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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 03:48
"L'habit ne fait pas le moine".




Signification:
L'apparence peut être trompeuse.


Origine:
Proverbe dont on trouve les premières traces au XIIIe siècle et qui serait tiré du latin médiéval.

Selon certains, ce proverbe viendrait d'une déformation progressive de la traduction de l'expression latine de Plutarque 'barba non facit philosophum' qui signifiait 'la barbe ne fait pas le philosophe'.

D'autres disent qu'il aurait pour origine un fait historique : en 1297, pour réussir à s'emparer par la ruse de la forteresse bâtie sur le rocher monégasque, François Grimaldi et ses compagnons d'armes se sont déguisés en moines franciscains, fait rappelé sur les armoiries de Monaco.

Enfin, peut-être faut-il simplement voir une certaine ironie dans cette expression.
En effet, lorsqu'elle est apparue, les moines de l'époque étaient bien loin de suivre leurs préceptes. N'hésitant pas à accumuler des biens, à ripailler, à courir la gueuse ou à trucider à tout-va dans les batailles, ils avaient un comportement très éloigné de celui que leur tenue aurait pu laisser supposer.
Ainsi, un brigand désireux de détrousser un moine en le supposant faible, pouvait tomber sur bien plus fort et rusé que lui.
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Jehanne - dans Le Langage
15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 10:00
Cris d’armes, cris de guerre.



Pour rallier leurs troupes et vassaux dans la mêlée des combats, identifier les parties en présence ou pour défier l’adversaire avant la charge, les nobles usent de cris propres à leurs maisons.

Il a existé des centaines de ces formules, témoins de la richesse de l’imagination de l’époque, de la virulence de leurs auteurs, parfois cocasses et mêmes amusantes.


Dans les plus pittoresques, on relève :

- Les comtes de Flandre : Flandre au lyon!
- Les seigneurs de Bar: Au feu! Au feu!
- le sire du Blaton crie : Blaton à force !
- le prince de Graves : Graves au chapelet !
- La maison de Vaudenay : Au bruit!
- le sire de Buves : Buves tost assis ! (buvez tous assis)
- les Butet de Savoie : La vertu mon but est !
- Bertrand Guesclin : Saint-Yves Guesclin!
- Les Gascons : Bordeaux!
- les sires de Chauvigny : Chevaliers pleuvent !
- le sire de Villers-sire-Nicole : Barbenchon !
- les Heinaërt (boiteux) de Flandre : Marche droit Heinaërt !
- les seigneurs de Du Blé, en bourgogne : En tous temps du blé !
- les Lyobard, en Bugey (devise de tournoi) :
Pensez-y, belle, fiez-vous-y !
- Les comtes de Champagne et de Sancerre :
Passavant li meillor!
- Les seigneurs de Vilain, descendants des châtelains de Gand (Belgique) : Gand à Vilain sans reproche!
- La maison de Waudripont (Hainaut), qui porte dans son écu deux lions adossés : Cul à cul, Waudripont!


La devise de la ville de Morlaix, en bretagne, a-t’elle servie de cri de guerre ? Elle aurait bien pu l’être :
- S’ils te mordent, mords-les !

L’origine de ces cris sont très divers, beaucoup sont formés sur l’invocation à "Notre-Dame" ou le simple nom de la maisonnée, d’une ville, d’une forteresse ou du saint consacré. Ils peuvent aussi rappeler un fait d’armes (comme celui de Chauvigny qui rappelle un exploit en terre sainte), d’autres sont équivoques aux noms. Il peut s’agir aussi de formules de circonstances inventées le temps d’un tournoi ou d’une campagne militaire.
Mais saura-t’on l’origine de tous, comme ce mystérieux ‘Barbenchon’ ?

Ces cris, indispensables pour s’enhardir avant l’assaut, plongent leurs racines dans l’antiquité, peut-être la plus lointaine. On dit que les soldats Romains avaient un barritus (penser à ‘barrissement’) consistant à crier "Feri ! "(frappe !). Ces cris serviront ensuite à s’identifier dans la bataille, probablement avant la création du langage héraldique.
Ils ne faut pas les confondre avec les devises familiales, même si certaines d’entre elles y trouvent leur origine.

L’un des cris les plus connus restant bien sûr :  Montjoie Saint Denis ! Cri de l’ost royal des vassaux de la couronne de France en 1124 contre les troupes de l’envahisseur Henri V, empereur d’Allemagne.
Groupées exceptionnellement derrière leur roi et l’oriflamme rouge de Saint Denis, c’est une réaction notable d’unité nationale, dans les plus anciennes.

Le Littré nous explique l’étymologie de cette formule :
Mont, et joie. La Mont-joie Saint-Denis, ou, simplement la Mont-joie, était le nom de la colline près Paris où saint Denis subit le martyre ; ainsi dite, parce qu'un lieu de martyre était un lieu de joie pour le saint qui recevait sa récompense. La Mont-joie Saint-Denis signifie la Mont-joie de saint Denis, selon l'ancienne règle qui rendait le génitif latin par le cas oblique. Le nom de mont-joie s'étendit à tous les monceaux, et se prit même figurément. D'un autre côté les Français prirent pour cri de guerre Mont-joie Saint-Denis ou, simplement, Mont-joie.
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Jehanne - dans Le Langage
3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 21:07
Une autre paire de manches.


Au Moyen Age, les manches étaient une partie détachable du reste de l'habit. Au cours de la journée, on changeait ses manches au gré de ses activités: une paire pour la toilette, une pour la chasse, une autre pour conter fleurette...
Changer de manches, c'était donc changer d'activité.

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Jehanne - dans Le Langage
18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 21:08
Troubadours, trouvères et poésie




troubadourXIII.jpg


Les troubadours sont à l'origine de la poésie profane en Occident.

Leur nom vient du bas latin trobar, qui signifie trouver ou... composer des vers ou de la musique. Le mot a donné trouvère en langue d'oïl, le français du nord.

En général d'extraction noble ou bourgeoise, ces poètes itinérants originaires pour la plupart d'Aquitaine ou de Provence ont inventé l'«amour courtois», fait de tendresse et de passion.

Ils allaient de château en château et racontaient des épopées en vers qui magnifiaient les vertus chevaleresques.
 
La Chanson de Roland est la plus célèbre de ces épopées ou chanson de geste (du latin gesta qui signifie action et désignait un exploit guerrier).

Le duc d'Aquitaine Guillaume XI fut l'un des plus illustres représentants des troubadours et sa petite-fille, Aliénor, ne manqua jamais de leur témoigner son soutien.




Source hérodote.net
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Jehanne - dans Le Langage
15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 18:11
Cathares, Albigeois, boulgres,...



croix-cathare.gif


On appelle communément cathares les adeptes d'une secte religieuse née vers l'An Mil en Italie du nord et répandue jusqu'aux Pyrénées.

Au XIe siècle, cette secte bénéficie d'une diffusion croissante dans le Midi toulousain en raison d'une doctrine simple et exigeante, fondée sur l'opposition entre le Bien et le Mal, dans le droit fil du manichéisme.

Ses adeptes se qualifient eux-mêmes de "vrais chrétiens» et s'opposent avec vigueur à l'Église catholique. Leurs chefs sont appelés avec respect Bonshommes et Bonnes Femmes.



– Parfaits et parfaites

Les inquisiteurs catholiques qui pourchassent ces hérétiques
préfèrent les qualifier de parfaits et parfaites, au sens de  parfaitement hérétiques.



– Cathares

Le terme cathare est une expression injurieuse inventée vers 1165 par le clerc rhénan Eckbert Schinau pour désigner les adeptes de cette secte. Il fait référence au grec katharos, qui signifie pur, et peut-être aussi au mot chatiste, qui désignait au Moyen Âge un adorateur du chat !

Depuis le spectaculaire retour en vogue de l'histoire de cette secte au XXe siècle, les mots cathare et catharisme se sont curieusement substitués à toute autre dénomination pour qualifier ses adeptes et leur idéologie.


– Patarins et bougres


Le peuple, quant à lui, appelle les bonshommes de différents noms :  patarins, poplicains, publicains, piphles, tisserands ou encore  boulgres (à l'origine du mot bougre en français). Le mot «boulgre» rappelle l'origine bulgare et balkanique de l'hérésie cathare.


– Albigeois

Les hérétiques sont aussi appelés albigeois, par référence à Albi, une ville située au nord-est de Toulouse.

Cette appellation trouve son origine dans le concile qu'a tenu la secte en 1165 dans le château de Lombers, sur les terres du vicomte de Trencavel, pas très loin d'Albi. C'est la première de ses assemblées qui ait laissé une trace écrite.



Frédéric Donnarel
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Jehanne - dans Le Langage
12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 20:29
 Dénomination des monnaies



Dans son traité sur la numismatique , J. Adrien Blanchet(1) introduit ainsi sa nomenclature des monnaies anciennes :

« Les appellations ont été très diverses à toutes les époques. Tantôt les monnaies ont pris le nom des personnages qui les faisaient frapper, tantôt le nom de la localité ou elles étaient émises. Certains noms sont venus des types empreints sur les monnaies ou des titres portés par les seigneurs qui avaient émis le numéraire. Enfin il y a un grand nombre de dénominations particulières qui échappent à l'analyse ».

Que cela soit pour les reconstitutions historiques, ou pour l’écriture d’un ouvrage, se retrouver parmi la diversité des monnaies n’est pas simple. Surtout que pour une même époque, plusieurs pièces différentes circulaient sous des dénominations très différentes, ce qui obligeait souvent nos aïeux à extrapoler la valeur d’une pièce par son poids et son métal (or, argent, cuivre, billon).

Voici une liste non exhaustive du nom des monnaies ayant eu cours en France au Moyen Age et pendant les deux siècles qui suivirent (elles sont également dans cette liste, car elles font souvnt références à des monnaies qui circulaient au Moyen Age) :

AGNEL, AGNELET, AIGNEL
Nom donné à des monnaies d'or qui portent l'agneau comme type. « L'agnel est créé le 10 mai 1417. Dès le 21 octobre 1417, une seconde émission est ordonnée avec des agnels d'or au titre réduit d'un carat. Cette seconde émission fut notamment accompagnée par la création du heaume et du demi-heaume d'or, et par la seconde émission d'une florette et une 6e émission du guénar et du demi-guénar. Les monnaies royales françaises passèrent d'un pied 40e à un pied 60e. » (2)


ALBUS
Monnaie du XVIIe siècle. En français blanc, en allemand weisspfennig.

ANGELOT
L’Ange ou Angelot  tire son nom de l'archange saint Michel terrassant le démon (dragon) qui s y trouve figuré. L'angelot valait un écu d'or ; il fut émis en 1340.

ANGEVINS
C'est la monnaie d'Angers qui eut cours du Xe au XIVe siècle. Les pièces postérieures à 1266, représentant Charles Ier portent le titre de « Roi de Sicile ».

ARNAUDINS
On donnait ce nom à la monnaie d'Agen, parce que l'évêque Arnaud avait commencé à la frapper au XIIe siècle.

ASSIS
Nom latin du schilling, notamment sur des monnaies de Strasbourg.

ASPRE
Monnaie de compte de Turquie dont la valeur a beaucoup varié (En moyenne, 2 centimes). On donnait ce nom à diverses monnaies de l'Orient latin. XIIIe siècle.

AUGUSTALE
Monnaie d’or frappée en Italie par l'empereur Frédéric II, en imitation des anciennes monnaies romaines. Elle portait son buste et au revers un aigle.

BAUDEQUIN
Monnaie du XIIIe siècle, valant 6 deniers, qui représentait le roi assis sous un baldaquin.

BATZ
Monnaie de Berne, tire son nom de l'ours, bœtzen, armes de la cité. XVIIe siècle.

BERNARDINS
Monnaie de la seigneurie d'Anduze (Languedoc) portant un grand B dans le champ, émise sous Bernard II, seigneur d'Anduze, au XIIè siècle.

BESANT
Cette appellation venue de Byzance, paraît avoir servi à toute sorte de pièces d'or.

BLANC
Sous Philippe de Valois, le grand blanc valait 10 deniers et le petit blanc 6 deniers. Charles V, Charles VII, Louis XI et Louis XII rendirent au grand blanc sa valeur de 12 deniers.

CARLIN
Monnaie d'argent sur laquelle est figuré le prince assis sur un siège dont les bras sont des lions. Cette monnaie fut importée d'Italie par les comtes de Provence.

CAROLUS
Le Carolus, marqué d'un K, valait 10 deniers sous Charles VIII. Monnaie d'or d'Angleterre qui valait 13 livres 16 sous de France.

CHAISE
Monnaie d'or frappée depuis le règne de Philippe le Bel, sur laquelle est représenté le roi assis sur un trône.


COQUIBUS
Les évêques de Cambrai frappaient une monnaie qui portait un aigle. Le peuple considérant cet oiseau comme un coq, appela la monnaie Coquibus. Des Coquibus étaient également émis à Elincourt et à Wallincourt. Ceux de cette dernière localité, en 1306, devaient avoir cours pour une maille tournoye.

COURONNE
Monnaies d'or ou d'argent portant une couronne dans le champ, qui parurent sous Philippe de Valois.

CORONNAT
Sols et deniers de cuivre, monnaies frappées par les comtes de Provence et imitées par Charles le Mauvais.

DENIER
Monnaie de compte et monnaie réelle. Le denier valut approximativement 2 fr. 23 sous la première race, 2 fr. 52 et 3 fr. 49, sous Pépin et sous Charlemagne. Il y avait aussi le denier d'or à l'agnel, à l'écu, aux fleurs de lis, etc.

DOUBLE
Pièce valant deux deniers (double parisis, double tournois) qui parut en 1295.

DOUBLON
Monnaie d'or d'Espagne, frappée depuis 1497, qui valut environ 21 fr. 64, jusqu'en 1796. Il y a aujourd'hui plusieurs espèces de doublons.

DRIELANDERS
Jean IV, duc de Brabant, comte de Hainaut et de Hollande, créa le 17 février 1420, des espèces d'argent qui devaient avoir cours dans ces trois provinces. C'est de là que vint ce nom de Drielanders. Le Drielander valait 16 deniers tournois et avait des divisions de 12, 8, 6 et 4 deniers(3).

DUCAT
Monnaie étrangère à laquelle François Ier donna cours en France, en 1546, pour une valeur de 46 sous et quelques deniers. Le ducat d'Espagne ou double ducat valut, sous Henri III, 6 livres 4 sous de monnaie française. Sous Louis XIII, le double ducat d'Espagne et de Flandre, appelé aussi ducat à deux têtes, valait 10 livres.

ECU
Les écus d'or commencent en 1336, et valaient alors 25 sous. On les appelait ainsi parce que le roi y était représenté tenant un écu. Il y a eu des écus au soleil ou écus-sol, des écus à la couronne, des écus heaumés, des écus à la salamandre, au porc-épic, suivant les différents emblèmes qui accompagnèrent l'écusson. Depuis Louis XIII, on frappa des écus de 6 livres et de 3 livres (Demi-écus).

ENGROIGNE
Petite monnaie de Bourgogne (4).

ESTERLING
Monnaie d'origine anglaise, qui portait une tête couronnée et au revers une croix cantonnée généralement de douze besants. Ces pièces furent copiées presque dans toute l'Europe (5).

FLORIN
La monnaie d'or au type d'une fleur de lis très ornée tire son nom de Florence où elle fut frappée pour la première fois. Cette monnaie a eu une très grande vogue au XIVe siècle(6). Plus tard, le nom de florin a été donné à des monnaies d'argent.

FRANC
Les francs d'or qui remontent à 1360, représentaient le roi armé de toutes pièces et à cheval (franc à cheval). Charles V frappa des francs à pied sur lesquels le roi est représente debout sous une arcade gothique. On nomma aussi ces pièces francs de lis d'or, parce que le champ en était semé de lis. - Des francs d'argent portant la tête du roi et la légende Sit nomen Domini benedictum, parurent sous Henri III, Charles X, Henri IV et Louis XIII.

FLORETTES
De grands blancs valant 20 deniers tournois ou 16 deniers parisis, sous Charles VI, ils reçurent le nom de florettes à cause des lis qui en formaient le type principal.

GROS
Monnaie créée par saint Louis et valant 12 deniers ; appelée quelquefois gros blanc ou gros denier blanc. Henri II créa une pièce de monnaie appelée gros, qui valait 2 sous 6 deniers ou 6 blancs (les demi-gros valaient 3 blancs). On appelait aussi ces pièces gros et demi-gros de Nesle, parce qu’Henri II avait établi à l'hôtel de Nesle (dans les dépendances de l'hôtel actuel des monnaies) un atelier spécial pour la fabrication de ces nouvelles espèces de billon (1550).

HARDI
Ce mot vient de l'anglais farthing ; par changement de ing en in, de th eu d, en Angleterre ; de in en ii ou y et F en H en Gascogne, farthing devient fardin, puis hardy. Le farthing est précisément le quart du penny, comme le liard (li ardit) est le quart du sol(7)

HELIENS
Deniers du Périgord qui tiraient leur nom du comte Hélie II.

KOPEK
Monnaie russe, de cuivre, valant le centième du rouble (c'est-à-dire 4 centimes).

KREUZER
De l'allemand kreuz, croix. Monnaie qui est généralement la soixantième partie du gulden ou florin, C'est aussi une monnaie de compte.

LIARD
Monnaie du XVIe et XVIIe siècle. Ce mot vient de li ardit (v. Hardi). Le liard valait 3 deniers. Des lettres patentes du 4 juillet 1658, réduisirent la valeur de cette monnaie à 2 deniers, mais l'ancien cours fut repris en 1694.

LION
Monnaie d'or portant un lion, émise en 1338.

LIVRE
Le franc d'or de Jean et de Charles V valait 20 sous ou 1 livre, comme plus tard le franc d'argent de Henri III. C'est pour cela que les mots franc et livre ont été souvent synonymes. Comme monnaie de compte(8), la livre valait 20 sous, dans les systèmes tournois et parisis. La livre parisis valait un quart de plus que la livre tournois (c'est-à-dire 20 sous parisis ou 25 sous tournois).

LOUIS
Monnaie du XVIIe siècle. Le louis d'or et ses multiples ont été fabriqués en vertu de l’édit du 31 mars 1640. La valeur du louis, primitivement de 20 livres, a beaucoup varié depuis Louis XV jusqu'à la Révolution. Les louis d'argent, de 60, 30, 15 et 5 sous datent de la même époque ; on a donné aussi à ces pièces le nom d'écu, parce qu'elles portent l'écusson de France.

MAILLE
Ce mot (latin medalea, medalia) viendrait de media, avec le sens de demi(9). Cette étymologie s'accorde fort bien avec la valeur de la maille qui a généralement été considérée comme la moitié du denier.

MANCUSE
Monnaie d'or d'origine arabe ; on en frappa à Perpignan.

MARABOTIN
Nom donné aux dinars d'or des Almoravides d'Espagne, qui eurent cours dans le midi de la France au XIIe siècle (Almoravides, de l'arabe al morabeth). Alphonse VIII les imita et fit des marabolins alfonsins. Raimond-Bérenger, comte de Barcelone, copia également les dinars arabes(10).

MARAVEDI
Nom qui semble venir aussi des Almoravides. Maravédi de Vellon, trente-quatrième partie du réal ; maravédi de plata, double du précédent. Ce n'est plus qu'une monnaie de compte.

MARK
Monnaie allemande divisée en 16 schillings de 12 deniers (pfennige).

MELGORIENS
Les deniers de Melgueil.

MOUTONS
Monnaie d'or à la grande laine, à la petite laine (v. Agnel).

NOBLES
Les nobles à la rose étaient des monnaies d'or anglaises ainsi nommées parce que leurs types étaient gravés au milieu de lignes ondulées imitant les pétales d'une rose. Les nobles représentaient généralement le roi armé, dans une nef voguant sur la mer. Les nobles valaient d'abord 6 sous 8 deniers. Lorsque Rouen capitula le 13 janvier 1419, la ville dut payer 100.000 écus d'or, dont deux égaleraient un noble d'Angleterre. Les nobles Henris, autre monnaie anglaise, pesaient 14 grains de moins que les nobles à la rose.

PARISIS
De 1330 à 1336, on frappa des monnaies appelées parisis d'or, qui valaient une livre parisis, et des parisis d'argent, valant 12 deniers ou un sou parisis. Plus tard, les parisis redevinrent une monnaie de compte plus forte d'un quart que la monnaie tournois.

PATARD ou patar
Monnaie frappée sous Louis XII valant à peu près le liard. Les patards furent très répandus en Flandre.

PIASTRE
Monnaie espagnole valant environ 5 francs, en 1722 ; fut nommée piastre forte lorsque sa valeur eut un peu augmenté.

PISTOLE
Monnaie d'or d'Espagne de la même valeur que les louis d'or, qui devint au XVIIe siècle une monnaie de compte représentant 10 livres.

PITE ou Pougeoise
Monnaie qui valait la moitié de l'obole ou maille.

RAIMONDINS
Deniers frappés par les comtes de Toulouse du nom de Raimond.

REAL
Monnaie d'Espagne et de Portugal.

RIXDALE
Terme corrompu de Reichsthaler. Monnaie d'argent usitée en Allemagne, en Hollande, en Suède, en Danemark. Sa valeur a beaucoup varié.

ROUMOIS
En Normandie, roumois et angevins étaient pris les uns pour les autres. Les roumois étaient probablement les monnaies frappées à Rouen ou ayant cours dans cette ville (11).

ROYAL
Nom donné à des monnaies d'or présentant la figure du roi sous un dais gothique.

RYDER
Monnaie de Hollande, appelée ainsi du cavalier qui y était représenté. Le Ryder d'or valait 14 florins ; le Ryder d'argent est appelé aussi ducaton.

SAIGA
Nom donné à la monnaie mérovingienne d'argent qui s'est substituée au triens.

SALUT
Les saluts d'or qui paraissent sous Charles VI, Henri V et Henri VI, valaient 25 sous. Ces pièces représentaient la salutation angélique.

SEQUIN
En italien zecchino (de zecca, atelier monétaire). Monnaie d'or émise d'abord à Venise, a une valeur approximative de 12 francs. Ce nom est donné à une monnaie d'or turque.

SIX BLANCS
Autre nom des gros de Nesle ; ces pièces et celles de 3 blancs correspondaient au sou et au double sou parisis. Louis XIV frappa également des pièces de 6 blancs (édit d'août 1656).

SOU
A l'époque mérovingienne, le sou d'or valait 40 deniers et le sou d'argent 12 (12), Louis XIV fit fabriquer des sous et des doubles sous (19 novembre 1657) ; les émissions se succédèrent depuis cette époque. La refonte de ces espèces eut lieu en 1853. Comme monnaie de compte, le sou était le vingtième de la livre.

TESTONS
Les testons, portant la teste du prince, commencèrent à paraître en Italie, au XVe siècle. Louis XII en fit frapper en France en 1513. Sous le règne de Henri III, on remplaça les testons par les pièces de 20 sous.

THALER
Monnaie d'argent allemande, divisée en 20 gros (autrefois en 24), valant de 3 fr. 70 à 3 fr. 90.

TOURNOIS
Monnaie tirant leur nom de la ville de Tours. Monnaie de compte employée concurremment avec la monnaie parisis, jusqu'à Louis XIV. Ce prince ayant aboli l'usage de compter par parisis, les comptes en tournois furent seuls admis.

VIERLANDER
Monnaie qui se divisait en demis et en quarts, créée par Philippe le Bon (1430-1467) pour le Hainaut, le Brabant, la Flandre et la Hollande (13). En 1470, les virelans de Flandre avaient cours en France pour 12 deniers (14).




Abréviations courantes

Voici quelques abréviations courantes des inscrïptions sur les monnaies.

D. G. : Dei Gratia
F. R. : Francorum Rex
CAL ou KOL : Charles
XPC : Christ




Notes

(1) J. Adrien Blanchet, Nouveau manuel de numismatique du Moyen Age et Moderne, 1890, p. 29
(2) CGB – Compagnie Générale de Bourse : http://www.cgb.fr/
(3) Robert, Numismatique de Cambrai, Paris 1861, p. 138.
(4) In, Revue numismatique, 1843, 1845.
(5) V. J. Chautard, Imitations des monnaies au type esterlin, in-8, 1871-72
(6) Dannenberg, Numismatique Zeitschrift, Vienne, 1880, p. 146-185.
(7) Adrien de Longpérier, Revue numismatique, 1884, p. 108).
(8) In, Revue numismatique, 1888, p. 34
(9) L. Blancard, Ordonnance de 1315, 1883, p. 56
(10) In, Revue numismatique, 1844, p. 278 ; 1856, p. 64, etc.
(11) L. Delisle, Revenus publics en Normandie, Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, 1848-49, p. 186
(12) Guérard, Prolégomènes du polyptique d'Irminon, p. 114
(13) Chalon, Recherche sur les monnaies des comtes de Hainaut, p. 116
(14) F. Le Blanc, Traité historique des monnoyes de France, Paris 1690 ; Amsterdam, 1692 (avec la dissertation historique sur les monnaies de Charlemagne). Page 309.
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Jehanne - dans Le Langage
12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 19:54

Du voyage à Jérusalem aux croisades.


Les expéditions militaires vers la Terre sainte et Jérusalem ont débuté après un appel du pape Urbain II à Clermont (Auvergne), le 27 novembre 1095, en vue de secourir les chrétiens d'Orient et délivrer les Lieux Saints.

Les contemporains d'Urbain II employaient des expressions aussi variées que "voyage vers la Terre sainte», «voyage d'outre-mer» ou «passage» pour les désigner. Ils qualifiaient les pèlerins en armes de «croisés» eu égard à la croix qu'ils cousaient sur leur épaule gauche.

Le mot «croisade», qui dérive de croix, apparaît pour la première fois en langue d'oc "crozada" ainsi que l'indique l'historien Michel Roquebert, mais c'est pour désigner... l'Affaire de la Paix et de la Foi, autrement dit la croisade des Albigeois. On repère le mot à la laisse (vers) 130 de  la Chanson de la Croisade (Canso de la Crozada   ), un poème écrit par Guillaume de Tudèle vers 1213.

C'est seulement à la fin du XVe siècle que le mot est appliqué en français aux expéditions vers la Terre sainte,... alors que celles-ci relèvent déjà d'un lointain passé.

Le mot «croisade» s'est étendu ultérieurement à la  Reconquista espagnole et au  Drang nach Osten allemand.

Le mot est depuis lors employé sans contenu religieux pour désigner une opération civile à vocation humanitaire... ou une guerre prétendûment «juste». En 1885, le chef républicain Jules Ferry justifiait la colonisation en la présentant comme une «nouvelle croisade civilisatrice». Plus près de nous, le président américain George Bush parle de la guerre contre le terrorisme comme d'une «croisade» du Bien contre le Mal !
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Jehanne - dans Le Langage
2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 15:42
Lexique médiéval de lieux



Bailliage : Circonscription, juridiction

Barri ou Barry : Nom d'origine arabe désignant au Moyen Age le faubourg ou quartier situé hors de l'enceinte d'une ville.

Bief : Canaux de dérivation des eaux.

Bourg : Agglomération ou partie d'une agglomération médiévale ayant un statut juridique particulier et ne jouissant pas des privilèges de la cité.

Bourg castral : Agglomération médiévale, bénéficiant généralement d'un statut particulier, développée à côté d'un château préexistant ou dans sa basse-cour, ou bien créée de pair avec un château.

Cayrou : Amas de pierres, résultant de l'épierrement des champs.

Cévenne (ou travers) : Versant abrupt d'une colline.

Châtellenie : Territoire d'une juridiction subordonnée à un château.

Cité : District, subdivision d'une province, comporte une ville qui sert de chef-lieu et son territoire.

Combe : Vallée sèche.

Commune : Concession de commune : permission accordée par le roi aux habitants d'une agglomération de s'associer par serment.

Couderc : Espace privatif d'une ferme où l'on peut trouver quelques arbres fruitiers, le four ou un puits. Enclos également destiné à la libre circulation des bêtes. Considéré aussi comme pré communal, où chacun peut laisser paître son bétail.

Dolmen : Chambre sépulcrale de plan massé, formée par une ou plusieurs tables portées par des orthostates.

Domaine : Terre possédée par un seigneur.

Ecart : Lieu écarté, hameau.

Fascé : Terme d'héraldique qualifiant un écu divisé horizontalement en un nombre pair de parties égales.

Faubourg : Bourg qui s'est bâti à l'extérieur de l'enceinte d'un autre bourg ou d'une ville ou d'un château.. Petit à petit il s'entoure de murailles et s'intègre à la ville ancienne.

Fief : Bien donné au vassal par le seigneur en échange de la fidélité et du service.

Finage : Limites, étendue d'un territoire communal.

Hydronyme : Nom d'un cours d'eau.

Manse : Unité d'exploitation au Moyen Âge. A évolué en mas groupe de maisons et bâtiments au centre d'une exploitation agricole.

Menhir : Monument mégalithique formé d'un seul bloc de pierre dressé.

Métairie : Domaine agricole ou ferme exploité selon le système du métayage.

Oppidum : Site antique fortifié, camp retranché, le plus souvent sur une hauteur, Oppidum du Puy du Tour.

Oronyme : Nom d'une hauteur.

Pech : Colline isolée.

Raysse : On parle aussi de travers, versant abrupt d'une colline.

Repaire : Habitation noble, maison forte, dépourvue de droits seigneuriaux et spécialement de droits de justice.

Seccadou ou Séchadour : petit bâtiment destiné au séchage des châtaignes et des gros fruits.

Sénéchaussée : Circonscription, juridiction.

Serre : Relief de forme allongée, aux versants raides, encadré par deux vallées parallèles.

Talweg : Ligne imaginaire qui joint les points les plus bas d'une vallée et suivant laquelle s'écoule les eaux.

Toponyme : Nom de lieu.

Toponymie : Partie de la linguistique qui étudie les noms des lieux (toponymes).

Trech : Chemin qui conduit au franchissement d'un cours d'eau.

Vicairie, Viguerie : Désigne à l'époque carolingienne le siège administratif d'un fonctionnaire impérial puis devient avec l'effritement du pouvoir royal le siège d'une petite seigneurie sous domination du viguier.

Vicomté : Terre sur laquelle s'exerçait la charge de vicomte ou que possédait un vicomte.

Vicus : agglomération gallo-romaine sur un axe fréquenté, village rural au haut Moyen Age.

Villa : Domaine rural, dont le propriétaire dirige l'exploitation, durant la période gallo-romaine et jusqu'à l'époque carolingienne.

Village : Agglomération rurale, autrefois vouée essentiellement aux activités agricoles et siège d'une paroisse. Au sens administratif, agglomération de moins de 2000 habitants.

Ville : Elle regroupe, dans le castrum médiéval, la population sous la protection du fort seigneurial. Sa défense est assurée par des portes fortifiées et une muraille, ou simplement par un alignement de façades aveugles. Au sens administratif, agglomération de plus de 2000 habitants.

Vivier : L'étang où était assuré l'approvisionnement du manoir ou du château en poisson.

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Jehanne - dans Le Langage
29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 01:18
 

C'est une autre paire de manche

 

sens : C'est une autre affaire.
Au Moyen Âge, les manches des vêtements n'étaient pas cousues de manière définitive, mais simplement ajustées au dernier moment. Les dames pouvaient, en signe d'attachement, remettre leur manche à leur chevalier qui l'arborait alors à sa lance ou à son écu lors des tournois.
Ce gage amoureux est devenu symbole d'engagement au point qu'on en ait oublié son origine aristocratique et galante.

 

Champion

 

A l'origine, un chevalier se battait en champ clos pour défendre une cause.
La justice du Moyen Âge admettait l'épreuve des armes. L'accusé pouvait provoquer en duel son accusateur : Dieu faisait triompher l'innocent. Lorsque l'accusé, malade, trop jeune ou trop vieux, n'était pas en mesure de se battre lui-même, ou si c'était une femme, il pouvait se faire représenter par un champion.

 

Chercher noise à quelqu'un

 

Quereller quelqu'un souvent pour peu de chose.
Noise signifiait jadis : querelle bruyante, dispute.
Aujourd'hui, le mot noise ne subsiste que dans cette expression.

 

Chevalier

 

A l'origine, les chevaliers n'étaient que de simples combattants, parfois mercenaires, assez forts ou assez riches pour avoir un cheval. Leur prestige était essentiellement militaire.
A partir du XIe siècle, ces guerriers commencent à constituer une classe sociale, unie par une même manière de vivre. Pour éviter les guerres continuelles, les abus de pouvoir et canaliser la violence de ces combattants souvent frustes, l'Église met en place les règles strictes du code chevaleresque. Le chevalier, dont les armes ont été bénies, doit obéir à Dieu et à son devoir, protéger les faibles, aider son prochain...

 

Convoquer le ban ou l'arrière-ban, publier le ban

 

S'adresser à tous ceux dont on espère l'aide. A l'origine, le ban était une proclamation du seigneur, une défense ou un ordre. Le suzerain avait le droit de mobiliser, en cas de besoin, ses hommes mais aussi ceux de ses vassaux. Il convoquait alors le ban et l'arrière-ban. On publie encore le ban dans les église pour un mariage.

 

Une cotte mal taillé

 

Estimation approximative, compromis qui ne satisfait personne.
La cotte (qui s'écrivit longtemps cote) était au Moyen Âge une tunique qui, si elle était mal taillée, ne convenait à personne.
La cote est un impôt de la fin du Moyen Âge. Lorsqu'elle était taillée, elle signifiait établie, répartie entre les contribuables.

 

Un coup de Jarnac

 

Sens : Traîtrise, coup bas inattendu.
Lors d'un duel entre Guy Chabot, comte de Jarnac, et François de Vivonne favori du roi Henri II, Jarnac entailla inopinément et traîtreusement le jarret de son adversaire. Le roi pardonna au comte, car celui-ci avait tout de même préservé la vie de Vivonne. Ce dernier, rageur et honteux, arracha les bandages protégeant sa blessure et en mourut trois jours plus tard.

 

La Cour des Miracles

 

La Cour des Miracles était située dans le quartier des Halles à Paris. Ce n'est que sous Louis XIV que la police en viendra à bout. Repaire des brigands, des faux estropiés qui mendiaient dans les rues, elle doit son nom à la magie qui le soir faisait retrouver aux infirmes l'usage de leurs membres.

 

Courtois

 

Les chevaliers du Moyen Âge l'étaient ; aimables, polis, raffinés dans leur parure et leur langage et aussi leurs sentiments. Ils considéraient leur dame comme une maîtresse toute-puissante dont les désirs étaient des ordres. Pour lui plaire, ils surmontaient toutes sortes d'épreuves, physiques et morales, dont la patience n'était pas la moindre.
A l'origine, courtois signifie qui vit à la cour.

 

Crier haro sur quelqu'un

 

Crier haro sur quelqu'un signifie manifester énergiquement sa réprobation, l'accuser et réclamer un châtiment pour la personne en question. "Haro! Haro!" était le cri que l'on entendait lorsqu'un badaud se faisait couper sa bourse ou un chevalier arracher son manteau.

 

Croquer marmot

 

Sens moderne : Attendre, faire le poireau en se morfondant.
Sens ancien : Croquer voulait dire "frapper". Et croquer le marmot signifiait cogner avec impatience le heurtoir de la porte. Alors cela n'a rien à voir avec un Ogre qui voudrait manger un petit enfant (croquer un marmot) où une marmotte qui serait fort difficile à croquer je l'avoue

 

Dans son for intérieur

 

Le forum désignait la place publique. Au Moyen Âge, le mot pris le sens technique de juridiction et surtout juridiction ecclésiastique (pouvoirs de l'Église, en matière de justice, et leur étendue.) On distinguait le for intérieur (l'Église pouvait sanctionner les fautes commises par le biais de la confession et des pénitences), du for extérieur (toutes les affaires touchant à la religion, de près ou de loin, étaient jugées par des tribunaux ecclésiastiques). La distinction changea peu à peu de sens avec les siècles : for intérieur étant notre conscience qui nous juge, le for extérieur, les institutions, juges et tribunaux.

 

De bon aloi

 

Sens moderne : de bonne qualité.
Sens ancien : Une pièce d'or ou d'argent devait être de bon "aloi". Ce mot provient en fait du verbe "aloyer", forme ancienne du verbe "allier" : l'aloi est donc l'alliage d'une pièce, c'est à dire la proportion de métal précieux qu'on y retrouve. À l'époqe médiévale chaque ségnieur pouvait frapper monaie et pour s'assurer qu'une pièce était "de bon aloi", on pouvait la faire "sonner" sur une surface dure : le son rendu permettait au banquier de distinguer une fausse pièce d'une vraie. Mais beaucoup plus sûr était l'usage du "trébuchet", petite balance de précision pour peser les monnaies. D'où l'expression "espèces sonnantes et trébuchantes".

 

Decouvrir le pot aux roses

 

Sens : découvrir le fin mot de l'histoire, le secret, la réalité cachée.
Expression très ancienne dont on ne connaît pas la véritable histoire.
Soit pot à fard à joues : Le trouver suppose qu'on connaisse bien la femme qui le possède et qu'elle n'ait plus de secret à cacher.
Soit essence de rose - produit rare et précieux dont les parfumeurs auraient soigneusement dissimulé les procédés de fabrication. Le pot aux roses serait l'appareil permettant de distiller ce parfum de luxe.
Soit une poudre produite par les alchimistes au cours de l'une de leurs opérations. Ici, le pot aux roses serait la cornue alchimique, objet bien caché s'il en fut.

 

D'estoc et de taille

 

Sens : De la pointe (estoc) ou du tranchant (taille ou taillant), c'est-à-dire en se battant.
Frapper d'estoc et de taille signifiait donc se battre avec acharnement, en portant tous les coups possibles. En moyen français, l'expression fut utilisée de manière imagée, parfois en dehors de tout contexte belliqueux, pour dire de quelque manière que ce soit, par tous les moyens.

 

Dieu reconnaîtra les siens

 

Lors de la croisade contre les cathares, des hérétiques du sud de la France, le légat du pape Arnaud Amaury se présente devant Béziers le 22 juillet 1209., L'assaut est donné par l'armée. La ville tombe et Arnaud Amaury commande à ses hommes, qui ne savaient comment reconnaître les bons chrétiens des hérétiques : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"
Mot historique devenu proverbe, on l'emploie chaque fois qu'un châtiment frappe indifféremment innocents et coupables.

 

Élevé sur le pavois

 

Sens : mettre sur le trône, désigner comme roi et au sens figuré, mettre en honneur, faire grand cas de quelque chose.
Allusion aux Francs qui avaient coutume, après avoir choisi leurs rois, de les porter en triomphe sur de larges boucliers, appelés pavois.
Pavois vient de Pavie, en Italie, ville où auraient été fabriqués les premiers de ces boucliers.

 

Entrer en lice

 

Sens : s'apprêter à combattre, s'engager dans une compétition, intervenir dans un débat.
Les lices étaient les espaces clos où avaient lieu les tournois à proximité des châteaux. La cour intérieure de ceux-ci était souvent exiguë et toujours encombrée de petits bâtiments: écuries, chenil, four, puits...

 

Espèces sonnantes et trébuchantes

 

Au Moyen Âge, l'aloi était la proportion d'or ou d'argent contenue dans une pièce de monnaie. Aujourd'hui, de bon ou de mauvais aloi signifie de bonne ou de mauvaise qualité.
Lorsqu'elles sonnaient, elles étaient de bon aloi car elles rendaient un son vif et plaisant; trébuchantes, parce qu'on pouvait en vérifier le poids à l'aide d'une petite balance encore appelée trébuchet.

 

Être grand clerc

 

Sens : être très savant, lettré.
Les membres du clergé étaient les seuls, ou presque, à posséder le savoir. Ils consultaient les manuscrits conservés dans les monastères. Les écoles se trouvaient dans les abbayes et pour s'instruire, il fallait bien souvent entrer dans les ordres.
Beaucoup de clercs se mariaient et n'entretenaient avec l'Église que des rapports lointains. Ils portaient la tonsure, signe de leur état.
Au XVIIe siècle, le mot clerc se teinte d'ironie, et l'expression être grand clerc signifie : un homme qui fait le savant.

 

Être sur la sellette

 

Sens : être exposé au jugement d'autrui, à la critique ou se trouver en position délicate.
La sellette était le petit banc de bois sur lequel s'asseyait l'accusé interrogé par ses juges. Le siège était très bas pour des raisons psychologiques et symboliques. L'accusé se trouvait dans une posture tout à la fois inconfortable et humiliante.

 

Faire amende honorable

 

Sens : présenter ses excuses, reconnaître qu'on a eu tort.
Au Moyen Âge, à l'époque où peu de gens savaient écrire tout entente se joue sur la parole donnée, sur l'honneur engagé, bref la réputation. Ainsi celui qui commet un crime, manque à sa parole envers son Dieu, son pays, son roi, doit rétablir son honneur en tout premier lieu en amendant celle-ci. Amende honorable prends donc sens de laver son nom en avouant la vérité et demandant pardon à tous. Une faute avouée étant à moitié pardonnée, l'amende honorable pouvait être accompagnée de châtiments publics afin qu'ils servent d'exemples. Les hérétiques ou ceux qui étaient accusés de sorcellerie, étaient condamnés à reconnaître solennellement leurs fautes "faire amende honorable" avant d'être brulé vif. Avec le temps laver son honneur devint moins à la mode et on ne conserva que l'amende moins honorable, c'est à dire celle en €.

 

Faire bonne chière

 

Sens : bien manger.
En ancien français, chière désignait le visage. Faire bonne chière devenait donc faire bonne mine à quelqu'un, l'accueillir aimablement.

 

Faire des gorges chaudes

 

Sens : se moquer méchamment, avec joie et devant beaucoup de gens.
Au Moyen Âge, les gorges chaudes étaient les petits animaux (souris, mulots) que l'on donnait vivants à l'oiseau de proie.

 

Faire grève

 

Sens : Cesser volontairement le travail pour obtenir des avantages.
A Paris, les ouvriers sans travail se réunissaient sur la place de Grève, le long de la Seine et attendaient une éventuelle offre d'embauche.

 

Faire la nique à

 

Sens : se moquer de quelqu'un, le narguer.
Au Moyen Âge, nique indiquait un signe de mépris qui consistait à lever le nez en l'air avec impertinence.

 

S'en foutter comme en l'an quarante

 

Sens : Considérer une chose ou un événement comme sans importance et en sourire.
Cette expression tire probablement son origine d'une expression utilisée depuis les Croisades : "S'en moquer comme de l'Alcoran (le Coran)". Autre explication, la fin du monde aurait été prévue pour l'an 1040. Cette date fatale passée, les gens ne firent qu'en rire et se moquèrent de leurs anciennes angoisses.

 

Faire le Jacques

 

Sens : se conduire stupidement, faire l'idiot.
Jacques était le nom donné à l'idiot du village et Jacques Bonhomme, celui du paysan, considéré traditionnellement comme lourd et nigaud. L'expression fait donc aussi allusion à la prétendue bêtise des paysans.

 

Faire Ripaille

 

Sens : faire bonne chère, mener joyeuse vie.
Avant de devenir pape en 1439, le duc de Savoie Amédée VIII s'était retiré au prieuré de Ripaille pour se faire ermite. Lui et ceux des seigneurs de sa cour qui l'avaient suivi n,avaient d'ermite que le nom, car ils négligèrent complètement, pendant tout le temps de leur résidence, de se livrer aux austérités du cloître. Tous ceux qui étaient admis dans ce séjour de plaisirs, disent les biographes, étaient logés avec magnificence ; les mets les plus exquis couvraient leur table : ils vivaient plus en honnêtes épicuriens qu'en véritables ermites. Ils portaient néanmoins ce nom, parce qu'ils avaient exclu les femmes de leur société et qu'ils laissaient croître leur barbe comme les capucins. Leur habit était moins rude que celui de ces religieux ; c'était un drap gris très-fin, un bonnet d'écarlate, une ceinture d'or et une croix au cou de la même matière. Amédée jouissait d'un repos voluptueux dans cette maison de délices et de mets princiers faisant ainsi bombance et bonne ripaille.

 

Gagner ses éperons

 

Obtenir une situation plus élevée, prendre du galon.
Lors de son adoubement, le nouveau chevalier recevait les armes, signes de son état : l'épée et les éperons symboles de son rôle de guide et de chef.

 

Garnement

 

A l'origine, garnement signifie tout ce qui peut offrir une protection : vêtement, équipement et même forteresse. A la fin du Moyen Age, le mot évolue dans le sens de souteneur. Aujourd'hui, de mauvais garçon, le garnement désigne maintenant un enfant, un adolescent. On connait surtout l'expression dans méchant garnement.

 

Gresser la patte

 

Sens : donner illégalement de l'argent à quelqu'un pour obtenir quelque chose.

 

Un gringalet

 

Sens : homme ou garçon un peu chétif.
Ce mot viendrait d'un vieux mot suisse signifiant "minus, demi-portion".
 
Jeter aux oubliettes

 

Les oubliettes étaient les cachots souvent aménagés dans le sous-sol des donjons. Les seigneurs peu scrupuleux oubliaient parfois ceux dont ils voulaient se débarrasser.
Aujourd'hui, on jette aux oubliettes les projets de réformes ou les bonnes résolutions qui ne voient jamais le jour.

 

Jeter le gant

 

Au Moyen Âge, le gant avait une forte valeur symbolique. Il représentait le seigneur lui-même et son pouvoir. Le vassal remettait en signe d'hommage son gant droit à son suzerain. Un chevalier qui en défiait un autre au combat lui jetait son gant. Le relever signifiait que l'on acceptait de se battre. Aujourd'hui, l'expression signifie lancer, accepter un défi.

 

Jugement de Dieu

 

Au Moyen-Age, quand les lois n'étaient pas toujours claires, les juges pas toujours intègres et les moyens d'exécution pas toujours efficaces, on s'en remettait souvent au "Jugement de Dieu".

 

L'accusé pouvait, par exemple être tenu de tremper la main dans l'huile bouillante en jurant qu'il était innocent, tout en devant la ressortir intacte. Ou encore, les parties pouvaient régler leur différend dans un combat à la lance ou en chevalerie. Dieu alors était supposé prendre fait et cause pour la justice et faire triompher celui qui avait raison.

 

Jurer comme un templier

 

Sacrer comme un chartier ou comme un templier.
L'ordre des Templiers fut fondé au XIIe siècle pour assurer la garde des lieux saints et la protection des pèlerins. Les chevaliers du Temple étaient des moines-soldats. Néanmoins, les mœurs militaires semblent l'avoir emporté sur les vertus monastiques.
L'ordre des Templiers devint aux XIIIe et XlVe siècles si riche et si puissant qu'il suscita bien des jalousies. En particulier celle du roi Philippe le Bel, qui fit abolir et disperser l'ordre.

 

Laid comme les sept péchés capitaux

 

Les sept péchés capitaux sont l'orgueil, l'avarice, l'envie, la gourmandise, la luxure, la colère et la paresse ainsi nommés parce que sources de tous les autres péchés. Ils étaient souvent représentés par des figures contrefaites sur les murs des cathédrales.

 

L'habit ne fait pas le moine

 

Un des plus anciens proverbes de la langue française.
Sens : il ne faut pas se fier aux apparences qui sont souvent trompeuses.
Les gens du Moyen Âge avaient horreur du mensonge et de l'hypocrisie. Chacun devait avoir l'air de ce qu'il était vraiment. Les costumes indiquaient de façon précise le rang social de chacun. Les femmes ne pouvaient porter des vêtements d'homme, vice et versa.

 

Les loups-garous

 

Présents déjà dans l'Antiquité, (voir Pétrone et son Satiricon), la croyance arriva jusqu'au Moyen Âge et se répandit d'autant plus que les loups devinrent très nombreux. Les versipelles prirent le nom de loups-garous, garou signifiant à lui seul homme-loup. Il apparaît dans de nombreux contes modernes, signataire d'un pacte avec le diable, et profitant de l'impunité que lui assure son apparence animale pour assouvir ses mauvais instincts.

 

Malin comme un singe

 

Au Moyen Âge, malin signifiait "mauvais, méchant", c'était, comme aujourd'hui encore, un des noms du diable. Le singe que l'on trouvait très laid passait pour un animal diabolique. Vers la fin du XVIIIe siècle, l'adjectif malin prit le sens que nous lui connaissons : astucieux, futé, réhabilitant ainsi les pauvres singes.

 

Un méchant garnement

 

A l'origine, garnement signifie tout ce qui peut offrir une protection : vêtement, équipement et même forteresse. A la fin du Moyen Âge, le mot évolue dans le sens de souteneur. Aujourd'hui, de mauvais garçon, le garnement désigne maintenant un enfant, un adolescent.

 

Merci

 

Au Moyen Âge, merci signifiait "grâce, pitié" de là les expressions :
Crier, demander merci - le chevalier vaincu reconnaissait sa défaite et implorait la pitié du vainqueur.
Être à la merci de: être au pouvoir de quelqu'un de telle manière qu'il soit libre de vous accorder sa grâce ou de vous la refuser.
Dieu merci! : par la grâce, la faveur de Dieu.
Sans merci : impitoyable (littéralement : sans que l'un des partis en présence puisse demander merci).

 

Mettre Flamberge au vent

 

Invitation ironique à tirer l'épée et à se jeter dans la bataille sans réfléchir. À l'époque des chansons de geste, il y avait quatre vaillants chevaliers : les Quatre Fils Aymon. L'aîné des quatre frères s'appelait Renaud de Montauban. Il possédait une épée prestigieuse, Froberge, aussi redoutable que Durandal, celle de Roland. Au cours des siècles, le nom de Froberge devint un nom commun et s'altéra en flamberge, sans doute sous l'influence des mots flamme, flamboyer, etc. L'expression n'est plus utilisée aujourd'hui qu'ironiquement principalement pour se moquer des démonstrations spectaculaires d'héroïsme.

 

Mettre la table

 

Expression quotidienne qui nous est familière mais incorrecte. Il faudrait dire "mettre le couvert", puisque nos tables ne voyagent plus dans la maison. Au Moyen Âge, les pièces n'avaient pas, comme aujourd'hui, des fonctions très distinctes et la même salle pouvait servir de pièce commune, de salle à manger et de chambre. Aussi, le plus souvent, on " mettait la table " à l'heure des repas, c'est-à-dire que l'on apportait une grande planche et des tréteaux. D'où l'usage, chez les seigneurs, de belles nappes destinées à cacher la pauvreté du mobilier.

 

Mettre en rang d'Oignon

 

Sens : plusieurs personnes qui sont rangées sur une même ligne.
Rien à voir avec le jardinage et avec les plants d'oignons soigneusement rangés ! L'expression vient en fait d'un grand maître de cérémonies à la cour de Henri II de Valois, Artus de la Fontaine Solaro, baron d'Oignon et seigneur de Vaumoise, qui assignait leurs places aux seigneurs. Il avait coutume de s'écrier : "serrez vos rangs, Messieurs, serrez vos rangs"... et les seigneurs de se moquer des rangs d'Oignon.

 

Mettre sa main au feu

 

Affirmer énergiquement quelque chose, au point d'y risquer sa main rappelant les lointains jugements de Dieu de l'époque médiévale. Lorsqu'un accusé ne pouvait faire la preuve de son innocence, il pouvait être plongé dans l'eau, pieds et poings liés. S'il surnageait, c'était que l'eau - élément pur et béni de Dieu - le rejetait. S'il coulait comme une pierre, il était innocent... mais parfois noyé! On pouvait également lui plonger la main dans l'eau bouillante, ou le faire saisir un fer rouge. Innocent, Dieu le protégeait et il sortait indemne de l'épreuve. Le plus souvent, il suffisait que la victime guérisse vite ou survive quelques jours pour qu'elle soit - un peu tard! - innocentée.

 


D'un air à la fois satisfait et mécontent ou à la fois sérieux et plaisant. A l'origine, il devait s'agir de "mêlé de bon et de mauvais".

 

Monter sur ses grands chevaux

 

Se mettre en colère et parler avec autorité, prétention. C'et être prêt à se faire faire raison avec l'épée et la lance.

 

Partir en croisade

 

Le Moyen Âge a vu de nombreuses croisades, les départs furent presque ininterrompus pendant plus de deux siècles. Une foule immense, composées de chevaliers et d'hommes de guerre, d'artisans, de paysans, de moines et de pèlerins de toutes conditions se mirent en route, poussées par la foi et l'enthousiasme. Parfois aussi par l'attrait du pillage! Aujourd'hui, ceux qui partent en croisade n'ont plus à parcourir des milliers de kilomètres. Mais il leur faut souvent beaucoup de courage pour se lancer dans des luttes difficiles en faveur de causes justes. Les journaux parlent ainsi souvent, d'une manière à peine imagée, de croisades contre la drogue ou contre la misère.

 

Payer en monaie de singe

 

Jadis, le pont qui relie l'île de la Cité à la rue Saint-Jacques, dit Petit Pont (il porte encore ce nom aujourd'hui), était payant. Mais les jongleurs qui exhibaient des singes savants étaient dispensés du péage à condition qu'ils fassent leur numéro devant le péager. Aujourd'hui, payer en monnaie de singe (on dit aussi payer en gambades) signifie payer en plaisanteries et grimaces, payer de paroles, voire en fausse monnaie. La réputation du singe, habile imitateur de l'homme, n'est sans doute pas étrangère à ce dernier sens.

 

Pays de cocagne

 

L'ordinaire des repas au Moyen Âge se compose souvent de pain, de légumes. Même le porc reste un luxe réservé aux grandes occasions. Seuls les seigneurs et les bourgeois goûtent aux viandes rôties, aux plats en sauce richement épicés, aux sucreries. Le pays dénommé Cocagne était celui où chacun aurait eu de tout en abondance.

 

Pile ou face

 

Sous le règne de Saint-Louis, on comptait encore dans le royaume plus de quatre-vingts seigneurs particuliers qui avaient le droit de battre monnaie. Mais il n'y avait que le roi qui eut le droit de faire frapper des pièces d'or ou d'argent. Sur l'une des faces de la monnaie royale, il y avait une croix, et sur l'autre, des piliers, ce qui a fait que, longtemps, les côtés des monnaies se sont nommées croix ou pile. Par la suite, les rois français décidèrent de faire figurer leur propre face à la place de la croix, et leurs armes et la valeur de la pièce de l'autre. Mais le mot pile est resté pour un côté et face pour l'autre.

 

Pluevoir des hallebardes

 

L'expression, à défaut d'eau, a fait couler beaucoup d'encre! On croyait jadis que la forme et la trajectoire de grosses gouttes de pluie avaient pu évoquer ces longues armes de la fin du Moyen Âge que sont les hallebardes. Il existe cependant une autre piste, plus savante. Au XVIe siècle, en argot, le mot "lance" désignait l'eau. De la lance à la hallebarde, il n'y avait qu'un pas qui fut peut-être franchi, un jour de pluie, par un pertuisanier facétieux.

 

Une poire d'Angoisse

 

L'objet était à l'origine une poire de fer que l'on introduisait dans la bouche d'un prisonnier pour l'empêcher de parler. Mais cette sorte de bâillon, qui maintenait très écartées les mâchoires de la victime, était en fait un véritable instrument de torture et les malheureux étaient donc forcés d'obéir s'ils voulaient être délivrés et ne pas mourir de faim. De nos jours, heureusement, les poires d'angoisse ne sont plus utilisées que sous la forme d'image pour désigner de vives contrariétés.

 

La pomme d'Adam

 

Adam put résister à la tentation et mordit goulûment dans le fruit de l'Arbre du Bien et du Mal. Un morceau lui en resta en travers du gosier, et l'on peut encore le voir aujourd'hui chez tous ses descendants : c'est la pomme d'Adam, appelée de nos jours saillie du cartilage thyroïde.

 

Pousser des cris de Mélusine

 

Mélusine, comme toutes les fées, était d'une rare beauté, mais avait été condamnée, à la suite d'une terrible malédiction, à se transformer en serpente tous les samedis. Elle voulut néanmoins vivre la vie et les bonheurs d'une simple mortelle et pour cela offrit sa main à Raimondin, un jeune chevalier du Poitou. A ce mariage, la fée ne posa qu'une condition: jamais son époux ne chercherait à la voir le samedi. Raimondin consentit à tout et le mariage fut célébré. Très vite, Mélusine apporta à son mari une immense prospérité, elle fit construire de superbes châteaux et lui donna dix fils. Tout allait pour le mieux entre les époux, bien qu'après de nombreuses années l'inévitable se fût produit. Poussé par la curiosité, Raimondin avait épié sa femme et surpris son secret. Mais il avait gardé le silence et Mélusine feignait d'ignorer son indiscrétion. Or, un jour, un des fils de Mélusine et de Raimondin, Fromont, voulut devenir moine. Cette décision rendit furieux son frère Geoffroi à la Grande Dent (ainsi nommé car l'une de ses dents était démesurée, le faisant ressembler à un sanglier). Il mit le feu au monastère, faisant ainsi périr Fromont et de très nombreux moines. La douleur de Raimondin n'eut d'égale que sa colère. Quand Mélusine apparut dans la grande salle du donjon, en larmes, devant tous leurs vassaux, il la traita de sale serpente, de qui rien ne pouvait sortir que de mauvais. L'interdit était violé. Dans la consternation générale, la fée reprit aussitôt sa forme surnaturelle et disparut en poussant des cris lamentables. Elle ne revint jamais. Mais à Lusignan, dans le Poitou, on raconte qu'à chaque fois qu'un malheur allait frapper sa famille, Mélusine l'annonçait par ses cris. Des cris de Mélusine sont donc des cris perçants, semblables à ceux que pousse la fée quand elle revient hanter son château.

 

Prendre des vaissies pour des lanternes

 

Quoique de forme voisine, une lanterne et une vessie sont néanmoins des objets fort différents et les confondre est depuis longtemps considéré comme la pire des méprises. (Les vessies dont il est question ici sont des vessies de porc: gonflées d'air, elles pouvaient servir de ballons ou bien, vides, de sacs étanches.) L'expression est ancienne, puisqu'on la trouve dès le XIIIe siècle. Il s'agissait d'un calembour : en ancien français, vessie et lanterne avaient à peu près le même sens figuré : une lanterne était un conte à dormir debout et une vessie une chose creuse, une bagatelle. La sottise de celui qui prend des vessies pour des lanternes n'est donc pas de confondre deux objets très différents, mais d'accepter une ânerie plutôt qu'une autre !

 

Promettre monts et merveilles

 

Faire des promesses mirifiques. Au cours du temps, on a dit aussi promettre la lune, chiens et oiseaux, plus de beurre que de pain... L'origine de cette expression n'est pas anecdotique. Aucun conquérant n'a jamais promis à ses troupes de merveilleux royaumes au-delà des monts. Comme le fit le général carthaginois Hannibal, qui fit espérer à ses soldats, du haut des Alpes, la possession de Rome. On disait, au Moyen Âge, de quelqu'un qui promettait monts et merveilles, qu'il promettait les monts et les vaux (c'est-à-dire les vallées). Dans la suite des temps, par un goût pour la répétition, typique de l'ancien français, l'image a été oubliée et les merveilles ont pris la place des vaux, renforçant ainsi le sens du mot mont, au lieu de le compléter comme précédemment. L'ancien français adorait ces couples de mots, de sonorités voisines et de sens proches. Curieusement, beaucoup nous sont parvenus: bel et bien, sain et sauf, sans foi ni loi, sans feu ni lieu, tout feu tout flamme...

 

Prud'hommes et prudes

 

De nos jours, le prud'homme est membre d'un tribunal constitué de représentants des salariés et des employeurs et chargé de régler les conflits du travail. Le mot avait jadis une signification bien plus large. Un prud'homme était un homme preux, c'est-à-dire plein de valeur. Mais cette valeur n'était pas seulement militaire. Un ermite pieux, un bourgeois honnête et avisé, un vieux et sage chevalier étaient des prud'hommes. Un chevalier courageux mais écervelé ne méritait pas ce titre. L'équivalent féminin du prud'homme était la prudefemme.

 

Qui va à la chasse perd sa place

 

La "chasse" est un point particulier du jeu de paume. Lorsque cette chasse est obtenue les joueurs changent de côté. Le joueur au service... "perd sa place" favorable. L'origine de cette expression ayant été oubliée, elle a pris par la suite le sens qu'on lui connait.

 

Renard

 

Au début du Moyen Âge, le petit animal roux que nous connaissons sous le nom de renard s'appelait encore goupil, du latin vulpes.
Or vers 1170 - 1180, commencèrent à paraître des récits racontant les aventures d'un certain Renart, goupil de son état. Ce Renart était un petit baron, sujet du roi Noble, le lion, et parent du loup Ysengrin. Chétif et menu, il compensait sa faiblesse physique par une ruse quasi démoniaque. Il n'y avait pas d'animal qui n'eût à se plaindre de lui! Le roi lui-même était sa victime, mais son souffre-douleur favori restait le gros et fort Ysengrin.
Une fois, Renart exigea sa peau pour réchauffer le roi malade. Une autre fois, il le fit pêcher dans un étang gelé où le pauvre loup laissa sa queue. Une autre fois encore, il le fit tomber dans un puits. Bref, il le trompait, l'humiliait de toutes les manières. Et Renart, comme nos héros modernes, sortait toujours vivant des situations les plus délicates.
Le succès du Roman de Renart fut immense. Du XVe siècle à la fin du Moyen Âge, chacun se délecta des méchants tours du goupil. Les paysans se racontaient ses aventures à la veillée et retrouvaient avec plaisir dans ces récits leur vie quotidienne. Les seigneurs écoutaient les mêmes contes de la bouche des jongleurs qui allaient de château en château. Et les plus savants, les clercs, lisaient eux-mêmes dans les manuscrits les mille et un tours de Renart.
La popularité du personnage fut telle que petit à petit tous les goupils furent appelés Renart (mot que nous écrivons aujourd'hui avec un "d").

 

Rester sur le carreau

 

Le sol d'un jeu de paume était autrefois constitué de carreaux, qui auraient donné le nom au sol même du jeu. L'expression "rester sur le carreau" est devenue symbole de la chute de l'adversaire. Soit qu'il tombe en voulant rattraper la balle, soit simplement qu'il perde la partie.

 

Revenons à nos moutons

 

Expression que l'on utilise lorsqu'on souhaite ramener au vif du sujet une conversation qui s'égare. L'expression est empruntée à la Farce de Maître Pathelin, une comédie du XVe siècle qui connut un très grand succès.

 

Rompre une lance

 

Dans les tournois médiévaux, les combattants s'affrontaient à la lance, chacun cherchant à désarçonner son adversaire. Celui qui résistait au choc et brisait contre son écu la lance ennemie marquait un point. Rompre une lance (on dit aussi rompre des lances) avec quelqu'un signifie donc lutter contre lui, l'affronter dans une joute (encore un mot du Moyen Age!), de nos jours souvent purement oratoire.

 

Revenons la paille

 

Rompre un marché, un accord, se brouiller avec quelqu'un. L'expression est issue du droit féodal et rappelle une coutume très ancienne. Quand un suzerain cédait une terre, ou que quelqu'un vendait un bien quelconque, le vassal ou l'acheteur recevait un fétu de paille en signe de l'accord conclu. La rupture du gage symbolisait celle de l'accord, et le mécontent rompait alors la paille comme il déchire aujourd'hui le contrat.

 

Ronger son frein

 

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Jehanne - dans Le Langage

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