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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 03:39
La bataille de La Forbie.




La bataille de La Forbie, également connue sous le nom de bataille de Harbiyah , s'est déroulée pendant les croisades, les 17 et 18 octobre 1244, près du village de La Forbie au nord-est de Gaza. D'un côté il y a les armées alliées venant du royaume de Jérusalem, des ordres de chevalerie croisés et de troupes venues du territoire de Homs et de la transjordanie tombés sous la domination des Ayyoubides dirigées par Gautier IV de Brienne. En face il y a l'armée égyptienne du sultan As-Salîh Ayyûb, renforcée par des mercenaires Khorezmiens dirigés par le MameloukBaybars. La bataille voit la victoire de Baybars.








Prélude.

La capture de Jérusalem par les Khorezmiens en août 1244 déclenche les hostilités entre les Chrétiens et les états Musulmans. Al-Mansur, l'émir de Homs et An-Nasir Dawud, régnants sur la Transjordanie, se sont alliés aux Templiers, aux Hospitaliers, aux chevaliers Teutoniques, et aux forces restantes du royaume de Jérusalem pour affronter le sultanat Ayyoubide d’Égypte.

Les deux armées se sont rencontrées près de La Forbie, un petit village au nord-est de Gaza. Du côté allié, Al-Mansur commandait une cavalerie d'environ 2 000 hommes et un détachement des troupes de Damas. En dépit de la présence de Philippe de Montfort, le commandement en chef des forces chrétiennes fut donné à Gautier IV de Brienne, comte de Jaffa et d’Ascalon : environ 1 000 cavaliers et 6 000 fantassins. Les forces alliées transjordaniennes étaient constituées d’environ 2 000 cavaliers bédouins sous les ordres de Sunqur az-Zahiri. L'armée égyptienne, en nombre légèrement inférieur, était commandée par le jeune émir Baybars futur sultan d'Egypte.

Al-Mansur conseilla à Gautier IV de renforcer le camp et de rester sur la défensive, en attendant que les Khorezmiens, indisciplinés, se dispersent et laissent les Egyptiens avec un handicap considérable. Cependant, Gautier IV, à qui le commandement avait été donné, était peu disposé à attendre les Egyptiens, surtout avec des forces supérieures. La disposition des forces alliées sur le champ de bataille était comme la suivante : Les Chrétiens sur le flanc droit, près de la côte, l'émir de Homs et les Damascènes au centre, les bédouins d’Al-Mansur sur le flanc gauche.



La bataille.


La bataille débuta le matin du 17 octobre, avec les chevaliers chrétiens chargeant à plusieurs reprises les Egyptiens. Malgré ces tentatives pour briser leurs rangs, les Egyptiens tinrent leur position. Au matin du 18 octobre, Baybars envoya ses Khorezmiens contre les Damascènes. Le centre des troupes alliées fut brisé et les Khorezmiens s'attaquèrent au flanc gauche, formé par les cavaliers bédouins. Seul 280 cavaliers et Al-Mansur survécurent au massacre. Menacés par les Egyptiens au centre et par les Khorezmiens sur leur flanc, les chrétiens ont chargé en vain. Plus de 5 000 d'entre eux périrent, et 800 furent faits prisonniers, dont Gautier de Brienne, et Guillaume de Chateauneuf, grand-maître des Hospitaliers. Des troupes de chevaliers des ordres, seulement 33 Templiers, 27 Hospitaliers, et 3 chevaliers Teutoniques survécurent. Philippe de Montfort et le patriarche de Jérusalem réussirent, quant à eux, à fuir à Ascalon, tandis qu’Armand de Périgord, l'évêque de Lydda et Ramla, Jean et Guillaume les fils de Bohémond d'Antioche, étaient tués.




Conséquences.


Le royaume de Jérusalem a souffert des conséquences de la défaite de la bataille de La Forbie. Depuis la bataille de Hattin aucune armée aussi nombreuse n' avait été envoyé en guerre. Malgré cette victoire, le succès des Ayyoubides n' a pas duré. Les Khorezmiens ont été défaits aux alentours de Homs par Al-Mansur en 1246, et grâce au soulèvement des sultans Mamelouks, Baybars commença son règne sur l'Égypte en 1260 et transforma le royaume de Jérusalem affaiblit en une petite bande côtière. La bataille de La Forbie marque ainsi l’effondrement de la puissance Chrétienne au Proche-Orient.

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Jehanne - dans Les Batailles
14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 07:27
La bataille de Courtrai (11 juillet 1302).




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Le contexte historique.

A la fin du XIIIème siècle, le comte de Flandre Guy de Dampierre, rencontrant la double hostilité du patriciat des villes flamandes et du roi de France, Philippe le Bel, choisit de s'appuyer sur l'élément populaire des villes, les gens de métiers, et de faire alliance avec Edouard 1er, roi d'Angleterre, lui-même en conflit avec Philippe le Bel .



Les prémices.

Le 9 Janvier 1297, Gui de Dampierre, Comte de Flandre, las de l'attitude de Philippe le Bel qui ne cesse de rabaisser son autorité, lui fait envoyer son défi par les abbés de Gemblours et de Floreffe, deux jours après avois signé le traité d'alliance avec le roi d'Angleterre. Six mois plus tard, l'armée française, commandée par Charles de Valois, entre dans Lille.
Puis, ce sont les villes de Courtrai, Ypres, Béthune, Cassel, puis Furnes qui leur ouvrent leurs portes ; Guy de Dampierre et Edouard d'Angleterre se réfugient à Gand, et ce dernier finit par signer une trêve de deux ans avec Philippe le Bel, sans même s'être concerté avec son allié le Comte de Flandre.

Début 1300, à la fin de la trêve, Charles de Valois s'empare de Douai, et quelques temps après parait devant Bruges et prends toute la Flandre. Sur ses conseils, Guy de Dampierre va à Paris demander pardon à Philippe le Bel ... qui l'emprisonne. Cette arrestation provoque la rédition de nombreuses villes ...
La Flandre est annexée de fait au royaume de France, et Philippe le Bel décide de visiter sa nouvelle conquête. Ce voyage se fait durant les mois de Mai-Juin 1301, et le 29 Mai, le cortège se trouve à Bruges, où l'accueil des flamands est plutôt réservé.



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A peine le roi et sa suite ont ils quitté la ville qu'un tisserand nommé Pierre de Coninck harangue la foule et accuse les échevins brugeois de pactiser avec les français. Il est arrété, mais la foule le libère aussitot. Jacques de Saint-Pol, gouverneur de Flandre, vient alors au secours des "léliaerts" (partisans français), et après négociations autorise les émeutiers à quitter la ville.
Il commet par contre la maladresse de supprimer les droits et libertés de Bruges. Tout le peuple se soulève alors ; Pierre de Coninck revient à Bruges et fait cesser les travaux de démolition des remparts commandés par Saint-Pol. Les fils de Guy de Dampierre, Jean de Namur et son frère Guy ainsi que leur neveu Guillaume de Juliers sont appelés ...

La résistance flamande s'organise. Mais, l'armée française se rassemblait déjà à Arras pour dompter l'orgueil flamand. Les bourgeois de Bruges pris de panique refusent alors l'entrée dans leur ville de Guillaume de Juliers et de Pierre de Coninck, et ouvrent leurs portes à Saint-Pol et son armée. Celui-ci déclare ne vouloir châtier que les fauteurs de trouble, mais sa monumentale escorte effraie les brugeois qui, secrètement refont appel à Pierre de Coninck et à ses partisans.



Les matines de Bruges (18 Mai 1302).


Les partisans de Pierre de Coninck reviennent pendant la nuit et entrent dans la ville. Les français sont alors tirés de leurs lits et tués sauvagement ; quartier par quartier, maison par maison, l'extermination se propage ... A la pique du jour, Saint-Pol arrive à fuir avec une poignée de survivants ; 200 français sont morts.

Cet événement stimule les flamands, et la révolte gronde à nouveau. Bientôt, Ypres, Furnes, puis Bergues reconnaissent l'autorité de Guillaume de Juliers. Il met le siège devant Cassel alors que Gui de Namur établit le sien devant Courtrai.
Robert d'Artois, qui vient d'arriver à Arras avec l'armée française, donne rendez vous au connétable de Nesle pour tenter de sauver le châtelain de Lens, occupé à défendre Courtrai. Le siège de Cassel est alors levé, et Guillaume de Juliers fonce vers Courtrai pour unir ses forces à celles de Gui de Namur .



Déroulement de la bataille dite des éperons d'or.


L'armée flamande se compose de toutes les milices communales, entourées de quelques chevaliers et écuyers, qui répondent, eux aussi, à l'appel de la patrie. Elle s'est positionnée sur un plateau dominant la plaine de Groeninghe, bordé par la Lys, les douves du château et des marécages.



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L'armée française, quant à elle, a établi son camp sur la colline de Mossemberg ; sa supériorité numérique est indéniable, 10 000 “armures de fer” (à cheval), 10 000 arbalétriers, plus les gens de pied. Les français, méprisants, sont surs de ne faire qu'une bouchée de cette armée de tisserands, foulons et autres drapiers.

Le matin du 11 Juillet 1302, les français se rangent en bataille sur la route de Tournai.
Ce ne sont pas moins de dix batailles qui se forment, chacunes d'elles étant commandées par un grand seigneur ; le connétable Raoul de Nesle, le Comte d'Aumale, le Comte d'Eu et biens d'autres encore.
Quand à Guy de Namur et Guillaume de Juliers, ils rangent leur armée en forme de croissant derrière un ruisseau bien connu par Robert d'Artois, qui a vécu à Courtrai dans son enfance.

Puis, les français se regroupent en trois corps ; l'un est commandé par Robert d'Artois, le second par le connétable et le troisième par le Comte de Saint-Pol. Ce sont les arbalétriers qui engagent le combat, et avec tant de violence que les arbalétriers flamands reculent. Alors, les piétons Français commencent à avancer.

Robert d'Artois voyant cela lance alors la chevalerie, commandée par le connétable, alors qu'au même moment, le châtelain de Lens, toujours enfermé dans la forteresse de Courtrai fait une sortie.

Les flamands tiennent. Les français s'embourbent, et sont tués le connétable de Nesle, Jacques de Chatillon, frère du Comte de Saint-Pol et le garde des sceaux Pierre Flote. Ne distinguant pas trop ce qui se passe, Robert d'Artois lance ses chevaliers ... droit vers les fossés flamands.

A peine les chevaux basculent-ils que les chevaliers sont tués, sans même pouvoir se relever. Robert d'Artois a beau se rendre, il est tué par les flamands, de même que son escadron et celui du connétable. Le Comte de Saint-Pol, voyant cette écrasante défaite, tourne bride avec sa bataille encore intacte, et fonce vers le royaume de France pour y trouver refuge.


Reste aux flamands de poursuivre les fuyards et de les massacrer ... Sur la plaine du Groeninghe, ils ramassent par milliers les épées, lances, écus, bannières. Les éperons et bannières des chevaliers français sont ramassés et posés en l'église Notre Dame deGroeninghe , des murs entiers en sont couverts.
La bataille aux éperons d'or est terminée, les pertes françaises sont considérables : peut être la moitié des présent trouvèrent-ils la mort, y compris quatres comtes (Artois, Aumale, Eu, Grandpré). Le châtelain de Lens et la garnison du château de Courtray du se rendre, suivi par presque toutes les garnisons françaises installées en Flandres.
Philippe le Bel n'a plus ni armée ni trésor ... il devra attendre le 18 Août 1304 et la bataille de Mons en pevèle avant de pouvoir prendre sa revanche et rétablir son honneur.


Une anecdote historique.

Les vainqueurs ramassèrent sur le champ de bataille quelque 500 éperons d'or appartenant aux chevaliers français tombés au combat. Ceux-ci furent offerts à l'église Notre-Dame de Courtray où ils furent exposés, des murs entiers en furent couverts.




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Jehanne - dans Les Batailles
18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 09:15
La bataille de Bouvines.





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Tout a commencé avec la victoire de Guillaume le Conquérant à Hastings en 1066. Un duc de Normandie, vassal du roi de France, devenait roi d'Angleterre, ce qui allait compliquer singulièrement les relations politiques entre les deux nations.

Lorsque Philippe Auguste devient roi, en 1180, il a pour vassal Henri II Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, fils de Geoffroy, gendre de Henri 1er, descendant de Guillaume le Conquérant. A ce titre, le Plantagenêt est donc également duc de Normandie et roi d'Angleterre.

Par son épouse, Aliénor d'Aquitaine, ex-reine de France, il exerce de surcroît son influence sur le puissant duché d'Aquitaine. Enfin, en 1169, il a uni son fils Geoffroy à Constance, fille du comte de Bretagne.

Au total, Henri II étend donc son pouvoir sur un territoire voisin de trente-cinq départements français, allant de la Normandie à l'Aquitaine.

Dans le même temps, le domaine royal de Philippe Auguste excède à peine Paris et sa périphérie. Le Capétien n'aura donc de cesse de combattre les Plantagenêt pour reconquérir les fiefs continentaux perdus : Henri II d'abord, puis Richard Cœur de Lion, et Jean sans Terre, enfin, dont il décimera les armées en 1214, à la Roche-aux-Moines et à Bouvines.



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1213 - Jean sans Terre est parvenu à former une coalition contre Philippe Auguste, avec son neveu Otton IV, empereur d'Allemagne, le comte de Flandre Ferdinand de Portugal dit "Ferrand", le comte de Boulogne Renaud de Dammartin, le duc de Brabant Henri de Louvain, le duc de Lorraine, et le comte de Frise Guillaume le Velu.

Lors des fêtes de Noël, il reçoit les leaders de la coalition et leur expose son plan :

- Dans un premier temps, les Anglais débarqueraient à la Rochelle et remonteraient vers Paris, afin d'attirer le Capétien au sud.

- Cela fait, Otton aurait le champ libre pour attaquer la capitale par le Nord.

L'armée capétienne serait ainsi prise en étau. Le plan est jugé excellent et on s'abandonne aux libations, en se partageant déjà le futur domaine conquis.



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Le 16 février 1214, Jean sans Terre débarque à la Rochelle. Informé de ce débarquement, Philippe Auguste descend aussi vite jusque Châtellerault, accompagné de son fils Louis. Le roi Jean amorce alors une manœuvre de repli, espérant bien attirer le Capétien au plus loin de la capitale.

Mais Philippe Auguste, surnommé "prudent et sage", flaire le piège et s'arrête à Chinon. Apprenant que l'empereur s'apprête à l'attaquer par le nord, il scinde son armée en deux : Louis reste sur la Loire et lui-même remonte jusque Péronne en Picardie, où il lance un appel aux communes pour qu'elles lui fournissent des troupes.

Pendant ce temps, Jean monte une nouvelle fois vers Paris, mais préfère assiéger la forteresse de la Roche aux Moines, plutôt que de l'éviter pour marcher sur la capitale. Il craint de se faire couper toute voie de repli, en cas d'échec devant Paris.

La forteresse, commandée par le sénéchal d'Anjou Guillaume des Roches, ne cède pas et lorsque Louis arrive de Chinon, Jean sans Terre s'enfuit en laissant sur place ses machines de guerre. Nous sommes le 2 juillet 1214.

De retour à la Rochelle, le roi d'Angleterre enjoint l'empereur Otton de lancer son attaque.



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L'affrontement décisif, entre le roi et l'empereur, se déroulera le 27 juillet 1214. Il entrera dans l'histoire sous le nom de "bataille de Bouvines", alors qu'il se déroula, en réalité, sur le plateau de Cysoing.

Il faut y voir, sans doute, une référence au pont de Bouvines et à la chapelle Saint-Pierre où pria le roi, avant la bataille.



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Venue d'Aix la Chapelle, la coalition stationne à Valenciennes. Apprenant sa présence, Philippe Auguste quitte Péronne et fait route vers Douai, le mercredi 23 juillet 1214.

Puis, au lieu de fondre sur ses adversaires, il bifurque subitement au nord, passe le pont de Bouvines le vendredi, et fait halte à Tournai le samedi 26 juillet. Son intention est de contourner la coalition adversaires pour l'attaquer par surprise.

Mais, ainsi que le dit le chapelain du roi Guillaume le Breton, Otton est informé de ce mouvement par un espion ; il déplace son armée à Mortagne, anticipant ainsi l'attaque du Capétien.



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Le soir du Samedi 26 juillet 1214, le roi tient conseil pour décider de la stratégie à adopter, face à la montée de la coalition à Mortagne. Trois plans sont débattus : attaquer Mortagne, rester à Tournai pour y soutenir un siège ou repasser en France, pour choisir un lieu d'affrontement plus favorable.

Durant les débats, Girard la Truie propose au roi de simuler un repli dans la panique, pour attirer l'adversaire sur le plateau de Cysoing, lieu propice à un combat de chevalerie.



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Après avoir parcouru double distance (env. 25 kms, contre 13 pour l'armée capétienne), la coalition rattrape Philippe Auguste vers midi. Cette dernière avançait donc lentement, alors que l'Anonyme de Béthune parlait d'un départ dans la précipitation. Là encore, l'assertion d'un piège se confirme.

Les chroniqueurs le disent d'ailleurs qu'Otton exprima vivement sa surprise de se trouver face à l'armée capétienne, alors qu'il la croyait en fuite. 

Quittant la voie romaine, pour remonter d'abord au nord (septentrion), l'empereur se positionne ensuite face au soleil, ainsi qu'en témoigne la Chronique de Saint-Denis : "ils s'arrêtèrent par devers septentrion en telle manière qu'ils eurent la lueur du soleil droitement aux yeux", "Le roi ordonna ses batailles ... par devers le midi, front à front, en telle manière que les Français avaient le soleil aux épaules. (voir "Dimanche de Bouvines" de G.Duby). Rappelons que le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest.

Les deux armées occupent le terrain selon le plan ci-contre. Du côté droit du roi et du côté de Ferrand, il n'y a pas de fantassins. Ce front-là est celui de chevalerie : l'objectif est de repousser l'autre vers les marais.

On notera que les deux évêques présents ne prennent pas part aux combats : le frère Guérin commande le flanc droit capétien et Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, se voit confier la garde du pont avec les quatre cents sergents massiers, composant la garde personnelle de Philippe Auguste.

Les milices communales, qui stationnent au campement situé au hameau de l'Hôtellerie, repassent le pont à grandes enjambées, pour rejoindre le reste de l'armée. Nous sommes en début d'après-midi (soleil aux épaules).



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Bien que l'armée coalisée soit trois fois supérieure en nombre, comme le dit  Guillaume le Breton, les plus nombreux tardent à prendre l'initiative du combat.

Guérin, las d'attendre, ordonne alors à cent cinquante sergents soissonnais de charger les chevaliers flamands.

Ces derniers ne bougent pas, se refusant à croiser la lance avec des roturiers, fussent-ils bourgeois. Ils se contentent de les attendre, lances baissées.



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Le sacrifice des soissonnais n'est, toutefois, pas vain : l'empereur donne aussitôt l'ordre d'attaque et leur stratégie apparaît d'emblée aux yeux des Français.

Les fantassins précédant l'empereur forment un coin dont la pointe désigne la Maison royale, tandis que les contingents des comtes Ferrand et Renaud de Dammartin, délaissent les adversaires qui leur font face, pour converger vers le roi.

L'objectif est clair : on veut tuer le Capétien au plus vite, pour disperser l'armée capétienne.



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Le premier instant de surprise passé, les capétiens lancent leur contre-offensive. Robert de Dreux intercepte la charge de Renaud, tandis que les chevaliers champenois et ceux de Montmorency se lancent au devant des flamands de Ferrand. Eustache de Maline crie "Mort aux Français!", ce qui lui vaudra d'être tué par le châtelain de Cassel, Michel de Harnes. Un autre chevalier, Jean Buridan de Furnes s'époumone : "Que chacun pense à sa belle!"

En face, d'autres cris fusent de toutes parts : "Mont joie Saint-André!" (Bourgogne) "Dieu aide!" (Montmorency) "A moi, Melun!" ....

Sur les ailes, les picards du comte de Ponthieu chargent les Anglais de Salisbury, pendant que Bourgogne, Saint-Pol, Melun et Beaumont croisent le fer avec les hennuyers (Hainaut) et les frisons (Pays Bas).

Au centre, les milices communales continuent d'arriver, se faufilant entre les chevaux pour gagner les premiers rangs, alors qu'en face, le coin saxon s'apprête à percer leurs lignes.

Le choc est brutal, sans merci.



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Gautier de Châtillon, comte de Saint-Pol (sur Ternoise) trempe le cuilleron d'une louche dans un muids d'eau, en observant le front qui lui fait face. Soudain, il constate que l'attaque convergente des coalisés a créé une brèche dans le front flamand. Il en réfère aussitôt au frère Guérin, lequel lui donne l'ordre de tenter une percée, afin de prendre les flamands à revers.

Saint-Pol s'entoure des siens, disposés en herse, et, lance en dehors, tous foncent vers l'ouverture, avec le seul souci de traverser les lignes adverses, sans chercher le combat.



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Bousculés par cette pointe capétienne, qui pénètre subitement leurs rangs, les Flamands ne parviennent guère à en réfréner l'assaut : chevaliers, écuyers, et sergents sont projetés à terre par dizaines.

L'effet de surprise joue pleinement et Saint-Pol atteint son objectif. Il fait alors demi-tour et frappe, sans vergogne, les chevaliers flamands, dans l'incapacité de se retourner, tant la presse est grande.



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Le succès de la manœuvre de Saint-Pol est tel que le frère Guérin ordonne au duc de Bourgogne et aux autres commandants d'adopter semblable stratégie.

Peu de temps après, les hommes de fer du Capétien labourent inexorablement les échelles flamandes, semant la mort sur leur passage.

Ils font tant et si bien qu'après trois heures de combat, les frères Hugues et Jean de Mareuil et Gilles d'Athies finissent par se saisir du comte de Flandre. Blessé, épuisé, le surcot en lambeaux, le jeune Portugais est ramené vers l'arrière, couvert de chaînes.

Mais si, sur le flanc droit du roi, le combat tourne à l'avantage des capétiens, sur le flanc gauche, le comte Guillaume de Ponthieu, qui s'est imprudemment avancé, fléchit devant Guillaume de Salisbury, demi-frère de Jean sans Terre surnommé "Longue-Epée".



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Ayant pris l'ascendant sur les picards, Guillaume de Salisbury va pouvoir se porter sur le flanc gauche de Robert de Dreux et mettre ainsi en danger la Maison royale, laquelle subit déjà fortement la presse des fantassins et chevaliers saxons.

Alors l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, décide de désobéir aux ordres du roi, en abandonnant la garde du pont. A la tête des quatre cents sergents massiers, il fonce en direction des Anglais pour secourir son frère.



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Nous arrivons là au tournant de la bataille.

A droite, après la prise de Ferrand, Flamands et Hennuyers se dispersent, permettant ainsi aux chevaliers français de se porter sur le flanc du contingent impérial.

A gauche, avec l'aide de Philippe de Dreux, Ponthieu et Saint-Valery finissent par reprendre l'avantage sur les Anglais.

Au centre, cependant, la situation se dégrade d'instant en instant : le coin saxon traverse les rangs des milices communales, telle l'étrave d'un bateau déchirant la mer. L'un des mercenaires, plus sournois que les autres, parvient même à se glisser derrière le roi, et à l'alpaguer à la hauteur du cou, avec son godendart (pique munie d'une pointe et d'un crochet). Aussitôt, quatre autres ribauds viennent lui prêter main forte et le pire survient : happés par les uns, bousculés par les autres, le roi et son destrier s'écrasent lourdement sur le sol rougi de sang. 

Galon de Montigny agite désespérément l'oriflamme Saint-Denis, pour appeler la Maison royale au secours. De l'autre main, il frappe sans relâche les assaillants, tandis qu'il vient placer son destrier en rempart devant le roi. Au même instant, le chevalier Pierre Tristan met pied à terre et interdit aux fantassins de s'approcher ... ce qu'il paiera de sa vie. Et partout, on crie : "Secorance au roi! Secorance au roi!"



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Les appels de la désespérance sont enfin entendus : Guillaume des Barres et ceux de la Maison royale rompent le combat avec les chevaliers saxons, font demi-tour et se portent au secours de Philippe Auguste. D'emblée, la furie française frappe les dos qui s'offrent à elle et jonche le sol de cadavres saxons. In extremis, on parvient ainsi à sauver le roi, qui aussitôt se remet en selle et fonce sur l'empereur, avec une haine féroce.

Pendant ce temps, à gauche, Philippe de Dreux est parvenu à la hauteur de Salisbury. Prompt comme l'éclair, il évite un coup d'épée et lorsque l'Anglais, entraîné par le poids de son arme, tente de se relever, l'évêque lui administre un magistral coup de plommée sur le crâne. Salisbury mord la poussière et, avec sa chute, l'espoir d'une victoire sur le flanc gauche s'efface. Mercenaires et soldats fuient par centaines.

Ce revirement de situation face aux Anglais met en difficulté Renaud de Dammartin, qui subit toujours les assauts de Robert de Dreux et de Pierre de Courtenay. Déterminé à combattre jusqu'à la fin, il s'entoure alors d'un triple rang de fantassins, formant une forteresse de chair et de piques. De temps à autre, l'enceinte s'ouvre et Renaud et les siens chargent leurs adversaires. Puis, lorsque la fatigue se fait sentir, ils reviennent prendre leur souffle au centre du cerne.



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Alors qu'Anglais, Flamands, Hennuyers, Frisons et Brabançons fuient le champ de bataille, l'empereur subit, à son tour, la foudre capétienne. Girard la Truie, parvenu jusqu'à lui, lui assène un coup de dague à la hauteur du cœur. La lame rebondit sur la maille ; alors Girard frappe derechef. Cette fois, elle vient se loger dans l'œil du destrier impérial qui, en se cabrant, vient de croiser sa trajectoire.

L'animal blessé s'effondre et Otton n'a que le temps de sauter sur un autre destrier, que vient de lui laisser l'un des siens. Mais, sitôt en selle, celui qui se place au-dessus des rois préfère se laisser porter par les ailes de la peur, plutôt que par celles de la victoire ; il s'enfuit sans demander son reste.

Dans son sillage, Guillaume des Barres parvient un instant à le rattraper mais, alors qu'il s'apprête à le frapper de l'épée, son destrier est abattu par un chevalier saxon. Ployant sous le nombre, le Barrois ne devra la vie qu'à l'intervention de Thomas de Saint-Valery, venu du flanc gauche avec cinquante chevaliers de son fief.



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Otton en fuite, Salisbury et Ferrand pris, il ne reste désormais que le comte de Boulogne, Renaud de Dammartin, pour tenir tête au Capétien.

Mais, ployant sous le nombre, son triple cerne de fantassins est rapidement balayé, tel fétu sous le vent.

Alors, dans une charge désespérée, une vanité folle, Renaud se lance au grand galop en direction du roi. Le sergent Pierre de la Tournelle, combattant désormais à pied, a compris le but de cette opération suicide. Lorsque Renaud arrive à sa hauteur, il porte un violent coup de dague au flanc de son destrier. L'animal s'effondre et Renaud reste coincé sous ce dernier agonisant.

Plusieurs chevaliers se disputent si belle proie et personne ne prend garde au serviteur de Guérin, Cornut, qui tente de trancher la gorge du comte. Heureusement pour ce dernier, Guérin arrêtera son geste et Renaud sera présenté à son ami d'enfance, le roi Philippe.

Le soir tombe et les trompes d'airain rappellent les soldats éparpillés. Ainsi fut faite la bataille de Bouvines.






Source "j'étais à Bouvines" de
Alain STRECK paru chez L'Harmattan en 1998.

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Jehanne - dans Les Batailles
22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 09:14
La bataille de Patay.



Le contexte historique.

À la fin de 1428, dans les dernières années de la guerre de cent ans, les Anglais et leurs alliés bourguignons occupaient la quasi-totalité du nord de la France jusqu'à la Loire.
Ils s'étaient également emparé de plusieurs places stratégiques le long de la Loire, et Orléans, la dernière grande ville sur ce fleuve, fut assiégée à partir du mois d'octobre (1428).


Battle-of-patay.jpg


Que les Anglais viennent à contrôler toute la vallée de la Loire, et le sud de la France, ultime refuge du “roi de Bourges”, serait mûr pour l'invasion.
Dans les premiers jours de mars 1429, Jeanne d'Arc arriva à Chinon pour y trouver le Dauphin et, après un interrogatoire par les autorités ecclésiastiques à Poitiers, elle rallia un important corps d'armée en route pour libérer Orléans. Cette opération fut couronnée de succès, et la ville fut libérée le 9 mai.

Une fois levé le Siège d'Orléans, les Français reprirent aux Anglais plusieurs forteresses du Val de Loire. Ils prenaient ainsi le contrôle de ponts permettant de poursuivre par une invasion des territoires anglais et bourguignons plus au nord. Presque tout le nord de la Loire était en effet sous domination étrangère, et la victoire française d'Orléans s'était accompagnée de la destruction du seul pont français sur la Loire : les batailles ultérieures leur avaient permis de recouvrer trois ponts.


La campagne de la vallée de la Loire rétablit l'autorité du roi de France sur trois ponts stratégiques franchissant le fleuve. Le pont de Beaugency survit depuis maintenant près de 600 ans à la dernière bataille.La campagne de la vallée de la Loire de 1429 comporta cinq combats : le siège d'Orléans, la bataille de Jargeau, la bataille de Meung-sur-Loire, la bataille de Beaugency, la bataille de Patay.


La bataille de Patay eut lieu le lendemain de la reddition anglaise de Beaugency. Cet ultime combat fut la seule bataille rangée de la campagne de la Loire. Patay peut être mise en parallèle avec la fameuse victoire anglaise d'Azincourt : les Anglais s'en tinrent à leur tactique habituelle, qui leur réussissait systématiquement contre la cavalerie française depuis 83 ans (c'est-à-dire depuis la bataille de Crécy en 1346).


Cette fois, la victoire des Français fut aussi complète que leur défaite à Azincourt avait été catastrophique, et les conséquences du combat furent de portée comparable. À Orléans, les Français avaient prouvé qu'ils pouvaient désormais surpasser leurs adversaires dans l'art des engin de siège. Les batailles de Jargeau, Meung-sur-Loire, et Beaugency n'avaient été que de simples escarmouches. Mais à Patay, l'élite des francs-archers anglais fut décimée, et avec elle toute une armée.


Aucun pays d'Europe n'eut autant recours aux archers que l'Angleterre pendant le Moyen-Âge. Malgré le coût modique du longbow anglais (arc long), l'entraînement intensif des hommes de ce corps d'élite était en réalité extrêmement onéreux, car ces soldats de métier devaient être rémunérés en permanence.

Durant le Moyen Âge, beaucoup d'Anglais s'enrôlaient de façon saisonnière, les campagnes se terminant à peu près à temps pour qu'ils puissent participer aux récoltes d'automne.
Seuls les archers et les chevaliers étaient des soldats de métier, encore que les nobles vissent d'un mauvais œil la présence de ce corps de roturiers, qu'ils considéraient comme une atteinte à leurs privilèges de classe.

Le corps des francs-archers anglais souffrait de deux faiblesses : ces hommes dépourvus d'armure faisaient de piètres défenseurs dans le combat au corps-à-corps, et le besoin d'un entraînement intensif ralentissait le recrutement d'une armée de relève. L'armée française les exploita à partir de 1429.




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La bataille.

A l'annonce de la défaite d'Orléans, une armée de secours anglaise, commandée par Sir John Fastolf, quitta Paris. Les Français avaient exploité leur avantage avec énergie, reprenant coup sur coup trois ponts et obtenant la reddition anglaise à Beaugency la veille de la jonction des troupes de Fastolf.

Les Français savaient qu'ils ne pourraient vaincre leur adversaire en bataille rangée s'il parvenait à réorganiser ses rangs.

Ils opérèrent donc une série de reconnaissances dans l'espoir d'intercepter les Anglais avant qu'ils aient pu terminer leurs préparatifs.

Les Anglais firent eux aussi des reconnaissances avec les troupes laissées en défense à Meung-sur-Loire. Les Français avaient pu s'emparer du pont, mais n'avaient pu prendre le château commandant la ville.


Les troupes vaincues à Beaugency purent rallier la garnison de Meung-sur-Loire. Grâce à leur puissance de trait, les Anglais excellaient depuis des décennies dans les batailles rangées ; on ne connaît pas exactement l'endroit où ils prirent position, mais la tradition attribue cet honneur au petit village de Patay.


John Fastolf, John Talbot et Thomas de Scales commandaient l'armée anglaise.


La tactique défensive habituelle des francs-archers anglais consistait à ficher des épieux taillés en terre devant leurs batteries, ce qui arrêtait les charges de cavalerie et ralentissait suffisamment les progrès de l'infanterie pour leur laisser le temps d'éliminer les assaillants.
Mais à Patay, ces hommes révélèrent leur position avant d'avoir pu se mettre en ordre de bataille : on rapporte qu'un cerf ayant traversé le champ près des lignes anglaises, les archers abattirent l'animal et poussèrent un cri de triomphe qui révéla leur position aux éclaireurs français.

L'avant-garde française d'environ 1 500 hommes, menée par les capitaines La Hire, Ambroise de Loré et Jean Poton de Xaintrailles, attaqua les archers qui se débandèrent rapidement. Tandis que l'élite des archers était taillée en pièce par les piquiers, les chevaliers anglais fuyaient la charge de cavalerie française. Pour la première fois, la tactique française de la charge de cavalerie lourde l'emportait, avec des résultats inattendus.



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Conséquences.

Talbot, Scales et de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf, accompagné d'une petite troupe, parvint à s'enfuir mais fut dès lors disgracié : le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l'Ordre de la Jarretière. Ainsi prit naissance la fâcheuse réputation qui devait faire de lui le prototype du personnage de Falstaff.


Ultime haut fait de la reconquête du Val de Loire, la bataille de Patay décapita pour longtemps l'armée anglaise, qui y perdit ses meilleurs officiers et l'élite de ses archers. Les Français purent escorter Charles VII vers Reims sans avoir à combattre et y firent couronner leur prince, mettant ainsi un terme aux contestations sur la succession au trône de France.



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Une anecdote historique.

Talbot et de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf, accompagné d'une petite troupe, parvint à s'enfuir mais fut dès lors disgracié : le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l'Ordre de la Jarretière.
Ainsi prit naissance la fâcheuse réputation qui devait faire de lui le prototype du personnage de Falstaff.






Source batailles de france.

 

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Jehanne - dans Les Batailles
11 novembre 2007 7 11 /11 /novembre /2007 15:25
La bataille de Crécy.



Le 26 août 1346, l'armée française est taillée en pièces à Crécy-en-Ponthieu, entre Amiens et l'embouchure de la Somme.



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Sus aux Anglais.

Le roi anglais Édouard III, prétendant à la couronne de France, a, six ans plus tôt, anéanti la flotte de son rival, Philippe VI de Valois, dans le port de l'Écluse, en Flandre.

Fort de ce premier succès, l'Anglais réunit un millier de navires dans la rade de Portsmouth et met à la voile pour Bordeaux le 7 juillet 1346. Mais la tempête rejette la flotte sur la côte de Cornouailles et c'est finalement dans le Cotentin, sur la plage de Saint-Vaas-la-Hougue, que débarquent ses 20.000 soldats. Cette armée bouscule sans mal les premières résistances et s'empare de Caen qu'elle met au pillage, capturant le connétable Robert de Brienne et le comte de Tancarville.

Mais le roi de France Philippe VI de Valois ne tarde pas à mobiliser ses troupes. À la tête de 50.000 hommes, il se dispose à aller à la rencontre de l'assaillant.

Édouard III ne se soucie pas de l'attendre. Il traverse la Seine à Poissy, contourne Paris et remonte en direction des Flandres où il bénéficie d'appuis nombreux parmi les habitants des villes.

Le 24 août, l'armée anglaise, sous le commandement du roi Édouard III et de son fils, le futur Prince noir, alors à peine âgé de 15 ans, dresse ses tentes sur la rive droite de la Somme, en bordure de la forêt de Crécy-en-Ponthieu.

Comme arrivent les Français en provenance d'Abbeville, les Anglais s'établissent sur une hauteur et creusent des fossés en prévision des assauts de la cavalerie ennemie.

Le choc survient au matin du samedi 26 août 1346.

Le capitaine Le Moine de Bâle, envoyé en reconnaissance, rapporte au roi de France que les Anglais sont affamés. Ils ne pourront longtemps tenir derrière leurs fossés. La piétaille française est elle-même épuisée par sa marche. La sagesse voudrait que l'on diffère l'attaque... mais la chevalerie française ne l'entend pas de cette oreille.



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Une bataille aux accents modernes.


Du fait de leur infériorité numérique, le roi Édouard III et son fils ne vont pas hésiter à bousculer les règles traditionnelles du combat.

Ce sont d'abord les arbalétriers génois du roi de France qui tirent leurs carreaux. Mais si l'on en croit la chronique, un orage survient, qui détend les cordes des arbalètes et celles-ci perdent une bonne partie de leur efficacité.

C'est au tour des archers anglais de tirer. Ceux-là ont pris soin de protéger leurs arcs dans des sacs pendant l'orage. De leur ligne située en hauteur, ils arrosent de traits les troupes françaises. Le roi anglais et ses chevaliers, en arrière, les laissent tirer sans discontinuer et ne se soucient pas de les déranger.

Les chevaliers français, quant à eux, constatant l'impuissance des arbalétriers génois, les bousculent sans ménagement pour monter eux-mêmes à l'assaut malgré le sol boueux. Ils se montrent sans égards pour leurs propres fantassins, la «ribaudaille», qu'ils n'hésitent pas au besoin à combattre et à tuer ! Mais ces chevaliers se montrent aussi inefficaces. Ils montent à l'assaut des lignes ennemies avec le soleil dans les yeux et sont incapables de répliquer aux flèches des archers.

La journée durant, les coutiliers gallois s'en donnent à coeur joie. Ils coupent les jarrets des chevaux, désarçonnant et égorgeant les orgueilleux chevaliers embarrassés par leurs armures et leurs caparaçons, négligeant de les capturer et d'en tirer rançon.

De nombreux piétons et pas moins de 1500 chevaliers restent sur le terrain. Parmi ces derniers figurent d'illustres noms. En premier lieu le roi de Bohême, Jean de Luxembourg. Le comte de Flandre, les ducs de Lorraine et de Savoie, le comte d'Alençon, frère du roi,... figurent également parmi les morts de Crécy.

Philippe VI lui-même se jette dans la mêlée avec une témérité inconséquente. Il est blessé d'une flèche au visage et voit deux chevaux mourir sous lui. Il ne doit qu'à l'insistance de ses proches de ne pas être pris ou tué. Finalement, il s'enfuit piteusement avec quelques chevaliers et une quarantaine de sergents d'armes.



Une bataille sans lendemain.


Malgré le désastre absolu éprouvé par l'armée française et le roi Philippe VI de Valois, les Anglais négligent de poursuivre leur avantage.

Jugeant ses hommes trop peu nombreux pour poursuivre l'offensive, le roi Édouard III se contente d'installer ses troupes devant Calais. Il s'en empare après un siège harassant de plusieurs mois suivi de l'humiliante reddition de six bourgeois, la corde au cou, devant le roi et la reine. La ville restera aux Angolais pendant deux siècles. Les Français, de leur côté, vont mettre un siècle à tirer les leçons de la défaite. À Poitiers comme à Azincourt, pour les mêmes raisons, ils se feront battre de façon aussi brutale qu'à Crécy.



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Source hérodote.net

 

 




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Jehanne - dans Les Batailles
27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 14:40
La bataille d'Azincourt.



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La bataille d'Azincourt se déroule le 25 octobre 1415 pendant la guerre de Cent Ans. Elle oppose les troupes françaises (entre 25 000 et 45 000 hommes) au contingent anglais fort d'approximativement 10 000 hommes

(entre 6 000 et 15 000, selon les sources). Cette bataille est une défaite importante pour le camp français ; la cavalerie lourde, rendue moins efficace par un terrain boueux et les retranchements anglais, est transpercée par les archers en majorité gallois, équipés de grands arcs (long bows) à très longue portée.

Cette bataille, où la chevalerie française est mise en déroute par des soldats anglais inférieurs en nombre, sera souvent considérée comme la fin de l'ère de la chevalerie et le début de la suprématie des armes à distance sur la mêlée, suprématie qui ne fera que se renforcer par la suite grâce à l'invention des armes à feu. Elle sera, en réaction, une cause majeure de l'épopée de Jeanne d'Arc, puis de l'investissement dans l'artillerie qui deviendra

une spécialité français.



Configuration du terrain et conditions météorologiques.


La bataille a lieu dans la clairière entre le bois d'Azincourt et celui de Tramecourt. Au nord, au pied de la colline et dans des champs fraîchement labourés, se trouve l'armée commandée par Charles Ier d'Albret, connétable de France, qui s'y est placé pour interdire le passage vers Calais aux forces anglaises qui ont mené une campagne sur la Somme. La nuit du 24 octobre se passe sur le terrain pour les deux camps. Une lourde pluie tombe toute la nuit sur les deux armées peu abritées. Le champ de bataille, tout en longueur, est fortement détrempé,
particulièrement côté français, placés dans le bas de la colline où coule un ruisseau et où l'eau a ruisselé toute la nuit.


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Disposition des armées.

Au point du jour, le 25 (la Saint-Crispin), Henri V dispose sa petite armée (environ 1000 chevaliers, 6 000 archers et quelques milliers de fantassins). Il est probable que les trois batailles habituelles aient été placées sur une ligne, chacune avec ses archers sur les flancs et les hommes d'armes démontés occupant le centre ; les archers étant placés en avant dans des avancées en forme de coin, presque exactement comme à la bataille de
Crécy.

Les Français, en revanche, sont groupés sur trois lignes et en masse. Ils sont nettement plus nombreux que les Anglais, mais à Azincourt, ils ne peuvent utiliser la puissance de leur charge. Le terrain boueux fait glisser les chevaux lourdement chargés. Les quatre vagues d'attaque successives s'empêtrent les unes dans les autres.

L'artillerie notamment ne peut être déployée dans la boue épaisse et les arbalétriers comme d'habitude sont derrière les chevaliers et les hommes d'armes. Tous sont à pied, sauf quelques chevaliers sur les flancs, pour éventuellement charger les archers de l'adversaire. Les commentateurs français estiment que les chevaliers ont peu à craindre car, s'ils sont capturés, une rançon sera versée pour les libérer. Ce n'est pas le cas de la piétaille, composée de simples soldats. Ceux-ci ont intérêt à défendre chèrement leur peau et à bien se battre.


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Déroulement de la bataille.


Pendant les trois premières heures après le lever du soleil, il n'y a aucun combat. Henri V d'Angleterre, estimant que les Français n'avanceraient pas, fait reculer son armée dans la clairière.

Les archers se réfugient derrière des pieux qu'ils ont apportés et plantés dans le sol pour parer les charges de cavalerie.

Voyant le recul anglais, les chevaliers de France, indisciplinés, ne tenant pas compte du rapport des éclaireurs,
oubliant les leçons des batailles de Crécy et de Poitiers, décident de charger.

Les archers anglais les accueillent par plusieurs volées de flèches, qui immobilisent les premiers rangs.
Les cavaliers, dont les chevaux glissent sur le sol boueux, mettent pied à terre. Leurs charges successives sont repoussées dans la confusion.


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Le connétable lui-même dirige la ligne principale d'hommes d'armes démontés. Sous le poids de leurs armures, ils s'enfoncent profondément dans la boue à chaque pas. Ils atteignent cependant les lignes anglaises et engagent le combat avec les hommes d'armes anglais. Pendant un court moment, le combat est intense. La mince ligne des défenseurs anglais recule. Henri V est presque mis à terre. À ce moment-là, les archers, prennent leurs haches, épées et autres armes, et pénètrent dans les rangs désordonnés des Français.
Embourbés, ceux-ci ne peuvent se mouvoir pour faire face à leurs assaillants. Leurs hommes sont tous tués ou capturés. La deuxième ligne du camp français s'avance, pour être engloutie dans la mêlée et subit le même sort, suivie de la troisième ligne, dont les commandants cherchent et trouvent la mort. Le seul succès du camp
français sera obtenu par Sally, Ysambart d'Azincourt seigneur du château d'Azincourt, situé derrière le camp français, qui parvient à capturer… les bagages du roi anglais.

Contrairement aux ordres d'Henri V, les hommes d'armes anglais profitent de la victoire et font de nombreux prisonniers espérant en tirer rançon comme c'est alors l'usage, estimant en outre qu'il serait peu chrétien de les tuer. Le roi ordonne alors à ses propres hommes d'armes de massacrer tous les prisonniers. Revenant même le lendemain matin sur le champ de bataille, il fait liquider les blessés français qui ont survécu.



Bilan.


Les pertes totales des Anglais sont de 13 chevaliers (dont le duc d'York, petit-fils d'Édouard III, tué par le duc d'Alençon) et une centaine de simples soldats. Les Français perdent 5 000 chevaliers dont le connétable, plusieurs ducs (Jean Ier d'Alençon ; Charles, duc d'Orléans, celui de la littérature ; Edouard III de Bar ; Antoine de Bourgogne ; duc de Brabant), 5 comtes (dont Philippe de Bourgogne et le comte Robert de Marle), 90 barons et un millier d'autres chevaliers furent faits prisonniers. Les seuls à survivre seront ceux qui auront préféré ne pas participer : « À ce combat, le duc de Bretagne, Jean, bien qu'il eût été appelé, n'assista pas. Étant venu à Amiens avec un grand nombre de ses Bretons, communément estimés à dix mille hommes, il aima mieux attendre là
l'issue de la guerre, plutôt que de s'exposer de trop près aux dangers. La bataille terminée, il reprit le chemin de son duché, sans même avoir vu les ennemis, mais non sans quelque dommage pour les localités où il passait".

Une paix désastreuse pour la France sera signée à Troyes, cinq ans plus tard.

La bataille d'Azincourt est remarquable non par l'inévitable débâcle française mais bien par l'issue inattendue de la bataille. Les Français deux fois supérieurs en nombre n'avaient aucun intérêt à négocier avec Edouard III, qui avait abandonné son rêve de revendiquer la couronne de France. Il est probable que sans l'intervention française, la guerre de Cent Ans aurait pris une toute autre tournure.

Cette bataille marqua également un tournant dans l'art de la guerre en Europe : des armées plus maniables et plus articulées, (telles celle d'Edouard III) mirent fin à l'époque de la chevalerie, utilisée jusqu'à alors pendant le Haut Moyen Âge et le Moyen Âge classique.


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Source wapedia.

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