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13 octobre 2007 6 13 /10 /octobre /2007 21:48
La vie urbaine au Moyen âge.





Les communes.

Avec le réveil économique et la croissance des villes, l'influence de ses habitants, les burgenses ou bourgeois était croissante. Dans les principales cités d'Europe s'étaient formées des associations appelées corporations, guildes ou hanses, et rassemblant les personnes exerçant le même métier. Au début leur rôle consistait en un soutien mutuel contre la concurrence et le besoin. Mais les corporations se heurtèrent très vite aux seigneurs qui voyaient d'un mauvais œil cette organisation étrangère à l'ordre féodal. La lutte entre seigneurs et bourgeois fut ainsi à l'origine du mouvement des communes libres. Peu à peu, la prospérité et l'unité de la bourgeoisie citadine réussissait à contrôler ou neutraliser le pouvoir effectif du seigneur. Les moyens utilisés étaient divers. Parfois, les citoyens trouvaient l'appui d'un allié précieux : l'évêque de la ville. L'évêque n'hésitait pas à défendre les bourgeois contre leur seigneur et même à prendre les armes pour s'opposer aux grands féodaux. Dans d'autres lieux, c'est le souverain lui-même qui soutenait les prétentions des bourgeois : le comte de Flandre et le roi de France encouragèrent le mouvement des communes. Pour le roi de France, il s'agissait d'affaiblir le pouvoir des grands feudataires du royaume. Ainsi, les citadins d'une ville « se gouverner en commun », d'où l'appellation de commune.



Les libertés communales.

Les libertés communales Dans la plupart des cas, les bourgeois conjurés achetaient leurs libertés au seigneur. Si le seigneur acceptait, on rédigeait des « chartes de franchise » (ou de liberté), énumérant les droits accordés aux communes libres. Mais bien souvent, irrités par les refus et réticences qu'ils rencontrèrent, les citadins n'hésitèrent pas à recourir à la violence. Bien sûr, la répression féodale était terriblement sanglante (1076 : Le Mans, 1114 : Amiens ...). Mais le mouvement s'étendit durant les XIIe et XIIIème siècle. Les libertés acquises par les villes étaient plus ou moins étendues. Au nord-est de la France, la commune jouit d'une réelle indépendance. Elle fait ses lois, bat sa monnaie, lève une milice... Mais c'est en Allemagne et Italie du Nord que les libertés sont les plus larges : les communes constituent de véritables petits états. Ayant obtenu leur autonomie, les communes s'organisèrent sous le gouvernement de leurs magistrats, contrôlés et aidés par le conseil communal, dont faisait partie les personnages les plus riches et les plus influents de la cité. Souvent, des conflits éclataient entre les corporations et les grands de la cité (marchands, banquiers...). Le roi proposait alors son arbitrage face à ces conflits permanents. Mais parfois, la cité faisait appel à un personnage étranger à la ville, le podestat (celui qui exerce l'autorité), auquel on confiait le gouvernement de la cité. Le mouvement d'émancipation de ces villes introduisit des manières de penser et des attitudes qui étaient étrangères au monde féodal. Enfin, il légua une institution qui se maintint jusqu'à nos jours : le régime municipal.


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Paris au Moyen Âge.

Protégé par l'épaisse muraille de ses remparts, qui discipline sa croissance et le met à l'abri des invasions, Paris, à la fin du XIIIe siècle, compte environ 200 000 habitants, ce qui est énorme pour l'époque. Située sur la montagne Sainte-Geneviève, l'université attire plus de deux mille étudiants et une centaine de professeurs venus de toute l'Europe. Dans ce quartier, marchands et artisans sont surtout spécialisés dans le livre (relieurs, parcheminiers, enlumineurs). Entre ce quartier intellectuel de la rive gauche et la ville marchande de la rive droite, l'île de la Cité concentre les fonctions politiques et religieuses. Robert le Pieux, au début du XIe siècle, a décidé d'y établir la résidence royale. A partir de 1160, sous l'impulsion de Sully, évêque de Paris a été ouvert le chantier d'un nouvelle cathédrale. L'évêque dirige lui-même les travaux, embauchant tailleurs, charpentiers... Grâce à l'application des principes de l'architecture ogivale (ou gothique), Notre-Dame peut élever sa voûte jusqu'à 35 mètres, et ses murs troués de vitraux multicolores, permettent à la lumière de pénétrer dans la nef pour éclairer les nombreuses statues. En 1245, Saint Louis fait construire la Sainte-Chapelle, un monument d'une audace architecturale exceptionnelle. 1130 panneaux de verre y résument l'histoire du monde telle qu'elle est racontée dans la Bible. Situé au croisement d'une voie fluviale, la Seine, et de la route terrestre allant d'Orléans à Senlis, Paris est aussi un carrefour commercial important et un grand centre économique et bancaire. La Seine est encombrée de bateaux et ses rives sont parsemées de moulins. Sur la rive droite, deux grandes bâtisses construites par Philippe Auguste permettent la protection des marchandises entreposées. Par suite du développement de la ville, ce premier marché permanent (les premières halles) déborde rapidement l'enceinte prévue. Les ateliers et les échoppes envahissent alors les rues. Les artisans se regroupent par rues auxquelles ils donnent le nom de leur corporation : rue de la Ferronnerie, rue de la Tissanderie... La corporation la plus importante est celle des « marchands d'eau », son chef, finira par s'imposer comme maire de Paris.


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Des rues très animées.

En 1131, le fils aîné de Louis VI qui se promenait à cheval dans Paris fut jeté à bas de sa monture qui avait été effrayée par un troupeau de cochons. Le dauphin se fractura le crâne et mourut peu après. Le roi avait donc interdit les cochons dans la ville. Mais les animaux ne disparurent pas pour autant. Les places et les rues étaient très sales, jusqu'au jour où Philippe Auguste, incommodé par l'odeur de purin qui monter jusqu'à ses fenêtres décida de les faire paver. Ces rues étaient le théâtre d'une immense animation. Dès le lever du jour, l'étuveur invitait les citoyens a prendre un bain chaud dans son établissement. Les boutiques s'ouvraient alors : drapiers, barbiers interpellaient les clients depuis le pas des portes, le pâtissier offrait ses gâteaux, ses saucissons et son pâté. Le pain était vendu par des marchands ambulants, qui le portaient dans de grands paniers en osier. Comme les gens ne savaient pas lire, les commerçants affichaient de lourdes enseignes sur leur boutique. Mais il n'y avait pas que les marchandises que l'on vantait dans la rue. Les actes officiels et les nouvelles étaient criés. Des attroupements de badauds se formaient autour de jongleurs, musiciens qui récitaient notamment des chansons de geste. Mêlés à la foule, les mendiants imploraient les passants. Les eaux usés et les détritus étaient jetés par les fenêtres, « Gare à l'eau ! » criait-on. Lorsque la nuit tombait, les rues étaient plongées dans l'obscurité, il n'y avait pas encore d'éclairage public. Aussi, la nuit, les rues étaient-elles abandonnées aux brigands.


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Source France Histoire.

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Jehanne - dans La Société
13 octobre 2007 6 13 /10 /octobre /2007 21:32
La vie rurale au Moyen âge.



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Campagne et ville.

Les paysans représentent près de 95% de la population médiévale, ils représentèrent la base matérielle, et le fondement de l'activité économique de la civilisation européenne. Le dynamisme des marchands et artisans fit la prospérité des cités, mais ce sont les paysans qui nourrissaient les citadins. Le travail de la terre était pénible et laborieux, mais il s'améliora, et permit à l'Europe de prospérer. Au Moyen Âge, la séparation entre ville et campagne était moins nette qu'aujourd'hui. Autour des remparts de la cité s'étendaient champs et prés. Mais le développement technique avec l'essor du commerce, de l'artisanat et des travaux intellectuels en ville, et de la culture et de l'élevage en campagne, entraîna une séparation plus marquée. La vie des paysans épousait le rythme des saisons, les mêmes travaux se répétaient d'une année à l'autre. Les transformations à la campagne étaient moins nombreuses et moins rapides qu'en ville. La vie citadine, au contraire, favorisait le contact entre les individus, la diffusion des connaissances techniques et intellectuelles. L'habitant des cités apparaissait moins soumis aux contraintes de la nature.


La représentation du temps.


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Au Moyen Âge, les paysans avaient une conception du temps très différente de la nôtre; ils se le représentaient comme quelque chose qui se répéter sans cesse et qui revenait toujours à son point de départ, à l'instar des aiguilles d'une horloge. Le temps était pour eux à l'image des saisons qui se succéder. Ainsi le calendrier des paysans épousait étroitement la succession des activités agricoles (labours, semailles, récoltes...). Les mois de l'année sont un motif fréquemment représenté au Moyen Âge, chaque mois est symbolisé par les activités agricoles de la saison.



Deux catégories de paysans.
  • Les serfs de la glèbe : Les paysans, ou serfs de la glèbe (c'est-à-dire de la terre, au sens de sol cultivé) faisaient partie du domaine. Lorsque le terrain était vendu, ils passaient d'un maître à l'autre, de la même manière que les animaux de la ferme. Les fils de paysans devenaient paysans comme leurs ancêtres, et comme leur futur descendance. Mais le servage n'était pas à proprement parler l'esclavage, même si la condition des serfs était proche des esclaves de l'Antiquité. Dès la fin de l'Empire romain, l'esclavage avait reculé sous l'influence de la nouvelle organisation économique et sociale, qui s'était formée autour du domaine, et qui suppléait l'État en pleine décomposition. De plus l'Église condamnait l'esclavage. Les serfs avaient beaucoup d'obligations mais aussi des droits. Ils étaient pleinement considérés comme des personnes, et théoriquement, ils pouvaient quitter le domaine à tout moment, aucune loi ne les obligeait à rester liés à la terre.
  • Manants et alleutiers : Le phénomène de servage se généralisa en Europe du Nord. En témoignent les nombreux vocables européens. Du latin manere (resider), dérivèrent les mots mansus ou manse, c'est-à-dire les champs et la maison des paysans. En français, le paysan fut appelé manant, celui qui reste sur la terre. L'habitation de la ferme fut appelée maison. En Angleterre, les seigneurs appelèrent manor, manoir, le petit château destiné à surveiller et protéger les champs. A côté des serfs subsistaient des paysans libres ou alleux. Les alleutiers (ou vilains), comme on les appelait en France, étaient fort nombreux dans l'Europe du Sud.

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La répartition du territoire.

Au début du Moyen Âge, l'Europe était une étendue inculte et sauvage, appauvrie par le passage des tribus barbares. La transformation de ce continent est le résultat du labeur ininterrompu commencé à l'époque médiévale, et en particulier des grands défrichements des forêts (par le feu ou la hache). La terre appartenant au seigneur était divisée en deux parties :
  • La réserve domaniale : Du latin dominus (maître). En plus du château ou de la résidence seigneuriale, elle comprenait les champs, les vignes, les pâturages, es forêts, terrain de chasse du seigneur. Elle comprenait également le village installé autour du château, avec le four, le moulin et des artisans tels que le sellier ou le forgeron.
  • Les manses : Le reste du domaine était divisé en manses (ou tenures) attribués selon leur étendue à une ou plusieurs familles paysannes. Le manse était la cellule fondamentale de l'économie agraire du Moyen Âge. Le serf disposait des produits du potager, ainsi que de la basse-cour et du porc, une des seules sources de protéine animale, le mouton était réservé à la laine et le bœuf pour le trait. Le serf avait également le droit de faire paître ses bêtes sur les champs en jachère (terrains non cultivés).

L'évolution du servage.

En échange de la terre et de la protection militaire, le serf avait quelques devoirs envers son seigneur. Il devait remettre une partie de la récolte à son suzerain et de payer des taxes. Il devait également participer gratuitement à des travaux appelés corvées. Ces tâches pouvaient être labours, récoltes ou sarclages sur les terres du seigneur. Mais ils étaient également appelés à la réparation d'un pont, creusement d'un puits ou réparation des murs du château. Mais au fil des ans, les besoins en argent des seigneurs s'accrurent, en partie à cause de l'enrichissement général. Le paysan quant à lui obtenait des revenus en vendant au marché les produits qu'il ne consommait pas. Cela modifia la condition du serf qui pouvait ainsi s'affranchir des corvées et réquisitions militaires en échange d'une somme d'argent au seigneur. On passa ainsi du servage au fermage, le propriétaire louait la terre au paysan qui l'exploitait à son compte. La production agricole augmenta considérablement car le paysan travaillait à son compte et se devait d'obtenir de quoi payer le loyer et de quoi nourrir sa famille.


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De nouvelles techniques agricoles.

Les paysans avaient constatés que certaines cultures comme les céréales, appauvrissaient le sol, alors que d'autres comme les légumes l'enrichissaient. Pour éviter l'épuisement du sol, les agriculteurs de l'Antiquité avaient institué le système de la rotation biennale : un champ semé en céréales était laissé en jachère l'année suivante, il était labouré, mais non semé, et servait de pâturage. Au Moyen Âge, la rotation devint triennale : le champ était cultivé en céréales la première année, puis en légumes la deuxième année, avant d'être laissé en jachère la troisième année. Le gain de ce système était double. En effet, désormais seul un champ sur trois restait improductif, et la culture des légumes enrichissait la terre. La production augmenta de 50%, le paysan pouvait vendre ses excédents et améliorer sa condition précaire. De plus, la technique permit l'amélioration des outils agricoles : araire, charrue, herse, houe, faucille...




Source France Histoire.

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Jehanne - dans La Société
12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 02:56
La sexualité au Moyen âge.


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PRÉSENTATION

Au Moyen Âge, plus précisément dans l'Europe occidental, l'influence religieuse était omniprésente dans la vie quotidienne des gens à partir de la deuxième partie de cette époque. Dès le XIIe siècle, la sexualité a été un des thèmes les plus abordé par l'Église.
Spécifions qu'avant le XIIe siècle, les prêtres avaient le droit de se marier et par ce fait, les gens n'étaient pas brimés dans leur sexualité. Ce n'est qu'après la deuxième partie du Moyen Âge que l'Église a interdit au prêtre d'avoir une sexualité et par conséquent, ceux-ci on imposé des restrictions et une pudeur du corps humain.

Par des documents tel que les livres de références, livre historiques, monographie ainsi par Internet, nous avons constaté que les sujets qui prédominent sont les moeurs religieuse, le mariage, la condition de la femme, la vie seigneurial, l'éducation et la culture. Nous avons trouvé une monographie particulièrement intéressante. Il s'agit de l'érotisme au Moyen Âge écrit par Arnaud de Lacroix. Ce livre traite de la façon dont la femme vivait sa sexualité, du mystère de l'érotisme ainsi que la sexualité populaire.

Dans ce contexte d'érotisme, est-il juste d'affirmer que la sexualité dans la deuxième partie du Moyen Âge n'avait d'autre but que la procréation et que le plaisir de la chaire était perçu comme étant un acte pervers?.Nous entendons par sexualité le plaisir de la femme l'érotisme.Nous proposons que la sexualité n'avait d'autre but que la procréation,car la religion interdisait les relations sexuelles hors mariage parce que la sexualité ne devait servir uniquement pour la procréation. De plus, une pudeur c'est installé vis-à-vis du corps nu rendant ainsi l'acte sexuel discret.

La variable indépendante est la sexualité au Moyen Âge et les variables dépendante est la procréation, le plaisir de la chaire et l'acte pervers. Par influence, nous voulons dire une emprise que les religieux avaient sur le peuple. Ils exerçaient un pouvoir ou une persuasion envers plusieurs domaines mais en particulier envers la sexualité.

Par brimer nous voulons dire se soumettre à des contraintes, ne pas avoir pleine liberté. Aussi, la condition de la femme nous voulons dire son état, son rang social, sa place dans la société et son rôle. Par le fait même, les actes perverssont des actes immoraux ou antisociaux, des actes honteux qui viol les principes de la morale établie.Par discret nous voulons dire se manifeste peu dans les relations sociales et qui n'attire pas l'attention. Lapudeur est un sentiment de honte ou de gène qu'une personne éprouve vis-à-vis de la sexualité et les moeurs sont une habitude de vie, coutumes d'un peuple ou d'une société.




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La régime politique et moeurs

Dans le féodalisme, il y a une certaine extension de terre, les grandes propriétés rurales, c'est-à-dire, c'est la propriété privée d'un seigneur, qui exerce dans cette propriété ce qui techniquement s'appelle les droits réalistes, du roi. Il y convoque l'armée, demande des impôts, juge les gens la  . Les difficultés de la vie quotidienne et l'angoisse du lendemain entraînent les hommes et les femmes du Moyen Age à profiter de toutes les occasions de rire, de faire la fête et d'oublier ces temps difficiles. Dans les villes, la rue est envahie par les musiciens ambulants, les jongleurs, les "monstreurs de bestes étranges" et les diseuses de bonne aventure.

En dépit des moeurs régionales, Il ya des dénominateurs communs : les mêmes genres littéraires, les styles artistiques. On ne peut pas parler précisément d'un Moyen Age français, mais d'une France médiévale, par exemple. Il y a des rois différents, mais dont la manière de penser, dont la coutume, l'alimentation sont presque les mêmes. Ce n'est pas possible d'isoler une entité. Il faut, pour étudier le Moyen Age, avoir l'esprit ouvert comme l'étaient les frontières à l'époque. la .Cette façon d'être de l'homme médiéval est en fait la manière d'être d'une civilisation encore très proche de la nature la . En effet, on procédait à la toilette qu'une fois les vêtements mis, et on se bornait à nettoyer les parties du corps qui restaient visibles. Ceci était avant tout dû à la promiscuité : plusieurs personnes partageaient la même pièce, et il n'y avait aucun moyen de s'isoler pour la toilette. la Les pauvres citadains se contentaient des bains publics.
On sait par exemle que Paris en comptait 26 en 1292. Ces bains étaient ouverts tous les jours sauf les dimanches et jours de fêtes.




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Les conditions de la femme

Les femmes portent la même chemise, mais tombant jusqu'à la cheville.
Par-dessous, celles qui tiennent à leur silhouette se serrent la poitrine dans un voile de mousseline que l'on épingle par derrière (l'ancêtre de notre soutien-gorge). La mode étant aux poitrines hautes, certaines n'hésitent pas à fixer des pelotes "en forme de pommes d'orange" pour améliorer leurs formes.la . Pour ce qui est du rôle des seins dans les rapports sexuels, il est clair que les caresser faisait partie au Moyen Age des attouchements préliminaires.

Les traités médicaux qui évoquent ces caresses le font à propos de la guérison de la stérilité. Au 15e siècle, la Practica major de Michel Savonarole apporte quelques détails " L'homme doit toucher légèrement la femme autour des seins et baiser spécialement les mamelons. " La C'est essentiellement à partir du 13e siècle que la poitrine se dévoile, lorsque la séduction du corps féminin s'affirme. Cette mode du décolleté a beau déclencher la colère des prédicateurs, leurs reproches n'empêcheront point le sein de continuer de se découvrir.




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L'amour courtois

Une fois la relation sexuelle consumée, on cherchait des formules nouvelles qui puissent maintenir le désir éveillé. Dans un texte qui s'appelle Traité de l'amour courtois, on dit que l'amour ne peut pas exister dans le mariage, parce que le mariage est envisagé comme une relation formelle destinée à la procréation. En dehors du mariage, il y a l'attrait par du fait d'échapper aux normes. La transgression a possédé une puissance érotique en soi. la .La lyrique des troubadours qui antecède l'acte sexuel est complètement érotique.
Toute forme de cour dans l'amour courtois, l'approche, l'efficace de ce code était plus ou moins excitant ou érotique. Par ailleurs, la maîtresse du roi de France Charles VII (1422-1461), Agnès Sorel (morte en 1450), lança, dit-on, la mode d'un sein dedans, un sein dehors : le peintre Jean Fouquet la représentera ainsi, sous les traits.., de la Sainte Vierge.


SE VOUS N'ESTES POUR MON GUERRE DONNEE

Se vous n'estes pour mon guerre donnee
Jamais ne mieux joie guerre donnee
Car par vous m'iert la grief guerre donnee
Dame mar vi vo dous regart riant
Qui me fera morir en guerriant



Les croyances

Dans le monde ancien, c'est plutôt la femme qui se place sur l'homme pendant la relation sexuelle. Parce que cette position permet un massagegénital et favorise le plaisir féminin. L'Eglise pense que cela est anti-naturel. Cela concerne la reproduction des gestes des positions socialespendant l'acte sexuel : l'homme étant supérieur devrait être dans la position supérieur, c'est-à-dire, sur la femme. Et on argumente surtout qu'avant Eve, Adam a eu une autre épouse, Lilith, qui, pour avoir changé cet état de choses, a perdu sa condition. L'érotisme, en tant que donnée culturelle, est donc traversé d'éléments idéologiques, religieux.


Les mariages

Autour de 1180, ces pratiques semblent changer : le rang du mari serait désormais supérieur à celui de la femme (auparavant, c'était le contraire, et le mari apportait un douaire à sa fiancée et sa famille).

Ces nouvelles pratiques matrimoniales sont sans doute explicables par l'attrait exercé par la fortune sur les familles aristocratiques : la dot versée par la famille de la femme s'est substituée au douaire constitué par le fiancé. Ce sont désormais les femmes qui apportent des biens au ménage. La renaissance du droit romain à la fin du XIIeme siècle est en partie responsable de ce bouleversement juridique; de plus, la dot constituée par un lot de terres est de plus en plus souvent remplacée par une somme d'argent. Mais cette mutation radicale n'a rien changé à la règle essentielle, qui prévaut dans tous les mariages aristocratiques : les richesses circulent du bas vers le haut, tandis que l'honneur, le prestige et le pouvoir circulent du haut vers le bas.

Comme les laïcs et les ecclésiastiques sont séparés sur le plan de la sexualité, la réforme entraîne une redéfinition du statut du mariage : il faut attendre la fin du XIeme siècle pour que, dans une noblesse française coutumière des adultères et des répudiations, l'Église impose son modèle de mariage5 . Jusque là, le mariage est une institution éphémère qui se fait et se défait au gré des alliances. La stérilité est également un motif de répudiation. D'autre part, l'aristocrate marié entretient fréquemment une ou plusieurs concubines.

Outre l'instabilité, la consanguinité est une caractéristique du mariage aristocratique, afin d'éviter la dispersion du patrimoine et l'immixtion de lignages étrangers dans la vie politique de la maison. la  Les théologiens affirment avec force que le consentement des deux contractants est nécessaire pour établir la légitimité du mariage. Les canonistes s'en prennent également aux mariages incestueux, auxquels ils donnent une définition très large : à partir du VIIIeme siècle, l'interdiction du mariage entre consanguins s'étend jusqu'au septième degré de la computation germanique. Le concile de Latran IV (1215) ramène l'interdiction du mariage au quatrième degré, pour éviter les trop nombreuses répudiations faites jadis par les nobles sous prétexte de consanguinité. Ce concile impose également la publication des bans, c'est-à-dire la proclamation solennelle du mariage quelques jours avant sa célébration, afin d'éviter les mariages clandestins. Les coupables de polygamie ou de divorce sont excommuniés. Le mariage, à l'image du Christ et de l'Église, doit être unique et indissoluble. la Mais c'est dans le rituel du mariage que ce conflit entre le pouvoir spirituel et l'autorité politique se manifeste le plus clairement.
Traditionnellement, c'est le père de la marié qui cédait la tutelle de sa fille au futur mari en échange des arrhes que celui-ci lui versaitla








Les interdits

Au Moyen Age, le Christianisme ne voit dans le sexe qu'un acte de procréation au cours duquel on ne doit pas sentir de plaisir. On ne doit pas y prendre plaisir. Puisque l'amour homosexuel ne peut pas être procréateur, il ne peut être que pour le plaisir, par conséquent il est défendu. Si l'Eglise Médiévale, en dépit de condamner, acceptait ou même pardonnait la prostitution, le viol et d'autres pêchés sexuels, à l'égard de l'homosexualité elle était par contre tout à fait intransigeante, du fait de le trouver contre nature la .Aussi, l'Église s'oppose à tous les procédés qui tentent de contrarier la nature, divine par essence. Les méthodes contraceptives antiques ne disparaissent pas pour autant de la société du haut Moyen Âge, en particulier dans les milieux aristocratiques où les femmes, sans doute vivement encouragées par leurs époux, tentent de limiter leur descendance pour éviter que l'héritage ne s'émiette.



ENQUETE


Professeurs Luc Lefebvre     Lyse Roy      Pietro Boglioni .


Certain, mais difficile à documenter.Pas plus et pas moins que aujourd'hui. Mon idée est que la grande majorité des gens prenaient les doctrines des moralistes comme un conseil, à suivre si possible, mais que la grande majorité des gens faisaient, pour la plupart du temps, ce qui leur plaisait. Tout nous laisse croire qu'il y avait un abîme entre la théorie et la pratique.Peu de documentation. On lui accorde une certaine attention, notamment dans la culture médicale, car on pense qu'il favorise la procréation.

En d'autres termes, selon Luc Lefebvre la sexualité n'était pas réservée uniquement pour la procréation comme nous le pensions au départ.La religion avait des idées bien structurées de l'acte sexuelle, mais du a son manque d'influence pour l'époque.Souvenons nous que le roi n'avais pas beaucoup de pouvoir durant cette période à cause de son manque de revenu et donc, incapable de se payer une armée.De cet effet, résulte que l'Église devait sa puissance au roi et par conséquent, il ne pouvait pas exercer son autoritée.

Bien que nous n'ayons pas de preuves précise des coutumes sexuelles, il semble que le plaisir était une chose très importante dans la vie des gens.
De plus, il faut préciser que le roi ayant perdu de sa puissance, les nobles en ont profité pour acroitre la leur.Il était donc fréquent que le seigneur se donnait le droit d'accepter ou de refuser un mariage parmis ses serfs.
Aussi, nul position autre que la position du "missionnaire" c'est-à-dire l'homme couché sur la femme était permise. Cela avait pour objectif de confirmer la supériorité de l'homme sur la femme.Aussi, selon Lyse Roy, ses dires confirme Luc Lefebvre sur l'autorité religieuse.C'était l'Église qui avait la gestion des moeurs sexuelles et que celle-ci servait uniquement à la procréation.De cet ordre, l'homosexualité ainsi que la masturbation étaient condamné par l'Église parce que cela sortaient du cardre de la procréation.Il faut bien comprendre que l'Église était contre le plaisir sexuelle, mais que les gens ne s'occupaient pas des dires de l'Église.
L'entretien de Pietro Boglioni se résume en disant qu'il est clair que la procréation était le but premier, mais non le seul et que même les théologiens étaient de cette avis.Toujours selon l'Église, tout ce qui était en dehors du mariage et de la procréation était interdit.L'influence religieuse n'avait pas plus d'influence qu'aujourd'hui.Bien que les gens essayaient de suivre les conseils des moralistes, il n'en demeure pas moins que les gens faisaient ce qu'Ils leur plaisait. Il semble qu'il y avait un grand écart entre ce qui ce disait et ce qui ce faisait.Il semble certain que
l'éducation sexuelle avait lieu à cette époque. Elle était fait surtout par la famille, les amis et la culture ambiante ou par observation.On constate qu'il y avait bien une éducation sexuelle, mais qu'il est difficile de se documenter.Il y a peu de livre sur ce sujet.Il y a aussi peu de documentation sur le plaisir de la femme, mais on dénote cependant qu'une certaine attention lui était accordé.Déjà à cette époque on commence a penser que la femme a un certain rôle a jouer dans la procréation et pour cette raison elle sucite l'attention de la culture médicale.En somme, ces trois historiens ont la même idée sur ce qui ce faisait comme sexualité au Moyen Age.



Confirmation de l'hypothèse :

Pour la plus grande partie de notre hypothèse, nous sommes dans l'erreur.La partie qui est vraie est celle concernant l'idée de la sexualité vue par l'Église.Et celle qui est fausse est celle vue par les gens.Autrement dit, il est faux de dire que la sexualité était uniquement pour la procréation.
Bien que la procréation était primordiale, la sexualité n'était pas considéré comme répugniante et impure. En conclusion, la sexualité de cette époque n'était pas bien différente de celle d'aujourd'hui.


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Jehanne - dans La Société
7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 22:31

Les voyages au Moyen Age


Danièle Masse, docteur en Lettres, chargée de Cours à l'Université de Toulon.


Si l'Antiquité a connu de grands voyageurs tels Ulysse et les Phéniciens, il faudra attendre l'époque des grandes découvertes, à la fin du XVe siècle pour renouer avec le concept du voyage au sens de découverte et d'exploration. Entre Antiquité et Renaissance, le Moyen Age stagne, du moins en apparence. Car si la tradition veut que cette longue période - un millénaire de la chute de l'Empire Romain à la Renaissance - soit frappée d'immobilisme, la réalité est tout autre. A y regarder de près, on constate au contraire que les déplacements sont nombreux, même si ce n'est qu'à la fin du Moyen Age que le voyage trouve le sens qu'on lui donne aujourd'hui.



LE VOYAGE COMME APPRENTISSAGE.

Au Moyen Age, on ne voyage pas par plaisir, notion inconnue alors, mais pour faire un pèlerinage, pour guerroyer, notamment en Terre Sainte ou pour commercer. On trouve pourtant sur les routes une population appartenant à toutes les classes sociales : les paysans et les marchands se déplacent de foire en foire, les étudiants et les professeurs d'université en université, les nobles visitent leurs domaines situés souvent à des distances considérables ; les clercs et les autorités ecclésiastiques vont de monastère en monastère. Il n'est guère que les femmes qui restent confinées au foyer, encore que certaines dames nobles voyagent aussi et que la foule des pèlerins compte de nombreuses pèlerines.

Dans la littérature du Moyen Age, les Fabliaux en particulier, le voyageur est jeune, pauvre et oisif. Le voyage constitue son apprentissage : issu du peuple, le jeune homme parcourt le monde pour s'initier à un métier ou pour trouver un emploi. Les fils de marchands quittent le toit familial pour exercer d'abord des fonctions modestes souvent sur les galères de l'Etat, où ils s'initient au commerce en emportant des marchandises pour les vendre.

Sur terre, le jeune suit la même démarche ; il part dès l'âge de 15 ans, s'établit comme apprenti auprès d'un riche marchand puis fonde sa propre compagnie pour vendre ses produits de foire en foire. Les étudiants, quant à eux, voyagent pour acquérir des connaissances intellectuelles dans des universités réputées comme la Sorbonne à Paris pour la philosophie et la théologie et Bologne pour le droit. Ces universités reçoivent des étudiants de tout l'Occident et de l'Orient latin. Abélard (1079-1142) fut un de ceux-là : de Paris à Laon en passant par Cluny il est toujours prêt à discuter de dialectique avec un professeur renommé. Il n'est pas rare que de brillants étudiants deviennent des enseignants recherchés dispensant leurs cours dans divers établissements. Leur mobilité est telle que les universités font prêter serment aux doctorants de ne pas partir une fois leur diplôme obtenu. Les jeunes chevaliers ne sont pas exempts de tels déplacements, même si leurs motivations diffèrent.

Ils "tournent par la terre" pour s'affirmer mais également pour connaître le monde. Si pour eux le voyage est aussi initiatique, c'est par les armes que se fait cette initiation. Ils mènent une vie libre, souvent en groupe et vont de tournoi en tournoi pour acquérir fortune et gloire. Une fois la maturité atteinte - souvent fort tard -, ils feront un mariage riche et se "sédentariseront", à l'image de Guillaume le Maréchal qui erra ainsi entre l'Angleterre et le continent, "tournoyant" jusqu'à l'âge de cinquante ans. Si "les voyages forment la jeunesse" au Moyen Age, on voyage également la maturité venue, pour des raisons économiques le plus souvent.

Ce sont les marchands qui partent au loin commercer avec le monde arabo-musulman, mais aussi avec l'Inde et la Chine. Ils vont d'Ouest en Est et inversement tant par voie de mer que par voie de terre, en empruntant des itinéraires variés. Ils apportent en Occident des esclaves, de la soie, de la pelleterie, des épices et d'autres produits orientaux et contribuent à maintenir des relations cordiales entre l'Orient et l'Occident, relations souvent occultées par les Croisades. Certains lieux stratégiques comme l'île de Chypre sont véritablement cosmopolites et plusieurs témoignages affirment que toutes les langues du monde y sont enseignées et parlées. On ne présente plus Marco Polo et le voyage qu'il accomplit avec son père et son oncle jusqu'en Chine.

On connaît moins Benedetto Zaccharia, un Gênois qui s'embarqua pour l'Orient dès l'âge de 11 ans, en 1259, où il fit commerce de l'alun après avoir obtenu de l'empereur byzantin un gisement en Asie Mineure. Son activité l'amena à voyager constamment en Méditerranée, dans la Mer Noire et à Constantinople, avec de fréquents retours à Gênes, où il mourut en 1308. L'apparat joue un rôle essentiel au Moyen Age : le souverain se déplace pour se montrer mais aussi pour jouir des ressources de son royaume, maintenir le contact avec ses sujets et vérifier la bonne administration de ses terres. Il est accompagné d'une nombreuse suite et d'un important matériel. En 1389-1390, le voyage en Languedoc qu'entreprit Charles VI dura six mois et sa cour, composée de "pas mal de barons du royaume" nécessita quatre mille chevaux. Isabeau de Bavière, qui n'a pas de demeure fixe, se déplace de château en château, en parcourant une vingtaine de kilomètres par jour. Elle emmène avec elle non seulement ses effets personnels mais aussi ses tapisseries, ses orgues, ses étuves, ses meubles...

Outre les domestiques, elle est suivie par des conseillers et des prêtres et une troupe de soldats la protège. Le pape, souverain spirituel, ne se prive pas de faire étalage de sa puissance et de sa fortune. A l'instar du souverain temporel, il se déplace avec un grand nombre de personnes : 194 pour le déplacement de Boniface VIII de Rome à Anagni au printemps 1299, auxquelles il faut ajouter une quinzaine de cardinaux accompagnés d'une vingtaine de familiers pour chacun d'eux...



PREMIERES MESURES CONTRE L'INSECURITE.

Le Haut Moyen Age a hérité du réseau bien entretenu des routes tracées par les Romains, empruntées jusqu'au XIe siècle malgré les dégâts occasionnés par les invasions germaniques. A partir du XIe siècle, un nouveau réseau est créé qui ne cessera de s'étendre jusqu'au début du XIVe pour les besoins d'une économie et d'une population en pleine expansion. Les premières routes pavées apparaissent au XIIIe siècle et c'est Blanche de Navarre qui institue le premier "péage autoroutier" entre Troyes et Sézanne : elle autorise les entrepreneurs à percevoir le revenu des péages pour compenser les frais engagés. Les plus pauvres voyagent en chariot grossier ou à pied, notamment les pèlerins pour qui le voyage revêt un aspect pénitentiel. Mais on utilise généralement un cheval, un âne ou un mulet selon la condition sociale du voyageur. Les personnes de condition et les dames nobles disposent d'un char à quatre roues, luxueusement aménagé ou d'une litière dont les deux brancards sont placés entre deux chevaux. Le voyage par voie de terre dépend de l'état des routes mais aussi des conditions météorologiques et de l'insécurité qui règne sur les chemins.

Les forêts - auxquelles est attachée toute une mythologie de la peur -, la lenteur des déplacements et la présence aléatoire de l'autorité policière font que l'on préfère voyager en groupe. Les brigands restent redoutables durant tout le Moyen Age et ce n'est qu'à la fin du XIVe siècle, pour des raisons économiques, que les seigneurs prennent des mesures contre l'insécurité pour favoriser les déplacements des marchands d'une foire à l'autre. Si les fleuves et les rivières sont empruntés pour des liaisons courtes, à l'intérieur d'une région en général, la voie maritime est largement utilisée, même si la mer suscite répulsion et crainte.

En fonction de ses projets et de sa fortune, le voyageur a le choix entre plusieurs types de bateaux dont la taille et la stabilité évoluent au cours des siècles. Cependant, comme sur terre, le bon déroulement du voyage dépend du vent et du temps et les progrès de la navigation ne changent pas sensiblement la durée du voyage, souvent longue et fatigante. Lorsqu'on voyage, trouver à se loger la nuit venue, est un souci plus ou moins facilement résolu en fonction de ses moyens et de l'époque. Même s'il existe des auberges depuis le Haut Moyen Age, elles ne sont guère utilisées. Les grands personnages logent chez leurs vassaux, les autres chez un particulier, ami ou parent. Dans la littérature médiévale, l'accueil du chevalier itinérant dans une demeure hospitalière est un topos récurrent. L'Eglise, en accord avec les préceptes du Christ, est tenue d'offrir l'hospitalité aux plus démunis. Les moines ouvrent les portes de leurs monastères en y adjoignant un xenodochium ou maison des hôtes. Le chapitre 53 de la règle de Saint-Benoît stipule en effet : "Tous les hôtes qui surviennent seront reçus comme le Christ, car lui-même doit dire : "J'ai été hôte, et vous m'avez reçu". A tous, les égards convenables seront rendus, surtout aux frères dans la foi et aux pèlerins".

Durant tout le Moyen Age un réseau d'hôpitaux se constitue gérés par des religieux, frères ou soeurs. Les villes comme les villages possèdent de tels hospices, appelés Hôtels-Dieu pour les villes les plus importantes. Les personnes aisées préfèrent "descendre à l'hôtel" à partir du XIIe siècle, période à laquelle l'accélération de l'urbanisation permet le développement des auberges. On en compte ainsi vingt-sept à Aix-en-Provence au milieu du XVe siècle et une soixantaine à Avignon vers 1370. Il s'agit souvent d'une maison de particulier dont la fonction est signalée par une enseigne et aménagée avec plusieurs lits dans une même pièce. Les chambres n'ont pas de numéro mais sont désignées par leurs caractéristiques, par exemple "La Chambre Peinte".



AU FIL DE CARTES PLUS OU MOINS PRECISES...

En ce qui concerne le voyage dans des contrées lointaines, en Terre Sainte par exemple, il dépend des guides connaissant itinéraires et grandes voies mais aussi moeurs et langue des populations. Le voyageur doit également avoir une connaissance suffisante des cartes géographiques pour se repérer loin de chez lui. Ces cartes, d'abord très imprécises et donc peu utiles sur le plan pratique, sont tracées d'après les récits des voyageurs et des pèlerins s'inspirant eux-mêmes des descriptions des auteurs anciens, Pline et Strabon en particulier. Ils ont une vision du monde limitée à trois parties : l'Asie, l'Afrique et l'Europe entourées par la mer. L'intérieur des terres est pratiquement inconnu en ce qui concerne l'Asie et l'Afrique et de nombreux espaces blancs symbolisent ces terra incognita.

Au XIIe siècle, avec les Croisades et les contacts avec l'Orient, les cartes deviennent plus fiables. Mais c'est à partir de la prise de Constantinople en 1204 que la vision du monde s'élargit : on peut accèder aux steppes russes par la Mer Noire, ce qui permet de traverser l'Asie. Les plaines enneigées de ce continent, habitées par les Tartares seront décrites entre autres par Guillaume de Rubrouck et Marco Polo révèlera un peu plus tard les paysages plus méridionaux de ce continent. L'Afrique reste plus mystérieuse, à cause de la barrière du désert. A partir du milieu du XIIIe siècle, des missionnaires s'aventurent en Ethiopie et peu à peu pénètrent l'Afrique de l'Ouest. Dès lors la prééminence est accordée aux cartes sur les textes : Pétrarque par exemple affirme leur supériorité dans le voyage. Les portulans sont l'aboutissement de cette approche. D'origine italienne, ils se répandent rapidement en Catalogne au XIVe siècle, puis au Portugal et en Espagne au XVe. Leur apparition est liée à l'expansion maritime des grandes cités italiennes et répond avant tout à des besoins économiques. Oeuvre de marchands s'aventurant de plus de plus loin, le portulan permet de connaître les distances, il est associé à la boussole et au routier, ouvrage indiquant la nature et la profondeur des fonds.



PELERINS ET CROISES EN ORIENT.

Hormis le marchand qui se déplace pour des raisons économiques, l'homme médiéval part au loin pour se battre ou pour accomplir un pèlerinage.

D'ailleurs tout au long du Moyen Age, voyager a le sens de "faire des expéditions militaires". La première Croisade débute en 1096 mais les pèlerins occidentaux se sont rendus sur les lieux de la vie du Christ, à Jérusalem, dès le premier siècle de notre ère. Le pèlerinage à Rome, seconde destination des pèlerins, s'effectue dans les premiers siècles et celui de Saint-Jacques de Compostelle à partir du IXe.

Le voyage en Orient, et plus précisément en Terre Sainte, est la destination la plus lointaine et celle qui voit le plus grand nombre de personnes sur les routes puisque c'est par voie de terre que le voyage s'accomplit le plus souvent. Toutes les conditions sociales sont représentées, même si le noble ne voyage pas de la même façon que le pauvre. Le riche, dont le but est militaire, prend le temps de s'équiper, de consulter les relations de voyages antérieurs comme celle de la pèlerine Egérie qui décrivit les lieux saints à la fin du IVe siècle. Le pauvre rassemble le peu qu'il possède et se met en route, appuyé sur son bourdon ou emmenant sa famille dans un chariot sommaire. Tous ont à coeur de mettre leurs pas dans ceux du Christ et plus le voyage sera pénible, plus ils auront le sentiment de mériter la rémission de leurs péchés. Mais au-delà de la foi, d'autres données fondamentales interviennent dans le but du voyage : l'attrait de l'Orient fabuleux, le désir de découverte et l'admiration pour un monde inconnu à comprendre. Cette curiosité, qui annonce l'esprit de la Renaissance, est un élément essentiel dans la démarche du voyageur en Orient, élément que l'on retrouve dans les relations, notamment celle de Guillaume de Boldensele où, regard curieux (il profite de son pélerinage pour visiter l'Egypte et en donne une description intéressante) et méditation se mêlent. Depuis l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem (anonyme) cette constante perdure du IVe au XVe siècle avec des contraintes diverses selon la situation politique tandis que se mettent en place divers itinéraires, terrestres et maritimes, au départ de Venise pour ces derniers.

D'autre part, des réseaux d'accueil sont organisés sur la route de Jérusalem où les moines franciscains s'installent à la fin du XIIIe siècle. Soldats et pélerins ne sont pas les seuls à faire le voyage en Orient. On trouve de grands personnages, ambassadeurs et diplomates qui représentent leurs souverains. Ils voyagent en grand équipage, sont accompagnés d'une suite nombreuse et d'interprètes - les truchements - comme le Juif Isaac envoyé en 801 par Charlemagne auprès du sultan Haroun al-Rashid. Jusqu'au VIIIe siècle, des envoyés permanents, les apocrisiaires, représentent le pape auprès de l'empereur de Byzance, remplacés aux siècles suivants par des clercs, légats du Siège apostolique. Le voyage peut être aussi une activité professionnelle.

Plusieurs Etats disposent d'un service postal et envoient des émissaires d'une région, d'un pays à l'autre. L'Empire byzantin - jusqu'à la fin du XIe siècle - mais aussi le monde arabo-musulman, la Chine - dès le IIIe siècle avant Jésus-Christ - l'Inde connaissent ce type d'organisation. Le courrier est acheminé à dos de chameau, de mulet ou grâce à des pigeons voyageurs et des bateaux-poste. En Occident, des marchands se regroupent au XIIIe siècle en Italie pour payer des courriers collectifs vers les foires de Champagne et au XIVe, les papes établissent également un service de courriers.

Si le Moyen Age est un monde stable parce qu'essentiellement rural, attaché à son terroir, appréhendant d'affronter un Ailleurs inconnu et hostile, il n'en demeure pas moins que les déplacements sont nombreux et que le mouvement est une composante de l'époque médiévale. Marchands, soldats et pèlerins parcourent souvent de grandes distances, pour des causes économiques, militaires ou religieuses. Voyager pour le plaisir ou pour fuir une réalité décevante - notion toute moderne - est un concept inconnu au Moyen Age. Néanmoins, on peut penser que c'est la découverte progressive du monde grâce aux voyageurs de tous ordres, ceux qui ont laissé un témoignage comme les plus obscurs, qui a permis aux hommes de la Renaissance de partir à la recherche de mondes nouveaux.
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Jehanne - dans La Société
3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 16:13
La ceinture de chasteté



Essentiellement, cette ceinture fut symbolique au Moyen-Âge.
Comme par exemple nous avons dans un des lais de Marie de France, la mention que l'amant attache une ceinture autour de la taille de son amie tandis qu'elle, elle fait un noeud dans le bas de sa chemise. Tous deux savent que personne à par eux peuvent défaire ces noeuds. Nous avons là une symbolique, voire une certaine magie.

Il y a une image du XVe qui a été utilisée comme preuve de l'existence de cet outil dans un traité d'art militaire. Mais à y regarder de plus près et en lisant les textes relatifs à l'image, il semble que ce soit un instrument contre les hernies!!!    Mauvaise interprétation de source !
Aux XVIe et XVIIe siècles on retrouve des illustrations de cet objet sur des scènes de couples. Mais est-ce la représentation d'une réalité ou d'un fantasme?

Ensuite, elle a servi de propagante anti-féodale aux XVIIIe siècle; tandis qu'au XIXe on en créa des fausses pour le plaisir des cabinets de curiosité de même qu'elle fût (très rarement) prescrite comme médication.


Enfin, le XXe siècle la verra devenir un objet utile aux fantasmes sexuels qui l'associent davantage au Moyen âge par exotisme, mais sans référence historique.


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Jehanne - dans La Société
2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 16:40

La prostitution au Moyen-Age

Depuis le début des temps, la prostitution n'a cessé d'exister. Déjà à l'époque du paléolithique, les hommes étaient prêts à livrer le produit de leur chasse aux femmes qu'ils désiraient pour obtenir leurs faveurs sexuelles. Au cours des siècles, le processus s'est bien sur sophistiqué, mais il reste toujours le même: les hommes seront toujours prêts à payer le prix pour obtenir ces faveurs.
La prostitution existait donc pendant la période du Moyen Age, soit de 500 à 1500, mais comment était-elle perçue par le clergé, les rois et le peuple? D'après les textes de lois, les édits, les bulles papales, les règlements municipaux et même les anecdotes, une brève étude de la perception de la prostitution au cours du Moyen Age sera construite.

L'étude débutera donc avec l'époque du Ve au XIe siècle, où nous aborderons les différentes conceptions du phénomène en passant par les mesures prises par l'Empereur Justinien et son épouse Théodora afin de diminuer le proxénétisme, puis celles de Théodoric 1er, le "Code Alaric", et pour finir la période, celles de Charlemagne. Puis du XIIe au XIIIe siècle, c'est le temps de l'acceptation, avec les politiques variées de Saint Louis et le problème des prostituées suivants les croisades. En terminant, nous étudierons les efforts des papes tels Jules II, et des municipalités pour institutionnaliser la prostitution du XIVe au XVe siècle, avec des règlements et des codes.

Justinien et Théodora

De 527 à 565, c'est l'empereur Justinien 1e qui règne avec son épouse Théodora (morte en 548) sur l'empire byzantin. En matière de prostitution, ce grand empereur fut très innovateur. Pour ce faire, il stipula 531 dans son Corpus Juris Civilis que tous les proxénètes tels les souteneurs et les maquerelles seront punies sévèrement s'ils sont trouvés coupable de pratiquer ces métiers. Pour la première fois, une loi s'attaquait aux problèmes de la prostitution par ces racines. Par le fait même, les lois interdisant aux ex-prostituées de se marier furent également abolies.

L'empereur Théodose le Grand (379-395), avait bien essayé lui aussi d'interdire la prostitution, en ordonnant d'envoyer en exil tous les pères, époux, ou maîtres qui prostituent leurs filles, femmes ou esclaves, mais il n'a pas créé une véritable loi. Toutefois, on peut facilement comprendre les efforts de Justinien en cette matière, car l'impératrice avait pratiqué le plus vieux métier du monde avant de l'épouser. Selon un extrait de ce code, on peut d'ailleurs se demander si Justinien ne fait pas allusion aux difficultés qu'il a rencontrées: "...qu'il arrivait souvent que des hommes, qui par pitié voulaient les soustraire à leur malheureux sort ou les épouser, ne pouvaient les arracher à ces sortes de prison ou ne les obtenaient qu'à prix d'or."

On constate également que rien dans ce code de loi ne fait allusion aux prostituées elles-mêmes. En fait, cette loi visait essentiellement à faire sortir les prostituées des maisons closes. Afin de réussir son projet, il devait évidemment faire plus, c'est pourquoi il mit sur pied le premier centre de réadaptation sociale, nommé Metanoia qui voulait dire se repentir. Malgré ces efforts considérables, le programme fut un échec, et le centre a été obligé de fermer ces portes.

Théodoric

Les nombreuses tribus germaniques quant à elles, partageaient souvent le même avis sur le sujet. Pour ces tribus, la prostitution représentait une malédiction à combattre. Théodoric 1e, fut semblerait-il, le premier à user de violence dans ce domaine. En effet, il parait que les proxénètes étaient jugés très sévèrement, car ils étaient passibles de la peine de mort pour avoir commis un tel crime. Cependant, ce n'est qu'avec le "Code Alaric" promulgué par Alaric II, roi des Wisigoths, que la persécution des prostituées a débuté véritablement. En effet, ce code prévoyait pour la première fois que les femmes de petites vertus étaient aussi coupable que les proxénètes et qu'elles étaient justiciables du fouet.

Charlemagne

Genséric de Carthage et Frédéric 1e Barberousse ont également renforcé ces mesures, mais c'est Charlemagne qui fut le premier, du moins en France, à inclure dans les capitulaires une loi portant exclusivement sur la prostitution. Malgré le fait que tous les chefs francs ont des harems, ou des gynécées ou y vivent leurs concubines, la prostitution pour le commun des mortels n'est aucunement tolérée.

En effet, les capitulaires stipulent que toutes personnes qui racolent, aident des prostituées, ou encore tiennent des bordels, sont passibles de flagellation. En fait, les prostituées sont perçues comme de très graves criminels, car elles sont passibles de 300 coups de fouets, soit le nombre de coups de fouets le plus élevé mentionnés dans le "Code Alaric", en plus de voir leur chevelure coupée. En cas de récidive, la loi était intransigeante, et la criminelle était vendue au marché des esclaves. Malgré de telles mesures, Charlemagne n'a put enrayer la prostitution.

Pendant cette époque la prostitution était un phénomène rare étant donné que la société franque était majoritairement rurale, et que la prostitution est un phénomène essentiellement urbain. Toutefois, des soeurs vivant au couvent ont été trouvées coupables de se livrer à de telles activités pour augmenter leur revenus.

St-Louis

Pendant l'époque où Louis IX régna, soit de 1226 à1270, la politique face à la prostitution fut changeante, passant de la prohibition à la tolérance. Il passa d'abord un édit en 1254, où il menace d'extradition toute personne faisant indirectement ou non de la prostitution son métier. Alors commença une dure répression, et la prostitution clandestine remplaça les maisons de débauches ouvertes à tous. Mais les hommes s'en plaignants furent nombreux, argumentant que depuis la publication de l'édit, il est difficile pour eux de protéger la vertu de leurs femmes et de leurs filles contre les assauts de violence que canalisaient autrefois les bordels. L'édit fut donc révoqué deux ans plus tard, et un nouveau décret a rétabli la prostitution, à condition que différentes règles soit suivies.

Ce trouvant devant l'échec cinglant de sa politique intransigeante, il décida d'être plus tolérant et ouvrit les portes d'un centre de réadaptation et de reclassement. Ce centre, dans la même ligne de pensé que celui ouvert sous Justinien, fut nommé "Couvent des filles-Dieu" et fut poursuivit sous le règne de Charles V. Mais Louis "le Saint" devait se heurter à un problème de taille; la prostitution en terre sainte.

Les Croisades

Dès la première croisade, soit de 1096 à 1099, les prostituées ont suivit les troupes en grand nombre. Toutefois, on peut croire que ce nombre augmenta rapidement car pendant la huitième croisade menée par Saint Louis les livres de comptes royaux font état sous la rubrique "camp followers" que l'État devait payer un salaire à environ 13 000 prostituées afin d'encourager les troupes à continuer la guerre sainte. Saint-Louis se trouvait donc confronté à un problème de conscience, mais comment pouvait-il empêcher les prostituées de suivre ces hommes seuls perdus dans ces contrées inconnues et si loin de leur chère épouse.

Quant au fils de Louis IX, Philippe, il a poursuivit l'attitude de son père, c'est-à-dire les règles imposées aux putains, qui les maintenait dans des quartiers spécifiques de la ville. Cette attitude de relâchement, que de nombreux politiciens préconisaient également montre que la prostitution ne scandalisait pas la population en général.

St-Thomas-d'Aquin

Le discours ecclésial du XIe et du XIIe siècle, établit par le Decretum de Burchard, évêque de Worms, fait état d'un double standard en ce qui concerne la prostitution. Tout d'abord, il considère la prostitution comme un mal, mais d'un autre part, il admet sa nécessité. D'ailleurs, il stipule qu'une femme s'ayant adonné à de tels actes devait se soumettre à une pénitence de six années, alors que son partenaire devait jeûner pendant dix jours. Donc, il montre par la même occasion que l'acte de la femme est beaucoup plus grave que celle de l'homme, et que le mal se situe du côté de la prostituée et non de celui qui en a besoin comme exutoire.

La véritable "...rationalisation de la tolérance de la prostitution" fut donnée par nul autre que Saint-Thomas d'Aquin, dans sa Somme théologique. Il fait allusion trois fois dans cet ouvrage à la prostitution, mais toujours d'une manière détournée. Il commence donc par insinuer que l'on doit se montrer tolérant envers la prostitution, puis va plus loin en mentionnant que l'on peut accepter les fruits de ce commerce en toute conscience. On peut donc conclure que malgré le fait qu'il n'approuve pas le geste, il se montre tolérant envers de telles activités. D'ailleurs, St-Thomas d'Aquin reprit les propos de Saint-Augustin disant que la "prostitution in the towns is like the cesspool in the palace: take away the cesspool and the palace will become an unclean and evil-smelling place."

Ceci est parfaitement compréhensible, car le clergé s'est enrichi considérablement sur le dos de la putain, et qu'il a besoin d'une justification pour avoir agi de la sorte. D'ailleurs, de telles pratiques se sont répandues largement au cours des siècles suivants.

Institutionnalisation

La première tentative de sanitarisme dans le domaine de la prostitution remonte à 1360, avec l'établissement par Jeanne 1re, reine des Deux-Siciles, d'un bordel en Avignon où les filles étaient largement contrôlées par des médecins et une abbesse. Cette initiative était bien sûr faite pour renflouer les coffres du royaume, et non dans une perspective humaniste, mais elle a tout de même créé un précédent.

Étant donné que le Grand Conseil de 1358 a mentionné que "les pécheresses sont absolument nécessaires à la Terra", mieux vaut organiser et contrôler ces dernières. En effet, à partir du XIVe siècle, on assiste a un effort d'institutionnalisation de la prostitution visant à tirer profit de ce commerce, mais surtout de le restreindre à certaines zones de la ville. Puisque les bordels seront dorénavant considérés comme nécessaires par l'Église, les municipalités et les élites des royaumes, tels le clergé dégénéré de l'époque, en prendront rapidement le contrôle et en tireront évidemment profit.

D'ailleurs, Voltaire rapportait que l'évêque de Genève administrait tous les bordiaux de ces terres. Dominique Dallayrac va même jusqu'à avancer que la prostitution amena plus de richesse au clergé que tous leur fidèles réunis. St-Thomas d'Aquin raconte également que des moines perpignanais organisaient une collecte de fond pour ouvrir un nouveau bordel, dont ils vantaient le mérite; "oeuvre sainte, pie et méritoire". D'ailleurs, La chose ira encore plus loin, car en 1510, le pape Jules II fit construire un bordel strictement réservé aux chrétiens.

Le règlementarisme

Une savoureuse anecdote nous dépeint bien comment les codes vestimentaires furent établis. C'est l'histoire d'une reine qui aurait partagé le baiser de paix à l'église avec une courtisane richement parée. Apprenant d'une dame l'erreur qu'elle à commise, demanda au roi d'interdire à des femmes de petites vertus de porter "...de si riches toilettes, de sorte qu'on ne puisse les confondre avec les honnêtes gens." Bien sur, ce n'est qu'une anecdote, mais elle reflète une réalité; les femmes de bonnes vertus veulent se démarquer des courtisanes, et éviter que de telles erreurs se produisent.

On voit donc apparaître au XIVe siècle toute une série de règlements visant à ségréguer les prostituées. Tout d'abord, on commence par restreindre leurs activités à l'île du Rialto, soit le quartier des affaires, et en 1360, on leur interdit de se rendre dans le Rialto Nuovo. De la même façon, on leur permet de racoler dans les ruelles, mais non sur l'artère principale du marché. A partir de cette date est également né un "hôtel public, contrôlé par la République". Ensuite, on leur interdit, à partir de 1438, de franchir le seuil des tavernes, et en 1460, un capitulaire ordonne à toutes les prostituées de rejoindre la maison, sinon elles seraient passibles de 10 livres d'amende et de 25 fustigations.

Ce changement est évidemment tributaire de l'effervescence économique que connaît Venise à ce moment, et d'une volonté de donner au coeur de la ville un aspect digne de son prestige. D'ailleurs, en 1492, on expulse les mendiants de la paroisse pour les mêmes motifs. Ces règlements témoignent par le fait même, d'une volonté toujours plus grande pour l'État vénitien d'affirmer son contrôle sur la vie publique, et même sur la vie privée.

Afin de vérifier que les règlements soit bien appliqués, on leurs assignaient des vêtements particuliers afin qu'on les reconnaissent et que l'on puisse sévir si jamais elles n'obéissaient pas. Dans de nombreuse villes européennes, des codes vestimentaires ont été établis, tel à Venise, ou l'on assignait les prostituées de porter un ruban de couleur jaune au cou. À Londres, on leur interdisait de porter de la fourrure ou de la soie. Les talons des souliers des prostituées étaient également limités à une certaines hauteur, à Venise, et à Sienne, elles devaient porter des souliers plats ou des pantoufles. Les souteneurs sont également "condamnés à porter un habit de couleur jaune, sous peine d'être fouettés....afin que tous puissent les reconnaître et surtout les éviter". Ces codes vestimentaires reçurent l'appuis du clergé, comme le pape Clément III le mentionnait à la fin du XIIe siècle: " harlots should dress differently from honest women".

Tout comme vous avez pu le constater, malgré les interdictions de toutes sortes, la prostitution à traversée les époques et pour devenir aujourd'hui encore le fléau à enrayer. Évidemment, on peut constater par cette brève étude que les élites de la société ont souvent prêché leurs intérêts, et que parfois, ils ne mettaient pas toujours en pratique ce qu'ils prêchaient. Certains ce sont bien sur enrichis sur le dos de la pauvre putain, mais certains ont aussi réellement fait des efforts pour améliorer son sort en dressant des programmes pour les réhabiliter. Malgré les échecs de ces mesures, de bonnes intentions les ont régies et il ne faut pas oublier que ce sont les ancêtres des programmes sociaux que l'on utilise aujourd'hui. En terminant, notons que les hommes ont souvent condamné la prostitution en public, mais que ces derniers l'ont toujours fort apprécié en privé.

Chantal Lapointe

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Jehanne - dans La Société
2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 16:29
La Prostitution au Moyen âge, suite...



Une profession réglementée, un métier médiéval comme un autre

A la fin du Moyen Age, la prostitution a droit de cité : acceptée et légalisée, elle devient même une profession à part entière. Toutes les grandes villes possèdent leur quartier réservé.

Par Séverine Fargette

On ne peut traverser le pont d'Avignon sans rencontrer deux moines, deux ânes et deux putains. Ce célèbre adage médiéval témoigne de la vitalité du plus vieux métier du monde dans la cité des papes. Mais bien d'autres villes de France peuvent se targuer d'une telle réputation.

Les filles de joie, fillettes de vie, folles femmes satisfont un besoin social que les législations royales, princières et municipales n'ont jamais pu abolir. Les tentatives répétées de Louis IX se sont soldées par un échec. L'ordonnance de 1254 décrète l'expulsion des femmes de mauvaise vie de toutes les villes du royaume. Bannies, elles se voient confisquer tous leurs biens, jusqu'à leurs vêtements. La difficulté d'exécuter strictement cet ordre explique la relative tolérance de l'ordonnance suivante. En 1256, l'expulsion des « folles de leurs corps et autres fillettes communes » est à nouveau décrétée, mais une clause précise qu'il s'agit surtout de les chasser des quartiers bourgeois, des églises, couvents et cimetières et de les repousser « hors les murs ». A la veille de partir en croisade, en 1269, Saint Louis, infatigable, intime encore à ses officiers l'ordre d'extraire le mal de tout le royaume. L'échec de cette prohibition révèle l'émergence d'un nouveau regard social porté sur la prostitution.

De la fin du XIIIe au XVe siècle, les autorités admettent que cette pratique, profondément ancrée dans la société, est impossible à éradiquer. Effectivement, bien que la prostitution fasse l'objet d'une réprobation générale, les fillettes trouvent leur place dans la communauté. Jusqu'au XIIe siècle, l'Eglise condamne strictement la fornication, c'est-à-dire toute forme de sexualité hors du mariage. Dès la fin du XIIIe siècle, la morale s'accorde davantage à la réalité, et reconnaît les besoins sexuels des jeunes hommes. L'affirmation de la virilité entraîne fréquemment un déchaînement de violence et se traduit par des viols collectifs commis sur des femmes isolées et faibles, réputées communes. Soucieuses d'éviter ces dérapages, les autorités encouragent l'essor d'une prostitution officielle. Ainsi, à la fin du Moyen Age, la prostitution apparaît déjà aux yeux de certains notables comme une thérapie sociale, voire une pédagogie de la bonne conjugalité.

Partant donc du postulat que les lupanars représentent un dérivatif à la violence sexuelle, les autorités, au pire, tolèrent la prostitution, au mieux, l'organisent. Au coeur des cités méridionales, les maisons de fillettes, les châteaux gaillards et autres maisons lupanardes deviennent des institutions municipales, entretenues et inspectées par les consuls. Plus méfiantes, les villes du Nord cantonnent dans quelques rues les mères maquerelles et leurs pensionnaires.

La prostitution institutionnalisée se matérialise par le prostibulum publicum. Il s'agit de bordels ayant pignon sur rue, dirigés par les autorités publiques, comme on en trouve à Dijon, Beaune, Mâcon, Villefranche, Bourg-en-Bresse, Lyon, Valence, Romans, Orange, Avignon, Tarascon, Nîmes, Sisteron. Comme le note le médiéviste Jacques Rossiaud, « on peut sans crainte affirmer qu'il n'existait pas de bonne ville sans bonne maison ». Edifiés avec les deniers publics, ces prostibula publica sont baillés à ferme à un tenancier, détenteur officiel d'un monopole. A Alès, les baux spécifient que le tenancier devra y tenir de « belles et agoustantes partenaires à paillardises ». Souvent, le tenancier est d'ailleurs une tenancière, appelée abbesse. Fille commune, ou ancienne prostituée reconvertie en honnête épouse, elle assume un rôle clé. Ses attributions s'avèrent primordiales au bon fonctionnement de la maison. Chargée du recrutement des futures besogneuses, elle veille à ce que les filles et leurs clients respectent strictement le règlement intérieur. Elle condamne scrupuleusement le blasphème et les jeux. Sous sa tutelle, l'ordre règne. Les hommes ne restent qu'une seule nuit car le château gaillard ne doit pas devenir un repère de ribauds et de larrons. Essentielle à la bonne renommée de la maison, elle sert aussi d'agent de renseignement, très utile aux autorités. Parfois, si l'abbesse décède ou disparaît en cours de bail, les consuls gouvernent eux-mêmes le prostibulum publicum. En mai 1467, à Tarascon, deux syndics reprennent la direction de la maison à la mort brutale de l'abbesse. A Dijon, dans des circonstances analogues, deux échevins recueillent le « serment des filles ». Ils discutent avec elles des prix et des revenus, les exemptent de la taille, les autorisent à participer aux fêtes publiques. En remerciement de leurs bons offices, les filles leur offrent chaque année un cadeau lors d'une grande manifestation publique.

A la fin du XVe siècle, la figure féminine de l'abbesse disparaît au profit d'officiers de justice qui reprennent la direction : le lieutenant viguier à Arles et à Tarascon, le châtelain à Beaucaire, le prévôt à Dijon gèrent et contrôlent ces « bons hostels », sélectionnent les candidates, surveillent les moeurs du métier. Les filles publiques se dressent alors en gardiennes de la moralité. Chargées de défendre l'ordre collectif, elles luttent contre l'adultère et jurent de dénoncer les contrevenants aux commandements du mariage. Elles absorbent les turbulences viriles des jeunes et des étrangers, les détournant ainsi de crimes odieux. Prenant cette fonction au sérieux, les prostituées publiques se montrent des plus actives dans la chasse aux filles secrètes et aux épouses dépravées, qu'elles mènent au tribunal.

La taille et l'apparence du prostibulum publicum dépendent de l'importance de la cité. Jacques Rossiaud décrit le modeste château gaillard de Tarascon : « Construction ayant cour, jardin, deux issues, une cuisine, une salle et quatre chambres. » Dijon, plus imposante, possède une vaste et confortable maison des fillettes, comportant trois corps de bâtiments à galeries intérieures avec, au centre, un jardin. En faction à son logis, le gardien surveille les allées et venues de la vaste salle commune aux vingt grandes chambres, toutes agrémentées d'une belle cheminée. A Lyon, Beaucaire, Arles ou Orange, vu les besoins de la population, une simple maison ne suffit pas, et la municipalité affecte un quartier entier à cette activité. En Avignon, il faut imaginer le cadre bucolique d'une petite place plantée d'arbres, bordée par plusieurs maisonnettes. Le racolage s'effectue dans les rues adjacentes. Ne nous figurons pas ces lupanars municipaux comme des maisons closes du XIXe siècle, ni comme des ghettos. Les filles communes « gagnent leur aventure » sur les places, dans les rues et les tavernes des quartiers autorisés. Mais elles doivent obligatoirement ramener le client dans le prostibulum publicum pour la passe.

Les pouvoirs publics ne parviennent pourtant pas à interdire les autres formes de prostitution, et leurs prostibula publica affrontent une intense concurrence : tavernes, hôtels, bordelages et étuves privées, qui foisonnent, offrent une prostitution notoire et, de fait, souvent tolérée. Les étuves notamment constituent des lieux de débauche célèbres. Qui n'a pas en mémoire l'image d'une chambre de bains, parsemée de baquets drapés, où se baignent des couples enrubannés et festifs ? Mais tous les bains publics ne peuvent arborer l'enseigne de la luxure et du stupre. Bien au contraire. Des règlements contraignants interdisent l'accueil des prostituées, et précisent systématiquement les jours et heures réservés aux hommes, puis aux femmes. Rien qu'à Paris, on retrouve cette prescription maintes fois répétée, dans le Livre des métiers (XIIIe siècle), dans une ordonnance du prévôt de Paris, Hugues Aubriot, en 1371, et à nouveau dans le statut des métiers de 1399 : « Item, qu'aucun estuveur ou estuveresse en la ville de Paris, soit d'estuves à hommes, soit d'estuves à femmes, ne laissera ou souffrira bordeler ni tenir bordeau esdites estuves. »

La popularité de certains bordeaux fait douter de l'efficacité de ces édits. A Lyon, les étuves Tresmonnoye trônent en plein quartier du Palais, à deux pas du siège de la justice royale. Les vastes étuves de la pêcherie, dites « d'ancienneté immémoriale », accueillent « plusieurs dizaines d'hommes ». A Lyon, vers 1470, l'expression « aller s'estuver » revêt ainsi une acception bien particulière. Les tavernes sont aussi des lieux de racolage classiques. Certaines disposent dans l'arrière-boutique de chambres facilitant l'exercice des filles secrètes.

Il existe enfin des bordelages privés, tenus le plus souvent par des maquerelles qui louent des fillettes, chambrières, ou femmes dites légères, convoquées pour l'occasion. Entremetteuses, ces tenancières vendent même l'innocence de quelques nièces ou cousines qui leur ont été bien imprudemment confiées. Le registre criminel du Châtelet à Paris conte le cas de Catherine Roquier, jugée en octobre 1389 pour proxénétisme. Elle avoue avoir vendu la soeur de son mari à un chevalier, alors que celle-ci vivait sous sa protection et qu'elle lui avait été confiée par sa mère pour « apprentissage de métier et oeuvre de broderie ». Pour vaincre les résistances de la jeune fille, elle avoue même l'avoir battue. Reconnue coupable d'incitation à la débauche, elle est condamnée comme « maquerelle publique et commune », exposée au pilori, puis brûlée en place publique.

Malgré les édits officiels, ces bordels résistent : ainsi, à Alès en 1454, le viguier (magistrat local) interdit par un cri public qu'« aucune femme n'ose tenir bordel public ou privé sinon aux lieux accoutumés et qu'aucun habitant n'ose héberger concubine mariée ou célibataire ». Une protestation immédiate des citoyens de la ville conduit rapidement à l'annulation de ce cri.

Finalement, la marge entre prostitution tolérée et prostitution prohibée s'avère assez floue. Les municipalités profitent de ce commerce et s'enrichissent en prélevant des taxes sur les maisons publiques ou en mettant les fillettes à l'amende. On constate souvent, en dépouillant les registres de comptes, que les loyers et les rentes tirés des maisons de prostitution sont traités au même titre que les autres revenus, y compris dans les registres des abbayes. Au XIIIe siècle, les canonistes admettent d'ailleurs la recevabilité des profits tirés de la prostitution à condition que la fille exerce par nécessité, et non par vice et plaisir. Les propriétaires des maisons, parfois des notables, n'ignorent rien des activités de leurs locataires, et encaissent sans vergogne les bénéfices. C'est le cas des familles Villeneuve et Baronnat à Lyon, de l'évêque de Langres ou de l'abbé de Saint-Etienne à Dijon.

Il existe encore une autre forme de prostitution, plus originale. Il s'agit des prostituées entretenues au sein même des hôtels royaux et princiers. Ces putains curiales demeurent le plus souvent cloîtrées dans la pénombre des chambres basses, en compagnie des hommes de peine. Mais leur fonction consiste également à tenir galante compagnie aux hôtes de passage. Un officier, le roi des ribauds, les recrute et les gouverne. Les filles ordinaires se distinguent des filles extraordinaires, louées occasionnellement pour des festivités. Au milieu du XVe siècle, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, fait préparer des bains « avec tout ce qui est nécessaire au métier de Vénus », pour honorer une ambassade anglaise attendue à Valenciennes. En 1535, François Ier verse un don de 90 livres pour « aider aux susdites filles à vivre et supporter les dépenses qu'il leur convient faire à suivre ordinairement la cour ». Ces fillettes possèdent aussi leur moment de gloire lorsque, trois fois l'an, le roi ou le prince leur offre de l'argent en échange de bouquets de fleurs. A l'image des princes, certains bourgeois souhaitent également entretenir pour leur confort quelques prostituées. Charles V puis Charles VI accordent ainsi aux puissants banquiers lombards le droit d'entretenir à domicile quelques femmes.

La réglementation médiévale impose d'abord un cadre temporel et spatial. La période des fêtes religieuses exclut formellement le commerce de la chair. A carême prenant, débute le temps du repos pour les bordels publics. Samedi et dimanche restent des jours autorisés. Cependant, les tenancières veillent à ce que les étreintes n'aient pas lieu durant les offices divins.

Les interdits définissent strictement les lieux affectés à la prostitution. Ces endroits, rejetés le plus loin possible des hôtels nobles et bourgeois, s'étendent vers les quartiers pauvres des faubourgs ou à proximité des fleuves. La ville mue, et les quartiers de débauche se déplacent.

A Paris, ces lieux restent stables et correspondent à ceux définis par Saint Louis. Une ordonnance de 1367 du prévôt Hugues Aubriot fixe les rues où les ribaudes peuvent exercer. Rive gauche : « A l'Abreuvoir de Mâcon, en la Boucherie » (au débouché du pont Saint-Michel), et la rue Froid-Mantel (à l'est de l'actuel Collège de France). Sur l'île de la Cité, la rue de Glatigny reste le coeur de la prostitution parisienne, le fameux Val d'amour, fermé plus tard par François Ier. L'expression « fille de Glatigny » devient d'ailleurs synonyme de prostituée. Rive droite : la rue de Champ-Fleury, près du Louvre ; la rue Chapon, dans la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs ; et, malgré les protestations des évêques de Châlons, qui y ont un hôtel, la chaude renommée de cette rue persiste en plein XVe siècle ; à proximité de l'église Saint-Merri, les rues Baillehoe et Court-Robert-de-Paris. En 1387, un procès se déroule au Parlement afin d'en chasser les prostituées, mais en vain, car les sentences reconnaissent que « de tous temps », il y a eu « femmes de vie ». A la Court-Robert, le prince Louis d'Anjou, agacé par ce mauvais voisinage, tente lui aussi de chasser les pécheresses. La rue Tiron (entre la rue Saint-Antoine et la Seine) achève la liste officielle, mais bien d'autres rues et places mal famées attirent « mauvais garçons et jeunes dissolus et abandonnés ». Même racoler aux porches des églises n'effraie pas les filles de vie, comme le prouve la liste des délinquants appréhendés par les marguilliers et les sergents du chapitre de Notre-Dame.

Les multiples prohibitions vestimentaires servent à distinguer une femme honnête d'une femme de mauvaise vie. Car le seul contact de celle-ci est jugé « abominable ». Les prostituées doivent donc porter des insignes distinctifs. En Avignon comme à Dijon, la marque d'infamie consiste en un brassard blanc large d'au moins quatre doigts. A Toulouse, elles cousent des rubans blancs à leur bonnet. A Arles, elles portent des aiguillettes de couleur vive, qui tranchent avec leur robe. Elles doivent rester tête nue, à une époque où il est impensable de sortir sans une coiffe ; et les honnêtes gens peuvent arracher leur voile ou leur bonnet aux contrevenantes. Toute singularité vestimentaire semble d'ailleurs indiquer la femme de mauvaise vie. Voilà pourquoi plusieurs hommes de Beaumont s'excusent d'avoir violé de bonne foi une fille, car ils « croyaient, parce qu'elle avait habit et vêtement différents des autres filles et femmes du pays, que ce fût une fille de vie ».

En revanche, il leur est interdit d'agrémenter leur robe ou leur bonnet de quelque ornement ou fourrure. Le prévôt de Paris prohibe « broderie, perle, bouton doré ou argenté ». Les femmes communes surprises avec ces colifichets voient leur robe confisquer et doivent payer une amende. La liste des parures prohibées ne cesse de croître, ce qui prouve que certaines filles de vie affichent un luxe ostentatoire. En 1446, il « fut crié parmi Paris que les ribaudes ne porteraient plus de ceintures d'argent, ni collets renversés, ni pennes de gris [fourrures] en leurs robes, ni de menu vair ». En 1422, on interdit déjà « houppelandes à queue, traînant par terre à grains, collets et manches renversés et fourrures de fin gris et autres riches fourrures, ceintures les unes d'argent blanc, et les autres dorées et pendant par derrière, et atours, sur lesquels elles mettent chaperons d'écarlate ». Déambuler un livre à la main est passible de poursuites ; seuls, les gens de noble estat arborent cet objet précieux. Bien sûr, rares sont celles qui peuvent s'offrir ce genre de parure, et la plupart ressemblent davantage aux filles de joie, aguicheuses et dénudées, décrites par le poète François Villon, « montrant tétins pour avoir plus largement d'hôte ».

Les édits sanitaires désignent les prostituées comme des êtres impurs, et leur interdisent de toucher aux aliments qui ne leur sont pas destinés. En Avignon, elles doivent obligatoirement acheter les denrées qu'elles ont pu manipuler, et par là même polluer. Mais ces interdits demeurent souvent théoriques, car dans la même ville, chaque année, les filles publiques pétrissent des fougasses offertes publiquement aux consuls ! A Beaucaire, la proximité d'un bordel déplaît fortement aux médecins de l'hôpital qui voient leurs malades y faire des escapades. Ils obtiennent son déplacement. Plus communément, en période d'épidémie, les pouvoirs publics chassent hâtivement les filles des villes.

Le contenu des règlements sur les trois derniers siècles du Moyen Age évolue clairement vers une plus grande tolérance. Certes, au XIIIe siècle, les registres criminels des abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain à Paris témoignent bien de procédures d'expulsion. Les récidivistes peuvent même être marquées au fer rouge et exposées au pilori avant d'être bannies. Mais, aux XIVe et XVe siècles, les arrêtés municipaux légalisent cette enrichissante activité. Certains bourgeois réprouvent le prévôt parisien Ambroys Loré, qui « supportait partout les femmes folieuses, dont trop avait à Paris par sa lâcheté, et il acquit une très mauvaise renommée de tout le peuple ». Les registres des Ecrous de 1412 et 1488 montrent en effet la libération rapide des prostituées arrêtées pour tapage nocturne. On condamne cependant à d'horribles supplices celles qui arnaquent leurs clients ou usent de potions magiques.

L'inefficacité de la répression est patente. A la fin du Moyen Age, filles publiques, secrètes ou vagabondes pullulent dans les rues des villes, investissent étuves et hôtels princiers. Le temps où ces femmes, jugées impures, étaient interdites de mariage, semble désormais dépassé ; mais à bien y réfléchir, les ordonnances de Saint Louis étaient déjà en leur temps parfaitement irréalistes.




Séverine Fargette travaille sur le thème "violence, justice et société en France au Moyen Age". Elle prépare une thèse sur le conflit entre armagnacs et bourguignons (1407-1420).



Une hiérarchie stricte

Les règlements municipaux et royaux distinguent les prostituées sédentaires des vagabondes. Il existe en effet toute une hiérarchie. Au sommet, domine la caste des filles publiques, reconnues, légitimées et établies. Puis, dans les bordels privés, les étuves, les tavernes ou chambres tenues par des maquerelles, oeuvrent les cantonnières, les clostrières, les filles secrètes. A la base, pullulent les moins bien loties, les légères, les vagabondes. Sans compter toutes les occasionnelles, souvent lingères ou fileuses. Ces dernières racolent dans la rue, le long des murs et fossés, à l'abri des jardins, des ponts ou dans d'étroites ruelles. Elles hantent aussi les routes et chemins hors les murailles, se cachent dans les champs. En 1458, un valet boucher avoue en plein tribunal avoir enjambé le mur d'un jardin « pour quérir une fillette de vie ».



Tempête sous les voiles

En pleine guerre de Cent Ans, une rumeur court les rues parisiennes : les bénédictines de Montmartre désertent l'abbaye pour jouir des plaisirs de la vie ! En effet, la guerre interrompt l'expansion du vénérable monastère. Ses seigneuries tombent en ruine et les gens d'armes envahissent la butte. L'effondrement des revenus ne permet plus de se vêtir, ni même de se nourrir. Heureusement, subsiste la rente annuelle de 5 000 harengs, offerte en 1144 par la reine d'Angleterre... Ces événements dramatiques poussent la dizaine de religieuses à déserter le couvent. Celles qui ne peuvent se réfugier chez des parents logent à Paris dans deux hôtels, dont un à « l'enseigne levrière ». Une tenancière, Marion, règle les dépenses, et les religieuses de Montmartre mènent alors une vie de bohème, bien éloignée des offices divins. Les messes ne sont plus assurées et la dérogation permanente à la règle monacale entraîne la mauvaise réputation de la communauté, qui ne reçoit plus de dons ni d'offrandes. Des mauvaises langues n'affirment-elles pas que les soeurs, pour survivre, se transforment en filles ? Le retour à l'ordre s'impose. A partir de 1477, l'abbesse Marguerite Langlois cherche à purifier les moeurs, contre la volonté des nonnes. Méfiante, elle s'enferme la nuit dans sa chambre et fait goûter tous ses plats. Ce qui ne l'empêche pas de mourir, en 1503, peut-être empoisonnée. Les religieuses retrouveront le droit chemin sous la férule de Marie Cornu.



Comprendre

Chapitre
Assemblée générale d'un ordre religieux destinée, entre autres, à édicter des règlements.

Roi des ribauds
Officier chargé de maintenir l'ordre au sein des hôtels princiers ou de surveiller les marginaux d'une ville.

Châtelet
Siège de l'administration royale, dirigé par le prévôt de Paris. Son registre contient les procès criminels.

En complément

La Prostitution médiévale, de Jacques Rossiaud (Flammarion, 1988).
Les Marginaux parisiens aux XIVe et XVe siècles, de Bronislaw Geremek (Flammarion, 1976).

La pucelle et les putains

Compte tenu de la réputation sulfureuse qui s'attache aux femmes escortant les troupes, Jeanne d'Arc a conscience qu'il lui faut affirmer son originalité. Pour ne pas être prise pour une prostituée, elle doit faire le ménage dans son camp.

Les armées médiévales traînent toujours derrière elles une masse considérable de non-combattants et, parmi eux, de gros contingents de filles publiques. Quand les Anglais apprennent, en 1429, qu'une femme a rejoint l'armée royale qui se porte au secours d'Orléans, ils ont beau jeu de se gausser et de la traiter de « ribaude », ou plus poétiquement, de « putain des armagnacs ». Et Jeanne d'Arc a conscience qu'il va lui falloir affirmer sa virginité, gage de sa mission divine. Son premier geste politique, rapporté par un chroniqueur, est parfaitement clair : « Jeanne ordonna que tous les gens de guerre se confessassent et se missent en état d'être en la grâce de Dieu ; elle leur fit ôter leurs fillettes et laisser tout le bagage ; puis ils se mirent tous en chemin pour aller à Orléans. »

Celle qui se fait désormais appeler la Pucelle ne peut souffrir d'être confrontée à des prostituées, au risque d'être confondue avec elles. C'est pourquoi « elle haïssait fort cette espèce de femmes qui suivent les armées ». Jeanne arrive à convaincre ses troupes qu'une vierge guerrière les conduit, et si le duc d'Alençon, son compagnon d'armes, se souvient d'avoir couché à ses côtés et d'avoir vu « ses seins qui étaient fort beaux », il reconnaît n'avoir pas éprouvé de « désir charnel à son sujet ». Cela dit, périodiquement, elle doit faire le ménage dans son camp, car les filles, à peine chassées, reviennent proposer leurs services.

Et c'est au cours d'un moment de colère que se produit la catastrophe. « Un jour, à Saint-Denis, au retour du sacre du roi, je la vis, explique le duc d'Alençon, qui poursuivait une jeune prostituée l'épée à la main ; elle brisa même son épée dans cette poursuite. » L'épisode est connu par de multiples versions, car il fit grosse impression. Il s'agit en effet de l'épée miraculeuse découverte à Sainte-Catherine de Fierbois, et tout le monde, à commencer par le roi, voit dans cette arme rompue le présage des futurs désastres. L'épée s'est-elle brisée au contact du péché, ou bien Jeanne a-t-elle péché elle-même par colère et orgueil ? Le signe manque de clarté, mais une chose est sûre : il était sans doute plus facile de bouter les Anglais hors de France que les prostituées hors des armées royales !

Laurent Vissière
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Jehanne - dans La Société
24 septembre 2007 1 24 /09 /septembre /2007 11:34
La folie au Moyen âge.



Li fous se fait oïr en son ris


On disait au Moyen Age que chevaucher un ours guérissait de la folie (cette image ornait même certaines pièces de monnaie).


La Folie tient une place très importante dans le littérature médiévale. Il existe une telle polyvalence du mot fou au Moyen Age, qui embrasse un champ sémantique si vaste, qu'il devient presque impossible de dégager une image précise. Nous allons pourtant essayer de découvrir les différents termes qui désignaient celui dépourvu de sagesse, puisque la folie exclut la sapientia, qui est une vertu.


Les mots qui désignent la folie
Au Moyen Age, il faut distinguer les fous furieux que l'on enferme, des possédés que l'on exorcise aussi bien que des mélancoliques victimes d'humeurs.
Le fou peut-être inspiré, être l'objet d'illuminations et voir ainsi les choses avec justesse : c'est le constat d'une pathologie tout à fait particulière qui fait craindre le fou comme la peste (on isole les lépreux, le lèpre disparaissant ce sont les fous que l'on enferme) et qui fait que parfois on puisse lui accorder de l'importance. On peut tout aussi bien se méfier de lui et le mettre en avant car on n'oublie pas qu'il peut fournir une vision du monde qui échappe à la coutume : il détient la connaissance.
Mais la plupart du temps, le sort réservé aux fous n'est pas enviable, on le bat, on le chasse parfois, on le vend à des marchands peu scrupuleux. En résumé, la folie n'a sa place que dans la hiérarchie des vices, raison pour laquelle, elle tient le devant de la scène.


Le mot folie vient de fol, "enflure, bosse, grosseur", puis de folis, "soufflet, sac, ballon, outre remplie de vide". Mais on emploie, selon les circonstances, les mots suivants :
dervé, forme picarde de desré, mot qui vient de derver "rendre, devenir fou"
forsené, c'est-à-dire "le fou furieux". Il est souvent dangereux, incontrôlable, se livrant à toutes sortes de violences.
Orgoil, du francique *urgôli, signifie "fierté, démesure"
l'hybris grecque désigne "celui qui dépasse les règles de la sociéte"
Descuidier  est le "comportement original de celui qui perd la tête"
Desverie  "folie plus ou moins violente"
Forsené, enragié  "folie médiévale"
Le fou de nature, le simple d'esprit, le sot, le niais, l'écervelé est nommé en ancien français le desré.
Dans son sens étymologique, le fou désigne "celui qui est aveugle à la sagesse de Dieu et qui est acharné à sa perte".


Le fou d'amour est celui qui abandonne la réalité en faveur de l'adoration obsédante de sa dame. Le fol amor est l'amour impudique et bassement sensuel.
Il existe aussi le fou professionnel ou fou de cour.
Dans le Jeu de la Feuillée d'Adam de la Halle, le fou est placé au centre de l'action, il se fait le porte-parole de l'auteur lorsqu'il entreprend de critiquer la société.
Esvertin , "avertin, folie", le mot désigne de nos jours la maladie des moutons.



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Les caractéristiques du fou

Le fou est l'opposé direct du chevalier. Retiré ou exclu de la société, on le rencontre aisément dans la forêt. Dans la littérature, il est fréquent (c'est d'ailleurs un lieu commun) de s'apercevoir que le chevalier perdra la raison en s'égarant dans la forêt.


Les attributs du fou

Avant de rencontrer dans l'imagerie populaire le fou représenté de façon tout à fait codifiée : vêtement particulier aux couleurs établies, il apparaît aussi échevelé que tondu.
Le fromage est l'attribut du fou par excellence. Le fourmage est l'aliment qui dans les livres d'hygiène alimentaire apparaît comme nuisible au cerveau.
Autre attribut, la massue qui l'est aussi pour les paysans et les géants.


Les fêtes des fous

Ce divertissement, qui peut nous sembler aujourd'hui grossier et répugnant, n'est pas aussi vain qu'il y paraît, si on se penche sur
l'étymologie du mot folie, venant de fol, « enflure, bosse, grosseur », puis de folis, « soufflet, sac, outre rempli de vide » comme nous l'avons dit plus haut. Ainsi, faire le fou en temps de Carnaval, c'est montrer à tous, le vide que l'on a dans la tête, c'est-à-dire la déraison, mais aussi exhaler par tous les orifices l'air qui nous emplit !
De plus, une croyance populaire donnait un sens sacré aux flatulences :
 « Car le diable croyait sans faille que l'âme par le cul s'en aille. »
(Rutebeuf)



Elisabeth Féghali

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Jehanne - dans La Société
17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 18:30
 

 

 

 

SAVIEZ-VOUS QUE…




Un préjugé… moyenâgeux
Les habitants de l’époque médiévale auraient été bien étonnés d’apprendre qu’ils vivaient à un « âge moyen » selon l’expression inventée par les humanistes du XVIe siècle. Ces derniers considéraient comme obscure, barbare, ignare et, pour tout dire, très « moyenne » la période de temps médiane située entre ce qu’ils considéraient comme deux ères lumineuses de l’histoire : l’Antiquité grecque et latine et, bien entendu, leur propre époque. Cette attitude réductrice et injuste dure encore de nos jours. Ne dit-on pas d’une façon de penser ou d’agir arriérée qu’elle est moyenâgeuse?


Reposer en terre chrétienne
Le cimetière tel qu’on le connaît aujourd’hui est une invention qui nous vient du Moyen Âge. Avant l’ère médiévale, les morts étaient ensevelis hors des villes, le long des routes. Aux VIe, VIIe et VIIIe siècles, on continue à tenir les défunts à distance et on les dispose en rangées dans des nécropoles aménagées en pleins champs. L’habitude de plus en plus fréquente de les rassembler près d’une chapelle annonce déjà le cimetière paroissial, mais il faut attendre le XIIe siècle pour que les morts réintègrent la ville et le village pour être regroupés autour de l’église.


Fêter
Le début des saisons et les anniversaires des saints sont l’occasion de faire la fête dans les villages du Moyen Âge. On marque un temps dans le dur labeur des champs, on se réunit dans l’église et alors commencent les réjouissances. Le printemps et l’été sont propices aux rassemblements de la communauté : Pâques, la Saint-Jean. À la Pentecôte, on tient le banquet de la fabrique et, à l’Ascension, se déroulent les Rogations, ces cérémonies et processions qui attirent sur les récoltes la divine protection. Ces fêtes ont pour but de célébrer Dieu et les saints, mais surtout la solidarité villageoise.


La bonne odeur de la maison…
La maison paysanne du Moyen Âge baigne dans un cocktail d’effluves qui heurterait à coup sûr nos narines de petits délicats modernes. Dans la chaumière règne en tout temps l’odeur fauve des bêtes et des hommes, se mêlant aux relents de la paille qui jonche le sol, tantôt fraîche, tantôt pourrissante. Aux heures des repas, la fumée du foyer se mélange au fumet de la nourriture qui mijote et des jambons qui sèchent, suspendus çà et là. Pour un habitant du Moyen Âge, c’est la bonne odeur de la maison.


Un pastel si bleu
On ne fait d’ailleurs pas que se nourrir, mais on s’habille aussi à même les cultures, au Moyen Âge. Le lin et le chanvre sont les fibres végétales les plus courantes dans la fabrication des tissus. À partir du XIVe siècle, une nouvelle plante habillera de couleurs chatoyantes les étoffes et les vêtements : la guède ou, si vous préférez, le pastel. Moulues, pétries, fermentées, broyées et tamisées, les feuilles du pastel produisent une teinture allant du mauve au bleu-noir.


Paysan, rustre, vilain!
Des insultes? Pas du tout. Ce ne sont là que des termes courants, au Moyen Âge, pour désigner les frustres, mais honnêtes campagnards. Paysan vient du latin paganus, qui signifie habitant du pagus, du pays. Quoi de plus normal, dans une société où tout le monde, ou presque, vit de la terre. Mais du latin paganus dérive aussi le mot païen, car les campagnes se sont christianisées bien plus lentement que les villes. Dans l’esprit des évêques, le paganus était tout à la fois un paysan et un mécréant qui n’entend pas grand-chose à la religion, plus ou moins païen.


Bourgeois et fier de l’être
Au Moyen Âge, se faire traiter de bourgeois ne fait sourciller personne, puisque le mot, issu du latin burgensis, signifie habitant du bourg. Toutefois, le terme bourgeois ne s’applique pas au premier manant venu s’établir au bourg. Pour prétendre à cette qualité, il faut être libre et habiter le bourg depuis un an et un jour. Serfs, pèlerins et artisans itinérants n’ont pas droit au titre de bourgeois et aux privilèges qu’il confère; mais si l’on possède des maisons dans plusieurs villes, on peut se dire bourgeois dans chacune.


« Tenir le haut du pavé »
Cette expression désignant une condition sociale élevée provient d’une caractéristique de la rue médiévale. Les systèmes d’égouts étant à peu près inexistants, les immondices et les eaux de pluie se déversent dans les rues. Les porcs laissés en liberté s’occupent des « vidanges » de leur mieux, mais un excédent de déchets s’amasse dans la partie centrale de la rue, creusée en sillon pour laisser couler les eaux usées. Il était de coutume de laisser la partie haute de la chaussée aux personnes les plus riches, afin qu’elles évitent de souiller leurs vêtements. Elles tenaient donc « le haut du pavé ».


Gratte-ciel médiévaux?
Si vous parcourez la Toscane, entre Florence et Sienne, vous serez surpris de rencontrer, au détour d’une colline, les hautes tours du village de San Gemignano. De loin, vous aurez cru avoir affaire à des buildings modernes et pourtant, il s’agit bel et bien de constructions médiévales. Les tours de pierre ou de brique apparaissent en Italie et en France méridionale au XIIe siècle. Les plus hautes peuvent atteindre une centaine de mètres. Elles ne servent pas tant au logement qu’à démontrer à quel point le maître de céans est prospère et puissant. Forts de leur nouvelle position dominante, les riches marchands cherchent à gagner le ciel, à dépasser les clochers et à « damer la tour » de leurs rivaux. Le « Manhattan médiéval » est déjà fondé sur le commerce et le pouvoir.


Vanité des vanités
Le travail du verre s’affine et se répand au XIVe siècle, puis le tain métallique est inventé au XVe siècle. Ces deux éléments combinés donnent naissance à une nouvelle invention qui ravira la bourgeoisie : le miroir, ou, pour dire mieux, le miroir tel que nous le connaissons aujourd’hui, reflet fidèle et sans distorsion de celui – et surtout celle – qui s’y contemple. Cette glace à l’irrésistible image devient l’apanage, l’emblème de la bourgeoise. Il signifie le luxe, la volupté, le plaisir de parfaire sa beauté. Pour l’Église, le miroir est vanité et luxure, aussi tente-t-elle de le condamner. En vain. Les discours des prédicateurs et le châtiment qui attend « la Belle au miroir » n’impressionnent guère, du moins pas assez pour chasser les miroirs des maisons.


Foire, fair, feria, c’est la fête, quoi!
Comme au Moyen Âge les foires se tenaient les jours de fête, on a pris l’habitude d’utiliser le même mot pour désigner un jour de congé et un jour de fête. Le mot latin feriæ qui désigne les jours consacrés au repos et dont dérive notre expression " jours fériés " est aussi à l’origine des mots « foire » en français, « fair » en anglais, « ferie » et « fiera » en italien, « feria » en espagnol, et « feier » en allemand.


Un ducat, ça vaut de l’or
Au Moyen Âge, l’argent est… en argent. C’est en effet de ce « vil métal » que sont constituées les pièces de monnaies les plus courantes. La monnaie d’or ne réapparaît en Occident qu’au XIIIe siècle, sous la forme de florins ou ducats d’or frappés par les marchands de Florence et de Sienne, ou encore d’écus et de louis d’or émis par les rois de France. Ces pièces prestigieuses et convoitées servent surtout aux échanges internationaux.


Les « pots de vin » et l’argent « liquide »
Au Moyen Âge, lorsqu’on versait un « pot de vin », on ne le faisait pas autrement qu’en « liquide ». L’expression qu’on utilise aujourd’hui pour décrire une somme illégalement perçue par une personne influente était courante dans le vocabulaire médiéval. Mais elle s’entendait alors dans son sens littéral, puisqu’on corrompait son dignitaire avec des cruches ou des jarres de bon vin.


Trafic de reliques
Aux IIIe et IVe siècles, d’étranges rumeurs circulent. On raconte que des miracles se produisent sur la tombe de vertueux personnages ayant consacré leur vie à défendre l’Église. Des aveugles retrouvent la vue, des membres tordus se redressent, des morts sont ressuscités… Seulement voilà, aller prier sur les dernières demeures des saints n’est pas toujours aisé. Aussi établit-on bientôt qu’il n’est pas indispensable de se rendre sur la tombe d’un saint pour bénéficier de sa protection et de ses bienfaits. Le seul contact physique, ou mieux encore, le contact visuel avec une partie de son corps est suffisant. Ainsi naît le culte des reliques. Les saints sont déterrés, et des fragments de leur squelette sont dispersés aux quatre coins de la chrétienté.


Le chevalier et son joual
La langue romane parlée au Moyen Âge a une parenté certaine avec le joual qui s’est, dans le Québec des années soixante, démarqué comme une langue distincte. Les fiers chevaliers, parlant les langues romanes considérées vulgaires par rapport au latin, ont décidé de leur donner leurs titres de noblesse en les plaçant au cœur d’une littérature à leur propre usage. C’est ainsi que furent écrits les premiers romans… en roman, cette langue snobée par les ecclésiastiques.


Baiser de paix et d’amitié
Vous êtes-vous déjà demandé d’où venait la coutume russe du baiser sur la bouche entre deux hommes politiques importants? Du Moyen Âge, bien sûr, période où deux hommes n’avaient pas peur de s’embrasser en public. Le baiser sur la bouche, loin de se limiter à la sensualité, constitue dans l’univers social médiéval, un geste aux fonctions multiples. Il se pratique surtout entre hommes de la haute société, les laïcs comme les ecclésiastiques.


Le purgatoire
Au XIIe siècle, l’Église invente le purgatoire. C’est un lieu intermédiaire qui sert aux pécheurs, comme son nom l’indique, à purger leurs fautes. Les peines sont les mêmes qu’en enfer, version adoucie. Tout le monde devra y passer, sauf les saints qui gagneront le paradis directement. Le purgatoire laisse une chance à tout le monde d’accéder au ciel malgré de mauvaises actions, mais la « purge » peut être longue, dix ans, cent ans, voire mille ans. Cela laisse le temps à vos descendants de prier pour vous ou, mieux encore, de faire des dons à l’Église pour accélérer la manœuvre. On raconte que les âmes des défunts viennent hanter les vivants pour leur rappeler de contribuer à leur salut. Ces pratiques constituent peu à peu un « commerce » très lucratif pour le clergé.


Centre et périphérie
Au Moyen Âge, on se représente le monde en paires d’opposés : le haut, le centre, le spirituel, le bien faisant face au bas, à la périphérie maléfique, au matériel, au charnel, au mal. Cette vision du monde conditionne l’occupation du territoire. Le village, centre de la vie sociale, constitue un lieu positif. Autour, la forêt est le domaine du sauvage, de l’obscur, de l’inconnu redouté. Dans les villes, les églises constituent des centres. Les activités salissantes et malodorantes, comme les tanneries, sont reléguées à la périphérie, où vivent marginaux et miséreux.


Maîtres du temps
Jusqu’aux années 1100, une journée compte huit heures. L’Église a ainsi divisé l’horaire journalier selon les huit prières récitées par les moines. Au XIIe siècle, d’autres acteurs cherchent à « découper » le temps à leur convenance. Les marchands et les savants tentent de graduer les heures de la journée en parties égales. Leurs efforts aboutissent à la création d’un appareil qui bouleversera, et pour longtemps, la perception du temps, l’organisation du travail, voire la conception du monde en Occident : l’horloge mécanique dont le cadran gradué est conçu pour égrener deux cycles de douze heures. À partir de ce moment, une féroce concurrence s’engage. Qui deviendra maître du temps? Les hommes d’Église et leurs huit heures monastiques ou les tenants de la journée de 24 heures?


Tour du propriétaire
Le mobilier de la maison paysanne est plutôt sommaire. On s’assied sur des bancs ou des tabourets à trois pieds obliques, on range ses possessions dans un coffre de bois et on dort sur un matelas de chaume inséré, chez les plus aisés, entre des planches. De temps en temps, on fait le lit en changeant les bottes de paille. Les ustensiles sont rangés à même le sol, dans des niches murales ou accrochés à des clous. Le plancher est le plus souvent en terre battue, occasionnellement recouvert de paille.


Jouter
La joute la plus emblématique des communautés villageoises médiévales est la soule. Deux équipes pouvant compter plusieurs dizaines de participants s’efforcent de s’emparer d’une balle faite de cuir ou de bois et de la conduire au but constitué par une porte, un arbre, un mare ou une marque imprimée au sol. Tous les coups sont permis et le terrain n’est généralement pas délimité. On projette la balle avec les pieds ou les mains ou encore à l’aide d’une crosse. La soule oppose deux communautés voisines, une fois l’an, au moment de Noël ou du carnaval, sur un terrain situé à la limite des paroisses. C’est le moment de régler par le jeu les rivalités et rancunes qui n’ont pas manqué de sourdre durant l’année.


Ravers et chevaliers, même combat
Comme les parties raves du XXIe siècle, les tournois des chevaliers du XIIe siècle sont des événements subversifs dont on décide du lieu et du jour au dernier moment. Aujourd’hui, quelques heures suffisent pour battre le rappel des troupes par téléphone ou sur courrier électronique. Au XIIe siècle, il faut tout de même compter quelques semaines. Comme pour les parties technos, on choisit les lieux de l’événement pour échapper aux cadres traditionnels de l’espace et du temps. L’endroit du tournoi se trouve dans un espace non conforme, entre deux localités, un peu à l’écart des villages ou des villes : de préférence sur un vaste champ sans clôture.




Renseignements :
Serge Poulin/Agnès Dufour, [418] 643-2158
Relations publiques et communications

Émis le : 20 mai 2003

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Jehanne - dans La Société
6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 09:47

La taxation du sel : la Gabelle

 

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La gabelle vient d'un mot d'origine arabe KABALA qui signifie taxe. Au départ ce mot s'appliquait à toutes les taxes prises sur les produits de consommation. En Franc, le mot est réduit au sel. Le développement du commerce du sel suscita l'intérêt des hommes de pouvoir et on instaura ainsi un impôt spécifique appelé la gabelle. En Franche-Comté, le commerce du sel fut d'abord exempt de droit. Mais peu à peu, les impositions sont apparues.

Allégorie sur le paysan "né pour la peine" (extrait : Les chemins du sel de Gilbert Dunoyer)

A la fin du XIV siècle, Philippe le Hardi qui régnait à l'époque sur la Franche-Comté décida d'appliquer dans cette province une gabelle sur le sel afin de restaurer les finances ducales mises à mal par les fortes dépenses .

Pendant quatre siècles et demi, de Philippe de Valois à Louis XVII, la gabelle du sel fut appliquée dans le royaume de France. Le roi était considéré comme le propriétaire du sol et ainsi, il pouvait contrôler les matières premières et en même temps les eaux salées. Avec les impôts, le roi de France voulait se donner le monopôle sur la vente du sel. La vente du sel fut donc contrôlée par un corps d'officiers royaux dits "les grenetiers", mais les contribuables étaient tenus également de consommer annuellement le "sel du devoir" c'est à dire une certaine quantité de sel. La perception de cette gabelle n'était pas uniforme. Aux XVII et XVIIIe siècle, on pouvait distinguer :

-les pays francs : ils étaient exempts d'impôts soit parce qu'ils avaient été dispensés lors de leur réunion récente au royaume, soit parce que c'était des régions maritimes.

-les pays rédimés qui avaient acheté par un versement forfaitaire une exemption à perpétuité de la gabelle.

-les pays de salins où l'état producteur de sel pouvait percevoir directement son profit en majorant les prix de vente ce qui rendait la gabelle presque inexistante.

-le pays de quart-bouillon, le sel y était non par dessèchement, mais dans des sauneries particulières où l'on faisait bouillir le sable imprégné de sel de mer ; ces sauneries versaient le quart de leur fabrication dans les greniers du roi.

-les pays de petite gabelle, où la vente du sel était assurée par les greniers à sel, mais où la consommation restait généralement libre.

-les pays de grande Gabelle : on devait y acheter obligatoirement une quantité fixe annuelle de "sel du devoir", ce qui transformait la gabelle en un vrai impôt direct.

Renforcée par Colbert, l'organisation de la gabelle arriva à son apogée 1680. Il instaure un véritable code fixant toutes les modalités de perception de l'impôt, son montant, les peines qui seraient appliquées aux contrevenants. Il obligea les Français à s'approvisionner obligatoirement dans les greniers royaux. Les mesures prises par Colbert portèrent le prix du sel à vingt fois son prix. La Gabelle fera des ravages jusqu'en 1790. Par conséquent, les populations ne voulurent plus payer cet impôt. Alors petit à petit, une contrebande s'est mise en place avec les faux-sauniers qui sévissaient entre les pays où le sel était cher et ceux où il ne l'était pas. Ce système de gabelle normalement applicable à tous officiellement ne l'était pas. En effet, le clergé, la noblesse, les membres de l'université, les officiers royaux y échappaient en bénéficiant du "franc salé" qui leur permettait d'acheter le sel à un prix inférieur au tarif. Le sel se trouvait détourné des salines ou il était volé lors de son transport ou directement à l'intérieur des salines malgré la surveillance.

Pour se prémunir contre cette fraude et reconnaître facilement le " vrai" du " faux sel", les autorités firent fabriquer le produit d'une manière différente selon les régions où il sera commercialisé. Le poids, la forme, la grosseur des salignions varièrent au départ des salines. On y fit apparaître soit les armes du duché et d'autres marques précises. Les faux sauniers furent punis de différentes manières : année de galère, peine de mort.

Pillage et massacre du côté de l'hôtel de Guyenne par les parisiens menés par Simon Caboche en 1413 (extrait : Les chemins du sel de Gilbert Dunoyer)

Au Moyen-Age, en Franche-Comté, le faux saunage fut appelé " mesvandaige". Au XVIII siècle, les canalisations amenant l'eau salée de Salins vers Arc-et-Senans furent souvent percées et la saumure traitée en cachette dans des ateliers clandestins. Bien que la gabelle fut très impopulaire, l'Etat ne voulait y renoncer car elle apportait richesse au pays. Il faudra attendre1790 pour que cette Gabelle soit abolie par l'assemblée constituante.

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