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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 03:21
Les marchés médiévaux.









Les lieux d'échange étaient soit des marchés (mercatus), le plus souvent hebdomadaires, soit des foires (fora, nuudinae), généralement annuelles. Le marché ou la foire, réunions périodiques de vendeurs et d'acheteurs, relevait de l'autorité publique celle-ci créait et surveillait les lieux d'échanges, en grande partie pour des raisons fiscales car elle percevait des droits sur la circulation des marchandises (les tonlieux), sur leur exposition (droits d'étaux), et sur leur vente.



Les marchés de campagne.

Après les Grandes Invasions l'activité des marchés est prouvée tant par les canons conciliaires qui vitupèrent les prêtres qui fréquentent les marchés en vue d'y trafiquer, que par le chapitre 54 du capitulaire de villis qui prescrit de veiller à ce que les hommes du domaine n'aillent pas perdre leur temps sur les marchés. La création et l'existence de nombreux marchés ruraux laissent évidemment supposer que les producteurs avaient à vendre des surplus agricoles ou artisanaux, ou des matières premières, à des acheteurs forains, et qu'à l'inverse ils venaient acheter ce qui n'était pas produit sur le domaine. On imagine mal un marché local où les paysans se seraient vendu réciproquement leurs productions, puisque peu ou prou ils devaient produire les mêmes biens ! L'image de l'économie domaniale vivant en vase clos doit donc être corrigée : sans alimenter un commerce considérable, l'économie domaniale alimentait un certain volume d'échanges. A partir du XIe siècle les exploitations rurales furent sollicitées de produire, outre leur propre subsistance, de quoi répondre à la demande constamment plus pressante des acheteurs » (G. Duby) : les grains, le vin et le bétail furent apportés sur des marchés hebdomadaires et des foires agricoles qui se multiplièrent (cf. le nombre et l'importance des clauses qui leur sont relatives dans les chartes de franchises et dans les chartes de fondation de villes neuves). La foire (de feria, fête d'un saint) était la rencontre temporaire de marchands « forains », c'est-à-dire venus de loin (de foris, dehors) : la foire différait du simple marché local par sa moindre fréquence (périodicité annuelle en général, et non hebdomadaire), et par sa zone d'influence plus vaste (au moins le "pays") ; elle donnait lieu à une grande concentration de population, et son rôle n'était pas exclusivement économique (festivités). On constate qu'avant même que ne se produise l'essor urbain l'usage des deniers (piécettes d'argent) s'est répandu dans les campagnes au XIe siècle, que de nouveaux péages ont été créés, et que leurs recettes ont augmenté : ce sont les indices certains d'une circulation et d'échanges intensifiés dans les campagnes. Sur ces petits marchés locaux opéraient des mercatores, intermédiaires entre les producteurs et les entrepreneurs de trafic à longue distance ; ces mercatores avaient souvent affaire aux intendants seigneuriaux, qui disposaient de quantités importantes de grains et de bétail : au XIIIe siècle la grande exploitation céréalière introduisait dans la circulation commerciale un fort volume de produits agricoles, et redistribuait une partie de leur valeur sous forme de salaires en monnaie aux ouvriers agricoles. De même l'élevage s'orienta à la même époque vers l'économie d'échange : tous les ans à l'automne on procédait à des hécatombes de porcs, qui étaient salés pour l'hiver (d'où l'achat de grandes quantités de sel, ce qui exigeait du numéraire) ; au même moment de nombreux paysans se débarrassaient de leur gros bétail, en particulier les chevaux et les ânes, voire les boeufs, pour n'avoir pas à les nourrir pendant l'hiver (d'où le rôle dominant des exploitants riches et aisés qui pouvaient racheter ce bétail et le revendre au printemps). L'élevage était donc avant tout affaire d'argent: et de commerce » (G. Duby). Quant aux "ovailles", elles mettaient naturellement les paysans en relation avec les trafiquants de laines. Tout cela - et il ne faut pas omettre le vin -, met en lumière le lien étroit des campagnes avec le bourg voisin, siège du marché hebdomadaire, et avec les foires de pays, qui constituaient tous les ans à l'automne des marchés locaux de produits agricole, viticoles et pastoraux.



Les marchés de ville.

Indépendamment des marchés qui subsistèrent dans les anciennes civitates, devenues sièges épiscopaux, apparurent, surtout à l'époque carolingienne, des agglomérations sur les réseaux fluviaux entre la Seine et le Rhin, où les bateliers et les marchands établirent des entrepôts lieux de passage et de stockage, ces portus (le terme a été vulgarisé par Pirenne) donnèrent naissance à des villes. Pirenne datait la plupart des portus du XIe siècle, et il affirmait que les rares créations de l'époque carolingienne avaient été anéanties par les incursions normandes : il y aurait donc eu solution de continuité entre le IXe et le XIe siècle. Suivant l'opinion qui prédomine maintenant, de nombreux portus des pays mosans et des Pays-Bas se sont au contraire développés de manière continue depuis l'époque carolingienne : ainsi, Bruges ou Gand. L'essor urbain du XIe siècle n'est plus conçu en effet comme l'effet d'un brusque renouveau, mais comme la conséquence d'une croissance antérieure entretenue par des échanges de plus en plus actifs entre les campagnes et les agglomérations urbaines (anciennes cités, nouveaux portus). Le trafic des marchés urbains portait sur les denrées du plat pays environnant, sur les produits de l'artisanat local, et sur les marchandises achetées en gros dans les grandes foires. Ils étaient soumis au protectionnisme chauvin et à la réglementation étroite du corporatisme urbain » (M. Boulet.) : les vendeurs devaient respecter une police de la qualité, du transport, et de l'exposition des marchandises, police qui était destinée à assurer l'approvisionnement régulier du marché et l'abaissement des prix par la liberté et la publicité des transactions ; les acheteurs de leur côté se voyaient interdire les accaparements.



Les marchés de grande foire.

Certaines foires ont dépassé la zone d'attraction d'un « pays », ou d'une province, et sont devenues le lieu d'échange de produits lointains.

Ainsi, la foire de Saint-Denis, créée au VIIe siècle, fut à l'origine une grande foire du vin qui se tenait pendant plusieurs semaines après les vendanges. Elle attirait les marchands frisons et saxons. Menacée par les incursions normandes entre le milieu du IXe et le début du Xe siècle, elle connut ensuite un renouveau de prospérité. De même, la Champagne devint très tôt un lieu de foires réputées : Chappes, près de Bar-sur-Aube (cette foire supplanta celle de Saint-Denis au moment des incursions normandes), et Châlons-sur-Marne eurent des foires célèbres avant l'an mille. Hors de France, Cologne et Pavie également. Ici encore il n'y a pas eu mutation, mais une croissance qui a fini par transformer les structures.


Parmi ces grandes foires, les principales se développèrent au XIIe siècle le long de l'axe nord-sud qui reliait l'Angleterre (foires de la laine brute de Winchester, Northampton, Saint-Yves, Stanford) et la Flandre (foires de redistribution de la laine et de vente de draps d'Ypres, Lille, Bruges, Messines, Thourout) au delta du Rhône (foires de Beaucaire, Avignon, Narbonne, Montpellier), en passant par l'lle-de-France (foire du Lendit à Saint-Denis) et surtout la Champagne. En effet les foires de Champagne furent pendant près de deux siècles, du milieu du XIIe au début du XIVe siècle, le carrefour où se rencontraient Flamands et Italiens.
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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 03:16
Les routes et les marchandises.








Dès les premiers siècles du Moyen Age l'économie occidentale a produit aussi pour vendre, mais c'est à partir du XIe siècle due le volume de ces produits a sensiblement augmenté. On peut répartir les principaux d'entre eux en sept secteurs :

1) L'alimentation (grains, vins, sel, poissons fumés ou salés) ;

2) L'habillement (laine, lin, fourrures, cuirs, peaux, produits tinctoriaux) ;
3) La construction (pierres et bois d'oeuvre) ;
4) Les transports terrestres (chevaux) et maritimes (goudrons, cordages, toiles à voile) ;
5) L'éclairage (cire) ;
6) La métallurgie (métaux en lingots, armes, orfèvrerie) ;
7) La céramique et la verrerie.

L'importance quantitative du volume des marchandises qui faisaient l'objet de commerce lointain au Moyen Age est impossible à préciser.

Quelques rares indices donnent à penser qu'il n'a jamais atteint un niveau élevé, même si on limite la comparaison au volume dit commerce de l'Europe mercantiliste antérieure aux révolutions du XVIIIe siècle un document douanier de 1293 permet d'estimer à 4 ou 5000 t l'exportation annuelle de fer asturien par les ports de Guipuzcoa et de Biscaye ; dans la seconde moitié du XIIIe siècle, les exportations anglaises de laine auraient monté annuellement à 3 ou 4000 t ; en 1335, le tonnage de la flotte vénitienne ne devait totaliser que 40000 t...

D'autre part l'Occident a longtemps offert des troupeaux considérables debétail humain : c'était un marché où venaient s'approvisionner abondamment les Byzantins et les Arabes. L'esclave était un bien de grande valeur, recherché, et qui se vendait bien. A la suite des interventions de l'Eglise, ces esclaves d'exportation ne furent plus recrutés en pays de chrétienté, mais principalement dans les régions païennes limitrophes au nord (Germains) et à l'est (Slaves). Jusqu’à la fin du Moyen Age la traite des esclaves fut une activité florissante en Méditerranée pour les Vénitiens et les Catalans.


D'Orient, les Occidentaux tiraient surtout des produits alimentaires et pharmaceutiques (épices), des produits textiles (soieries), des produits tinctoriaux, de l'or.


Le commerce médiéval s'est organisé autour de deux grands axes maritimes l'axe méditerranéen (jusqu'en mer Egée et en mer Noire) et l'axe nordique (de la Manche à la Baltique), raccordés entre eux par des routes terrestres, jusqu'à ce que s'établissent des liaisons maritimes régulières entre l'Italie et la mer du Nord, au XIVe siècle.


Pour l'axe méditerranéen, la question célèbre est celle des conséquences de la conquête arabe du VIIème siècle : la Méditerranée a-t-elle été désertée ? Est-ce que la phrase d'Ibn-Khaldoun (Les chrétiens ne peuvent plus faire flotter une planche sur la mer) est une fanfaronnade littéraire ou l'expression de la réalité de la fin du Ier millénaire ? D'après Pirenne, la conquête de l'Afrique du Nord et de l'Espagne par les Arabes aurait effectivement fermé les ports de Gaule, et empêché les relations maritimes séculaires de l'Occident avec l'Orient. Un des arguments majeurs de sa thèse repose sur la disparition du papyrus, de l'huile d'olive, et des soieries en Occident à partir du VIIIe siècle. Cependant, sans méconnaître l'obstacle que dressait l'hostilité des Arabes. R. Doehaerd a souligné que la voie de mer directe entre l'Orient et l'Occident avait été partiellement remplacée alors; par la double voie terrestre, d'une part par l'Espagne musulmane (rôle des Juifs rhadanistes exportateurs d'esclaves occidentaux). Et d'autre part par l'Italie adriatique restée en relations avec Byzance et même Alexandrie (rôle des Vénitiens, également exportateurs d'esclaves occidentaux) : la naissance obscure de Venise, vers 800, correspondrait à l'établissement de ce nouveau circuit. Au XIIe siècle les croisades rouvrirent largement l'Orient méditerranéen aux Vénitiens et aux Génois, qui y trafiquèrent activement jusqu'à ce que les Turcs les en chassent à la fin du Moyen Age.


Quant à l'axe nordique, il fut le domaine des navigateurs frisons et saxons, du VIIe au IXe siècle, puis les Normands les supplantèrent presque partout. La domination des Vikings a créé une succession de marchés, de comptoir en comptoir, reliant l'Atlantique à l'Orient, en passant par les îles Britanniques, la Scandinavie, la Russie des Varègues, d'où ils atteignaient Byzance par Kiev et la mer Noire, Bagdad par la Volga et la mer Caspienne, et peut-être Samarcande. Ce sont les trouvailles monétaires qui ont fait découvrir l'unité, de cet espace économique nord-européen du Xe siècle : près de 100000 dirhems frappés en Iran et au Turkestan ont été retrouvés en Scandinavie, et inversement, quoique en nombre nettement inférieur, des pièces franques et anglo-saxonnes ont été retrouvées en Poméranie et en Russie. Après l'an mille, la Flandre a acquis une place privilégiée sur cet axe nordique, en raison de l'essor du commerce de la draperie. Jusqu'au milieu du XIIIe siècle ce furent des marchands flamands itinérants, surtout de Gand, d'Arras, et de Bruges, qui allèrent vendre leurs draps dans une vaste partie de leur aire de diffusion : en particulier de 1150 à 1250 environ, c'est aux foires de Champagne qu'ils les vendirent à des marchands venus d'Italie avec des cargaisons d'épices. Après 1250 les compagnies italiennes installèrent à Bruges des correspondants chargés d'acheter les draps de Flandre, et de les expédier à Florence où ils recevaient les derniers apprêts. Or d'autre part, les marchands hanséates venaient, depuis le XIIe siècle, s'approvisionner à Bruges en produits exotiques. Bruges devint ainsi le trait d'union de la Méditerranée et de la Baltique.


Enfin, les routes terrestres de raccordement s'établirent le long des voies fluviales (sillon séquano-rhodanien, sillon rhodano-mosan, sillon rhodano-rhénan). Les itinéraires les plus anciens furent les circuits français, reliant la Flandre à l’Italie par les foires de Champagne : ils déclinèrent aux XIVe-XVe siècles, au profit d'un axe maritime atlantique à l'Ouest (liaison Gênes, Bruges, et Londres, par Barcelone, Cadix, et Lisbonne), et d'un axe terrestre germanique à l'est (liaison Hambourg, Milan, par les villes d'Allemagne du Sud où apparut un capitalisme commercial urbain dominé par quelques familles, telles que les Függer à Augsbourg, ou Hompys à Ravensburg).
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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 03:09
Les marchands.








Du cinquième au dixième siècle, on peut parler d'économie fermée si l'on veut souligner la part certainement prépondérante de l'autoconsommation locale, tant en ce qui concerne les produits agricoles que les produits artisanaux; et l'on comprend ainsi la vie itinérante des grands personnages qui, avec leur suite nombreuse, allaient vivre tour à tour sur chacun de leurs domaines jusqu'à ce que fussent épuisées les ressources amassées. Cependant les échanges n'ont pas totalement disparu, mais leurs circuits fonctionnaient la plupart du temps sans l'intervention de professionnels : le producteur agricole offrait ses produits directement à une clientèle proche, qui était à la portée de ses moyens de transport (marché local, commerce sans marchand). Inversement, les églises et les abbayes, qui possédaient de grandes fortunes foncières dispersées et une population importante à entretenir, organisaient non seulement des convois de domaine à domaine pour le ravitaillement, mais aussi des expéditions lointaines pour l'importation des produits exotiques. Or il est tout à fait improbable que des grands propriétaires aient pu envoyer leurs seuls tenanciers, avec leurs seuls chariots et leurs seules barques, à des centaines de kilomètres : on suppose dès lors l’existence de professionnels du commerce, ce que confirment d'ailleurs de nombreux textes du temps.

Jusqu'au VIIe siècle, les textes citent souvent des Syri, terme générique qui servait alors à désigner indifféremment les hommes qui étaient originaires de la partie orientale de l'Empire romain (Grecs, Syriens, Egyptiens, juifs ...) : ces Syri formaient alors des colonies relativement peuplées dans de nombreuses villes d'Occident. Or, après le VIIe siècle les textes ne font plus mention de Syri, mais uniquement de Judaei. Les juiveries de France, d'Italie et de Germanie entretenaient des relations suivies avec l'Espagne, l'Afrique et l'Orient. Un autre groupe important fut constitué à partir du VIIe siècle par les Frisons, qui trafiquaient sur les bassins fluviaux du Rhin, de 1a Meuse et de l'Escaut, et sur mer depuis la Manche jusqu'à la Baltique. Enfin, le soin avec lequel les textes précisaient, lorsque c'était le cas, qu'il s'agissait d'un marchand juif, prouverait qu'il existait bien aussi des negotiatores chrétiens.


A partir du onzième siècle, la situation de ceux qui faisaient du commerce leur activité principale se diversifia nettement, en fonction des dimensions du marché sur lequel ils opéraient, depuis le petit marché local jusqu'aux vastes marchés interrégionaux, ou même intercontinentaux.




Du colporteur au boutiquier : un horizon borné.

Continuateur du colporteur carolingien; le « pied poudreux » sillonnait les campagnes, transportant sa pacotille sur son dos ou dans des ballots portés par une bête de somme ; régulièrement il s'approvisionnait aux foires locales. Ce type de petit marchand a survécu bien au-delà de la fin du Moyen Age. Le phénomène le plus important à partir du XIIIe siècle a été la sédentarisation du commerce local. Le colporteur a souvent disparu, remplacé par le boutiquier. Un commerce permanent s'est installé dans les villes, représenté au premier rang par les merciers (de merx, marchandise) qui vendaient en gros (« mercier, faiseur de rien, vendeur de tout »). Ce commerce local s'est intégré dans des structures corporatives. Or, celles-ci, de même qu'elles ont, empêché l'apparition d'un capitalisme industriel, ont fait obstacle à l'évolution de la « boutique » vers une forme de capitalisme commercial : comme l'artisan, le boutiquier ne pouvait dépasser les limites d'une médiocre activité, en raison de l'étroitesse de son entreprise et de son marché. Pourtant, des boutiquiers ont amassé assez de bien pour pouvoir entrer dans les milieux du grand commerce, et devenir des entrepreneurs capitalistes. En effet, le capitalisme commercial a pris son essor dans un autre domaine, celui du grand commerce lointain, hors des limites étroites du marché local.




Du grand marchand aux sociétés capitalistes un horizon lointain.

Jusqu'au XIIIe siècle le grand commerce interrégional ou intercontinental était aussi un trafic itinérant : le marchand accompagnait sa marchandise, l'écoulait au terme de son voyage, et revenait avec une cargaison de produits exotiques. Les marchands se déplaçaient en groupes, et armés. Ne sachant souvent ni lire, ni écrire, ces ambulants ne pouvaient tenir ni comptabilité ni correspondance. Dans le courant du XIIIe siècle ils bénéficièrent d'une sécurité accrue sur les grandes routes, car pour des raisons fiscales les rois et les grands seigneurs les prirent sous leur protection ; d'autre part la diffusion de l'instruction vulgarisa dans la classe marchande l'usage de l'écriture. De plus en plus le grand marchand préféra rester chez lui, derrière son écritoire : entouré d'un personnel peu nombreux, il rédigeait et recevait une correspondance qui le maintenait en étroite relation avec ses associés ou correspondants des autres places. Il pouvait ainsi diriger de loin plusieurs affaires à la fois, et à l'occasion il envoyait des commis convoyer d'importantes cargaisons de marchandises.

Le mouvement de sédentarisation, apparu d'abord en Italie, se répandit ensuite dans le nord de l'Europe : aux XIVe-XVe siècles les grands marchands italiens ou hanséates étaient des sédentaires, pour le compte desquels se déplaçaient des commis. Quant aux marchands flamands, qui se déplaçaient régulièrement au XIIIe siècle des Flandres en Champagne, ils se transformèrent ensuite en courtiers, intermédiaires sédentaires, qui arrangeaient entre les marchands étrangers les opérations commerciales et financières, leur procuraient logement et entrepôt, et percevaient une commission pour les services qu'ils rendaient.


La spécialisation a moins progressé que la sédentarisation non seulement les grands marchands se livraient au négoce des marchandises les plus diverses, ainsi qu'au négoce de l'argent (prêt, change), mais aussi ils commanditaient, finançaient, ou dirigeaient la fabrication de certains produits qu'ils vendaient. Si le grand commerce maritime et terrestre et le commerce de banque échappèrent aux contraintes corporatives, il n'était pas rare que de grands marchands figurassent dans une corporation (draperie ou mercerie surtout).


La fortune de quelques grands marchands atteignit des proportions énormes aux XIV-XVe siècles. Au milieu du XIVe siècle, la fortune des Bardi ou des Peruzzi, de Florence, devait dépasser deux millions de florins ; même niveau un siècle plus tard chez les Médicis (cf. l'achat d'Avignon par Clément VI, par comparaison en 1313, pour 130000 florins, ou l'achat de Montpellier par Philippe VI en 1349 pour 120000 écus, soit 133000 florins !). Au milieu du XVe siècle en France, Jacques Coeur était riche de 600000 livres tournois environ, soit à peu près la moitié de ce que rapportait annuellement la taille royale... Mais ce sont là des cas très exceptionnels. A Hambourg ou à Lübeck, les grandes fortunes marchandes étaient évaluées encre 5000 et 25000 marks lub à la fin du XIVe siècle, et jusqu'à 50000 marks lub à la fin du XVe siècle. De la "majorité" médiocre des marchands de faible envergure, se détachait une minorité colossale, composée de familles richissimes, pour la plupart italiennes (R.-S. Lopez). Ces voyantes oligarchies ont tissé à travers l'Europe et jusqu'en Orient un vaste réseau de placements très diversifiés.


L'association des marchands a renforcé leur puissance. Il y a eu tout d'abord les associations professionnelles, destinées à procurer d'abord la sécurité aux entreprises marchandes, puis bientôt le monopole de certains marchés (ghildes et hanses).


Mentionnons deux des plus célèbres de ces associations la Hanse des marchands de l'eau de Paris, qui s'est constituée à la fin du XIe siècle en vue de réserver à ses membres le monopole du trafic (en particulier le commerce du vin) dans le bassin de la Seine ; dès le début du XIIIe siècle, elle représentait auprès du roi l'ensemble de la bourgeoisie parisienne, et elle donna naissance à la municipalité. Quant à la Hanse teutonique, elle doit ses origines à la fondation de Lübeck (1158) et à l'expansion germanique dans la Baltique : les marchands allemands qui fréquentaient le grand centre commercial de Visby dans l'île de Gotland, se constituèrent en communauté dès 1161 (la hansse des marchands), et celle-ci ne disparut qu'à la fin du XIIIe siècle, remplacée par la hanse des villes qui, elles-mêmes, étaient regroupées en quatre ligues (westphalienne, saxonne, vende, prussienne). La hanse des villes se constitua définitivement au milieu du XIVe siècle, avec l'établissement de son autorité sur les marchands allemands des « quatre comptoirs » (le quai allemand de Bergen en 1313, Bruges en 1356, la Cour Saint-Pierre ou Peterhof de Novgorod en 1361, le Stalhof de Londres en 1374), et la conquête de la liberté complète de trafic dans les détroits du Sund (1370). La Hanse teutonique s'attacha avec acharnement à obtenir pour ses membres des privilèges personnels et collectifs (immunité administrative, judiciaire, et fiscale) qui leur donnèrent de fait le monopole du trafic de la Baltique. De 1370 à 1470 environ, elle s'employa avec succès à empêcher l'expansion des commerces étrangers dans la Baltique.


L'autre part les associations commerciales furent pratiquées très tôt à Venise, dès le XIe siècle, puis elles se répandirent dans les autres grandes cités italiennes à partir du XIIe siècle, sous les deux formes de la commande, (commenda) et de la société (compagnia) ; elles restèrent des spécialités italiennes jusqu'à la fin du XIIIe siècle, puis elles furent adoptées ailleurs en Europe.


La commande, qui est née dans les grands ports d'Italie, était un mode de financement des armements maritimes, Un marchand empruntait à divers capitalistes des fonds, avec lesquels il achetait des marchandises, et il s'embarquait avec sa cargaison : en cas de perte des marchandises par péril de mer, le marchand n'avait pas à rembourser les fonds empruntés : en revanche, en cas de revente des marchandises, il devait rembourser le capital, augmenté des trois quarts des bénéfice réalisés. Il y avait des variantes dans le partage des risques et des profits.


La société a été adoptée par les marchands qui s'adonnaient au commerce terrestre. Conformément aux conceptions du droit romain, la société commerciale médiévale était encore fortement marquée par le caractère personnel du contrat (nombre limité des associés, souvent proches parents ou alliés ; incessibilité, des parts ; responsabilité des associés in solidum et in infinitum ; durée limitée à quelques années, avec clause de reconduction), mais dès cette époque s'est affirmé le caractère capitaliste de l'institution, tant par l'importance que le capital a prise, que par les règles adoptées pour le partage des bénéfices. Certes les mises de fonds initiales nous paraissent aujourd'hui bien faibles (même en tenant compte du niveau des prix de l'époque) : à Toulouse, de 1350 à 1450, les sociétés dont le capital était inférieur à 200 Lb représentaient 67 % de l'ensemble et inférieur à 300 Lb, 79%; quatre sociétés seulement, soit 2,9 % de l'ensemble, dépassèrent 2000 Lb en capital. De même, en 1455, la société filiale à Bruges de la firme de Médicis n'avait jamais qu'un capital de 3000 Lb de gros. Ceci dit, il ne faut pas oublier que les grandes sociétés d'affaires italiennes se soient peu ou prou transformées en banques de dépôt, par la constitution d'un capital annexe et variable (sopra corpo), à côté du capital social initial (corpo): la société acceptait les dépôts des tiers, remboursables à vue; et rétribués par un intérêt fixe, le plus souvent 8% l'an. La masse des dépôts reçu, était réinvestie par la société dans des opérations qui produisaient un bénéfice supérieur ; mais, ignorant les règles de la prudence que la spécialisation bancaire n'a imposées que beaucoup plus tard, ces sociétés médiévales n'hésitèrent pas à geler ces dépôts à vue dans des emprunts contractés par des souverains ou dans des entreprises commerciales ou artisanales aux faibles liquidités. En cas de panique, la ruée des déposants, qui demandaient le retrait de leurs dépôts, rendait particulièrement vulnérables ces "colosses aux pieds d'argile" (A. Sapori). En ce qui concerne d'autre part le partage des bénéfices l'influence capitaliste dénatura le caractère personnel du contrat en ce que le partage fut toujours calculé, sinon exactement au prorata des mises de fonds, tout au moins en fonction de celles-ci. Enfin, notons qu'à l'exception de très rares cas (moulins du Bazacle à Toulouse, par exemple) c'est à Gênes qu'apparurent au XVe siècle des sociétés qui annonçaient les sociétés anonymes modernes (division du capital en parts cessibles, responsabilité de l'actionnaire limitée à sa mise de fonds) : il s'agissait de sociétés spécialisées dans le commerce d'un produit particulier, tel que le sel, l'alun, le mercure, etc.


Les plus puissantes sociétés commerciales se sont développées en Italie à partir du XIIIe siècle, surtout à Florence qui fut le siège de quelques maisons célèbres. Au cours de ce siècle se détachèrent les Tolomei et les Buonsignori de Sienne, les Rapondi de Lucques, les Spini, les Scali, les Frescobaldi de Florence : tournées essentiellement vers les foires de Champagne, le commerce des textiles et les prêts aux souverains, ces maisons furent victimes de difficultés monétaires et politiques (depuis 1290) et économiques (à partir de 1315), et elles furent emportées par des faillites entre la fin du XIIIe siècle et le premier quart du XIVe. La relève fut assurée par une nouvelle génération de maisons florentines, dont l’activité s'étendait de la Méditerranée orientale à l'Angleterre (les Bardi, les Peruzzi, les Acciaiuoli); à leur tour ces sociétés furent victimes des difficultés politiques (début de la guerre de Cent ans) et économiques (Peste Noire). Dans la faillite des Peruzzi (1343) le roi d’Angleterre était débiteur de 600000 florins ; dans celle des Bardi (1346), de 900000 florins, et le roi de Sicile, de 100000 florins. La troisième génération, qui se forma après 1350, fut éclipsée par les Médicis qui parvinrent au XVe siècle à dominer la vie politique et économique de Florence. En 1434, Côme de Médicis s'empara en fait du pouvoir, et procéda à une transformation profonde de l'entreprise familiale : abandonnant la forme traditionnelle de la société de succursales, représentée sur les grandes places par un comptoir confié à un associé, il adopta la forme plus souple et décentralisée de la société à filiales, indépendantes juridiquement les unes des autres, mais dans lesquelles on retrouvait comme associés les divers membres de la famille.


Hors d'Italie, des sociétés de moindre envergure se multiplièrent aux XIV-XVe siècles dans les villes hanséatiques, mais il n'y eut jamais de grandes firmes permanentes (Ph. Dollinger), si l'on excepte le cas très particulier de l'ordre teutonique qui se livrait au commerce depuis la fin du XIIIe siècle. En Allemagne méridionale, des sociétés familiales se constituèrent, à Augsbourg et Nuremberg, pour se livrer surtout au commerce des métaux ou des textiles, mais une seule grande société vit le jour, la société fondée en 1380 à Ravensburg par Joseph Hompys et dont les opérations sur les toiles et le safran couvrirent l'Europe méridionale, l'Allemagne, et les Pays-Bas.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 02:52
Les changeurs.







A l'origine, établis avec l'autorisation du roi ou du seigneur suzerain sur la terre duquel ils résidaient, les changeurs devaient :


1. recevoir les monnaies anciennes ou dont le cours n'était plus permis ;
2. donner à ceux qui les leur apportaient une valeur prescrite en espèces courantes ;
3. enfin envoyer aux hôtels des monnaies les pièces défectueuses reçues.

Tel fut le premier objet de leur commerce. Mais on conçoit qu'ils ne durent se borner à ce change de monnaies, peu lucratif en somme, qu'à une époque où le commerce n'était pas très florissant. Dès que les relations commerciales de pays à pays, de nation à nation, devinrent plus fréquentes et plus étendues, le rôle des changeurs se modifia sensiblement.

Au lieu d'apporter des espèces avec eux, les marchands se munirent de simples lettres de change, plus commodes à transporter et qui couraient moins de risques. Les changeurs devinrent alors de véritables banquiers. Il va sans dire que bien longtemps avant que l'usage des lettres de change fût très répandu, le prêt à l'intérêt, bien que l'Eglise le défendît toujours, était ouvertement pratiqué ; d'où deux sources de revenu très fructueuses : les opérations de banque et le prêt à intérêt.


Il convient de considérer d'abord ce que furent les changeurs qui payaient une redevance au roi pour avoir le droit d'ouvrir boutique. On ne peut, à cet égard, remonter à une date très reculée, faute de documents ; mais il est évident que dans la France du Moyen Age, grâce au nombre considérable de monnaies différentes mises en circulation, on dut avoir recours d'assez bonne heure aux changeurs.

Au treizième siècle, le roi concède aux changeurs de Paris le droit d'ouvrir boutique à titre viager et moyennant dix livres de rente. Ce taux varia peu par la suite. Du reste, les monnayeurs royaux n'en conservaient pas moins le droit de changer les espè

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 10:05
Les Horlogers au Moyen âge.






L'Eglise, soucieuse de respecter les heures de prière, confie à quelque moine habile et disposant de compétences en ferronnerie et en serrurerie, la mise au point d'un dispositif pouvant assurer la régularité d'une pratique. La sonnerie des heures canoniales, ainsi appelées, relève, dans un premier temps, d'une activité secondaire. La conception et la réalisation d'une horloge devient pourtant, au cours du XIVème siècle, une affaire de hauts techniciens.


S'il n'existe pas d'"horloger" à proprement parler au moyen âge, la période comprise entre les XIIème et XVème siècles voit se constituer lentement un métier réunissant une multiplicité de compétences techniques. Serruriers, ferronniers, orfèvres, forgerons sont autant de mécaniciens du temps, qui contribuent, au gré de leurs expérimentations et de leurs découvertes ingénieuses, à la spécialisation d'une activité annexe. Certains hommes de talent, savants, pétris d'une culture toute autre, ont besoin, dans le cadre de leur objet d'étude, d'instruments performants. Ils s'intéressent notamment et plus particulièrement aux instruments de mesure du temps. Leur participation est motivée par la volonté, tels des "nains juchés sur des épaules de géants" (dixit Bernard de Chartres), d'aller plus en avant dans la compréhension du monde. Astronomes, médecins, philosophes et géomètres se font ainsi les ingénieurs de nouvelles horloges, dites astronomiques. La réalisation pratique de l'ouvrage demeure toutefois du ressort des travailleurs manuels comme dans le cas du Jacquemart de Romans.


L'ampleur et la rapidité de la diffusion de ces nouvelles machines temporelles contribue, toute proportion gardée, à l'émergence d'une activité astreignante, celle de gardien d'horloge. Nous avons précédemment souligné les multiples failles de l'engin, qui réclame une attention permanente. La maintenance peut être confiée à une personne établie à demeure, avec rémunération fixe mais cette activité est le plus souvent attribuée aux fabricants mêmes. Itinérants, ils se déplacent avec leur atelier au complet, four et forge compris, lors de la fabrication et de l'installation de l'horloge sur les monuments publics des villes, puis des villages, et en assurent par la suite le bon fonctionnement. Leurs services s'appliquent, à la fin du moyen âge, à une région relativement restreinte, d'un rayonnement de deux à quatre jours de voyage.


L'évolution des techniques dans la fabrication des horloges mécaniques ainsi que les outils, illustrent la variété des compétences requises. Jusqu'au milieu du XIVème siècle, si les techniques de fabrication évoluent du fer forgé à la fonte au four, le montage des pièces d'horlogerie se fait essentiellement par rivetage à froid, pour préserver les propriétés du matériau. Ce procédé est réservé, en principe, aux parties du mécanisme (comme la cage de fer) assemblées définitivement. L'assemblage par perçage et vissage tend à se diffuser pour être largement d'usage au XVème siècle, parce qu'il permet un montage et démontage plus pratique. Sont aussi introduits de nouveaux appareils, comme le tour manuel, qui entraîne les pièces pour les rendre parfaitement cylindriques, et la machine à fendre les roues, qui permet de creuser les dents de la roue. Cinq étapes sont nécessaires pour la seule fabrication d'une roue : le forgeage par martelage, le traçage des dents, la fente de la roue à la main ou à la machine sus-mentionnée, le limage et le profilage, soit le travail sur la partie haute de la dent. Le travail des roues ainsi que de leur « dentition » se fait manuellement, après que les roues aient été rendues parfaitement cylindriques par le tour, lui-même actionné manuellement.


L'inventaire complet de l'outillage est difficile à établir : peu d'outils ont été retrouvés en l'état, la plupart ayant subi maintes refontes et transformations. Marteaux, scies, burins, limes ou échoppes et pinces de toutes sortes (plates, coupantes, à profiler, à faire des trous) sont déjà largement utilisées. De surcroît, chaque artisan apporte des modifications de son cru à ses propres outils.


Quant au matériau de construction, l'introduction et l'utilisation du bronze pour certaines pièces permet, à partir de la seconde moitié du XIVème siècle, bien que très rarement encore, d'amoindrir le phénomène d'usure, voire d'écrouissage (soudure) des pièces en fer. "Le bronze, métal cuivreux, et non ferreux, possède un coefficient de frottement plus faible lorsqu?il est mis en relation avec le fer et graissé en continu"


C'est partant de ce constat - et peut être aussi parce que le bronze était le métal le plus courant dans sa région - que Giovanni di Dondi (1330-1389) choisit ce seul matériau pour la construction de son horloge astronomique, dite Astrarium ou Planetarium, en 1364. Fils d'un médecin lui-même inventeur de l'horloge installée à Padoue en 1344, Giovanni di Dondi est professeur de médecine, de philosophie, d'astronomie et de logique.


Bien avant lui, Richard de Wallingford (1291-1336), abbé de Saint-Albans dans le Herefordshire (comté du sud de l'Angleterre), conçoit une horloge astronomique pour l'église de son monastère. Nullement théoricien de l'astronomie, c'est un pragmatique : fils de forgeron, il s'attache sa vie durant à la conception de nouvelles méthodes en trigonométrie ainsi que des outils de calcul, l'albion qui sert à déterminer la position des planètes et le rectangulus, astrolabe amélioré.


Ces deux hommes, tellement différents en apparence, envisagent l'horloge non comme un marque-temps, mais comme un moyen d'améliorer leur machine monumentalement géniale.


Henri de Vic, un allemand, concepteur et constructeur pendant plus de huit années de l'horloge du Palais Royal en 1370, suite à une invitation expresse de Charles V, Giovanni delli Organi, un italien, ou encore le parisien Julien Gouldray, horloger du roi Louis XII, sont quelques uns des horlogers qui, en nombre croissant, acquièrent renommée et confort matériel dans les cours princières et royales. En Allemagne et en Italie, les horlogers se constituent en corporation dès le XIVème siècle.


En France, ce n'est qu'à la fin du XVème siècle, plus précisément en 1483, que Louis XI donne leurs premiers statuts aux horlogers du royaume. L'acquisition d'une légitimité et d'une reconnaissance officielle de leur état ne laisse pourtant pas de garder, aux yeux de la société, une image peu rassurante. Tout travail, et à plus forte raison toute transformation de la matière, est très vite associé, au moyen âge, à des pratiques de magie. L'horloger, "magicien du fer, du métal et du ciel", pour reprendre l'expression de Bernard Seneca, continue d'inspirer, au XVIème siècle encore, crainte et méfiance.


Le caractère itinérant de son activité renforce une telle attitude. À la fin du XVème siècle, l'horloger, figuré en compagnie des fabricants d'orgue, des forgerons d'art et d'armurerie, des maîtres cuisiniers - autrement dit, les Enfants de Mercure - occupe une place ambiguë. Les astrologues attribuent en effet à la planète Mercure deux sortes d'influences sur les individus concernés : la curiosité, l'ingéniosité et l'adresse d'une part, mais aussi le goût pour la magie et la chiromancie, ce qui n'est pas pour plaire à l'Église.


Enfin, la littérature révèle que ce n'est pas tant l'horloger, mais l'horloge, fruit de son travail, qui suscite les plus belles louanges. Froissard, Dante, pour ne citer que les plus connus, se plaisent à décrire la merveille, mais ne font jamais allusion à leur auteur :


L'orloge est, au vrai considérer
Un instrument très bel et très notable
Et c'est aussi plaisant et pourfitable
Car nuit et jour les heures nous aprent
Par la soubtillité qu'elle comprend
En l'absence même dou soleil
Dont on doit mieuls prisier l'appareil



L'orloge Amoureuse, Froissard





Admiration, émerveillement , première ébauche d'un culte de la machine, apparition, surtout, d'une nouvelle profession.


La place de l'horloger dans la société, et la façon dont il est perçu, notamment par les intellectuels, révèle la persistance de la suprématie, n'en déplaise à Hugues de Saint-Victor, mort en 1141, célèbre pour avoir soutenu la nécessité d'enseigner les arts mécaniques dans les universités. Léonard de Vinci, homme de la Renaissance, ne souffre-t-il pas encore du mépris, si ce n'est du peu d'intérêt qu'on accorde à son génie dans les cercles universitaires, ainsi qu'il l'exprime dans ses correspondances personnelles ?






Source cdacm.

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 20:23
Les copistes.









Après l'effondrement de l'empire romain, la culture occidentale se réfugie dans les monastères où se développent des ateliers de reproduction des manuscrits antiques : les scriptoria. Dans les scriptoria, les moines recopient et illustrent surtout des textes religieux mais aussi des textes de l’Antiquité.



Le scriptorium.

Le scriptorium est un atelier d’écriture. Dans le scriptorium travaillaient des moines-copistes et des enlumineurs. Pratiquement chaque grand monastère, abbaye ou couvent possédait à un moment donné un scriptorium. Citons le couvent du Mont Sainte-Odile où fut créé l'Hortus Deliciarum, ou encore l’abbaye de Marbach où fut réalisé le Codex Guta-Sintram… Il y régnait une intense activité dès qu’une abbaye avait l’intention de se constituer une grande bibliothèque. Les scriptoria les plus actifs ne travaillaient pas uniquement pour leur propre monastère mais jouaient un rôle analogue à une maison d'édition en fournissant en copies les princes, les églises et d'autres monastères.

 
 

Travail de copie.

Les copistes sont assis sur des bancs, appuyés sur un pupitre incliné : le lutrin. Avant de commencer le travail de copie, le copiste prépare sa page. Il crée une marge. Il trace des traits verticaux et horizontaux qui délimitent l’endroit où il écrira le texte. Pour ce travail de préparation, il utilise un crayon à la mine de plomb, une règle, un compas et des cahiers de parchemin sur lesquels il écrira.
Il donne ensuite le parchemin à l’enlumineur qui détermine la place réservée aux dessins et aux lettres décorées. Ensuite, il écrit le texte soit en le recopiant, soit sous la dictée. Il écrit avec une plume d’oie qu’il trempe dans l’encre noire.

La marge n’est pas toujours un espace vide mais bien souvent elle est remplie de commentaires sur le texte. Ces commentaires sont écrits dans des caractères plus petits que le texte principal.

 


L'enluminure.

Une fois le texte copié, c’est l’enlumineur qui a la charge de décorer le manuscrit avec des dessins : les enluminures. Les enluminures sont des décors peints à la main ornant les pages des manuscrits du Moyen-Age. Elles servent de repère dans le texte, l’illustrent et décorent la page. Certains manuscrits enluminés sont magnifiques car au Moyen-Age rien n’était trop beau pour honorer Dieu.


 

 Ecritures.

A partir du VIIIe siècle, le moine-copiste utilise l’écriture caroline dont les lettres sont arrondies, bien détachées les unes des autres et facilement lisibles. Elle restera en usage en Europe jusqu’au XIIe siècle. Au XIIIe siècle, l’écriture devient plus anguleuse : c’est l’apparition de l’écriture gothique qui se répand dans toute l’Europe.







Source bibliothèque alsatique.

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 08:19
Les usuriers au Moyen âge.



Si le profit acquis par le travail est tout à fait louable, le prêt à intérêt s'apparente au vol. A la fin du XII et au XIII siècle, la chrétienté atteignait l'apogée d'un essor qui avait commencé aux environs de l'an mil et emportait tous les domaines : l'agriculture, les techniques, les circuits commerciaux, l'art (architecture et littérature), la politique (l’état moderne se dessinait). 

Le contexte religieux se modifiait aussi, on abordait différemment la question du péché. Les prêtres ne se limitaient plus à considérer la faute objective pour lui appliquer une pénitence, ils s'interrogeaient sur l'intention qui l'avait guidée, On ne
recherchait plus seulement le rachat formel, mais la contrition sincère. Au lV concile de Latran (1215), l’Eglise imposa au moins une fois l'an, à Pâques, la confession. Elle amenait à l'examen de conscience : le prêtre ne se contentait plus d'appliquer un barème, mais réfléchissait au cas par cas. La méthode inquisitoire s'est instaurée à ce moment, au départ dans le souci de mieux rendre la justice mais ses dérapages conduiront aux abus, à la torture. Par ailleurs la justice civile se modifiait. Le tribunal royal s'affirma sous le règne de Saint Louis, tout sujet pouvait désormais faire appel à son Parlement d'un jugement seigneurial. 

Le plus souvent, l'emprunteur allait le trouver dans sa demeure. Tous deux convenaient de la somme, de la durée du prêt, des gages et du taux d'intérêt. Les prêteurs ne se regroupaient pas en tant qu'usuriers, mais en tant que marchands et changeurs. Dans toutes les villes, chacun savait fort bien dans quelles rues se rendre pour effectuer un emprunt. Tout le monde, un jour ou l'autre, recourrait aux prêteurs sur gages, le riche et le pauvre, le prince et le prêtre. Il n'existait pas encore de banques, l'usurier en faisait office. L'usure se pratiquait également à la campagne, dans les villages. 

Contrairement à ce que l'on imagine, l'usurier est toujours un gagne-petit, principalement lorsqu'il est juif, mais ce constat vaut également pour les chrétiens, et ce jusqu'à une époque très récente (gardons-nous de considérer l'usurier comme un personnage typiquement médiéval. Cela n'empêche pas l'usure d'être un fléau et de réduire des familles entières au désespoir. Telle un chancre, l'usure rongeait la société médiévale. 

Durant des siècles la faiblesse des échanges commerciaux ne suscita aucun besoin d'investissement économique, et l'on recourait au prêt à intérêt pour les besoins de la vie quotidienne, les sommes restaient minimes Le réveil du commerce international, l'essor urbain s'accompagnèrent d'une diffusion croissante de l'argent. Les paysans qui jadis n'en voyaient pratiquement jamais de leur vie en utilisaient désormais presque tous les jours. La France médiévale, comme beaucoup de sociétés anciennes, s'est beaucoup endettée, les besoins croissants de la population firent apparaître l'ébauche d'une société de consommation, et la demande d'argent accrut la pratique de l'usure.

Les usuriers diversifiaient leurs activités, ils étaient généralement marchands et pratiquaient le prêt à intérêt comme source de revenu supplémentaire. Le commerce à long rayon d'action présentait des risques (naufrages ou attaque des bateaux, des caravanes de marchands) et le marchand se garantissait, avec la pratique de l'usure, un secteur de gins plus sûrs (car il prêtait sur gages). Au début du XIII siècle, les ordres mendiants (principalement les Franciscains et les Dominicains), apôtres de la pauvreté évangélique, se constituèrent en réaction à cette invasion d'argent et de richesses. Ils pourfendaient la cupidité, saint François d'Assise préconisait à ses frères de ne pas porter plus de considération aux pièces de monnaie qu'aux cailloux des chemins. L'argent est donc, au XIII siècle, un problème économique, social et religieux. L’Eglise mena contre les usuriers une campagne spectaculaire, en particulier par le biais des images. Les sculptures figurent souvent un usurier portant au cou une bourse dont le poids l'entraîne vers les profondeurs de l'enfer. Les prêtes, les prédicateurs, commentaient ces représentations aux fidèles. 

Le pouvoir politique n'intervenait pas. Contre l'usurier, personne ne pouvait rien. L'argent échappait aux règlements. Aucune instance n'avait encore institué de mécanismes de contrôle, car on ne comprenait pas bien le fonctionnement des lois de l'économie, l'expérience du développement était trop récente. Sous Saint Louis, on commençait tout juste à poser des bases théoriques, à codifier les choses en posant les notions de juste prix, juste salaire. Mais, le vocabulaire le montre bien, ce sont des notions plus morales que proprement économiques. Cependant les ordres mendiants, en quelque sorte la nouvelle Eglise de la nouvelle société, ont élaboré des règles, adoptées par les tribunaux ecclésiastiques, sur la restitution des biens à la mort de l'usurier.

Du vivant du personnage, nous l'avons vu, personne n'avait prise sur son activité. A son décès en revanche, il était possible d'inventorier ses possessions et de rendre aux débiteurs leurs gages et leur argent (cela ne pouvait s'appliquer de manière systématique, notamment pour les créances très anciennes ou celles dont les débiteurs étaient morts). Mais cette mesure soulevait une question : en punissant post mortem le pécheur l’Eglise infligeait une peine injuste à la veuve et aux enfants. 

Le prêt à intérêt s'apparentait au vol, l'usurier s'enrichissait en dormant, en vendant du temps, or le temps n'appartient qu'à Dieu. Sur le chantier du progrès humain, il faisait figure de déserteur. 

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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 07:19
Le Caroubier.




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Le caroubier (Ceratonia siliqua) est un arbre de la famille des légumineuses, cultivé essentiellement dans le bassin méditerranéen. La caroube, est le fruit du caroubier. L'algarve, au portugal, est parsemé de caroubiers.

Cet arbre, cultivé depuis l'antiquité, a une propriété mathématique extraordinaire, qui a longtemps servi aux hommes.
En effet, les gousses des caroubes, à l'état mûr, contiennent des graines ( noyaux) de couleur marron, dont la forme et le poids, sont d'une étonnante régularité.

Du fait de cette constance dans le poids, on a utilisé les graines de la caroube en tant qu'unité de mesure.


Le carat est né ! Le mot "carat" est donc né ! Les graines de caroube ont donné le nom au carat (du grec kération). Un carat correspondait donc au poids d'une graine de caroube. ( 1 carat = 200mg ). Le poids des pierres précieuses s'est donc exprimé en carats. Au vu du poids étonnamment constant de ces graines, elles servaient donc de base, et furent longtemps utilisées dans le commerce de pierres précieuses et de diamants.






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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 08:42
Outils et techniques du chantier.




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Représentant à la fois le bureau d'études d'ingénierie, le coordinateur tous corps d'état et le conducteur de chantier, le constructeur du XIIIe siècle devait, en particulier, mettre au point les engins nécessaires à l'équipement du chantier.
On retrouve souvent sur des dessins, des peintures, des miniatures ou des bas-reliefs du Moyen Âge, les engins de levage ainsi que les instruments utilisés sur les chantiers du temps de Villard : le compas, l'équerre, la règle, le cordeau, le niveau, ou les "moles".



Engins de levage.

Les constructeurs gothiques utilisaient des machines pour soulever bois et pierres. Les plus puissantes étaient composées d'une grande roue en "cage d'écureuil" mue par des hommes se déplaçant à l'intérieur de celle-ci. Parmi tous les dispositifs mécaniques qu'il a imaginés, Villard nous a légué les dessins d'une machine élévatoire.


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Le compas.

Les compas utilisés du temps de Villard sont de plusieurs types.
Villard a figuré dans son Carnet un compas à secteur dans lequel le quart de cercle, fixé sur l'une des branches, coulisse à travers l'autre branche ce qui permet à la fois le blocage du compas sur certaines positions d'ouverture et l'utilisation de graduations gravées sur le secteur courbe pour retrouver angles et proportions.
Les compas à branches articulées se faisaient de diverses dimensions, avec ou sans "secteur" et en général sur le chantier, à pointes sèches, facteur de précision. Sur le chantier, l'architecte en compagnie de son aide, l'appareilleur, utilisait un très grand compas pour reporter, grandeur nature, les tracés des projets sur les pierres.


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L'équerre.

Pour l'ouvrier de l'époque de Villard, l'équerre est le gabarit d'un angle droit. L'équerre de Villard présente, comme certaines équerres qu'on trouve sur des bas-reliefs, la particularité que les angles droits qui sont de part et d'autre des branches ont leurs côtés non parallèles. Cette légère convergence a donné lieu à diverses hypothèses. Les deux branches d'une équerre pouvaient comporter des repères gravés permettant de tracer des angles particuliers ou des rapports utiles (côté du carré et sa diagonale, proportion dorée, angles correspondant à différentes figures).
Sur un vitrail de la cathédrale de Chartres, qui représente les outils des maçons et des tailleurs de pierre, on voit une curieuse équerre dont l'une des branches est courbe, la tangente à la courbe au raccordement avec la branche droite étant perpendiculaire à cette branche. C'est en somme un gabarit adapté à une courbe donnée, et qui permet, à partir d'un rayon, c'est-à-dire d'un joint entre deux claveaux, de tracer la courbe de l'intrados de l'arc.


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La règle.

La virga, ou latte à mesurer, était un instrument de mesure simplificateur par définition.
Étalon de longueur sur le chantier, il répondait à la fois à une économie de matière, à une commodité de manipulation, à un moindre encombrement à l'atelier et sur le chantier ainsi qu'à une facilité d'accession qui ne nécessitait pas obligatoirement de savoir lire. Il pouvait notamment permettre de réaliser une opération d'implantation au sol.
La virga est parfois représentée, sur certaines miniatures, entre les mains de l'architecte comme une baguette de chef d'orchestre.
À une époque où les mesures variaient d'une province à l'autre et même d'une ville à l'autre, et où chaque ouvrier n'avait pas, comme aujourd'hui, son mètre pliant ou roulant dans la poche de sa cotte, la virga était la mesure propre à chaque maître d'œuvre et l'insigne de son commandement.


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Le cordeau.

Le cordeau est l'outil simple et pratique sur tout chantier. Lesté, il sert de fil à plomb et définit la verticale, s'il n'y a pas de vent...
Il sert aussi à tracer des rayons convergeant sur un centre et permettait de tracer les joints d'un arc à partir du centre.
Le cordeau peut aussi permettre de tracer, sur le terrain ou l'aire de traçage, des cercles de n'importe quelle dimension. Il peut matérialiser des droites et reste d'usage courant sur les chantiers pour marquer les axes principaux ou les parements des murs. On pouvait aussi en principe, mais de façon plus approximative en pratique, trouver le centre d'un arc en prolongeant avec un cordeau les joints d'un claveau, ou d'un voussoir.
Villard montre comment en enroulant un cordeau autour d'un cylindre, sur lequel des points ont été régulièrement disposés le long de génératrices, on peut tracer une hélice, pour tailler une vis.



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Le niveau.

Le niveau, parfois combiné avec l'équerre, servait à vérifier les aplombs.
Au XIIIe siècle, les constructeurs n'ont à leur disposition que différentes formes de niveau à plomb.
L'archipendule servait de niveau et d'équerre et pouvait aussi être utilisée pour mesurer des pentes grâce à des repères sur la traverse.
Villard montre en plusieurs endroits une sorte de niveau-règle.
Lorsqu'il parle de "plomb", il peut désigner le plomb du niveau qui permet de mettre cet instrument horizontal ou vertical en modifiant le point d'attache du fil. En général, d'ailleurs, les deux termes "sans plomb et sans niveau" sont couplés.



Les "moles".

Exécutés en métal ou en bois, les "moles" étaient des modèles (des "patrons" au sens où l'entendent les tailleurs d'habits) des différentes faces des pierres. Ce mot désignait aussi les gabarits qui indiquent la section et les profils des moulures, des nervures, des bandeaux, des saillants, des colonnes et piliers de toute espèce. Plaques découpées de faible épaisseur, sur le modèle duquel on taillait le profil et qu'on faisait courir sur toute la longueur de l'élément profilé pour en vérifier la conformité, ces gabarits pouvaient êtres utilisés pour des éléments courbes.
Ces modèles, grandeur nature, étaient encombrants et onéreux mais permettaient l'exécution à distance, sur le lieu où l'on taillait les pierres. Pour réduire la dépense et faciliter le travail, tant de ceux qui les dessinaient et les découpaient que de ceux qui les utilisaient pour tailler la pierre, il fallait réduire autant que possible le nombre de modèles différents. Ainsi les constructeurs étaient-ils amenés à rechercher la standardisation des pierres.
À plusieurs reprises reviennent dans le carnet de Villard de Honnecourt des expressions telles que sans mole (sans modèle), sans niveau, sans plomb, comme si l'un des soucis des architectes du XIIIe siècle avait été, chaque fois que possible, de se passer de ces moyens qui intervenaient dans l'exécution. Les erreurs possibles d'un nivellement exécuté de proche en proche, avec un niveau de dimensions réduites, ou la difficulté d'utiliser un fil à plomb le long d'une paroi parsemée de saillies expliquent sans doute le souhait de pouvoir se passer parfois de ces instruments. Quant à l'intérêt de se passer de "moles", il réside dans l'économie réalisée, les modèles, reproductions grandeur nature généralement en bois des faces des pierres à tailler, étant onéreux.



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Source BNF.

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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 08:25
Le renouveau du commerce et de l'artisanat.



La révolution commerciale.

Les campagnes produisent des surplus agricoles (essentiellement le vin et les céréales) et artisanaux (le plus souvent textiles) qui sont échangés dans des foires locales, puis acheminés vers des foires plus importantes. Les villes constituent un foyer de demande et d’échanges très actif.


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Vers l’an mil, le grand commerce se limitait au trafic de produits de luxe réservés à une infime minorité de puissants (l’aristocratie foncière) ; en l’espace de trois siècles, il s’est ouvert à des matières premières, des denrées alimentaires et des produits fabriqués devenus indispensables à des groupes sociaux plus larges (la bourgeoisie urbaine). Le terme de “révolution commerciale” n’est pas exagéré pour décrire cette évolution fondamentale pour l’ensemble de la vie économique.



De nouveaux intermédiaires.

Les agents de cette activité se diversifient ; ce ne sont plus quelques spécialistes juifs et italiens, mais des intermédiaires chargés par les seigneurs d’écouler des surplus agricoles, des fils de paysans, des bateliers et des débardeurs prêts à toutes les aventures pour sortir de leur modeste condition. De plus, l’Orient musulman aux grandes villes luxueuses (Bagdad, Alexandrie, Damas) manque de matières premières : bois, fer, étain et main-d’œuvre. Cette demande incite l’Occident à exporter ces produits et des esclaves. Les Italiens prennent la place d’intermédiaires entre l’Orient et l’Occident, en fondant des comptoirs sur tout le pourtour de la Méditerranée et au débouché des voies caravanières.


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Les institutions urbaines.

Quelle que soit la taille de la ville, les habitants ont un sentiment d’appartenance à une communauté originale, qui se traduit par des institutions communales, une religion civique ancrée sur les mêmes fêtes et le culte collectif d’un saint patron qui donne en général son nom à la plus grande église de la ville.



"L'air de la ville rend libre".

Des paysans quittent leur village pour s’installer en ville. Les notions de profit, d’ascension sociale et de liberté, propres à la ville, exercent une attraction certaine sur les paysans plus strictement encadrés dans les contraintes de la seigneurie, lieu de pouvoir et de prélèvement seigneurial. Un proverbe allemand du XVe siècle affirme que “L’air de la ville rend libre”, ce qui explique l’attrait qu’elle exerce sur les paysans étroitement surveillés dans le cadre seigneurial.
En ville, les bourgeois se créent de nouveaux réseaux de solidarité qui s’entremêlent : la paroisse, la confrérie et le métier, où se retrouvent des compagnons de la même profession. Une véritable culture urbaine voit le jour. La fierté citadine s’affiche au travers de la cathédrale et des symboles des institutions communales : le beffroi et le palais communal.


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La constitution des communes.


Les institutions communales sont le fruit d’un compromis, plus ou moins pacifique, entre le seigneur et une conjuration d’habitants pour obtenir des privilèges : droit de se réunir, de délibérer et de juger. Le mouvement d’affranchissement touche les campagnes comme les villes, qui obtiennent, soit par négociation (Bourges en 1181), soit par la violence (Laon, 1111), des “libertés urbaines”. L’emprise des seigneurs sur les villes est limitée, et ces derniers reconnaissent la montée en puissance (économique et politique) des bourgeoisies marchandes et artisanales. Le plus souvent, contre le paiement annuel d’un cens au seigneur, les habitants de la ville échappent aux multiples redevances et services que ce dernier est en droit d’exiger d’eux. L’association jurée des habitants, qui aboutit à la constitution d’une commune, obtient la confirmation écrite de ses usages et coutumes, le droit de choisir en son sein des magistrats, chargés de défendre ses privilèges et d’exercer en son nom une juridiction plus ou moins étendue. Ces franchises urbaines permettent aux marchands, majoritaires dans le mouvement communal, d’échapper aux tracasseries féodales et d’exercer leur métier en toute sécurité. Dans ce sens, ce mouvement prolonge celui de la paix de Dieu, apparu dès la fin du Xe siècle. Dans un premier temps (au XIIe siècle), les Capétiens tolèrent ces franchises urbaines, puis, au cours du XIIIe siècle, ils reprennent en main les villes du royaume (la commune de Laon est cassée par Philippe Auguste dès 1190), exigeant une aide militaire et financière de ces “bonnes villes” placées sous leur protection.



Le temps des marchands.

Il serait anachronique de confondre ce mouvement municipal avec une pré-démocratie urbaine, dans la mesure où il est rapidement confisqué au profit d’une élite constituée de nobles résidant en ville et de grands marchands ou maîtres de métiers les plus prestigieux (merciers, pelletiers).


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Ce nouveau corps politique crée ses propres institutions : conseil d’échevins ou de consuls, dirigé parfois par un magistrat élu pour une année (maire ou bourgmestre). En Italie du Nord et du Centre, ce mouvement aboutit à la création de quasi-républiques urbaines qui imposent durement leur domination aux campagnes environnantes (contado). Ailleurs, le mouvement établit une autonomie très inégale selon les régions et les périodes, en matière de fiscalité, de droit, de défense et d’esprit public. Les monuments emblématiques du mouvement communal sont l’hôtel de ville avec son beffroi, dont les cloches rythment “le temps du marchand” par opposition au “temps de l’Église” (J. Le Goff). Ces institutions produisent leurs propres archives authentifiées par leur sceau et conservées avec le trésor dans la salle du conseil. Des chroniques urbaines transmettent la mémoire propre à la ville. Celle-ci se mobilise dans des grandes cérémonies collectives : processions liturgiques et entrées royales (souvent mises en images) ; on a pu évoquer à ce sujet une véritable “religion civique”.






Source BNF.

 

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