostre poulaille en vin ou eaue, ou tel grain comme vous vouldrez; et le despeciez par quartiers, et friolez, puis prenez amendes toutes seiches, et cuisez sans peler, et de canelle grant foison, et brayez, et coullez, et le deffaictes de vostre boullon de beuf, et faictez bien boullir avecques vostre grain, et du verjus, et prenez girofle et graine de paradiz, braiez, et mettez ensemble; et soit lyant et fort.

Cuisez bien votre volaille dans du vin ou de l'eau, ou la viande que vous voudrez; coupez-la en morceaux et faites-la revenir, puis prenez des amandes toutes sèches, cuisez-les sans les peler, et de la cannelle en grande quantité, et broyez le tout, et passez (à l'étamine) et délayez avec votre bouillon de boeuf, et faites bien bouillir avec votre viande et du verjus. Et prenez girofle et graine de paradis, broyez-les et ajoutez. Que ce soit épais et fort.

3 - manuscrit de la Bibliothèque Mazarine (Paris) :
141 recettes, ce manuscrit du 15e siècle fait partie d'un recueil d'extraits de notes de médecine, de tableaux de mathématiques et d'astrologie.

4 - texte imprimé en 1486 (?) et réédité jusqu'en 1604 :
221 recettes et plusieurs menus complets.

Pour faire brouet de canelle a chair, prenés veau et poulaille, et despecés par pièces, et faictes refaire, et puis souffrisés et ung peu de sain de lart, au frire, et mettés aussi du bouillon de beuf, et puis prenés des amandes broyés a toute l'escorce, et les deffaictes atout le bouillon de beuf; et prenés des foyes de poulaille, et les mettés couler avec les amandes, et puis prenés des espices, c'est assavoir grant foison canelle, gigembre, clou de girofle et grayne de paradis, et soyent broyés les espices et destrempés de vin vermeil, et mettés sucre à foyson dedens, et la saisonnés de sel ainsi qu'il appartient.

Pour faire brouet de cannelle à la viande, prenez veau et volaille, coupez-les en morceaux, et faites revenir, et puis faites sauter ou frire avec un peu de saindoux, et mettez aussi du bouillon de boeuf, et puis prenez des amandes broyées et non pelées, et délayez-les avec le bouillon de boeuf. Puis prenez des foies de volaille, et passez-les (à l'étamine) avec les amandes, et puis prenez des épices, c'est à dire beaucoup de cannelle, du gingembre, clou de girofle et graine de paradis. Broyez les épices et délayez-les dans du vin vermeil, et mettez beaucoup de sucre dedans et assaisonnez de sel comme il convient.

La première édition du Viandier en 1486, est reproduite en fac-similé, accompagnée d'une transcription en caractères modernes, par les Editions Manucius.


Editions conjointes des 4 versions du Viandier : Edition Jérôme Pichon et Georges Vicaire à Paris en 1892, réimprimé à Genève en 1967 et à Lille par Régis Lehoucq en 1991.

The Viander of Taillevent An edition of all Extant manuscripts, Terence Scully, University of Ottawa Press, 1988.




Le Manuscrit de Sion.


Trouvé dans la bibliothèque cantonale du Valais, en provenance de la bibliothèque Supersaxo (fin 13e, alentours de 1300), ce parchemin a été attribué par erreur à Taillevent. Il a été écrit avant la naissance de Taillevent et comporte 133 recettes.

Edition Régis Lehoucq à la suite des textes du Viandier. Publication de la revue Vallesia VIII, 1953 par Paul Aebischer.


Texte complet en langue médiévale
Der 'Viandier' der Bibliothèque cantonale du Valais, Sion, S 108, selon Paul Aebischer.
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Jehanne - dans Les livres au Moyen âge
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 10:33
Les animaux et la vie quotidienne


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Les animaux sont partout présents dans la vie quotidienne du Moyen Âge  : animaux sauvages, plus ou moins redoutables comme l’ours, le loup, le sanglier, le cerf ; poissons, de rivière ou d’élevage, qui constituent un aliment de choix ; volailles et animaux de la ferme ; compagnons du guerrier, du paysan, du chasseur ou de la dame comme le cheval, l’âne, le chien, la genette puis, après les Croisades, le chat.
La cohabitation entre hommes et animaux pose parfois des problèmes, et l’on connaît de nombreux exemples de procès intentés à des bêtes pour pillage, vol ou meurtre.


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Les défrichements, qui ne cessent de réduire la part de la forêt à partir du XIe siècle, s’accompagnent de l’essor de l’élevage. En 1394, on a ainsi abattu plus de 30 000 bœufs, 30 000 porcs, près de 20 000 veaux et 100 000 moutons à Paris. Les moutons sont un élément essentiel de la société médiévale : on utilise leur viande, leur laine (le textile fera la fortune des villes de Flandre et d’Italie), leurs excréments pour servir d’engrais, mais aussi leur peau, dont on fait du cuir et surtout du parchemin, indispensable à la fabrication des livres jusqu’à la diffusion du papier, au cours du XIVe siècle.


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Le Moyen Âge a connu des traités consacrés à l’élevage des animaux domestiques, comme le Ruralium commodorum opus de Pierre de Crescent (début du XIVe siècle) ou le traité De l’état, science et pratique de l’art de bergerie, de Jean de Brie (vers 1379), ainsi que quelques livres de cuisine, comme le Viandier, longtemps attribué à Taillevent, le cuisinier de Charles VI.
Il faudra toutefois attendre 1375 pour voir les premières représentations réalistes de la Nature, dans les œuvres de Guillaume de Machaut enluminées par le "Maître de la Bible de Jean de Sy".


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Les livres de chasse



Même si elle sert à fournir la table des nobles, au Moyen Âge , la chasse est avant tout un sport chevaleresque, et l’occasion pour l’homme de se mesurer à l’intelligence et à la ruse des animaux les plus nobles (le cerf, le loup, le renard) ou au moins à la force de ceux qui manquent de subtilité comme l’ours ou le sanglier. C’est aussi une célébration du monde animal, où le gibier suscite l’admiration et le respect du chasseur pour son intelligence et sa ruse, et le chien son affection pour sa fidélité.


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On comprend donc que, dès le XIIe siècle, soient apparus les premiers ouvrages qui, tout en se voulant une description pratique des techniques de chasse, la célèbrent aussi comme un des aspects majeurs de la vie chevaleresque.


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Le De arte venandi cum avibus, écrit et illustré en partie par l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250), est à la fois une synthèse des traités de chasse antérieurs, et l’œuvre d’un excellent observateur de la nature. Entre 1354 et 1377, Henri de Ferrières rédige un manuel de chasse, le Livre du Roi Modus et de la Reine Ratio qui, dans la veine du temps, traite sur le mode allégorique d’une technique de vénerie qui combine méthode (Modus) et sagesse (Ratio). Un clerc normand, Gace de la Buigne, compose entre 1359 et 1377 un long poème de plus de 12 000 vers, le Roman des deduis, qui est lui aussi un traité technique et allégorique sur la chasse.


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A la même époque, le Livre de chasse du comte de Foix Gaston Phébus, lui aussi dédié au duc de Bourgogne Philippe le Hardi, en 1387-1388, décrit les techniques de la vénerie, s’attache aux questions liées à l’entretien des équipages et surtout des meutes, et analyse avec précision les mœurs des animaux sauvages.



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Source Bibliothèque Nationale de France.

 



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5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 10:17
Le Bestiaire



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Le bestiaire, appelé aussi "livre des natures des animaux", vise avant tout à enseigner une morale chrétienne simple. Reprenant la tradition du Physiologus, les bestiaires prêtent aux animaux des personnalités et des sentiments comparables à ceux des hommes, afin qu’ils servent d’exemples pour illustrer les sermons.

Les bestiaires sont construits sur l’idée qu’il existe, comme le raconte la Genèse, un rapport hiérarchique entre toutes les créatures de Dieu, et que l’Homme en occupe le sommet : dans sa célèbre Consolation de Philosophie, l’un des textes les plus lus au Moyen Âge , Boèce compare ainsi les hommes qui se sont éloignés du Bien aux animaux.

Les bestiaires apparaissent en Angleterre au XIIe siècle, à destination du monde aristocratique. Puis ils se répandent dans le Nord de la France et en Normandie. Les Bestiaires en latin sont destinés aux clercs ; les Bestiaires en français aux laïcs. De nombreux écrivains se sont emparés du genre pour créer des bestiaires spirituels, philosophiques, ou courtois.


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Le plus ancien bestiaire en français est celui de Philippe de Thaon (vers 1120). A côté des compilations en latin directement issues du Physiologus, le Bestiaire divin de Guillaume le Clerc, celui de Gervaise (vers 1150), le Bestiaire en latin de Pierre de Beauvais (avant 1218) et sa traduction en français, le De animalibus d’Albert le Grand (1260) sont les principaux représentants de ce genre à finalité didactique et morale.


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Parodie courtoise du bestiaire moralisé, le Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival (vers 1250) marque la fin du genre.
Les bestiaires latins commencent toujours par les bêtes sauvages et particulièrement le lion. Viennent ensuite les animaux domestiques, puis les petites bêtes - fourmis, oiseaux, insectes, monstres et vers.
Tout en commençant généralement par le lion, les bestiaires français entremêlent les catégories d’animaux pour construire un Bestiaire du Christ.


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Les manuscrits sont illustrés, et leur iconographie obéit à des codes précis. Le nom de l’animal est prolongé à la fois par une description des ses principales caractéristiques, et par une représentation figurée car, selon Richard de Fournival, "La mémoire a deux portes, la vue et l’ouïe ; et chacune ouvre sur un chemin qui y conduit, la peinture et la parole".


Source Bibliothèque Nationale de France.

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5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 00:12
22 avril 1403 - 22 juillet 1461
Charles VII le Bien Servi ou le Victorieux


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Le roi Charles VII, fils de Charles VI le Fou et d'Isabeau de Bavière, est né à Paris le 22 avril 1403.



Enfance malheureuse

C'est une personne mélancolique, sans charme et sans grande intelligence comme l'atteste le portrait du roi adulte, peint par Jean Fouquet.

Sa situation familiale n'arrange rien. Cinquième fils du couple royal, il reçoit, en 1416, le Berry (avec sa capitale Bourges) et le Poitou, en héritage de son grand-oncle Jean.

Le 4 avril 1417, après la mort du dernier de ses frères aînés, il devient l'héritier de la couronne (le dauphin). Il n'a que 14 ans.

Dans la nuit du 20 août 1418, le jeune dauphin est sauvé in extremis de la foule parisienne en furie par le prévôt de Paris et emmené à Bourges où, entouré d'une poignée de fidèles, il engage la lutte contre les Anglais. L'année suivante, il assiste au meurtre de son rival, le duc de Bourgogne Jean sans Peur sur le pont de Montereau.

À 18 ans, suite au calamiteux traité de Troyes, l'adolescent est déshérité par sa mère au profit de l'Anglais cependant que plane sur lui le soupçon de la bâtardise ! Triste, tourmenté, mal entouré, indécis et indolent, le jeune homme est près de renoncer à la lutte quand survient Jeanne d'Arc.

Le "petit roi de Bourges" va changer de personnalité grâce aux succès de la Pucelle et en dépit de sa mort tragique à Rouen sur le bûcher en 1431.



Miraculeuse transformation

Charles VII devient à l'âge mûr presque énergique et audacieux.

En 1434, le roi contracte une alliance avec l'empereur d'Allemagne, Sigismond. Puis, au traité d'Arras, le 21 septembre 1435, il détache le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, de son alliance avec les Anglais.C'est ainsi que le 12 novembre 1437, il peut faire une entrée triomphale à Paris, sa capitale, d'où les Anglais ont été chassés quelques mois plus tôt.

Le 28 mai 1444, à Tours, Anglais et Français conviennent d'une trêve. Le roi, assisté par des administrateurs compétents comme le chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins, en profite pour réorganiser son administration, son armée et même son église.

Le 7 juillet 1438, par la Pragmatique sanction de Bourges, la monarchie s'assure un droit de regard sur la nomination des évêques.

Charles VII institue en 1439 le premier impôt permanent et en 1445, assuré de rentrées fiscales plus régulières, il crée les compagnies d'ordonnance, un embryon d'armée permanente. Grâce à quoi, le 15 avril 1450, il remporte la victoire de Formigny sur les Anglais qui lui vaut le surnom de Victorieux. La guerre de Cent Ans touche à sa fin.



Le Bien Servi


Dans toutes les entreprises de son règne, Charles VII a eu la chance de se faire assister par des personnalités de grande valeur dans leur domaine respectif.

  Il y a le chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins, dont les traits nous sont connus par un très beau portrait du peintre Jean Fouquet (1420-1478)... Ses lointains descendants, Bertrand et Louis de Jouvenel, se sont illustrés au XXe siècle dans la sociologie et les lettres.

N'oublions pas Jacques Coeur, le financier, bien mal récompensé de ses services par une condamnation à l'exil. Ni surtout Agnès Sorel, la dame de Beauté(-sur-Marne), première maîtresse officielle d'un roi de France.

Il y a enfin le bâtard princier Dunois et les frères Bureau qui remportent ensemble l'ultime bataille de Castillon contre les Anglais, le 17 juillet 1453.

Ce n'est pas par hasard que Charles VII a gardé pour la postérité le surnom de Charles le Bien servi en concurrence avec celui de Charles le Victorieux. Le seul proche dont il a eu à se plaindre est son propre fils, le Dauphin, futur Louis XI, qui complote contre son père à la fin de sa vie et lui fait même la guerre. D'ailleurs, quand Charles VII meurt, le 22 juillet 1461, à 58 ans, son fils et successeur est encore en exil chez le duc de Bourgogne...



Source herodote.net


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Jehanne - dans Personnages Historiques

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