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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 20:18

La grande Chasse aux Sorcières du Moyen Âge aux Temps Modernes




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Ces événements historiques ont toujours été mystérieux. La sorcière fascine depuis l’Antiquité. La grande Chasse est difficile à appréhender pour nos intelligences rationalistes. Elle pose beaucoup de questions, d’abord, sur les raisons d’une telle tuerie mais aussi sur son ampleur tant sur le plan de l’intensité que de la géographie, sur l’identité de ceux qui furent poursuivis et de ceux qui les jugèrent, et enfin sur son évolution et sa fin aussi soudaine que son commencement. R. Mandrou, R. Muchembled, B.P. Levack, et G. Bechtel ont tous porté un regard nouveau sur la chasse au sorcière dans leurs livres. Tous édités dans les quarante dernières années, ils reviennent sur l’interprétation de Michelet et nuancent le rôle de l’Eglise.
La sorcière qui lit l’avenir, fait tomber amoureux ou malade est crainte, et désapprouvée mais tolérée. Une transformation de l’image de la sorcière et de celle du Diable intervient au XIIème siècle. Elle et le Diable deviennent des conspirateurs qui cherchent à empêcher le royaume de Dieu. La sorcière est recherchée puis jugée avant d’être punie, d’abord légèrement. Les conditions de vie sont dures et le Diable est tenu pour responsable. La Réforme accélère le phénomène. Plus l’Eglise catholique perd d’influence sur cette question, plus les bûchers s’imposent à l’issue des procès. Autour de 1600, la justice pénale cherchant à soustraire la société à l’influence du Diable se montre impitoyable. A l’aube des Lumières, les accusations provoquent des scandales et la dynamique de la Chasse s’épuise. Les pouvoirs centraux émergeants mettent alors un terme aux poursuites. Les raisons profondes de cette Chasse restent une énigme : est-ce dû à l’émergence de pouvoirs centraux, au rejet des valeurs rurales, ou à l’attitude des élites ? Chacun de ses éléments et d’autres ont sans doute joué un rôle. Aucune cause unique ne peut être mise en évidence. Mais l’analyse récente proposée par ces auteurs permet de se faire une meilleure idée des processus qui ont conduit à la grande Chasse.



   
Introduction



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La Chasse au Sorcière est un phénomène intriguant qui pose une quantité de questions. Il se prépare lentement puis se déclenche mystérieusement juste avant les Lumières. Certains éléments semblent anachroniques. Le milieu universitaire s’y intéresse et réévalue ce phénomène depuis que les archives des pays de l’Est se sont ouvertes. C’est l’occasion d’ajouter des nuances à l’analyse anticléricale du XIXème siècle.




    La Sorcellerie de premier type (XI-XIIèmes siècles)


    XI-XIIèmes siècles: répression des hérésies et des minorités
La Grande Chasse aux Sorcières se prépare au cours du XI et XIIèmes siècles car la répression des minorités se développe. Les minorités juives, les homosexuelles et les sectes sont persécutées pour hérésie par les pouvoirs religieux. Ces persécutions installent un climat de terreur. L’explication en est double: d’abord, les hérésies se multiplient à l’aube du second millénaire et une forte tendance à la persécution apparaît. Cette évolution implique certains changements de comportement qui seront favorable à la Chasse.
L’apparition du concept de soupçon, ainsi que la disparition progressive de la présomption d’innocence préparent la Grande Chasse. Les accusés doivent ainsi prouver leur innocence et les accusateurs n’ont plus à prouver leur culpabilité.
L’Eglise cherche à protéger sa doctrine en combattant tout déviance. Pourtant, les hérésies se développent de façon inquiétante dans la seconde moitié du XIème siècle avec les hérétiques dualistes (Manichéens, Cathares, Albigeois) dont la doctrine dérive en une cosmologie originale et les Vaudois, une secte évangéliste. Au départ, l’Eglise se borne à excommunier les hérétiques, mais par la suite elle cherche à les réprimer par des bûchers.



   
La Sorcellerie du XI-XIIèmes siècles


Le maleficium ou sorcellerie de premier type existe en fait depuis l’Antiquité. Il s’agit d’une magie populaire qui coexiste avec des pratiques plus évoluées comme la nécromancie. Elle semble avoir des caractéristiques communes partout. Cette magie populaire permet de connaître le futur, changer le temps, rendre impuissant, amoureux ou haineux, faire tomber malade hommes ou animaux et tuer à distance. Dans le monde romain, elle est urbaine mais en Allemagne et en Scandinavie elle reste rurale.
La sorcellerie est déjà largement condamnée avant l’introduction du Christianisme dans l’Empire romain. Celui-ci ne fait qu’accentuer les mesures prises contre les maleficieurs. Le Christianisme transforme aussi progressivement la sorcellerie. Les formules se christianisent; on fait appel aux Saints et à la Vierge pour faciliter les opérations magiques. (Claude Lecouteux, “Le livre des grimoires”)



    L’Enfer et le Diable se transforment


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Une nouvelle sorcière dite du second type, diabolique, apparaît. Avant que ne s’affirme son caractère de servante du Diable, il faut que ce dernier cesse de n’être que tentateur et devienne conspirateur.
La croyance populaire accorde au Diable une certaine réalité même si les élites le considèrent en général comme un symbole. Au XI et XIIèmes siècles, avec l’angoisse que suscite la multiplication des hérésies, le Diable cesse d’être un symbole et devient tangible.
Le Diable acquiert de nouvelles caractéristiques. Certaines empruntées à la mythologie et aux divinités antiques, complètent celles admises par la population. D’autres font très clairement référence au Christianisme comme ses ailes d’ange déchus, sa couleur noire, symbole du mal ou sa personnalité. Il cesse d’être simplement un tentateur peu fréquentable, libidineux et noceur pour devenir l'incarnation du Mal.
Si jusqu'alors le Diable a pu être à peu près contenu en Enfer, dès le XIème siècle ses sorties sont plus remarquées. Les artistes notamment ceux qui décorent les Eglises, représentent le Diable sous des formes diverses. Des écrivains et des prédicateurs en parlent et prétendent l’avoir rencontré. Cependant, cela ne provoque pas encore de très grandes psychoses. Le mal reste contenu.




    La Sorcellerie de second type (XIII-XVèmes siècles)


    Fabrication du mythe de la sorcière diabolique et du Sabbat


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On peut situer la fabrication du “portrait-robot” de la sorcière du second type vers 1400. Les sorcières qui pratiquent le maléfice de façon marginale deviennent ainsi des envoyées du Diable.
Le portrait-robot est principalement une accumulation d’éléments: le premier est le portrait de la sorcière de premier type dérivée du jeteur de sort antique, le second est le nécromant qui entretient un rapport avec les esprits, le troisième est typiquement le pactionnaire (signant un pacte avec le Diable), enfin on y ajoute la femme volante (strige) de l'Antiquité. Une fois achevé, le portrait reste assez constant.
Le Sabbat, lui, a du mal à s’imposer comme une réalité. D'abord l’Eglise émet de sérieux doutes quant à sa réalisation. Bien que beaucoup en parlent, peu y croient au départ. L’Occident finit par y croire sous l’effet de la peur.
L’image qu’on se fait du sabbat est comme le portrait-robot de la sorcière, le résultat d’une accumulation. Etonnamment, elle est le fait de la classe instruite. Le sabbat est vu comme le rassemblement de sorcières autour du Diable toujours présent au moins symboliquement, de danses de sorcières nues autour d’un feu, de banquet parfois de chaire humaine.
Cette mise en place de l’iconographie est très importante, c’est à ce moment que se met en place la “dramaturgie des procès” d’après Guy Bechtel.



    Le rôle de l’Eglise


Contrairement à l’image qu’en ont donnée les historiens du XIXème siècle, le Moyen-Âge n’a pas persécuté massivement les sorcières. Cela est en partie dû à la position de l’Eglise qui a affiché un scepticisme marqué quant à leurs pouvoirs. L'Eglise a joué un rôle modérateur.
La position de l’Eglise devient ambiguë avec le Canon Episcopi, qui dit que le vol de nuit, le sabbat et le fait de provoquer des tempêtes ne sont qu’illusions du Diable et que les personnes les subissant ne sont pas totalement innocentes. Il n’exclut donc pas l'existence du Diable et affirme qu’il trouble l’esprit de certaines femmes.
Au XIIIème siècle, le Concile de Latran IV (1215) durcit les positions de l'Eglise à l’égard de toutes les classes marginales et les hérésies. Les Juifs devront porter un insigne pour éviter qu’ils ne se mélangent aux chrétiens. Des mesures sont prises à l’encontre des prostituées, et les positions sévères à l’égard des homosexuels réaffirmées. Les hérésies sont réprimées avec plus de violence. La confession devient une obligation, le prêtre doit désormais tout savoir de la vie de ses fidèles.
L’Inquisition naissante consacre l’idée du complot diabolique. Toutes les formes d’hérésies sont inspirées par le Diable pour empêcher l’accomplissement du royaume de Dieu. Certains inquisiteurs assimilent hérésies et sorcellerie. La chasse se radicalise. L’Inquisition remplit la fonction de “police itinérante de la foi” (Guy Bechtel, “La Sorcière et l’Occident”) qui s’appuie sur les autorités civiles pour faire appliquer les peines décidées. L’Inquisition ne torture, ni ne tue sans discernement et souvent les peines sont légères allant de jours de jeûnes à des peines financières. L’Inquisition fit sans peine la différence entre le maléfice et la sorcellerie satanique, laissant la première aux tribunaux civils, se réservant la seconde.



   
De la montée de l’angoisse vers une déclaration de guerre au Diable


La guerre et les épidémies couplées aux conditions météorologiques défavorables assombrissent sensiblement le quotidien de la population des XIV-XVèmes. La pression turc à l’est (prise de Constantinople, 1453) fait peur. De graves épidémies se déclarent comme le typhus ou la syphilis. On craint les “semeurs de peste”. Ce climat fait réapparaître l’angoisse que les prêches de certains prédicateurs et la parution de certains livres avivent encore. Le Diable est tenu pour responsable ; on lui déclare la guerre. La superstition et la méfiance montent d’un cran dans toutes les couches de la population. Les persécutions s’aggravent, à l’égard des Juifs notamment.
Cette guerre contre le démon est déclenchée vers 1480 par le climat d’angoisse, mais aussi par des livres et des prêches de prédicateurs qui affirment l’existence d’une contre-église dirigée par le Diable qu’il faut combattre. L’Eglise perd complètement la modération qui caractérisait le Canon Episcopi.

 

 

    Le début des procès de second type

 
Page de garde du “Malleus Maleficarum” de Sprengler et Institor (1487)Les procès de sorcellerie de premier type se transforment progressivement en procès du second au fur et à mesure que l’idée du complot diabolique trouve un écho dans les aveux arrachés aux prévenus. D’abord, le portrait-robot n’est diffusé que dans le bassin lémanique, puis il remonte la vallée du Rhin. Les premiers procès de sorcellerie du second type apparaissent. On trouve des suspects qui correspondent au portrait-robot, on les fait avouer et ils sont exécutés. La Chasse s’accélère lorsque le portrait-robot est diffusé largement et lorsque la papauté laisse aux inquisiteurs le loisir d’agir librement.
Cette diffusion se fait par l’intermédiaire de deux livres, le “Formicarus” d’Hans Nider et le “Malleus Maleficarum” de Sprengler et Institor (1487). Si d’autres livres sont théoriques, le « Formicarus » donne aux juges le sentiment de l’urgence car il consacre le modèle de sorcellerie diabolique. Le « Malleus » aussi appelé “Marteau des Sorcières” finit de rapprocher la sorcellerie au Diable et ajoute un guide de procédure destiné aux enquêteurs. En outre, les auteurs du « Malleus » obtiennent en 1484 du pape Innocent VIII une bulle donnant une impression d’urgence et de danger.


   
La Renaissance où s’affrontent magie savante et populaire


    Nouveaux courants de pensée


Certains humanistes portent une responsabilité indirecte dans le déclenchement de la Chasse. La Renaissance, en chamboulant les structures de pensée médiévale rationnelle installe une période désordonnée, de magisme et d’intolérance.
La pensée a besoin de se libérer de la scolastique. Quelques humanistes réinventent le platonisme, citons Pic de la Mirandole, Trithième et Paracelse. Cette révolution néoplatonicienne est moins une redécouverte de Platon qu’une réinvention basée sur les détails les plus ésotériques. Ils construisent une magie savante. Pour eux le monde est peuplé de démons qui sont les intermédiaires entre le mage et l’invisible. Il créent une philosophie de la vie et de l’amour. Ils sont en conflit ouvert avec les aristotéliciens et l’Eglise.
L’Eglise est exaspérée par ces philosophies nouvelles. Certains ecclésiastiques pensent que ces savants veulent revenir au paganisme. Appuyant l’idée de prédestination, l’astrologie qu’ils utilisent irrite l’Eglise. Peu à peu certaines formes d’astrologie sont tolérées car elles précisent que les astres influencent mais ne régissent pas la vie des hommes. L’existence de ces démons intermédiaires entre les mages et l’invisible font croire à l’Eglise qu’elle est dépossédée de son rôle.
Cette magie savante enrichit la sorcellerie de premier type et les nouvelles pratiques sont ensuite compilées et diffusées au travers de “grimoires”. L’Eglise s’inquiète de voir la magie essaimée dans la population. Notons cependant que les mages servent de paratonnerre; pendant que l’Eglise les réprime, elle laisse les sorcières italiennes tranquilles.



    L’influence de la Réforme sur la répression


La Réforme et la Contre-Réforme laissent de moins en moins de place à la tolérance. Malgré cette volonté de libertés spirituelles et sexuelles, les freins moraux se font de plus en plus nombreux. La Renaissance encourage les sorcières et les réprime ensuite. La Réforme et le durcissement des lois à l’égard des mages-sorciers et des petits maléficieurs font éclore la Grande Chasse. La Réforme appelle notamment à un retour aux textes bibliques et rejette les bulles pontificales comme le Canon Episcopi. La Bible même si elle n’évoque pas ces questions très longuement est beaucoup plus dure que le canon. Dorénavant, les protestants condamnent magiciens et sorciers sans pitié. De plus, la Bible exhorte les Chrétiens à user de la force pour convertir ou ramener dans le droit chemin les égarés.
Martin Luther, instigateur de la Réforme, ne consacre pas une part importante de son œuvre aux sorcières mais réaffirme la nécessité de les tuer. Il craint Satan qu’il voit presque partout. Il dit même l’avoir combattu. Diffusant largement la peur du Diable dans ses ouvrages, il attise encore la haine et la suspicion. Les premiers réformateurs installent un climat de sévérité qui est préjudiciable à tous les persécutés (sorcières, malades, homosexuels, prostituées...). Ils veulent restaurer l’ordre perverti.
Les catholiques partagent avec les protestants cette volonté de rétablir l’ordre. Le Concile de Trente témoigne d’un nouvelle disposition mentale des élites. Le Clergé est rappelé à l’ordre et la doctrine catholique est réaffirmée. Le mysticisme catholique n’a jamais été plus marqué qu’entre 1620 et 1630 pendant le pic de la Grande Chasse. Le Concile entend vraiment combattre la magie et la sorcellerie du moins dans ses formes non-catholiques. Cette volonté est toujours réaffirmée dans les conciles suivants. En 1584, le Concile de Bourges affirme que les magiciens doivent être tués et leurs clients exécutes. La Compagnie de Jésus prend le contrôle de l'Inquisition. Le caractère élitiste de la compagnie se traduit par une efficacité accrue des méthodes inquisitoriales.




   
L’emprise des laïcs sur les procès de sorcellerie.


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    De la juridiction religieuse à une juridiction laïque


Précisons qu’avant Latran IV, la justice était rendue par un juge unique qui ne disposait d’aucun moyen d’enquête et devait être saisi par un plaignant. Au cas où la vérité ne se faisait pas jour, l’accusé devait se soumettre à une ordalie (épreuve pour vérifier qu’il a la faveur de Dieu). Latran IV remplace cette procédure par la procédure inquisitoriale basée sur l’enquête et la preuve inspirée par les codes romains.
Cette nouvelle procédure se base sur le témoignage, l’aveu ou la preuve. La preuve est impossible a apporter dans les procès de sorcellerie et les gens redoutent de témoigner effrayés par les pouvoirs des accusés. Ainsi, le manque de témoin encourage à prendre en considération la rumeur et la suspicion. De plus, les aveux deviennent indispensables et ils sont le plus souvent arrachés par la torture.
De plus en plus, les procédures s’unifient et sont fixées par des pouvoirs centraux. Les tribunaux ecclésiastiques prennent le pas sur les tribunaux civils en ce qui concerne les maléfices. Puis progressivement vers les XV-XVIèmes siècles, les tribunaux civils reprennent le dessus. Les tribunaux religieux ne pouvant pas, le plus souvent, punir sévèrement, délèguent une partie du jugement aux tribunaux civils. A partir de là, le pouvoir civil va se renforcer avec une évolution centralisatrice du droit, citons le Carolina, code pénal du Saint Empire germanique.



    L’apogée de la Grande Chasse au Sorcière autour de 1600


Cette évolution du droit ainsi que la certitude que la sorcellerie participe à un complot diabolique criminel envers l’Eglise et la société déclenche une énorme vague de répression. Ces procès sont considérés comme modernes par la date (autour de 1600) et par les procédures utilisées. Le système judiciaire se rationalise et les procès se multiplient. Des juristes et démonologues en tout genre publient des compilations de plus en plus étoffées des pratiques sataniques. Un certain climat social et le zèle des magistrats conduisent à des séries d'exécution pouvant dépasser le millier.
Les enquêtes sont menées sur des personnes de mauvaise réputation et isolées. Finalement les accusés sont torturés, avouent, puis sont poussés à dénoncer d’autres personnes qu’ils auraient croisés au Sabbat. La Chasse s’auto-alimente ainsi longtemps.
Au paroxysme de ce phénomène dans certaines régions d’Allemagne, le massacre prend de telles proportions que les accusés se voient attribuer un numéro et perdent ainsi leur identité. Les exécutions sont groupées.



    Le déroulement des procédures


Les démonologues sont les théoriciens des procédures, mais ils ne s’accordent pas toujours entre eux et avec la pratique. Je m’attacherais à décrire ici uniquement la pratique dans un souci de concision.
Une fois la sorcière désignée par l’enquête (déclenchée généralement par la rumeur), il convient de l’arrêter. Son arrestation doit se faire avec prudence et en récitant des prières. Lors de son incarcération, elle est entièrement rasée et ses ongles coupés. Ses habits de prisonnière et sa nourriture sont aspergés d’eau bénite et trempé dans le sel. Si elle ne mange pas, on sera sûr de sa culpabilité. En prison, le régime est sévère, la boisson et la nourriture sont rares. Les interrogatoires se passent d’abord sans violence physique. On pose aux accusés des questions pièges. Les juges poussent les accusés à avouer pour obtenir « une libération » (la mort). Devant l’accusation de maléfice, les Chrétiens de cette époque entretiennent une culpabilité sourde et reconnaissent avoir fait de mauvais vœux et voulu du mal à autrui. Cependant, lorsque les accusateurs parlent de Diable, de Sabbat et de complot contre Dieu, les accusés ne comprennent plus et cherchent à se défendre. Interviennent alors les témoignages. Les témoins libres viennent témoigner de maléfices, d’intempéries, de bestiaux malades, mais ne parlent pas du Diable. Or les témoins reconnus coupables ou en jugement pour sorcellerie parlent de pacte avec le Diable et disent avoir croisé les accusés au Sabbat. Ces accusations sont rendues crédibles par le portrait-robot et la peur du Diable. Si l’accusé nie toujours, on cherchera les preuves de sa culpabilité comme par exemple, son poids qui serait trop léger pour sa corpulence (pesée ou épreuve du bain), son incapacité de réciter une prière complètement ou un signe particulier sur sa peau ou un endroit où il serait insensible. La torture vient ensuite. C’est un facteur essentiel de la Chasse car là où elle est utilisée, les exécutions sont bien plus nombreuses. Les bourreaux utilisent le plus souvent des étaux pour serrer les membres de l’accusé. L’accusé avoue, puis on lui soutire les noms d’autres sorciers avant de l’exécuter et de commencer la procédure sur les gens qu’il a nommé.



    Sociologie de la sorcellerie et étude géographique


    Sociologie des sorcières


Si à cause de l’absence de dénominateurs communs, il est difficile de dégager un profil précis et constant de la sorcière, il est possible de le décrire approximativement. En général, les accusés sont des femmes, de vieilles femmes, surtout des veuves. Cependant là où l’idée de complot satanique pénètre difficilement, les hommes sont nombreux au banc des accusés car traditionnellement ce sont eux les chamans et les magiciens.
Nous avons vu que les accusations mûrissent longtemps avant un procès et les suspects vieillissent. Cependant les sorcières doivent aussi pouvoir séduire et pervertir. Il faut donc qu’elle aient certains appas. C’est pourquoi de jeunes femmes célibataires sont accusées. Sans mari, une femme peut s’abandonner au Mal dont on la croit déjà proche. Pire encore, les veuves peuvent être victime de leur libido puisqu’elles connaissent les plaisirs de la chair. Il ne faut pas pour autant oublier que des personnes de tous âges (10 à 100 ans) sont condamnées. Pour ce qui est de leur classe sociale, leur profession, ou leur comportement, on ne note pas de traits particuliers. Les accusés exercent toutes les professions. Ils sont rarement prospères si on excepte les affaires de dénonciations ou les procès essentiellement politiques, mais ne vivent pas dans la précarité. Les guérisseurs, médecins et sages-femmes, côtoyant très souvent la maladie et la mort et manipulant des produits étranges sont souvent accusés. Du côté de leur comportement, malgré ce que Freud déclare sur la psychologie des sorcières, il n’apparaît de pathologies d’ordre psychologique que dans certains cas de possession et non à l’occasion de procès de sorcellerie. Soumis à un examen minutieux, leur aspect comme leur comportement est toujours remis en question, mais ils ne semblent en rien différer de ceux des autres membres de la communauté. La population étant essentiellement rurale à cette époque les accusés viennent le plus souvent des campagnes mais cela s’explique aussi parce que le maléfice (faire mourir le bétail, faire grêler...) est une forme de sorcellerie qui y est plus utilisée. Avec la diabolisation de la sorcellerie sont apparus les sorcières citadines accusées de “semer la peste”.
Ce portrait sociologique mérite d’être nuancé par l’analyse de particularités régionales.



    La géographie du phénomène


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La sorcellerie de premier type concerne presque tous les pays d’Europe. Les pays christianisés en dernier connaissent encore un paganisme vivace. Le recours au portrait-robot intervient à ce moment. Les premiers suspects qui semblent y correspondre sont jugés en Suisse, puis en Savoie, ensuite en France. Du bassin lémanique, le portrait remonte le cours du Rhin. L’idée du complot diabolique a beaucoup de succès en Allemagne. Remontant toujours, il rencontre par contre une forte résistance dans les pays scandinaves qui restent fidèles à la sorcellerie de premier type. Parallèlement à cette progression, il essaime également le reste de l’Europe, s’étend sur toute l’Europe continentale, l’actuelle Angleterre, l’Ecosse et la Nouvelle-Angleterre.
Chaque région connaît ses particularités. Par exemple, la sorcellerie anglaise est une sorcellerie à part. L’idée du sabbat ou du pacte avec le Diable n’est que rarement invoquée dans les procès.
Sans entrer dans les détails, on peut retenir que l’Europe continentale est aussi assez hermétique au diabolisme et que les pays d’Europe du Sud se montrent modérés dans leur répression de la sorcellerie.
Concernant l’intensité de la Chasse, il est singulier de constater que les pays qui connaissent les chasses les plus longues et violentes ont un climat continental avec de grands écarts de température entre été et hiver et sont aussi plus sensibles au portrait-robot de la sorcière diabolique.



    La Fin des bûchers


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    La montée des doutes et des résistances
L’Eglise, même si elle n’est pas innocente joue un rôle modérateur. La doctrine défendue par le Haut-Clergé reste dans la ligne du Canon Episcopi affirmant que les sorcières font des rêves coupables. Certains clercs restent toujours fidèles à cette ligne, d’autres dérivent dans les fantasmagories du « Malleus ». Pourtant, des voix raisonnables se font entendre dès la seconde moitié du XVIème, prenant en compte le rôle des problèmes de voisinage ou celles des médecins considérant les sorcières comme des malades. Mais ces voix sont rapidement submergés par celles des juristes et des démonologues qui permettent à la chasse de durer. Des procès de plus en plus scandaleux finissent par rallier la majorité de l’élite intellectuelle aux sceptiques. L’imagerie diabolique et la peur irraisonnée imposée déjà avec peine au peuple finit par se dissiper. Les mentalités changent profondément pour permettre l’intervention des pouvoirs centraux. Finalement les pouvoirs publics centralisés réussissent à imposer la fin des poursuites lorsque la population se rend compte qu’il y a eu trop de passion et de sang. Ainsi la France, très centralisée, les abolit rapidement alors que l’ Allemagne où les tensions entre catholiques et protestants restent vives, ne l’abolit que tardivement.



    Les possessions scandaleuses et la réponse des pouvoirs publics


A l’instar de la sorcellerie, la possession est un phénomène qui traverse les époques. Une recrudescence des possessions annonce la fin des poursuites pour sorcellerie. A la suite de cas devenus très célèbre et documentés par les démonologues, un grand nombre de jeunes filles influencées par la nouvelle conception des enfers et le climat de haine religieuse qui règne entre catholiques et protestants, se disent possédées et dénoncent les responsables qui sont traduits en justice. Certains cas sont impressionnant, des jeunes filles se contorsionnent, jurent, etc... Le nombre de démons censé les habiter s’accroît à chaque cas et devient extravagants. Devenues des centres d’intérêt, tous prêtent attention à leurs accusations. Le cas le plus célèbre (Salem, 1692) où les filles du pasteur Parris se disent possédées et accusent la gouvernante ramenée des Caraïbes d’être responsable. Mais comme à Salem, les possédées dénoncent d’autres personnes qu’elles savent être des sorcières. Ces dénonciations multiples finissent par remonter trop haut dans l’échelle sociale (famille du gouverneur du Massachusetts, pour Salem) et les pouvoirs publics font stopper les poursuites.

 

 

    Conséquences de la Chasse au Sorcière


Si on considère que la société avait besoin à ce moment de boucs émissaires pour exorciser toute la pression occasionnée par les mauvaises récoltes, la réforme, la contre-réforme, la guerre de Trente Ans, le fossé qui se creusait entre le peuple et ses élites, alors on peut penser que la Grande Chasse a rempli son office. Le siècle des Lumières éclôt dans une certaine mesure en réaction à la Chasse et les élites intellectuelles se réconcilient avec la population pour qu’éclate ensuite la révolution française. Comme nous l’avons vu, le droit a évolué parallèlement à la Chasse. Le pouvoir central s’est renforcé pour unifier les codes et les règlements. L’histoire des idées retiendra sans doute les transformations de l’image du Diable, les changements opérés sur l’image de la sorcière même si elle n’est plus diabolique aujourd’hui, mais aussi ceux qu’a subie l’image de la femme. Même s’il est délicat de mettre en évidence des relations de causes à effets directs, la Grande Chasse au Sorcière qui a éclaté dans toute sa puissance au seuil des Temps Modernes s’insère indiscutablement dans l’évolution de notre société.



    Conclusion


Nous connaissons les circonstances qui entourent la Grande Chasse qui s’insère dans son époque même si elle semble anachronique. Grâce à cette vue d’ensemble donnée par Robert Mandrou entre autre, les cas particuliers semblent moins mystérieux. Pourtant un élément reste flou: le facteur déclenchant. La société et les élites ont pris la menace au sérieux et la Chasse s’est engagée. Mais nous n’en connaîtrons peut-être jamais les raisons profondes ; est-ce l'émergence de pouvoirs centraux, le mouvement civilisateur, le rejet des traditions rurales, les livres, l’attitude des élites ? Une chose est sûre, on ne peut mettre en évidence une cause unique. Robert Muchembled parle à ce propos d’une “irritante énigme”.





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    Bibliographie
ARNOULD, Colette, Histoire de la sorcellerie en Occident, 1992, Paris Librairie Jules Tallandier
BECHTEL, Guy, La sorcière et l’Occident, 1997, Paris, Editions Plon

LECOUTEUX, Claude, Le livre des Grimoires, 2002, Paris, Editions Imago

LEVACK, Brian P., La Grande Chasse au Sorcière, 1987, Londres, Longman /

1991, Paris, Champ Vallon pour la traduction française

MANDROU, Robert, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, 1989, Paris, Seuil

MANDROU, Robert, Possession et sorcellerie au XVIIe siècle, 1997, Paris, Hachette

MUCHEMBLED, Robert, La sorcière au village, 1979, Paris, Editions Gallimard et Julliard

http://membres.lycos.fr/chassesorcieres/ , La Chasse aux Sorcières, le site d'Emma Godard, hébergé par Lycos.fr

http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin51/welcome.htm, La Grande Chasse aux sorcières, ou la femme: objet privilégié de Satan, le site de Marie-Frédérique Landais et Robin Jossen, hébergé par tecfa.unige.ch

Récupérée de « http://fr.wikibooks.org/wiki/La_grande_Chasse_aux_Sorci%C3%A8res_du_Moyen_%C3%82ge_aux_Temps_Modernes »

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Jehanne - dans La Religion
30 août 2007 4 30 /08 /août /2007 10:05
La structure familiale


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Le Père.

519.jpgLe père est proche de ses enfants. Il a, prioritairement, la responsabilité de les élever et de les protéger, de les former à la vie noble ou de les intitier aux travaux agricoles ou artisanaux. Filles et garçons l'accompagnent aux champs, aux vendanges ou au marché pour vendre les produits de la terre. Mais il partage aussi les fonctions féminines traditionnelles jusqu'au plus humbles gestes de la puériculture. Dans les milieux populaires, en effet, il n'hésite pas à donner le bain aux bébés, à faire cuire leur bouillie et à les faire manger. Il prend part à leurs jeux, les surveille et les soigne quand ils sont malades. A chaque nouvelle naissance, le père est tout particulièrement sollicité, 304.jpgcar la mère, rendue impure par son accouchement et les suites de couches, est soumise à une obligation sociale et religieuse qui la contraint à garder le lit entre trente et quarante jours après la naissance, jusqu'à ses "relevailles", sa purification à l'église. Pendant cette quarantaine, le père trop pauvre pour entretenir une servante - ce qui est le cas de la majorité des familles rurales ou artisanes - doit continuer son activité professionnelle tout en assurant la totalité des tâches domestiques: le ménage, les courses, l'épuisant approvisionnement en eau, la cuisine, sans omettre les soins des enfants déjà nés. Tout va bien si un (ou une) aîné(e) est assez grand(e) pour l'assister. Mais, l'intervalle entre deux naissance ne dépassant pas deux ans, le cas le plus répandu dans les premières années de la vie conjugale est sans doute celui d'un père surchargé de très jeunes enfants échelonnés entre 2 et 6 ans, s'évertuant à tenir la maison sous le regard de son épouse alitée !







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La Mère.


170.jpgLa mère assure, avec l'aide des aînés, voire d'une nourrice, le gros des soins aux tout-petits, qui demeurent longtemps dépendants d'elle en raison d'un allaitement de longue durée. Elle transporte le dernier-né partout grâce à un porte-bébé en tissu ou en bois, ou à un petit berceau qu'elle porte sur la tête. Elle allaite en public, où qu'elle soit. Elle cuisine pour les enfants. Mais elle assume encore bien d'autres rôles, qu'on aurait crus réservés au père. C'est elle qui se voit chargée de l'éducation morale et de l'instruction catéchistique, sur laquelle, surtout en milieu rural, elle en sait plus que les hommes de la famille. En ville, les mères sont même capables d'enseigner les rudiments de l'instruction intellectuelle. Depuis le XIIIe siècle, bien des épouses de petits artisans savent lire, écrire et compter, savoirs indispensables à l'exercice de leur profession, car elles aident leur mari.



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Grands parents, oncles et tantes.

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Les enfants ont peu de contacts avec leurs grands-parents. Du côté maternel, ces derniers habitent souvent dans une ville différente ; du côté du père, souvent plus âgé que la mère, les grands-parents sont généralement décédés depuis longtemps. Seuls les membres des grandes familles, qui rassemblent plusieurs générations sous le même toit d'un château ou d'une vaste propriété, accueillent parfois un aïeul survivant, lequel s'occupe alors avec tendresse des plus jeunes.
Les oncles et les tantes contribuent également à leur éducation. Dans les milieux aristocratiques, les oncles, notamment maternels, assurent la formation chevaleresque de l'enfant. On connaît moins leur rôle dans les milieux modestes.









Parrains et marraines.


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À la fin du Moyen Âge, leur rôle est plus symbolique que pratique, et limité aux grands moments de la vie : les parrains et marraines, par exemple, mènent le nouveau-né sur les fonts baptismaux et portent l'enfant défunt au cimetière. Ils sont censés être les garants de l'enfant auprès de l'Église et doivent, en théorie, lui enseigner les rudiments de la foi ; dans la pratique, c'est la mère qui se charge de cette tâche.










La nourrice.


182.jpgLa nourrice est en tout point une mère de substitution, surtout lorsqu'elle vit au foyer des parents. Sa fonction principale est d'allaiter l'enfant dont elle a la charge, parfois jusqu'à l'âge de 2 ou 3 ans. Elle joue aussi un rôle essentiel dans l'éducation et le soutien psychologique des petits. Elle est présente dans tous les milieux, dès qu'une famille, même rurale, est assez aisée pour payer ses gages. Les sentiments mutuels d'affection qui se nouent entre les enfants et leur nourrice, qui habite souvent au foyer parental, sont si forts que les parents s'en plaignent, redoutant de se voir supplantés dans le cœur de leurs propres enfants.
Si l'on en croit les médecins de l'époque, la nourrice idéale doit avoir entre 25 et 30 ans, être en bonne santé, avoir un heureux caractère pour ne pas rendre l'enfant triste, être dotée d'une intelligence certaine pour ne pas le rendre sot. Elle doit ressembler le plus possible à la mère, car on croit que, par le lait, la femme continue de façonner l'apparence physique et l'esprit du bébé, et de lui transmettre la mémoire familiale ; dans les faits, néanmoins, les familles riches d'Italie ou de la France du Sud n'hésitent pas à engager des esclaves noires… La nourrice n'a pas le droit d'être enceinte, car le lait d'une femme qui attend un enfant est jugé nocif. Les contrats d'engagement des nourrices prévoient ce cas de figure et sa sanction : le renvoi immédiat.



Les frères et les soeurs .

184.jpgTrès souvent, la mère est retenue dehors toute la journée : à la campagne, les travaux agricoles ne manquent pas ; à la ville, elle peut être porteuse d'eau ou vendeuse de rue. Prendre un bébé avec soi dans ces conditions n'est pas toujours facile. Quand une famille ne peut s'offrir le luxe d'une nourrice, la garde des tout-petits est alors confiée aux aînés, garçons ou filles, parfois dès 3 ans. Selon leur âge, il peut s'agir d'une responsabilité de quelques minutes ou de quelques heures. Le premier-né, évidemment, n'a pas cette chance ; la mère doit se résoudre à le laisser à la maison sous la protection d'un saint… Ces pratiques peu fiables sont la cause d'accidents domestiques variés qui entraînent la mort de nombreux enfants.
Pour autant, avoir des frères et sœurs ne constitue pas seulement une responsabilité écrasante : comme le rappelle joliment un poème juif du XIIe siècle, composé en Espagne, l'enfant est "le rire de ses frères". Dans un monde où les pères laissent souvent des enfants orphelins, l'établissement de bonnes relations entre frères et sœurs est une obligation de survie. Face aux tâches de la vie domestique, garçons et filles sont sur le même plan. C'est leur rang dans la fratrie qui leur confère leur rôle social ; l'aîné, quel que soit son sexe, est toujours investi d'une responsabilité de type parental.


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Sources : Bibliothèque Nationale de France.
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Jehanne - dans La Famille
30 août 2007 4 30 /08 /août /2007 09:47
Le pouvoir des femmes au Moyen âge.




Les historiens et historiennes ont fait des recherches sur la très longue période qui concerne environ deux siècles, de l'an 500 à 1500. Ils n'ont pas eu trop de difficulté à trouver des manuscrits, excepté ceux écrits par des femmes. Leurs avis sont parfois divergents sur les explications concernant les études juridiques, démographiques, économiques, politiques ou sociologiques.

Quels ont été les apports qui ont contribué à contraindre ou augmenter la participation des femmes. A quelles époques la liberté d'agir leur a-t-elles été favorable ou non ?


Les influences :


1. L'héritage grec et romain : Si la femme est placée dans un état de souillure rituelle dans les milieux paiëns, le Digeste de Justinien et le Code Théodosien, dans le droit romain, avancent d'un pas vers l'émancipation féminine concernant le mariage (libre choix, pouvoir de l'épouse non transféré au mari). Par contre, la morale régit strictement le divorce et la sexualité. Si elles plaisent au maître, les femmes de condition modeste, n'ont d'autre choix que de devenir concubines. Lors des Croisades, le contact avec les savants de l'Orient permettra de prendre connaissance des textes grecs. Ils auront une grande influence, notamment les œuvres d'Aristote sur l'Ethique à Nicomaque qui définit les rapports conjugaux relatifs à la morale ; la Politique qui insère la cellule familiale dans la communauté de l'Etat et analyse les divers rapports s'organisant autour de la figure du chef de famille ; l'Economique qui définit les attribut de la femme à l'intérieur de la maison (règles strictes et plutôt misogynes).

2. Les tribus germaniques et les « Barbares »: Selon Tacite (v55-v120) dans sa Germanie « les femmes étaient tenues en haute estime du fait de leur position d'épouses et de mères qui régissaient tout un réseau d'attaches familiales. Elles accompagnaient les hommes sur les champs de bataille, les encouragaient, soignaient les blessés. Certaines se voyaient honorées en tant que prêtresses. Elles cultivaient la terre, élevaient leurs enfants, tenaient le ménage, fabriquaient des étoffes. L'adultère était sévèrement puni. Par contre, la fille était assimilée à un bien meuble dont le sort dépendait de son parent mâle… ». Les Ostrogoths en s'emparant de Rome en 546, interdisent le viol. Sous la loi burgonde, le viol et le rapt sont sévèrement punis. Chez les Wisogothes les femmes détiennent les droits les plus étendus.

3. La chrétienté : Les Pères de l'Eglise se réfèrent, entre autres sources, aux Actes des Apôtres : les femmes sont considérées en tant que créatures spirituelles dotées des mêmes facultés de perfection morale que les hommes. Par contre, le délire anti-sexe (dû, en partie, au Péché Originel) aggravé par les craintes vis-à-vis de l'impureté des femmes (héritées de la tradition juive qui veut que l'écoulement menstruel du sang de la femme la place dans une souillure rituelle) conduiront nombre de prélats au cours des décennies voire des siècles à dicter les lois du mariage, du comportement ou des interdits, selon que la femme sera considérée comme Ange (culte de la Vierge Marie) ou Démon.

« Ange » : Eve est evae, le malheur mais aussi la vie. « Ave/Eva : mort par Eve, vie par Marie », « l'Inaccessible Marie », « les Vierges recueilleront au centuple le fruit de leur mérite, les veuves soixante fois, les épouses trente ». « Pour que la femme soit à l'origine d'un si grand mal, il faut pour rendre l'espérance qu'elle soit à l'origine d'un si grand bien », « louer la Vierge Marie n'est nullement rendre hommage à Eve » et « Marie, refuge du pêcheur, espoir des hommes »…

« Démon » : des invectives : « flamme vorace, folie extrême, née pour tromper, prédateur des hommes, bauge des gras pourceaux, tigresse impure, vipère furieuse ». « Eve, la tentatrice, la porte du Diable, racine du mal, rejeton de tous les vices » « comment pouvons-nous embrasser ce sac de fientes ».



Les Reines et les Aristocrates


En 481, à l'arrivée de Clovis, (son ancêtre Mérovée a donné le nom à la Dynastie des rois Mérovingiens) roi des Francs saliens (la loi salique est un code civil et pénal dont une disposition exclue les femmes de la succession à la terre et a été interprété plus tard de façon à les évincer de la couronne de France) Clothilde, princesse burgonde, son épouse, persuade son mari de reconnaître le vrai Dieu et de renoncer au culte des idoles.

Nombreuses sont les Reines qui fondent des monastères et des églises sur leurs domaines . Elles étendent leurs pouvoirs en faisant nommer évêques certains de leurs favoris. Selon la loi salique,bien qu'écarter du pouvoir, les femmes pouvaient hériter de terres n'appartenant pas à leur parents : le Roi Chilpéric (533-566) autorisa sa femme, qui n'avait pas de frère, à hériter de terres. Au VIIIème siècle, le déclin des Francs conduit à la restriction de ces droits. Dans le premier quart du VIème siècle, certains évêques francs se laissent persuader de consacrer le diaconat féminin. Hélarie, fille de Rémi, le saint évêque de Reims et sainte Radegonde sont diaconesses. Le concile d'Orléans retire toute fonction ecclésiastique aux femmes et le synode d'Auxerre à la fin du VIème siècle déclare que les femmes sont par nature impures, qu'elles doivent se voiler et ne jamais toucher ce qui a été consacré.

En 751, lors du sacre de Pépin 1er, premier roi carolingien, son épouse, Berthe (mère de Charlemagne) est couronnée également. A la mort de son mari, elle exerce des responsabilités politiques.
Le droit de propriété est autorisé, au sein de la famille, aux femmes si il n'y pas d'héritier mâle.

Sous le règne de Charlemagne, (747-814), son épouse s'occupait des affaires domestiques et du service royal. Dans le capitulaire De Villis qui traite de l'autorité dévolue à la Reine. L'empereur décrète la création d'écoles dans les monastères pour enseigner à tous ceux « qui, avec l'aide de Dieu, sont capables d'apprendre ». Il donne lui-même l'exemple en fondant l'Ecole palatine pour ses propres enfants et ceux de ses courtisans. Certaines femmes nobles ou religieuses reçoivent une éducation assez poussée.
A noter que cet empereur eut, comme des rois prédécesseurs ou quelques successeurs… plusieurs épouses et plusieurs concubines, ce que l'Eglise désapprouva toujours sans lblâmer, les Prélats reconnaissant aussi la prostitution comme un phénomène social de ce bas monde. Il n'est pas rare qu'eux-mêmes aient des concubines. Des synodes successifs vont interdire aux clercs de vivre avec des femmes, le but étant de transformer le clergé en un corps de célibataires.

En 870, le Capitulaire de Quierzy autorise le partage entre frères et sœurs. En l'absence du roi, la Reine est chargée d'organiser et d'administrer le domaine. Dans l'aristocratie, les femmes ont le droit d'agir dans les activités publiques.

Sauf en l'absence de leur époux, la femme noble ne compte guère dans l'univers violent, agressif, essentiellement viril des châteaux ; son sort est lié à la terre, seule garantie du pouvoir. Elle est une monnaie d'échange pour les seigneurs qui désirent accroître leurs biens et assurer une descendance. Les fillettes sont promises dès leur naissance à des hommes souvent bien plus âgés qu'elles. Dès le plus jeune âge elles quittent l'univers maternel.

Au IXème siècle, les couvents servent de plus en plus à isoler les femmes considérées comme indésirables, socialement dangereuses ou simplement improductives. Avant la sainteté, la richesse constitue le critère majeur d'admission.

Du milieu du Xè siècle à la moitié du XIIème une femme non mariée peut signer des actes et agir en son propre nom (les sceaux représentaient le droit de propriété légalement valable). Au nord de la Loire, les femmes, dans l'Aristocratie, utilisent fréquemment les sceaux, mais celles de moindre noblesse, encore plus, en leur nom. Elles sont donc plus indépendantes. Aliénor d'Aquitaine, épouse de Louis VII, roi de France puis d'Henri II, roi d'Angleterre est une femme dont le pouvoir s'est exercé auprès de l'Eglise et en politique.

Du XIIIè au XIVè siècle, mis à part, de fortes personnalités de dames de la noblesse qui imposent leurs ordres, la société limite et contrôle considérablement le pouvoir des femmes. Dans le mariage, par exemple, l'épouse doit subir le joug de son seigneur et maître qui contrôle ses pratiques religieuses et sa façon de vivre. Il est à noter qu'un mariage durait en moyenne une quinzaine d'années en raison de la forte mortalité des femmes autour de trente ans due, en partie, aux dangers de la grossesse et de l'accouchement. (Dans les couches sociales inférieures des villes et dans les campagnes ces contrôles étaient bien moins sévères).

En l'absence de leurs époux, les femmes mariées étaient chefs de famille et maîtresses de maison, propriétaires terriennes, châteleines, propriétaires d'églises. Elles pouvaient participer aux assemblées tant laïques qu'écclésiastiques, exercer leur pouvoir dans le commandement militaire, le droit de justice et d'autres domaines car il n'y avait pas de barrière pour les en empêcher

Les veuves détiennent leur pouvoir jusqu'à la majorité de leurs fils. Si elles sont menacées dans leurs droits, elle se réfugient dans les couvents. Les jeunes filles qui refusent un mariage arrangé contre leur gré font de même.



Les Abbesses


Les monastères fondés par les religieuses anglo-saxonnes comptent parmi les premières communautés.

L'abbaye de Fontevrault fondée en 1101 par l'ermite Robert d'Arbrissel pour ses disciples hommes et femmes présente l'originalité d'être placée sous l'autorité de l'Abbesse.

Naissance du Faubourg St Antoine à Paris et des corporations : sous Louis XI, Jeanne IV, abbesse de St Antoine des Champs protège ses ouvriers sur lesquels elle exerce ses droits de haute et basse justice. Ces derniers cessaient ainsi d'être sous la coupe des jurandes parisiennes (jurés élus ou tirés au sort ayant pour charge de faire respecter les normes de fabrication et les procédures de vente, de contrôler l'exercice de la concurrence et d'arbitrer les litiges professionnels : des règles rigides et contraignantes). Le Roi signe une ordonnance qui reconnaît aux métiers le droit de s'exercer librement sous le contrôle de l'abbesse.



Les célibataires :


Les femmes seules et sans aide se retrouvent très vite à la limite de la pauvreté. Les mères célibataires ou les veuves dans la misère qui avaient des enfants à nourrir n'hésitent pas à mendier ou voler. La prostitution est le recours de nombre d'entre elles et la source de revenus pour les tenanciers de « maisons communes » ou « maison de filles ». Elle s'emplifie en France au cours de la Guerre de Cent ans.
La société et tous les Papes de la chrétienté conscients de l'assistance à porter à cette situation crée des communautés de filles repenties, tel l'ordre de « Marie-Madeleine » fondé au XIIIème siècle.

Les monastère offrant des « refuge » pour les femmes seules issues de la noblesse s'ouvre aussi aux autres catégories sociales et font apparaître un nombre considérable de couvents féminins chez les cisterciens, les dominicains, et les franciscains. La première fondation est une maison dominicaine dans le sud-ouest de la France le Couvent de Prouille.

Dans les monastères, les femmes savent lire et chanter, copier des manuscrits et les enluminer, filent, tissent et brodent des motifs qu'elles ont conçus.

Des communautés de « béguines » se trouvent dans toute l'Europe. Elles offrent aux couches les plus pauvres le logement, l'éducation, le travail notamment dans le textile, dans les hôpitaux en tant que personnel soignant. D'après le statut des béguines de Strasbourg, seules sont acceptées des femmes de bonnes mœurs et des vierges. Au bout de deux mois si cette vie leur convient elles revêtent l'habit gris, prononcent des vœux de chasteté et doivent se conformer aux règles strictes de la communauté.



Les conditions du travail féminin :


Les connaissances sont surtout dues à des recherches effectuées par des historiens et des historiennes américains et allemands en Europe du Centre et de l'Ouest. Elles restent mal connues concernant l'espace méditerranéen.

L'intensification de la spécialisation du travail s'applique aux hommes et aux femmes. Elle est fondée sur le couple marié qui travaille en commun, et sur toutes les formes de travail salarié qui s'y rattachent. A l'intérieur de l'entreprise familiale se forme le noyau de la nouvelle organisation de l'activité économique autonome, artisanale, marchande ou paysanne.

Le souci était de se procurer un revenu familial maximal. Il était à peine suffisant dans les couches moyennes et inférieures. En dehors des tâches ménagères, les femmes participaient à la fabrication du textile ou à la production de denrées alimentaires destinées à être vendues.

A la fin du Moyen-Age, une hostilité croissante envers les femmes conduit semble-t-il à l'exclusion des femmes de la vie professionnelle : la femme vertueuse doit se consacrer à ses enfants et à son mari selon l'idéologie bourgeoise.
On observe une diminution de la participation féminine mais les besoins économiques sont tels qu'on les retrouvera encore dans de nombreux domaines des activités.

1. Les Bourgeoises.

La bourgeoisie a son origine dans la renaissance du commerce en Occident, de l'expansion des villes, du mouvement communal. C'est l'époque des Croisades, de l'accroissement de la population, du défrichage des terres vierges. Pendant 300 ans, de la fin du Xème à la fin du XIIIème, les villes seront animées par le grand commerce à forme itinérante et par des foires périodiques. Beaucoup de cités seront le théâtre de luttes à caractère social : une scission s'opère entre riches et pauvres. Le terme « bourgeois » implique dès lors une certaine aisance et la possession de droits ou de biens meubles sur le territoire de la cité. Le commerce étant source de litiges donne l'occasion de redécouvrir le droit romain. Nombre de jurés deviennent conseillers (tel Nogaret, conseiller de Philippe le Bel).

De la fin du XIIIème à la fin du XIVème siècle une époque de catastrophes et de conflits répandent la ruine (la Peste Noire (1348), la Guerre de Cent Ans qui ensanglante le pays). Une crise économique, la fureur religieuse, la remise en cause des valeurs culturelles, des révoltes paysannes et l'agitation dans les villes vont révéler la puissance de la grande bourgeoisie.

Le commerce :
Dans les villes de nombreuses femmes s'adonnent au petit commerce de marchandises qu'elles fabriquent elles-mêmes, qu'elles achètent et revendent. Ce sont les mercatrices, les boutiquières, les revendeuses. Des femmes pratiquaient aussi le grand commerce. Elles étaient organisées en guildes ou en corporation dans l'artisanat et pouvaient léguer de grosses sommes par testament.




L'artisanat :

On rencontre des femmes indépendantes ou salariées dans tous les domaines d'activités non réglementées ou dans les corporations. Outre les métiers du textile ou de l'alimentation on trouve des femmes dans des métiers masculins tels la métallurgie et le bâtiment où la main-d'œuvre féminine journalière est bien moins chère.

L'éducation :

Paris dispose à la fin du XIIIème siècle du nombre considérable de 21 maîtresses d'écoles placées à la tête d'écoles élémentaires de jeunes-filles. Les enfants des couches supérieures reçoivent l'enseignement de percepteurs dans la maison de leurs parents.

La médecine :

Les femmes occupaient également une place importante dans le domaine de la médecine et de la gynécologie (l'interdit fait aux hommes d'entreprendre un examen médical d'une personne du sexe féminin, l'obstétrique était réservée aux femmes). Ces sages-femmes avaient des privilèges pouvaient être assermentées et recevoir un salaire par la municipalité dans de grandes villes. On ne sait pas combien il pouvait y avoir de guérisseuses ou de barbières-chirurgiennes.



La vie intellectuelle :

Au Xème siècle, la sœur et la fille de Charlemagne, religieuses à Chelles, dans l'est de Paris, correspondent avec Alcuin (clerc anglo-saxon appelé par Charlemagne pour présider l'école d'Aix-la-Chapelle) qui leur demande de critiquer son commentaire de l'Evangile selon St Jean et autres écrits religieux.
A partir du XIIIè siècle, les écrits sont plus nombreux et mieux conservés. Des femmes issues de milieux aisés prennent part à la vie spirituelle et intellectuelle et marquent de leur empreinte la vie médiévale.
Marie de France, poète française vivant en Angleterre compose des lais, et des poèmes romantiques basés sur de vieilles légendes.
Christine de Pizan, femme de lettres franco-italienne et première féministe, dans la Cité des Dames, s'élève contre la culture misogyne, en opposant la défense de l'honneur du sexe féminin.

A Toulouse, les femmes étaient admises à concourir dans une institution littéraire pour favoriser la « science du gaie savoir » fondée en 1323, connue sous le nom des « Jeux Floraux ». En signe d'honneur, le vainqueur recevait une violette d'or fin et recevait la qualification de « maître » ou « maîtresse ». Depuis 1513, l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse célèbre chaque année Clémence Isaure, sa prétendue fondatrice (dont l'existence est cependant mise en doute par plusieurs historiens).



Les envoyées de Dieu :


L'exaltation du mariage mystique incite à la vie religieuse et l'on observe une canonisation de femmes qui ne sera jamais aussi élevée qu'entre 1250 et 1300. Au cours des XIV-XVème siècle une inquiétude religieuse pousse des groupuscules d'hommes et de femmes à abandonner les formes traditionnelles de piété pour se tourner vers des pratiques blasphématoires et des idées anticléricales. En vagabondant à travers tous le pays, ils trouvent des adeptes.

La fin du Moyen-Age sonne le glas de la célébrité et de la sainteté féminine. La connaissance de la Bible et la réforme théologique commencent à compter davantage que l'inspiration divine. On transforme les ravissements extatiques des mystiques en voyage nocturnes de sorcières. Certaines femmes, se sentent « envoyée de Dieu » comme Jeanne d'Arc, exemple de femme d'armes. Mais d'autres se disent « envoyées du Diable ». Notamment dans le sud-ouest, s'organisent des sabbats (39 sites de sabbat répertoriés dans le Gers selon l'historien Roger Gensac). Nombre de ces femmes cependant ne se contentaient pas de jeter des mauvais sorts. Elles connaissaient les herbes médicinales et soignaient les malades, ce qui explique leur succès prolongé dans les campagnes. Jugées hérétiques, ces faits conduiront à la chasse aux sorcières et à leur persécution en particulier par les Princes de l'Eglise





2. Les paysannes


La majorité des femmes exerçent leur activité dans le domaine de l'agriculture, bien que les possibilités de travail salarié soit nettement plus réduit. Charlemagne se penche attentivement sur le rôle primordial des paysannes. Il ordonne que les lieux où besognent les femmes soienentourés de boiserie, munis d'une porte solide, chauffés par des poêles et équipés de celliers où elles pourront conserver les produits qu'elles fabriquent. L'intensification de la culture des céréales, des « plantes industrielles » telles le lin, la garance et le chanvre indispensables à la production textile urbaine, la viticulture (pour laquelle homme et femmes recevaient le même salaire), l'élevage, etc, exige une main d'œuvre saisonnière et libre.

Dans le couple qui possède sa terre, les femmes s'efforcent d'apporter un revenu complémentaire en fabricant le beurre, le lait, le fromage, les œufs, le petit bétail ainsi que les fruits, légumes, baies et occasionnellement, du linge de toile, du savon ou de la moutarde.



L'Amour courtois ou la « Fine Amor » :


L'amour conjugal était considéré comme sans importance. Seuls étaient pris en considération les associations de biens et la procréation. Pour échapper au mariage arrangé, les femmes n'avaient que le recours d'entrer en religion. Pour rechercher une liaison hors du lit conjugal, les clercs ou les prêtres jouissaient de faveurs particulières : les biographies de femmes mariées sont pleines d'anecdotes concernant des prêtres débauchés qui, sous le couvert d'efforts vertueux pour sauver l'âme féminine, obtenaient par la ruse, la confiance de leur pénitente et ensuite leurs faveurs amoureuses.

Au XIIème siècle, se crée un modèle de relation entre l'homme et la femme connu sous le nom de « Fine Amour » dont quelques manuscrits sous forme de chansons et de poèmes ont laissé des traces. Il semble que les plus anciens textes soient l'œuvre de Guillaume de Poitiers, duc d'Aquitaine (le père d'Aliénor d'Aquitaine laquelle s'entoura par la suite dans sa cours de troubadours). Des poèmes en langue d'oc ont laissé des traces. Ils étaient chantés par les troubadours dans le monde méditérannéen et par les trouvères dans le Nord. Ces poèmes, élaborés pour le divertissement des gens de cour, connurent un succès grandissant dans les grandes cours princières de Normandie, de Touraine, de Champagne et de Flandre et se répandirent dans toute l'Europe sous forme de romans (Le roman de la Rose, Les chevaliers de la Table ronde,etc). Dante en subit la fascination.

 L'historien Georges Duby définit l'Amour courtois : le modèle est une Dame (du latin dominae = en position dominante) mariée (l'épouse du Seigneur) dont un jeune homme (généralement un chevalier) de son entourage tombe éperdument amoureux et fou de désirs. Il use de stratagème pour la séduire. Un jeux dangereux se trame entre les deux en raison de l'honneur de la Dame et celui de son mari. Le jeune-homme doit se montrer patient et maître de son corps. La Dame est lointaine, inaccesible, nimbée de mysticisme. Cet amour onirique concède à la femme un pouvoir certain. La cérémonie de « l'assag » (l'essai) donne à la Dame le moyen de vérifier dans quelle mesure son ami est capable de la respecter, alors que, couché à côté d'elle, il est dans une situation d'extrême tentation. L'amour devient un art, une exaltation de l'âme et une délicieuse souffrance.

Georges Duby en déduit que ces modèles culturels forgés dans les milieux aristocratiques s'infiltrèrent jusque dans les couches les plus profondes de la formation sociale. Les rapports entre le masculin et le féminin prirent dans la société Occidentale une tournure singulière. Ils dépouillèrent d'une forte part de grossièreté le comportement des mâles et la politique matrimoniale des lignages. Ces traits qui dérivent de l'Amour Courtois sont ceux par quoi notre civilisation se distingue le plus abruptement des autres.



Ce document est une compilation de :

  • l'Histoire des Femmes en Occident, tome II. Le Moyen-Age (auteurs : Georges Duby, Michelle Perrot, Christiane Klapisch-Zuber, Jacques Dalarunn Claude Thomasset, Carla Casagrande, Silvana Vecchio, Diane Owen Hughes, Suzanne Fonay Wemple, Paulette L'Hermite-Leclercq, Claudia Optiz, Françoise Piponnier, Chiara Frugoni,, Danielle Régnier-Bohler).
  • de l'Histoire médiévale de l'Encyclopaedia Universalis,
  • Dictionnaire encyclopédique Quillet de 1935
  • Images et extraits de la collection Les Grandes Epoques de l'Homme, « L'Age de la Foi »
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Jehanne - dans La Société
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 21:03

Vivre au Moyen Age


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L'enfant et la famille au Moyen Age

Lorsque les jeunes gens ont décidé de faire "pot et feu commun", ils se marient.

Si, à partir du début du IX siècle, la monogamie s'impose petit à petit à l'ensemble de la société, en revanche, le consentement mutuel des deux futurs mariés se trouve, dans les milieux aristocratiques, en concurrence avec une volonté des familles et des lignages de réaliser " un beau mariage " ,instrument de l'essor de leur richesse et de leur prestige. Le principe d'indissolubilité, lui aussi, résiste mal aux ambitions lignagères et de nombreux mariages nobles sont annulés sous prétexte de stérilité, d'impuissance ou à la suite de la découverte d'un lien de consanguinité entre les époux.

Dans l'aristocratie mérovingienne et carolingienne, nombreuses sont les fi1les mariées très jeunes. On sait, par exemple, que Bathilde a environ 15 ans lorsque le maire du palais de Neustrie Erchinoald la marie à Clovis II vers 650-65 1 et qu'elle a à peine 17 ans lorsqu'elle donne naissance au futur Clotaire III (né en 652). Hildegarde n'a pas encore 15 ans lorsqu'elle épouse Charlemagne et la princesse byzantine Theophano est mariée avec l'empereur germanique Othon II, en 972 alors qu'elle est âgée de 11 ans.

Dans les classes populaires, l'âge du mariage des filles doit, sans doute, être un peu plus tardif. Au XIII siècle, on considère que les trois quarts d'entre elles sont mariées à 18 ou 19ans En revanche, à la même époque, les garçons se marient plutôt vers 25 ou 27 ans. Même si, à partir de la fin du XI siècle (réforme grégorienne), le mariage devient un sacrement le prêtre n'a pas le rôle prépondérant qu'il peut tenir dans les autres sacrements (baptême, Eucharistie, confession, pénitence, extrême-onction).

Lors des noces, il est plutôt témoin du lien qui se noue entre un homme et une femme (et aussi entre deux familles) qu'acteur. En effet, la messe de mariage est encore exceptionnelle dans de nombreuses régions de la chrétienté. C'est ce qui explique pourquoi le rite principal qui, selon l'Église, fait le sacrement de mariage, à savoir l'échange des consentements, matérialisé par la remise de l'anneau nuptial par le mari à son épouse, se déroule souvent sous le porche de l'église.

Cependant, dans les deux derniers siècles du Moyen Age, l'Église arrive à faire du sacrement du mariage un phénomène vraiment religieux grâce en particulier aux rites de bénédiction du lit, de la maison des jeunes mariés par le prêtre et surtout de l'anneau nuptial. Les nouveaux époux voient souvent dans ce rite la garantie d'un mariage fécond et d'une fidélité à toute épreuve. C'est au sein de l'institution matrimoniale que doit se faire la procréation. Raymond Lulle, à la fin du XIII siècle, explique à son fils que le mariage " est assemblement corporel et espirituel ordené por avoir enfanz qui soient serviteurs de Dieu ". Gilles de Rome, à la même époque, pense que " la meson d'un homme et son ostel n'est pas parfet se la femme et le mari n'ont enfanz ". On comprend que les enfants illégitimes, nés hors mariages, soient assez mal considérés, surtout à partir du XII siècle où ils sont souvent exclus des héritages dans les milieux aristocratiques.

On comprend aussi, selon cette conception, combien la stérilité est très mal vécue par les couples qui se demandent quel péché ont-ils pu commettre pour que Dieu les punisse ainsi.De nombreux récits de miracles mettent en scène un couple qui ne peut avoir d'enfant et qui implore l'intercession d'un saint ou de la Vierge .

Les nobles vivent cette " panne d'héritier " d'autant plus douloureusement que l'enfant qui doit naître est aussi celui qui doit perpétuer le nom et le patrimoine de la famille. Pourtant, il arrive que des parents tentent, pour diverses raisons et par différents moyens, de ne pas avoir d'enfants.

 

 La contraception, l'avortement et parfois l'infanticide sont attestés.

 

Tout au cours du Moyen Age, des documents nous informent sur la lutte que l'Église mène contre ces pratiques qui visent à aller à l'encontre de la nature d'essence divine et nécessairement bonne Dès le Haut Moyen Age, les pénitentiels nous renseignent sur des potions magiques que certaines femmes absorbent pour éviter d'être enceintes. Burchard de Worms, par exemple, au début du XI siècle, interroge : " As-tu fait comme beaucoup de femmes, elles prennent leurs précautions pour ne pas concevoir (...) avec les maléfices et les herbes ". Il se montre particulièrement sévère puisqu'il préconise, comme pour un homicide, sept ans de pénitence.

Cette pratique permet soit de limiter le nombre d'héritiers, soit dans les couches populaires souvent en difficulté, de réduire le nombre de bouches à nourrir. Il faut cependant nuancer l'idée d'une contraception répandue au Moyen Age, essentiellement à cause du peu d'efficacité de ces pratiques qui reposent sur des connaissances imprécises.

La grande majorité des hommes et des femmes du Moyen Age n'ont sans doute guère pu contrôler de manière efficace le nombre de naissances. La meilleure méthode, vivement encouragée par l'Église, pour restreindre sa descendance, est de respecter les canons ecclésiastiques qui prônent la continence à certaines périodes de la semaine et de l'année. L'avortement est également attesté. Les documents ecclésiastiques dénoncent l'utilisation à des fins abortives de graines de fougère ou de gingembre, des feuilles de saule, d'épidème, de rue, des mélanges d'aloès, du persil, du fenouil ou encore des bains de camomille. Les condamnations de l'avortement au Moyen Age sont toujours très sévères.

Cependant, deux critères modifient les peines qu'encourent ceux et celles qui se livrent à une interruption volontaire de grossesse : le contexte de la conception et l'âge du fœtus. Le législateur distingue toujours nettement, en effet, la femme qui a agi dans le plus grand dénuement, pour laquelle la condamnation est plus légère, de la fornicatrice cherchant à celer son crime jugée plus sévèrement. Le législateur tient compte également du fait de l'animation du fœtus. On peut lire, par exemple, dans le pénitentiel de Bède (VII siècle) : " La mère qui tue l'enfant qu'elle porte dans son sein avant le quarantième jour après la conception jeûnera pendant un an, et après le quarantième jour, pendant trois ans." Mais cette distinction n'a d'importance que théorique car dans la pratique, il est clair que personne n'est capable à l'époque de déceler une grossesse si précocement, ce qui limite sensiblement l'efficacité des pratiques abortives.

Reste alors l'infanticide. . . Il ne faut pas exagérer, comme on l'a souvent fait, cette pratique au Moyen Age. Le respect de la vie et l'amour très grand pour les enfants limitent considérablement ce type d'homicide. Cependant, comme à toutes les époques, hélas, des parents désœuvrés, pouvant à peine se nourrir, ont dû porter atteinte à la vie du nouveau-né. Des conciles condamnent les parents qui étouffent leurs enfants en couchant avec eux ou les mères qui ont permis que leurs nourrissons soient ébouillantés près du feu. Mais, dans ce cas, il s'agit souvent d'imprudence plus que d'acte volontaire.

 

 La femme enceinte est surprotégée

Lorsqu'ils condamnent, les législateurs, là encore, font souvent la différence entre les femmes démunies pour lesquelles la peine est beaucoup moins lourde et les autres. Au Moyen Age, si l'infanticide existe, en aucun cas il n'est un phénomène massif et il est presque toujours lié au dénuement, à l'adultère et à la peur que le crime soit découvert. Il est clair que dans la majorité des cas, les pauvres femmes préfèrent tenter d'abandonner leur enfant, solution la plus chrétienne de se séparer d'une progéniture que l'on ne peut élever. L'Église légitime l'abandon pratiqué par les plus démunis et encourage vivement les parents qui ne peuvent faire autrement à se dessaisir d'un de leurs enfants en venant le déposer dans des lieux publics, en particulier aux portes des églises afin qu'ils soient trouvés plus sûrement. Mais ces cas de refus d'enfant sont, somme toute peu nombreux et compensés par un réel désir d'enfant dans la très grande majorité des familles.

La femme enceinte est toujours surprotégée. Elle est autorisée, pat exemple, à ne pas comparaître à une convocation de tribunal et elle peut quitter l'église lorsqu'elle le désire. Dans une grande majorité de lois médiévales, si une femme enceinte est condamnée à mort, on ne peut pas mettre la sentence à exécution et les juges sont obligés d'attendre l'accouchement. La peur est grande de tuer l'enfant qu'elle porte mais aussi de donner la mort à une femme qui, mystérieusement s'apprête à donner la vie. L'enfant est né. Qu'il soit garçon ou fille, il est très vite entouré de soins attentifs par ses parents. Les historiens médiévistes ont désormais montré que les thèses de Philippe Ariès - qui soutient, en 1991, que le concept d'enfance n'existe pas - sont fausses et que l'enfant au Moyen Age est aimé, éduqué, reconnu dans sa nature particulière.

Les textes médiévaux répètent souvent que les parents doivent chastier leur enfants. Chastier signifie, à la fois, réprimander et instruire. Le sens de ce mot n'entraîne pas nécessairement un châtiment corporel. Même si les traités de pédagogie préconisent l'utilisation de punitions physiques, beaucoup d'entre eux conseillent d'y recourir en dernière instance, lorsque la persuasion a échoué et insistent sur la nécessité d'une grande modération des coups pour qu'ils soient " efficaces ". L'éducation médiévale se fait donc d'abord" par la parole et par l'exemple ".

Pour le tout petit enfant, la mère est très présente. En particulier, c'est elle qui assure la transmission de la foi chrétienne. Jean de Joinville, par exemple écrit, à propos de Saint Louis : " Dieu le garda par les bons enseignements de sa mère qui lui enseigna à croire en Dieu et à l'aimer ". Exemple royal qui se retrouve dans tous les milieux : Jeanne d'Arc dit, lors de son procès, que c'est sa mère qui lui a appris les trois prières que tout bon chrétien doit connaître : le Pater Noster, le Crédo et l'Ave Maria. On voit des mères accompagnant l'enfant à l'église, lui montrant des images sacrées ou des statues, lui enseignant les gestes de la prière. Cet enseignement des valeurs chrétiennes par la mère passe aussi par tous les objets de la vie quotidienne.

On a retrouvé, pour la fin du Moyen Age, des bols-abécédaires ornés d'une croix, des chapelets, des bouliers ou des jouets pieux pour enfants. La mère joue également un rôle particulièrement important dans l'éducation de l'adolescente, en lui transmettant un certain nombre de valeurs, de savoir-faire dans le domaine domestique bien sûr mais aussi pour la préparer à sa future vie de femme.

Il est faux de croire qu'au Moyen Age, le tout petit enfant est élevé uniquement par sa mère et que, subitement, il quitte un monde de femmes pour être propulsé dans un monde d'hommes. Le père aussi intervient dans le domaine de la puériculture. Lorsqu'un couple a de nombreux enfants, lorsque la mère connaît un handicap ou tarde à se remettre d'un accouchement difficile, il est évident que le père s'occupe des bébés, surtout dans les milieux plus défavorisés, ne bénéficiant pas d'aides.

Lorsque l'enfant grandit, le père est aussi très présent auprès de ses enfants. Des images plus profanes laissent voir une grande complicité père-enfant, dans le jeu comme dans le travail : les petits ramassent des glands lorsque le père abat un chêne, effraient les oiseaux dans les champs pendant que le père sème du blé, tiennent les pattes du mouton que le père tond et, à la vendange, veulent l'aider à fouler le raisin dans la cuve. La forte présence des parents aux côtés de leurs enfants et le grand souci éducatif vont de pair avec une grande tendresse parentale. Les exemples ne marquent pas. Au milieu du XII siècle, en Angleterre, un enfant à peine âgé de 3 ans " soudain frappé de maladie, poussa des cris sinistres et fut misérablement abattu comme ses parents. L'un dit à l'autre : "Prends l'enfant, réchauffe-le dans tes bras".

Elle obéit et le blottit en fredonnant dans son giron comme elle en avait l'habitude, mais ni les baisers ni les caresses de sa mère n'améliorèrent son état Avec délicatesse, elle le mit à nouveau au berceau sur le côté mais même ainsi, la douleur ne put s'adoucir ". L'enfant meurt mais, comme il s'agit d'un récit de miracle, il ressuscite grâce a l'intervention d'un saint.

A Montaillou, à la fin du XIII siècle, une femme cathare, condamnée pour hérésie, est emmenée par les inquisiteurs. Elle quitte la maison et sait qu'elle ne reverra plus jamais son enfant au berceau (elle mourra sur le bûcher) : " Elle voulut le voir avant de s'en aller ; le voyant, elle l'embrassa ; alors l'enfant se mit à rire ; comme elle avait commencé à sortir un petit peu de la pièce où était couché l'enfant, elle revint de nouveau vers lui ; l'enfant recommença à rire ; et ainsi de suite, à plusieurs reprises. De sorte qu'elle ne pouvait parvenir à se séparer de l'enfant. " Cette scène émouvante mais terrible en dit long sur les sentiments de la mère pour son enfant et sur le déchirement que représente pour elle cette séparation.

Dans le domaine de l'affectivité, les péres médiévaux ne sont pas en reste. C'est sans aucun doute lorsqu'il y a mort d'enfant que les sentiments parentaux se donnent le plus à voir, comme en témoigne, par exemple, la douleur du Florentin Filippo di Bemardo Manetti qui, lors de la peste de 1449-1450, en l'espace d'un mois et demi, perd sa femme, sept de ses filles et son fils unique âgé de 14 ans et demi. Voici l'éloge qu'il fait de ce dernier : " Je ne crois pas qu'il en naisse beaucoup de pareils à lui, aucun qui soit plus obéissant, plus respectueux, plus pur ni plus prudent et qui soit plus apprécié de tous ceux qui le voient. "

 

 Des êtres unis par des liens très forts

Ce qui, chez ce père italien force le plus l'amour et l'admiration qu'il éprouve pour son fils, est la manière dont son enfant s'est préparé à la mort ; " (Il) Reçut le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ avec tant de contribution et de révérence que les spectateurs en furent emplis de dévotion ; enfin, ayant demandé l'huile très sainte et continuant de psalmodier avec les religieux qui l'entouraient, il rendit patiemment son âme à Dieu. " Tant il est vrai que la famille médiévale est une communauté juridique de personnes issue du mariage qui vivent " à pot et à feu communs ", mais aussi une communauté psychologique d'êtres unis par des liens affectifs extrêmement forts.

 

 Didier Lett       Chargé de cours en Histoire médiévale à l'université de Paris I-Sorbonne, détaché au CNRS

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Jehanne - dans La Famille
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 17:49



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L'homme médiéval, vit dans un monde fragile, la crainte des vivants, mendiants, vagabonds, colporteurs, tous les exclus, souvent redoutés.
Des croyances ancestrales, la peur du diable au travers de la sorcellerie, ajoutée aux craintes de la religion elle même,à celle de l'enfer.
L'enracinement, la stabilité en un lieu, est essentiel .En opposition, une communauté, qui expulse un malfaiteur se libère de tout engagement à son égard. Elle le supprime de la liste de ses membres

Le haut Moyen-âge

La LOI SALIQUE

Pendant le "Haut Moyen-âge" la peine de mort est rare. Si l'on considère la "Loi Salique" les exécutions capitales ne sont pas prévues. Les auteurs d'homicides ou de vol sont condamnés à des compensations financières.

Les rois Mérovingiens affirment bien le principe de la peine de mort dans des cas bien particuliers crimes politiques, d'adultère, de moeurs, après que l'accusé ait été soumis à " l'ordalie " La preuve ordalique est soumise à la volonté de Dieu.

L 'Ordalie,
L'ordalie (du vieil anglais =ordal et du germanique = urthel = jugement. Ce mode de justice est également appelé "Jugement de Dieu" rituel religieux très ancien.
L'épreuve consiste a faire passer à l'accusé des épreuves physiques diverses pour démontrer la justesse de sa cause. Ceci, sous le regard de la divinité tutélaire de la Justice, qui par définition ne peut pas laisser périrl'innocent ou triompher l'injustice, prise de risque arbitrée part le "Destin".
C'est une justice inquisitoire, ça ne veut pas dire qu'elle a un lien avec l'inquisition, ça veut dire que la charge de démontrer la culpabilité de l'accusé revient à ( l'accusé lui même. ) C'est ( en opposition à justice accusatoire ) où c'est à l'accusation de démontrer la culpabilité de l'accusé
L'accusé pouvait, par exemple, tremper la main dans l'huile bouillante en jurant qu'il était innocent. Ou encore, les parties à un litige pouvaient régler leur différend les armes à la main, Dieu étant supposé prendre fait et cause pour la justice et faire triompher celui qui avait raison. Ce qui n'était pas sans risque....

Les lois barbares de l'époque, qui prônaient la vengeance avec effusion de sang, ou les supplices les plus cruels tels:
" l'éborgnement " "la castration "

Pourlevoletproduction de faux documents oupour leparjure, ou avoirvioléunsermentde paix...
" amputation des mains " "les doigts sont coupés"

La Loi du Talion doit s'exprimer.

POUR LES CRIMES DE SANG
Celui qui a été tué, trouve dans sa parenté, un vengeur, qui rend le sang pour le sang et cela en toute impunité. Le sang appelle le sang. (Vendetta corse...)
Leges barbarorum
Au temps des " Leges barbarorum ", les hommes libres règlent leurs différents en se faisant justice eux mêmes, La fin du conflit se conclu, soit par la Vengeance, soit par un accord..
Pour les délits portant atteinte à la communauté elle- même, c'est le Pouvoir quiintervient. L'Autoritépublique nevise qu'àlimiter la violence.

Les grands systèmes juridiques :
De nombreux codes ont accompagné l'histoire voiciles Principaux

LeCode d'Urukagina. 2350 avant J.C,n'a jamais été découvert, mais d'autres documents le mentionnent en tant que recueil d'ordonnances" ou de Lois promulguées par des " Roi Mésopotamiens."

Le Code d'Hammourabi. 1700 avant J.C : Sous le règne de ce Roi de Babylone d'un Code juridique élaboré et gravé sur une stèle faite d'un énorme bloc de "diorite". Le principe de base : symbole " oeil pour oeil "

DIORITE = roche contenant plus de 20% de quartz de couleur ni noire ni blanche .

Les " Dix Commandements. 1300 avant J.C.Le Prophète Moise a reçu directement de Dieu une liste de 10 lois, les Dix Commandements, intégrés plus tard à la Bible.

Les Lois de Dracon . 621 avant J.C : Le Grec Dracon fut chargé de rédiger un Code Juridique pour Athènes. Ce Code était si sévère que " Dracon" signifieaujourd'hui" excessivement dur " .

Le Code barbare
Régit le montant des "amendes", qui, permettra d 'éviter la vengeance et de rétablir la paix. En cas de non paiement de la rançon, La personne est frappée d'exil. (l'homme est exclus de sa Communauté)
Le Droit athénien admet l'exil, à l'exception du meurtrier d'unparent, s'il apparaît au temple avant que la sentence ne soit prononcée, il encourt la peine de mort.

Le "Code Dracon",
un assassin banni, doit demeurer hors des frontières de l'Attique ( Athènes ). Quiconque luiaccorde son soutient, s'expose lui-même a être banni, frappé de la même malédiction, est entièrement exclus de la communauté religieuse et publique. Il perd ses droits sur sa famille, ses biens, ainsi, qu'à toute protection. Son exclusion du lieu est définitive.
La sentence indique le lieu du séjour du condamné, afin d'éviter tout rassemblement des exilés.

laTransgression
Pour les grecs du V et VI ème siècle, la transgression, peut s'exprimer en terme de " souillure" dans le terme " avilir ".
Le meurtre entraîne la "souillure" due à l'effusion de sang. Pour effacer la souillure, il faut éloigner le coupable, c'est à dire l'exil.

Un tribunaljugeant un meurtrier, siège à Athènes à ciel ouvert, afin de protéger ses murs de la souillures

perpetui exilii relegatio poena deportationis
Sous Théodoric Ier, roi de PARIS, en l'An 507, est instituéla terminologie romaine, Relégation ou l'exil à perpétuité
Sanction d'un refus de se soumettre à l'Instruction judiciaire.

L'impunité
La législation des "Communes italiennes", "les normes allemandes" les "coutumes françaises", font que, la mort d'un "banni" à la suite d'une querelle n'est pas suivie d'effets judiciaires.

" Rex extra sermonem suum, ponat eum ". Clovis III, fils d'Allaric II, roi des Wisigoths, souhaite donnerà son royaume une base législative et se positionner en tant que...

"Fondateur de l'Etat de Droit " prévoit, pour le même délit,
" la privation de l'appui du souverain ".
"ipsum mittemus foras nostro sermone",

Edit de Chilperic I er.
Sous" Chilperic Ier, " ce qui veut dire : mise hors la loidu criminel, soit confiscation de ses biens, liberté d'exercer à son encontre des sévices sur sa personne.

" Qui fut méchant et fit le mal à sa tribu, parcourra les forêts "

Le PiloriLe Carcan
La "procession infamante

Nous avions auxpeines de mutilation des peines infamantes, pour les personnes incapables de payer l'amende,qui provoquaient la rupture entre le condamné et la la communauté.

En peine infamante.....
Le condamné est conduit à pieds, les mains liées en devant et attaché au cul de la charrette de l'exécuteur des hautes oeuvres, jusqu'à un poteauplanté sur la place public.
A ce poteau pendune chaîne au bout de laquelleest attaché un collier de fer avec une charnière pour l'ouvrir et qui va enserrer le cou du patient, le tout fermé paruncadenas.
Un écriteau devant et derrière sur lequel est inscrit le "délit".Cette exposition publique, peut durer de quelques heures à plusieurs jours, naturellement sous les quolibetsetinsultes du peuple
Le carcan a été aboli par la loi du 28 avril 1890

Les signa " infamiae "est un obstacle visible et indélébile, pour distinguer ceux, qui onun passé criminel de ceux, qui vivent dans le respect des Lois, et qui rend impossible toute coexistence à vie, avec les autres hommes.
" Lamarque brûléeaufront"
" les oreilles coupées "
"le nezcoupé "
" la main coupée "

Le Bas Moyen- âge

Constitue une période particulière. Système de Justice pénale, instauré par et pour le Pouvoir, afin d'éliminer toutes formes de Justice privée.La peine elle même devient l'affaire de l'Etat et non de l'individu. Saint Louis rend la justice et libre à lui de conclure et d'agir à sa guise. Il décrète que les poursuites envers certains criminels sont un devoir public. Le roi disait lui même, qu'on ne puni pas le malfaiteur pour les méfaits mais pour l'exemple. .

Le crime quelque soit la gravité a toujours la possibilité d'être gracié. En exemple le viol de servantes commis par des jeunes bourgeois de la ville, est le plus souvent impunis.
Le fouet estinfligé sur la place du Châtelet.
Infligé àParis, pour le vol qui peut se traduire par un bannissement, le malfaiteur est mené dans les rues, aux sons des trompes.
" l'Amende "
En premier nous avons " l'Amende ", infligée en fonction de la gravité du crime. Les sommes de dédommagement, sont versées au trésor de la ville ou au Souverain, ( rien au plaignant ).

La Prison
L'homme au Moyen Age, bouge tout le temps aussi la prison pour lui est la mort assurée.
Et puis il y a la prison, au départ d'une durée illimitée, qui correspond maintenant à la hauteur de l'amende ou à la nature du crime commis.
Réservée aux " Fonctionnaires de la justice et du Trésor, aux personnes, qui ne respectent pas les règlements du commerce.

Ultimun supplicium
La peine de mort, s'accroîtau début du XV ème siècle.
Dans les annéesàParis de1388 à 1392,
87% des voleurs capturés sont pendus.
Pour la Justice médiévale, le premier devoirconsiste à préserver des criminels lasociétédesgenshonnêtes. Pour les crimes particulièrement graves, les criminels finissent sur le billot, au bout d'une corde, ou, sur le bûcher.

Pour comprendre comment se déroule une exécution capitale auMoyenAge.
La sentence de mort est prononcée, l'exécution est immédiate,qui va se dérouler suivant un rituel strict et selon le rang social du condamné.
LesNobles sontdécapités avant d'être"pendus". Ils gardent leurs vêtements distinctifs, par exemple, le 1er Juillet 1413, lorsque Pierre des Essarts, Prévost des Marchands de Paris, fut condamné et exécuté,sous le roi Charles VI, avec ses vêtements.

En ce qui concerne les "roturiers", ceux ci n'ont pas la tête tranchée, sauf intercession de la famille, car il y va de son honneur. Seule la pendaison infamante leur est réservée.

Fut le dit"Prévôt" pris dedans le Palais, traîné sur une claie jusqu'à la "Haumerie" située rue Saint Denis.. Puis assis sur une planche en la charrette, tenant une croix de bois en sa main, vêtu d'une houppelande à carreaux fourrée de martres, des chausses blanches et desescafinons(chausson)noirs en ses pieds.
Il ne faisait que rire, comme il faisait en sa grande majesté, les gens le tenant pour fou car tous ceux qui le voyait pleuraient si piteusement que vous ne ouissiez oncques parler de plus grands pleurs pour mort d'homme et lui riait.

Et sachez, que quandil vit qu'il convenait qu'il mourût, il s'agenouilla devant le bourreau et baisa une petite image que le bourreau avait sur sa poitrine et lui pardonna tout doucement sa mort et pria à tous les seigneuries que son fait ne fût point crié tant qu'il ne fut pas "décollé", et on le lui octroya.
Le corps fut ensuite pendu...

Le spectacle de l'exécution capitale reste un grand moment de la vie médiéval. La rue, qui conduit au supplice est un rue étroite, et boueuses où mal pavée,encombrée d'immondices, saturée d'odeurs fortes peu agréables.

Lieu, où s'exerce quantité de métiers, le tout rythmépar les cloches de l'église du quartier,les cris de marchand d'eau,de colporteur du "crieur public",quiannonçait les mariages, les programmes des foires, les exécutions publiques.

La"rue Saint Denis" estunerue trèspeuplée,des cabarets malfamés, mais fréquentés volontiers des gens de lettres, Villon, Boileau, Racine, Molière , animépar unpublic abondant, surtouten période d'exécution.

Cette foule peut être aussi sollicitée lors des arrêts du cortège en général aux carrefours pour insulter le condamné, lui jeter des pierres ou de la boue de la rue. en criant :
" Battez fort et n'épargnez pas ce paillard, car il a bien pis desservi "
La charrette d'infamie arrive sur le lieu de l'exécution et là un "Responsable de Justice crie l'acte d'accusation,
" le dicteum " au peuple qui l'écoute. Puis le bourreau fait son office.
La foule est là, terrorisée, pour être dominée, pour prendre exemple, tout en la faisant participer à l'exécution.
" on ne punit pas le malfaiteur pour le méfait ,mais pour l'exemple"

La Ballade des pendus

Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca dévorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuilleabsouldre!
François Villon ( 1431 ? - 1463 ?)

On voit quel fut François Villon : voleur, assassin, et pis s'il se peut. Voilà pourtant l'homme, à qui il faut demander tout ce que le XV ème siècle a produit, ou peu s'en faut, de haute et profondément pénétrante poésie : il n'y a pas à en douter, ce malfaiteur fut un grand poète.

La charette,
Le condamné est placé dans une charrette, la charrette d'infamie, celle de la boue des rues et des ordures.. La foule est sollicitée pour insulter le condamné, on lui jette des pierres et de la boue.

A Paris la décapitation se fera aux "Heaumerie", ( rue Saint Denis ) où se trouve l'estrade sur laquelle le condamnéest attendu. Si celui ci est noble, au pied du billot, une " toile légère " sera placée, pour permettre au condamné de s'agenouiller. S'il s'agit d'un roturier, on jettera simplement une " botte de paille " à terre.
C'est à ce moment de l'exécution, qu'un " Responsable de la justice ", crie l'acte d'accusation" le Dictum "au peuple, qui fait silence en fonction de la solennellitédu moment, mais aussi dans l'attente d'un évènement inattendutel, l'échelle du bourreau qui se casse,ou le bourreau lui même, qui rate une première fois, la preuve serait faite de " l'intervention divine ". Dans ce cas, la foule demanderait la vie sauve du condamné. Mais rares, sont ces circonstances très exceptionnelles , pas toujours accordées.

Sur l'estrade,tête sur le billot, le premier coup du bourreau ne se traduisit, que par une blessure. Le Duc leva la tête et sembla reprocher au bourreau sa maladresse.

Le Bourreau frappa encore trois coups, sans arriver a séparer la tête du corps.
Alors que la foule hurlait, le bourreau jeta sa hacheet termina l'exécution au couteau.

Mais, aujourd'hui , en cette belle matinée d'Automne, l'épée dubourreauva s'abattre sur le cou du condamné, avec précision, la tête roule sur la paille, la foule un moment indécise, se reprend et c'est dans une immense clameur, quelle salue la dextérité du bourreau.

" La pendaison aux portes de la ville"

En fin du XV ème siècle, l'éclat des supplices devient terrorisant des gibets placés en dehors de la ville à proximité des murailles ont un effet dissuasif. Nous avons les villes d'Arras et d'Amiens, qui se trouvent ainsi, ceinturées de cadavres...

Histoire de pendu, dans notre cher Vexin

En 1466, à Paris, un "gros Normand " quiavait longtemps maintenu une sienne fille et en avait eu plusieurs enfants, se retrouve, lui pendu et étranglé au gibet de Paris. Elle brûlée à Magny-en-Vexin, près de Pontoise, oùle couple habitait.

LaPendaison

La pendaison devient le moyen d'exécution le plus utilisépour les criminels de droit communs, à laquelle n'échapperont pasceux qui sont décapités y compris quand une partie de leurs membres reste fichés sur des lances pour être présentés sur des Places publiques ou aux portes de la ville. Ce qui reste de leur corps est pendu au gibet où il est parfois mis en sac.

Les gibets commencent à proliférer hors des murs de la ville, cette exécutions'exerce, le long des remparts.
A cette époquela techniqueétait rudimentaire.Le condamné les mains liées dans le dos, était assis sur le fait du gibet, on lui passait la corde au cou, puis il fallait
le faire basculer en arrière.
Cette méthode resta en vigueur jusqu'à la fin du moyen âge.



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Au XVème siècle se développa et se mit en place une Justice royale, codifiée. Il fallait réglementer la pendaison et en confierl'exécution à des" personnes qualifiées ".

( Les - exécuteurs- des- hautes- oeuvres )

Pour limiter les souffrances du condamné, la corde fut plus longue, on découvrit que la mort était instantanée. Mais si la condamnation ,était d'être pendu " Haut et court "celasignifiait, que le condamné, se voyait infligé un supplice supplémentaire.

Mais le bourreau était toujours tenu de [ monter ] au sommet du gibet pour faire basculer le pendu.

Les femmes peuvent être pendues comme les hommes, mais elles sont plus facilement enfouies vivantes, dans une fosse au pied du gibet....Après les exécutions, les corps étaient laissés à pourrir sur place au vu du peuple, à titre dissuasif.

Au début du XV ème siècle le " Prévôt de Paris ", " Guillaume de Tignonville ", fut obligé d'interdire la fréquentation des gibets parisiens car les os et le sang des suppliciés servaient à confectionner des poudres utilisées en, sorcellerie.

la crémation

La crémation s'adresse ...
Au Sorcier et sorcières,
Aux hérétiques,
Aux homosexuels
Aux juifs
Aux Faux-monnayeur
A l'inceste

Les exécutions ont lieu sur une place plutôtexigu , quelques boutiquierséchoppes, la Hall aux draps, voisinentavec le " Pilori ".. Le cimetière empiète sur cette Place, le tout dominé par l'Eglise, le lieu est sommes toute assez fréquenté.

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Il faut commencer par planter un poteau de huit pieds de haut. On construit un bûcher en carré, composé de fagots, de bûches et de paille. En laissant un intervalle pour accéder au poteau. Le bûcher est élevé a la hauteur de la tête du patient.

Le condamné est là, accompagné de la longue liste de ses méfaits. Son exécution ne sera pas ordinaire. Nu jusqu'à la ceinture, on le fera monter dans la charrette, en compagnie du bourreau. Suivent les aides,avec unchaudron de braises rougies par le "feu" et le "fer", dont sont marqués les criminel.

Conduit en " l'Hôtel de Ville ", où il est marquéau"fer rouge " sur le front, puis ont le transporte, jusqu'au " Carreau du Temple " ou il est"marqué au sein droit" le chemin se poursuit en direction de la"rue au Juifs" la"marque sera sur le sein gauche", puis enfin !!!, ( rue des Halles ) où la dernière marque sera"appliquée sur le dos".

La foule est là, naturellement excitée du spectacle , mais tout de même règne une certaine inquiétude indéfinie.

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Le criminel est arrivé, il est déshabillé, on lui met ou pas, une chemise soufrée,on le fait monter sur les rangs de fagots, au bas du poteau. On lui attache le cou avec une corde, le corps est maintenu aumilieu du poteau par une chaîne de fer, les pieds sont liés avec une corde. On bouche l'endroit par lequel il est entrée et on y met le feu. Pour qu'ilne sente pas la douleur du feu, sans qu'ils'en aperçoive, les exécuteurs se serventd'un "crocs de batelier", qui leurs permet deranger les fagots. C'est la pointe de ce croc,qui va percer le coeur du condamné,qui meurt instantanément.

Bouillis dans un grandchaudron
En revanche les faux-monnayeurs, sont en princip ébouillis dans un grandchaudron.

Supplice de la tombe

C'est une opinion fort répandue dans l'Allemagne,que certains morts mâchent dans leurs tombeaux etdévorent tout ce qui se trouve autour deux, qu'on lesentend même manger comme des porcs, avec un cri sourd, grondant etmugissant.

C'est par ces mots que Maspero tente de nous faire part de l'ultime supplice, qu'est celui de la tombe dans son histoire. L'enterrement vivant fut pratiqué très rarement, on le rencontre surtout chez les "Goths" contre les "pédérastes" et sous le règne de "Pépin le bref "pour punir les " juifs".


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En Août 1604, Anne la femme de Jean le Camus des Forges est soumise au supplice de l'estrapade.


TRIBUNALDE L'INQUISITION

"" at esté ladite "Anne" par le dit "Maître des haultes" oeuvres, tirée par les bras lyee par derier avec la pollie en hault estendue et interrogée si elle estoit sorcier, et a voit heu accordance avec que le diable, surquoy, estant devallée at déclaré....""

Extrait........
Mains et pieds par de fortes ligatures sont serrés et se crispent sous l'impression d'une douleur atroce, le ventre se creuse, l'estomac saille en boule, la poitrine se contracte, la tête se renverse en arrière avec une grimace épouvantable, les lèvres rétractées dénudent les dents, la bouche s'ouvre comme pour un dernier cri.......

Interrogatoire...

Supplice de l'estrapade
Le Bourreau lie les mains de la condamnée, lui coupe les cheveux. La Condamnée est placée sur une échelle, attachée. LeBourreau, lui jette de l'alcool sur la tête et y met le feu. Les cheveux doiventbrûlerjusqu'àla racine. Il lui place des morceaux de soufre sous les bras, autour du cou et les enflamme.

---------

Il lui lie les mains derrière le dos et l'élève jusqu'au plafond. Là, il làlaisse suspendue pendant trois ou quatre heures, jusqu'au petit déjeuner. A son retour, il lui asperge le dos d'alcool et y met le feu. Il lui attache de lourds poids au corps et l'élève à nouveau. Il lui place le dos contre une planche hérissée de pointes acérées et la remonte une fois de plus jusqu'au plafond. Il lui comprime alors les pouces et les gros orteils à la vis et lui frappe les bras avec un bâton. Il la laisse ainsi suspendue pendant un quart d'heure, jusqu'à l'évanouissement.

Puis, il lui presse les mollets et les jambes à la"vis" Il la fouette en suite avec un fouet conditionné pour la faire saigner. A nouveau,illuiplacepouce etgros orteildans les'vis", desixàtreize heures, pendant qu'il va mangerun peu, avecles officiels de la cour, ces messieurs de la Justice, "Mayeur héréditaire" etbourreaux.

...o...

Le lendemain, ils reprirent l'interrogatoire, mais sans pousser les choses aussi loin, que le jour précédent......

LE JUGEMENT

Le Jugement fut prononcé, devant la"Maison de force" en présence des nobles hommes, du"Lieutenant Podestat" du"SeigneurMayeur", de sa Justice et de la patiente.

La malheureuse ramenée une troisième fois à la torture rigoureuse, continua la série de ses confessions et se vit condamnée dans les termes d'usage, à être étranglée puis après son corps réduit en cendre .

en l'An2002

La peine de mort en France

En France, on doit à Robert Badinter Garde des Sceaux en 1981 l'abolition de la peine de mort. Seul dans cette lutte, il gagne le combat le 30 septembre 1981 en faisant accepter la réforme par l'Assemblée nationale.

Nations Unies
Convention contre la torture et autres peines en traitements cruels, inhumains, dégradants.

 

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Jehanne - dans La Justice
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 16:47
Gilles de Rais

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L'orphelin d'Anjou - Premier pas vers la folie - Les étapes de l'horreur - L'affront de Saint-Étienne de Mermorte - les 4 évocations du démon Barron - Biographie -  Bibliographie  

Rais, Gilles de (1404-1440), maréchal de France, qui, après avoir combattu pour CharlesVII, s'adonna à l'alchimie et au satanisme. Accusé d'hérésie et du meurtre de centaines d'enfants, il ne cessa d'inspirer l'imaginaire populaire et l'on vit en lui le modèle de Barbe-bleue.

Résumé de l'orphelin d'Anjou

Né à Champtocé, (selon plusieurs historiens dans la tour noire du château), en Anjou, à l'automne de 1404, arrière-petit-neveu de Du Guesclin, Gille de Rais (ou Retz) appartenait à l'une des plus puissantes familles de son temps.

28 Septembre 1415, le père Guy de Laval décède confiant la tutelle de son fils à Jean Tournemine de la Humaudaye, son cousin. Contrairement aux dispositions du testament c'est son aïeul Jean de Craon qui élèvera le jeune Gilles .

Peut être est il le facteur, l'origine de la folie meurtrière de Gilles de Rais, il est décrit comme un homme violent, taciturne, calculateur et sans scrupules.

Orphelin, il fut élevé par son grand-père qui lui donna une éducation très lacunaire. En 1420, il épousa une riche héritière, Catherine de Thouars. Il entreprit ensuite une brillante carrière militaire, s'illustrant d'abord dans les guerres de Succession du duché de Bretagne (1420) puis contre les Anglais à partir de 1427. Après s'être battu aux côtés de Jeanne d'Arc à Orléans et à Paris, il se rendit avec elle à Reims pour le sacre de CharlesVII, en juillet 1429.

Vers 1434, Gilles de Rais, qui disposait d'une immense fortune, se retira dans son château vendéen de Tiffauges où il mena une vie fastueuse. En mécène généreux, il dépensa dès lors sans compter en faveur de la musique, de la littérature et des spectacles. Sa famille s'alarma lorsqu'il dut vendre ou hypothéquer des terres pour payer ses excès, et obtint en 1435 un décret royal interdisant à Gilles de disposer de ses biens.

C'est au milieu des années 1430, que Gilles de Rais se consacra à l'alchimie, à la magie noire et à l'invocation de Satan. Il aurait, pendant cette période, enlevé et assassiné, selon les estimations, de cent quarante à plusieurs centaines d'enfants, des garçons pour la plupart. En 1437, des squelettes furent découverts chez lui, mais Gilles ne fut pas inquiété. Cependant, après une enquête menée en 1440 par l'évêque de Nantes, il fut emprisonné et accusé de crime, de sodomie et d'invocation des démons. Un tribunal ecclésiastique le condamna pour hérésie et l'excommunia. Gilles fut ensuite jugé et condamné pour meurtre par un tribunal civil et exécuté, après s'être repenti, à Nantes, le 26octobre 1440.

Premier pas vers la folie meurtrière

Il convient de préciser qu'il n'existe aucun portrait de Gilles de Rais effectué de son vivant, tous furent peint bien longtemps après sa mort, de même sa date de naissance est inconnue.

Un voile de mystère demeure à tout jamais sur le compagnon de Jeanne d'Arc .

Il a été situer approximativement la date des premiers crimes vers les années 1432 - 1433.
En l'année où Jean de Craon, seigneur de Suze, aïeul de Gilles de Rais décéda c'est à dire le 15 novembre 1432, la folie meurtrière de ce dernier commença.
A la tête d'un clan d'assassins, Gilles de Rais tuait en chaque résidence qu'il possédait, Champtocé, la maison de Suze à Nantes et enfin les châteaux de Tiffauges et de Marchecoul.
Il dit avoir pour son plaisir et selon sa volonté fait tout le mal qu'il pouvait.

Tels des monstres assoiffés de sang, les demeures du maréchal de France se refermèrent comme des mâchoires sur de jeunes garçons qui avaient eu le malheur de demander l’aumône .

Vers 1432, Jeannot Roussin âgé de neuf ans disparaît alors qu'il gardait des bêtes.
Jeanne, veuve d'Aimery Eolin se plaint de la disparition de son fils de 8 ans.
Disparition de l'enfant d'Alexandre Chastelier.

Chaque fois un même personnage est évoqué, il est vêtu d'un long manteau noir et d'un voile sur le visage, lors du procès, ce personnage sera reconnu comme Gilles de Sillé, compagnon de Gilles de Rais .

Un second personnage doit être évoqué, il s’agit de Poitou qui entra au service de Gilles de Rais comme page et qui sera en 1437, chambrier du maréchal, il est alors âgé de moins de 20 ans.
Il égorgera souvent les victimes pour son maître.

Un troisième personnage, le parisien Henriet Griard entre au service de Rais, il sera mis au courant des agissements du maître par Poitou.

1437, Gilles de Rais se retire après une carrière militaire exceptionnelle, maréchal de France, compagnon de Jeanne d'Arc, il goûte au repos dans son château de Machecoul.
Le frère du peintre Thierry, un jeune enfant disparaît, c'est Poitou qui charge Henriet de la triste besogne.

En octobre 1437, Gilles de Rais demande à Gilles de Sillé d'enlever d'une tour proche de la salle basse de la forteresse les ossements de quarante enfants et de les brûler.

Le 16 juin 1438; Jean Servant et sa femme se plaignent de la disparition de leur fils âgé de 9 ans.

Le 24 juin , un écolier de 12 ans, Jean, fils de Jeanne Degrepie disparaît lors de la fête de la Saint Jean.

Le 26 juin , disparition de Jean Hubert âgé de 14 ans.

Les étapes de l'horreur

Lors du procès, Henriet et Poitou déclare se souvenir d'avoir livré chacun une quarantaine d'enfant, avant de les assassiner pour assouvir des sodomitiques passions.


Il est dit qu'avant de perpétrer ses débauches sur lesdits garçons et filles et afin d'empêcher leurs cris, et éviter qu'ils soient entendu, ledit Gilles de Rais les a parfois accrochés avec ses propres mains, ou parfois les fit accrocher par le cou par d'autres, avec des cordes ou des crochets dans sa chambre. Puis il les relâchaient, les soulageant, les assurant qu'il n'a pas voulu leur nuire ou les blesser, mais au contraire, il prétendait vouloir seulement jouer avec eux. Et de cette manière, il les faisaient arrêter de pleurer.

Gilles de Rais faisait démembrer les enfants par des complices, parfois exposait les entrailles à l'air libre ou écrasait les têtes à l'aide d'une massue armée de clous.
La vue du sang portait le Maréchal de Rais au plus haut degrés de l'excitation sexuelle.

Poitou confirma lors du procès qu'il ne perdait rien de l'agonie de ses victimes.

Août 1438, le fils de Jean Fougere disparaît, il était âgé de 12 ans.
En septembre, les fils de Peronne Loessart âgé de 10 ans et de Jean Bernard, 12 ans disparaissent.
Octobre 1438, Perrot Dagaye âgé de 10 ans ne donne plus signe de vie.

Après que ledit Gilles de Rais ait commis ses débauches horribles et ses péchés de chair avec lesdits garçons et filles, il les a tués immédiatement , les rendant coupables de leur propre mort.. parfois ils ont été décapités, parfois leurs gorges ont été tranchées, parfois ils ont été démembrés et parfois leurs cous étaient cassés avec un bâton de bois .


Il n'est pas certain que le viol fut de mise mais plutôt l'accomplissement d'une jouissance devant les supplices des enfants.

En outre, il est dit que ledit Gilles de Rais a parfois commis ses plaisirs avec lesdits garçons et filles avant de les blesser, mais c'était rare; d'autres fois, il les sodomisaient après les avoir accroché ou avant d'autres blessures; d'autres fois encore, après leur avoir tranché la gorge, il se masturbait sur les veines du cou ou de la gorge, et sur le sang giclant ; d'autres fois encore, ils les violaient alors qu'ils étaient dans la langueur de la mort à condition qu'il y ait encore quelle chaleur dans leurs corps.

 Lors du procès, Gilles précisa qu'il avait plus de plaisir au meurtre des enfants, à voir séparer leurs têtes et leurs membres, à les voir languir et à voir leur sang, qu'à les connaître charnellement.
Franchissons une nouvelle étape dans l'horreur :

Quand les enfants furent morts, il les embrassait et ceux qui avaient les plus belles têtes et les plus beaux membres, il les donnait à contempler, et il faisait cruellement ouvrir leur corps et se délectait de leurs organes intérieurs.
De plus, dit il, quand les enfants mouraient, il s'asseyait sur leur ventre et il prenait plaisir à les voir mourir et il en riait ...

A la fin de cette orgie, les serviteurs nettoyaient les salles du château de ce jeune sang frais tandis que Gilles de Rais allait se reposer.
Les cadavres étaient ensuite brûlés dans une vaste cheminée.
Le 14 mai 1439, un nouveau personnage entre en scène, il s'agit du père Francisco Prelati.

Les disparitions s’accélèrent, de nombreux paysans ne peuvent que constater la disparition de leurs enfants. Gilles de Rais continue inlassablement ces crimes, il lui faut à tout prix trouver le moyen de faire de l'or, au bord de la faillite, il va commettre l'erreur qui le mènera au bûcher.

L'affront de Saint-Étienne de Mermorte

Le 15 mai 1440, à la tête de soixante hommes, il pénètre en l’église de Saint Mermorte, brandissant une hache, il hurle et injurie Jean le Ferron auquel il a vendu la châtellenie de Saint Etienne de Mermorth.
Gilles de Rais a commis l'irréparable.
Il a violé le privilège ecclésiastique et plus grave par cette action il vient de provoquer le Duc de Bretagne.

Constatant cet acte terrible, Gilles veut rencontrer Jean V, sur le chemin il demandera à Prelati d'invoquer le démon Barron, ce dernier en l'absence de Gilles se présente recouvert d'une cape violette et confirme que Gilles reviendra sain et sauf ...

Pendant ce temps, une enquête secrète est déclenchée par l’évêque de Nantes et chancelier de Bretagne, les résultats de l'enquête sont désastreux pour Gilles, la rumeur publique l'accuse de tout.
Devant cet état de fait, le Duc de Bretagne décide d'en finir avec le jeune maréchal.

Le 24 août, le Duc autorise son frère, officier du Roi à prendre le château de Tiffauges où est retranché Gilles de Rais et ses complices.

Fin août 1440, la justice civile prend la décision de procéder à l'arrestation de Gilles en vertu des éléments de l'enquête.
Lors de l’affaire Gilles de Rais, le procès ecclésiastique représenté par l’évêque et le vice inquisiteur durera plus d’un mois, le procès civil sera dirigé par Pierre de l’Hospital en seulement 24 heures.

Le 13 septembre 1440, Gilles est cité devant le tribunal ecclésiastique, il est accusé de meurtres d'enfants et d'avoir pactisé avec le démon. Le maréchal est arrêté en compagnie de ses complices, Poitou, Eustache Blanchet et le sorcier Prelati. Sur le chemin de la prison de Nantes, Henriet tentera de se suicider en s'ouvrant la gorge.

Incarcéré dans un vaste appartement à Nantes, Gilles attends entre deux prières le jugement de la cour séculière pour répondre des meurtres d’enfants et de la violation du privilège ecclésiastique.

Peut être pense t’il échapper à la justice grâce à son statut, ses rangs et ses titres, que valent ces rumeurs fassent à un maréchal de France ?
Le 19 novembre 1440, les débats s’ouvrent , 49 articles forment l’acte d’accusation.

Gilles ne reconnaît pas la cour comme compétente et vocifère à ses juges les sobriquets de ribauds et de simoniaques.
Les plaignants se succèdent accusant gilles d’être le responsable de la disparition de leurs enfants, on parle à ce moment précis d’évocations de démons.

Le 15 Octobre 1440, coup de théâtre, Gilles accepte la compétence de la cour et reconnaît ses crimes à l’exception de l’évocation du démon.

16 Octobre 1440, témoignage de Prelati.
17 Octobre 1440, Témoignage de Blanchet, d’Henriet et de Poitou.
20 Octobre 1440, les juges demandent la torture pour Gilles de Rais.
21 Octobre, Gilles parlera mais ne veut pas subir la torture.

Confession de Gilles de Rais, Prelati et Gilles de Rais avouent les évocations de démons.
Il implore le pardon de Dieu et s’excuse auprès des enfants qu’il a honteusement torturé.
Le 23 Octobre , la cour prononce la condamnation à mort de Gilles et de ses complices Poitou et Henriet.

Le 25 Octobre c’est au tour de la cour ecclésiastique de condamner à mort Gilles de Rais pour évocation de démons et d’avoir perpétré le crime et le vice contre nature selon la pratique sodomite.
Gilles de Rais supplie à genoux selon la proposition de l’église d’être réincorporé dans cette dernière.

Gilles demandera d’être brûlé avant ses serviteurs Poitou et Henriet eux aussi condamnés à mort, on lui accordera cette grâce.

Le 26 Octobre 1440, Gilles est pendu et ensuite livré aux flammes, on retirera son corps ensuite pour qu’il soit enterré par quatre ou cinq dames de Grand état.

Le corps de Gilles de Rais sera déposé en l’église de Notre Dame du Carmel de Nantes. 350 ans plus tard, les révolutionnaires détruiront son tombeau.

Les 3 évocations du démon Baron

Francisco Prelati

Désespéré de ne pouvoir trouver un alchimiste digne de ce nom pour pouvoir combler ses colossales dettes, Gilles de Rais fit la connaissance grâce à Eustache Blanchet, moine défroqué, de François Prelati .

D'après sa déposition lors du procès, Prelati naquit à Monte Catini, dans le diocèse de Lucques.
Il entreprit des études religieuses et reçut la tonsure cléricale.
Pourtant il s'adonna à la géomancie sous l'influence du médecin florentin , Jean de Fontanel.

Ces derniers firent selon la légende apparaître bon nombre de démons, en échange de quelques poules et d'hirondelles.
Devant un tel pouvoir, Blanchet fut persuadé que Prelati était l'homme de la situation et décida de présenter cet étrange jeune homme à son maître.
Nous n'avons aucun renseignement sur son aspect physique, nous pouvons penser qu'il était âgé de 22 ans ou 24 ans lorsqu'il arriva le 14 mai à Tiffauges en compagnie de l'escorte qu'avait envoyé le Maréchal de Rais.

Par son intelligence, et sa beauté sans doute, il conquit très vite le cœur et le corps de Gilles de Rais.
Devant l'inévitable faillite du maître des lieux, Prelati était l'homme de la providence, mais aussi celui qui allait précipiter Gilles de Rais vers les gouffres de l'enfer.
Pour l'obtention de richesses et d'or, Prelati procéda par 3 fois à l'évocation du démon Baron en présence de Gilles de Rais.
Bien sûr, le démon ne se présenta jamais devant un seul témoin, ce ne fut qu'en face de Prelati que Baron voulait apparaître ...

1/La grande évocation de Tiffauges

Au début de l'été 1438, peu avant minuit, Gilles de Rais et Prelati, aidés de Gilles de Sillé, d'Eustache Blanchet, d'Henriet et de Poitou ses complices, tracèrent par la pointe d'une épée plusieurs cercles où ils inscrivirent des croix et des caractères en formes d'armoiries. Dans des pots de terre à l'intérieur du charbon brûlait , sur lequel ils jetèrent de l'encens, de la myrrhe et des grains d'aloès.
Prelati aurait eu en possession à ce moment précis un étrange livre relié de cuir noir, avec une partie en papier et l'autre en parchemin que lui aurait offert un certain Breton .

Prelati se place au centre du cercle et prononce la formule du livre :

Je vous conjure Baron, Oriens, belial, Belzébuth, par le père et le fils et le saint esprit, par la vierge marie et tous les saints apparaître ici en notre présence afin de vous entretenir avec nous et de faire notre volonté.

Ils ouvrent les quatre fenêtres de la grande salle inférieure du château de Tiffauges, deux heures se passent, rien ... Baron n'apparaît pas. Sur Ordre de Rais, le lendemain soir, Prelati répéta l'opération.

2/L'évocation de Bourgneuf

En compagnie de Gilles de Rais, Prelati et Poitou le chambrier se rendent dans un pré, non loin d'une vieille maison inhabitée, à environ un kilomètre de Tiffauges, dans la direction de Montaigu. Ils portent une nouvelle fois de l'encens, une pierre d'aimant et toujours cet étrange livre de cuir noir. Ils dessinent une fois de plus un cercle et des signes à l'aide d'un couteau selon les indications du livre.

En dépit de l'interdiction de Prelati, Poitou se signe secrètement, les invocations commencent, le chambrier entendra plusieurs fois le nom de Baron, ils restent tous une demi heure.
Tous relatèrent le fait qu'une violente averse débuta lorsqu'ils pénétrèrent dans le cercle, il s'éleva un vent violent et une obscurité si grande après l'échec du cérémonial qu'ils eurent du mal à rentrer au château.

Devant ce second échec, Prelati demandera à Gilles, un pacte le liant avec l'enfer.
Viens à ma volonté et je te donnerai tout ce que tu voudras, excepté mon âme et l'abréviation de ma vie.

Les historiens ne sont pas d'accord quant à la date de rédaction de l'acte, pour certains il fut rédigé après cette seconde évocation, pour d'autres bien avant. Il convient de remarquer que désormais Gilles de Rais vient d'entrer de plein pied dans le satanisme, il a signé un pacte démoniaque de son sang.

3/L'évocation du Serpent

En une date indéterminée, personne ne sera capable de la préciser lors du procès, Prelati fit seul une évocation ou Baron lui serait apparu. Il lui demande des richesses au nom de Gilles, le démon accepta la demande et lui procura une grande quantité d'or en lingot.
Au courant de la réussite, Gilles de Rais veut voir cet or, tous deux se dirigent vers sa chambre mais à ce moment précis, Prelati hurle à Gilles de ne pas pénétrer dans ce lieu, un grand serpent de couleur verte, de la grosseur d'un chien est apparu.
Gilles se sauve pour aller prendre un crucifix contenant une parcelle de la vraie croix, revient et se présente à l'entrée de la chambre.

Prelati, lui explique qu'il n'aurait pas du faire prendre la croix , Gilles pénètre dans la chambre et ne peut constater que le tas de lingots d'or n'est qu'une sorte d'oripeau, une feuille de laiton, à laquelle il ne toucha point.
Ces trois évocations ont un point commun, elles réunissaient à chaque fois le Maréchal de Rais et Prelati. Le démon Barron apparut selon Prelati bon nombre de fois, mais bien sûr sans jamais aucun témoin. En août 1439, lors d'une évocation le démon lui aurait donné une poussière noire sur une pierre d'ardoise.
Gilles de Rais l'aurait porté plusieurs jours dans une boîte d'argent mais il s'en serait débarrassé, s'apercevant qu'elle ne lui serait d'aucun profit. A chaque fois, Prelati usa de la naïveté, de la confiance de Gilles de Rais.

En Novembre 1439, Prelati prétend que Baron à demandé à Gilles de donner à manger en son nom à trois pauvres dans trois grandes fêtes de l'année. Gilles ne le fit qu'une fois à la Toussaint, pour Prelati c'était la cause pour laquelle Baron refusait d'apparaître en présence de Gilles, une fois de plus l'escroc profitait de la crédulité de son maître. Pourtant Gilles veut faire apparaître Baron, il ira même jusqu'à mettre dans un verre en présence de Poitou, le cœur et la main d'un jeune enfant ...

Bibliographie

G. Bataille,Le procès de Gilles de Rais, Paris, 1985.

G. Bernelle, La psychose de Gilles de Rais Paris, 1910.

Bossart, Abbé Eugéne, Gilles de Rais, maréchal de France, dit Barbe Bleue, Paris, Champion, 1866.

M. Bataille, Gilles de Rais, Editions planète, 1966.

J. Heers, Gilles de Rais, vérités et légendes, Perrin.

J.K, Huysmans, Là-Bas.

R. Villeneuve, Gilles de Rais, une grande figure diabolique, Marabout.

Biographie
Automne  1404, naissance à Champtocé, en Anjou, de Gille de Rais (ou Retz),  

14 Janvier 1412, fiançailles de Gilles à Jeanne Peynel, riche héritière, le but est la captation de sa fortune, celui qui tire les ficelles dans l'ombre de ces fiançailles n'est autre que Jean de Craon. Au courant de ces étranges affaires, le parlement de Paris interdira le mariage.

28 Septembre 1415, le père Guy de Laval décède confiant la tutelle de son fils à Jean Tournemine de la Humaudaye, son cousin.

28 Novembre 1417, Nouvelles fiançailles pour Gilles, toujours grâce à Jean de Craon, l’élue est le nièce de Jean V, duc de Bretagne, c'est un nouvel échec.

Novembre 1420, Gilles Kidnappe Catherine de Thouars sa cousine, pour se marier avec elle, le commanditaire de ce rapt n'est autre que Jean de Craon.

Fin de l'année 1420, La femme de Jean de Craon meurt, après un très court laps de temps, Craon épouse la grand mère de Catherine de Thouars, Anne de Sillé.

24 avril 1422, Mariage public de Gilles de Rais.

1424, Gilles est majeur et libre de régner sur sa fortune, il écarte peu à peu son grand père.

1427, Gilles débute une formidable carrière militaire contre les anglais.
Etienne Corrillaud de Pouzauges âgé de 10 ans entre comme page sous les ordres de Gilles de Rais.

28 avril 1429, départ de Gilles de Rais et de Jeanne d'Arc pour Orléans, la ville assiégée par les anglais.

Fin de l'année 1429, La fille de Gilles, Marie, vient au monde.

Début de la prodigalité de Gilles avec la vente du château de Blason, il n'a environ que 25 ans et il est l'un des plus grands guerriers du royaume.
Maréchal de France, les fleurs de Lys ornent son blason, suprême récompense de la part du Roi.

30 Mai 1431, Jeanne d'Arc est brûlée à Rouen.

15 novembre 1432, Jean de Craon meurt .

Poitou devient le chambrier de Gilles de Rais.

1432-1433, Les crimes débutent ...

1437, Gilles de Rais se retire après une carrière militaire exceptionnelle, maréchal de France, compagnon de Jeanne d'Arc, il goûte au repos dans son château de Machecoul.

15 mai 1440, à la tête de soixante hommes, il pénètre en l’église de Saint Mermorte.

Août 1440, la justice civile prend la décision de procéder à l'arrestation de Gilles en vertu des éléments de l'enquête.

13 septembre 1440, Gilles est cité devant le tribunal ecclésiastique.

19 novembre 1440, les débats s’ouvrent , 49 articles forment l’acte d’accusation.

15 Octobre 1440, coup de théâtre, Gilles accepte la compétence de la cour et reconnaît ses crimes à l’exception de l’évocation du démon.

23 Octobre 1440 , la cour prononce la condamnation à mort de Gilles et de ses complices Poitou et Henriet.

25 Octobre c’est au tour de la cour ecclésiastique de condamner à mort Gilles de Rais.

26 Octobre 1440, Gilles est pendu et ensuite livré aux flammes, on retirera son corps ensuite pour qu’il soit enterré par quatre ou cinq dames de Grand état.

Le corps de Gilles de Rais sera déposé en l’église de Notre Dame du Carmel de Nantes. 350 ans plus tard, les révolutionnaires détruiront son tombeau.



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Jehanne - dans Personnages Historiques
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 11:58

Jeux de nobles, jeux de vilains Au Moyen Âge


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Jeux de nobles, jeux de vilains Au Moyen Âge, les Jeux physiques ont connu une grande faveur dans notre pays. Si on distingue souvent les sports de l'aristocratie des sports pratiqués par les classes sociales moins élevées, la plupart des jeux casse les disparités sociales et passionnent indifféremment tous les français, du roi au plus humble des vilains.(Joueurs et joueuses)

Joueurs et joueuses

Les sports de la noblesse : les jeux de la guerre

Le noble, même si ses moyens ne lui permettent pas toujours de se faire armer chevalier, a pour principale occupation de se préparer à la guerre par des sports violents.


La chasse et la pêche

La chasse

La chasse était à la fois un excellent entraînement, un jeu passionnant et un sport utile (chasse nourricière). La chasse médiévale ressemble beaucoup à la chasse pratiquée par les Anciens (cf. 2.3 La chasse dans Rome et son Empire).

Elle exigeait un équipement coûteux et un personnel nombreux. La plus belle des chasses était la chasse au faucon, très accessible aux dames : des rapaces de haut vol (gerfaut, faucon) ou de bas vol (vautour), minutieusement dressés, attrapaient des rongeurs et de grands oiseaux (hérons, grues, canards).

L'art de fauconnerie était l'un des plus délicat. les seigneurs aimaient à se faire représenter sur leur sceau allant à la chasse, le faucon au poing. La meute était également un des éléments caractéristiques de la maison seigneuriale avec ses chenils, ses dresseurs. Les chiens, particulièrement entraînés, étaient de taille et de race sélectionné. Lors de la chasse au faucon, dès que ce dernier était à terre, le chien était capable d'achever sa victime tout en évitant de blesser le faucon.

Les magnifiques manuscrits enluminés du comte de Foix Gaston Phébus évoquent ces scènes de chasse, où l'on devait déployer mille astuces pour impressionner les gentes dames et les preux.



Chasse de paysans, chasse de nobles

La pêche

La pêche en rivière ou en étang était souvent aussi sportive, comme la pêche à la loutre ou au saumon, avec tridents, chiens et filets lestés de plombs.


Les exercices militaires

De nombreux exercices militaires venaient animer la vie quotidienne un peu terne du château seigneurial.

Á deux, on pouvait s'entraîner au «béhourd», sur un champ ou dans les lices du château, en s'élançant l'un contre l'autre, rompant des lances et tâchant de se désarçonner mutuellement.
Parfois, on dressait une quintaine, gros mannequin avec haubert et écu fixé sur un pieu enfoncé dans le sol ; les chevaliers tentaient au grand galop de renverser la quintaine en la frappant de leur lance au milieu de l'écu; On ne devait pas frapper plus de cinq fois d'où le nom de cet exercice, la quintaine. Si le coup était dévié, le mannequin pivotait, et un de ses bras, muni d'ue forte lance envoyait le maladroit mordre dans la poussière. C'était un exercice de préparation à la joute. Mais comme il était pratiquement sans risque il dériva et devint aussi un jeu de manants.
Les jeunes s'entraînaient également à l'escrime: au baton, à l'épée, à la lance.
Les adaptations cinématographiques des romans de chevalerie montrent des reconstitutions souvent fidèles de ces pratiques sportives : Lancelot de Robert Bresson par exemple.

Mais l'entraînement majeur au combat se faisait dans les tournois et dans les joutes.

Tournois

Pour l'historien Huizinga, le véritable sport de l'aristocratie médiévale c'est la guerre. Mais, du fait que l'on ne peut continuellement guerroyer, on se livre au tournoi ou à la joute. Là on limite la bataille.

Toutefois la différence entre ces deux faits d'armes reste difficile à cerner. Les tournois rassemblaient sans doute des équipes plus fournies que les joutes et les faisaient s'affronter en rase campagne. Á la fin du Moyen Âge les tournois tombèrent en désuétude au profit des joutes.

Ces spectacles d'origine indéniablement païenne rassemblait la fleur de la chevalerie.

Chaque combattant était reconnaissable à son timbre et à sa bannière. les spectateurs s'entassaient dans des hourds, sortes de tribunes, dominant l'enceinte entourée de lices de bois ou de champs clos. Là s'affrontaient les champions par équipes régionales ou nationales ou individuellement.

Les tournois et les joutes étaient ordonnés selon des règles très strictes :
Présentation des champions et des bannières
Armement du chevalier par le soin de l'écuyer
Choix de la dame
Des hérauts d'arme donnaient le signal des combats. Le jeu consistait alors pour le cavalier armé d'une lance à foncer sur son adversaire et à tenter de le désarçonner en le frappant à l'aide de sa lance, ce dernier tenait vis-à-vis de lui une conduite identique. Malgré l'épaisseur des cuirasses, les combats causaient fréquemment des blessés, parfois des morts.
Les vaincus devaient abandonner leurs chevaux, leur harnachement, payer rançon. Les vainqueurs, outre le prix accordé au plus vaillant (faucon dressé, couronne, mouton doré) et le prestige dont ils jouissaient auprès de leur dame, pouvaient également gagner un bon pactole.

"Pour quantités de chevaliers, guerre et tournois c'est tout un" Georges Duby
Ainsi, les jeunes en mal d'aventure et fe fortune faisaient souvent la tournée des lices. On connaît l'exemple de Guillaume le maréchal, grâce à la biographie qu'en a fait l'historien Georges Duby : ce baron anglais, en quelques mois, triompha avec un associé de 203 chevaliers. Le combat était si rude que le maréchal parfois, ne pouvant plus retirer son casque, dut aller le faire décabosser, à grands coups de marteaux chez le forgeron

Georges Duby, citant les écrits de Jean le Trouvère, détermina la zone de prédilection des compétitions, limité par Fougères, Auxerre, Épernay, Abbeville.

Le tournoi et ses coutumes influencèrent les guerres. Et même «pour quantité de chevaliers, guerre et tournoi c'est tout un.»(G. Duby).

«Un chevalier ne peut y briller (à la guerre) s'il n'y est préparé par les tournois. Il faut qu'il ait vu son sang coulé , que ses dents aient craqués sous les coups de poing, que, jeté à terre, il y ait senti le poids du corps de son adversaire et, vingt fois désarçonné, que vingt fois il se soit relevé de sa chute, plus ardent que jamais au combat.»(Roger of Hoveden)

Les joutes

La joute était un duel, on se battait seul à seul et l'on pouvait finalement mieux montrer ses capacités. La joute se courrait au meilleur des trois lances. Souvent on rompait les lances.

La joute du roi Henri II contre Montgoméry le 10 juillet 1559 est restée tristement célèbre. Cette compétition devait célébrer la paix conclue avec la Maison d'Autriche et scellée par un double mariage. Le vendredi 30 juin 1559 les joutes commencent à Paris, rue Saint-Antoine, dépavée pour la circonstance et recouverte de sable. Mécontent de sa première prestation contre Montgomery, le roi exige une seconde lance, ce qui est contraire à l'usage. Nostradamus pourtant avait prévu semble-t-il le drame : :

Le lion jeune le vieux surmontera
En champ bellique par singulier duelle
Dans cage d'or les yeux lui crevera
Deux classes, une puis mourir mort cruelle
Montgoméry oublie de changer de lance ce qui était aussi contraire à la coutume. Le choc entraine la rupture de cette lance qui pénètre à travers la visière du casque d'Henri II. Après bien des tentatives, les médecins du royaume ne pourront le sauver. Le roi meurt le 10 juillet.

Cet épisode apparemment anecdotique, est en fait riche de conséquences sur le plan politique et symbolique :

En premier lieu, on remarque que les rois du premier XVIe siècle, François Ier et Henri II, étaient les premiers souverains de la Renaissance française, mais ils étaient encore très attachés à l'idéal chevaleresque : en organisant des joutes, Henri II montre qu'il est avant tout le premier des seigneurs de France et qu'il doit comme tout seigneur faire preuve de vaillance et de courage.
Sur le plan historique, cette joute a changé le visage de la France : si Henri II n'était pas décédé, le prolongement normal du règne aurait assuré la répression de l'hérésie protestante et aurait ainsi évité la guerre civile.



La dernière joute
Ce triste épisode marqua la fin des joutes. Toutefois la langue française conservera de ce sport certaines expressions, telles «entrer en lice» et «rompre des lances».

Si les joutes et les tournois étaient pratiqués exclusivement par les hautes classes de la société, le jeu de paume passionnait tous les Français, du vilain au roi.

Jeux de balles et jeux de mains
 
Le jeu de paume

Ce jeu est connu puisqu'il se présente comme l'ancêtre du tennis. Le jeu de paume est connu dans notre pays dès le XIe siècle. Il s'agissait de renvoyer avec la main la balle par-dessus une corde puis plus tard un filet à son ou ses adversaire(s).

Vers 1450, après que l'on eut joué uniquement à main découverte ou avec un gant, on eut l'idée d'utiliser des cordes et des tendons afin de renvoyer la balle plus facilement ; ce fut l'invention de la raquette.

Érasme écrit, en 1541, que «l'on compte par quinze, trente, quarante ou avantage. On renvoie la balle de volée après le premier bond ; au second le coup est mauvais». Ainsi furent définies les règles du futur tennis.

Au XVIe siècle, on eut aussi l'idée de circonscrire le champ de jeu et de l'entourer de murs. Les camps étaient d'abord séparés par des cordes d'où pendaient des franges ; l'invention du filet date de 1600.

En pleine air on utilise la longue paume et en salle la courte paume. Cette salle c'est le tripot ou jeu de paume. La forme la plus ancienne est la longue paume qui se joue sur un terrain de terre battue d'environ 80 m sur 15 m.

Le nombre des jeux de paume construits en France jusqu'au milieu du XVIIe siècle fut prodigieux. L'Anglais, Robert Dallington, maître d'école qui séjourna en France sous Henri IV, affirme que l'on jouait à la paume en France plus que dans tout le reste de la chrétienté. Et il ajoutait : «il y a plus de joueurs de paume en France que d'ivrognes en Angleterre.»

En effet on jouait à la paume, nous dit Jusserand, dans toute la France et quelque soit le temps, même pendant les guerres, par tous, des vilains jusqu'au roi. Dans une chronique de Geoffroi de Paris, on peut lire à propos du roi Louis X le Hutin :

Il avait joué à un jeu
qu'il savait
Á la paume
Si but trop froid et se boua
Là il perdit plumes et pennes
Autrement dit il trépassa
Le jeu de paume a donc passionné les français à tel point d'ailleurs que, de même que pour les tournois, des ordonnances d'interdictions - hors le dimanche et les jours fériés - furent promulgués sous le motif que l'on y perd son temps : «Les religieux même se laissaient entraîner, et le Concile de Sens leur interdisait, en 1485, de jouer à la paume surtout en chemise et en public.»  (J.-J. Jusserand, op. cit., p. 241)

La décadence de la paume commença au XVIIe siècle, sous Louis XIV, alors qu'en Angleterre elle proliféra sous une forme remaniée qui revint en France sous le nom de tennis, mot dérivé du français «tenez».

 La soule ou la choule



La soule poussée au maillet


Le lancer de projectiles : l'athlétisme populaire La soule, ou choule, est le jeu populaire par excellence. Le plus souvent il opposait deux paroisses. Á l'occasion d'une fête chacun des deux villages composait une troupe. Le but du jeu consistait à faire pénétrer une grosse balle de cuir, la choule, dans le camp opposé.

Mais ce n'était pas qu'un jeu populaire. Les rois aussi jouaient à la choule, comme Henri II.

Il semble que ce soit d'abord dans la région nord-ouest de la France que l'on joue à la choule. La soule existait aussi en Angleterre sous le nom de Hurling over country, puis de football. D'après Jusserand, ce jeu proviendrait de la Normandie, car tout ce qui «était jeu, amusement, délassement en Angleterre était, au Moyen Âge, d'origine normande ou angevine».

En Italie on pratique le calcio, jeu qui tire son nom du pied (cf.Mercurialis (1530-1606), De arte gymnastica).

Les autres jeux


Les jeux ludiques : la neige et l'eau On pratiquait aussi :

le crosse, très appréciée des jeunes, semble-t-il. La crosse était un bout de bois courbé à sa partie inférieure dont on se servaitt pour pousser une balle. Le jeu serait l'ancêtre de nombres d'autres : le golf, le hockey, le mail, le cricket.

la lutte, sport très populaire, particulièrement en Bretagne, où le dimanche après midi on lutte sur la place du village. Seigneurs et rois luttent aussi, car dans la guerre «l'habilité à la lutte était si importante qu'elle compensait parfois le défaut d'expérience militaire».(J.-J. Jusserand, op. cit., p. 169). On se battait souvent en effet au corps à corps.

la cournée, jeu extrêmement dangereux. Il consistait à lancer à l'adversaire des projectiles de pierre.

le tir à l'arbalète et le tir à l'arc recommandés par les souverains pour pouvoir disposer de troupes efficaces. Les sociétés de tir dans les villes et les villages français bénéficiaient ainsi d'un certain nombre d'avantages (exemption d'impôts...).

Mais tous les jeux n'étaient pas des jeux guerriers. Ainsi les sources iconographiques nous montrent que les hommes du Moyen Âge, qui nous semblent si loin de nous, pratiquaient aussi les sports d'hiver et la natation.(Les jeux ludiques : la neige et l'eau).



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Jehanne - dans Les Jeux
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 01:40

On mangeait quoi à cette époque?

L'alimentation était principalement composée de viandes, de pain et des dérivés de pâtisserie. Sauf pour les nobles, la cuisine médiévale est souvent une cuisine d'économie comme celle de nos grands-mères. Une cuisine faite de plats en sauce, de ragoûts et de pâtés.

Les viandes
Lorsque c'est possible :

·        En Europe la viande la plus courante à l'époque médiévale était le porc et ses dérivés de charcuterie (jambons, saucisses, saucissons, pâtés, lard, etc.). Les gaulois s'étaient déjà fait une renommée dans la production de charcuterie à l'époque le l'empire romain.

·        Les gros gibiers (sanglier, cerf et chevreuil) étaient réservés aux nobles, le petit peuple se contentait de lièvres et lapins de garenne.

·        Les oiseaux de prestige (faisans, cygnes, aigles, paons) revêtus de leurs plumes, avec le bec doré, entourés de bannières et disposés sur des socles de pâte en forme de château fort etc., figuraient sur les tables de festins seigneuriaux. Les nobles consommaient également des poulardes, oies, pintades, dindes, canards. Le peuple se contentait de perdrix, pigeons, bécasses, cailles, et de petits oiseaux (merles, grives, ortolans…).

·        La poule, la vache et le mouton étaient servis qu'occasionnellement, sur les tables médiévales (en ragoûts, farcis, en croûte, en terrines) mais ces gibiers étaient habituellement conservés pour les oeufs, le lait, la laine. Le boeuf étant l'animal de trait le plus répandu au Moyen Âge était peu servi à table.

Cuisson à la broche chez les nobles et en sauce, en ragoût ou en pâté pour le peuple.
En principe, tous les gibiers étaient rôtis à la broche, souvent après avoir été bouillis pour être plus tendres. Ou encore, ils étaient découpés en morceaux et cuits dans une sauce au vin épaissie de pain grillé broyé ou de purée de féculents, en sorte de civets ou de hochepots. On pouvait aussi mélanger plusieurs sortes de viandes pour utiliser les restes ou les abats, coupés en morceaux et mis à la sauce (épicée), ou broyés avec des herbes fines pour faire des pâtés ou des tourtes (avec de la pâte).

Les épices pour couvrir le goût
Tous ces gibiers étaient préparés faisandés et pour en masquer le goût, on les accommodait avec des épices venues d'orient et mises à la mode par les croisés (girofle, safran, cannelle, gingembre, cardamome, poivre) et aussi avec des oranges et des citrons dont le jus était utilisé pour parfumer certaines sauces. Les épices fortes communes (thym, laurier, ail, oignon, échalote, persil, ciboulette) aromatisaient les nombreux plats en sauce : au vin, au vinaigre ou au verjus (jus de raisin vert). L'abondance des épices fortes dans tous les plats s'explique également par l'absence d'excitants (thé et café n'étant pas encore apparus en Europe) en dehors du vin et des alcools.

Les sauces
Les sauces étaient servies à part : froides, l'été, à base de vinaigre ou de verjus additionné de fines herbes hachées (sarriette, menthe, ciboulette) ; chaudes et épaissies, l'hiver, pour accompagner venaisons et viandes.

Les poissons
En période de carême, la viande, les œufs et le beurre étant interdit, on les remplaçait par :

·        Les poissons frais (soles, turbots et tous les poissons "nobles") Les carpes, anguilles, perches,lamproies, brochets - nombreux dans les étangs des couvents et des châteaux. Les truites et saumons gardés dans des viviers, étaient le privilège des nobles.

·        Les poissons salés ou fumés (morues, maquereaux, harengs, baleine).

·        Les escargots, les grenouilles, les écrevisses.

Cuisson
Les poissons frais étaient cuits au court-bouillon fortement aromatisée, ou frits, ou accompagnés d'une sauce au vin ou présentés en gelés, ou encore, mêlés et broyés en pâtés (escherois réalisés avec des salsifis) ou en tourtes.

Présentation, ordonnance et diversité des mets

·        Le goût des plats "en croûte" s'explique par l'absence de couverts à table et la commodité de les manger.

·        Il n'existait pas la même "ordonnance" dans le service des mets. Des fruits et des salades diverses pouvaient très bien être servies en début. Le sucré et salé cohabitaient constamment soit à l'intérieur d'un même plat, soit en se suivant. L'ordre des plats n'avait, en fait, aucune importance !

·        Chaque convive n'était pas invité à prendre de chaque plat, d'où l'extrême diversité et le nombre étonnant de mets sur la table ! On choisissait ce qui plaisait ou ce qui était à la portée. Pouvaient donc se mêler pâtés de viande en croûte, tourtes de poisson aux amandes et au vin blanc, jambons ou gibiers enrobés de pâtes croustillantes et dorées, gâteaux rustiques (à base de pâte à pain, de fromage blanc, colorés de safran ou épicés de cannelle, de cumin, d'anis, de gingembre), pains d'épice, bretzels salés, fougasses sucrées (sortes de brioches), gaufres, beignets, crêpes, pets-de-soeurs, etc.

Les desserts et douceurs
En fin de repas, apparaissaient des desserts :

·        Tartes au flan, rissoles aux fruits secs et au miel, pain perdu, riz "engoulé" aux amandes et au miel, blancs-mangers colorés et parfumés de fleurs d'oranger.

·        Dans les repas de fête, on aimait croquer des "douceurs" qui ressemblaient à nos actuels petits fours, sucré au miel - le sucre étant un luxe venu des croisades !

·        Des dragées faites de grains de coriandre ou de genièvre, des fruits secs enrobés de sucre ou pilés et malaxés avec du miel (pignons de pin, pistaches, amandes, noix, noisettes), des fruits confits, ou cuits dans le vin ou le sirop, les pâtes de fruits, les massepains parfumés à la rose… Ces "épices de chambre" faisaient l'objet de cadeaux de bienvenue, de remerciement, et étaient très appréciés !

Le "pain quotidien" du paysan
Donnez nous notre pain quotidien :

·        Avec les fromages, les racines et les fruits, le pain était la base de la nourriture paysanne. Il se présentait en grosses miches rondes, en couronnes, en petits pains individuels.

·        Ils étaient faits de farine blanches, de gruau, de seigle, saupoudrés de cumin ou d'anis, voire de marjolaine ! Les boulangers et les ménagères en fabriquaient de toutes sortes ; on raconte que même les pains "ratés" étaient vendus sur le parvis de Notre-Dame pour faire des liants de sauce !

·        De grosses tranches épaisses, un peu rassies, nommées "tranchoirs", servaient d'"assiettes" ou de supports aux viandes en sauce (on les jetait ensuite aux chiens avec les restes).

Les fruits

·        Moins consommés par les nobles que par le peuple, les fruits étaient exclusivement ceux de la région et de la saison (fraîcheur oblige) (à part les dattes, figues, oranges, citrons, abricots, pêches, mis à la mode par les croisés, et ensuite implantés dans les régions les plus chaudes). Pommes, prunes, raisins, poires étaient récoltés dans les jardins, alors que fraises, framboises, mûres étaient cueillies sauvages en forêts.

Les légumes
Les légumes étaient de trois sortes :

·        les racines (navets, betteraves, salsifis),

·        les féculents (pois, lentilles, fèves), et

·        les légumes verts (choux, salades, bettes, cardons, épinards).

·        Les herbes fines étaient utilisées surtout comme condiment à la place du sel sur lequel pesait un impôt très lourd : la gabelle.

Les céréales

·        Blé et froment : Il y a plusieurs sortent de blé au moyen âge.
Les deux principaux sont le blé d'hiver robuste et régulier en rendement et celui de printemps qui lui est fragile et irrégulier mais qui est semé lorsqu'il s'en fait grand besoin ou quand le blé d'hiver est gâté ou que le paysan n'a pas pu semer le blé d'hiver.

·        Hépéautre : C'est une céréale rustique, sous les Carolingiens elle sert à faire le pain et la cervoise mais elle est contraignante dû à l'enveloppe du grain qui demande plus de préparation que les autres céréales, à cause de cela petit à petit on la laisse de côté malgré des richesses alimentaires et médicales reconnues.

·        Amidonnier et Engrain : L'Amidonnier est très ancien et proche de l'hépeautre, on en trouve trace chez les Egyptiens et Romains ; Il était alors appelé Far. L'Engrain vient d'Asie Mineure, il est beaucoup moins cultivé que l'amidonnier. Il est utilisé pour les bouillies et semoules.
L'arrivé du pain va faire disparaître petit à petit ces deux céréales.

·        Seigle : On trouve les premières traces de cette céréale vers le Veme Siècles. Elle est très résistante aux climats rudes(chaud ou froid).
De plus elle a un bon rendement. Elle sera très utilisée pendant tout le moyen âge, cependant elle décline sur la fin du Xeme Siècle.

·        Méteil : C'est un mélange de céréales semées, moissonnées et broyées ensemble. Ce mélange sera utilisé entre le IX et XIIeme siècle.

·        Orge : La plus ancienne des céréales. Elle est considérée comme d'hiver au moyen âge. Elle est très répandue sous les Carolingiens. Elle sera très usitée pour la brasserie et la nourriture mais déclinera à l'approche de la fin du Moyen Age.

·        Avoine : Sous la dynastie Carolingienne elle servait dans la confection du pain, mais vers le XII eme siècle elle ne servait pratiquement plus que pour le bétail. Elle est très rustique et résistante, elle pousse sur n'importe quel terrain et demande peu de soins.

·        Mil/Panic : Beaucoup utilisé pour la panification mélangée à d'autres céréales, on en trouve encore trace au XIII et XIV. Il disparaît petit à petit vers la fin du XV eme siècle. On pense que ce recul est du à la popularité de l'orge et surtout à l'abandon des bouillis au profit du pain.

·        Sorgho : Elle provient d'Inde, elle apparaît en occident au Ier siècle après Jésus-Christ. C'est une céréale peu exigeante semée au printemps. Elle sert de fourrage et à la panification mélangée à d'autre farine.

Boissons et breuvages

·        En dehors du vin et des alcools servis pendant les repas, la bière (Cervoise) et le cidre étaient aussi appréciés - selon la région - que les bourgognes rouges et blancs.

·        Pour faciliter la digestion, on servait des breuvages aux herbes (vin d'anis, d'absinthe, de romarin, de sauge) ou aux épices, tels l'hypocras, le clairet.

·        Avec les sucreries on servait des vins très généreux (malvoisie) et des vins doux.

Cuisine et salle à manger ...

·        Au moyen-âge, la maison commune se compose d'une seule pièce mal éclairée, au sol en terre battue parfois recouvert de paille ou de branchages. Elle fait fonction de chambre, de salle commune et de cuisine. Même dans les demeures les plus aisées il n'y a pas de pièce réservée aux repas.

·        Le foyer ouvert à même le sol se trouve en général près de la porte pour une meilleure évacuation de la fumée. Centre de la vie domestique, il est à la fois source de chaleur, de lumière, aire de
cuisson et lieu de consommation des plats.

·        Le réchaud, posé près de l'âtre, permet de concentrer la chaleur
des braises, pour faire mijoter ou réchauffer les aliments.

·        Sauf pour les demeures aisées, la cheminée participe peu au confort de la maison avant le 15e siècle.

·        Le poêle, par contre est très tôt adopté, par tous les milieux sociaux, des régions de l'Est.

Savoir recevoir à table ...

·        La table est composée d'une simple planche posée sur des tréteaux. On dresse la table (l'expression «mettre la table» vient de cette époque), que l'on recouvre d'un doublier (nappe pliée en deux), là où l'on désire manger. Les serviettes sont constituées par une longière, pièce de tissu étroite qui fait le tour de la table permettant aux invités d'avoir les genoux protégés et de s'essuyer la bouche ou les mains.

·        Les convives sont placés d'un seul côté de la table selon leur rang, l'autre côté étant utilisé pour le service. On s'asseoit sur des bancs (le terme banquet vient de ce mot), la place d'honneur pouvant être marquée par un fauteuil (cathèdre).

·        Les plats sont apportés recouverts d'un linge, peut-être pour en garder la chaleur ou pour montrer aux hôtes que toutes les précautions ont été prises contre l'empoisonnement, d'où l'expression «mettre le couvert».

·        L'argenterie et l'orfèvrerie des grandes maisons ne figurent pas sur la table mais sont disposés sur le dressoir. Il existe cependant une pièce de prestige posée devant le prince lors des repas : la nef de table. Véritable chef d'œuvre d'orfèvrerie en forme de bateau dont le pont, formant couvercle avec la porte, sert au rangement des «couverts» du prince, des épices précieuses et des contrepoisons corne de licorne, crapaudine, langue de serpent réputées pour changer de couleur ou de saigner au contact d'aliments empoisonnés.

·        On mange avec les doigts, les cuillères présentent sur la table ne servant qu'à prélever les sauces de l'écuelle où elles sont présentées au tranchoir (tranche de pain épaisse, ancêtre de l'assiette).

·        Le couteau est un objet personnel, porté à la ceinture. Il ne fait pas partie du service de table. L'Officier ou Escuyer-tranchant présente la viande aux convives préalablement découpée en menus morceaux ou en fines lamelles.

·        On boit dans des gobelets ou plus rarement dans des verres à tiges (dans les cours princières ou ecclésiastiques).

·        Aucun de ces objets n'est d'usage individuel. Même lors de banquets fastueux, entrecoupés de nombreux intermèdes dansés ou musicaux (les entremets), chaque convive dispose au mieux d'un tranchoir par personne, et d'une écuelle pour deux.

Service et ambiance ...

·        Placez sur la table des petits bols dans lesquels vous aurez mis des fleurs séchées coupées en petits morceaux (lavande, thym ou origan, menthe, anis étoilé) et des pétales (roses, aux autres, colorés), ainsi que des écorces d'oranges pelées d'un seul coup puis séchées.

·        Vous pouvez également placer des oranges, piquées de clous de girofle serrés les uns contre les autres sur toute la surface. Elles joueront le rôle de déodorants.

·        La fourchette est une invention de la renaissance. À l'époque, on se servait des doigts, d'une cuillère et d'un couteau. Chaque convive (les dames également) portait sur lui un couteau presque en permanence.

·        Pour se laver les doigts, placez sur la table des bols remplis d'eau et offrez à vos invités des essuis main de tissus. Dans les grands festins, offrez ce service via les personnes qui font office de serviteurs.

·        Pour faciliter le service et faire comme à l'époque médiévale, apportez en même temps sur la table plusieurs plats, variés, mélangez sucrés et salés, chauds et froids. Si vous servez les plats chauds dans de la vaisselle de grès ou de terre cuite, sortant du four et coiffée de couvercles, vous n'aurez pas besoins de trop de personnel, ni de vous déranger trop souvent !

·        Pour les boissons, emplissez de cidre ou de bière des grosses cruches en grès et disposez-les sur la table tous les cinq convives. Alternez-les avec des flacons de vins de formes anciennes (genre Dom Pérignon), ou des aiguières, ou autres…

·        Invitez vos amis à se servir eux-mêmes.

·        Si vous en avez, posez sur cales des petits tonnelets de vin et de bière ("de garde") ; placez-les à proximité de la table, tant pour l'aspect décoratif que pour le côté pratique du service…

·        Si vous achetez votre vin dans un vinier, n'oubliez pas de le transvaser dans un récipient plus adéquat ! La dame-jeanne est moins pratique pour verser et soutirer que le tonnelet.

Pour conclure …

·        Beaucoup de recettes de nos grands-mères (civets, daubes, bourguignons, soupes paysannes, rôtis farcis, tourtes, tartes, pain-perdu, gaufres, pâtes de fruits, compotes, etc.) viennent en ligne directe de celles du Moyen Âge, il est donc très simple de préparer un repas "d'époque" satisfaisant !

·        Afin d'éviter toute fausse note déplaisante qui remettrait en cause l'authenticité de vos préparatifs, prévenez vos invités de certains interdits impératifs : n'offrez pas de café ni de thé.



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Jehanne - dans L'Alimentation
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 01:33

De ce que j'en ai lu, la pratique de la saignée repose sur les théories d'Hippocrate et de Galien (129-210), complétées entre autres par Roger de Salerne et Gilbertus Anglicus, sur les humeurs.


L'humorisme ou théorie des humeurs fut l'une des bases de la médecine antique. Mise au point d'Hippocrate à Galien, elle prédomina dans l'analyse de l'équilibre du corps humain .

Pour l'humorisme, la santé (celle de l'esprit comme celle du corps) dépend du jeu équilibré des quatre humeurs du corps :
le sang, la pituite ou phlegme [lymphe], la bile jaune et la bile noire [atrabile] qui, en correspondance analogique avec les quatre éléments de l'Univers (le feu, l'air, la terre et l'eau) déterminent, selon leur prédominance, les quatre tempéraments fondamentaux : le bilieux (chaud et sec), l'atrabilaire (froid et sec), le flegmatique (froid et humide) et le sanguin (chaud et humide).

Pour l'humorisme, le déséquilibre qu'entraîne la prédominance trop marquée de l'une de ces humeurs est la cause non seulement des maladies physiques, mais aussi des troubles psychiques.

Hippocrate rattachait chacune de ces quatre humeurs à un organe.

Le défaut ou l'excès de ces humeurs étaient donc compris comme un déséquilibre qu'il fallait rectifier selon les cas. La saignée était faite par l'ouverture d'une veine ou par l'application de sangsues sur le corps pour qu'elles sucent le sang.
On saignait les malades mais aussi, de manière préventive, les moines en bonne santé, qui se saignaient ainsi en moyenne quatre fois par an ( abbayes de Cluny, etc..). Il y avait souvent un bâtiment destiné à cet effet, appelé "maison des saignées".



Instruments pour la saignée


La pratique de la saignée paraissait autre fois bien justifiée. A l'époque où les méthodes de traitement reposaient encore sur la doctrine des 4 humeurs : le sang, la bile blanche et noire, et les sécrétions muqueuses. On tenait alors les excès de sécrétions pour la cause de fièvres et infections (au milieu du XIVe siècle on pensait que les maladies résultaient d'une hyperexcitation nerveuse. La soif, la faim, les vomissements ou la saignée devaient libérer le patient de ces excès de sécrétion, bref le rétablir d'un coup de lancette).

L'art de la saignée a connu ses heures de gloire bien avant Hippocrate au Ve siècle av. J.-C.. Au Moyen-Age, des chirurgiens (comme Badois) se spécialisèrent dans cet art du bain de sang. La saignée connut un grand succès au XVIIIe et au début du XIXe.

En temps de guerre, en 1812, la science exigeait de retirer le plus de sang possible au patient, du moins autant que sa vie n'est pas en danger, l'important étant que le sang ne s'écoule pas hors d'une blessure imposée par le médecin.

Finalement la saignée perdit de son importance. Seules les maladies comme l'apoplexie, la pneumonie, l'œdème du poumon, les accidents cardiaques promettaient d'être soignées avec succès. Avant que la saignée ne tombe en disgrâce, ou faisait s'écouler le sang de deux manières:

- La saignée généralisée était exécutée à l'aide d'un scalpel á l'endroit des vaisseaux les plus importants.
- La saignée localisée devait soulager les parties enflées des coupures de ventouses de sangsues.
La saignée était généralement abondante. De 16 à 30 onces étaient d'usage pour quiconque souffrait de "mauvaises humeurs". Une règle d'or stipulait qu'il fallait prolonger la saignée jusqu'à l'inconscience. La peau rosée du patient était alors pâle, le pouls passait d'un battement de 90 à 120, la fièvre baissait et la nervosité du patient laissait la place à un état proche de l'état de choc. Extérieurement tout cela semblait avantageux avec une seule perte de sang de l'ordre de 10% de "l'excédent sanguin" qui paraissait être la cause de la maladie. Mais avec seulement 5 litres de sang dans son appareil circulatoire, la victime devait faire face à la maladie à l'aide de son seul système immunitaire.


Les lancettes


La lancette était un couteau chirurgical à la pointe courte et large et à double tranchant aiguisé.

Les points de saignée appréciés étaient le dos de la main le bras, les protubérances osseuses, la gorge et les veines supérieures de même que les vaisseaux situés sous la langue, entre autres endroits, bien entendu.

Après avoir localisé un point de ponction, on faisait un garrot à la partie du corps menant au cœur : pendant que l'opérateur pressait avec le pouce sur l'artère en direction opposée de celle du cœur, l'artère ayant ainsi accumulé du sang il était désormais facile d'inciser en biais au scalpel sur 3mm. Un assistant récupérait ensuite le jet de sang dans un récipient plat et étroit. Lorsqu'on avait obtenu la quantité de sang voulu, on refermait la plaie par pression.

Les médecins avaient à leur disposition 4 types de lancettes au cours des siècles: toutes étaient pointues, à double tranchant et pourvues de lames droites afin d'exécuter des ponctions veineuses précises et contrôlées. On connaissait la lancette-scalpel, la lancette à angle, la lancette-pouce et la lancette à cran.

La lancette à angle est une lame à double tranchant qui se déploie à angle droit par rapport au manche.

La lancette-pouce avait une lame qui pouvait être rabattue entre les deux parties du manche et au besoin réglée par le pouce jusqu' à la position désirée.

L'idée de la lancette à cran est d'origine allemande.
On en trouve une descrïption pour la première fois en 1719.

C'était un instrument minuscule, le boîtier, la plupart du temps en cuivre, en fer blanc, en alliage d'argent, faisant juste 4 x 1,5 cm. Ce type de lancette était très apprécié en Allemagne, en Hollande et en Amérique, alors que les Britanniques et les Français préféraient les lancettes-pouce. Même si la lancette à cran nécessitait moins d'habileté, elle était difficile d'entretien et, de plus, un nid à bactéries.

La lame est sous tension: la lancette apparaît sous un petit levier, tendu à l'aide d'un ressort.


Récipients destinés á recueillir le sang


Certains récipients étaient munis d'anneaux fixés aux parois intérieures afin de déterminer avec précision la quantité de sang recueilli. On utilisait souvent aussi un quelconque récipient domestique se trouvant à portée de main. Il n'est toujours pas prouvé que les récipients utilisés par les disciples de Badois, avec leur forme incurvée pour le cou du patient, étaient vraiment utilisés pour la saignée.


Ventouses


La succion était un prolongement de la saignée. Un moyen de faire circuler sous la peau un surplus de sang dans les zones à problème plus profondes. Un pot de verre chauffé, ou encore un pot de zinc ou de corne, intensifiait la circulation sanguine par création d'un vide sur la peau, l'air chaud se refroidissant. La peau devenait rouge et s'attachait au pot par effet de ventouse. Aussitôt que le "mauvais" sang affleurait, on laissait la place à l'air en inclinant le pot et en l'écartant avec précaution de la peau.

Ce procédé a très probablement son origine dans la succion du sang de plaies contaminées. On trouve même certains pots dont on chassait l'air avec l'aide de la bouche au lieu de les chauffer.

Comme d'ailleurs, la saignée elle-même, cette technique elle aussi de l'Antiquité. Elle connut également ses heures de gloire aux XVIIe et XVIIIe siècles.


Les Grecs et les Romains préféraient des pots de métal, comme le firent d'ailleurs aussi les chirurgiens militaires sur les champs de bataille. Au XIVe siècle, et peut-être même avant, on utilisait des pots de corne légèrement curvilignes et souvent appliqués par groupe de trois.

Les pots de verre étaient de loin les plus répandus du XVIIe au XVIIIe siècles. On finit par ne plus réaliser de pots soufflés mais fondus. Sur le verre on pouvait lire la marque du fabricant. De 1840 à 1880, le rebord épais (suffisamment pour éviter les blessures dues à la pression du vide) était constitué d'un "anneau" de verre fondu ajouté. A partir de 1870 l'anneau du rebord ne faisait qu'un avec le pot. La jointure était réalisée directement, sans transition. Ces pots de verre étaient habituellement vendus par paquets de 3 ou de 6.

L'usage des ventouses était aussi conseillé dans les traitements anti-infectieux au même titre que les compresses de bouillie irritantes et les fers chauffés à blanc destinés à brûler la peau. En créant un nouveau foyer d'infection on espérait dévier le sang des parties malades et congestionnées. Les articulations atteintes, les maladies de poitrine comme la toux ou l'insuffisance respiratoire, mais aussi les maux de tête, de gorge, les crampes, l'idiotie, les crampes généralisées et bon nombre d'autres maux sont rapidement devenus des domaines privilégiés du traitement par ventouses.



Pose de ventouses avec écoulement sanguin


La pose de ventouses à sec garantissait une irrigation sanguine d'une partie limitée du corps sans blesser. Le sang était mobilisé et dévié mais pas prélevé. Cet autre pas en avant pour une meilleure santé était la tâche de la lancette. On effectuait plusieurs incisions parallèles après avoir dilaté les vaisseaux par application d'une éponge trempée. Il s'en suivait une pose de ventouse afin de faire affleurer le sang par les vaisseaux minuscules à la surface de la peau. On "récoltait" ainsi généralement de 3 à 5 onces de sang par pot.

La ventouse à lames

La ventouse à lames était un remède plus doux. Elle connut ses premiers succès au début du XVIIe siècle. En appuyant sur la détente, plusieurs lames se mettaient en position d'inciser la peau, en une fois et simultanément. Jusqu'au début du XVIIIe siècle ces lames étaient pointues. Par la suite on les agrandit et on les courba. Elles étaient le plus souvent au nombre de 12, mais on en trouvait aussi 6 ou 20.

Les anciens boîtiers étaient de forme carrée et les modèles allemands restèrent inchangés durant tout le XVIIIe siècle. Vers 1790 on préférait les boîtiers octogonaux des Anglais et des Américains. Les boîtiers de forme ronde, souvent d'origine française, étaient d'usage entre 1850 et 1900. Certains instruments étaient encore vendus après 1900, mais leur usage avait d'ores et déjà, et secrètement, pris une retraite bien méritée.


La sangsue

La réponse de la nature à la folie de la saignée. Toutes les sangsues de la famille des Hirudéniers et phylum Annelia n'étaient pas propres à la prise de sang localisée. La plupart se nourrissait de charogne, d'escargots et de glèbes. Vers 100 av. J.-C. des médecins Syriens utilisèrent une sangsue médicinale (Hirudo medicinalis), afin de faire aspirer le mauvais sang des patients. Cette espèce passe les six années de sa vie dans les eaux douces stagnantes et peu profondes d'Europe. A partir de 3 à 6 cm on les reconnaît à leur couleur vert olive typique bigarrée de quatre lignes jaunes, séparées en leur milieu par un trait noir.
Les Grecs et les Romains poursuivirent ce type de traitement et au Moyen-Age les médecins employaient quotidiennement les sangsues. En fait le mot leech (en anglais : sangsue) provient du mot anglais médiéval "leche" qui était employé comme synonyme de médecin. Les colons d'Amérique du Nord trouvèrent dans leurs eaux la "Macrobdella decora" qui peut atteindre jusqu'à 16 cm de longueur avec cependant une bien moins grande soif de sang que sa collègue européenne. Pour prélever une once de sang il fallait six exemplaires américains alors que pour le cousin européen c'était un jeu d'enfant de prélever cette quantité tout seul.


Pour mieux placer les sangsues

La sangsue se place à un bout à l'aide d'une ventouse au milieu de laquelle trois dents bien aiguisées sont capables de laisser une plaie en forme de triangle dans la peau de la victime. Une fois qu'elle a mordu son hôte, la sangsue injecte de l'hirudine, un anticoagulant, afin de s'assurer un repas bien liquide. La sangsue était utile lorsqu'on désirait prélever du sang dans des parties du corps difficile d'accès comme la cavité buccale, l'œsophage, les zones oculaires, l'intestin grêle ou encore le vagin. On pouvait inciter la sangsue à mordre la partie désirée en enduisant cette dernière d'un peu de sang ou d'eau sucrée. Placée dans un entonnoir que l'on appliquait sur la partie du corps infectée ou l'hématome (un œil au beurre noir, par exemple), le ver rampait jusqu'à sa cible pour ensuite s'y accrocher. Afin d'éviter tout déplacement inutile de la sangsue à l'intérieur d'une cavité corporelle, on utilisait ce que l'on appelle des petits tuyaux à sangsues, dans lesquels on limitait l'activité de la sangsue au seul emplacement où devrait s'effectuer la saignée. Lorsque la sangsue était pleine et repue, elle se laissait tomber et, les mois suivants, ne manifestait plus aucun intérêt pour la nourriture.


Sources :
extraits du livre "Avis au peuple sur sa santé" écrit par le médecin suisse Simon-André TISSOT (1728-1797)



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Jehanne - dans La Médecine
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 01:18

Dictons du Moyen Age

 

C'est une autre paire de manche

 

sens : C'est une autre affaire.
Au Moyen Âge, les manches des vêtements n'étaient pas cousues de manière définitive, mais simplement ajustées au dernier moment. Les dames pouvaient, en signe d'attachement, remettre leur manche à leur chevalier qui l'arborait alors à sa lance ou à son écu lors des tournois.
Ce gage amoureux est devenu symbole d'engagement au point qu'on en ait oublié son origine aristocratique et galante.

 

Champion

 

A l'origine, un chevalier se battait en champ clos pour défendre une cause.
La justice du Moyen Âge admettait l'épreuve des armes. L'accusé pouvait provoquer en duel son accusateur : Dieu faisait triompher l'innocent. Lorsque l'accusé, malade, trop jeune ou trop vieux, n'était pas en mesure de se battre lui-même, ou si c'était une femme, il pouvait se faire représenter par un champion.

 

Chercher noise à quelqu'un

 

Quereller quelqu'un souvent pour peu de chose.
Noise signifiait jadis : querelle bruyante, dispute.
Aujourd'hui, le mot noise ne subsiste que dans cette expression.

 

Chevalier

 

A l'origine, les chevaliers n'étaient que de simples combattants, parfois mercenaires, assez forts ou assez riches pour avoir un cheval. Leur prestige était essentiellement militaire.
A partir du XIe siècle, ces guerriers commencent à constituer une classe sociale, unie par une même manière de vivre. Pour éviter les guerres continuelles, les abus de pouvoir et canaliser la violence de ces combattants souvent frustes, l'Église met en place les règles strictes du code chevaleresque. Le chevalier, dont les armes ont été bénies, doit obéir à Dieu et à son devoir, protéger les faibles, aider son prochain...

 

Convoquer le ban ou l'arrière-ban, publier le ban

 

S'adresser à tous ceux dont on espère l'aide. A l'origine, le ban était une proclamation du seigneur, une défense ou un ordre. Le suzerain avait le droit de mobiliser, en cas de besoin, ses hommes mais aussi ceux de ses vassaux. Il convoquait alors le ban et l'arrière-ban. On publie encore le ban dans les église pour un mariage.

 

Une cotte mal taillé

 

Estimation approximative, compromis qui ne satisfait personne.
La cotte (qui s'écrivit longtemps cote) était au Moyen Âge une tunique qui, si elle était mal taillée, ne convenait à personne.
La cote est un impôt de la fin du Moyen Âge. Lorsqu'elle était taillée, elle signifiait établie, répartie entre les contribuables.

 

Un coup de Jarnac

 

Sens : Traîtrise, coup bas inattendu.
Lors d'un duel entre Guy Chabot, comte de Jarnac, et François de Vivonne favori du roi Henri II, Jarnac entailla inopinément et traîtreusement le jarret de son adversaire. Le roi pardonna au comte, car celui-ci avait tout de même préservé la vie de Vivonne. Ce dernier, rageur et honteux, arracha les bandages protégeant sa blessure et en mourut trois jours plus tard.

 

La Cour des Miracles

 

La Cour des Miracles était située dans le quartier des Halles à Paris. Ce n'est que sous Louis XIV que la police en viendra à bout. Repaire des brigands, des faux estropiés qui mendiaient dans les rues, elle doit son nom à la magie qui le soir faisait retrouver aux infirmes l'usage de leurs membres.

 

Courtois

 

Les chevaliers du Moyen Âge l'étaient ; aimables, polis, raffinés dans leur parure et leur langage et aussi leurs sentiments. Ils considéraient leur dame comme une maîtresse toute-puissante dont les désirs étaient des ordres. Pour lui plaire, ils surmontaient toutes sortes d'épreuves, physiques et morales, dont la patience n'était pas la moindre.
A l'origine, courtois signifie qui vit à la cour.

 

Crier haro sur quelqu'un

 

Crier haro sur quelqu'un signifie manifester énergiquement sa réprobation, l'accuser et réclamer un châtiment pour la personne en question. "Haro! Haro!" était le cri que l'on entendait lorsqu'un badaud se faisait couper sa bourse ou un chevalier arracher son manteau.

 

Croquer marmot

 

Sens moderne : Attendre, faire le poireau en se morfondant.
Sens ancien : Croquer voulait dire "frapper". Et croquer le marmot signifiait cogner avec impatience le heurtoir de la porte. Alors cela n'a rien à voir avec un Ogre qui voudrait manger un petit enfant (croquer un marmot) où une marmotte qui serait fort difficile à croquer je l'avoue

 

Dans son for intérieur

 

Le forum désignait la place publique. Au Moyen Âge, le mot pris le sens technique de juridiction et surtout juridiction ecclésiastique (pouvoirs de l'Église, en matière de justice, et leur étendue.) On distinguait le for intérieur (l'Église pouvait sanctionner les fautes commises par le biais de la confession et des pénitences), du for extérieur (toutes les affaires touchant à la religion, de près ou de loin, étaient jugées par des tribunaux ecclésiastiques). La distinction changea peu à peu de sens avec les siècles : for intérieur étant notre conscience qui nous juge, le for extérieur, les institutions, juges et tribunaux.

 

De bon aloi

 

Sens moderne : de bonne qualité.
Sens ancien : Une pièce d'or ou d'argent devait être de bon "aloi". Ce mot provient en fait du verbe "aloyer", forme ancienne du verbe "allier" : l'aloi est donc l'alliage d'une pièce, c'est à dire la proportion de métal précieux qu'on y retrouve. À l'époqe médiévale chaque ségnieur pouvait frapper monaie et pour s'assurer qu'une pièce était "de bon aloi", on pouvait la faire "sonner" sur une surface dure : le son rendu permettait au banquier de distinguer une fausse pièce d'une vraie. Mais beaucoup plus sûr était l'usage du "trébuchet", petite balance de précision pour peser les monnaies. D'où l'expression "espèces sonnantes et trébuchantes".

 

Decouvrir le pot aux roses

 

Sens : découvrir le fin mot de l'histoire, le secret, la réalité cachée.
Expression très ancienne dont on ne connaît pas la véritable histoire.
Soit pot à fard à joues : Le trouver suppose qu'on connaisse bien la femme qui le possède et qu'elle n'ait plus de secret à cacher.
Soit essence de rose - produit rare et précieux dont les parfumeurs auraient soigneusement dissimulé les procédés de fabrication. Le pot aux roses serait l'appareil permettant de distiller ce parfum de luxe.
Soit une poudre produite par les alchimistes au cours de l'une de leurs opérations. Ici, le pot aux roses serait la cornue alchimique, objet bien caché s'il en fut.

 

D'estoc et de taille

 

Sens : De la pointe (estoc) ou du tranchant (taille ou taillant), c'est-à-dire en se battant.
Frapper d'estoc et de taille signifiait donc se battre avec acharnement, en portant tous les coups possibles. En moyen français, l'expression fut utilisée de manière imagée, parfois en dehors de tout contexte belliqueux, pour dire de quelque manière que ce soit, par tous les moyens.

 

Dieu reconnaîtra les siens

 

Lors de la croisade contre les cathares, des hérétiques du sud de la France, le légat du pape Arnaud Amaury se présente devant Béziers le 22 juillet 1209., L'assaut est donné par l'armée. La ville tombe et Arnaud Amaury commande à ses hommes, qui ne savaient comment reconnaître les bons chrétiens des hérétiques : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"
Mot historique devenu proverbe, on l'emploie chaque fois qu'un châtiment frappe indifféremment innocents et coupables.

 

Élevé sur le pavois

 

Sens : mettre sur le trône, désigner comme roi et au sens figuré, mettre en honneur, faire grand cas de quelque chose.
Allusion aux Francs qui avaient coutume, après avoir choisi leurs rois, de les porter en triomphe sur de larges boucliers, appelés pavois.
Pavois vient de Pavie, en Italie, ville où auraient été fabriqués les premiers de ces boucliers.

 

Entrer en lice

 

Sens : s'apprêter à combattre, s'engager dans une compétition, intervenir dans un débat.
Les lices étaient les espaces clos où avaient lieu les tournois à proximité des châteaux. La cour intérieure de ceux-ci était souvent exiguë et toujours encombrée de petits bâtiments: écuries, chenil, four, puits...

 

Espèces sonnantes et trébuchantes

 

Au Moyen Âge, l'aloi était la proportion d'or ou d'argent contenue dans une pièce de monnaie. Aujourd'hui, de bon ou de mauvais aloi signifie de bonne ou de mauvaise qualité.
Lorsqu'elles sonnaient, elles étaient de bon aloi car elles rendaient un son vif et plaisant; trébuchantes, parce qu'on pouvait en vérifier le poids à l'aide d'une petite balance encore appelée trébuchet.

 

Être grand clerc

 

Sens : être très savant, lettré.
Les membres du clergé étaient les seuls, ou presque, à posséder le savoir. Ils consultaient les manuscrits conservés dans les monastères. Les écoles se trouvaient dans les abbayes et pour s'instruire, il fallait bien souvent entrer dans les ordres.
Beaucoup de clercs se mariaient et n'entretenaient avec l'Église que des rapports lointains. Ils portaient la tonsure, signe de leur état.
Au XVIIe siècle, le mot clerc se teinte d'ironie, et l'expression être grand clerc signifie : un homme qui fait le savant.

 

Être sur la sellette

 

Sens : être exposé au jugement d'autrui, à la critique ou se trouver en position délicate.
La sellette était le petit banc de bois sur lequel s'asseyait l'accusé interrogé par ses juges. Le siège était très bas pour des raisons psychologiques et symboliques. L'accusé se trouvait dans une posture tout à la fois inconfortable et humiliante.

 

Faire amende honorable

 

Sens : présenter ses excuses, reconnaître qu'on a eu tort.
Au Moyen Âge, à l'époque où peu de gens savaient écrire tout entente se joue sur la parole donnée, sur l'honneur engagé, bref la réputation. Ainsi celui qui commet un crime, manque à sa parole envers son Dieu, son pays, son roi, doit rétablir son honneur en tout premier lieu en amendant celle-ci. Amende honorable prends donc sens de laver son nom en avouant la vérité et demandant pardon à tous. Une faute avouée étant à moitié pardonnée, l'amende honorable pouvait être accompagnée de châtiments publics afin qu'ils servent d'exemples. Les hérétiques ou ceux qui étaient accusés de sorcellerie, étaient condamnés à reconnaître solennellement leurs fautes "faire amende honorable" avant d'être brulé vif. Avec le temps laver son honneur devint moins à la mode et on ne conserva que l'amende moins honorable, c'est à dire celle en €.

 

Faire bonne chière

 

Sens : bien manger.
En ancien français, chière désignait le visage. Faire bonne chière devenait donc faire bonne mine à quelqu'un, l'accueillir aimablement.

 

Faire des gorges chaudes

 

Sens : se moquer méchamment, avec joie et devant beaucoup de gens.
Au Moyen Âge, les gorges chaudes étaient les petits animaux (souris, mulots) que l'on donnait vivants à l'oiseau de proie.

 

Faire grève

 

Sens : Cesser volontairement le travail pour obtenir des avantages.
A Paris, les ouvriers sans travail se réunissaient sur la place de Grève, le long de la Seine et attendaient une éventuelle offre d'embauche.

 

Faire la nique à

 

Sens : se moquer de quelqu'un, le narguer.
Au Moyen Âge, nique indiquait un signe de mépris qui consistait à lever le nez en l'air avec impertinence.

 

S'en foutter comme en l'an quarante

 

Sens : Considérer une chose ou un événement comme sans importance et en sourire.
Cette expression tire probablement son origine d'une expression utilisée depuis les Croisades : "S'en moquer comme de l'Alcoran (le Coran)". Autre explication, la fin du monde aurait été prévue pour l'an 1040. Cette date fatale passée, les gens ne firent qu'en rire et se moquèrent de leurs anciennes angoisses.

 

Faire le Jacques

 

Sens : se conduire stupidement, faire l'idiot.
Jacques était le nom donné à l'idiot du village et Jacques Bonhomme, celui du paysan, considéré traditionnellement comme lourd et nigaud. L'expression fait donc aussi allusion à la prétendue bêtise des paysans.

 

Faire Ripaille

 

Sens : faire bonne chère, mener joyeuse vie.
Avant de devenir pape en 1439, le duc de Savoie Amédée VIII s'était retiré au prieuré de Ripaille pour se faire ermite. Lui et ceux des seigneurs de sa cour qui l'avaient suivi n,avaient d'ermite que le nom, car ils négligèrent complètement, pendant tout le temps de leur résidence, de se livrer aux austérités du cloître. Tous ceux qui étaient admis dans ce séjour de plaisirs, disent les biographes, étaient logés avec magnificence ; les mets les plus exquis couvraient leur table : ils vivaient plus en honnêtes épicuriens qu'en véritables ermites. Ils portaient néanmoins ce nom, parce qu'ils avaient exclu les femmes de leur société et qu'ils laissaient croître leur barbe comme les capucins. Leur habit était moins rude que celui de ces religieux ; c'était un drap gris très-fin, un bonnet d'écarlate, une ceinture d'or et une croix au cou de la même matière. Amédée jouissait d'un repos voluptueux dans cette maison de délices et de mets princiers faisant ainsi bombance et bonne ripaille.

 

Gagner ses éperons

 

Obtenir une situation plus élevée, prendre du galon.
Lors de son adoubement, le nouveau chevalier recevait les armes, signes de son état : l'épée et les éperons symboles de son rôle de guide et de chef.

 

Garnement

 

A l'origine, garnement signifie tout ce qui peut offrir une protection : vêtement, équipement et même forteresse. A la fin du Moyen Age, le mot évolue dans le sens de souteneur. Aujourd'hui, de mauvais garçon, le garnement désigne maintenant un enfant, un adolescent. On connait surtout l'expression dans méchant garnement.

 

Gresser la patte

 

Sens : donner illégalement de l'argent à quelqu'un pour obtenir quelque chose.

 

Un gringalet

 

Sens : homme ou garçon un peu chétif.
Ce mot viendrait d'un vieux mot suisse signifiant "minus, demi-portion".
 
Jeter aux oubliettes

 

Les oubliettes étaient les cachots souvent aménagés dans le sous-sol des donjons. Les seigneurs peu scrupuleux oubliaient parfois ceux dont ils voulaient se débarrasser.
Aujourd'hui, on jette aux oubliettes les projets de réformes ou les bonnes résolutions qui ne voient jamais le jour.

 

Jeter le gant

 

Au Moyen Âge, le gant avait une forte valeur symbolique. Il représentait le seigneur lui-même et son pouvoir. Le vassal remettait en signe d'hommage son gant droit à son suzerain. Un chevalier qui en défiait un autre au combat lui jetait son gant. Le relever signifiait que l'on acceptait de se battre. Aujourd'hui, l'expression signifie lancer, accepter un défi.

 

Jugement de Dieu

 

Au Moyen-Age, quand les lois n'étaient pas toujours claires, les juges pas toujours intègres et les moyens d'exécution pas toujours efficaces, on s'en remettait souvent au "Jugement de Dieu".

 

L'accusé pouvait, par exemple être tenu de tremper la main dans l'huile bouillante en jurant qu'il était innocent, tout en devant la ressortir intacte. Ou encore, les parties pouvaient régler leur différend dans un combat à la lance ou en chevalerie. Dieu alors était supposé prendre fait et cause pour la justice et faire triompher celui qui avait raison.

 

Jurer comme un templier

 

Sacrer comme un chartier ou comme un templier.
L'ordre des Templiers fut fondé au XIIe siècle pour assurer la garde des lieux saints et la protection des pèlerins. Les chevaliers du Temple étaient des moines-soldats. Néanmoins, les mœurs militaires semblent l'avoir emporté sur les vertus monastiques.
L'ordre des Templiers devint aux XIIIe et XlVe siècles si riche et si puissant qu'il suscita bien des jalousies. En particulier celle du roi Philippe le Bel, qui fit abolir et disperser l'ordre.

 

Laid comme les sept péchés capitaux

 

Les sept péchés capitaux sont l'orgueil, l'avarice, l'envie, la gourmandise, la luxure, la colère et la paresse ainsi nommés parce que sources de tous les autres péchés. Ils étaient souvent représentés par des figures contrefaites sur les murs des cathédrales.

 

L'habit ne fait pas le moine

 

Un des plus anciens proverbes de la langue française.
Sens : il ne faut pas se fier aux apparences qui sont souvent trompeuses.
Les gens du Moyen Âge avaient horreur du mensonge et de l'hypocrisie. Chacun devait avoir l'air de ce qu'il était vraiment. Les costumes indiquaient de façon précise le rang social de chacun. Les femmes ne pouvaient porter des vêtements d'homme, vice et versa.

 

Les loups-garous

 

Présents déjà dans l'Antiquité, (voir Pétrone et son Satiricon), la croyance arriva jusqu'au Moyen Âge et se répandit d'autant plus que les loups devinrent très nombreux. Les versipelles prirent le nom de loups-garous, garou signifiant à lui seul homme-loup. Il apparaît dans de nombreux contes modernes, signataire d'un pacte avec le diable, et profitant de l'impunité que lui assure son apparence animale pour assouvir ses mauvais instincts.

 

Malin comme un singe

 

Au Moyen Âge, malin signifiait "mauvais, méchant", c'était, comme aujourd'hui encore, un des noms du diable. Le singe que l'on trouvait très laid passait pour un animal diabolique. Vers la fin du XVIIIe siècle, l'adjectif malin prit le sens que nous lui connaissons : astucieux, futé, réhabilitant ainsi les pauvres singes.

 

Un méchant garnement

 

A l'origine, garnement signifie tout ce qui peut offrir une protection : vêtement, équipement et même forteresse. A la fin du Moyen Âge, le mot évolue dans le sens de souteneur. Aujourd'hui, de mauvais garçon, le garnement désigne maintenant un enfant, un adolescent.

 

Merci

 

Au Moyen Âge, merci signifiait "grâce, pitié" de là les expressions :
Crier, demander merci - le chevalier vaincu reconnaissait sa défaite et implorait la pitié du vainqueur.
Être à la merci de: être au pouvoir de quelqu'un de telle manière qu'il soit libre de vous accorder sa grâce ou de vous la refuser.
Dieu merci! : par la grâce, la faveur de Dieu.
Sans merci : impitoyable (littéralement : sans que l'un des partis en présence puisse demander merci).

 

Mettre Flamberge au vent

 

Invitation ironique à tirer l'épée et à se jeter dans la bataille sans réfléchir. À l'époque des chansons de geste, il y avait quatre vaillants chevaliers : les Quatre Fils Aymon. L'aîné des quatre frères s'appelait Renaud de Montauban. Il possédait une épée prestigieuse, Froberge, aussi redoutable que Durandal, celle de Roland. Au cours des siècles, le nom de Froberge devint un nom commun et s'altéra en flamberge, sans doute sous l'influence des mots flamme, flamboyer, etc. L'expression n'est plus utilisée aujourd'hui qu'ironiquement principalement pour se moquer des démonstrations spectaculaires d'héroïsme.

 

Mettre la table

 

Expression quotidienne qui nous est familière mais incorrecte. Il faudrait dire "mettre le couvert", puisque nos tables ne voyagent plus dans la maison. Au Moyen Âge, les pièces n'avaient pas, comme aujourd'hui, des fonctions très distinctes et la même salle pouvait servir de pièce commune, de salle à manger et de chambre. Aussi, le plus souvent, on " mettait la table " à l'heure des repas, c'est-à-dire que l'on apportait une grande planche et des tréteaux. D'où l'usage, chez les seigneurs, de belles nappes destinées à cacher la pauvreté du mobilier.

 

Mettre en rang d'Oignon

 

Sens : plusieurs personnes qui sont rangées sur une même ligne.
Rien à voir avec le jardinage et avec les plants d'oignons soigneusement rangés ! L'expression vient en fait d'un grand maître de cérémonies à la cour de Henri II de Valois, Artus de la Fontaine Solaro, baron d'Oignon et seigneur de Vaumoise, qui assignait leurs places aux seigneurs. Il avait coutume de s'écrier : "serrez vos rangs, Messieurs, serrez vos rangs"... et les seigneurs de se moquer des rangs d'Oignon.

 

Mettre sa main au feu

 

Affirmer énergiquement quelque chose, au point d'y risquer sa main rappelant les lointains jugements de Dieu de l'époque médiévale. Lorsqu'un accusé ne pouvait faire la preuve de son innocence, il pouvait être plongé dans l'eau, pieds et poings liés. S'il surnageait, c'était que l'eau - élément pur et béni de Dieu - le rejetait. S'il coulait comme une pierre, il était innocent... mais parfois noyé! On pouvait également lui plonger la main dans l'eau bouillante, ou le faire saisir un fer rouge. Innocent, Dieu le protégeait et il sortait indemne de l'épreuve. Le plus souvent, il suffisait que la victime guérisse vite ou survive quelques jours pour qu'elle soit - un peu tard! - innocentée.

 


D'un air à la fois satisfait et mécontent ou à la fois sérieux et plaisant. A l'origine, il devait s'agir de "mêlé de bon et de mauvais".

 

Monter sur ses grands chevaux

 

Se mettre en colère et parler avec autorité, prétention. C'et être prêt à se faire faire raison avec l'épée et la lance.

 

Partir en croisade

 

Le Moyen Âge a vu de nombreuses croisades, les départs furent presque ininterrompus pendant plus de deux siècles. Une foule immense, composées de chevaliers et d'hommes de guerre, d'artisans, de paysans, de moines et de pèlerins de toutes conditions se mirent en route, poussées par la foi et l'enthousiasme. Parfois aussi par l'attrait du pillage! Aujourd'hui, ceux qui partent en croisade n'ont plus à parcourir des milliers de kilomètres. Mais il leur faut souvent beaucoup de courage pour se lancer dans des luttes difficiles en faveur de causes justes. Les journaux parlent ainsi souvent, d'une manière à peine imagée, de croisades contre la drogue ou contre la misère.

 

Payer en monaie de singe

 

Jadis, le pont qui relie l'île de la Cité à la rue Saint-Jacques, dit Petit Pont (il porte encore ce nom aujourd'hui), était payant. Mais les jongleurs qui exhibaient des singes savants étaient dispensés du péage à condition qu'ils fassent leur numéro devant le péager. Aujourd'hui, payer en monnaie de singe (on dit aussi payer en gambades) signifie payer en plaisanteries et grimaces, payer de paroles, voire en fausse monnaie. La réputation du singe, habile imitateur de l'homme, n'est sans doute pas étrangère à ce dernier sens.

 

Pays de cocagne

 

L'ordinaire des repas au Moyen Âge se compose souvent de pain, de légumes. Même le porc reste un luxe réservé aux grandes occasions. Seuls les seigneurs et les bourgeois goûtent aux viandes rôties, aux plats en sauce richement épicés, aux sucreries. Le pays dénommé Cocagne était celui où chacun aurait eu de tout en abondance.

 

Pile ou face

 

Sous le règne de Saint-Louis, on comptait encore dans le royaume plus de quatre-vingts seigneurs particuliers qui avaient le droit de battre monnaie. Mais il n'y avait que le roi qui eut le droit de faire frapper des pièces d'or ou d'argent. Sur l'une des faces de la monnaie royale, il y avait une croix, et sur l'autre, des piliers, ce qui a fait que, longtemps, les côtés des monnaies se sont nommées croix ou pile. Par la suite, les rois français décidèrent de faire figurer leur propre face à la place de la croix, et leurs armes et la valeur de la pièce de l'autre. Mais le mot pile est resté pour un côté et face pour l'autre.

 

Pluevoir des hallebardes

 

L'expression, à défaut d'eau, a fait couler beaucoup d'encre! On croyait jadis que la forme et la trajectoire de grosses gouttes de pluie avaient pu évoquer ces longues armes de la fin du Moyen Âge que sont les hallebardes. Il existe cependant une autre piste, plus savante. Au XVIe siècle, en argot, le mot "lance" désignait l'eau. De la lance à la hallebarde, il n'y avait qu'un pas qui fut peut-être franchi, un jour de pluie, par un pertuisanier facétieux.

 

Une poire d'Angoisse

 

L'objet était à l'origine une poire de fer que l'on introduisait dans la bouche d'un prisonnier pour l'empêcher de parler. Mais cette sorte de bâillon, qui maintenait très écartées les mâchoires de la victime, était en fait un véritable instrument de torture et les malheureux étaient donc forcés d'obéir s'ils voulaient être délivrés et ne pas mourir de faim. De nos jours, heureusement, les poires d'angoisse ne sont plus utilisées que sous la forme d'image pour désigner de vives contrariétés.

 

La pomme d'Adam

 

Adam put résister à la tentation et mordit goulûment dans le fruit de l'Arbre du Bien et du Mal. Un morceau lui en resta en travers du gosier, et l'on peut encore le voir aujourd'hui chez tous ses descendants : c'est la pomme d'Adam, appelée de nos jours saillie du cartilage thyroïde.

 

Pousser des cris de Mélusine

 

Mélusine, comme toutes les fées, était d'une rare beauté, mais avait été condamnée, à la suite d'une terrible malédiction, à se transformer en serpente tous les samedis. Elle voulut néanmoins vivre la vie et les bonheurs d'une simple mortelle et pour cela offrit sa main à Raimondin, un jeune chevalier du Poitou. A ce mariage, la fée ne posa qu'une condition: jamais son époux ne chercherait à la voir le samedi. Raimondin consentit à tout et le mariage fut célébré. Très vite, Mélusine apporta à son mari une immense prospérité, elle fit construire de superbes châteaux et lui donna dix fils. Tout allait pour le mieux entre les époux, bien qu'après de nombreuses années l'inévitable se fût produit. Poussé par la curiosité, Raimondin avait épié sa femme et surpris son secret. Mais il avait gardé le silence et Mélusine feignait d'ignorer son indiscrétion. Or, un jour, un des fils de Mélusine et de Raimondin, Fromont, voulut devenir moine. Cette décision rendit furieux son frère Geoffroi à la Grande Dent (ainsi nommé car l'une de ses dents était démesurée, le faisant ressembler à un sanglier). Il mit le feu au monastère, faisant ainsi périr Fromont et de très nombreux moines. La douleur de Raimondin n'eut d'égale que sa colère. Quand Mélusine apparut dans la grande salle du donjon, en larmes, devant tous leurs vassaux, il la traita de sale serpente, de qui rien ne pouvait sortir que de mauvais. L'interdit était violé. Dans la consternation générale, la fée reprit aussitôt sa forme surnaturelle et disparut en poussant des cris lamentables. Elle ne revint jamais. Mais à Lusignan, dans le Poitou, on raconte qu'à chaque fois qu'un malheur allait frapper sa famille, Mélusine l'annonçait par ses cris. Des cris de Mélusine sont donc des cris perçants, semblables à ceux que pousse la fée quand elle revient hanter son château.

 

Prendre des vaissies pour des lanternes

 

Quoique de forme voisine, une lanterne et une vessie sont néanmoins des objets fort différents et les confondre est depuis longtemps considéré comme la pire des méprises. (Les vessies dont il est question ici sont des vessies de porc: gonflées d'air, elles pouvaient servir de ballons ou bien, vides, de sacs étanches.) L'expression est ancienne, puisqu'on la trouve dès le XIIIe siècle. Il s'agissait d'un calembour : en ancien français, vessie et lanterne avaient à peu près le même sens figuré : une lanterne était un conte à dormir debout et une vessie une chose creuse, une bagatelle. La sottise de celui qui prend des vessies pour des lanternes n'est donc pas de confondre deux objets très différents, mais d'accepter une ânerie plutôt qu'une autre !

 

Promettre monts et merveilles

 

Faire des promesses mirifiques. Au cours du temps, on a dit aussi promettre la lune, chiens et oiseaux, plus de beurre que de pain... L'origine de cette expression n'est pas anecdotique. Aucun conquérant n'a jamais promis à ses troupes de merveilleux royaumes au-delà des monts. Comme le fit le général carthaginois Hannibal, qui fit espérer à ses soldats, du haut des Alpes, la possession de Rome. On disait, au Moyen Âge, de quelqu'un qui promettait monts et merveilles, qu'il promettait les monts et les vaux (c'est-à-dire les vallées). Dans la suite des temps, par un goût pour la répétition, typique de l'ancien français, l'image a été oubliée et les merveilles ont pris la place des vaux, renforçant ainsi le sens du mot mont, au lieu de le compléter comme précédemment. L'ancien français adorait ces couples de mots, de sonorités voisines et de sens proches. Curieusement, beaucoup nous sont parvenus: bel et bien, sain et sauf, sans foi ni loi, sans feu ni lieu, tout feu tout flamme...

 

Prud'hommes et prudes

 

De nos jours, le prud'homme est membre d'un tribunal constitué de représentants des salariés et des employeurs et chargé de régler les conflits du travail. Le mot avait jadis une signification bien plus large. Un prud'homme était un homme preux, c'est-à-dire plein de valeur. Mais cette valeur n'était pas seulement militaire. Un ermite pieux, un bourgeois honnête et avisé, un vieux et sage chevalier étaient des prud'hommes. Un chevalier courageux mais écervelé ne méritait pas ce titre. L'équivalent féminin du prud'homme était la prudefemme.

 

Qui va à la chasse perd sa place

 

La "chasse" est un point particulier du jeu de paume. Lorsque cette chasse est obtenue les joueurs changent de côté. Le joueur au service... "perd sa place" favorable. L'origine de cette expression ayant été oubliée, elle a pris par la suite le sens qu'on lui connait.

 

Renard

 

Au début du Moyen Âge, le petit animal roux que nous connaissons sous le nom de renard s'appelait encore goupil, du latin vulpes.
Or vers 1170 - 1180, commencèrent à paraître des récits racontant les aventures d'un certain Renart, goupil de son état. Ce Renart était un petit baron, sujet du roi Noble, le lion, et parent du loup Ysengrin. Chétif et menu, il compensait sa faiblesse physique par une ruse quasi démoniaque. Il n'y avait pas d'animal qui n'eût à se plaindre de lui! Le roi lui-même était sa victime, mais son souffre-douleur favori restait le gros et fort Ysengrin.
Une fois, Renart exigea sa peau pour réchauffer le roi malade. Une autre fois, il le fit pêcher dans un étang gelé où le pauvre loup laissa sa queue. Une autre fois encore, il le fit tomber dans un puits. Bref, il le trompait, l'humiliait de toutes les manières. Et Renart, comme nos héros modernes, sortait toujours vivant des situations les plus délicates.
Le succès du Roman de Renart fut immense. Du XVe siècle à la fin du Moyen Âge, chacun se délecta des méchants tours du goupil. Les paysans se racontaient ses aventures à la veillée et retrouvaient avec plaisir dans ces récits leur vie quotidienne. Les seigneurs écoutaient les mêmes contes de la bouche des jongleurs qui allaient de château en château. Et les plus savants, les clercs, lisaient eux-mêmes dans les manuscrits les mille et un tours de Renart.
La popularité du personnage fut telle que petit à petit tous les goupils furent appelés Renart (mot que nous écrivons aujourd'hui avec un "d").

 

Rester sur le carreau

 

Le sol d'un jeu de paume était autrefois constitué de carreaux, qui auraient donné le nom au sol même du jeu. L'expression "rester sur le carreau" est devenue symbole de la chute de l'adversaire. Soit qu'il tombe en voulant rattraper la balle, soit simplement qu'il perde la partie.

 

Revenons à nos moutons

 

Expression que l'on utilise lorsqu'on souhaite ramener au vif du sujet une conversation qui s'égare. L'expression est empruntée à la Farce de Maître Pathelin, une comédie du XVe siècle qui connut un très grand succès.

 

Rompre une lance

 

Dans les tournois médiévaux, les combattants s'affrontaient à la lance, chacun cherchant à désarçonner son adversaire. Celui qui résistait au choc et brisait contre son écu la lance ennemie marquait un point. Rompre une lance (on dit aussi rompre des lances) avec quelqu'un signifie donc lutter contre lui, l'affronter dans une joute (encore un mot du Moyen Age!), de nos jours souvent purement oratoire.

 

Revenons la paille

 

Rompre un marché, un accord, se brouiller avec quelqu'un. L'expression est issue du droit féodal et rappelle une coutume très ancienne. Quand un suzerain cédait une terre, ou que quelqu'un vendait un bien quelconque, le vassal ou l'acheteur recevait un fétu de paille en signe de l'accord conclu. La rupture du gage symbolisait celle de l'accord, et le mécontent rompait alors la paille comme il déchire aujourd'hui le contrat.

 

Ronger son frein

 

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Jehanne - dans Le Langage

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