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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 00:08
Le loup au Moyen âge.








Le loup, monstre et démon.


A l’aube du Moyen Age, chez les Celtes, le guerrier enviait aux loups leur puissance et leur adresse. Certains soldats gaulois allaient même jusqu’à recouvrir leur casque d’une tête de loup après avoir mangé leur cœur.

Mais le loup est aussi un animal intelligent et patient. Il est capable d’attendre des heures avant d’attaquer sa proie. Le berger distrait se fait voler ses brebis, le fermier ses volailles. Bien vite naissent de sombres légendes racontées à la nuit tombée. Le loup est rendu responsable de bien des disparitions, de bien des agressions.

Dès le Haut Moyen-Age (en 813), Charlemagne réglementera la chasse aux loups. Le premier, il mettra en place des louvetiers chargés de faire disparaître le loup par n’importe quel moyen.

Les grands défrichements du Moyen Age contraignirent le loup à se rapprocher des humains. Il s’accoutuma aux animaux domestiques. Les premiers ravages sur les troupeaux furent alors constatés. Par temps de famine, les loups poussés par la faim vont même jusqu’à entrer dans les villes et les villages. Très vite la représentation devient celle du loup diabolique et dévoreur d’enfants.

u XIIe siècle, la seule pensée du loup terrifiait le peuple, son image de monstre, de bête était déjà ancrée dans les mentalités. La naissance de l’animal des mains de Eve est décrite dans le Roman de Renard.

A côté de la vision du loup stupide et balourd (Ysengrin) abusé par le malin renard, on pouvait découvrir comment la femme qui avait entraîné l’homme dans sa chute avait également créé la bête démoniaque qui allait hanter ses nuits.





Sans conteste, l’Eglise omniprésente dans le monde médiéval, porte une part certaine de responsabilité dans cette sombre image du loup.
La morale judéo-chrétienne va justifier et expliquer ces peurs qui hantent seigneurs et paysans. Le loup n’est-il pas le Diable ou son serviteur qui en dévorant les corps s’approprient les âmes.
Dans l’iconographie chrétienne, le loup apparaît d’abord comme un symbole des forces diaboliques qui menacent le troupeau des fidèles représentés par des agneaux. Dans le Physiologus des premiers âges de la chrétienté, le loup qui est un animal rusé et malfaisant fait le mort lorsqu’il rencontre un être humain pour mieux l’attaquer ensuite.

Le « loup habillé en berger » symbolise les faux prophètes qui ont pour objectif de « corrompre les innocents ».

Dès le IVème siècle, Saint Ambroise, évêque de Milan affirmait :« Si le loup menace de bondir sur toi, tu saisis une pierre, il s’enfuit. Ta pierre, c’est le Christ. Si tu te réfugies dans le Christ, il ne pourra plus te faire peur. » Le loup était donc bien pour le Chrétien une menace pour son corps mais aussi pour son âme.

Cette image de la pure et innocente brebis mise en danger par le sombre loup restera longtemps dans notre inconscient collectif. Aujourd’hui encore par d’obscures nuits…

Dans les Mystères, pièces jouées sur les parvis des cathédrales, les acteurs incarnant le Diable étaient recouverts d’une peau de loup renforçant la vision populaire de l’animal démoniaque.





On peut lire dans le « Bestiaire de Pierre de Beauvais » daté du XIIIème siècle, une condamnation du loup sans appel. « Le loup représente le Diable, car celui-ci éprouve constamment de la haine pour l’espèce humaine, et il rôde autour des pensées des fidèles afin de tromper leurs âmes. […] Les yeux du loup qui brillent dans la nuit, ce sont les œuvres du Diable, qui paraissent belles et agréables aux hommes dépourvus de raison, et à ceux qui sont aveugles des yeux de leur cœur. […]
Le loup ôte toute force de crier à un homme quand il le voit le premier, et cet homme ne peut recevoir le secours de personnes qui se trouvent loin de lui. »

Au Moyen Age, le loup était donc le bouc émissaire du Malin. Capturé vivant, il était quelquefois jugé et condamné au bûcher. Les commérages sur les pactes avec le Diable, sa présence auprès des sorcières qui les chevauchaient pour se rendre au sabbat, ses attaques contres les enfants apeurés, toutes ces histoires se répandent de village en village.

Les naturalistes de cette époque n’ont guère une meilleure opinion de l’animal que les paysans.
« Le loup est un animal terrible. Sa morsure est venimeuse parce qu’il se nourrit volontiers de crapauds. L’herbe ne repousse plus là où il est passé. »

Les meneurs de loups qui hantaient les sombres forêts accompagnés de leurs sinistres compagnons entretenaient les peurs. De nombreuses histoires, dans toutes les régions de France, les citaient avec crainte ou respect. Ces hommes, disait-on, parlaient aux loups, soignaient de la rage… mais quand ils frappaient à votre porte, à la nuit tombante, il fallait leur donner le gîte et le couvert voire quelques pièces car ils pouvaient aussi ordonner à leurs loups de vous attaquer.

Au XIVème siècle, l’image du loup ne s’améliore guère.
« Le loup aime la chair humaine, et peut-être s’il était plus fort n’en mangerait-il pas d’autres. » disent les Chroniques.






Gaston III de Foix, dit Phébus, énonçait les mêmes certitudes, précisant toutefois la préférence du loup pour les enfants qui « ont la chair plus tendre ».

Au début du XVème siècle, le Royaume de France est déchiré par la guerre de Cent ans et la guerre civile.
En 1421, l’hiver fut si long qu’au mois de juin, la vigne n’avait pas encore fleuri. La famine fauchait la population.
« Les loups déterraient de leurs pattes les corps des gens qu’on enterrait aux villes et aux champs ; car partout où on allait, on trouvait des morts et aux champs et aux villes par la grande pauvreté qu’ils souffraient. »

En juillet 1493… « venaient à Paris les loups toutes les nuits, et en prenait-on souvent trois ou quatre à une fois, et étaient portés parmi Paris pendus par les pieds de derrière. » 

Le Journal d’un Bourgeois de Paris narre de même : « En ce temps (novembre 1438) venaient les loups dedans Paris par la rivière et prenaient des chiens, et si mangèrent un enfant de nuit en la place aux Chats derrière les Innocents ».







La faim avait poussé les loups à s’approcher des hommes. En ces temps de disette, les ruelles sombres jonchées d’immondices où s’ébattaient cochons, volailles et brebis étaient un terrain de chasse inespéré.
Dans les campagnes alentour, les troupeaux sont attrapés. Les loups s’approchaient des fermes afin de s’y introduire dans les poulaillers et les étables. 

Certains ont pensé que le goût du loup pour la chair humaine serait né des festins que les champs de bataille leur offraient. Sur ce sujet, à toute époque, de nombreuses histoires ont abondé. En 1477, le corps de Charles le téméraire sera lui aussi dévoré par les loups sur le champs de bataille. 

Alors que le Moyen Age prend fin, François Ier prenait le loup très au sérieux. En 1520, il fonda l’institution de la louverie, nommant un grand louvetier de France, entouré de ses lieutenant, entretenus par la cour.Le louvetier avait pour mission de contrôler le nombre de loups qui hantaient les domaines royaux – puis communaux et, de ce fait, veiller par tous les moyens à leur destruction.
Mission qu’ils ne rempliront que trop parfaitement…







Source haut koenigsbourg.net

 

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Jehanne - dans La Société

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