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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 16:28
Cachez ce sein.




 


Emblème de la maternité, le sein féminin est très souvent, au Moyen Age, associé à l'image de la Vierge. Ce qui ne l'empêche pas d'être aussi un objet érotique...

Les seins de la femme, c'est un lieu commun de le dire, ont dans notre civilisation un double rôle nourricier et érotique. Il reste à savoir comment l'Occident médiéval a vécu cette double fonction, dans le cadre d'un christianisme voué à la lutte contre les expressions de la sensualité.

La Bible elle-même exprime sans ambiguïté cette ambivalence. Aux mamelles nourricières - heureuses les mamelles qui t'ont allaité ", dit une femme à Jésus- s'ajoutent les seins comme source d'attraction érotique: Tes deux seins ressemblent à deux faons jumeaux d'une même gazelle ", dit le Cantique des cantiques célébrant les seins de l'épouse.

La fonction nourricière des seins est essentielle au Moyen Age. L'idée, issue d'Hippocrate, répétée et précisée par Galien, selon laquelle le lait est de même nature que le sang dont l'enfant était nourri dans l'utérus, sera inlassablement reprise par les auteurs médiévaux. En découle la théorie de la transmission héréditaire par l'allaitement, alors universellement reconnue.

L'image de la Vierge nourrissant elle-même son enfant a eu un grand succès au Moyen Age. Si le sein est l'emblème de la maternité, il est également celui de la féminité et l'emblème du désir pour la femme. De là, les seins sont associés à la luxure, comme en témoigne l'art médiéval. Dès le 13e siècle apparaissent des diables pourvus de seins volumineux comme le seront encore, au début du 16e siècle, les démons d'Albrecht Durer.

Mais qu'en est-il au quotidien? En d'autres termes, le sein est-il au Moyen Age un objet érotique? La femme idéale ne doit posséder, à cette époque, que des seins très petits, placés très haut et très loin l'un de l'autre. Dans Aucassin et Nicolette, l'héroïne avait deux petits seins qui soulevaient son vêtement, fermes et semblables à deux grosses noix". Les gros seins sont bannis : les femmes qui ont une trop forte poitrine doivent la bander.

C'est essentiellement à partir du 13e siècle que la poitrine se dévoile, lorsque la séduction du corps féminin s'affirme. Cette mode du décolleté a beau déclencher la colère des prédicateurs, leurs reproches n'empêcheront point le sein de continuer de se découvrir. La maîtresse du roi de France Charles VII (1422-1461), Agnès Sorel (morte en 1450), lança, dit-on, la mode d'un sein dedans, un sein dehors : le peintre Jean Fouquet la représentera ainsi, sous les traits.., de la Sainte Vierge. On peut d'ailleurs remarquer qu'à cette époque tardive les seins s'arrondissent et gagnent en volume, témoins d'une évolution des canons de la beauté féminine.

Pour ce qui est du rôle des seins dans les rapports sexuels, il est clair que les caresser faisait partie au Moyen Age des attouchements préliminaires. Les traités médicaux qui évoquent ces caresses le font à propos de la guérison de la stérilité. Au 15e siècle, la Practica major de Michel Savonarole apporte quelques détails " L'homme doit toucher légèrement la femme autour des seins et baiser spécialement les mamelons. "

Le dévoilement du sein et l'affirmation de son pouvoir érotique, au détriment de sa seule fonction nourricière, constituent donc au Moyen Age - au-delà de l'anecdote - un véritable phénomène de société. Ne témoignent-ils pas en effet, pour ne retenir que ce seul aspect, d'une faiblesse certaine de l'Église, incapable de contrôler efficacement le corps féminin, le corps de l'Eve éternelle et tentatrice ?






Source Jacques Berlioz.

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Jehanne - dans La Société
12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 08:57
les béguinages.





Les béguinages : des pierres nées sans textes ?

Le XIIe siècle, période de renouveau économique, est également caractérisé par une effervescence religieuse d'une grande ampleur. Une nouvelle soif de Dieu s'empare d'hommes et de femmes de conditions sociales et d'âges différents. Cette exaltation spirituelle conduira certains d'entres eux vers les sentiers de l'hérésie, en mènera d'autres rejoindre des ordres monastiques. Beaucoup enfin inaugureront de nouveaux chemins spirituels au sein de l'Eglise. Parmi ceux-ci, un des plus originaux sera certainement le mouvement béguinal.

Dans les premières années du XIIIe siècle apparaissent en effet dans nos régions des femmes désirant vivre leur foi d'une manière plus radicale, indépendamment de couvent ou monastère, en conservant leur état laïc. Appelées par leurs contemporains "Mulieres religiosoe" ou "devotue", ces femmes pieuses se fixent, seules ou en communauté, aux abords d'hôpitaux, au sein des villes ou à l'ombre d'une abbaye. Elles souhaitent vivre simplement les valeurs évangéliques, en s'adonnant aux soins des malades et à la contemplation. Pour une Eglise qui se veut avant tout cléricale et masculine, la prétention de ces femmes non cloîtrées, donc incontrôlables, à une telle vie spirituelle, à un désir de vivre la chasteté sans en faire le vœu, relevait du registre de l'anarchie. A la veille du Concile de Lyon, en 1274, le maître franciscain Guibert de Tournai s'inquiétait des activités intellectuelles des béguines :
"Il y a chez nous des femmes qu'on appelle béguines, dont certaines se flattent de leur subtilités et se réjouissent des nouveautés. Elles ont interprété les mystères de l'écriture et les ont traduits en français, alors que ceux qui sont vraiment versés dans leur étude ne les pénètrent qu'à peine. Elles les lisent ensemble, sans respect, avec audace, dans des conventicules, dans des cellules obscures, sur les places publiques".

Nombre d'entre elles sont reconnues coupables d'hérésie par le clergé. La plus célèbre, Marguerite Porete, sera brûlée à Paris en 1310 ; d'autres, à la théologie plus orthodoxe, sont tolérées, même si elles n'en sont pas moins suspectes. La populace, à la suite de ses prêtres, va qualifier ces dévotes du sobriquet de "béguines". Si les scientifiques débattent encore aujourd'hui de l'origine étymologique de ce terme, il est cependant certain qu'il exprimait alors une nuance péjorative : pensons seulement au célèbre "dit des béguines" de Rutebeuf...

Pourtant, des ecclésiastiques influents vont être touchés par les qualités spirituelles de ce nouveau mode de vie et travailleront à le défendre. Grâce à eux le mouvement béguinal ne s'est pas éteint aux Pays-Bas, comme ce fut le cas en France ou en Allemagne. Bien au contraire, les béguinages vont y foisonner. Ces femmes dévotes y seront finalement reconnues par l'Eglise et "apprivoisées" : elles vont former des communautés semi cloitrées au sein de noyaux urbains, de véritables cités de femmes: entourés d'un mur d'enceinte, ces béguinages deviennent de véritables paroisses autonomes avec églises, cimetières, rues, maisons simples ou communautaires. Les béguines gardent la possibilité d'un jour le quitter, car elles ne sont pas liées par un vœu de stabilité; elles suivent non une des grandes règles monastiques, mais des règlements, variant d'un béguinage à l'autre. Elles sont indépendantes de tout ordre religieux, mais sont sous la direction spirituelle des frères pêcheurs. Elles n'ont pas la prétention de la pauvreté, mais désirent vivre sobrement du travail de leurs mains dans l'industrie drapière naissante. Semi religieuse ou semi laïque, la béguine manifeste alors la vivacité d'une église médiévale mystique.

Il n'y a pas de texte fondateur du mouvement; il n'y a d'ailleurs pas de fondateurs reconnus. Bien plus, elles ne se réfèrent à aucun texte fondateur, comme ce fut toujours le cas pour des ordres conventuels: ici, pas de Charte de la Charité, pas de règle précise à suivre. Les béguines vont adhérer à des règlements, édictés au gré des circonstances et qui diffèrent d'un béguinage à l'autre. On y statue sur leur vie quotidienne et spirituelle, leur ménage et les moments importants de leur vie dans l'enceinte; ils ont tous en commun l'insistance sur le béguinage comme un havre de paix, en excluant par exemple les animaux bruyants ou les enfants en bas âges. Ces règlements se font plus précis au fil des siècles. Si la Contre-réforme verra l'apogée des béguinages, ce sera au prix de la perte de son caractère exclusivement laïc et temporaire au profit d'un rapprochement par rapport au style de vie des religieuses cloîtrées (vêtement monastique, noviciat, etc.).

Chaque béguine est indépendante par rapport à ses consœurs, celles-ci ne sont liées entre elles par aucune communauté de biens. Pour être acceptée dans un hof (beggijn-hof = la cour des béguines), elle doit pouvoir disposer d'une rente viagère, complétée éventuellement par un travail de dentelles, afin de ne pas être à charge de la communauté. Elle peut habiter seule, en louant une maisonnette qui appartient au béguinage (elles n'en ont que l'usufruit). La construction et l'achat de maisons y avaient lieu selon des coutumes propres, qui furent les leviers de l'essor de ces institutions. Si elle ne dispose pas de fonds nécessaires, la béguine habitera une maison communautaire, tout en conservant une large indépendance. L'infirmerie sera le seul bâtiment commun, destinée à accueillir les infirmes. Les béguines sont sous la conduite d'une ou plusieurs "Grande Dames", élues par l'ensemble de la communauté ; celle-ci dispose d'un curé particulier au béguinage, et les demoiselles peuvent choisir leur confesseur parmi les ordres mendiants associés à la vie de l'institution.

La vertu principale attribuée aux béguines, ou plutôt celle qu'on aimerait voir naître dans ces cours, est l'humilité et la discrétion : Un règlement du béguinage de la Madeleine, à Mons, datant du XIVe siècle, précise : " Lorsque les béguines sortaient, elles devaient avoir leur manteau sur la tête, se tenir un peu inclinées et non avoir la tête levée, les yeux baissés, les oreilles fermées à toutes choses qui ne concernaient pas le service de Dieu, les mains couvertes, la bouche fermées pour ne pas médire, surtout des prêtres".

Si les règlements et statuts reflètent les préoccupations des béguines, celles-ci se répercutent également dans l'architecture du béguinage. Dans leur uniformité, les habitations dénotent de l'extérieur la modestie de ce genre de vie : petites, elles sont toutes semblables, sans décoration mis à part le saint protecteur placé dans une niche au-dessus de la porte.

L'ameublement, bien que laissé à la fantaisie de la béguine, suivra les mêmes principes. Aujourd'hui, les bâtiments encore conservés en Belgique datent pratiquement tous des XVIIe et XVIIIe siècles, car mis à part les églises, rien n'est évidemment bâti en dur au Moyen âge. Après les destructions des guerres de religions de la seconde moitié du XVIe siècle, la pierre va faire son apparition dans les nouvelles constructions, tout en conservant les emplacements originaux des maisons en torchis. Si les béguines construisent à leur frais, elles doivent suivre des règles très strictes, fixées par les supérieures, qui vont de la nature de la pierre à utiliser à l'alignement et la taille du jardin. Politique urbaniste avant la lettre, l'enclos doit refléter la paix et la quiétude.

Il existe trois types de plan de béguinage :
Dans le premier cas (Bruxelles, Louvain, Gand,...), le principe d'aménagement est similaire à celui d'une ville fondée au moyen âge : un complexe régulier et simple de rues parallèles et perpendiculaires qui délimitent des parcelles rectangulaires.
Dans le deuxième cas, on trouve les béguinages de plaine : les maisons sont construites autour de l'église, elle-même entourée d'un pré rectangulaire ou triangulaire (Turnhout, Bruges).
Enfin on trouve les béguinages de type mixte : autour d'une prairie sont construites des maisons en rangées doubles, qui forment une rue, avec l'église au centre (Anvers, Tirlemont).

Une enceinte sertit le béguinage, percée par deux ou trois portes d'accès richement décorées, surveillées par des portières. Si les entrées et sorties sont libres, ce rempart n'en constitue pas moins une forme de clôture. Les portes sont invariablement closes à 8 ou 9 heures selon la saison ; aucun homme ne peut résider dans l'enceinte après le coucher du soleil. Les murs ont également une autre fonction, celle de protéger la communauté des intrusions extérieures, car initialement tous les béguinages sont construits en dehors des murs de la ville. Celle-ci s'étendant, ils se retrouveront généralement à l'intérieur des murs d'enceinte après quelques décennies.

Les églises béguinales de l'époque médiévale reflètent le principe de sobriété cher aux béguines. Un petit chœur, une nef longue et des nefs latérales larges en font un espace approprié pour une communauté sans chant antiphonique. De plus, les béguines se plaçaient non dans le chœur, comme des ordres conventuels, mais dans la nef. La grande période des béguinages fut le XVIIe siècle, et cela se reflètent par la construction d'églises baroques, dont la plus belle est certainement l'église du béguinage de Bruxelles.

Les Béguinages vont foisonner dans les Pays-Bas du Sud, puisqu'à l'époque de l'invasion française, on en comptait 94, avec une population variant de quelques femmes dans des petites entités à un millier pour le Grand béguinage de Bruxelles à la fin du XVIIe siècle Aujourd'hui, après avoir traversé huit siècles d'histoire, il ne reste plus que 14 béguines en vie. Un trésor de spiritualité va bientôt définitivement disparaître, dont il ne nous restera plus que ces magnifiques complexes semi monastiques.






Source
Pascal Majérus.




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Jehanne - dans La Société
8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 08:14
Le massacre de la Saint Brice.





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Le 13 novembre 1002, le roi anglo-saxon Ethelred II massacre en grand nombre des Danois qui s'étaient établis de force sur ses terres. Parmi ses victimes figurent la soeur et le beau-frère du roi de Danemark, Sven à la Barbe fourchue.

Ce dernier est un redoutable chef viking qui a déjà mené des guerres victorieuses contre les Allemands et les Norvégiens. En réplique au «massacre de la Saint-Brice», il entreprend derechef de conquérir l'Angleterre.



Les premiers Anglo-Saxons.

L'Angleterre doit son nom aux envahisseurs germaniques qui avaient pris la place des Romains. Venus de l'Allemagne actuelle, les Angles et leurs cousins Saxons débarquent sur l'île de Bretagne au Ve siècle après Jésus-Christ. Ils chassent peu à peu des plaines les premiers habitants, des Celtes dénommés Bretons.

Les Bretons se réfugient dans les montagnes d'Écosse, du pays de Galles ou de Cornouaille. Quelques-uns traversent la Manche et s'établissent à la pointe de la Gaule, en des lieux austères, désertés par les Gallo-Romains, qui prennent le nom de «petite Bretagne» (aujourd'hui la Bretagne française).

Les farouches Anglo-Saxons introduisent dans l'île les dieux du panthéon germanique : Odin (aussi appelé Wotin), Thor, Freya,... Leur souvenir subsiste dans l'appellation anglaise des jours de la semaine : Wednesday, Thursday, Friday.


Irlandais catholiques et irréductibles.

Tandis que l'Angleterre renoue avec la barbarie, l'île voisine d'Irlande, épargnée par les invasions, conserve son identité celte et, mieux encore, se voue au catholicisme sous l'impulsion de saint Patrick.

Des ermites restaurent avec passion la culture latine et les traditions de l'Église des origines. Pour des raisons de sécurité, ils prennent l'habitude de se grouper en communautés, sous l'autorité d'un abbé.

Bientôt, un grand nombre de ces moines vont quitter l'Irlande et convertir les peuplades germaniques du continent ainsi que les Anglo-saxons de Grande-Bretagne. En Angleterre, ils entrent en concurrence avec les moines bénédictins venus de Rome à l'initiative du pape Grégoire 1er, et qui sont à l'origine de l'archevêché de Cantorbéry. Son premier titulaire, Augustin, n'a de cesse de réunir tout le clergé de l'île sous son autorité.


Invasions vikings.

La situation se gâte au début du IXe siècle, à l'époque de Charlemagne, quand la Grande-Bretagne et le Continent font connaissance avec les Vikings.

Les Vikings sont des hommes épris d'aventure qui se refusent à vivre dans leurs paisibles communautés paysannes du grand nord de l'Europe. Ils se forment en bandes et naviguent vers l'ouest, en quête d'épopées. Plusieurs milliers de ces Vikings, venus du Danemark, s'établissent sur les rivages occidentaux de la Grande-Bretagne, en Est-Anglie, dans un territoire dénommé Danelaw.

Parmi les différents rois saxons qui se partagent l'île, l'un d'eux, Alfred le Grand, roi du Kent, laisse le souvenir d'avoir résisté avec bravoure à la pression danoise. ll bat l'armée des envahisseurs à Ethandum en 878. Fort de sa victoire, il unifie les royaumes anglo-saxons et constitue un semblant d'État monarchique.


Un éphémère royaume danois.

Edgar le Pacifique, un lointain successeur d'Alfred, assure une relative prospérité à son royaume. Mais son deuxième fils, Ethelred II, qui accède au trône en 978, ne témoigne pas de la même sagesse, d'où son surnom de Mal avisé ! Ethelred II, après le massacre de la Saint-Brice, se montre incapable de faire face à l'offensive triomphale de Sven à la Barbe fourchue.

Le Danois remonte la Tamise, prend Cantorbéry et exécute l'archevêque. Son malheureux ennemi ne trouve d'autre moyen pour le convaincre de repartir que d'imposer les terres de ses sujets et de lui verser la collecte. C'est le Danegeld, l'argent des Danois. Ce tribut n'a d'autre effet que de rendre les Danois plus vindicatifs.

Sven confie son royaume de Danemark à son fils aîné, Harald. Avec l'aide du second, Knut (ou Canut), il repart de plus belle à la conquête de l'Angleterre.
Le Saxon Ethelred s'enfuit en Normandie, chez son beau-frère, le duc Richard.

À la mort de Sven, son fils Knut bat en retraite au Danemark, non sans avoir au préalable fait couper le nez, les oreilles et les mains des prisonniers anglais.

Le Danois revient un peu plus tard en Angleterre avec de nouvelles troupes et combat le courageux fils d'Ethelred II, Edmond Ironside («Côte-de-fer»).

Les deux ennemis se partagent dans un premier temps le pays. Le 18 octobre 1016, enfin, Knut bat Edmond à Ashingdon, dans l'Essex.

Bientôt, les nobles saxons, réunis en conseil, se résignent à céder la couronne au vainqueur. Knut le Grand, en habile homme d'État, traite à égalité les vaincus et les vainqueurs. Lui-même épouse Emma, la veuve d'Ethelred II.

Par la conquête et les héritages, il adjoint à la couronne d'Angleterre celles d'Écosse, du Danemark et de Norvège, constituant ainsi un original empire anglo-scandinave...

Mais cette construction ne lui survivra pas et à sa mort, le 12 novembre 1035, la couronne anglaise retournera à un Saxon, Édouard le Confesseur, deuxième fils du roi Ethelred II.

C 'est un autre descendant de Viking, le Normand Guillaume le Conquérant, qui s'appropriera définitivement la couronne d'Angleterre.






Source Hérodote.net

 

 

 

 

 

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Jehanne - dans La Société
15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 08:12
La banque au Moyen âge.



C'est entre les XIème et XVème siècles que se sont mises au point en Europe occidentale nombre de méthodes de la banque telles qu'elles subsistent jusqu'au tournant du XXème siècle. La France n'est pas leur lieu d'invention, puisqu'elles proviennent d'Italie, mais elle accueille une communauté bancaire nationale ou Européenne active et souvent ouverte aux innovations.

  

"Pecunia pecuniam non parit". "L'argent ne fait pas d'argent".

Cette formule illustre bien pourquoi au moyen âge un puissant obstacle se dresse devant l'épanouissement des banquiers français : l'église tient pour suspect l'enrichissement trop vif dû au maniement de l'argent. C'est à cette époque que s'est constituée cette croyance que le métier de la banque est "improductif", voire parasitaire, par rapport à la production agricole. Le prédicateur Jacques de VITRY déclare au XIIIème siècle : "Dieu a ordonné trois genres d'hommes : les paysans et les autres travailleurs pour assurer la subsistance de tous, les chevaliers pour les défendre, les clercs pour les gouverner. Mais le diable en a ordonné une quatrième : les usuriers. Ils ne participent pas au travail des hommes. Ils ne seront donc pas châtiés avec les hommes mais avec les démons". Thomas D'AQUIN condamne lui aussi l'usure. "Recevoir un intérêt pour de l'argent prêté est en soi une chose injuste : on vend ce qui n'existe pas".

Ainsi, le concile de Trèves de 1227 interdit tout dépôt rémunéré chez les banquiers, et le concile de Lyon de 1274 prive de sépulture chrétienne les usuriers qui ne répareraient pas leurs tords.

Pourtant, le développement de la profession bancaire est nécessaire puisqu'il accompagne l'essor du grand commerce : La renaissance de l'économie entre les VIIème et XIème siècles s'est renforcée par la diffusion du crédit. Aussi, dans ce Moyen-âge qui s'ouvre peu à peu au commerce, les banquiers exercent une fonction indispensable, mais on la juge malsaine. Ainsi, on comprend mieux pourquoi, sur le territoire de la future France, les juifs sont les seuls à pratiquer le métier de banquier jusqu'au XVIIème siècle (les syriens ont pratiqué le métier de banquier jusqu'au IXème siècle avant de céder la place aux juifs).

Cependant, parmi les banquiers précurseurs, figure paradoxalement un ordre religieux : Celui des templiers, ordre fondé en 1128 pour protéger les pèlerins qui se rendent à Jérusalem. Les templiers se sont peu à peu transformés en quasi-banquiers. En effet, ils pratiquaient le change et faisaient des avances aux rois pour l'organisation des croisades du XIIIème siècle. Ils contribuent ainsi au développement de la comptabilité à partie double, inventent le terme de "grand livre" et le système de paiement par virement. Mais Philippe le Bel, entre 1307 et 1314, prend ombrage de leur puissance et confisque leurs biens.

Ainsi, au fur et à mesure de la montée en puissance de l'économie d'échanges, l'église assouplit sa doctrine vis à vis du métier de banquier, et, en 1515, un concile du Latran légitime le taux d'intérêt sur les prêts sur gages.

Pour désigner les banquiers au moyen-âge, on emploie le terme de "Lombards" car les italiens sont la clé de voûte du métier. En effet, les marchands italiens sont devenus dès le XIème siècle les principaux intermédiaires entre l'orient et l'occident méditerranéen. Ainsi, le banco di scritta, le tréteau qu'ils dressaient dans les foires, est à l'origine du mot banque.

A cette époque, le banquier est d'abord un changeur. Il évalue les monnaies sur les places commerciales où se côtoient des négociants de tous pays et effectue le change. Il spécule en achetant la monnaie qui baisse sur une place et en la vendant sur une autre où cette même monnaie monte. Il fait crédit aux négociants. Il accepte les dépôts. Ainsi, les banquiers acquièrent une bonne notoriété et développent leur réseau de correspondant. C'est ainsi que la lettre de change devient un véritable instrument de paiement. Mais son acclimatation est lente aux XVème et XVIème siècles, où son utilisation est réservée aux grandes places comme Paris.

Mais si le métier de changeur est assez largement accepté par l'opinion publique, celui de prêteur reste considérablement suspect, et ce sont ces usuriers qui, pour racheter leurs fautes, "achètent" à l'église des années de purgatoire, évitant ainsi la damnation éternelle.

Banque et Politique ont toujours été intimement liés. Que ce soit pour financer les armées (Pecunia nervus belli) ou pour satisfaire à des besoins d'argent souvent disproportionnés avec les ressources des princes, les banquiers sont présents, et ils affichent leur réussite par cette position proche du pouvoir. Mais cette position est instable : certains banquiers sont ruinés, subissant les aléas des combats et de l'alternance politique durant la guerre de Cent Ans.

 

 

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Jehanne - dans La Société
19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 08:57

L’école au Moyen Age.




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Au Moyen-Age, les enfants n’apprenaient pas tous à lire et à écrire. Beaucoup d’enfants de paysans devaient aider leurs parents dans leur travail. Les enfants des familles riches étaient généralement plus instruits que les autres, mais au cours du Moyen-Age des écoles gratuites ont été créées et des enfants de familles modestes ont pu en profiter.

Au début du Moyen-Age, la plupart des écoles se trouvaient dans les monastères. A la fin du VIIe siècle, Charlemagne a encouragé la création d’écoles en dehors des monastères, il souhaitait qu’un plus grand nombre d’enfants puisse apprendre à lire, à écrire, à compter et à réciter des prières. Les enfants des monastères étaient pensionnaires : ils étaient confiés aux moines pour quelques années, le temps de savoir bien lire, compter, chanter et réciter les prières. Les parents donnaient aux religieux de l’argent et parfois des terres pour qu’ils prennent bien soin de leur enfant et se chargent de son instruction. Les élèves des petites écoles apprenaient seulement l’essentiel : la lecture, le calcul et parfois l’écriture. Généralement, ils n’étaient pas pensionnaires : ils arrivaient tôt le matin, avec leur déjeuner dans leur panier et rentraient chez eux le soir. Les petites écoles étaient dirigées par des prêtres qui en principe enseignaient gratuitement. Ils accueillaient beaucoup de jeunes enfants destinés à devenir clercs (religieux) et aussi des élèves pauvres ou de futurs commerçants. Certains enfants entraient au monastère pour toujours parce que leurs parents voulaient qu’ils deviennent moines, dans ce cas les moines acceptaient d’accueillir les enfants pauvres qui pouvaient ainsi être instruits et échapper définitivement à la misère. Les garçons y étaient admis vers 6 ou 7 ans et les moines leur apprenaient la lecture, le calcul, le latin, le chant et parfois l’écriture. Les petites écoles ne se sont développées qu’à partir des XIe-XIIe siècles, et surtout dans les villes. A cette époque en effet, les artisans et les marchands ont attaché davantage d’importance à l’instruction de leurs enfants : pour exercer un métier dans le commerce, il était devenu indispensable de savoir lire, écrire et compter. Les petites filles, elles pouvaient aller dans des monastères de femmes où les religieuses (les moniales) leurs enseignaient en plus la couture et la broderie.






 D’après " L’école au Moyen-Age " dossier d’Arkéo junior n°45, septembre 1998

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Jehanne - dans La Société
7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 08:38
Une société nouvelle et diversifiée.



En ville, les classes montantes sont représentées par les grands marchands et hommes d’affaires dont la richesse est fondée sur le commerce lointain, la grande industrie textile et la banque.


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Les corporations.

Groupés en corporations, ces grands marchands développent une culture et une éthique particulières, valorisant le travail et la recherche du profit. Les interdictions religieuses de l’usure sont contournées par des prêts apparemment gratis et amore ; de plus, l’usurier repenti fait des donations à la fin de sa vie pour assurer son salut. On trouve aussi dans les classes montantes les maîtres des métiers et les compagnons les plus entreprenants qui accèdent à la maîtrise, mais peu à peu cette promotion devient impossible et la barrière entre maîtres et compagnons se fait plus étanche. La bourgeoisie paye son entrée dans ce groupe protégé par les lois de la ville et conquiert de plus en plus souvent le pouvoir communal (échevins du Nord, capitouls de Toulouse, consuls du Midi).



Le peuple.

Le peuple, lui, reste exclu du pouvoir. Il est constitué d’une masse hétérogène d’apprentis espérant devenir compagnons et de travailleurs salariés. Ces derniers sont souvent menacés par le chômage.
Les prostituées font aussi partie de ce paysage urbain, elles sont tolérées, voire intégrées à la ville. Mais Saint Louis, voulant imposer l’ordre moral à son royaume, édicte plusieurs ordonnances contre la prostitution, mais en vain, car elles ne seront pas reprises par ses successeurs.



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Les reclus.

Enfin, la société urbaine secrète différentes sortes d’exclus. Dans des reclusoirs, minuscules cellules accolées aux églises, aux cimetières ou aux fortifications de la ville, vivent des reclus (le plus souvent des femmes) qui se sont volontairement cloîtrés pour toujours. Ces personnages, souvent mystiques, deviennent des conseillers spirituels dont la conversation par la petite fenêtre est recherchée et dont les visions et révélations sont parfois couchées par écrit grâce à la diligence de leur confesseur (comme Ermine de Reims). La ville prend en charge l’entretien de ces religieux particuliers, que l’Église tente de soumettre à l’autorisation épiscopale et à une règle, comme celle qu’Aelred de Rielvaux († 1167) a écrite pour sa sœur.


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Les communautés juives.

Par ailleurs, les juifs forment une communauté plus ou moins importante avec son quartier (souvent appelé la Juiverie), ses rues et son cimetière. À partir du XIIe siècle, leur situation se dégrade. De cette période datent les premières accusations de meurtres rituels d’enfants chrétiens. Les communautés juives sont victimes de pogroms à l’occasion de chaque croisade et de la Grande Peste de 1348. Plus souvent, les juifs sont en butte à des confiscations, des législations discriminatoires : cohabitation et repas communs avec les chrétiens sont interdits à partir du IVe concile de Latran (1215). Ils sont même obligés de porter un signe distinctif (la rouelle) à partir de ce même concile, et particulièrement sous le règne de Saint Louis, qui n’hésite pas, comme plusieurs rois capétiens, à les expulser du royaume, quitte à leur faire payer cher ensuite leur retour et leur protection (méthode reprise par Philippe le Bel en 1306). Saint Louis fait également brûler publiquement le Talmud à Paris.



Les lépreux.

Enfin, les lépreux, nombreux durant tout le Moyen Âge (2 à 3 % d’endémicité), se tiennent à l’écart des villes dans des léproseries (appelées maladreries). Dès que la maladie se déclare, un véritable rituel sépare les lépreux de la société. Lors de leurs déplacements, les malades doivent se faire connaître en agitant une crécelle. Les lépreux sont massacrés en 1321, accusés d’empoisonner l’eau des puits. Bien qu’ils inspirent la peur et la répulsion (à cause de leur faciès léonin et de l’assimilation de la lèpre au péché), Humbert de Romans, maître général des dominicains († 1277), n’hésite pas à conseiller à des frères d’aller prêcher aussi aux lépreux. Saint Louis lave les pieds des lépreux, acte saint héroïque imité de saint François d’Assise.
Cette peur et cette répulsion s’expriment parfois violemment à l’égard des infirmes, des errants, des mendiants, “gens sans foi ni loi”, dont la ville se méfie.


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Source BNF.

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Jehanne - dans La Société
5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 09:01
L'essor des villes au Moyen âge.




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1 - Du repli urbain du haut Moyen Âge…


L'insécurité généralisée.

D’après Henri Pirenne, les conquêtes musulmanes, à partir du VIIe siècle, font de la Méditerranée un “lac sarrasin” et mettent fin au grand commerce entre l’Orient et l’Occident. Cette baisse des échanges provoque le déclin des villes à partir du VIIIe siècle.
Les invasions normandes du IXe siècle entraînent une rupture dans la vie urbaine. Les villes qui subsistent se replient sur elles-mêmes, parfois dans d’étroites enceintes, et n’assurent plus que les fonctions de chef-lieu de diocèse (cité) ou de castrum défensif durant cette période violente.


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La cité autour de son évêque.

Durant le haut Moyen Âge, le réseau des cités hérité de l’Empire romain s’est maintenu tout en changeant radicalement de fonction. La cité est devenue la résidence de l’évêque (appelé le defensor civitatis), chef-lieu de diocèse et centre de pouvoir du comte. Elle demeure un lieu de consommation de produits rares et luxueux, un lieu producteur de modèles culturels, relayé par des monastères suburbains. Ses enceintes fortifiées lui confèrent un rôle militaire vital en ces temps de troubles.


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2 - … à l’essor des villes aux XIe-XIIIe siècles.



Naissance ou renaissance urbaine ?

Les villes, “assoupies” durant le haut Moyen Âge, se réveillent à partir du XIe siècle. Pour certains historiens, à la suite d’Henri Pirenne, la renaissance des villes au XIe siècle serait uniquement liée à la reprise du grand commerce. Les marchands mettent en place un portus ou bien installent leurs entrepôts et leurs activités marchandes dans un faubourg auprès d’anciens noyaux pré-urbains, mais sans relation avec eux. Ce serait donc l’agglomération marchande qui serait le germe de la ville médiévale, comme l’atteste le cas de la ville de Saint-Omer, ville marchande née au XIe siècle à proximité d’une abbaye carolingienne.



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Ces dernières années, cette conception a été en bonne partie remise en question. La coupure due aux invasions normandes n’a pas été vraiment constatée et les marchands ne sont pas forcément des étrangers en quête d’aventures lucratives : ce sont souvent des serviteurs issus de l’entourage de l’évêque chargés d’écouler les surplus agricoles ou d’anciens paysans ayant pris goût à cette activité commerciale, d’abord régionale, puis internationale. Les marchands de Paris, Amiens et Metz proviennent de la ville même ou d’un rayon de 30 kilomètres alentour.



De multiples facteurs de développement des villes.

Des bourgs neufs ou des faubourgs marchands se créent sur les lieux d’échanges (marchés et foires) et à proximité des vieilles cités épiscopales ou des points fortifiés. Bientôt une enceinte réunit ces deux noyaux urbains en une seule unité, dont les habitants portent tous le nom de bourgeois et bénéficient des institutions communales en plein développement.

Les plus grandes villes prospèrent sur les axes commerciaux actifs, mais aussi au sein des plus riches terroirs agricoles, comme en France du Nord-Est et dans les Flandres. Il est désormais convenu de prendre en compte une multitude de facteurs et de processus dans le développement des villes. Dans certains cas, la ville gallo-romaine a subsisté (notamment dans les régions méditerranéennes) et a été le noyau à partir duquel la ville médiévale s’est étoffée ; dans d’autres cas, on assiste à une création à côté d’une abbaye carolingienne (Saint-Omer,) ou d’un point fortifié, ou encore ex nihilo comme les bastides du Sud-Ouest et les villeneuves du Bassin parisien souvent liées aux grands défrichements.


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Des surplus agricoles.

La reprise de l’essor urbain dès la fin du X
e siècle ne peut donc plus être uniquement attribuée à la reprise du grand commerce au Nord (Frisons et Scandinaves) et au Sud (Italiens). Une grande partie du mouvement part des campagnes porteuses d’un essor agricole, d’une crue d’hommes et de surplus commercialisables de plus en plus abondants.
Dans tous les cas, le XIe siècle voit la diversification des fonctions des villes, leur naissance ou leur expansion.



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Trois types de ville.

Dans l’Occident médiéval, les réseaux urbains reposent sur trois types de villes. À la base, un grand nombre de petites villes (quelques milliers d’habitants) vivent du marché hebdomadaire, des travaux agricoles et de quelques activités artisanales. Au-dessus, les capitales de province et de diocèse regroupent des marchands et des artisans plus nombreux, mais aussi des agents du roi ou du prince et de l’évêque pour les cités épiscopales. Enfin, au sommet, les grandes métropoles proposent une gamme diversifiée d’activités commerciales, artisanales, industrielles et financières à une échelle internationale. Paris rivalise avec Venise et Milan, seules villes à dépasser les 100 000 habitants à la fin du XIIIe siècle.



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Source BNF.




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Jehanne - dans La Société
4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 08:52
Une société du signe.



Fortement structurée, selon une hiérarchie que l'on affirme d'origine divine et donc immuable et intangible, la société médiévale apparaît extrêmement codée. Un ensemble de signes ou de marques assigne à chacun la place qui lui est réservée et précise son appartenance ou son exclusion du groupe. Au sein de ces systèmes de signes va se développer l'héraldique.



Les codes vestimentaires.

Dans la société médiévale, l'aspect vestimentaire traduit l'ordre social et ses hiérarchies.
Chaque personne doit revêtir les habits correspondant à son rang et à sa fonction sociale. Toute transgression est perçue comme une atteinte à l'ordre public. Dans un souci de stabilité sociale, des ordonnances royales normalisent même certains aspects du vêtement. Ainsi, pour les hommes, la longueur des poulaines est proportionnelle au rang et à la fortune. De même, les ceintures précieuses ou des tissus de prix, réservés aux femmes de la noblesse, ne peuvent être achetés par les bourgeoises.



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Les marques d'infamie.

Parmi les signes distinctifs utilisés dans la symbolique vestimentaire médiévale, les rayures tiennent une place particulière. Elles expriment la dépréciation, la méfiance, parfois le rejet, et sont souvent utilisées pour représenter les serfs, les domestiques ou les musiciens. En dehors des rayures, les marques d'infamie sont assez fréquentes et désignent, aux yeux de tous, ceux qui sont mis à l'écart de la communauté : la rouelle imposée aux juifs, l'anneau d'oreille aux esclaves…
Aux distinctions sociales établies par l'Église ou la hiérarchie féodale, s'ajoutent des différenciations plus subtiles liées à certains tabous très profonds attachés aux humeurs, au sang, aux excréments. Ainsi, les bourreaux, les chirurgiens, les prostituées, les foulons, les teinturiers, les cuisiniers (sauf s'il s'agit de ceux des princes), sans oublier les juifs, les maures et les hérétiques font l’objet d’un traitement particulier qui leur impose le port d’une marque distinctive.
Le cas des lépreux est aussi particulièrement représentatif de l’attitude des hommes de l’époque à l’égard des exclus.



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L'héraldique.

L'évolution de l'équipement militaire est un facteur décisif dans l'apparition des armoiries. L'introduction de l'étrier et du fer pour les chevaux en Occident, dès l'époque carolingienne, permet aux cavaliers de se vêtir de tenues guerrières plus lourdes et plus couvrantes. À partir du XII
e siècle, les affrontements évoluent ; les combats se déroulent désormais à cheval et la lance devient une arme indispensable. Les cavaliers disparaissent sous leurs protections. Les combattants appartenant à la haute noblesse adoptent alors des signes de reconnaissance et d'identification peints sur les boucliers et les bannières.
Cette pratique, avant tout fonctionnelle, fournit entre 1120 et 1140 un ensemble de figures qui constituent un répertoire de symboles annonçant les principes de base de l'héraldique. Celle-ci s'institutionnalise avec les tournois.
Principale activité des chevaliers, les tournois servent avant tout d'apprentissage à l'art du combat lors d'affrontements équestres à armes réelles. Bien que réprouvés par l'Église, ils gardent les faveurs de l'aristocratie et du peuple tout au long du Moyen Âge et sont un facteur important de l'expansion des armoiries au sein de la moyenne et petite noblesse entre 1180 et 1230.
Alors que le système féodal se met en place et se structure, le code figuratif proposé par l'héraldique aide à identifier les individus dans la hiérarchie sociale. La noblesse d’armes, cherchant à conserver les privilèges propres à son groupe, fonctionne, après l'an mil, sur un ensemble de règles sociales reposant sur la solidarité du groupe familial et la préservation du patrimoine qui assure la richesse et la puissance.
Dans ce contexte, les armoiries qui, à l'origine, étaient individuelles, deviennent héréditaires.
Les sceaux contribuent à la diffusion de l'héraldique. Utilisés dès le XIe siècle par l'ensemble de l'aristocratie ecclésiastique et laïque, les sceaux complètent ou remplacent la signature autographe dans une société féodale où la majorité des individus est analphabète. Ils s'ornent progressivement d'armoiries. L'emploi des armoiries s'étend donc peu à peu à toute la société : les femmes de la haute aristocratie, les villes (communes et villes de franchise), les hommes d'Église, les citadins (bourgeois et d'artisans), les communautés religieuses et civiles (notamment les guildes, les hanses et les métiers) et enfin les paysans. Les armoiries perdent donc leur fonction première et exclusive de signe de reconnaissance militaire pour devenir une véritable marque d'individualité et de décoration qui couvre bientôt tous les objets précieux ou instruments de la vie quotidienne (bijoux, vaisselle, vitraux, fresques, motifs architecturaux, plaques de cheminées, vêtements, armes...).



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Source BNF.
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Jehanne - dans La Société
26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 13:54
La dîme.



L'idée d'un impôt pour l'entretien du clergé se trouve dans la Bible (Genèse, XIV-20 et XXVIII-22). Chez les
Juifs, c'est la dixième partie de la récolte prélevée pour l'entretien des Lévites et sur tous les revenus pour
organiser un festin pour toute la maisonnée.

Dans le monde chrétien, la dîme est d'abord une pratique religieuse qui devient obligatoire au IVe siècle.
Les capitulaires de 779 et 794, la rendent exigible de toute la population, y compris sur les biens personnels des
membres du clergé, dans tout l'Empire franc.

Elle correspondait à une certaine part de la récolte (la part variant d'un évêché à l'autre et même d'une paroisse à
l'autre, voire parfois à l'intérieur d'une même paroisse. Le taux était élevé dans le Sud-Ouest de la France
(jusqu'au huitième), en Lorraine (jusqu'au septième). Il était du onzième en Normandie, du treizième dans le Berry, du cinquantième en Flandre maritime, presque aussi faible en Dauphiné et en Provence.

Afin de procéder à la collecte de cet impôt, le curé primitif passait par un fermier, soit pour la totalité de la dîme, soit pour une partie (moitié, tiers, quart, sixième, etc.) et en général pour une durée de six ou sept ans selon les régions.

La dîme était l'impôt perçu avant tous les autres. Le fermier, la conservait moyennant une redevance annuelle versée soit en nature, soit en monnaie, au décimateur, c'est-à-dire le curé primitif. Le curé desservant recevait alors du "curé primitif" la portion congrue. La dîme sur les céréales mécontentait les paysans privés de la paille nécessaire à la litière et à la fumure. L'accaparement de la dîme par les gros décimateurs qui en détournaient l'utilisation originelle (entretien des églises, du clergé desservant, assistance aux pauvres, création des écoles...) créait aussi un malaise. Loin d'en demander la disparition, les fidèles réclamaient une meilleure utilisation. La dîme fut supprimée avec les privilèges le 4 août 1789. La Constitution civile du clergé de 1790 créa un clergé salarié par l'État.

On pouvait distinguer, selon les régions et les périodes, différents types de dîmes :


    * dîme grosse : porte sur les gros grains, froment et seigle.

    * dîme inféodée : dîme sécularisée perçue par un laïc.

    * dîme menue : porte sur les bestiaux et la laine.

    * dîme mixte : porte sur les animaux.

    * dîme novale : porte sur des terres défrichées depuis moins de 40 ans.

    * dîme personnelle : porte sur le fruit du travail.

    * dîme solite : perçue depuis des temps immémoriaux (les dîmes insolites étant occasionnelles).

    * dîme réelle ou prédiale : porte sur les fruits de la terre.

    * dîme verte : porte sur le lin, le chanvre, les fruits et le légumes.


En 1789, les estimations de l'époque évaluent le montant de la dîme entre 70 et 130 millions de livres.
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Jehanne - dans La Société
17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 22:48
L'habitat au Moyen âge.







Entre un village fortifié et une ville, la différence ne réside pas seulement dans un changement d’échelle, mais surtout dans la diversification des fonctions urbaines. Cependant, les fortifications monumentales restent l’apanage des villes.

En prévision de son départ en croisade, Saint Louis fait bâtir le port d’Aigues-Mortes et fait commencer les fortifications de cette ville achevées par Philippe le Hardi. Non loin de là, il fait remanier les fortifications de la ville de Carcassonne, qui reste une des plus impressionnantes constructions militaires médiévales conservées en France. Les comtes n’hésitent pas à faire fortifier le plus puissamment possible leur ville, comme en témoignent encore de nos jours les murailles entourant Provins, qui jouent sur toutes les gammes possibles de plan défensif pour s’adapter aux progrès de la poliorcétique.


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Un château urbain domine souvent la ville ; sa garnison vient compléter le dispositif défensif des murailles. La population peut se réfugier dans sa basse-cour en cas de danger. Au XV
e siècle, de nouvelles fortifications apparaissent, comme celles encore conservées en Avignon. En période de troubles, certaines églises sont fortifiées. Les progrès de l’art militaire imposent des nouveautés dans l’édification des murailles : de hautes courtines courent entre des tours rondes dotées d’une base trapue, tandis que les mâchicoulis et les créneaux aux formes savantes se multiplient. La porte de la ville est précédée d’un pont-levis flanqué de deux grandes tours aux toits en tabatière couverts d’ardoise. Ces dernières disposent d’une salle de garde pour abriter une garnison et accueillir des réunions de milices urbaines armées (les sociétés des Portes du Midi). Au nord de l’Europe, les enceintes urbaines sont très vastes : plus de 600 hectares pour Gand, plus de 400 hectares pour Louvain, Bruges et Bruxelles. Ces villes nordiques intègrent de vastes espaces agricoles. Dans les villes méditerranéennes beaucoup plus denses, ces enceintes sont plus modestes et l’absence de zone rurale en ville impose des relations encore plus intenses avec la campagne environnante.



Le temps des cathédrales.




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L’autre symbole de la ville, souvent représenté sur son sceau, est la cathédrale. Les cités, chefs-lieux de diocèse, rivalisent pour avoir la cathédrale la plus haute et la plus belle, au prix de lourds investissements financés par des impôts extraordinaires et des dons et legs des fidèles et des chanoines. L’évêque célèbre le culte dans la cathédrale (où se trouve la cathèdre, siège épiscopal), entouré de chanoines qui forment le chapitre cathédral. Il a la responsabilité de la vie religieuse de son diocèse et donc de l’orthodoxie des fidèles. À ce titre il est chargé de la recherche des hérétiques, avant d’être relayé par l’Inquisition confiée aux ordres mendiants à partir de 1231. Il doit également veiller à la bonne formation du clergé, qu’il doit visiter une fois par an et qu’il réunit en synode annuel. Sa fonction lui impose de rendre la justice dans un tribunal spécifique (l’officialité) pour les cas relevant de sa compétence. On comprend dès lors l’importance de la chancellerie de l’évêque, en général réunie à son palais. La cathédrale n’est donc pas seulement un monument isolé, elle s’intègre dans tout un quartier aux fonctions diversifiés comprenant un palais épiscopal avec sa propre chapelle, les maisons particulières des chanoines distribuées autour d’un cloître commun, une école et parfois un hospice.




D'immenses chantiers.


Le Moyen Âge est souvent assimilé au “temps des cathédrales”. Effectivement, ces immenses chantiers ont mobilisé les efforts des architectes et des artistes en tout genre (tailleurs de pierre, sculpteurs, peintres, maîtres verriers) pour produire des chefs-d’œuvre, inspirés par l’art roman d’abord puis par l’art gothique.

L’architecture des églises rend compte des évolutions religieuses et culturelles de la société médiévale. Le développement du culte des reliques entraîne par exemple la multiplication des cryptes. Ainsi, la réforme grégorienne, en rendant sa dignité au clergé, le coupe de la masse des fidèles : le jubé et les clôtures de chœur permettent la célébration en toute sérénité des multiples offices des chanoines, tandis que les fidèles sont cantonnés dans la nef.


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L'art roman.

De la fin du Xe siècle au milieu du XIIe siècle s’épanouit l’art roman en Europe avec des variations de style (du plan, des clochers, des portails) selon les régions. Cet art bénéficie de la stabilisation des Normands, de l’affermissement de la dynastie capétienne, de l’aventure des croisades, de la ferveur des pèlerinages et de l’essor du monachisme. Les églises conservent un plan basilical en croix latine hérité de l’art chrétien primitif, avec une nef et une croisée du transept surmontée d’un clocher (sauf en Normandie, où on lui préfère la façade à deux tours). Lorsqu’une église est également lieu de pèlerinage, un déambulatoire à chapelles rayonnantes est construit afin de faciliter la circulation des fidèles (Chartres, Rouen et Auxerre dès le XIe siècle). Les façades peuvent être dépouillées comme l’abbaye aux Hommes de Caen ou entièrement sculptées comme Notre-Dame-la-Grande à Poitiers. Les derniers feux de l’art roman brillent dans la magnifique église de Moissac (1120) et la cathédrale d'Autun (1135).


La période gothique.


À partir de 1140 s’ouvre la période dite gothique ; ce style est appelé alors
opus francigenum (art français), car né au cœur de l’Île-de-France. Suger (v. 1081-1151), abbé de Saint-Denis, pose les principes de cette nouvelle architecture. Selon lui, Dieu, lumière créatrice, doit être loué par un édifice également pétri de lumière. Les murs s’évident alors pour s’ouvrir sur d’immenses verrières, les voûtes s’allègent (voûtes sur croisées d’ogives). En 1140, Suger reconstruit son église abbatiale de Saint-Denis sur ce nouveau modèle qui est repris à Sens la même année, puis à Notre-Dame de Paris à partir de 1163. Les principales cathédrales sont renouvelées dans des dimensions considérables. Les voûtes gagnent des hauteurs vertigineuses qui atteignent leurs limites à Beauvais en 1284. Les architectes comme Villard de Honnecourt jouent un rôle majeur dans ces nouvelles techniques de construction très élaborées. Pour la cathédrale de Noyon (1150-1235), on met au point une quadruple élévation : arcades, tribunes, arcatures aveugles et fenêtres hautes. Celles de Reims et d’Amiens marquent l’apogée du style gothique dit rayonnant. Après 1260, les innovations architecturales se déplacent vers le Midi (Narbonne, Clermont-Ferrand, Limoges, Toulouse), la Bourgogne, l’Est (Metz) et la Normandie (Saint-Ouen de Rouen), avec une préférence pour les églises à nef unique. Au début du XIVe siècle, le gothique se fait flamboyant avec un décor extérieur exubérant proche de la dentelle de pierre (Saint-Urbain de Troyes, Saint-Séverin et Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris).

 
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L'habitat urbain.


À partir du XIII
e siècle en France (plus tôt en Angleterre), les constructions étagées en pierre remplacent les édifices en bois ou en torchis trop fragiles face aux incendies (Chartres en 1134 et Dijon en 1137 sont entièrement ravagées par le feu). Un souci d’urbanisme se fait jour dans les règlements pour espacer les îlots bâtis, faire paver les rues et gérer la distribution de l’eau et l’enlèvement des ordures.


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Une nouvelle esthétique urbaine.


Une véritable esthétique urbaine préside à la distribution des monuments et à leur mise en valeur, que ce soit des monuments religieux (église, palais épiscopal, couvents) ou monuments profanes (beffroi, hôtel de ville, places publiques). L’habitat des classes supérieures comprend plusieurs étages avec des pièces spécifiques (cuisine, garde-robe, salle d’étude), des écuries, des jardins et tous les raffinements du confort (cheminées, vitres) et de l’hygiène (puits filtrants, évacuation des eaux usées et latrines). Cet habitat aristocratique conserve le souvenir du château rural avec une grande salle de réception (
aula), une chapelle privée et une tour. Il adopte les dernières modes venues d’Espagne et d’Italie dans la décoration de ses demeures : pavements multicolores, fresques, peintures sur les plafonds et les meubles, reproduisant souvent le blason familial.


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L'habitat populaire.

En revanche, l’habitat populaire reste à la limite de l’insalubrité avec des pièces exiguës, peu aérées et mal éclairées par de modestes lampes à huile ou des chandelles de graisse animale. Chez les artisans, le rez-de-chaussée est occupé par l’ouvroir ou la boutique donnant directement sur la rue et par une pièce pour la vie familiale, tandis que les étages abritent des chambres et l’atelier de certaines professions (tisserands, orfèvres).




Source Bibliothèque Nationale de France.

 

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