Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 00:19
Le chevalier errant et l'aventure.









Le chevalier fait partie d'une élite, mais il part le plus souvent seul, sans compagnon, quittant l’espace social de la cour pour l’inconnu. Il doit faire sans cesse la preuve de sa valeur et le fait de partir à l’aventure lui offre l’occasion, quel que soit l’adversaire qu’il rencontre, de montrer ce qu’il vaut.
Le romancier Chrétien de Troyes a donné à la chevalerie l’une de ses plus belles illustrations en créant le personnage du "chevalier errant". Au début du Chevalier au Lion, Calogrenant part "en quête d’aventure, seul, armé de pied en cap, comme un chevalier doit l’être" [vv. 174-5]. Au paysan qui lui demande qui il est, il répond : "Je suis un chevalier qui cherche l’introuvable. Ma quête a duré longtemps et pourtant elle est restée vaine."[vv. 356-8] Il ajoute qu’il cherche l’aventure pour mettre à l’épreuve sa vaillance et son courage : en fait il s’agit pour le chevalier de justifier son existence et sa place dans la société. Accomplissement personnel, l’aventure permet aussi de servir la communauté.






Parfois l’aventure survient à la cour : un défi [le Chevalier Vermeil insulte le roi dans le Conte du Graal], un enlèvement [Méléagant enlève la reine Guenièvre au début du Chevalier de la charrette], une jeune fille vient implorer secours [la demoiselle hideuse demande à un chevalier de venir au secours d’une jeune fille assiégée au Mont Esclaire dans le Conte du Graal]. Un chevalier alors, avant les autres, se fait le champion de la cause à défendre et part au loin, traversant forêts, landes et plaines, pour accomplir l’aventure qui lui est réservée. Lorsqu’il revient après avoir réussi l’exploit attendu, il contribue à la joie de la Cour en racontant ses aventures avec force détails.






Parfois l’aventure se présente au chevalier sur son chemin : Yvain délivre ainsi les jeunes filles enfermées dans le château de Pesme Aventure.
Quand l’aventure tarde à se manifester à la cour, celle-ci est morne et paralysée, perd son dynamisme et sa force. Le rôle du roi est alors de susciter de nouvelles aventures comme dans Erec et Enide : il suggère d’engager les chevaliers dans la chasse au cerf ou dans Jaufré où il fait monter les chevaliers à cheval afin de partir vers les aventures qui ne viennent pas à la cour.
Invention littéraire superbe, la recherche de l’aventure structure les romans arthuriens et le personnage du chevalier errant incarne un idéal chevaleresque liant la valeur individuelle et les aspirations profondes de la cour.






Source BNF.



Repost 0
Jehanne - dans Divers
20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 00:05
La chevalerie.








Dans le roman de Cligès, Chrétien de Troyes fait un éloge appuyé de la cour d'Arthur en inventant un personnage, le jeune Alexandre, fils de l’empereur de Grèce, qui demande à son père de le laisser aller en Occident au service d’Arthur "en terre étrangère pour voir le roi et les barons dont le renom de courtoisie et de prouesse est si grand" [vv. 138-141]. Le jeune homme ne veut pas devenir chevalier dans son pays, mais auprès d’Arthur afin de faire partie de la plus célèbre chevalerie du monde. Ainsi des chevaliers venus de tous pays, attirés par la largesse du souverain et la gloire de sa cour, se rassemblent autour d'Arthur, à la recherche d’un idéal chevaleresque inégalé. Car la figure même d'Arthur, roi conquérant issu des récits celtiques, participe de l’idéal chevaleresque. Dans le roman de Brut, Wace trace le portait d’un homme qui, comme tous les chevaliers, aime la prouesse, l’honneur, la vertu, mais surtout mérite "prix" et renommée. Peu à peu, dans les romans, la valorisation de la fonction guerrière se déplace du roi vers ses chevaliers : ceux-ci incarnent l’action guerrière et le roi se contente de la contrôler. Ainsi c’est vers la cour que sont envoyés tous les adversaires vaincus et faits prisonniers par les chevaliers et le roi a pour rôle de les réintégrer dans l’ordre social. Arthur laisse agir ses chevaliers : dans le Conte du Graal comme dans le Chevalier de la Charrette, il ne combat pas et n’est plus que le garant de la justice et des lois, tandis que les chevaliers occupent seuls ou dans une relation de compagnonnage, le devant de la scène.



Les chevaliers de la Table ronde.







Dans l'imaginaire du Moyen Âge, les chevaliers de la Table ronde portent en eux toute une part de rêves et de légendes. C'est cet imaginaire, venu de récits celtiques anciens, qui a donné paradoxalement à la littérature romanesque française ses premières lettres de noblesse : les chevaliers arthuriens sont devenus les héros des premiers romans écrits en langue française dans la seconde moitié du XIIe siècle. En inventant le roman de chevalerie dans les années 1170, Chrétien de Troyes donne un "sens" à cette "matière de Bretagne" : il justifie les exploits des chevaliers en proposant une éthique faite de mesure et de charité. Peintre de caractères autant que moraliste, il donne à ses récits une véritable profondeur psychologique, et démontre que, d'épreuve en épreuve, les héros se dépassent.
Tout au long du XIIIe siècle, la littérature arthurienne se développe ensuite en fonction d'un jeu complexe de réécritures successives qui aboutit à la production d'un ensemble foisonnant de textes, d'une longueur extraordinaire, sans cesse complété, enrichi, passant des vers à la prose et surtout de plus en plus tiré vers une interprétation chrétienne.
Les récits sortis de la mythologie celtique sont à cette époque confrontés à une réflexion mystique sur l'existence et la justification de l'ordre de la Chevalerie : le chevalier devient alors un "soldat de Dieu".




La Table ronde : un idéal chevaleresque.






L’invention de la Table ronde est le symbole même de l’idéal de la royauté arthurienne et de la reconnaissance de la chevalerie. En privilégiant ce motif, les auteurs arthuriens rappellent ainsi l’origine ancienne et merveilleuse de la royauté d’Arthur. Selon Wace, il s’agit pour le roi de prévenir toute querelle de préséance entre des chevaliers prêts à s’emporter et à se disputer la première place. La Table ronde institue une relation d‘égalité entre eux, mais aussi entre le roi et la communauté des chevaliers puisque aucune place n’est plus importante qu’une autre autour de cette table. Selon les textes le nombre des places varie : de douze pour Robert de Boron – sans doute influencé par le souvenir de la Cène – jusqu'à 1600 pour Layamon au début du XIIIsiècle ! La Table ronde perpétue l’usage ancien celte selon lequel les guerriers étaient assis autour du roi ; mais les auteurs médiévaux se plaisent à lui donner un caractère universel en expliquant que la table est ronde parce qu’elle signifie la rotondité du monde. Les chevaliers de la Table ronde ont pour mission de rendre à la terre sa prospérité, de faire cesser les enchantements ou les injustices ; la Table ronde devient à elle seule l’expression la plus haute de l’idéal chevaleresque.




En quête de valeurs spirituelles.








D'abord organisée sur le modèle féodal, l'institution de la Table ronde prend sa véritable signification lorsque les chevaliers sont lancés vers la quête de valeurs spirituelles. L'aventure du Graal en est la plus belle illustration. Le but de cette quête, c'est de parvenir à une forme de perfection morale et spirituelle, de renoncer aux valeurs mondaines et d'être parmi les élus qui rejoindront Dieu lors du Jugement Dernier. La chevalerie mondaine s'avère insuffisante pour apporter la paix et le bonheur au monde, et le héros de la Table ronde dans cette littérature médiévale tend à devenir un saint ; seul Galaad, admirable création du XIIIe siècle, y parviendra et, prédestiné entre tous les autres chevaliers, trouvera le Graal.







Source BNF.

Repost 0
Jehanne - dans Divers
19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 06:06
Arthur est-il mort ?








À la fin des œuvres composées par les premiers chroniqueurs bretons puis par Geoffroy de Monmouth et Wace est contée la bataille de Camlaan au cours de laquelle Arthur, après avoir été trahi par Mordred, est gravement blessé par lui. Les récits s’accordent pour dire que le roi ne meurt pas de ses blessures mais que des fées l’emmènent dans une nef jusqu’à Avalon où il sera soigné. La Vita Merlini de Geoffroy de Monmouth ajoute que c’est la fée Morgane, la demi-sœur d’Arthur, qui emmène le roi dans une île mystérieuse. Il était sans doute difficile de clore le récit et d’affirmer la mort d’un héros devenu légendaire. On raconte alors que le roi Arthur reviendra un jour et que les Bretons doivent espérer son retour.
Les rois de Bretagne du XIIe siècle ont besoin quant à eux d’un héros prestigieux, mais qui ne soit pas susceptible de revenir et de ranimer éventuellement le désir des Gallois, voire des Bretons de Petite Bretagne, de ne pas reconnaître la légitimité des Plantagenêts. Ceux-ci firent tout pour s’emparer de ce mythe arthurien et pour l’exploiter comme mythe familial. Découvrir sa sépulture et exhumer ses restes fut l’un des objectifs de ces rois bretons.



La tombe d'Arthur.







Une histoire de l’abbaye de Glatonsbury, De Antiquitate Glastoniensis Ecclesiae rédigée en 1130 par Guillaume de Malmesbury, mentionne la découverte de la tombe de Gauvain, neveu du roi Arthur, ajoutant que la recherche de celle d‘Arthur était restée vaine. A la même époque une Vie de Gildas d’un certain Caradoc de Llancarfan raconte l’enlèvement de la reine Guenièvre par un roi du Somerset, Melwas, et son emprisonnenment à Glastonbury. L’association de ce site avec la légende arthurienne est donc faite dès le début du siècle.
Mais c’est à la demande du roi Henri II que l’on entreprit des recherches qui aboutirent en 1191, sous le règne de Richard Cœur de Lion, à la découverte des prétendues tombes d’Arthur et de Guenièvre par des moines de cette abbaye de Glastonbury. Cette abbaye est alors en Angleterre la rivale de l’abbaye de Saint-Denis en France. L’abbé de Glastonbury, Henri de Sully, est complice. Les circonstances de cette exhumation sont relatées par un clerc contemporain, Giraud de Barri, chapelain du roi Henri II :

Arthur a été retrouvé de nos jours à Glastonbury, entre deux pyramides de pierre élevées jadis dans le cimetière, gisant profondément en terre dans un tronc de chêne creusé et, solennellement transféré dans l’église, il y a été pieusement déposé dans un tombeau de marbre. Une croix de plomb placée sur une pierre, non pas à l’endroit [comme c’est notre usage], mais à l’envers [je l’ai vue et j’en ai touché l’inscription, taillée non pas en relief, mais en creux, et tournée du côté de la pierre], disait : "Ici gît l’illustre roi Arthur, enseveli avec Wenneveria, sa seconde femme, dans l’île d’Avallonie".

Giraud de Barri, De principis instructione, vers 1193.


Giraud de Barri identifie Glastonbury avec l’île d’Avallon. Située au Sud-Ouest de l’Angleterre, l’abbaye se trouvait sur un lieu marécageux, et aurait tiré son nom d’un ancien toponyme breton "Inis Avallon" signifiant "l’île aux pommes" ou de "Inis Gutrin" signifaint "l’île de verre".

D’autres rois ont plus tard entretenu cette légende : Edouard 1er qui visita l’abbaye en 1275, puis Edouard III qui aurait aimé vers 1331 découvrir à son tour la tombe de Joseph d’Arimathie. Le premier petit-fils d’Henri et d‘Aliénor, né en 1187, il reçut le nom d‘Arthur et fut considéré comme l’héritier futur de la Bretagne jusqu’en 1203, date où il fut assassiné. Quant à Richard Cœur de Lion, lors de la 3e croisade, il portait une épée que certains témoignages présentent comme "l‘épée d’Arthur, l’illustre roi breton des temps anciens, que les Bretons nomment Excalibur" [d’après Roger de Howden], épée qu’il offrit au roi de Sicile Tancrède en échange de l’argent qui lui manquait. Mythe et réalité se confondent désormais et la légende arthurienne est alors complètement assimilée par les rois d’Angleterre et intégrée à leur désir d’exalter un sentiment national.







La cour d’Angleterre au XIIe siècle et au début du XIIIe siècle est puissante. Henri II quand il prend le pouvoir en 1154 est roi d’Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou ; à partir de 1160 il soumet une partie de l’Irlande, longtemps rebelle. Geoffroy de Monmouth décrit les velléités d’expansion d’Arthur sur toute la Bretagne insulaire, mais aussi comment il partage la Gaule entre ses fidèles, donnant la Neustrie [la Normandie] à son échanson Bédoier, l’Anjou à son sénéchal Keu. Henri pouvait dès lors se servir d’un récit qui faisait remonter ses possessions insulaires et continentales à l’esprit de conquête du roi Arthur. Quant à la cour d’Angleterre, elle attire alors les poètes et les philosophes, les clercs et les romanciers, exaltant un milieu raffiné et cultivé, prônant une idéologie chevaleresque et courtoise qui n’est pas sans rappeler celle qui règne à la cour d’Arthur dans les siècles antérieurs. Le souvenir d’Arthur et de l’histoire de la Bretagne permet ainsi non seulement de réhabiliter les Bretons et leurs exploits passés, mais aussi de justifier une politique d’expansion nécessaire pour garder à l’Angleterre sa puissance.








L’invention littéraire de La Mort le Roi Arthur.


Les textes racontant l’histoire de la Bretagne et le règne d’Arthur au cours du XIIe siècle passent sur le continent où ils inspirent des auteurs qui n’ont pas le même souci d’exalter une idéologie politique, mais pensent d’abord à célébrer la grandeur de la chevalerie occidentale ou à donner au règne arthurien une place de plus en plus grande dans l’histoire de la chrétienté. Les enjeux sont différents. L’un des textes qui réfléchit sur la finalité de ce mythe arthurien est La Mort le Roi Artu.






Composé en France au XIIIe siècle, clôturant le grand cycle du Lancelot-Graal qui rassemble et réorganise l’essentiel de la tradition bretonne et arthurienne, le texte propose une réflexion nouvelle sur la fin du royaume et la mort du roi Arthur, montrant la désagrégation du bel équilibre que symbolisait le royaume d’Arthur. Le roi ne réunit plus sa cour, la quête du Graal a fait périr la plupart des chevaliers, les héros qui survivent ont vieilli, l’atmosphère de la cour est empoisonnée par les rivalités et les jalousies. Lancelot et Guenièvre qui s’aiment toujours sont dénoncés par Agravain au roi Arthur et Gauvain lui-même pousse le roi dans une guerre sans merci avec Lancelot. Quant au roi Arthur, trahi puis blessé par celui qui est reconnu comme son fils incestueux, Mordred, il réalise la prédiction annoncée par Merlin et d’autres prophètes, exécutant son destin lors d’une ultime bataille dans la plaine de Salesbières. Une inscription sur une roche, gravée par Merlin, affirme : "En cette plaine doit se dérouler la bataille mortelle qui laissera le royaume de Logres orphelin." Puis, après avoir rendu son épée Excalibur à l’autre-monde d’où elle venait (une main surgie d’un lac s’en empare), il part sur une nef remplie de dames parmi lesquelles se trouve la fée Morgane et disparaît. Son corps est ensuite apporté par une des dames dans la Noire Chapelle où il repose dans une tombe superbe. Sur celle-ci on peut lire : "Ci gît le roi Arthur qui, grâce à sa vaillance et à sa valeur, conquit douze royaumes". Les éléments principaux de la légende sont conservés, mais l’écroulement du royaume arthurien et la disparition du roi sont admis.
Pourquoi un tel destin pour le roi Arthur ? Faut-il y voir une condamnation d’une royauté trop puissante qui se place au-dessus du monde féodal ? Dans le royaume de France l’affermissement du pouvoir royal voulu depuis Philippe-Auguste aux dépens de la féodalité n’est pas du goût de tous. La Mort le roi Artu est écrite aussi pour dire que la chevalerie terrienne est remise en cause par les passions et la violence des sentiments et que seule mérite d’être exaltée la chevalerie célestielle qui oublie la vaine gloire et les valeurs mondaines pour se consacrer à la quête du Graal et de la sainteté.






Source BNF.

Repost 0
Jehanne - dans Divers
18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 00:48
L'invention du roi Arthur.








Le personnage du roi Arthur et les principaux éléments qui vont construire la légende arthurienne apparaissent dans les textes à partir du XIIe siècle. Conçu alors comme un personnage historique, Arthur incarne un roi puissant et conquérant, symbolisant la légitimité du pouvoir et la grandeur du passé breton.
Les rois de Bretagne, d’abord les rois d’origine normande au début du XIIe siècle, puis les Plantagenêts quelques décennies plus tard, ont besoin de justifier leur règne, de légitimer leurs conquêtes et de fortifier leur image en face des souverains de France et des autres pays d’Occident.
Jusqu’à cette période, seuls quelques textes, chroniques ou récits hagiographiques, mentionnent le nom d’Arthur ; mais il n’est encore qu’un combattant, un dux bellorum, chef de guerre, qui au début du VIe siècle s’illustre dans les luttes contre les Saxons et défend les terres bretonnes. L’Historia Brittonum, écrite par Nennius au début du IXe
siècle, ou les Annales Cambriæ vers 950, confirment qu’un personnage nommé Arthur a été plusieurs siècles auparavant un chef de guerre important grâce à qui le royaume breton s’est formé et a résisté aux envahisseurs. Cependant ce sont les auteurs bretons du XIIe siècle qui ont fait de lui un souverain prestigieux, conquérant et justicier, champion des combats contre les païens, et qui l’inscrivent dans la succession des rois de Bretagne. Guillaume de Malmesbury, dans les Gesta regum Anglorum vers 1125, puis Geoffroy de Monmouth dans l’Historia Regum Britanniae vers 1138, racontent l’histoire de la Bretagne depuis l’arrivée de Brutus dans l’île d’Albion jusqu’à la mort d‘Arthur et la chute de l’empire breton. Ces textes remplissent une fonction généalogique indéniable et offrent aux souverains contemporains les ancêtres exceptionnels dont ils rêvaient.



L’idéologie politique : la rivalité entre Capétiens et Plantagenêts.


Geoffroy de Monmouth dédie son œuvre à des bienfaiteurs qui sont tous d’origine normande : Etienne, roi d’Angleterre [1135-1154], fils du comte de Blois et petit-fils de Guillaume Le Conquérant, et Robert, comte de Gloucester, deuxième personnage du royaume après le roi. Face à un peuple breton qui n’oublie pas les origines normandes de ceux qui les gouvernent, ces puissants personnages qui dirigent alors l’Angleterre ont besoin de se rattacher à un passé glorieux et à un héros dynastique. Geoffroy de Monmouth le fait en racontant comment autrefois la Bretagne s’est formée par une volonté expansionniste qui a culminé avec Arthur. Il crée ainsi un personnage qui pour les Bretons va être l’équivalent de ce qu’est Charlemagne pour les Français. Entre Capétiens et Plantagenêts il y a en effet une rivalité idéologique. Le rite du sacre et de l’onction qui caractérise la monarchie française, le pouvoir thaumaturgique des rois, l’ascendance exceptionnelle de Charlemagne, empereur d’Occident et lieutenant de Dieu sur la terre, enfin la riche hagiographie et la littérature épique qui existe aux XIe et XIIe siècles autour de la "matière de France" donnent à la monarchie française un passé prestigieux. Les rois de Bretagne, qui tout au long du XIIe siècle construisent un état de plus en plus fort en face des autres royaumes d’Occident, ont besoin d’un héros national qui soit l’emblème de la monarchie insulaire.



Le rôle des clercs : Geoffroy de Monmouth et Robert Wace.





Réinventant le passé à partir de sources légendaires, Geoffroy de Monmouth quitte son rôle de chroniqueur pour entrer dans la fiction, poussé par un désir de légitimer le passé breton pour servir la royauté contemporaine. Après avoir intégré à son récit le mythe glorieux des origines troyennes de la Bretagne en racontant comment Brutus, arrière-petit-fils d’Enée, s’installa dans une île encore sauvage appelée Albion, puis Bretagne, il introduit un autre héros mythique lié à la christianisation de l’île, Arthur, un jeune homme d’une valeur et d’une libéralité exceptionnelles.
Le merveilleux, profane et religieux tout à la fois, entoure le héros : l’emblème d’Arthur est le dragon, ses armes sont d’origine féerique, en particulier son épée Caliburn, son écu porte l’image de la Vierge Marie. La Bretagne est alors encore terre d’enchantements, les lacs et les forêts sont encore soumis à des forces magiques. Arthur est d’abord vainqueur de monstres et de géants, puis des ennemis qui comme les Scots menacent l’intégrité de la Bretagne ; il soumet l’Irlande, le Danemark, l’Islande, la Norvège, la Gaule et est le vainqueur du géant Frollo qui détient la ville de Paris, puis se prépare à marcher victorieusement sur Rome lorsqu’il est trahi et tué par Mordred, son neveu.
Grâce à Geoffroy de Monmouth les rois d’Angleterre disposent à leur tour d’une figure royale mythique et d’un passé prestigieux.




Le Roman de Brut.





Quelques années plus tard, un clerc normand nommé Robert Wace, est chargé par le roi Henri II Plantagenêt de rédiger à nouveau une histoire d’Angleterre, mais cette fois en anglo-normand, langue pratiquée alors à la cour. Wace dédie son œuvre en 1155, à Aliénor d’Aquitaine, épouse du roi. Tout en s’inspirant de Geoffroy de Monmouth, il développe le portrait d’Arthur et la description de sa cour et l’histoire arthurienne occupe un tiers de son récit, qu’il appelle La Geste des Bretons, mais que nous connaissons sous le nom de Roman de Brut. Arthur est désormais le modèle du souverain idéal, homme de guerre capable de soumettre les peuples d’Occident, mais aussi de réunir autour de lui les chevaliers les plus illustres. Wace est le premier à dire que c’est Arthur qui a institué la Table Ronde afin d’éviter les querelles de préséance entre ses chevaliers et à mentionner la légende selon laquelle Arthur, après avoir été blessé par Mordred et emporté en Avallon par des fées, reviendra un jour libérer son peuple.

Ni Geoffroy de Monmouth, ni Wace ne sont les inventeurs de la matière de Bretagne, mais ils ont contribué à sa diffusion et à son rôle politique. La cour des Plantagenêts a été un lieu privilégié pour le développement de la légende arthurienne.







Source BNF.


Repost 0
Jehanne - dans Divers
16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 00:28
Le pouvoir et la royauté.







Il est impossible de savoir si le roi Arthur a réellement existé. Les plus anciennes chroniques qui racontent l’histoire de la Grande-Bretagne, aux Ve-VIe siècles, ne le mentionnent pas. C'est dans un poème gallois du VIIe
siècle, le Goddodin, qu'un personnage nommé Arthur apparaît pour la première fois. Il y incarne un modèle de bravoure dans une défaite infligée aux Bretons par des Angles qui envahissent la Grande-Bretagne.
Est-ce le même personnage cité vers 800 dans l'Historia Brittonum de Nennius ? Selon ce chroniqueur, un certain Arthur aurait aidé le roi des Bretons à combattre l'invasion des Saxons et aurait remporté une victoire remarquable, tuant neuf cent soixante ennemis. Arthur n'est encore qu'un "chef de guerre" (dux bellorum) breton parmi d'autres, mais il s'impose comme étant chrétien. Dans la huitième des douze batailles où il triomphe, Arthur porte sur ses épaules l’image de la Vierge Marie, "et les païens furent massacrés en grand nombre grâce à Notre Seigneur Jésus Christ et sainte Marie sa mère".



Arthur, roi chrétien.






Dans la seconde moitié du Xe siècle, les Annales Cambriæ mentionne qu'Arthur a battu les Saxons au mont Badon en 516. Au cours de la bataille, il aurait porté pendant trois jours et trois nuits une relique de la Sainte Croix sur ses épaules ainsi que l'image de la Vierge.
Quand le mythe prend forme au XIIe siècle, Guillaume de Malmesbury (vers 1125) revient à l’image de la Vierge qu’Arthur aurait fait coudre sur ses armoiries avant la bataille du mont Badon. C’est également la version de Geoffroy de Monmouth (vers 1155), qui apporte cependant de nouvelles précisions : l’épée d’Arthur, forgée dans l’île d’Avalon, s’appelle Caliburn, sa lance Ron, son écu porte le nom de Prydwen et l’image de la Vierge se trouve à l’intérieur. De plus, Geoffroy raconte que le couronnement d’Arthur est célébré par l’archevêque Dubrice à Silchester.
Ainsi s'est constituée une légende qui fait d'Arthur un héros national et chrétien. Le seul élément vraisemblable est donc qu'au VIe siècle, Arthur aurait été un chef de guerre courageux grâce à qui les envahisseurs de la Bretagne auraient été repoussés.



Hypothèses étymologiques.



Le nom d'Arthur pourrait provenir du latin Artorius, nom d'un officier romain – Lucius Artorius Castus – qui aurait vécu en Angleterre aux IIe-IIIe siècles. Ce légionnaire se serait distingué dans la lutte des Romains contre les Pictes, un peuple autochtone d'Ecosse. Présumé d'origine dalmate, Artorius aurait rapporté avec lui de Croatie l'emblème du dragon.
On évoque aussi une racine celtique pour le nom d'Arthur : art ou ars signifiant "ours", qui est alors le roi des animaux (avant d'être supplanté plus tardivement par le lion), ainsi qu'un animal emblématique celte symbolisant la force et la stabilité.








Source BNF.

Repost 0
Jehanne - dans Divers
9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 23:23
Petites photos perso.





Histoire de vous faire partager mes balades, j'ai mis en ligne quelques photos prises lors de mes visites des abbayes de Nieul sur l'Autise et Maillezais en Vendée.







http://vivre-au-moyen-age.over-blog.com/album-1186811.html











http://vivre-au-moyen-age.over-blog.com/album-1186803.html








Bonne visite à tous !!!!




Repost 0
Jehanne - dans Divers
9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 10:52
Le textile au Moyen âge.









Le travail du textile au Moyen Age est pratiquée aussi bien dans les ateliers urbains que de manière courante et individuelle dans les campagnes. Durant toute cette période, la laine reste le textile le plus employé. Viennent ensuite le lin et le chanvre, puis, en dernière position, la soie et le coton.


1. La laine            
L'industrie drapière (drap de laine) remonte au moins à l'Antiquité classique. La draperie renaît dans la seconde moitié du XIe siècle, en particulier dans les Flandres, où la densité de population est très élevée, et où l'on importe de la laine de qualité supérieure produite dans les élevages intensifs anglais, pratiqués par les moines prémontrés et cisterciens. Cette renaissance intervient également à Florence, mais la matière première employée est de moins bonne qualité. Au XIIIe siècle, l'Angleterre s'équipe de moulins à foulon, ce qui entraîne une dispersion de la production, à l'origine urbaine, qui devient alors plus rurale, plus commune. A la même époque, la rupture des relations entre les Flandres et l'Angleterre entraîne l'exportation des laines anglaises vers l'Italie du Nord et le renouveau de l'industrie florentine.



Les opérations de préparation
La qualité de la laine est la condition première de la réalisation d'un bon drap. Jusqu'au début du XIVe siècle, on la prélève sur des moutons adultes. Il faut d'abord laver les bêtes sur pied, puis la tonte intervient au mois de mai. Auparavant, pour la draperie de qualité, les laines mortes sont écartées et réemployées pour la constitution de draps grossiers. On enlève les parties abîmées, puis on passe au battage sur claies, qui sert à dilater la laine. Cette dernière est ensuite désuintée par bains successifs, puis ensimée à l'aide d'une matières huileuse destinée à l'adoucir. Les règlements de métiers conseillent le beurre et le saindoux plutôt que l'huile. On passe après au peignage pour dégager les fibres longues, ce qui facilite la filature (Attention : le cardage ne date que du XIVe s !). La technique de filature à l'aide du fuseau et de la quenouille remonte au Néolithique. Le fuseau sert à tordre et à enrouler le fil, et la quenouille permet de fixer le paquet de laine. On peut employer aussi la fusaïole, disque de pierre épais servant de contrepoids. La laine est tirée en fils et tordue entre le pouce et l'index. L'apparition du rouet est datée entre le XIIe et le XVe siècle. Il semble qu'il soit originaire de Chine. Une poulie avec une corde sans fin est reliée à une grande roue motrice. Mais la quenouille est loin d'être abandonnée.

Les fils sont ensuite mis en écheveaux dévidés sur des bobines et des canettes pour le tissage. L'ourdissage est l'opération qui consiste à préparer la chaîne des tissus par l'enroulement de fils de même longueur avec une tension uniforme, conditions nécessaires pour la solidité du tissage. C'est une opération délicate, car il s'agit de conserver la place respective des fils.




















Le tissage      
Si le filage est un travail exclusivement réservé aux femmes, le tissage, en revanche, est essentiellement masculin. Il consiste en l'entrecroisement de deux séries de fils : les fils de chaîne, tendus sur le métier, et les fils de trame, insérés au fur et à mesure. Les artisans utilisent des procédés similaires à ceux de l'Antiquité.
Plusieurs métiers à tisser sont connus de façon plus ou moins précise par les réglementations, car on n'en a retrouvé aucun. Le métier horizontal (ou basse lice) est maintenu au sol par quatre petits poteaux. Des barres parallèles, les ensouples, portent les fils de chaîne. On travaille accroupi. Le métier vertical (ou haute lice) est constitué d'un cadre de bois plus ou moins incliné. Les fils sont tendus par des poids. La barre de lice, parallèle à l'ensouple, est une amélioration majeure, puisqu'elle permet de soulever en une seule fois les fils de trame, ce qui accélère le travail. Le métier à bras apparaît fin XIIe-début XIIIe siècle. Il est constitué de fils de chaîne tendus horizontalement entre une ensouple et une traverse. Les barres sont levées et abaissées au moyen de pédales. Ce type de métier permet une production à grande échelle.



Les apprêts  
Le foulage du drap est destiné au feutrage. On plonge le drap dans des bains spéciaux pour enchevêtrer les brins. Le tissu est purgé de ses impuretés et dégraissé à la chaux, au sable ou à l'urine. Après rinçage, il est foulé au pied. Il se comprime sous l'action de la chaleur et de l'humidité. La laine bouillie est obtenue par un feutrage à plus haute température. On effectue ensuite une tonte de l'étoffe destinée à réduire l'aspect duveteux. Le ramage est destiné à retendre le tissu et à le faire sécher.


2. Les autres textiles
Le lin demande un sol très riche qui s'épuise rapidement. On le cultive donc dans des jardins clos près des fermes et sur les terres récemment défrichées. Le rouissage, employé aussi pour le travail du chanvre, consiste à plonger la plante dans l'eau plusieurs jours pour décoller la fibre de la tige par fermentation.
L'élevage du ver à soie débute en Europe au VIe siècle grâce à deux moines du Mont Athos, envoyés en Chine par l'empereur byzantin Justinien, avec pour mission de percer le secret jalousement gardé de la sériciculture. Ils rapportent, cachés dans leur bâton de pèlerin en bambou creux, des oeufs de bombyx. La technique se répand dans l'empire byzantin et, lors de la conquête arabe au XIe siècle, passe en Espagne, d'où elle gagne l'Italie puis la France. Les plus anciennes traces françaises d'une activité séricicole remontent au XIIIe siècle, entre autres dans le Gard et à Paris.
Le décoconnage dure huit à dix jours après la fabrication du cocon. Les vers sont enlevés de leur support et triés, après quoi on retire la bourre ou blaze, qui a servi à la fixation du cocon. L'étouffage consiste à placer les cocons dans des étuves de 70 à 80°C, puis à les tremper dans l'eau bouillante afin que le grès se ramollisse. La chrysalide doit être tuée sans abîmer le cocon. Chaque fil étant trop fin, on en réunit une dizaine au moment du dévidage. A l'aide du grès, ces derniers se soudent entre eux en refroidissant. La soie alors obtenue est dite grège. Comme elle manque de résistance, on lui fait subir différentes torsions, en fonction de la qualité du fil que l'on désire obtenir : c'est le moulinage. Vient alors le décreusage : on fait bouillir la soie dans de l'eau savonneuse pour éliminer le grès. Elle prend alors le nom de soie cuite. Cette opération peut être effectuée sur la soie en flotte ou déjà tissée. En revanche, la teinture se pratique toujours sur de la soie décreusée.
Le coton, quant à lui, est apparemment introduit en Europe par les Musulmans au IXe  siècle, mais il n'y est jamais cultivé durant le Moyen Age. C'est un tissu rare, de grande valeur, tout comme la soie.


3. La teinture
La dernière étape de réalisation d'une étoffe est la teinture. On en observe deux types : une teinture domestique rurale, réalisée à l'aide des plantes les plus faciles à obtenir, donc d'un coût moindre, et une teinture professionnelle quasi-industrielle, qui ne concerne qu'une minorité de personnes.
Les analyses physico-chimiques des vestiges textiles découverts lors de fouilles, les inventaires botaniques et les règlements d'activités permettent aujourd?hui de connaître l'art de la teinture à l'époque médiévale.
Ce dernier est complexe. Vient d'abord le morçandage : on fait bouillir la matière dans un bain d?eau contenant un mordant (cendres végétales, alun, rouille, vinaigre? et même urine !). Ce procédé permet de fixer le colorant. Il peut être pratiqué avant, pendant ou après la teinture.
On distingue deux procédés de teinture : par macération à froid ou fermentation, en renouvelant l'opération plusieurs fois afin de renforcer l'adhésion de la couleur, ou par macération à chaud dans un bain où l'on a auparavant fait bouillir les plantes tinctoriales.
Concernant celles-ci, il en existe une multitude. On trouve essentiellement de la garance et du bois de sappan pour le rouge, de la gaude pour le jaune, de la guède (plus connue aujourd'hui sous le nom de pastel) et de l'indigo pour le bleu, de la noix de galle et des racines de noyer pour le noir (en remplacement du noir de fumée, de mauvaise qualité), et diverses variétés de fleurs et de feuilles pour le vert. Les teintes rouge violacé, très recherchées, sont obtenues à partir de lichens (ces derniers peuvent aussi donner, par bain d'ébullition, des teintes jaunes et vertes). La cochenille  est la femelle d'un petit insecte utilisée depuis l'Antiquité pour obtenir des teintes, selon la concentration, d'un rouge rosé à un pourpre bleu, en passant par le rouge vif, pourpre rouge et violet. Sans compter les plantes employées par les gens du peuple, ramassées dans les bois ou cultivées dans leurs jardins : herbe (vert), cerises (rouge tirant sur le vieux rose), mûres (bleu), genêts (jaune et vert), châtaigner et autres, n?offrant qu?une qualité médiocre.
Aucun mélange de couleurs n'est pratiqué afin d'en obtenir une autre, car il semble que ce genre de « bricolage » soit très mal considéré à l'époque.  En général, un teinturier a en charge une couleur principale et une autre, secondaire (ex : rouge et jaune). Un teinturier de rouge, par exemple, ne s'occupe pas du bleu, et inversement.
Attention à une erreur fréquente chez les reconstituteurs : les teintures de mauvaise qualité donnent certes des couleurs passées, mais du rouge mal teint ne donne pas du rose ou de l'orangé. On ne parvient en effet à obtenir ces deux teintes qu'à partir de la fin du XIIIe siècle en Italie et du XIVe siècle en France (voir Michel Pastoureau, Jésus chez le teinturier).













Source les compagnons de valérien.

Repost 0
Jehanne - dans Divers
14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 07:08
La Saint Valentin.





saintvalentin.jpg




Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, est célébré dans de nombreux pays comme la fête des amoureux. Cadeaux, fleurs et petits mots sont alors de rigueur pour déclarer sa flamme ou témoigner son amour à l’élu(e) de son cœur. ..

Bien que les premières fêtes de l'amour remontent à l'Antiquité, la première mention du jour de la Saint-Valentin avec une connotation amoureuse remonte au XIVe siècle en Angleterre et en France, où l'on croyait que le 14 février était le jour où les oiseaux migraient. Cette croyance est mentionnée dans les écrits de Geoffrey Chaucer au XIVe siècle. Il était courant durant cette période que les amoureux échangent des billets et qu'ils s'appellent chacun leur Valentin. Un de ces billets du XIVe siècle se trouverait à la British Library. Il est probable que nombre de légendes sur la Saint-Valentin aient été inventées pendant cette période.
Repost 0
Jehanne - dans Divers
3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 01:40
La galette des rois.




galette.jpg




Les origines.

  • La galette dite des Rois est le gâteau servi traditionnellement pour la fête religieuse de l'Epiphanie, laquelle célèbre la visite des rois mages à l'enfant Jésus. Dès le Ve siècle, l'Eglise donna une importance considérable à cet événement. La galette était partagée en autant de portions que de convives, plus une. Cette portion supplémentaire, appelée "part du Bon Dieu" ou "part de la Vierge", était destinée au premier pauvre qui se présenterait.
  • Au XIe siècle les chanoines du chapitre de Besançon se mirent à désigner leur futur dirigeant en cachant une pièce d'argent dans un pain. Peu à peu d'autres congrégations adoptèrent cette coutume. Le pain se transforma en brioche, sorte de pâte à pain "améliorée". Ainsi, on servait la fougasse ou fougaço dans le Languedoc, la coque en Ariège, parfois garnie de fruits confits comme le royaume provençal ou de grains d'anis comme le garfou du Béarn. On trouvait aussi des fouaces ou fouées dans le Perche. Le gâteau servi en Bresse était une flamusse à la farine de maïs ou de sarrasin; en Normandie on servait des garots. Enfin, dans le Périgord certaines familles ne mangeaient pas la brioche mais une grande quantité de beignets appelés crépeaux ou pâtissous.

La fève.

  • Elle doit son nom à la légumineuse (sorte de haricot) placée dans la galette, remplacée par une pièce d'argent, voire d'or chez les plus fortunés. En 1870 la première fève en porcelaine fait son apparition, puis des petits objets en plastique hétéroclites sont confectionnés et plus récemment des santons, ou même des héros de dessins animés! en céramique. On est désormais bien loin de la fête religieuse !
  • Autrefois, la fève désignait le "Roi du jour" ou "Roi de la Fève"et celui qui l'avait reçue devait rendre la galette le dimanche suivant. Ainsi les gourmands pouvaient-ils se régaler plusieurs semaines ou la totalité du mois de janvier !
Repost 0
Jehanne - dans Divers
22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 09:39
Les monnaies avant le franc.



Différentes monnaies d'or, d'argent et de cuivre circulaient en Gaule à la fin de l'Empire romain. Au temps des rois mérovingiens, descendants de Clovis, ne subsiste guère que la monnaie d'or, sou et surtout tiers de sou, appelé aussi triens ou tremissis (à peine 1 g), imitations plus ou moins réussies des pièces impériales romaines. Le triens d'or devient quasiment espèce unique au début du VIIe siècle.



Du tiers de sou d'or au denier d'argent.





L'or provient principalement de la Méditerranée, en particulier des monnaies de l'Empire byzantin. Mais vers 650, la géographie économique et monétaire se modifie au profit du Nord d'où viennent des monnaies d'argent anglo-saxonnes et frisonnes (des Pays-Bas), les sceattas. En outre, l'or se fait plus rare et plus cher après la chute de l'Afrique byzantine et la prise de Carthage. Vers 675, le sou d'or est complété puis remplacé par une pièce d'argent : le denier, du nom de l'ancienne monnaie romaine d'argent. Douze deniers font un sou. Les pièces sont produites un peu partout et revêtent de multiples aspects. Le contrôle des monnaies semble échapper en grande partie au pouvoir royal mérovingien. Les réformes monétaires byzantines et arabes, le succès des monnaies anglo-frisonnes, l'exploitation de nouveaux gisements argentifères et des circonstances politiques internes pérennisent l'adoption de l'étalon argent sous l'égide d'une nouvelle dynastie royale : les Carolingiens.




Le denier d'argent, monnaie unique de l'Empire carolingien.


monnaie2.jpg


Tandis qu'ils réunifient et étendent à leur profit le royaume des Francs, Pépin le Bref (741-768) et son fils Charlemagne (768-814) reprennent le contrôle de l'activité monétaire. Le pouvoir royal sur la monnaie est réaffirmé par un ensemble de règlements et de contrôles organisant sa fabrication et sa mise en circulation. En 754-755, l'édit de Ver est une première tentative d'uniformiser le poids et l'aspect du denier d'argent franc. En réalité, la marque de l'autorité royale ne figure systématiquement sur la monnaie qu'avec Charlemagne en 793-794.
"Monnaie unique" de l'Empire carolingien, le nouveau denier au poids unitaire d'environ 1,70 g est le modèle, direct ou indirect, du monnayage occidental produit du IXe au XIIIe siècle. La réglementation carolingienne insiste sur la qualité de la monnaie, et cherche à éviter la "fausse monnaie" (en fait, des pièces de moindre qualité produites frauduleusement dans les ateliers officiels), et la thésaurisation ou la transformation en argenterie.
En prescrivant de tailler 240 deniers dans 1 livre d'argent, Charlemagne jette les bases d'un système monétaire et comptable qui persistera en France jusqu'à la Révolution : 1 livre = 20 sous ou 240 deniers ; 1 sou = 12 deniers. En outre est frappée une division du denier, l'obole d'argent, qui correspond à sa moitié.







Du denier carolingien aux deniers féodaux.






Principal agent administratif local, le comte surveille et contrôle au nom du souverain l'activité monétaire dans le royaume. Dans la seconde moitié du IXe siècle, les usurpations des comtes se multiplient. Le phénomène s'amplifie à la faveur des problèmes de succession au trône, des conflits intérieurs, puis des raids sarrasins, vikings et hongrois : le pouvoir royal perd peu à peu le contrôle effectif et l'exclusivité de la frappe des deniers. Les comtes commencent d'exercer les pouvoirs régaliens à leur propre profit. Par ailleurs, le souverain concède une part des revenus d'un atelier, parfois sa gestion, à des évêques ou des abbayes. La féodalisation du denier se concrétise au Xe siècle alors que les Robertiens, ancêtres des Capétiens, s'opposent aux Carolingiens. L'aristocratie profite de l'occasion pour se rendre plus indépendante. Le pouvoir affaibli multiplie les concessions officielles, notamment en faveur d'ecclésiastiques. La monnaie est désormais affaire de prélats, de ducs et de comtes, voire de vicomtes, qui peuvent changer titre et poids à leur guise.




Une multitude de monnaies.


monaie5.jpg


Entre les XIe et XIIIe siècles, dans un contexte d'essor économique et commercial tant dans les campagnes que dans les villes, une multitude de derniers féodaux sont frappés régionalement, voire localement, par des seigneurs plus ou moins importants. La monnaie du roi est devenue une monnaie parmi d'autres. Du point de vue du seigneur émetteur, la monnaie constitue une importante source de revenu, un moyen de financer son train de vie et sa politique. Un profit est en effet réalisé sur la frappe de chaque pièce : c'est le droit de seigneuriage. Pour augmenter ce revenu, le seigneur peut procéder à une mutation de sa monnaie, c'est-à-dire modifier certaines conditions d'émission : poids du denier, titre ou teneur en argent fin, cours officiel. La pratique alors la plus courante dans le royaume de France consiste à affaiblir la monnaie en titre de métal fin, une préfiguration des dévaluations contemporaines. Elle engendre de grandes disparités de valeur entre les différentes pièces en circulation et concourt localement à une certaine instabilité monétaire. Les élites féodales et les bourgeoisies urbaines montantes protestent et négocient, obtenant de limiter ces mutations à une seule par règne, ou la stabilisation de la monnaie en contrepartie d'une taxe (monéage).




Restauration de la monnaie du roi.






À la faveur des guerres, des mariages et des héritages, Philippe Auguste (1180-1223) étend progressivement son autorité, y compris dans le domaine de la monnaie. Le denier "parisis", est d'abord diffusé dans le nord du royaume, puis à l'est et quelque peu au sud. Après la conquête de la Normandie, de l'Anjou, du Maine et de la Touraine (1204-1205), le roi impose une nouvelle pièce : le denier "tournois". Cette politique volontariste est poursuivie par Saint Louis (1226-1270) au seul profit du tournois et au détriment des monnayages féodaux. À l'exemple des cités italiennes qui frappent de "gros" deniers valant entre 20 et 30 deniers locaux, Louis IX crée un gros tournois, première monnaie de bon argent produite en France, valant 12 deniers. Le gros tournois rencontre un tel succès qu'il est frappé abondamment, rapidement imité, notamment en Provence, et diffusé largement en Italie. Dans le même temps est créé l'écu d'or, première monnaie d'or capétienne. Mais il s'avère un échec commercial et est vite abandonné. Saint Louis laisse à ses successeurs une monnaie apparemment stable.






Source BNF.








Repost 0
Jehanne - dans Divers

Présentation

  • : Vivre au Moyen âge
  • Vivre au Moyen âge
  • : Le blog vivre au Moyen âge a pour but de renseigner le lecteur sur les us et coutumes du Moyen âge. Les articles et iconographies publiées dans ce blog sont le fruit de mes recherches sur internet et dans les livres . Je ne suis pas auteur des textes publiés qui sont des citations extraites de mes trouvailles. Bon voyage dans le temps !!!!
  • Contact