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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 13:03

La vigne au Moyen âge.

 

 

 

 

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Sous les Mérovingiens, au haut Moyen Âge, le vignoble régresse sur tout le territoire. On doit sa survivance au travail des moines d’abbayes établis dans les campagnes, qui entreprennent de poursuivre la culture de la vigne et replantent activement. Dans les villes et à proximité, les terres à vigne appartiennent aux évêques, premiers personnages des cités, ainsi qu’à quelques seigneurs. Si le vin est utilisé rituellement dans la liturgie, il manifeste également la générosité et le prestige de l’hôte face aux voyageurs et visiteurs de qualité.

 


Un vignoble au service des seigneurs


Au Moyen Age, les seigneurs (les nobles et les maisons religieuses) sont les véritables propriétaires du sol, mais ils ne le travaillent que rarement eux-mêmes. Contre le paiement du cens annuel, les familles paysannes peuvent tenir et cultiver les vignes de ces seigneurs. La viticulture fonctionne alors principalement dans le cadre d'une polyculture de subsistance: le vin est considéré comme un aliment, et sa production sert essentiellement à subvenir aux besoins annuels de la famille, de la maisonnée ou de la congrégation. Les échanges commerciaux sont quasi inexistants.

 

À partir du IVe siècle, le christianisme apporte son renfort dans la valeur attachée au vin et prend la relève de l'Empire romain anéanti. La communion sous les deux espèces, pratiquée jusqu'au XIIIe siècle, sera l'un des moteurs du maintien de la tradition viticole. Le Moyen Âge va être le témoin du développement de la qualité du vin. Alors que les vins de l'Antiquité étaient coupés d'eau et agrémentés d'herbes et d'aromates, c'est le vin tel que nous le connaissons qui fait son apparition au Moyen Âge. L'expansion de la civilisation chrétienne va être à l'origine de l'expansion de la viticulture dans le monde.

 

En 800, Charlemagne prend des mesures pour améliorer la qualité du vin dans une ordonnance qui stipule : « Que nos intendants se hargent de nos vignes qui relèvent de leur ministère, et les fassent bien travailler, qu'ils mettent le vin dans une bonne vaisselle et qu'ils prennent toutes les précautions pour qu'il ne soit gâté d'aucune manière. » Mais les vrais dépositaires de la qualité sont les moines, qui perpétuent la tradition viti-vinicole. Les cathédrales et les églises étant propriétaires des vignobles, sous couvert de l'activité « vin de messe », les moines s'occupent des vignobles monastiques et contribuent à la naissance de nombreux vignobles de qualité existant encore aujourd'hui.


A la fin du Xe siècle, Bordeaux, seule région viticole à ne pas être sous influence de l'Église, commence à se développer. Le grand Duché d'Aquitaine, uni à la couronne d'Angleterre, remplissait les flottes anglaises de clairet, vin dont les anglais raffolaient. Le vignoble bordelais prend son véritable essor à la fin du XIIe siècle.


À partir du XIe siècle, les moines étendent leurs domaines bien au-delà des sites propices à la viticulture, en Bretagne, Flandres, dans les régions septentrionales de l’Angleterre, jusqu’en Poméranie ou dans le sud du Danemark ! 


Les revenus tirés de la culture de la vigne ne sont pas négligeables. Le vin devient dès lors un facteur de richesse, tant et si bien qu’évêques, souverains et seigneurs, soucieux de leurs intérêts, se voient nantis de nombreux privilèges liés au vin (possession des pressoirs) et à sa vente (avantages, taxes). 


Avec l’essor des bourgeoisies des pays du Nord, très consommatrices de vins blancs, la production des vignobles rhénans et du nord de la France ne suffit plus. Les grandes régions viticoles que l’on connaît aujourd’hui, de Bourgogne et de Bordeaux, se développent alors.

 

Dès l'an mil, les documents attestent d'un vignoble étendu et d'une véritable organisation viticole. Les vignes ne sont pas des parcelles disparates, mais des ensembles structurés et surveillés, dont certains sont équipés de clos et de pressoirs. Vers 1300, les vignobles de la haute vallée du Rhône ont déjà les dimensions qu'on leur connaîtra dans la seconde moitié du 19ème siècle. L'épidémie de peste qui ravage le Valais en 1350 ne semble pas avoir de répercussions importantes sur eux.

Peu à peu, les goûts évoluent et les consommateurs délaissent les vins capiteux de l'époque pour se porter vers des vins plus clairs et plus légers. Le vin fait l'objet d'une véritable bataille commerciale, et les différents vins commencent d'affirmer leur personnalité. Il est bien sûr difficile d'imaginer le goût des vins du Moyen Âge, mais au vu des techniques employées, on peut supposer que les vins actuels s'en rapprochent. Fait qui peut être confirmé par le premier classement des crus jamais effectué (en 1224), qui consacre des vignobles encore réputés aujourd'hui.


À la fin du Moyen Âge, la consommation de vin augmente ; une viticulture populaire se met en place, avec la plantation de cépages plus grossiers mais au rendement important. Au XVe siècle, Paris ne compte pas moins de quatre mille tavernes !


Pendant toute la période du Moyen Âge, la France est le premier exportateur de vin. Paris et l'Île-de-France sont le plus grand vignoble de France, qui approvisionne les villes, grandes consommatrices de vin.

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Jehanne - dans La Société
22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 21:34

L'éclairage au Moyen âge.

 

 

 

 

 

 

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L'éclairage de la maison est de mauvaise qualité et faisait courir le risque d'incendies de plus il était souvent rare par soucis d'économie. Le plus souvent, comme les cheminées permettaient de grandes flambées, sauf en ville et dans les régions déboisées, l'on se contentait de la lumière produite par le foyer pour les veillées.


Sinon, pour créer un peu de lumière, on utilisait essentiellement des lampes à huile, à suif, des bougies et chandelles, et pour l'extérieur des torches.


Il est d'ailleurs intéressant de noter que cette domestication de la nuit passe par l’organisation de moyens destinés à parer la violence : patrouilles nocturnes, arrestation des sujets en armes et sans torche, guet, arrière-guet et garde dans les villes et non par des moyens d'éclairages publics.


Au XVème siècle encore, il n'y avait que trois points d'éclairage public dans Paris : la porte du tribunal du Châtelet, où Philippe le Bel avait fait placer une lanterne à carcasse de bois garnie de vessies de porc pour déjouer les entreprises des malfaiteurs qui se perpétraient jusque sur la place ; la tour de Nesle, où un fanal indiquait l’entrée de la ville aux mariniers remontant la Seine, et la lanterne des morts du cimetière des Innocents.


Comment s’éclairaient nos ancêtres ? L’histoire nous répond qu’ils adoptèrent d’abord l’usage des lampes à pied ou suspendues à l’imitation des Romains et dans lesquelles ils brûlaient, dans le nord, de l’huile de navette ; dans le midi, de l’huile de noix. Mais l’usage de la cire et surtout du suif était aussi fort répandu sous forme de chandelles.


Ce dernier terme s’appliqua, jusqu’au XIVe siècle, aussi bien pour désigner la chandelle proprement dite, ou de suif que la bougie ou chandelle de cire. A partir de cette époque cependant trois mots sont employés dans un sens distinct : chandelle, pour le suif, cierge pour la cire d’église, bougie pour la cire employée dans les habitations parce que c’était de la ville de ce nom que l’on tirait la cire d’Afrique qui passait pour la meilleure.


La chandelle de suif constituait, alors comme jusqu’à ces dernières années, l’éclairage des classes peu aisées à cause de son prix relativement faible ; la cire était rare même dans les habitations somptueuses .


Dans les fêtes, on ajoutait à cet éclairage des torches de résine que des serfs portaient à la main. Le tragique épisode du Ballet des Ardents prouve que cette coutume, déjà signalée dans Grégoire de Tours, s’était perpétuée jusqu’au règne de Charles VI.


Dès le XIVe siècle, il existait une corporation des chandeliers-ciriers-huiliers rangée sous la bannière de Saint-Nicolas. L’apprentissage était de six ans. Les principales opérations du métier consistaient à clarifier le suif et la cire, à couper et à ajuster les mèches de deux fils de coton et d’un fil de chanvre, à les attacher par rangées à une baguette, à les plonger et à les replonger, jusqu’à ce qu’elles aient acquis la grosseur et le poids convenable, dans le vase qui contient le suif ou la cire en ébullition. Les meilleures chandelles de cire venaient du Mans.


La falsification n’a pas attendu notre époque pour s’exercer aux dépens de l’acheteur ; certains chandeliers recouvraient de bon suif une chandelle formée de mauvaise matière première ; ces chandelles fourrées donnèrent lieu à bien des discussions et aussi à des règlementations. Au XVe siècle, il était interdit aux membres de la corporation de mêler la vieille cire avec la nouvelle, le suif de mouton avec le suif de vache, et de mettre, aux mèches, plus d’étoupe que de coton. Plus tard, on améliora la fabrication en ajoutant une couche de suif à trois couches de cire. On employa le marc d’huile de noix pour faire des chandelles ; on fit la mèche entièrement en coton ; on vendit des chandelles de toutes les couleurs, de toutes les nuances, en cire blanche, bleue, rouge, verte, jaune, jaspée ; « triolé, riolé, comme la chandelle des rois », disait un vieux proverbe.


La chandelle n’était guère perfectible ; malgré les grands progrès de la chimie on n’a pu arriver à combattre complètement la trop grande fusibilité du suif et la combustion incomplète de la mèche ; seule, la bougie stéarique, due aux travaux de Chevreul, a apporté à ce mode d’éclairage insuffisant un remède efficace.


Ce coup d’œil jeté rapidement sur l’histoire de la chandelle, il nous reste à dire quelques mots des ustensiles, flambeaux, chandeliers, bougeoirs destinés à la maintenir et à la transporter.

Au moyen âge, les chandeliers, quelle que fût leur destination, civile ou religieuse, étaient couverts de représentations animales. Ceux d’église portent tous à leur base des dragons qui sont un symbole de la victoire de la lumière sur l’esprit des ténèbres.


Le cétébie, flambeau dit de Glocester, que nous reproduisons et qui flgure au musée de South-Kensington, de Londres, est un exemple curieux de l’orfèvrerie religieuse au début du XIIe siècle. Il est formé d’un alliage d’argent doré. Sa base triangulaire s’appuie sur trois têtes de dragons. Sa tige, son pommeau et son calice supportent quarante-deux monstres tous différents émergeant d’un fouillis de feuillages contournés, de banderoles et d’inscriptions latines portant des devises, le nom du donateur, etc.


Le métal, la faïence, le boismême sont employés alors dans cette fabrication. L’émaillerie y est fort commune ; Limoges, au XIIIe siècle, produisait des chandeliers champlevés.


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Jehanne - dans La Société
2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 17:01

Le mariage au Moyen âge.

 

 

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A la suite du droit romain, le mariage est défini au Moyen Age comme l’institution entre l’homme et la femme d’une communauté de vie et de biens, socialement reconnue, et constitue le cadre d’une descendance légitime. Comme dans toute société, le mariage forme « la clé de voûte de l’édifice social » (Duby, 1981, p. 23); et c’est pourquoi il a été l’enjeu de tensions et de conflits parfois très vifs, notamment entre l’Eglise et l’aristocratie. Progressivement, en une lutte sans cesse reprise entre IVe et XIIIe siècle, l’Eglise s’est employée à contrôler les règles de l’alliance, imposant le modèle inédit d’un mariage strictement monogame, indissoluble et fortement exogame. D’abord suspect en raison de son lien avec les oeuvres de la chair et méprisé par rapport à l’état des vierges et des chastes, le mariage s’est vu revalorisé par les clercs qui, amplifiant à l’époque caroligienne puis dans le mouvement de la Réforme grégorienne des thèmes esquissés par saint Augustin, ont finalement exalté en lui le cadre de vie légitime et pieux caractéristique de l’état laïque. Au terme de ce processus, rendu plus nécessaire encore par le refus de l’institution matrimoniale chez les hérétiques des XIe-XIIe siècles, le mariage se trouve inclus, au cours du XIIe siècle dans le septénaire des sacrements (Gaudemet, 1987). En ce qui concerne le rite matrimonial, le droit romano-canonique voit dans le consentement des époux le critère essentiel d’institution de l’alliance, tandis que la forme même du rite, très variable selon les lieux et les époques, relève de la coutume. Pourtant, sans toutefois y parvenir pleinement, notamment en Italie centrale où le mariage reste un rituel privé et laïque (Klapisch-Zuber, 1990), l’Eglise cherche à renforcer son contrôle sur le rituel matrimonial. La liturgie des bénédictions nuptiales se développe à partir du XIè siècle, sans toutefois devenir impérative. Tout comme la célébration du mariage ante faciem ecclesiae, la présence d’un prêtre est encouragée, même si elle ne devient une condition obligatoire de validité que lors du Concile de Trente.

Sans pouvoir considérer ici les représentations de l’état conjugal, on se limitera à évoquer les formes du rite matrimonial, en considérant successivement le mariage humain puis différents cas de mariage symbolique (on exclura également les représentations des festivités nuptiales, telles qu'elles apparaissent dans les Noces de Cana). Enfin, il faut souligner que les pratiques matrimoniales ont été l’occasion d’une intense production d’objets, souvent ornés d’un riche décor (bagues, colliers, ceintures, plats, cassoni...).

Le mariage humain.

Si l’art des sarcophages était dans l’Antiquité une occasion de figurer le mariage de simples citoyens, cette possibilité connaît une éclipse au cours du Moyen Age, pour ne réapparaître, de façon encore exceptionnelle, qu’à la fin de cette période, comme en témoigne le portrait du couple Arnolfini, interprété précisément comme témoignage pictural de la célébration légitime du rite matrimonial (Londres, National Gallery, Jan van Eyck, panneau, 1434; Panofsky, 1971, p. 201-203). Au Moyen Age, la figuration du mariage de contemporains conserve toutefois une certaine importance dans le domaine byzantin, en ce qui concerne les couples impériaux.


C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’est produite une part importante des bijoux de mariage déjà évoqués : ils figurent souvent l’union des deux époux qui joignent leurs mains droites (dextrarum iunctio), sous l’égide du Christ (solidus de Marcianus et Pulcheria, 451, Glasgow, Hunterian Museum; ceinture matrimoniale de Dumbarton Oaks Coll.; Kantorowicz, 1960; Vikan, 1990; Iacobini, 1991). En Occident, la figuration du mariage des souverains ne revêt pas une telle importance sociale et politique; elle est beaucoup plus rare et semble limitée à des manuscrits tels que les Grandes Chroniques de France (Paris, BNF, fr. 2813, f. 344).

Deux contextes principaux, donnant lieu à la figuration du mariage humain, retiennent surtout l’attention. Il s’agit en premier lieu de l’illustration des manuscrits juridiques, qui se développe surtout à partir du XIIIe siècle, en particulier dans les Décrétales auxquelles est rattaché le Tractatus de matrimonio de Raymond de Penafort, et surtout dans le Decretum Gratiani (1130-1150), dont les causae 27 à 36 constituent le premier exposé systématique sur le droit canonique du mariage (Melnikas, 1975). Tout en illustrant les scénarios complexes d’une casuistique débridée, ces manuscrits fournissent un corpus très abondant et diversifié de figuration des rituels matrimoniaux. D’autre part, le mariage des personnages bibliques fournit une moisson abondante. Citons par exemple les mariages d’Osée et Gomer (ornant souvent l’initiale du livre de ce prophète), de Tobie et Sarra ou encore de Booz et Ruth (Bible de Roda, Paris, BNF, lat. 6, II, f. 1), qui le cèdent toutefois en importance à ceux de Moïse et Cippora (mosaïque de Santa Maria Maggiore, Ve siècle; Bible moralisée, Vienne, ONB, 2554, f. 17v.) et de David et Mikal (Musée de Nicosie, plat en argent provenant de Constantinople, 610-628, où l’iconographie permet d’établir une relation avec le mariage de l’empereur, conçu comme nouveau David; Frugoni, 1977, Bible Maciejowski, New York, PML, 638, f. 29v., milieu XIIIe siècle).

Dans le domaine néotestamentaire, le mariage de la Vierge et de Joseph revêt une importance toute particulière, puisqu’il concerne la parenté du Christ et fournit le modèle d’une union chaste (il est donc un enjeu dans la discussion des théologiens et des canonistes sur le rôle respectif du consentement et de l’union sexuelle dans l’établissement du lien matrimonial; Gold, 1982). Ignoré du Nouveau Testament, l’épisode est rapporté dans les apocryphes (cf. APOCRIFI). D’après les versions les plus anciennes (Proto-Evangile de Jacques, Evangile du Pseudo-Matthieu), Marie, ne pouvant demeurer dans le Temple une fois atteint l’âge de quatorze ans, bien qu’elle ait fait voeu de chasteté, se voit confiée à la garde d’un tuteur très âgé. Par la suite, l’épisode décrit un véritable rituel matrimonial, conformément à la version du Liber nativitatis Mariae, amplifiée dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Si la représentation du mariage de la Vierge et de Joseph apparaît de façon isolée à la fin de l’Antiquité (Le Puy, Musée Crozatier, sarcophage de la fin du IVe siècle), elle émerge surtout à partir du XIe siècle (Evangéliaire d’Otton III, Munich, Staatsbibl., Clm 4453, f. 28, où la Vierge place ses deux mains entre celles de Joseph; Lectionnaire, Aartbisschop. Mus., 1053, f. 7; Evangiles, Saint-Omer, BM, 154, f. 1, fin XIè siècle). Tandis qu’en Orient, on représente la Vierge confiée à Joseph, en évitant toute connotation nuptiale (Kiev, Sainte-Sophie, peintures, milieu XIe siècle), celleci s’affirme au contraire progressivement en Occident (Notre-Dame de Paris, portail Sainte-Anne, 1220-1230; Lafontaine-Dosogne, 1964-65). A partir de 1300, le thème prend un nouvel essor, dans les livres d’heures et les cycles monumentaux, en particulier en Italie où Giotto renouvelle l’iconographie du Spozalizio (Padoue, Chapelle Scrovegni; Klapisch-Zuber, 1990). Il montre le rite célébré sous l’autorité du grandprêtre, tandis que Joseph remet l’anneau à Marie (au lieu de la dextrarum iunctio, comme dans le nord de l’Europe). Son bâton miraculeusement fleuri, qui le désigne comme l’élu de Dieu, est surmonté de la colombe de l’Esprit selon la tradition issue du Liber Nativitatis Mariae, tandis que les autres hommes, moins chanceux, brisent leurs baguettes. S’inscrivant dans le même schéma, des oeuvres plus tardives (comme à Florence, Santa Croce, chapelle Rinuccini) soulignent davantage encore l’agressivité des jeunes récusés, évoquant ainsi les rituels du charivari, souvent accomplis lors du remariage d’un veuf.

A travers ces différents contextes, deux gestes principaux s’imposent largement pour signifier le rituel matrimonial : la dextrarum iunctio; la remise de l’anneau.

Dans l’Antiquité, le geste par lequel les époux unissent leurs mains droites est le signe matrimonial par excellence, tant dans le rituel que dans l’iconographie (Reekmans, 1958); apparaît alors, en position médiane, Junon ou la déesse Concorde, dans le rôle de la pronuba, qui pose ses mains sur les épaules des conjoints. Repris dans la représentation du mariage impérial byzantin, avec le Christ pronubus qui s’est substitué aux divinités antiques, le geste symbolise l’union et la concorde entre les époux.


Dans l’art médiéval, de nombreuses variantes sont possibles, qui tiennent à l’identité du pronubus ou à son geste. S’écartant de la posture antique (mains sur les épaules des époux), il peut prendre un rôle plus actif dans l’accomplissement du rituel, tenant les poignets des deux époux (Décret de Gratien, Paris, BNF, lat. 3893, f. 285) afin de procéder lui-même à la jonction des mains (Toulouse, Musée Dupuy, coffret d’ivoire, XIVe siècle, mariage de la Vierge, Lafontaine-Dosogne, 1965, fig. 69). Mais les deux époux peuvent aussi accomplir seuls la dextrarum iunctio (Bible Maciejowski, New York, PML 638, f. 42v., mariage de David et Bethsabée; Décret de Gratien, BAV, Vat. lat. 1374, f. 255v., Bologne, fin XIIIe siècle). La remise de l’anneau, pratiquée tant pour les fiançailles que pour le rituel matrimonial proprement dit, est le second élément fréquemment retenu. Bien attesté dans le rituel de l’Antiquité tardive, puis au cours du Moyen Age, ce geste ne vient que tardivement concurrencer la dextrarum iunctio dans l’iconographie (Decret de Gratien, BAV, Vat. lat. 1375, f. 267, Bologne, c. 1300; ainsi que les représentations déjà citée du mariage de la Vierge).

Comme pour la dextrarum iunctio, l’intervention du pronubus peut se faire plus ac tive, apparemment en conformité avec le rituel tel qu’il se déroule en Italie (Klapisch- Zuber, 1990) : il rapproche alors les mains des époux, afin que l’homme glisse la bague à l’annulaire de sa promise (Heures Visconti, Florence, BN 397, f. 1 : mariage d’Anne et Joachim; f. 90 : mariage de la Vierge).

D’autres éléments du rituel matrimonial trouvent plus rarement place dans l’image. C’est le cas de la velatio nuptialis, soit sous sa forme antique, dans laquelle la femme est recouverte d’un voile, signifiant la protection apportée par le mari, soit plutôt selon la version attestée dans les rituels ecclésiastiques au moins à partir du XIIe siècle (Molin-Mutembé, 1974, n. 2457), et dans laquelle un voile est posé sur les deux époux, symbolisant alors leur union.

En revanche, le couronnement nuptial, qui constitue pourtant dans le mariage byzantin le moment culminant du rituel, n’a guère laissé de traces, si ce n’est par l’existence de couronnes matrimoniales (Vikan, 1990). On citera toutefois le cas exceptionnel d’une miniature du XIIè siècle figurant le couronnement matrimonial de l’empereur Constantin VII et de sa femme Hélène (Chronique de Jean Skylitzes, Madrid, BN, cod. 5-3, n. 2, f. 125; Vikan, 1990, fig. 1). Enfin, des éléments importants du rite, tels que la deductio ad domum par laquelle la femme est conduite à la demeure de son époux, ne semblent pas représentés, mais la phase finale du mariage peut être évoquée par les fêtes et banquets qui caractérisent les réjouissances nuptiales. De même, il est exceptionnel de voir représenté le serment des époux (Sentences de Pierre Lombard, BAV, Vat. lat., 681, f. 271) ou évoquées dot et contre-dot (voir toutefois Vidal Mayor, VI, 10, De iure docium, Malibu, Paul Getty Museum, f. 197 v. où, au moment de la dextrarum iunctio, le mari désigne la demeure qu’il donne à sa femme).

Enfin, on doit souligner que l’iconographie se fait l’écho du processus, lent et partiel, de cléricalisation du rituel matrimonial. Si le rôle de pronubus peut être tenu par un membre des familles (Saül sur le plat de Nicosie, déjà cité) ou, cas fréquent surtout en Italie, par un notaire (Décret de Gratien, BAV, Urb. lat. 161, ff. 272 v., 276, 281), un prêtre apparaît de plus en plus souvent en position centrale, qu’il s’agisse de scènes bibliques (comme le mariage de la Vierge) ou d’illustrations juridiques (Vidal Mayor, ms. cité, f. 197v.). La scène peut d’ailleurs se dérouler ante faciem ecclesiae, conformément à une pratique par laquelle l’Eglise, à défaut de pouvoir imposer un rite ecclésiastique, cherche du moins à l’inscrire dans sa sphère d’influence (Décret de Gratien, Paris, BNF, lat. 3898, f. 285). Les bénédictions liturgiques (en particulier celle du lit nuptial), par lesquelles les clercs s’efforcent également de renforcer leur rôle dans le rituel, ne semblent guère représentées, même si l’on peut mentionner une miniature anglaise des Décrétales : tandis que l’évêque rapproche les mains des époux pour la remise de l’anneau, un diacre tient au-dessus du mari un livre portant l’inscription « Deus Abraham », allusion aux formules liturgiques invoquant au profit du nouveau couple la fécondité exemplaire du patriarche (Hereford, Cathédrale, ms. O. 7. VII, f. 156, 1250-1260). Enfin, le processus de cléricalisation apparaît plus clairement encore avec le choix de figurer la messe de mariage, dont on rappelle toutefois qu’elle ne constitue nullement le rite instituant juridiquement l’alliance, mais seulement un complément facultatif (Décret de Gratien, BAV, Vat. lat. 1389, f. 241, Bologne, c. 1330).

Institution divine du mariage et symbolisme matrimonial.

Si déjà saint Augustin affirmait que l’union conjugale (copula coniugalis) avait été instituée par Dieu au paradis, entre Adam et Eve (De civitate Dei, XIV, 21), l’iconographie du mariage des premiers parents ne s’en est pas moins constituée très lentement.


Ainsi, à l’exception d’un sarcophage paléochrétien qui montre Adam et Eve, à côté de l’arbre du péché, unis dans le geste de la dextrarum iunctio (Musée de Velletri, c. 300-320), les cycles figurés du paradis terrestre suivent dans un premier temps Gn 2,22 : Yahvé présente à Adam la compagne qu’il a tirée de son flanc, sans que la scène ne soit investie d’aucune connotation matrimoniale. Parfois, Yahvé pose la main sur l’épaule d’Eve et semble la pousser vers Adam (Bible de Vivien, Paris, BNF, lat. 1, f. 10v.; c. 846; Porte de Bronze de Hildesheim, c. 1015; Venise, San Marco, mosaïques de l’atrium); ailleurs, Yahvé, placé entre ses deux créatures, désigne Eve à Adam (voûte de l’abbatiale de Saint-Savin, c. 1100; mosaïques de Monreale).

Une transformation importante intervient au début du XIIIe siècle, lorsque l’on représente véritablement le mariage d’Adam et Eve (Heimann, 1975). Alors, Yahvé, en position de pronubus, saisit les poignets des deux époux pour accomplir la dextrarum iunctio (Bible moralisée, Vienne, ONB, 2554, f. 2 : « Ici fet Dex le mariage d’Adam et d’Eve », c. 1220; Freiburg im Br., Cathédrale, portail Nord, c. 1365;

Livre des propriétés des choses, Cambridge, Fitzwilliam Museum, ms. 251, f. 16, c. 1415). Une telle représentation confère au mariage une origine à la fois divine et édénique. Institué avant la faute, le mariage d’Adam et Eve montre que l’union sexuelle et la procréation peuvent s’accomplir sans péché et fournit le modèle idéal du mariage chrétien. Les mutations iconographiques font ainsi écho à l’évolution des conceptions cléricales du mariage, à sa valorisation croissante et à l’affirmation de son caractère sacramentel, qui s’impose fermement au cours du XIIe siècle.

L’union nuptiale du Christ et de l’Eglise constitue une autre référence fondamentale pour le mariage chrétien. Ce thème trouve sa source chez saint Paul (Ep 5,32), en un passage essentiel où l’union est qualifiée de « sacramentum » (terme qui n’a d’abord que le sens de mystère), avant de se développer largement dans la patristique. Il se trouve parfois figuré, notamment dans les Bibles moralisées, où il est mis en relation typologique avec le mariage d’Adam et Eve (Oxford, Bodleian, 270b, f. 6; Paris, BNF, fr. 9561, f. 8, début XIVe siècle). Le mariage entre chrétiens se trouve ainsi justifié par référence à la fois à son origine édénique (Adam et Eve) et à un modèle spirituel parfait (le Christ et l’Eglise) dont il est le symbole.

Enfin, il faut évoquer l’extrême diffusion du symbolisme matrimonial dans la culture et dans les images médiévales. Les formes de vies religieuses les plus valorisées sont conçues comme des noces spirituelles : la consécration des vierges est un mariage avec le Christ, qui leur confère le titre de sponsa Christi. De même que pour l’évêque, qui épouse son église, le rituel décalque celui du mariage, avec la remise de l’anneau, symbole de cette union mystique (Grégoire, 1977). D’autre part, la représentation du couronnement de la Vierge possède une forte connotation matrimoniale, par ses références au Cantique des Cantiques (Thérel, 1984). De façon générale, ce livre biblique a joué un rôle très important dans le développement de la symbolique nuptiale, même s’il faut préciser que les représentations du couple Sponsus-Sponsa ne se réfèrent pas aux gestes du mariage (il en va de même pour l’illustration d’Ap 19 qui montre les noces de l’Agneau et de l’Eglise; cf. APOCALISSE). Enfin, la représentation du mariage mystique avec le Christ est le privilège de certaines saintes, comme Catherine d’Alexandrie ou Catherine de Sienne qui reçoivent l’anneau de leur époux céleste (cf. CATERINA DA SIENA), tandis que François d’Assise épouse spirituellement Dame Pauvreté (Assise, Basilique inférieure, fresque giottesque).

Au Moyen Age, la symbolique nuptiale ne saurait être séparée des conceptions du mariage humain. Il importe au contraire de situer ce dernier entre une conception dépréciative, associant toute forme de sexualité, même vouée à la reproduction humaine, au péché, et la version idéale des noces mystiques qui renverse la symbolique nuptiale pour signifier le renoncement à tout lien charnel. Entre les deux, s’est progressivement élaboré, dans la diversité des rites et de ses représentations, un modèle chrétien du mariage, fondé sur une spiritualisation de l’union charnelle.

Jérôme Baschet

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Jehanne - dans La Société
31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 10:06

La chimie au Moyen âge.

 

 

 

 

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Les doctrines mystiques et allégoriques des adeptes de l'art sacré furent reprises et développées au Moyen âge par les alchimistes arabes. Les Arabes traduisirent les oeuvres des Grecs, les commentèrent et firent fructifier les sciences pendant plusieurs siècles. De grands savant, tels Geber ou le médecin Avicenne, illustrèrent l'alchimie en Orient. C'est par l'intermédiaire des Arabes que la science alchimique pénétra en Occident, vers le temps des croisades. Les premiers alchimistes de l'Europe chrétienne ne connaissent et ne commentent que les auteurs arabes : Vincent de Beauvais, dans son Speculum majus, s'en réfère seulement à eux. Le Theatrum chemicum, collection des vieux textes connus au XVIIe siècle, n'en reproduit pas d'autres et ignore à peu près complètement les alchimistes alexandrins. La culture de l'alchimie fut poursuivie avec passion pendant le Moyen âge latin; mais elle fit peu de découvertes nouvelles.

Les adeptes, suspectés et persécutés, se cachèrent sous les noms des personnages les plus illustres de leur époque, tels que Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Roger Bacon, mort en 1292, et Arnaud de Villeneuve, mort vers 1319, ont écrit réellement sur l'alchimie; quoique plusieurs des ouvrages qui portent leur nom manquent d'authenticité. On a attribué à tort, au dernier; la découverte de l'alcool, déjà connu des Arabes plusieurs siècles avant lui. Pendant le XIVe et le XVe siècle, les alchimistes se multiplient : les uns sont de purs charlatans, les autres ont concouru aux progrès de la chimie par des expériences souvent obscures et mal interprétées, mais qui sont devenues le point de départ des découvertes ultérieures. Citons seulement, à ce dernier point de vue, Basile Valentin, qui à beaucoup travaillé sur l'antimoine, les deux Isaac, père et fils, Hollandais fort habiles, Bernard Trévisan, mort en 1490, etc.

A côté de l'alchimie proprement dite, une chimie pratique a aussi existé au Moyen Age, les alchimistes eux-mêmes qui l'habillaient de tout l'attirail théorique de la philosophie hermétique s'y livraient, mais souvent aussi cette science perpétuait des savoir-faire remontant à l'Antiquité, et qui n'avaient jamais été perdus depuis.

 

 

 


Exploitation des mines.

Les Anciens avaient entrepris d'immenses travaux pour l'exploitation des richesses métallurgiques des Pyrénées et de l'Espagne. Mais arrivés à une certaine profondeur du sol ils se voyaient forcés de s'arrêter, soit à cause des airs irrespirables, soit à cause des eaux qu'ils rencontraient. Impuissants à vaincre ces obstacles, les ouvriers mineurs abandonnèrent ces anciennes mines, sur lesquelles on avait répandu beaucoup de superstitions, conformément à l'esprit du temps.

« La principale raison, dit Carrault, pour laquelle la plupart des mines de France et d'Allemagne sont abandonnées, tient à l'existence des esprits métalliques qui sont fourrés en icelles. Ces esprits se présentent les uns en forme de chevaux de légère encolure et d'un fier regard, qui de leur souffle et hennissement tuent les pauvres mineurs. Il y en a d'autres qui sont en figure d'ouvriers affublés d'un froc noir, qui enlèvent les ouvrants jusqu'au haut de la mine, puis les laissent tomber du haut en bas. Les follets ou kobalts ne sont pas si dangereux; ils paraissent en forme et habit d'ouvriers, étant de deux pieds trois pouces de hauteur : ils vont et viennent par la mine, ils montent et descendent, et font toute contenance de travailler [...]. On compte six espèces desdits esprits, desquels les plus infestes sont ceux qui ont ce capuchon noir; engendré d'une humeur mauvaise et grossière [...]. Les Romains ne faisaient discontinuer l'ouvrage de leurs mines pour quelque incommodité que les ouvriers pussent recevoir. »

Ce dernier trait est caractéristique : il peut suffire pour distinguer les mentalités de l'Antiquité d'avec celles du Moyen âge. Les souverains étaient censés les propriétaires de tous les trésors souterrains. A l'origine ils ne concédaient qu'à leurs proches le droit d'exploiter des mines.
C'est ainsi que Charlemagne accorda à ses fils Louis et Charles, par lettres patentes, datées de Laon en 786, l'exploitation des mines de la Thuringe. Plus tard ce droit fut concédé à de simples particuliers. Les travaux des Francs et des Maures sont faciles à reconnaître; leurs excavations souterraines ont généralement la forme carrée. Les puits des mines exploitées par les Romains sont toujours ronds.

Lorsqu'on eut appris que les sables de certaines rivières sont aurifères, tout le monde voulait se mettre à la recherche de l'or. L'agriculture fut abandonnée et les campagnes devinrent bientôt désertes. Il en résulta des disettes cruelles, et les gouvernements recoururent à la force ou à des peines sévères pour ramener les chercheurs d'or à la culture des champs.

 

 

 

 

Kermès. Culture du pastel.

Le kermès ou la cochenille du chêne (coccus ilicis), bien connu des Grecs et des Arabes pour la teinture écarlate, parait avoir été introduit dans l'ouest de l'Europe vers le Xe ou XIe siècle. A cette époque, plusieurs abbayes augmentaient leurs revenus en exigeant, sous forme de dîme, une certaine quantité de sang de Saint-Jean, comme on appelait alors le kermès.

Avant l'introduction de l'indigo, on employait le pastel (isatis tinctoria), plante de la famille des Crucifères, pour teindre les étoffes en bleu. Dès le XIIe siècle la culture du pastel avait déjà acquis un haut degré de prospérité dans l'Europe centrale, particulièrement en Lusace et en Thuringe.

 

 

 

Peinture sur verre.

Les vitraux peints étaient primitivement formés d'un assemblage de fragments de verre coloré. Cet assemblage de compartiments de toutes sortes de couleurs, transparents, agréables à la vue, rappelait le travail des artistes romains, connus sous le nom de quadratarii. On admirait beaucoup l'effet que produisait le soleil levant, entre autres, à travers les vitraux de l'Église de Sainte-Sophie, à Constantinople. Les vitres de couleur que le pape Léon III fit, en 795, mettre aux fenêtres de l'église de Latran étaient également fort admirées de leur temps.

L'art de brûler, dans la substance même du verre, des dessins de différentes couleurs, ne paraît pas être antérieur au XIe siècle. L'abbé Suger, ministre de Louis le Gros, nous apprend lui-même qu'il fit venir de l'étranger les artistes les plus habiles pour peindre les vitres de l'abbaye de Saint-Denis, qu'ils brûlaient des saphirs en abondance et les brûlaient dans le verre, pour lui donner la couleur d'azur, la plus estimée des couleurs.

L'art de la peinture sur verre, où dominaient le bleu et le rouge (obtenu par l'oxyde de fer), se perfectionna aux XIIIe, XIVe et XVe siècles. il se perdit vers le XVIIIe siècle, et fut retrouvé vers le milieu duXIXe siècle, grâce aux progrès de la chimie.

 

 

 

Altération des monnaies.

Les vices de l'humain sont, qu'on nous passe cette comparaison, le fumier du progrès. Pour s'assurer à quel point les monnaies étaient altérées par la cupidité, il fallait de nouveaux moyens chimiques. La pierre de touche, dont se servaient depuis longtemps les orfèvres, était un procédé devenu insuffisant. La coupellation, décrite par Geber (L'alchimie arabe), fut bientôt universellement pratiquée. Une ordonnance de Philippe de Valois, en date de 1343, entre à cet égard dans des détails curieux.

« Les coupelles, y est-il dit, sont de petits vaisseaux plats et peu creux, composés de cendres de sarment et d'os de pied de mouton calcinés et bien lessivés; pour en séparer les sels qui feraient pétiller la matière de l'essay, on bat bien le tout ensemble, et après cela on met, dans l'endroit où l'on a fait le creux, une goutte de liqueur qui n'est autre chose que de l'eau où l'on e délayé de la mâchoire de brochet ou de la corne de cerf calcinés, ce qui fait une manière de vernis blanc dans le creux de la coupelle, afin que la matière de l'essay y puisse être plus nettement, et que le bouton de l'essay s'en détache plus facilement.»

La même ordonnance recommandait aux essayeurs d'employer du plomb parfaitement pur pour opérer le départ du cuivre allié à l'or ou à l'argent. Cette recommandation était d'autant plus nécessaire que le plomb était alors presque toujours argentifère, comme le montre l'analyse des couvertures de plomb d'anciennes églises. C'est de là que vient probablement la croyance populaire que le plomb qui vieillit sur les toits se change en argent.

Cependant pour opérer le départ de l'argent dans les alliages d'or et d'argent, la coupellation ne suffisait plus. On employa l'eau-forte pour dissoudre l'argent sans toucher à l'or. Ce moyen devint d'un usage fréquent dès le commencement du XVIe siècle, à en juger par une ordonnance du roi François Ier. Les Vénitiens et les Hollandais avaient alors le monopole de la fabrication de l'eau-forte et de l'eau régale.

Avant l'emploi de l'eau-forte, les essayeurs se servaient du ciment royal et de l'antimoine. Le ciment royal était un mélange de briques pilées, de vitriol, de sel commun et de nitre, mélange déjà connu des anciens. Quant à l'emploi de l'antimoine, le procédé de calcination devait être très défectueux : l'or ainsi séparé était peu malléable, il fallait le calciner de nouveau et en chasser les fleurs d'antimoine au moyen de soufflets.

L'altération des monnaies était un des moyens les plus ordinaires que les princes employaient alors pour remplir leurs caisses. Pour détourner d'eux les soupçons, ils accusaient de ce crime les physiciens et les alchimistes. Le roi Charles V fit, en 1380, une ordonnance par laquelle il interdisait à tous les citoyens « de se mêler de chimie et d'avoir aucune espèce de fourneau dans leurs chambres ou maisons. » Les souverains se relâchèrent plus tard de cette rigueur. On trouve, dans les archives des chancelleries de France, d'Allemagne et d'Angleterre, des transcriptions de lettres patentes conférant à des particuliers le privilège d'exploiter, pendant un certain nombre d'années , des procédés secrets « pour changer les métaux imparfaits en or et en argent. » C'était une prime d'encouragement donnée à la recherche de la pierre philosophale.

 

 

 

 

Falsification des aliments.

La fraude a puissamment contribué aux progrès de la chimie. La vente de la farine, du pain, de la viande de boucherie fut de tout temps l'objet d'une surveillance particulière. Le beurre même n'y échappait point. Une ordonnance du prévôt de Paris, en date du 25 novembre 1390, interdisait à toutes personnes faisant le commerce du beurre frais ou salé, « de mixtionner le beurre pour lui donner une couleur plus jaune, soit en y mêlant des fleurs de souci, d'autres fleurs, herbes ou drogues ». Elle leur faisait aussi défense « de mêler le vieux beurre avec le nouveau, sous peine de confiscation et d'amende arbitraire. »

La bière ou cervoise était alors sophistiquée autant qu'elle l'est aujourd'hui. C'est ce qui résulte des plus anciens statuts des brasseurs de Paris, qui portent que

« nul ne peut faire cervoise, sinon d'eau et de grain, à savoir d'orge, de méteil ou de dragée; que quiconque y mettra autre chose, comme baye, piment ou poix-résine, sera condamné à vingt sous d'amende, et ses brassins confisqués. »
Ces statuts furent renouvelés avec quelques additions qui portaient

« que les brasseurs seront tenus de faire la bière et cervoise de bous grains, bien germés et brassinés, sans y mettre ivraie, sarrasin, ni autres mauvaises matières, sous peine de quarante livres parisis d'amende; que les jurés visiteront les houblons avant qu'ils soient employés, pour voir s'ils sont mouillés, chauffés, moisis et gâtés; afin que s'ils sont trouvés défectueux, les jurés en fassent rapport à la justice, pour faire ordonner qu'ils seront jetés à la rivière. Aucuns vendeurs de bière et cervoise en détail n'en pourront vendre si elles ne sont bonnes, loyales et dignes d'entrer au corps humain, sous peine d'amende arbitraire et confiscation.»

 

 

Le vin, plus encore que la bière, avait de tout temps exercé l'esprit malfaisant des sophisticateurs. Une ordonnance du prévôt de Paris, porte
« que pour empêcher les mixtions et les autres abus que les taverniers commettaient dans le débit de leurs vins, il serait permis à toutes personnes qui prendraient du vin chez eux, soit pour boire sur le lieu, soit pour emporter, de descendre à la cave et d'aller jusqu'au tonneau pour le voir tirer en leur présence, etc. »

En traitant les vins par la litharge (oxyde de plomb), on en corrigeait l'acidité. Mais, par cette addition, il se produisait du sucre de Saturne (acétate de plomb), qui est un poison. D'anciennes ordonnances de police mentionnent plusieurs cas d'empoisonnement, dus à cette falsification. C'est ainsi que plusieurs vignerons d'Argenteuil furent punis d'une forte amende pour avoir mis de la litharge dans leurs vins, "afin de laur donner une couleur plus vive, plus de feu, et en diminuer la verdeur".


 

 

 

Pharmacopées. Poisons.

Au Moyen âge, les pharmacies n'étaient que des dépôts (apothèques) de sirops, d'électuaires, de conserves, de liqueurs alcooliques épicées, etc. Les apothicaires étaient primitivement placés sous la surveillance des médecins, et ils faisaient venir de l'Italie la plupart des médicaments officinaux, surtout les poisons.

L'une des substances dont les princes paraissent avoir alors fait souvent usage, et dont ils connaissaient parfaitement les propriétés, c'est l'arsenic sublimé, la mort-aux-rats, autrement nommé acide arsénieux. C'est ce qui résulte des instructions que donna, en 1384, Charles le Mauvais, roi de Navarre, au menestrel Woudreton, pour empoisonner Charles VI, roi de France, le duc de Valois, frère du roi et ses oncles, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon :

« Tu vas à Paris; tu pourras, lui disait le roi de Navarre, faire grand service, si tu veux. Si tu veux faire ce que je te dirai, je te ferai tout aisé et moult de bien. Tu feras ainsi : Il est une chose qui s'appelle arsenic sublimat. Si un homme en mangeait aussi gros qu'un pois, jamais ne vivrait. Tu en trouveras à Pampelune, à Bordeaux, à Bayonne et par toutes les bonnes villes où tu passeras, ès hôtels des apothicaires. Prends de cela et fais-en de la poudre. Et quand tu seras dans la maison du roi, du comte de Valois son frère, des ducs de Berry, Bourgogne et Bourbon, tiens-toi près de la cuisine, du dressoir, de la bouteillerie, ou de quelques autres lieux où tu verras mieux ton point; et de cette poudre mets ès potages, viandes et vins, au cas que tu le pourras faire à ta sûreté; autrement ne le fais point. »

Rien de plus clair que ces royales instructions d'empoisonnement. Elles nous apprennent plus sur cette matière que tous les alchimistes du Moyen âge. Ajoutons que c'est avec l'arsenic sublimat de Charles le Mauvais que se commettent encore aujourd'hui la plupart des crimes d'empoisonnement.

( Woudreton fut pris, jugé et écartelé en place de Grève en 1384. Voy. les Chroniques du moine de Saint-Denis et de Juvénal des Ursins. Le procès-verbal de l'interrogatoire du menestral Woudreton, conservé au Trésor des Archives, a été rapporté par Sacousse).

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Jehanne - dans La Société
31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 10:01

La terre et les paysans.

 

 

 

 

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Alleu, tenure et réserve

Au Moyen Âge, la grande majorité de la population vit à la campagne et cultive la terre. En contrepartie de leur protection, les seigneurs exigent des paysans un certain nombre de services et de redevances. Les terres cultivables sont réparties en 3 catégories : l'alleu, la tenure et la réserve. L'alleu est une terre qui n'appartient pas au seigneur. Elle est la pleine propriété du paysan et clé sa famille et est libre de tous droits seigneuriaux. Toutefois, le paysan peut être soumis à certaines obligations.

Mais la grande majorité de la terre appartient au seigneur qui la divise en tenures et en réserve. Les tenures sont louées à des paysans libres qui les cultivent, moyennant l'acquittement d'une location, le cens, et de divers services et redevances, le tout payable en nature ou en argent. Quant à la réserve, elle est constituée des terres qui appartiennent directement au seigneur. Elle est culti­vée la plupart du temps par les domestiques et les serviteurs du château. Les produits de la récolte sont stockés dans les greniers et les celliers du seigneur et servent à le nourrir, lui, sa famille et son entourage. Les surplus éventuels sont vendus, ce qui procure au seigneur une source de profit supplémentaire. A certaines époques de l'année, les autres paysans de la seigneurie sont astreints à des travaux agricoles sur la réserve. L'ensemble de ces obligations en nature constitue les corvées.

Paysans libres et serfs

Dans les campagnes, on distingue généralement les serfs des vilains. Les serfs sont des paysans totalement dépendants du seigneur. Ils sont attachés à la terre qu'ils cultivent; si la terre est vendue, ils sont vendus avec elle. En outre, ils ne peuvent quitter leur maître. Pour se marier en dehors de la seigneurie ils doivent s'acquitter d'une taxe, le formariage. Ce ne sont cependant pas à proprement parler des esclaves, tels que l'on en rencontrait durant l'Antiquité. Contrairement à une idée reçue, les serfs sont minoritaires parmi l'ensemble de la paysannerie.

Les paysans libres, appelés vilains, sont moins étroitement soumis au seigneur, même si, comme les serfs, ils sont également astreints à toute une série clé droits seigneuriaux : cens, taille, corvées, obligations d'utiliser le four banal, le moulin banal... En plus de ces taxes, redevances et services, les paysans sont soumis à la dîme, un impôt versé au profit de l'Église et qui représente environ un dixième des récoltes.

Semailles et moissons

Le seul engrais connu au Moyen Âge est le fumier. Or, les paysans ont peu de gros bétail. La terre, qui n'est donc pas correctement enrichie, devient stérile après quelques années de culture. Pour remédier à cette situation, on développe la jachère. Les surfaces cultivées doivent être laissées au repos l'année suivan­te. Il en découle une rotation des cultures, la moitié des terres étant tour à tour ensemencées puis mises en jachère un an sur deux.
C'est l'assolement bien­nal. L'inconvénient majeur de cette technique est une déperdition d'environ 50% de la production de la surface agricole. Peu à peu, une autre méthode va être développée : l'assolement triennal. Les champs sont divisés en 3 zones ou soles. Une seule est laissée en jachère tandis que la production est répartie sur les deux zones restantes, où l'on alterne la culture du blé avec celle d'autres céréales ou de légumes qui épuisent moins le sol (seigle, avoine, lentilles, choux, haricots...).

Parallèlement, les XIe et XIIIe siècles sont une période d'intenses défrichements. De nouvelles terres cultivables sont gagnées sur les forêts, les taillis, les marécages. Nombre de villages sont créés durant cette période. Les seigneurs encouragent ces défrichements, car ils leur permettent d'augmenter leurs revenus. Ils proposent aux paysans de venir s'implanter sur ces espaces et leur concèdent certains avantages et libertés. La condition des paysans, et notamment des serfs, s'en trouve améliorée. En effet, les défricheurs reçoivent du seigneur un lot de terres ainsi que la liberté complète, s'ils sont d'origine servile. L'attrait de la liberté fait, dès lors, affluer les paysans vers ces régions défrichées. L'étude de la toponymie renseigne sur ce mouvement et l'importance des nouvelles installations humaines. Ainsi, les localités comportant, par exemple, des noms en -sart, -rode, -hout ou la terminologie «neuville» évoquent ces déboisements et ces récentes implantations.

Cependant, malgré les défrichements, les famines restent une menace très présente et régulièrement, des régions entières sont frappées par ce fléau.

Les innovations technologiques

Entre le XIe et le XIIIe siècle, on assiste à de grands progrès dans le domaine de l'agriculture. Jusqu'à cette époque, les paysans disposent d'outils rudimentaires (houe, araire construits en bois) pour cultiver le sol. Enfouies à faible profondeur, les semences ne donnent qu'un faible rendement.

Peu à peu, l'usage du fer se développe, ce qui rend possible l'usage d'instruments métalliques plus perfectionnés : la charrue à soc en fer qui retourne la terre, la herse qui brise les mottes et enfouit les grains ou la faux qui coupe les foins. Mieux mis en valeur, les champs et terres de cultures produisent une récolte plus abondante.

Parmi les autres innovations technologiques, on peut citer l'amélioration de la traction et des procédés d'attelage plus performants : utilisation plus fréquente du cheval (dont les sabots sont ferrés) recours au collier d'épaule, apparition du joug frontal et de l'attelage en file pour les boeufs.

Agriculture et alimentation

L'alimentation est essentiellement composée de céréales : blés d'hiver (froment, épeautre, mil, seigle...) ou de printemps (orge et avoine) utilisés pour confectionner le pain, les galettes, la cervoise et la bouillie. Le pain, blanc pour les nobles et les nantis, est la nourriture de base. Cet aliment a, en outre, une haute valeur symbolique : le pain consacré représente le corps du Christ; partager le pain, en famille, c'est manifester son appartenance à la communauté chrétienne. Les légumineuses (pois, fèves, raves, «herbes» et «racines») viennent en complément, en accompagnement. On les consomme sous formes de bouillies ou de soupes. Les laitages et les œufs s'ajoutent à cette alimentation quotidienne. Les fruits (noisettes, noix, fraises, framboises...) sont rares et essentiellement issus de la cueillette.

Le développement des échanges favorise la culture de la vigne. Celle-ci s'étend progressivement vers le nord de l'Europe, depuis les côtes méditerranéennes jusqu'à nos régions. Mais les techniques de vinification étant rudimentaires, le vin est peu alcoolisé. On le coupe alors d'eau et on lui ajoute des épices. De même, les modes de conservation sont peu développés. Le vin se conserve dans des tonneaux et devient souvent imbuvable au bout d'une année. La consommation de viande est exceptionnelle, sauf à la table des seigneurs, grands amateurs de gibier. Porcs, moutons, volaille et bétail sont élevés pour leur viande, mais également pour les multiples ressources qu'ils procurent (laine, œufs, animaux de trait...).

Textes

La tenure au XIIe siècle
«... Guichard, bon paysan, qui doit en service :
- à Pâques, un agneau;
- à la fenaison, six pièces de monnaie;
- à la moisson, un repas (avec plusieurs associés) et un setier d'avoine;
- aux vendanges, douze deniers;
- à Noël, douze deniers, trois pains, un demi-setier de vin;
- à Carême-entrant, un chapon;
- à la Mi-Carême, six pièces de monnaie...».
G. Duby, L'Economie rurale et la vie des campagnes, livre III, Paris, Aubier, 1962, p. 650.
Rotation des cultures en 1178
«(L'abbaye du Neufmoustier doit remettre à l'ancien détenteur de la dîme entre Champion-Seraing et Seraing-le-Château) trois muids d'épeautre, l'année des blés d'hiver (...), rien qu'un muid d'épeautre l'année de l'orge et de l'avoine; mais la troisième année, pendant laquelle la terre vide reste en jachère, le cou­vent de Huy ne devra rien».

J.-P. Rorive, «Un cas précoce d'assolement triennal en Hesbaye hutoise (1178)», Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. XC, Liège, 1978, p. 3.

Concession de terres à des paysans à l'occasion d'un défrichement (charte du 10 août 1161)
«Moi Thierry, par la grâce de Dieu, comte de Flandre, et aussi mon fils Philippe, nous avons donné à cultiver à des paysans, moyennant un cens annuel, les friches de Reninge (Renninghelst, localité près d'Ypres), qui appartiennent spécialement à notre domaine (...). A tous ceux qui voudraient y demeurer, s'ils sont retenus par leurs obligations dans une autre seigneurie, nous prendrons soin de leur faire donner la permission de venir vers nous. Qu'il soit donc connu aux hommes présents et futurs, que nous avons accordé et donné pour toujours, non seulement à ceux qui demeurent à présent sur cette terre mais à tous ceux qui y demeureront plus tard, une telle liberté qu'ils ne soient en aucune façon soumis aux lois, aux justices ou aux causes de la communauté du pays de Fûmes (...); mais qu'ils soient toujours libres et indépendants, soit de tous les services, demandes, tailles, soit de toutes les autres exactions quelconques, auxquelles sont astreints les autres habitants de notre terre, (...)».

P. Bonenfant, F. Quicke, L. Verniers, Lectures historiques. Histoire de Belgique, t. I, Bruxelles, 1937, pp. 142-143.

Une famine à Liège en 1197
«Une multitude de pauvres gens est morte de faim. On mangeait les cadavres des animaux crevés et presque personne n'avait conservé l'espoir, tant la misère menaçait tout le monde. (...) Les pauvres gisaient dans les rues et mouraient; ils étaient couchés devant les portes de nos églises, lorsqu'on chantait les matines, moribonds et gémissants, attendant l'aumône que l'on faisait à la première lueur du jour. Cette année, le blé nous manqua dès l'Epiphanie (...). Quant à la bière, elle nous fit défaut toute l'année (...)».
P. Bonenfant, F. Quicke et L. Verniers, op. cit., pp. 140-141.

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Jehanne - dans La Société
7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 10:08

Le potager médiéval.




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Le potager comportait en général neuf carrés, neuf comme trois fois trois. Le nombre de carrés se réfèrait à la symbolique chrétienne, neuf étant un multiple du chiffre trois représentant la Sainte Trinité. Ces carrés étaient réunis autour d'un puit ou d'une fontaine et on retrouvait le symbole de la croix formé par deux allées principales.


Potager vient de "potage" qui désigne les aliments cuits en pots.


Le potager du Moyen-Âge regroupe tout ce qui était à la portée de nos ancêtres « d’avant l’Amérique » pour se nourrir. Familières de la table des pauvres, les céréales : épeautre, millet et les légumineuses lentilles, fèves, pois chiche, mongette y sont les plus représentées. On y trouvait aussi : le chou bien sûr, les oignons, les poireaux, le concombre, la livèche, le melon, le pourpier ... des herbes à cuire telles les blettes, l'arroche, les épinards, et enfin des légumes–racines, tels les navets, le chervis, le raifort, les carottes, la raiponce et les panais.


On produisait de nombreux condiments et aromates qui remplaçaient , chez les plus démunis, les épices des tables aisées. L’ail y régnait en maître, de même que la moutarde et le raifort. Les ombellifères venaient ensuite : la coriandre, l’aneth et le fenouil ainsi que les labiées : le thym, la sarriette, le basilic et la marjolaine.

La gourde était cultivée dans les jardins de monastère.


Le verger médiéval, c'est le "viridarium".


Les arbres du verger modèle du plan de Saint-Gall sont précisées sur le manuscrit original par leurs fruits, à savoir : pommes, poire, mûre, pêche, prune, pin, sorbier, nèfle, cerise, laurier, chataîgne, figue, coing, noisette, amande et noix.


En climat froid, c’est contre un mur orienté au sud de l’hortus conclusus, ce jardin clos au cœur des monastères, que trouvait place un figuier, également situé près du trou de fumier. 


Les abricotiers étaient palissés au chaud. La mise à fleurs intervient très tôt dans la saison, de ce faite elle est sensible aux gelées printanières. Voilà pourquoi, sous les climats les plus rigoureux, on palisse cet arbre au chaud. Au Moyen-Age, les moines le cultivait ainsi.


Ce sont les Romains qui ont introduit et planté la vigne. Dans leur Hortus conclusus, les moines installaient une treille dans le coin le plus abrité.





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Jehanne - dans La Société
7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:59

Les cimetières au Moyen âge.





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Il fut un temps où on allait danser sur les tombes !


Au Moyen Age, le cimetière était un lieu où l'on se réunissait pour des marchés et des foires, pour des spectacles, pour des jeux et des divertissements, pour des assemblées de justice ou pour conclure des accords. Bref c'était un lieu de vie, de sociabilité et de rencontre pour les vivants. On y trouvait même des maisons et des ateliers avec leurs étals (ateliers de bouchers, de potiers, etc.).


Situé au cœur des villes ou des villages, le cimetière du Moyen Age n'était pas ce havre de paix, lieu des seules cérémonies funéraires, qui nous est si familier. Il n'a rien à voir non plus avec les lieux funéraires de l'Antiquité, toujours relégués à l'écart des lieux habités, souvent le long des routes.


Au Moyen Age, le cimetière est un lieu où cohabitent les vivants et les morts. Le mouvement massif des défunts vers les lieux d'activité se produit à partir du VIIe siècle. Plus précisément, les sépultures se concentrent autour des lieux de culte. Puis, au terme d'un long processus, la terre funéraire deviendra, tout comme l'église à laquelle elle est accolée, un espace consacré.


Ce qui est en jeu dans ce mouvement est l'identité de l'institution ecclésiale : en même temps qu'elle renforce son inscription spatiale et son enracinement dans la terre, elle envahit tout le champ de la vie et de la mort, réunissant sous sa coupe vivants et morts.


Mais dès la fin du XIIe siècle, la dynamique change et une pastorale de la mort se développe. L'institution ecclésiale met fin à la cohabitation des morts et des vivants. Elle interdit les jeux, la danse et le commerce dans les cimetières. Elle couvre leurs murs d'images représentant des défunts entraînant avec eux les vivants. « le cimetière fut dès lors moins le lieu où les ancêtres confortaient les actes des vivants que celui, effrayant, où les vivants devaient contempler leur mort future ».

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Jehanne - dans La Société
7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:34

Le cheval au Moyen âge.


 



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Au Moyen-Âge, il existait beaucoup de termes désignant différents chevaux. Le mot "cheval" étant un terme générique habituellement employé pour désigner une mauvaise monture.

Le destrier (ou coursier), le cheval de bataille par excellence, pas particulièrement coûteux, mais d'une valeur affective très grande pour le propriétaire. Il n'est monté qu'au moment du combat. On l'appelle ainsi par ce que l'écuyer tenait la bride dans la main droite. Pendant un combat, pour le protéger, il est revêtu d'un carapaçon, une couverture de fer généralement de la même couleur que l'écu.

Le misaudor (milsodor, milsoudor), un destrier de très grande valeur, donc très précieux. Magnifique cheval de bataille.

Le palefroi (ou Ambleur), un cheval de parade essentiellement, qui coûtait très cher et qui devait être le mieux paré possible. C'est la seule monture permise aux nobles dames, qui l'utilisaient pour voyager. Cheval de qualité que monte l'homme d'armes en dehors des charges.

La rosse est un cheval de mauvaise qualité.

Le roussin (roncin), un cheval de trait de peu de valeur, utilisé comme monture par les vilains. Dans Erec et Enide, monté par un nain.
Au XIVe siècle, a donné le cheval de service, puis au XVIe, il désignait un cheval de forte taille monté à la chasse ou à la guerre, par un écuyer. A donné Rossinante, dans Don Quichotte.

Le sommier, un cheval de peu de valeur utilisé, comme son nom l'indique, comme bête de somme, c'est-à-dire pour transporter les fardeaux.

Le cheval a donc divers usages. Au Moyen Age on constate objectivement qu'il fait partie du paysage. Jamais acteur mais toujours présent, au combat, au travail...

Alors que l’Empire romain se désintégrait, plusieurs facteurs contribuèrent à introduire le cheval dans le monde du travail. Le premier fut l’arrivée de chevaux plus lourds. Le cheval de trait fut développé à partir de chevaux introduits en Europe par les tribus germaniques du nord, où les races ont tendance à être plus lourdes que celles de la Méditerranée ou du Proche-Orient. Un deuxième facteur fut l’introduction en Europe du collier d’épaule. On ne sait pas exactement quand cette invention arriva de Chine. Dans les temps anciens, il y avait plusieurs façons d’atteler les chevaux aux charrettes et aux chars, mais le collier d’épaule (ou tout simplement collier) était de loin le plus efficace.

Le collier permit aux fermiers de profiter davantage de la vitesse et de la force du cheval. Avec le cheval, ils purent cultiver des champs plus grands, et tirer des chargements plus lourds jusqu’au marché.

Bien que la cavalerie montée ait été bien établie dans les campagnes militaires européennes depuis 1 500 ans, son utilité était encore limitée. Ceci changea complètement quand les étriers gagnèrent l’occident au VIIIe siècle. Leur introduction causa une révolution de l’organisation sociale. Les étriers permirent au chevalier en armure lourde de délivrer plus efficacement ses attaques à la lance ou à l’épée; le soldat à cheval devint bien plus meurtrier. Le «Grand Cheval», nécessaire au cavalier recouvert d’une armure métallique, remplaça le char léger et le cheval de cavalerie sans armure. Il ouvrit ainsi la voie à l’utilisation du cheval pour d’autres tâches. Le chevalier monté devint si important à la guerre médiévale que la position hiérarchique d’un propriétaire dans le système féodal était mesurée par le nombre d’hommes à cheval et en armure qu’il pouvait prêter à son seigneur. En échange de la protection de son seigneur, le vassal s’offrait lui-même, ou offrait de l’argent ou des terres suffisantes pour subvenir à l’entretien d’un combattant à cheval. Le système féodal était né.

En comptant le poids du chevalier en armure, son bouclier et sa lance, le cheval de guerre médiéval, lui aussi en armure, pouvait être appelé à supporter une charge plus de 100 Kg.

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Jehanne - dans La Société
7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 09:29

La joallerie au Moyen âge.





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Au commencement du IVe siècle, Constantin se convertit an christianisme et fonde, sur les ruines de Byzance, la ville qui porte encore son nom. Ce prince, qui croyait simplement donner une seconde capitale au vaste empire romain, établit, par le fait, un empire nouveau et inaugure, en quelque sorte, une nouvelle civilisation qui atteint son apogée vers le milieu du VIe siècle, sous le règne de Justinien.

Avec l’art byzantin apparaît l’art chrétien. Les empereurs d’Orient font construire des églises qu’ils enrichissent de dons en or, en argent, en pierres précieuses. Les calices, les croix, les reliquaires, les encensoirs, les reliures des évangéliaires sont d’or, enrichis de ciselures, d’incrustations, de gemmes, de perles et de camées composant des dessins dont les éléments sont le plus souvent géométriques.

La plus grande partie de l’ornementation est formée de cabochons, c’est-à-dire de pierres précieuses dont la saillie arrondie est dépourvue de facettes : parfois ils sont évidés en dessous pour donner plus de jeu à la lumière. Le reliquaire de Limbourg, coffret orné d’émaux, de gemmes et de perIes,est une des belles œuvres de cette période.

L’amour du luxe et du faste se manifeste aussi dans le vêtement. Constantin portait un diadème enrichi de perles et de pierreries ; ses successeurs y ajoutèrent des pendeloques en pierres fines, rattachées par des chaînes au bandeau de la couronne. Les chaussures, les vêtements sont couverts de joyaux ; les meubles, les tissus, toutes les pièces d’orfèvrerie sont constellés de pierres polychromes avec une profusion voisine parfois de la barbarie. L’emploi des pierres fines était autrement restreint dans la Grèce antique et en Étrurie, même sur les bijoux.

On sait aujourd’hui, contrairement à une opinion qui régna pendant fort longtemps, que les Huns, les Vandales, les Goths, les Francs, tous ces barbares qui finirent par prendre une si terrible revanche de la Rome qui les avait vaincus, possédaient un art et une industrie propres. L’archéologie moderne a su en découvrir la trace dans les différentes contrées de l’Europe.

L’orfèvrerie des barbares se distingue par l’emploi des pierres en tables, en lamelles, quelquefois même en cabochons, tantôt, simplement enchâssés dans le métal, tantôt fixés par une sertissure. Les grenats y sont particulièrement abondants. Parmi les trouvailles les plus intéressantes qu’on rapporte à l’industrie de ces peuples errants, il faut citer le trésor de Novo-Tcherkask sur les bords du Don, qui comprend un diadème d’or avec pendeloques et cabochons, une fibule d’or incrustée de grenats, etc. ; celui de Petrossa (Valachie), trouvé en 1864, et qui est formé de 22 pièces d’or pur (fibules, anneaux, aiguières, disques, etc.), ornées de grenats en cabochons ou en tables. L’un des plus remarquables est le trésor de Guarrazar, près de Tolède, dont nous reproduisons la plus belle pièce conservée au musée de Cluny : la couronne votive du roi Reccesvinthus (roi wisigoth, mort en 672).

La partie principale de la couronne est un bandeau à charnière formé de deux plaques d’or dont l’extérieure porte trente saphirs cabochons et trente perles d’une grosseur énorme entre lesquels l’artisan a découpé symétriquement des ornements en forme de palmettes dont tous les intervalles sont occupés par des lamelles de grenats. Le haut et le bas du diadème portent des bordures découpées à jour et garnies de grenats et de verres de couleur. Du bord inférieur pendent, rattachées par de petites chaînes, des lettres d’or formant les mots : Reccess inthus rex offeret. Chaque lettre est une petite merveille d’orfèvrerie, à incrustations de grenats cloisonnés et soutenant à son tour une pendeloque en saphir pâle. Un bouton de cristal supporte la couronne ainsi qu’une belle croix d’or ornée de perles et de saphirs.

En France, sous les Mérovingiens, les arts de l’orfèvre et du joailler sont en honneur dès les premiers siècles, Grégoire de Tours raconte que dans une visite qu’il fit à Chilpéric à sa maison royale de Nogent, le roi lui montra un magnifique plat d’or orné de pierreries qui venait d’être fabriqué par son ordre. « J’ai fait cela, ajouta-t-il, pour ennoblir et faire briller la nation des Francs. »

Au XIIe siècle, sous les règnes de Clotaire et de Dagobert, saint Éloi façonne une foule de pièces importantes dont aucune n’est parvenue jusqu’à nous d’une façon bien authentique, mais dont nous avons la description. Charlemagne, simple jusqu’à la rudesse en ce qui concernait sa propre personne, s’entourait de toutes les splendeurs dans les occasions solennelles. Il portait alors sur la tête un diadème constellé d’émeraudes, d’agates et de perles ; ses brodequins eux-mêmes étincelaient de pierreries.

Jusqu’au XVIe siècle, les gemmes sont employées partout ; elles ornent les bijoux, les calices, les croix, elles courent le long de l’autel, on les porte aux vêtements, on en garnit la reliure des évangéliaires et des manuscrits. En Allemagne et en Angleterre, pendant la période antérieure au XIe siècle, la joaillerie et l’orfèvrerie étaient moins développées qu’en France ; elles prirent une grande importance pendant les périodes romane et ogivale.

Un point intéressant à signaler dans la joaillerie du moyen-âge est le fréquent emploi des doublets, c’est-à-dire des pierres fausses formées simplement d’un morceau de cristal ou de verre sous lequel est placée une feuille de clinquant ou une préparation colorée qui lui donnent la nuance et à peu près l’éclat d’une pierre précieuse. Ces imitations qui réussissent souvent à faire illusion, sont de diverses sortes. C’est ainsi qu’on distingue les doublets à deux faces, formés d’une composition colorée comprise entre deux plaques de cristal collées ; les doublets cabochons où une feuille de clinquant sertit un cabochon de cristal qu’elle laisse transparaître, enfin les doublets posés sur une véritable pierre fine qui semble ainsi doublée d’épaisseur.




Le diamant en joaillerie

De nombreux articles ont été déjà publiés par la Science illustrée sur le diamant. Les uns se rapportent aux mines dans lesquelles on recueille le précieux minéral, d’autres à son mode de formation, à sa taille, à sa gravure, à sa fabrication artificielle, etc. Nous y renvoyons le lecteur, voulant nous borner aujourd’hui à un exposé rapide du rôle du diamant en joaillerie à travers les âges.

Les anciens connaissaient cette pierre et savaient qu’elle ne peut se tailler que par le frottement de sa propre poussière, ainsi que le prouve le témoignage de Pline ; mais ils lui préféraient les gemmes colorées, qui leur semblaient plus vives et plus gaies et avaient l’avantage d’être un peu moins dures. Les diamants étaient, malgré cela, utilisés dans la parure à l’état brut, à peine ornés de quelques facettes et présentant, dans leur ensemble, une forme conique.

Vers le XIVe siècle, la mode ayant mis en faveur les pierres incolores, les lapidaires imaginèrent d’augmenter l’éclat naturel du diamant par le jeu de la lumière à travers des facettes artificielles. La taille du diamant était déjà florissante à Paris vers 1407.

Ce n’est donc pas Louis de Berquem, de Bruges, qui a inventé cet art, en 1476, comme on le croit généralement ; il lui fit, sans doute, accomplir quelques progrès. Depuis deux siècles l’industrie de la taille du diamant s’est concentrée à Amsterdam, où elle occupe des milliers de personnes.

L’usage des diamants taillés s’introduisit peu à peu dans la parure, mais ce n’est guère qu’au XVIIe siècle qu’ils supplantèrent presque complètement les pierres de couleur. La bijouterie qui, à l’époque de la Renaissance, se confondait, en quelque sorte, avec l’orfèvrerie et tirait des ciselures ses principaux motifs d’ornementation, se laisse envahir par la joaillerie.

L’amour des diamants n’était pas, au XVIIe siècle, l’apanage exclusif du sexe faible ; des hommes, et non des moindres, partageaient cette passion, qui leur fut d’ailleurs souvent reprochée.

Dès 1636, on. voit Richelieu, pour répondre aux critiques qui lui étaient indirectement adressées sur son faste et ses dépenses, faire au roi la donation de la plus grande partie de ses biens.

On y relève « une grande croix d’or émaillée, enrichie de rubis et diamants, un ciboire d’or avec rubis et diamants, une statue d’or de saint Louis également avec rubis et diamants, un grand diamant en forme de cœur, pesant plus de vingt carats ».

Son successeur, Mazarin, qui accumula une fortune évaluée à plus de 100 millions, légua de même à la couronne « 18 gros diamants, qui reçurent le nom des 18 Mazarins.

La reine mère eut le gros diamant appelé la Rose d’Angleterre, un diamant brut pesant 14 carats et le rubis cabochon.

La reine reçut un bouquet de 50 diamants et le duc d’Anjou 31 émeraudes ».

En 1677, vingt-trois mines de diamants étaient exploitées dans le royaume de Golconde. Vers la fin du règne de Louis XIV, le grand nombre de pierres précieuses rapportées d’Orient par les voyageurs, en amenant une diminution importante de leur prix, produisit une extension considérable de leur emploi.

Tavernier, qui fit six voyages aux Indes et en Perse, vendit pour 3 millions de diamants à Louis XIV.

Les mines du Brésil ayant été découvertes en 1718, la valeur des diamants baissa encore. Malgré cela -ou peut-être à cause de cela, - ils sont moins en faveur à l’apogée du règne de Louis XV.

Le rococo, la rocaille envahissent la bijouterie comme tous les autres arts décoratifs. Sous Louis XVI le diamant et les pierres précieuses eurent une vogue considérable, grâce au goût particulier de la reine Marie-Antoinette pour ce genre de parure. C’est la passion de la reine pour les diamants de choix qui facilita l’intrigue assez obscure du Collier de la Reine.

Pendant la Révolution, la joaillerie se fait humble pour reparaître sous le Directoire avec de curieuses imitations de l’antiquité. On sait quelle est, à notre époque, l’importance du diamant dans la parure. La découverte des mines du Cap et du Transwaal jette chaque année sur le marché des quantités relativement considérables de cette pierre, qui se trouve, pour ainsi dire, démocratisée. Beaucoup de nos modernes lapidaires font preuve d’un goût délicat. Massin, Falize, Boucheron, les Bapst, et bien d’autres, ne le cèdent en rien au point de vue de l’habileté et de la mise en valeur des gemmes à leurs prédécesseurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Les diamants font merveille aujourd’hui sur les broches, les diadèmes, les épingles de coiffure et de cravate, les pendants d’oreille et les colliers. L’intensité de notre éclairage, en multipliant leurs feux, leur est essentiellement favorable.




La joaillerie pendant la renaissance

Nous avons vu avec quelle profusion les pierres précieuses étaient employées au moyen âge non seulement dans l’orfèvrerie civile et religieuse, mais encore dans la parure. Pendant toute la première moitié du XVIe siècle, elles sont, au contraire, presque bannies du bijou, orné seulement de ciselures. La matière n’est plus rien, au cours de cette période qui correspond à un si merveilleux épanouissement de l’art sous toutes ses formes ; seul le travail de l’artiste est tout.

La fin du XVIe siècle, avec lequel se termine la Renaissance, est au contraire marquée, sous les derniers Valois, par un engouement inouï pour les pierres précieuses de tous genres.

C’est en Italie qu’eut lieu d’abord cette rénovation qui devait se propager bientôt dans toute l’Europe ; elle se fit sentir dans l’orfèvrerie et la joaillerie comme dans tous les autres arts. Le plus célèbre des orfèvres italiens du XVIe siècle est certainement Benvenuto Cellini. Grand sculpteur, bijoutier incomparable. il excellait aussi dans l’art de monter les gemmes, les cristaux, les vases, coupes et autres objets en matières rares et précieuses. « Le cabinet des gemmes de la galerie de Florence, dit M. Ferdinand de Lasteyrie, a longtemps conservé, comme étant de lui, une ravissante coupe de lapis-lazuli à trois anses émaillées ornées de diamants, et le couvercle émaillé d’une coupe en cristal de roche provenant du trésor des Médicis ... A Munich, on conserve également une coupe de forme très bizarre en corne de rhinocéros, dont la riche monture, toute composée de figurines et d’ornements en or émaillé, passe pour être l’œuvre du grand orfèvre florentin. Notre Louvre lui-même possédait autrefois une magnifique aiguière en onyx à monture du même genre, due à Benvenuto Cellini, qui se trouve actuellement, Dieu sait comment, en Angleterre, dans la collection de M. Beresford Hope. »

Cellini a réuni dans un petit livre toutes les méthodes employées de son temps dans les travaux délicats de la joaillerie. Nul n’en pouvait parler avec plus de compétence que lui.

En France, les débuts du XVIe siècle sont peu favorables aux arts et à l’industrie de luxe. Les guerres lointaines avaient épuisé à tel point les finances de l’État, qu’en 1506, Louis XII interdit aux orfèvres de fabriquer, sans autorisation préalable, la vaisselle en métal précieux et limita à trois marcs au maximum le poids des objets qu’ils pouvaient mettre dans le commerce. Cette ordonnance n’empêcha pas le goût du luxe de se répandre et les expéditions en Italie contribuèrent pour une part notable à son extension.

Le travail des pierres rares atteint sous les Valois une grande perfection ; la plupart des pièces d’orfèvrerie religieuse de cette époque ne sont en réalité que d’élégants joyaux. Après son sacre, Henri II donna à la cathédrale de Reims un beau groupe de la Résurrection, dont les personnages sont groupés autour d’un tombeau creusé dans un magnifique morceau d’agate. L’inventaire des joyaux trouvés à Fontainebleau, après la mort de ce roi mentionne un Ecce homo dont le haut du corps est en nacre, un groupe de figures d’or émaillé fixé sur un grand rocher de corail. Ces objets ont un caractère absolument différent de celui de l’ancienne orfèvrerie religieuse.

Sous le règne des derniers Valois, « l’éclat du diamant et des perles, dit M. de Lasteyrie, éclipsa tout à coup celui de I’or et de l’argent ; l’éblouissante industrie de joailler, si bien appropriée au goût d’une cour efféminée, fit rejeter au second plan l’art exquis de l’orfèvre ».

Les colliers, les bagues, les bracelets, se couvrent de pierres précieuses, de perles ; les perles en poire, en particulier, sont l’objet d’un engouement incroyable. Les hommes portent à l’oreille gauche une boucle d ’oreille, Les portraits de Henri II et du duc de Guise par Clouet (musée du Louvre), mettent en évidence cette mode efféminée. Sur une monnaie du cabinet des médailles, Henri III est figuré avec une boucle d’oreille à deux pierres rondes superposées.

Les épingles garnies de gemmes suspendues, ou ballaux, sont en faveur chez les femmes ; l’inventaire de Gabrielle d’Estrées (1599) en mentionne neuf de diamant avec leurs aiguilles d’or. Cet inventaire récemment mis à jour nous étonne par son incroyable richesse. On y voit deux salières en lapis montées en or émaillé ; une autre de cristal dont la monture contenait quatorze diamants et quatre rubis ; un petit oiseau dont le dos est orné d’un large rubis, etc. La valeur intrinsèque de tous ces objets remporte certainement de beaucoup sur leur valeur artistique.

Pendant la Renaissance, la glyptique fut cultivée par un grand nombre d’artistes de valeur. Les premiers qui vinrent en Italie furent les graveurs de Constantinople après la prise de cette ville par les Turcs. Grâce à leurs indications, la glyptique vit renaître de beaux jours. Le foyer principal de ce mouvement fut la Toscane, sous Laurent le Magnifique et Pierre II, avec des artistes tels que Giovanni delle Corniole (des Cornalines), Domenico de Cammei (des Camées), Michelino, etc.

En France, Julien de Fontenay dit Coldoré, valet de chambre de Henri IV, fut le premier de nos compatriotes dont les œuvres se firent remarquer. Le Milanais Clément Birague, qui vivait au XVIe siècle, passe pour avoir réussi le premier à graver le diamant.




La Science Illustrée N° 565

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Jehanne - dans La Société
6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 10:30

Le sceau.

 

 

 

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Hérité de l’Antiquité, le sceau connaît au Moyen Âge un essor considérable qui touche l’ensemble de la société, depuis les empereurs et les rois jusqu’aux paysans. Signe d’identité, le sceau engage son titulaire lorsque celui-ci l’appose au bas d’un document. Il est « l’imago du sigillant, c’est-à-dire son image personnelle, celle à qui il transmet son auctoritas, celle qui juridiquement le représente et le prolonge, l’emblématise et le symbolise, celle qui est à la fois lui-même et le double de lui-même »

Connu depuis la plus haute antiquité, l’usage du sceau a précédé l’apparition de l’écriture. Ainsi, dans la Mésopotamie de la fin du VIIe millénaire, des sceaux plats ou cylindriques, utilisés comme marques personnelles, garantissent déjà la validité des actes juridiques ou la propriété. Egyptiens, Assyriens et Hébreux l’emploient. A Rome, les anneaux sigillaires permettent de valider et de clore testaments, papiers personnels et certains actes officiels. Empreinte de cire obtenue par l’impression d’une matrice métallique, le sceau (du latin sigillum) est rivé ou appendu au bas d’un acte dont il garantit l’intégrité du contenu et le valide. A une époque où la falsification des actes est fréquente, cette dernière fonction est la plus importante même si le sceau peut lui aussi être l’occasion de manipulations frauduleuses. La chancellerie pontificale ainsi que certaines cités italiennes usent quant à elles d’une bulle pour valider leurs actes. D’origine byzantine, cette empreinte métallique de plomb, occasionnellement d’or, a fini par donner son nom aux documents eux-mêmes.




1. La diffusion du sceau dans la société médiévale

Les rois mérovingiens, à l’imitation du Bas-Empire, conservent l’habitude des anneaux sigillaires. Cependant, alors que leurs actes établis sur papyrus ne comportaient pas l’empreinte royale, l’introduction du parchemin vers le milieu du VIIe siècle entraîne l’apposition systématique du sceau du souverain. Sceller devient un droit régalien tandis que la falsification du sceau royal est considérée comme un crime de lèse-majesté passible d’une punition exemplaire.

Les souverains carolingiens utilisèrent dans un premier temps des intailles antiques représentant une divinité ou bien le buste impérial mais, dans le courant du IXe siècle, ils commencèrent à se faire graver des matrices à leur effigie, laquelle était accompagnée de leur nom ou de leur titulature.

Le monopole royal ou impérial du scellage des actes commença à être mis en cause dans le courant du Xe siècle dans les chancelleries ecclésiastiques de Lotharingie et de Germanie. Dans la France actuelle, les plus anciens témoignages concernent les évêchés de Toul et de Verdun. Il faudra près d’un siècle ensuite pour que l’usage du sceau épiscopal se diffuse des régions rhénanes aux évêchés du Midi et d’Espagne. L’exemple des évêques est bientôt suivi par les grandes abbayes du Nord et de l’Est à la fin du XIe siècle (Fulda, Saint-Mihiel, Saint-Vaast d’Arras) et au début du XIIe siècle dans certains monastères du Sud (Saint-Guilhem, Saint-Victor de Marseille).

L’adoption du sceau par les princes est exceptionnel avant 1100. Comme pour les évêques, la diffusion se fait du Nord vers le Sud : le comte de Flandre scelle en 1065, le duc de Normandie après son accession au trône d’Angleterre, puis viennent les ducs d’Aquitaine, de Bourgogne, de Bretagne, les comtes d’Anjou, de Champagne et de Toulouse. Progressivement, le XIIe siècle voit l’usage de sceller gagner la classe seigneuriale, les sires de Nesle et de Coucy étant les plus précoces (1135-1139). Le sceau féminin, déjà utilisé par la comtesse de Flandre Clémence de Bourgogne (1100-1105), apparaît dans la haute aristocratie à partir du milieu du XIIe siècle avant de connaître une diffusion générale au début du siècle suivant. La période 1170-1180 est marquée par l’émergence du sceau urbain. A l’imitation des cités italiennes, les communautés urbaines d’Arras, d’Arles, de Cambrai, d’Avignon se dotent durant ces années d’un instrument traduisant non seulement leur capacité juridique mais également leur puissance politique.

Le droit au sceau se propage à l’ensemble de la société médiévale au cours du XIIIe siècle. Ainsi, à côté des archidiacres ou des chapitres cathédraux qui scellent parfois depuis le premier tiers du XIIe siècle, les doyens de chrétienté et les curés prennent l’habitude de sceller eux-mêmes leurs actes. Progressivement, les chevaliers, les bourgeois, les marchands, les artisans, les corporations, les universités et même certains paysans normands acquièrent un sceau. Mais l’innovation principale demeure la généralisation du sceau de juridiction apparu dès la fin du XIIe siècle dans les officialités de Beauvais (1189) et de Châlons (1198). Utilisé par une autorité ecclésiastique ou laïque dans l’exercice de ses attributions judiciaires, le sceau de juridiction confère aux sentences, contrats et actes privés qui en sont munis une valeur incontestable et permanente. L’autorité royale, réalisant de façon évidente les ressources financières que le sceau de juridiction pourrait lui procurer, favorisa son apparition, d’abord à la prévôté de Paris (vers 1234) puis dans les prévôtés d’Ile-de-France et les bailliages du Nord du royaume. Par la suite, l’expansion du sceau de juridiction atteignit la France du Midi où les notaires expédièrent leurs actes sous le sceau de l’évêque, d’un seigneur ou d’une ville.




2. Le scellement de l'acte et les usages diplomatiques

L’emploi d’un ou de plusieurs sceaux est presque toujours signalé dans la formule dite de corroboration figurant à la fin de l’acte. L’annonce du sceau, irrégulière avant le dernier tiers du XIIe siècle, révèle la place prise par l’empreinte sigillaire comme moyen de validation. L’énoncé de la formule, qui a évolué au cours des siècles, se présente sous la forme d’une proposition subordonnée expliquant que les signes de validation ont été prévus afin de renforcer l’acte : « In cujus rei testimonium presentes litteras sigilli mei munimine roboravi. » (2). En-dehors des cas de scellement unique où l’empreinte de cire est appendue au milieu de l’acte, la répartition des différents sceaux au bas de l’acte s’organise selon un ordre hiérarchique qu’annonce la formule de corroboration à travers l’énumération des sigillants.

L’opération matérielle du scellement est préparée par un chauffe-cire tandis que le scelleur est l’officier de chancellerie chargé de l’apposition de la matrice au bas du document. Le sceau pouvait être rivé au document ou bien suspendu au bas de l’acte au moyen d’une attache. Sans jamais complètement disparaître, le sceau rivé est peu à peu remplacé par le sceau pendant. Apparu en Angleterre à la chancellerie d’Edouard le Confesseur, ce nouveau procédé progresse rapidement sur le continent, le comte de Flandre et les archevêques de Bourges et de Reims l’utilisant dès le dernier tiers du XIe siècle. Adopté par les rois de France avant 1100, le sceau pendant devient au XIIe siècle d’un usage quasi-exclusif. L’attache, passée à travers le parchemin grâce à une incision, est dans un premier temps une simple courroie de cuir. A partir du XIIIe siècle, les modes attache des sceaux se diversifient tant par la matière (parchemin, soie, chanvre, lin, laine) que par la couleur. Ainsi, à côté des divers flocs, tresses, rubans, cordons et cordelettes, les chancelleries royales, princières ou épiscopales utilisèrent plus volontiers des lacs de soie, réservant la double queue et la simple queue de parchemin aux actes les moins solennels.

Lors des funérailles où le mannequin de cire est l’image du défunt. Les analyses chimiques font défaut pour cerner avec précision la composition de cette cire à sceller à laquelle diverses substances étaient ajoutées pour la durcir et la protéger (craie, poix, résine, cendres). A partir du XIIe siècle, les chancelleries prennent progressivement l’habitude d’utiliser une cire colorée, les usages pouvant cependant varier selon l’époque, la région et le sigillant. Trois couleurs principales dominent la sigillographie médiévale. Une première teinte allant du jaune-beige au brun foncé se rencontre aux XIe et XIIe siècles et semble correspondre en réalité à une cire dépourvue du moindre colorant. Le vert, utilisé dès le XIIe siècle, est la couleur dominante du siècle suivant. Il s’obtient par addition dans la cire d’acétate de cuivre et présente différentes nuances. Le rouge, enfin, connu également au XIIe siècle, a été d’un usage limité jusqu’au XIVe siècle avant de devenir la couleur principale des sceaux de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne. Il est obtenu par addition de minium (oxyde de plomb) ou de cinabre (sulfure de mercure). En général, la couleur de la cire utilisée pour sceller n’a pas de signification particulière et répond souvent à des questions de goûts ou de modes. Certaines grandes chancelleries, notamment celle du roi de France, ont cependant tenté de réglementer l’emploi diplomatique des couleurs. Avec Philippe le Bel (1285-1314), le scellement des actes royaux est soumis à des règles constantes qui ne seront définitivement respectées que sous le règne de Jean II le Bon (1350-1364) : cire verte sur lacs de soie verts et rouges pour les actes solennels à effet perpétuel, cire jaune sur double ou simple queue de parchemin pour les actes à effet transitoire, cire rouge pour les lettres closes.

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