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25 octobre 2007 4 25 /10 /octobre /2007 12:28
Festins et banquets.




Dans un monde qui, aux XIVe et XVe siècles, est souvent tenaillé par la faim, les châteaux et les somptueux palais urbains de l'aristocratie apparaissent comme autant d'îlots de goinfrerie. Manger plus et manger mieux sont en effet des privilèges de ce groupe social, qui trouve dans les événements les plus variés de nombreuses occasions de ripailles.



Manger plus.


Une table bien fournie est un indéniable signe de pouvoir et de distinction sociale. Les qualités d'ostentation et de prodigalité que doit posséder tout seigneur se manifestent en premier lieu dans l'abondante nourriture qu'il fait servir à ses invités. Cette nourriture est si copieuse qu'une partie ne peut être consommée lors du festin et sera donc redistribuée aux pauvres alentour, en conformité avec une autre valeur aristocratique : la largesse. Rien d'étonnant à ce que certaines rations théoriques déduites des comptes atteignent 4 à 5 000 calories par jour, soit le double du minimum vital et bien plus que ce qui est considéré comme nécessaire à un travailleur de force. En revanche, les serviteurs qui eux travaillent vraiment n'ont droit qu'à des portions diminuées.


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Manger mieux.


Non content de se réserver les plus gros morceaux, le maître de maison fait aussi main basse sur les meilleurs morceaux. À commencer par les volatiles, sauvages ou domestiques, aliments distinctifs par excellence : parce qu'ils peuvent voler et se trouvent ainsi placés au-dessus des autres animaux, ils semblent particulièrement adaptés à ceux qui dominent la société. D'autre part, leur chair, réputée peu nutritive par les médecins de l'époque, est vivement recommandée aux personnes oisives. Au seigneur revient aussi l'épaule d'agneau, pièce de choix qui nécessite une complexe préparation : sa chair est hachée et mélangée à du fromage et à des épices, puis remise autour des os et enveloppée d'une crépine ; ainsi reconstituée, l'épaule est mise à griller, après qu'on l'a dorée au jaune d'œuf – quand on ne la finit pas à la feuille d'or ! Voilà un plat tout indiqué pour l'une des nombreuses fêtes qui ponctuent la vie aristocratique.


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Fêtes gourmandes.


Toute occasion est bonne pour améliorer l'ordinaire. Aux traditionnelles fêtes chrétiennes (Noël, Pâques, Pentecôte, Fête-Dieu) et aux fêtes familiales s'ajoutent des circonstances exceptionnelles. L'inhumation d'un roi ne se passe pas sans banquet, le sacre de son successeur encore moins : en 1328, celui de Philippe VI de Valois mobilise non seulement les poissonniers de Reims, mais aussi des marchands de Malines ou de Compiègne. Tous concourent à fournir aux cuisiniers les plats inventifs qui pourront éblouir des convives fort impressionnés par l'étiquette de la table et celle du service.


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L'ordre des mets.



Les plats fort goûteux que confectionnent les maîtres-queux des grandes maisons prennent place à différents moments du repas, qui constituent autant de services. Dans un festin de quelque tenue, le service des rôtis succède ainsi à celui des potages, terme qui désigne toutes sortes de mets mijotés que l'on mange souvent dans une écuelle. Viennent ensuite les entremets et une série de mets qui concluent les agapes : desserte, issue et "boute-hors", littéralement "pousse-dehors". À chacun des services on dispose simultanément sur la table plusieurs mets : il n'est donc pas possible à chaque convive de goûter à tous les plats, qui sont trop nombreux pour cela. Les invités les plus modestes en sont ainsi réduits à manger les plats qui se trouvent au plus près d'eux, et qui, on l'imagine, ne sont pas forcément les meilleurs. Ils doivent aussi affronter les désagréments de la promiscuité.


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Les bonnes manières.


Des traités expliquent aux jeunes nobles ou aux jeunes clercs les obligations qu'entraîne le partage des récipients et des couverts. Ce sont en effet deux convives qui se partagent le plus souvent un même récipient à boire, une même écuelle ou un même tranchoir, ce morceau de pain rassis posé sur une planche qui sert d'assiette improvisée. Ne pas remettre dans le plat le mets dont on a déjà goûté, ne pas offrir à son voisin un morceau entamé, saler sa viande sur le tranchoir et non pas la tremper dans la salière, s'essuyer la bouche avant de boire au hanap, enfin ne pas repasser à son voisin une coupe de vin entamée dans laquelle on a trempé des tranches de pain : autant de préceptes de bon sens. Les règles d'hygiène sont encore plus strictes lorsqu'il ne s'agit plus seulement de manger mais de servir.


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Le rituel du service.


Nourrir le seigneur ou le souverain est une tâche à laquelle les nobles sont préparés dès l'adolescence : servir est un honneur, par exemple pour l'écuyer tranchant qui coupe la viande avec un art consommé. De nombreux officiers, l'échanson, le sommelier, etc., se partagent la rude tâche de choisir le vin du maître ou de ses convives de marque, de le mélanger à de l'eau et de vérifier qu'il n'est pas empoisonné. Le vin, en effet, ne se boit pas pur. Quant à la hantise des empoisonnements, elle est très vivace dans les cours de la fin du Moyen Âge. Pour la prévenir, on fait confiance à des réactifs, telle la corne de licorne (en réalité une défense de narval) : la virginité de cet animal mythique est censée faire bouillonner tout liquide infecté de venin.


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Le banquet du Faisan.



La cour de Bourgogne a développé une étiquette de la table sans précédent par son raffinement et sa ritualisation. Elle fait de chaque banquet un spectacle permanent. Le plus célèbre, auquel assistèrent d'ailleurs des centaines de convives et de spectateurs, est le banquet du Faisan, tenu à Lille en 1454. Avant même que le repas ne démarre, les invités peuvent admirer, dans la salle même où il a lieu, la statue d'une femme nue aux pieds de laquelle est couché un lion ; la plus belle vaisselle du duc est exposée à leurs yeux sur un buffet. Déjà sont installés sur les tables des "entremets" peints sur du métal, du bois et du papier. Ces véritables pièces montées représentent une ville, un château ou bien un personnage (par exemple, saint Georges terrassant le dragon).



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Banquet et représentation du pouvoir.


Tout au long du banquet du Faisan, des acteurs ou des musiciens sont venus réciter un texte, chanter ou bien mimer une histoire : ce sont les entremets "mouvant et allant". Ils tracent un véritable programme politique, centré sur la croisade et exaltant la puissance ducale. Les scènes dramatiques racontent comment Jason a conquis la Toison d'or, et rappellent par là même l'Orient (but de la croisade) et l'ordre de chevalerie que vient de fonder le duc ; une dame déguisée en sainte Église et gardée par un géant "sarrasin" se plaint longuement des maux qui l'assaillent, avant que ne soit présenté le faisan (oiseau supposé venir d'Asie Mineure). C'est sur cet oiseau que chacun a fait vœu de se croiser et c'est lui qui a donné son nom au banquet de Lille. Ainsi, le festin sert autant à éblouir et mobiliser les invités qu'à les nourrir.


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Source Bibliothèque Nationale de France.



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Jehanne - dans L'Alimentation
25 octobre 2007 4 25 /10 /octobre /2007 12:18
Gastronomie médiévale chez les paysans.



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Les paysans forment les neuf dixièmes de la population mais il est très difficile de reconstituer leur alimentation. Ils n'ont pas laissé d'archives et lorsque – par chance pour l'historien – un notaire franchit leur porte, il ne prend la peine de noter que les objets de quelque valeur : or, la demeure paysanne n'en contient pratiquement pas. Rares aussi sont les réserves de céréales ou d'huile, dans un monde où il n'est pas évident d'assurer la nourriture quotidienne. De ces maigres écrits et des fouilles de villages médiévaux – sur lesquels les nôtres ont été construits – se dégage l'impression d'une grande précarité.


Une alimentation fragile.



Tous n'ont pas l'assurance d'une nourriture suffisante. Si famines et disettes ont pratiquement disparu grâce à l'optimum climatique des XIe-XIIIe siècles, la multiplication des hivers froids et des étés "pourris" les fait réapparaître à la fin du Moyen Âge. Les terroirs ne peuvent plus s'étendre et il n'est donc pas possible de répondre aux besoins d'une population toujours plus nombreuse. La disette est inévitable et les ravages de la guerre de Cent Ans, la pression fiscale qui en découle et la mauvaise organisation des transports l'aggravent encore. Les paysans sont d'autant plus exposés à ces difficultés que leur ration alimentaire est dangereusement déséquilibrée.


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Le primat des céréales.


Partout dominent les céréales. En temps normal, la ration quotidienne de pain peut monter jusqu'à plus d'un kilogramme par personne. Ces énormes quantités de céréales procurent l'essentiel des calories, conduisant à de graves déséquilibres nutritionnels. La carence en vitamine A, exclusivement fournie par des produits animaux, entraîne des risques de cécité. La préférence pour le pain blanc, débarrassé de son, multiplie les cas de pellagre, affection cutanée. Déterminé à assurer coûte que coûte son pain quotidien, le paysan ne sépare pas toujours le bon grain de l'ivraie, qui contient un alcaloïde puissant. Les années humides, de plus en plus nombreuses, favorisent enfin la prolifération d'un parasite installé dans l'épi de seigle dont les effets neurologiques sont destructeurs : les victimes de l'ergotisme perdent souvent leurs membres, noircis par le mal.



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Les nourriture de famine.


Lorsqu'il n'est plus du tout possible de faire du pain, il faut bien se résoudre à consommer un peu n'importe quoi. C'est le cas en 1438, où même les légumes verts viennent à manquer à Paris – en réalité ils sont si chers que la plupart ne peuvent se les procurer. Les plus pauvres en sont réduits à cueillir des orties, qu'ils font cuire sans matière grasse, seulement à l'eau salée. Car les ressources offertes par la nature sauvage sont abondantes. Au-delà de la ceinture des champs et des jardins, les bois, prairies, landes et cours d'eau offrent les produits de la cueillette, de la chasse et de la pêche. Mais les seigneurs ruraux accumulent les restrictions à leur usage : les forêts sont transformées en réserves de chasse et les retenues sur les rivières créent des étangs dont les poissons font l'objet d'une exploitation rationnelle et intensive.


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Manger à  sa faim.

Si l'on met à part les mauvaises années – nombreuses il est vrai –, la situation alimentaire du paysan est sans doute meilleure vers 1450 qu'elle ne l'était vers 1250. La chute de la population a entraîné une extension des espaces incultes. Les progrès de l'élevage ont accompagné la croissance de la consommation de viande : les XIVe et XVe siècles sont des siècles carnassiers, comme on n'en retrouvera plus de sitôt.
Le régime des rustres est donc devenu plus varié et, quoique délicates à établir, des rations quotidiennes d'environ 3 000 calories ne sont pas improbables. Cela n'empêche nullement les romanciers, les chroniqueurs et les artistes, qui méprisent les paysans, de les considérer toujours comme des mangeurs d'aulx et d'oignons – sans doute les aliments les plus vils que l'on puisse imaginer dans le système de valeurs du Moyen Âge !


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Source Bibliothèque Nationale de France.

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Jehanne - dans L'Alimentation
24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 14:11
Kingdom of Heaven, le royaume des cieux.



Mai 2005 : Ridley Scott, auteur de remarquables films épiques ( Blade Runner, Alien , Gladiator), s'est remis à la tâche avec un sujet périlleux entre tous, les croisades. Son nouveau film d'épopée est une représentation plutôt exacte des croisades.

Le Royaume des Cieux (Kingdom of Heaven) est une oeuvre artistique plutôt fidèle à la réalité historique, à part quelques artifices justifiés par la mise en scène. Une belle leçon d' Histoire des croisades, loin des clichés et des slogans.

Tout est vrai dans l'atmosphère sociale, les clivages politiques, l'état d'esprit des contemporains,...

Seules concessions au «politiquement correct» contemporain: le cinéaste passe sous silence la foi sincère qui animait la plupart des croisés. Il exagère aussi le poids des Templiers dans les affaires de Palestine et les présente tous sans distinction comme des brutes fanatiques.

Tout est (presque) vrai aussi dans le récit des événements et les personnages.

Même le héros Balian d'Ibelin est conforme au portrait qu'en donnent les chroniqueurs de l'époque, quoique moins âgé qu'il n'était en réalité à l'époque des faits.

Le film se déroule dans les années 1180-1187. Voici ci-dessous le récit de ces années... À vous de discerner les quelques libertés qu'a prises le cinéaste avec l'Histoire officielle !

Pour approfondir le sujet, je vous invite à lire L'épopée des croisades (Perrin), le chef-d'oeuvre de l'historien René Grousset (1885-1952).


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Les clés du Royaume des Cieux

Ridley Scott a choisi de retracer la période la plus cruciale des croisades, celle qui a vu Jérusalem retomber aux mains des musulmans après 88 ans de domination chrétienne.

Nous sommes dans les années 1180. En Occident, les hommes voient leur sort rapidement s'améliorer (contrairement à ce qui est dit dans le film). La paix et la prospérité vont de pair avec l'expansion de l'art gothique.

En Orient, voilà plus de 80 ans que Jérusalem a été enlevée aux Turcs par quelques milliers de guerriers francs venus de toute l'Europe occidentale.

Les croisés s'étaient donné pour objectif de délivrer le tombeau du Christ mais aussi de sauver l'empire romain d'Orient et sa capitale Byzance, menacés par l'irruption des Turcs.

Ayant atteint leur objectif, beaucoup sont restés sur place. Ils ont établi en Palestine et en Syrie le système féodal, avec de puissantes baronnies et un royaume de Jérusalem.

Au fil des années, ces croisés se sont assimilés à la population locale, en épousant des filles arméniennes, grecques ou syriaques, et en donnant naissance à des enfants de culture mixte appelés «poulains».

Un flux permanent de pèlerins en armes, venus d'Occident par terre et par mer, les aide à défendre leurs territoires contre les musulmans.

Les nouveaux arrivants, impatients d'en découdre avec les infidèles, ne cachent pas leur mépris pour les croisés de Palestine et les «poulains». Ils ne comprennent pas leurs rapports souvent cordiaux avec les voisins turcs ou arabes.

Il est vrai que les États francs de Palestine, coincés entre l'Égypte et la Syrie musulmanes, sont obligés de ménager l'une et l'autre. En évitant les provocations inutiles et par un jeu subtil d'alliances, le roi de Jérusalem fait en sorte d'empêcher leur union.

Malheureusement, cette union tant redoutée survient en 1174 sous l'égide d'un chef providentiel, le kurde Saladin (37 ans), en partie à cause de la mésentente entre les croisés.

La même année, le roi de Jérusalem meurt et c'est son fils qui hérite du trône sous le nom de Baudouin IV. Il est beau, pieux et courageux. Mais il n'a que 13 ans et l'on va découvrir bientôt qu'il est atteint de la lèpre.

Le jeune homme préserve le royaume avec courage et grandeur d'âme, se faisant porter au besoin sur le champ de bataille en litière. A plusieurs reprises, la vue de celle-ci suffit à mettre en déroute l'ennemi.

Le Roi lépreux entretient des rapports d'estime avec son ennemi Saladin, comme lui empreint de sentiments chevaleresques. Il poursuit la sage politique de son père avec le concours de son conseiller, Raimon III de Tripoli, seigneur de Tibériade (celui-ci est appelé Tiberias dans le film de Ridley Scott, d'après le nom anglais de Tibériade).

En prévision de la mort prochaine du roi, on cherche à remarier sa soeur Sibylle. Cette jeune veuve est la mère d'un nourrisson appelé à succéder à son frère sur le trône.

Émancipée comme le sont les princesses et les reines de cette époque, à l'image d' Aliénor d'Aquitaine, Sibylle choisit sur un coup de tête d'épouser un cadet sans fortune fraîchement débarqué du Poitou. Il a nom Gui (ou Guy) de Lusignan et son seul atout est d'être le plus beau chevalier de son temps. Faible de caractère et lâche par ailleurs.

Quand le 16 mars 1185, le malheureux et digne Baudouin IV rend enfin son âme à Dieu, Raimon de Tripoli et les barons du royaume tentent d'empêcher Gui de Lusignan de prendre le pouvoir.

Mais ils sont bernés par ce dernier, qui s'empare de la régence au nom de Baudouin V, fils de Sibylle, avant de lui succéder sur le trône. Pour sa prise de pouvoir, Gui bénéficie de la complicité intéressée de trois brigands de haut vol:
- Héraclius, patriarche ou évêque de Jérusalem; fornicateur, cupide, viveur et lâche, indigne représentant de l'Église,
- Gérard de Ridefort, grand-maître de l'Ordre des Templiers, conspirateur qui poursuit d'une haine insatiable Raimon III de Tripoli et n'hésitera pas à trahir son camp pour lui nuire,
- Renaud de Châtillon, prince d'Antioche; comme Lusignan, ce cadet doit sa bonne fortune à l'héritière de la principauté qui l'a épousé en raison de sa prestance et malgré les tares de son caractère.

Avide de pillages, Châtillon enfreint régulièrement les trêves conclues entre Francs et Turcs pour lancer des razzias  en terre musulmane. Il lui est même arrivé de lancer une expédition en direction de La Mecque.

Renaud ayant une nouvelle fois attaqué une caravane, Saladin demande réparation à Lusignan, lequel refuse. C'est la guerre générale.

Saladin se met en marche avec toute son armée en mai 1187. Une dernière tentative de conciliation menée par Raimon III de Tripoli échoue du fait des Templiers.

150 de ceux-ci, menés par Gérard de Ridefort, attaquent une colonne pacifique de quelques milliers de soldats musulmans. Tous les Templiers sont tués à l'exception de trois... dont, hélas, Ridefort.


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Saladin met alors le siège devant la ville de Tibériade, sur les bords du lac du même nom.

Parmi les assiégeants figurent la femme et les enfants de Raimon III de Tripoli.

Ce dernier, par devoir, rejoint Lusignan et le supplie de ne pas tenter de sauver la ville. La route jusqu'à Tibériade est désertique, sans point d'eau, et l'armée des croisés serait anéantie avant d'atteindre le lac...

Lusignan se rallie à son avis... l'espace de quelques heures. La nuit venue, Gérard de Ridefort convainc le roi de se mettre en route malgré tout. On sonne le rassemblement. Bien que conscients de la folie de cette marche, les croisés se résignent.

Après une journée de marche en plein soleil, l'armée fait halte sur la colline de Hattîn, au-dessus des rives rafraichissantes du lac, interdites d'accès par Saladin. Le lendemain matin, 3 juillet 1187, la colline se trouve encerclée par les musulmans.

C'est le massacre. Presque toute la chevalerie franque perd la vie. Raimon III parvient toutefois à s'enfuir avec quelques chevaliers.

Le sultan s'empare de la relique de la Vraie Croix, une relique qui accompagnait les Francs sur tous les champs de bataille.

Il se comporte vis-à-vis des prisonniers avec une magnanimité relative, faisant seulement exécuter les 300 moines-soldats du Temple et de l'ordre des Hospitaliers...

Il épargne provisoirement le grand-maître Gérard de Ridefort. Celui-ci est conduit sous la tente du sultan avec deux autres prisonniers de marque, le roi lui-même et Renaud de Châtillon.

Le sultan tend une coupe remplie de sorbet à la glace à Lusignan, signifiant par ce geste d'hospitalité qu'il ne saurait tuer un roi, aussi indigne qu'il soit. Lusignan tend la coupe à son voisin, Renaud de Châtillon.

Colère de Saladin qui n'entend pas étendre son hospitalité au brigand. Le sultan tire son épée et brise l'épaule du prince d'Antioche. Des soldats entraînent le prisonnier hors de la tente et le décapitent.

Là-dessus, le sultan gagne la côte avec son armée en vue de s'emparer des ports et de prévenir le débarquement d'une nouvelle croisade. Il échoue devant Tyr, sauvée par l'arrivée providentielle d'un croisé énergique, Conrad de Montferrat.

Le 20 septembre 1187, l'armée musulmane se présente devant les murailles de la Ville sainte...


Le siège de Jérusalem

La ville, à la surprise de Saladin, s'est mise en état de défense, cela grâce à un chevalier qui faisait partie des prisonniers d'Hattîn. Ce chevalier est l'un des principaux barons palestiniens. Il s'appelle Balian d'Ibelin, du nom d'une localité du sud de la Palestine.

Balian est le type même du «courtois chevalier» si l'on en croit l'historien René Grousset. Il a épousé en secondes noces Marie Comnène, petite-nièce de l'empereur byzantin Manuel Comnène. C'est la deuxième épouse du roi de Jérusalem Amaury 1er et la belle-mère de Baudouin IV le Lépreux et Sibylle de Lusignan.

Comme beaucoup d'autres croisés de Palestine, Balian d'Ibelin nourrit des rapports courtois avec les musulmans, de sorte qu'il obtient de Saladin, après sa capture, le droit de rejoindre Jérusalem pour protéger sa femme.

En arrivant dans la Ville sainte, le baron est ému par la détresse de la population, grossie par les réfugiés des campagnes environnantes. Les malheureux craignent d'être massacrés ou au mieux réduits en esclavage par les vainqueurs de Hattîn.

Il prend en main la défense de la ville. Comme il manque de chevaliers et de guerriers professionnels, il adoube collectivement tous les hommes en état de se battre, autrement dit leur confère la qualité de chevalier avec les obligations qui s'y rattachent!

Pour prendre la ville, Saladin va devoir mettre en branle une douzaine de machines de siège. Ses sapeurs arrivent à percer une brèche dans la muraille.

Le patriarche Héraclius, dont la lâcheté le dispute à la cupidité, dissuade les assiégés de tenter une sortie. Balian sollicite alors une entrevue avec Saladin.

Ce dernier, irrité par la résistance des Francs, exige une reddition à merci et menace: «Je ne me conduirai pas envers vous autrement que vos pères envers les nôtres, qui ont tous été massacrés ou réduits en esclavage!»

A quoi Balian répond: «En ce cas, nous égorgerons nos fils et nos femmes, nous mettrons le feu à la ville, nous renverserons le Temple et tous ces sanctuaires qui sont aussi vos sanctuaires. Nous massacrerons les cinq mille captifs musulmans que nous détenons, puis nous sortirons en masse et aucun de nous ne succombera sans avoir abattu l'un des vôtres!».

Saladin, interloqué, accorde la possibilité aux chrétiens de se racheter à raison de dix besants pour les hommes, cinq pour les femmes, un pour les enfants.

Balian d'Ibelin prend alors le sultan par les sentiments et lui demande de fixer aussi un prix forfaitaire pour les pauvres.

Marché conclu à ce détail près que le grand-maître des Hospitaliers, sur qui l'on compte pour payer la rançon des pauvres, n'accepte de payer que pour 7.000 personnes, en condamnant 11.000 à 16.000 autres à l'esclavage!

Les cohortes de réfugiés sont conduites sous la protection des soldats de Saladin vers les ports de Tyr et de Tripoli, encore aux mains des croisés. Le patriarche Héraclius eut soin d'emporter avec lui tous les objets précieux des églises.

Entré le 3 octobre dans la Ville sainte, Saladin fait aussitôt abattre la croix dorée érigée 88 ans plus tôt au sommet du dôme de la mosquée d'Omar.

Puis il se rend sur la côte. Poussant l'ignominie à son comble, ses prisonniers Gui de Lusignan et Gérard de Ridefort ont le front d'exhorter les défenseurs des ports à se rendre.

Lusignan obtient bien plus tard le royaume de Chypre, enlevé aux Byzantins par Richard Coeur de Lion! Sa dynastie va régner sur l'île jusqu'en 1489. Ridefort reçoit quant à lui la juste récompense de ses forfaits. Il es torturé et exécuté dans sa cellule sur ordre de Saladin.

Ainsi prend fin la grande entreprise inaugurée par le pape Urbain II. Pendant un siècle encore, les chrétiens d'Occident vont tenter de reprendre Jérusalem mais sans vigueur ni succès.


Une réussite cinématographique

Le Royaume des Cieux (Kingdom of Heaven) apparaît comme une représentation très réussie de ce grand moment de l'Histoire.

L'atmosphère, les personnages et les faits apparaissent aussi vrais que possible. Une belle leçon d'Histoire. À voir absolument, en famille, de préférence en langue française (la langue que parlaient la plupart des croisés).

 

 


Source hérodote. net

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Jehanne - dans Divers
23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 22:09
De l'appel de Clermont au départ des croisés.

Les croisades commencent le 27 novembre 1095 lorsque le pape Urbain II invite les guerriers d'Occident à délivrer le Saint-Sépulcre et secourir les chrétiens d'Orient.

Le Saint-Sépulcre (le tombeau du Christ à Jérusalem) avait été détruit en 1009, sur ordre du sultan fatimide d'Égypte El-Hakim, dans un accès de fanatisme. Plus gravement encore, la Palestine avait été occupée en 1071 par les Turcs Seldjoukides, lesquels empêchaient depuis lors les pèlerins d'aller faire leurs dévotions à Jérusalem. De son côté, l'empereur chrétien de Byzance, bien qu'en froid avec le pape, attendait une aide militaire urgente pour résister à la pression turque. C'était pour les chrétiens d'Occident autant de raisons de prendre la route de Jérusalem, selon une tradition déjà bien établie.


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Le pèlerinage

En Europe, la tradition des pèlerinages remonte au lendemain du règne de l'empereur romain Julien l'Apostat (IVe siècle) : les fidèles désirent se rendre sur les lieux où Jésus a vécu et partent à pied sans se soucier du temps qu'ils mettront ni des souffrances qui les attendent. Ils veulent mettre en pratique les paroles du Christ : «Quiconque abandonnera son père, sa mère, son épouse, ses enfants et ses champs à cause de moi, recevra le centuple et possèdera la vie éternelle».

En 638, lorsque les musulmans s'emparent de Jérusalem, les pèlerinages continuent comme si de rien n'était. Il est vrai qu'ils assurent des revenus importants aux Orientaux.

Sous le règne des califes abbassides de Bagdad, des monastères relais se multiplient sur les routes des pèlerins pour apporter aide et secours à ceux-ci.

Vers l'an 880, le pape Jean VIII explique dans une lettre que les guerriers morts en combattant les païens ou les infidèles sont assurés d'accéder à la vie éternelle.

L'aspiration au salut éternel pousse tant les nobles que les paysans sur les routes de la Terre sainte. En 1054, par exemple, on dénombre 3.000 pèlerins de Picardie et de Flandre qui n'hésitent pas à affronter les dangers de la route et les attaques des Bédouins. En 1064, plusieurs centaines de pèlerins allemands, moins chanceux, conduits par l'évêque Gunther de Blamberg, sont massacrés par les Bédouins.

La coexistence pacifique des chrétiens d'Occident et des musulmans d'Orient est en voie de se terminer. Le 19 août 1071, la situation se transforme du tout au tout avec la victoire des Turcs sur les armées byzantines à Malazgerd. L'empereur byzantin Romain Diogène est fait prisonnier. LesTurcs s'emparent de Jérusalem, jusque là sous l'autorité des Arabes fatimides d'Égypte.

En dix ans, tirant parti des dissensions au sein des troupes chrétiennes, les Turcs enlèvent aussi l'Asie mineure aux Byzantins. Constantinople, la capitale de l'empire byzantin, n'est pas loin de tomber entre leurs mains.

En accourant à l'aide des chrétiens orientaux, les croisés d'Occident vont repousser de quatre siècles la chute de Constantinople.



Enthousiasme général.


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L'appel du pape tombe à pic et obtient un écho inespéré.

C'est que la «chrétienté» (ainsi appelle-t-on alors l'Europe occidentale), encore fragile et fruste, beaucoup moins avancée que les empires byzantin ou arabe, garde le souvenir des invasions hongroises et sarrasines du siècle précédent. Mais elle déborde d'énergie et commence à se sentir à l'étroit dans ses terres du bout du monde.

Depuis l'An Mil, cette chrétienté vit une grande époque de renouveau religieux. Les guerriers codifient leurs combats et respectent les trêves de Dieu avec plus ou moins bonne grâce. Bénéficiant d'une meilleure sécurité, les paysans améliorent leurs conditions de vie. La population se met à croître rapidement et beaucoup de jeunes gens peinent à trouver leur place dans leur région de naissance.

Dans les familles, les cadets reçoivent l'appel du pape Urbain II avec un enthousiasme d'autant plus débordant qu'ils entrevoient un champ d'aventures à la mesure de leurs frustrations.

L'idée de combattre les infidèles n'est pas nouvelle. Depuis Charlemagne, trois siècles plus tôt, les guerriers francs sont nombreux à combattre les musulmans au-delà des Pyrénées, aux côtés des chrétiens d'Espagne.


Échec de la croisade populaire

Les paysans partent les premiers, par milliers, sans autres armes que leur foi. Ils suivent un apôtre d'Amiens quelque peu fanatique, Pierre l'Ermite, et un simple chevalier, Gautier-sans-Avoir.


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Ces pèlerins, comme la plupart de leurs contemporains, n'ont guère conscience du temps historique. Ils se figurent le Christ comme à peine antérieur à eux et sont enclins à reconnaître ses meurtriers dans les juifs de rencontre. C'est ainsi que certains égarés, sous la conduite de chefs peu recommandables, se livrent à des massacres de juifs en Rhénanie, malgré la défense des évêques, et commettent des pillages jusqu'en Hongrie. C'est le début de l'antijudaïsme en Occident après plusieurs siècles de coexistence relativement pacifique entre juifs et chrétiens.


La croisade populaire arrive à Constantinople le 1er août 1096.

L'empereur Alexis Comnène recommande à Pierre l'Ermite d'attendre la croisade seigneuriale et installe les pèlerins de l'autre côté du Bosphore, sur la rive asiatique, pour prévenir les débordements. Mais, désobéissant à leurs chefs, les croisés se remettent en route. Leur périple tourne court et ils ne tardent pas à être massacrés ou capturés par les Turcs.

Les guerriers, quant à eux, prennent le temps de se préparer, et attendent le 15 août 1096 pour se mettre en route selon les instructions du pape. Près de trois ans s'écouleront avant qu'ils atteignent leur but, la libération de Jérusalem et du tombeau du Christ. -


André Larané

 

 

 

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Jehanne - dans Contexte historique
23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 21:42
Succès de la première Croisade (1096 - 1099).


Les guerriers francs d'Occident répondent en masse à l'appel du pape Urbain II, au concile de Clermont, en 1095, à faire le voyage de Jérusalem et délivrer le tombeau du Christ.

A la différence des paysans, ils prennent le temps de s'organiser. C'est le 15 août 1096, selon les instructions du pape, qu'ils se mettent en route pour la Terre sainte, sous la direction du légat pontifical Adhémar de Monteil.


Les croisés au secours de Byzance

L'expédition comprend quatre armées.

– Comme le roi Philippe 1er était sous le coup d'une excommunication et ne pouvait participer au voyage, les Français du nord se sont placés sous le commandement de Hugues de Vermandois.

– Les chevaliers des régions du Rhin et de la Meuse, au nombre de 10.000, sont dirigés par le comte Baudouin de Flandre et son frère, le duc de Basse-Lotharingie Godefroi (ou Godefroy) de Bouillon. Ce dernier n'a pas hésité à vendre ou engager une grande partie de ses domaines pour financer son expédition.

– Les Français du midi suivent le comte de Toulouse, Raimon IV de Saint-Gilles.

– D'Italie méridionale part une armée commandée par Bohémond de Tarente. Celui-ci est le fils de Robert Guiscard, l'un des seigneurs normands qui règnent sur la Sicile et l'Italie du sud. Il est accompagné de son neveu Tancrède.


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C'est Bysance !


Les trois armées de croisés venues de France se rejoignent à Constantinople
. Au total 150.000 personnes, seigneurs, soldats, clercs et serviteurs. Par son faste et sa munificence, la ville suscite l'émoi chez ces frustes guerriers d'Occident. Elle est à cette époque la plus grande cité du monde et sans doute la plus belle et la plus animée.

De cette rencontre entre l'Occident et l'Orient nous reste l'expression triviale : «C'est Byzance !»

Les Byzantins, de leur côté, croient pouvoir employer les Occidentaux à leur service comme de simples mercenaires. Ils ne tarderont pas à déchanter car les croisés n'ont nullement l'intention de se mettre à leurs ordres.

Mais pour l'heure, Godefroi de Bouillon s'agenouille devant l'empereur et invite les autres croisés à faire de même. Il promet à l'empereur de lui restituer tous les territoires qui seront repris aux Turcs et avaient naguère appartenu aux Byzantins.

Les croisés traversent le détroit du Bosphore. En mai 1097, avec leurs puissantes machines de siège, ils s'emparent de Nicée (aujourd'hui Iznik), qu'ils restituent comme promis à l'empereur Alexis 1er.

Le sultan turc Kilij Arslan croyait jusque-là n'avoir affaire qu'à des mercenaires engagés par le «roi des Roms», Alexis Comnène. Il se rend compte que les croisés sont mûs par une ardeur nouvelle qui les rend infiniment dangereux. Il envoie à leur rencontre une nombreuse armée de cavaliers. Mais celle-ci est défaite à Dorylée, au nord-ouest de l'Anatolie, le 1er juillet 1097, grâce à la charge in extremis d'une centaine de chevaliers conduits par Godefroi de Bouillon.

Les croisés, malgré un sol escarpé et un climat torride, franchissent le défilé du Taurus et débouchent dans les plaines de Cilicie. Entre temps, la quatrième armée, venue d'Italie méridionale, a débarqué à Constantinople et rejoint les autres.



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Bohémond de Tarente met le siège devant la ville d'Antioche, au nord de la Syrie. C'est la première cité importante sur le chemin de Jérusalem.

Pendant le siège, si l'on en croit la chronique citée par l'historien René Grousset, il se débarrasse d'une curieuse façon des espions musulmans qui infestent le camp: il ordonne de mettre à la broche des prisonniers turcs et à qui l'interroge, il répond sur un ton naturel qu'il s'agit d'améliorer l'ordinaire de l'état-major avec des espions.

Ces derniers ayant discrètement vérifié la chose ne se le font pas dire deux fois et quittent le camp sans attendre !

Le même Bohémond fait croire aux Byzantins qui l'accompagnent que des Francs de son armée en veulent à leur vie. Sans demander leur reste, les Byzantins s'enfuient. Alors, Bohémond réunit ses hommes et leur déclare que les Byzantins l'ayant abandonné, il se libère de son engagement de vassalité à l'égard de l'empereur byzantin ! Il se proclame prince d'Antioche le 2 juin 1098, lors de la chute de la ville après huit mois de siège et des pertes considérables chez les assiégeants comme chez les assiégés.

Si l'on en croit encore la chronique, c'est un habitant de la ville, un certain Firouz, fabricant de cuirasses de son état, qui aurait ouvert les portes de la ville aux croisés pendant la nuit, pour se venger de sa femme qui l'avait trompé !


Les croisés grisés par le pouvoir

Au terme de ces épreuves, les croisés sont à bout : longues marches sous la chaleur, maladies et manque de nourriture, sièges épuisants, combats frontaux contre les cavaliers turcs,... Un très grand nombre d'entre eux sont morts en chemin et chez les survivants, la lassitude le dispute à la foi.

Après la mort du légat pontifical, le 1er août 1098, beaucoup de seigneurs oublient la promesse faite à l'empereur byzantin et ne résistent plus à la tentation de s'offrir une principauté. Ainsi, à l'imitation de Bohémond de Tarente, qui s'est proclamé prince d'Antioche, Baudouin de Flandre attaque pour son compte la ville d'Édesse, en Mésopotamie du nord, au-delà de l'Euphrate.

Les croisés font ensuite le siège de la ville syrienne de Maaret en-Nomân (ou Maarat al-Numan), sur le chemin de Jérusalem. La ville est prise mais Bohémond et Saint-Gilles s'en disputent la possession.

L'expédition menace de s'enliser dans les querelles intestines. C'est alors que survient un événement inattendu : le 2 janvier 1099, les pèlerins les plus misérables de l'expédition s'insurgent. Pour obliger les grands seigneurs à reprendre leur voyage, ils décident de détruire eux-mêmes Maaret. Chose dite, chose faite. Au bout de quelques jours, il n'en reste plus une pierre debout... Ce qui n'arrange pas la situation des croisés, voués à la faim et au cannibalisme.

Des témoignages concordants attestent de cette pratique, inspirée par la nécessité de la survie et également par la haine de l'ennemi, dont les cadavres sont embrochés et rôtis. Les croisés vont de ce fait et pour longtemps s'attirer une réputation odieuse au sein des populations musulmanes.






La prise de Jérusalem

Enfin, les chefs de l'expédition se ravisent. Raimon de Saint-Gilles surmonte le premier la griserie du pouvoir.

Après quelques mois d'hésitation, il reprend sa marche vers Jérusalem en suivant la corniche libanaise. Il est bientôt rejoint par Godefroi de Bouillon.

Les rivalités entre musulmans vont servir les croisés. Pendant que les troupes turques du calife de Bagdad combattaient les croisés en Syrie, les musulmans fatimides d'Égypte profitaient de la situation pour attaquer la Palestine. C'est ainsi que le 26 août 1098, les Égyptiens avaient enlevé aux Turcs la ville de Jérusalem... avec les encouragements des Francs. Quand, un an plus tard, Raimon de Saint-Gilles et Godefroi de Bouillon arrivent au pied des murailles de Jérusalem, ils ont en face d'eux une ville en état de choc, avec des défenses affaiblies par un premier assaut.

Après un siège de plusieurs semaines, ils arrivent à bout de la garnison égyptienne et pénètrent dans la ville. Enfreignant les ordres de leur chef, les croisés massacrent les habitants qui s'étaient réfugiés dans les mosquées.

Avec la prise de Jérusalem, la croisade a atteint le but fixé par Urbain II, non sans d'immenses souffrances. Sur environ 150.000 croisés, combattants et non-combattants, moins d'un dixième sont arrivés au terme du voyage. Mais ceux-là ne sont pas au bout de leurs difficultés...


André Larané

 

 

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Jehanne - dans Contexte historique
23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 18:31
Les Croisés consolident leur conquête  (1099 - 1144).



Avec la conquête de la Syrie, de la Palestine et surtout de Jérusalem, les croisés ont atteint en 1099 le but que leur avait fixé trois ans plus tôt le pape Urbain II.

Deux ans plus tard est annoncée l'arrivée d'un nouveau convoi de 150.000 pèlerins en armes. Raimon de Saint-Gilles va à leur rencontre à Constantinople pour les guider à travers l'Anatolie. Mais les pèlerins veulent avant tout délivrer Bohémond de Tarente, momentanément prisonnier des Turcs dans une forteresse du Taurus, à l'Est de l'Anatolie. Raimon tente de les dissuader de cette folie. En vain.

L'immense troupe s'enfonce dans des déserts inconnus et se fait massacrer par les Turcs. Avec ce désastre, les croisés perdent l'espoir de peupler de chrétiens d'Occident les terres qu'ils viennent de conquérir. Ils vont devoir survivre en petit nombre, en s'appuyant sur les chrétiens orientaux, Grecs, Arabes ou Arméniens, qu'ils encourageront à s'établir sur leurs terres.

Des croisés repartent chez eux, estimant leur mission accomplie, cependant qu'en Occident, d'autres chevaliers se croisent et vont par petits groupes prêter main-forte à ceux qui sont restés en Orient. Ces flux, par terre ou par mer, ne vont jamais cesser pendant un siècle.


La Palestine à l'heure féodale

Les barons francs se partagent leurs conquêtes. Ils reconstituent sur place le système féodal. Ainsi se constituent les États francs de Palestine et de Syrie : comté d'Édesse et principauté d'Antioche, sous l'autorité d'un suzerain commun, l'«avoué du Saint-Sépulcre», Godefroi de Bouillon. A ce dernier, qui meurt en 1100, succède son frère Baudouin de Boulogne qui prend le titre de roi de Jérusalem sous le nom de Baudouin 1er.

Raimon de Saint-Gilles, déçu de n'avoir pas eu la couronne de Jérusalem, entame le siège de Tripoli, un port prospère situé au nord du Liban actuel. La forteresse de Mont-Pèlerin, qu'il a érigée au-dessus de la ville, domine encore celle-ci. Mais c'est seulement à ses héritiers que reviendra l'honneur d'entrer enfin dans la ville le 12 juillet 1109 et de fonder ainsi un quatrième État franc, le comté de Tripoli.





Au contact des musulmans et des chrétiens orientaux, les croisés restés en Palestine et en Syrie créent une culture originale, mi-latine, mi-orientale.

Leurs descendants, souvent issus de mariages avec des femmes orientales (arméniennes, grecques ou syriaques, voire sarrasines), sont connus sous le surnom de «poulains» (l'équivalent du mot actuel «créoles»). Bons connaisseurs des réalités du pays, ils savent que leurs États, pris en tenaille entre l'Égypte fatimide et la Syrie turque, l'une et l'autre musulmane, ne pourront survivre qu'aussi longtemps que ces États resteront désunis.


Première contre-offensive turque

Dès 1110 prend forme la contre-offensive turque avec le siège d'Édesse par le seigneur turc (ou atâbeg) de la ville voisine de Mossoul. Les croisés, unissant leurs forces, sauvent Édesse mais doivent évacuer quelques postes avancés. La population arménienne de ces villes est massacrée. En représailles, le chef normand Tancrède impose un tribut au roi turc d'Alep et fait ériger une croix au sommet du principal minaret de la ville.

A Bagdad, où siège le calife, chef spirituel de tous les musulmans, la foule, conduite par des bourgeois d'Alep, manifeste violemment sa colère dans la grande mosquée, à l'heure de la prière. Elle exige du calife et du sultan une réplique immédiate. Mais Baudouin 1er, prodigieux guerrier et roi efficace, réunit tous ses vassaux et repousse avec succès une nouvelle offensive de l'atâbeg de Mossoul, Maudoud.

La chevalerie franque, disciplinée, ferme sur ses positions et protégée par ses armures de fer, a encore raison de la cavalerie légère des Turcs et des Arabes. Au terme de cette campagne, le royaume musulman d'Alep fait allégeance aux Francs. Le roi meurt le 2 avril 1118 alors qu'arrive à Jérusalem son cousin Baudouin du Bourg, comte d'Édesse. Les barons font aussitôt de ce dernier le roi Baudouin II.


Moines et chevaliers

Le nouveau roi va consolider la conquête franque. On assiste sous son règne à la naissance d'ordres monastiques originaux, qui rassemblent des chevaliers dévoués à la défense du Saint-Sépulcre et de la Terre sainte. Tout en conservant leur vocation militaire, ces chevaliers font, comme les moines ordinaires, voeu de chasteté et de pauvreté.


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Les plus connus de ces ordres combattants sont les Templiers (Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon) et les Hospitaliers, futurs chevaliers de Rhodes puis de Malte.

L'ordre des Templiers est fondé de toutes pièces en 1118 par le Champenois Hugues de Payens et installé dans le «Temple de Salomon» (l'actuelle mosquée el-Aqsâ, sur l'esplanade du Temple).

Les Hospitaliers tirent leur nom d'un hôpital fondé à Jérusalem vers 1070 et développé par un mystique provençal, Gérard, mort en 1120. Il revient à son successeur, Raymond du Puy, de transformer cette communauté charitable en ordre monastique voué à la défense du Saint-Sépulcre.

Les uns et les autres construisent de puissantes forteresses en pierre qui condensent le savoir-faire militaire de l'Occident et de l'Orient. Appelées kraks, d'après un mot arabe qui signifie forteresse, elles ne seront jamais conquises par des armées ennemies.

Faisant preuve d'un remarquable esprit de discipline et d'une redoutable efficacité militaire, ces ordres monastiques vont se pervertir au bout de quelques décennies du fait de leur succès et de leur colossale richesse, jusqu'à trahir la cause franque comme on le verra lors de la bataille de Hattîn.


Précaire équilibre

Les Turcs mènent en ordre dispersé la guerre contre les principautés franques, elles-mêmes trop souvent divisées.

Le 28 juin 1119, le prince Roger d'Antioche assisté de 700 chevaliers attaque imprudemment quelques dizaines de milliers de Turcs. Le massacre est général et la ville d'Antioche manque d'être conquise par les Turcs, n'était la réaction immédiate du roi de Jérusalem.

Habile politique, Baudouin II veille à attiser les divisions dans le camp turc et n'hésite pas à s'allier avec tel chef musulman contre tel autre. Cette attitude suscite la désapprobation et le mépris des nouveaux arrivants. Ces guerriers fraîchement débarqués d'Europe se montrent avides d'en découdre avec les infidèles. Ils ne comprennent pas la prudence du roi et des poulains. D'où de très nombreuses erreurs stratégiques qui vont mener les États francs à leur perte en l'espace de deux générations.


André Larané

 

 

 

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Jehanne - dans Contexte historique
23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 18:20
Les contre-offensives musulmanes (1146 - 1187).



Peu à peu, la contre-offensive turque s'organise. L'atâbeg ou seigneur de Mossoul, le Turc Zengi, est nommé par le sultan gouverneur d'Alep le18 juin 1129. Avec lui va débuter la reconquête musulmane. Celle-ci est favorisée par la mort inopinée du prince Bohémond II d'Antioche en février 1130.

Alix, veuve de Bohémond d'Antioche et par ailleurs fille du roi Baudouin II, veut déposséder sa propre fille Constance de son héritage. Elle n'hésite pas pour cela à demander l'assistance de... Zengi! Surprenante querelle de famille comme on en verra de nombreuses dans cette Syrie franque livrée aux appétits et aux faiblesses des hommes... et des femmes.

Baudouin II ramène heureusement sa fille à la raison et devient régent d'Antioche pour le compte de Constance. Mais il meurt le 21 août 1131. Sa fille Mélisende lui succède avec son époux Foulque d'Anjou (on le surnomme «Plantagenêt» car il a coutume de porter une branche de genêt piquée dans son chapeau!). Celui-ci, homme déjà mûr, a marié son fils Geoffroy (ou Godefroi) à l'héritière du trône d'Angleterre, ce qui vaudra à son petit-fils de devenir roi d'Angleterre sous le nom d' Henri II.

En attendant, voilà Foulque d'Anjou roi de Jérusalem. Pour contrer les ambitions de Zengi, il reprend la diplomatie habile de Baudouin II visant à opposer les princes musulmans entre eux. C'est ainsi qu'en juin 1137, il se porte au secours du royaume turc de Damas, attaqué par Zengi. Il tente par ailleurs de s'allier à l'empereur byzantin Jean Comnène mais la méfiance entre Francs et Byzantins a raison de cet ambitieux projet qui eût changé l'Histoire de l'Orient.

Le roi Foulque meurt le 10 novembre 1143 d'un accident de chasse et lui succède son fils Baudouin III, âgé de 13 ans, sous la régence de la reine Mélisende. Profitant de la faiblesse du royaume, l'atâbeg de Mossoul entame le 28 novembre 1144 le siège de la ville d'Édesse, poste avancé de la Syrie franque en Mésopotamie du nord, au-delà de l'Euphrate. La ville tombe le 23 décembre. Les Latins sont massacrés mais le vainqueur prend soin de ménager les chrétiens indigènes en prévision des conquêtes à venir.

Mais Zengi est assassiné par ses pages le 14 septembre 1146. Son royaume est partagé entre ses deux fils, Ghâzi qui reçoit Mossoul et Nour el-Dîn Alep. Mais un mois plus tard, coup de théâtre. Les Arméniens d'Alep ouvrent les portes de la ville à leur ancien comte Jocelin II. Celui-ci entre dans la ville avec ses chevaliers cependant que la citadelle reste aux mains des Turcs. Nour el-Dîn lui-même accourt avec ses troupes. Les Francs sont taillés en pièces et les Arméniens massacrés sans pitié ou vendus comme esclaves sur les marchés d'Orient.

Là-dessus, la reine Mélisende rompt avec la sage diplomatie de ses prédécesseurs en marchant contre le roi de Damas pour appuyer la révolte d'un émir local. Mauvais présage.


La deuxième croisade (1147).

La chute d'Édesse suscite l'émoi en Occident. Saint Bernard, abbé de Clairvaux et conseiller des souverains, lance sur la colline de Vézelay, en Bourgogne, le jour de Pâques 1146 (31 mars), un appel vibrant aux chevaliers. C'est le signal de ce que les historiens considèrent comme la deuxième croisade.

Deux souverains et non des moindres se mettent à la tête de l'expédition: le roi de France Louis VII, accompagné de sa jeune épouse Aliénor d'Aquitaine, et l'empereur allemand Conrad III de Hohenstaufen.



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Allemands et Français suivent l'itinéraire terrestre des premiers croisés (un demi-siècle plus tôt).

Ils entrent de concert à Constantinople mais ne s'entendent pas avec l'empereur byzantin Manuel Comnène. Et l'on frôle (déjà) la guerre entre chrétiens d'Orient et d'Occident.

En Anatolie, la chevalerie allemande, exténuée, est assaillie par la cavalerie turque et obligée de se replier sur Nicée en ayant perdu le quart de ses effectifs.

Louis VII, qui suit Conrad III de loin, n'éprouve pas moins de difficultés. Arrivé en Anatolie par la route terrestre, il est assailli par les Turcs et, pour leur échapper, se résigne à embarquer pour Antioche. Il y est accueilli chaleureusement par le prince Raymond d'Antioche, oncle de sa propre femme Aliénor d'Aquitaine.

Raymond compte sur le roi pour attaquer l'ennemi turc en son coeur, Alep. Mais Louis VII préfère nuitamment quitter Antioche pour gagner Jérusalem. Officiellement, le roi veut gagner le Saint Sépulcre, objectif de son voyage. Mais on sussurre qu'il est jaloux de Raymond et soupçonne Aliénor d'être (trop) sensible aux charmes et à l'énergie de son oncle.

A Jérusalem, Louis VII et Conrad III cèdent aux sollicitations de la reine Mélisende et décident de mettre le siège devant Damas!Le siège va échouer. Il n'aura d'autre effet que de resserrer les liens entre les frères ennemis de l'islam, la principauté de Damas et celle de Mossoul, pour le plus grand malheur des croisés.

La deuxième croisade débouche sur un fiasco et les souverains s'en retournent au bout de quelques mois sans avoir même tenté de repousser l'atâbeg de Mossoul.



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Devenu majeur, le fils du roi Foulque d'Anjou et de Mélisende monte sur le trône de Jérusalem en 1152 sous le nom de Baudouin III. C'est le premier roi de Jérusalem qui soit né dans le pays, un poulain donc! Il chasse sa mère et prend les choses en main, non sans quelques déconvenues. Il presse sa jeune cousine Constance, veuve du prince d'Antioche Raymond de Poitiers, de se remarier. Celle-ci s'éprend d'un beau chevalier français sans fortune, Renaud de Châtillon.

A la tête de la principauté d'Antioche, cet aventurier sans cervelle va multiplier les coups de main et les actes de brigandage, y compris contre l'île byzantine et chrétienne de Chypre... Et l'on verra comment beaucoup plus tard, après une longue captivité en terre d'islam, il mènera le royaume de Jérusalem à sa perte par son comportement éhonté.

De son côté, Nour el-Dîn ne perd pas de temps. Il s'empare de Damas et y fait son entrée le 25 avril 1154. Coup dur pour les États francs de Palestine qui doivent désormais affronter une Syrie unifiée, placée qui plus est sous la direction d'un homme remarquable, combattant de l'islam qui vit en ascète. C'est pour eux le début d'un inexorable déclin.

Baudouin III combat son ennemi, le nouveau sultan de Damas, avec bravoure et habileté. Mais il meurt prématurément en 1162, sans doute empoisonné par son médecin. Il n'a que 33 ans. Son frère Amaury 1er lui succède sur le trône de Jérusalem.

Au même moment, Nour el-Dîn tourne ses regards vers l'Égypte, affaiblie par des luttes de palais. Le maître de la Syrie veut réunifier les deux grandes parties du monde arabe avant de porter ses coups contre les États francs.

Amaury 1er et le sultan de Damas se disputent les faveurs de l'Égypte. C'est finalement le second qui l'emporte ou plutôt son représentant sur place, un jeune officier kurde appelé à un illustre destin, Saladin.


Saladin devient vizir d'Égypte en 1169 et cinq ans plus tard, en 1174, profite de la mort de Nour el-Dîn pour faire son entrée à Damas. Le nouveau sultan refait l'unité des deux grands morceaux du monde arabe, la Syrie et l'Égypte, et prend ainsi en tenaille la Palestine franque.

Le 11 juillet de la même année, à Jérusalem, le roi Amaury 1er meurt du typhus. Il a 39 ans. Pour les croisés établis en Palestine depuis trois générations, c'est une perte immense. Son fils et successeur, Baudouin IV, est courageux et intelligent. Mais il n'a que 13 ans et l'on découvrira bientôt qu'il est atteint de la lèpre. Il en mourra à 24 ans et c'est son beau-frère, un homme faible et indigne, Guy de Lusignan, qui recueillera la couronne de Jérusalem.

Le 3 juillet 1187, au pied des collines de Hattîn, près du lac de Tibériade, Saladin remporte une victoire écrasante sur les Francs, desservis par l'incompétence du roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, la trahison du grand-maître des Templiers, Gérard de Ridefort, et la brutalité de Renaud de Châtillon.

Le 3 octobre suivant, le sultan entre à Jérusalem. Stupeur en Occident. Les Francs de Palestine réclament une troisième croisade.

Après s'être beaucoup attardés en Sicile, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard 1er débarquent avec leurs armées sur la côte proche-orientale. Mais le coeur n'y est plus et les dissensions sont plus vives que jamais.

La malchance est au rendez-vous: le plus puissant des croisés, l'empereur d'Allemagne Frédéric Barberousse, n'atteint pas le terme de son voyage. Il est emporté par un torrent, le Cydnos, en Anatolie, et son armée, privée de son chef charismatique, se débande sans attendre.

Le roi d'Angleterre remporte quelques succès, à commencer par la prise d'Acre au terme d'un interminable siège. Il y gagne le surnom de Coeur de Lion. Il se signale aussi par un acte de barbarie: le massacre sur la plage de 2.700 prisonniers turcs que le sultan Saladin était pourtant disposé à racheter au prix fort.

Mais le départ précipité de Philippe Auguste laisse Richard seul face à Saladin. Le roi d'Angleterre noue de bonnes relations avec Mélik el-Adil, frère et héritier de Saladin. Il envisage même un moment de lui donner sa soeur Jeanne en mariage pour qu'ensemble, dans la tolérance, ils gouvernent la Terre sainte! Mais ce projet utopique avorte dans l'oeuf. Les menaces qui pèsent sur sa couronne d'Angleterre obligent Richard à conclure une trêve et à se rembarquer pour l'Europe. Peu après, le 4 mars 1193, le sultan Saladin meurt à Damas à l'âge de 55 ans.

Lui succède son frère, Mélik el-Adil, l'ami de Richard Coeur de Lion.

Une paix fragile semble enfin prendre forme. Les Francs restent en possession de quelques ports (on dit aussi échelles ou escales, en raison des échelles par lesquelles on accède des bateaux aux quais), en particulier Tyr, qu'a défendu avec énergie Conrad de Montferrat avant d'être poignardé par des Assassins.

Mais ils renoncent à la Ville sainte au profit des Turcs en conservant seulement un droit d'accès au tombeau du Christ, le Saint-Sépulcre... Ce n'est qu'en 1918 qu'une armée occidentale, sous le commandement du général britannique Allenby, reprendra pied à Jérusalem.


La couronne de Jérusalem est confiée à un seigneur franc, le comte Henri II de Champagne, après que celui-ci eût été marié à Isabelle de Jérusalem, soeur cadette de Sybille et du roi Baudouin IV le Lépreux.

Cette belle jeune femme est déjà veuve d'un quelconque Onfroi de Toron et de Conrad de Montferrat. Mais à peine s'est-elle attachée à son nouveau mari que celui-ci tombe à la renverse d'une fenêtre et meurt.

Les barons francs de Terre sainte la marient illico à Amaury de Lusignan, qui a succédé à son frère Guy à la tête du royaume de Chypre et devient de la sorte, sous le nom d'Amaury II, le nouveau roi de Jérusalem.

Ainsi se transmet par les femmes la malheureuse couronne d'un royaume sans capitale.




 

 

 

 

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Jehanne - dans Contexte historique
23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 18:03
Ultimes Croisades (1189 -  1291)



Suite à la victoire du sultan Saladin à Hattîn et à la chute de Jérusalem, les Francs de Palestine ont fait appel une troisième fois à leurs coreligionnaires d'Occident. Mais la nouvelle expédition n'a pas réussi à reprendre Jérusalem, du fait des dissensions entre les rois Richard Coeur de Lion et Philippe Auguste. Après le retour chez eux des deux souverains, les Francs n'ont plus conservé en Palestine qu'un droit d'accès au tombeau du Christ, le Saint-Sépulcre, et quelques ports sur le littoral du Levant.


– Le scandale de la quatrième croisade (1204)

Un siècle après l'appel du pape Urbain II, la chrétienté occidentale est en pleine transformation (mutation, dirait-on aujourd'hui).

Le commerce et l'urbanisation se développent, le niveau de vie s'améliore, le servage disparaît. Des États modernes émergent. L'art gothique est en plein essor... Les gens n'ont plus autant d'enthousiasme pour aller reconquérir Jérusalem. En Terre sainte même, les ports francs d'Acre, Tyr et Tripoli (au nord de l'actuel Liban) sont devenus de très fructueux lieux d'échanges entre l'Orient et l'Occident. Ils font la fortune des marchands italiens.

Il faut toute l'énergie du pape Innocent III pour mettre sur pied une nouvelle expédition. Celle-ci est confiée à de simples chevaliers. Pour le transport, on fait appel aux navires de Venise. Mais les Vénitiens exigent des chevaliers, en guise de paiement, qu'ils s'emparent pour leur compte de la ville chrétienne de Zara en Dalmatie et rétablissent sur le trône de Byzance un empereur à la solde de Venise.

Le pape a beau protester et excommunier les Vénitiens, rien n'y fait. Au lieu d'aller combattre les infidèles, les croisés s'emparent de Byzance le 12 avril 1204 et mettent à sac la ville. Ils instaurent pour finir un «Empire latin» avec à sa tête l'un des leurs. Ce détournement de la 4e croisade scandalise à bon droit la chrétienté et élargit le fossé qui sépare la chrétienté orthodoxe de rite grec de la chrétienté catholique de rite latin.


– «Croisade des enfants» et 5e croisade (1217)

La suite n'est plus qu'une interminable agonie... malgré les qualités du nouveau roi de Jérusalem. Celui-ci, Jean de Brienne, est un seigneur champenois élu par les barons de Terre sainte sur les conseils du roi de France Philippe Auguste.

Énergique sexagénaire, au demeurant bel homme, il est marié en 1208, pour la bonne cause, à l'héritière du royaume de Jérusalem, la fille d'Isabelle et Conrad de Montferrat, alors âgée de 17 ans.

En 1212, en France et en Allemagne, des enfants ou «pastoureaux» se rassemblent au sein d'une improbable expédition, à l'appel d'un jeune illuminé, et malgré les avertissements du pape et des seigneurs, tentent de se rendre à Jérusalem. Leur sort est tragique. Beaucoup, s'étant livrés de confiance à des armateurs, sont vendus comme esclaves en Égypte. Les autres périssent sur les routes.

Là-dessus, le pape Innocent III lance au concile Latran IV l'idée d'une nouvelle croisade. Celle-ci est mise en oeuvre par son successeur, Honorius III et placée sous le commandement du duc d'Autriche Léopold VI, du roi de Hongrie André II et du roi de Jérusalem. Les deux souverains débarquent à Acre en septembre 1217 mais ils rechignent à unir leurs troupes sous le commandement avisé du roi Jean de Brienne. Après de vaines escarmouches avec les musulmans, André II se lasse et rentre chez lui.

Comme de nouveaux renforts débarquent, Jean de Brienne décide alors d'attaquer... l'Égypte. Son objectif est d'asphyxier le poumon du monde arabe en s'emparant de ses débouchés maritimes, Alexandrie et Damiette, puis de négocier leur rétrocession de Jérusalem. Ce calcul n'est pas loin de réussir. Toujours portés par la supériorité militaire que leur confèrent leur discipline et leurs armures de fer, les croisés débarquent devant Damiette le 29 mai 1218.

Le sultan d'Égypte Mélik el-Kâmil, neveu de Saladin, se montre disposé à céder Jérusalem contre la levée du siège... Mais le mauvais sort s'acharne sur les croisés en la personne du légat pontifical, Pélage. Ce nouveau-venu repousse la transaction. Il prétend obtenir à la fois Damiette et la Ville sainte.

Enlevant le commandement de l'armée à Jean de Brienne, il lance une folle expédition vers Le Caire. L'armée est prisonnière de la crue du Nil et doit se rendre. Le sultan, magnanime, la renvoie dans ses foyers cependant que Jean de Brienne se livre en otage... Pélage n'a d'autre solution que de rentrer à Rome où il se fait copieusement tancer par le pape Honorius III.


– La fausse croisade de Frédéric II (1229)

La tentative suivante de reconquête de Jérusalem n'a rien d'une expédition militaire. Elle est le fait de Frédéric II de Hohenstaufen, titulaire de l'empire d'Allemagne et héritier par sa mère du royaume normand de Sicile.

Cultivé, curieux, ami des lettrés musulmans, ce prince manifeste par ailleurs un grand cynisme et une absence totale de piété. L'historien René Grousset dit de lui: «Si Frédéric II affectait de tant admirer l'islam, c'était un peu à la façon de Montesquieu et de Voltaire, moins pour l'islam lui-même que contre l'Église romaine».

A l'occasion de son sacre, en 1220, l'empereur allemand fait au pape Honorius III, en 1220, le voeu de se croiser... Bientôt veuf, il se propose d'épouser la fille du roi de Jérusalem Jean de Brienne, Isabelle. Celle-ci a 11 ans et lui-même 28.

Jean de Brienne, ébloui, envoie sa fille en Sicile. Elle y mourra bientôt de chagrin cependant que son père, victime d'un marché de dupes, devra dès le soir des noces, céder ses droits sur la couronne de Jérusalem à son cynique gendre.







En 1227, lassé d'attendre la croisade promise par Frédéric II, le nouveau pape Grégoire IX excommunie l'empereur.

Encore sous le coup de l'excommunication, Frédéric II se résigne à prendre le chemin de l'Orient. Il traite avec le sultan Mélik el-Kâmil et achète le droit d'entrer dans la Ville sainte et de s'y faire couronner roi de Jérusalem. En échange, il convient de mettre ses troupes au service du sultan d'Égypte dans la guerre que celui a engagée contre... son frère, le sultan de Damas. Mais le temps que l'empereur arrive en Terre sainte, le sultan de Damas est mort et avec lui la guerre fratricide.

De mauvais gré, le sultan d'Égypte livre à Frédéric Jérusalem, Bethléem, Nazareth et Sidon par l'accord de Jaffa du 11 février 1229. Détesté par les Francs de Palestine et leur chef, le seigneur de Beyrouth Jean d'Ibelin, méprisé par les musulmans qui ne goûtent pas son athéisme et son cynisme, Frédéric II reprend sans attendre le chemin de la Sicile. Dès le 23 août 1244, des bandes de Turcs Khwarizmiens allaient définitivement enlever Jérusalem aux Francs.


– La septième croisade (1249-1254)

Le roi de France Louis IX (futur Saint Louis) se montre très affecté par la perte de Jérusalem. Il entreprend de son propre chef une nouvelle croisade. S'embarquant avec son armée à Aigues-Mortes, en Provence, il atteint le delta du Nil et s'empare de Damiette. Le 8 février 1250, il bat à La Mansourah, plus au sud, l'armée du sultan, composée de mercenaires appelés mamelouks.

Mais son avant-garde s'aventure imprudemment sur la route du Caire en dépit de ses ordres. Bientôt, toute l'armée est bloquée sur place par la crue du Nil et menacée par la famine et l'épidémie. Elle tente de battre en retraite. Le roi de France est fait prisonnier en protégeant son arrière-garde. Le vainqueur est un mamelouk turc promis à un grand destin, Baïbars l'Arbalétrier. Sa dynastie, se substituant à celle de Saladin, règnera sur l'Égypte jusqu'à l'arrivée de... Bonaparte.

Hôte forcé des Égyptiens, Saint Louis impressionne ses geôliers par sa piété et sa grandeur d'âme. Libéré contre une rançon et la restitution de Damiette, il rentre en France après un séjour de quatre années dans les échelles franques du Levant dont il restaure l'administration et les défenses.


– Huitième et dernière croisade (1270)

Saint Louis est encore à l'origine de la huitième et dernière expédition. Comme précédemment, il s'embarque avec son armée à Aigues-Mortes mais se dirige vers... Tunis. Son objectif est de convertir le sultan hafside El-Moutansir et de le dresser contre le sultan mamelouk d'Égypte Baïbars, celui-là même qui l'a capturé lors de la précédente croisade.

Mais les barons francs sont las et à peine débarquée à Carthage le 17 juillet 1270, l'armée est frappée par une épidémie de typhus. Le roi lui-même est atteint et meurt pieusement sous les murs de Tunis, emportant avec lui l'idéal religieux de la croisade.

Les ultimes vestiges de la présence franque en Palestine disparaissent en 1291 avec la chute de Saint-Jean-d'Acre aux mains des mamelouks.


André Larané

 

 

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Jehanne - dans Contexte historique
23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 17:46
Histoire de la Peste.



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La peste, dont le nom vient du latin pestis (fléau), n'a été identifiée qu'en 1894 par le médecin Alexandre Yersin. Elle provient d'un microbe très résistant qui porte le nom de son découvreur : le bacille de Yersin. Il existe à l'état naturel chez certains rongeurs d'Asie et peut être transmis par l'intermédiaire de puces à des rats et, de là, à l'homme. Notons que la puce en question est rebutée par l'odeur des moutons et des chevaux, de là le fait que les bergers et les palefreniers n'étaient pas contaminés par la maladie.

La peste a souvent été confondue avec d'autres maladies. Ainsi c'est le typhus qui a emporté Périclès à Athènes en 329 avant JC , de même que pour Saint Louis devant Tunis en 1270.


Premières apparitions du fléau.

La peste proprement dite apparaît pour la première fois en Europe et dans le bassin de la Méditerranée en 541-542, au temps des rois mérovingiens et de l'empereur Justinien. Chaque année, elle prélève son lot de victimes dans la population, affaiblie par la misère et l'insécurité propres aux temps barbares. Puis, à partir de 767, au temps de Charlemagne, les chroniques en perdent la trace... mais elle reste endémique en Orient, en Inde et en Chine.

La peste bubonique (avec apparition de «bubons» ou tumeurs à l'aine) fait sa réapparition en 1320 en Mongolie. De là, elle se répand alentour et atteint la mer Noire fréquentée par les Génois. Comme les Mongols assiègent la ville de Caffa (aujourd'hui Féodossia, en Ukraine), ils envoient des cadavres contaminés par-dessus les murailles. Des marins génois arrivent à fuir la ville mais en emportant avec eux le terrible bacille.

En accostant en 1347 à Gênes et Marseille, ils vont ouvrir au fléau les portes de l'Occident. La «Grande Peste»«Peste noire» va tuer en quelques mois jusqu'à 40% de la population de certaines régions, ressurgissant par épisodes ici ou là.
ou

Les Européens croient au début que les miasmes de la peste se répandent par voie aérienne. Aussi n'ont-ils rien de plus pressé, lorsque l'épidémie atteint une ville, que de fuir celle-ci. Le poète Boccace raconte cela dans le Décaméron, son recueil de contes écrit après que Florence ait été atteinte par la Grande Peste de 1347. Cette fuite est la pire attitude qui soit car elle a pour effet d'accélérer la diffusion de l'épidémie.

En quatre ans, 25 à 40 millions d'Européens vont en mourir. Par milliers, des villages sont désertés. Les friches, la forêt et les bêtes sauvages regagnent le terrain perdu au cours des deux siècles précédents qui avaient vu les campagnes se développer et se peupler à grande vitesse...

Mais, dès la génération suivante, la vie reprend le dessus. Paysans et manouvriers, profitant de la raréfaction de la main-d'oeuvre, imposent aux seigneurs et aux employeurs des libertés nouvelles et des augmentations de salaires. Ces revendications s'accompagnent de graves crises sociales, la plus célèbre étant la Grande Jacquerie de 1358.






Les débuts de la prévention.


Au début du XVIe siècle, l'Italien Jérôme Fracastor conteste que la maladie se propage par voie aérienne et suggère une contagion d'homme à homme ou d'animal à homme.

Dans ces conditions, il importe avant tout d'isoler les villes et les régions atteintes. En 1478, en Catalogne, pour la première fois, on a l'idée d'isoler les villes contaminées par des cordons de soldats. Cette technique dite de la «ligne» est peu à peu perfectionnée par les Espagnols avec un réel succès : l'armée coupe les communications et tire à vue sur les personnes qui tentent de passer !

En 1662, Colbert introduit la technique en France. Un corps de médecins est spécialement chargé de détecter l'épidémie et l'armée se doit d'isoler avec rigueur les zones contaminées. C'est un succès et l'on n'entend bientôt plus parler de foyers d'infection. Mais, au fil des années, la vigilance se relâche et c'est ainsi que va survenir le drame de Marseille en 1720, dernière manifestation du fléau en Europe.




René Castillon.

 

 

 

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Jehanne - dans La Médecine
23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 17:21
La grande Jacquerie.



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Le 21 mai 1358, une centaine de paysans du Beauvaisis s'en prennent aux maisons de gentilshommes et aux châteaux de la région, tuant les habitants et brûlant les demeures. Leur révolte s'étend très vite à la paysannerie du bassin parisien. C'est le début de la plus grande des
«jacqueries» qui ont ensanglanté les campagnes françaises au Moyen Âge.



Les Jacqueries.


Les
jacqueries sont des révoltes paysannes ainsi nommées d'après l'appellation de Jacques    ou Jacques Bonhomme donnée aux paysans.Leurs participants ne sont pas de pauvres hères. Au contraire, ils figurent parmi les paysans aisés de l'une des régions les plus riches d'Europe et leurs révoltes sont motivées par la rage d'être spoliés par les seigneurs et les bourgeois.



Indigne noblesse.


La noblesse française a été laminée par les Anglais à la bataille de Poitiers et le roi Jean II le Bon a été fait prisonnier et emmené à Londres.

Les paysans ne supportent pas que les nobles, défaits au combat et ayant souvent fui de façon très lâche devant les Anglais, fassent maintenant pression sur eux pour leur extorquer de nouvelles taxes. Ils le supportent d'autant moins que, depuis l'épidémie de Grande Peste qui a ravagé l'Occident dix ans plus tôt et tué une grande partie de la population, les seigneurs et les grands propriétaires sont partout en quête de main-d'oeuvre pour remettre en culture les terres abandonnées.

Qui plus est, des bandes de soldats désoeuvrés courent la campagne et ravagent les villages, pillant, violant et tuant à qui mieux mieux. De cette époque date le changement de sens du mot «brigand», qui à l'origine désignait un soldat et finit par ne plus désigner qu'un bandit.

Les villageois résistent avec leurs pauvres moyens. Et l'on raconte à l'envi l'histoire du Grand Ferré, un robuste géant des environs de Compiègne qui, choqué par la mort de son seigneur lors d'une attaque de brigands, s'en prit à ces derniers et en tua, dit-on, des dizaines avant d'aller se désaltérer d'une grande rasade d'eau glacée. Mal lui en prit. Saisi de fièvre, il trouva encore la force d'abattre quelques brigands avant de succomber au mal.






Malentendu.

Dans le même temps, les bourgeois de Paris conduits par le prévôt des marchands, Étienne Marcel, chassent Charles, le fils du roi Jean le Bon.

Le dauphin (ainsi appelle-t-on l'héritier de la couronne) rassemble ses fidèles en vue de reprendre sa capitale. Le 14 mai 1358, il prend l'ordonnance dite du Vermandois en vue de renforcer les forteresses qui bordent l'Oise, la Seine et la Marne. Son objectif est d'affamer Paris en bloquant le ravitaillement qui lui arrive par les trois cours d'eau.

Il semblerait que des agents d'Étienne Marcel aient fait croire aux paysans des environs que ces dispositions militaires visaient à leur soumission. C'est dans ces conditions que survient la Grande Jacquerie du Beauvaisis. Sous l'impulsion d'un certain Guillaume Calle ou Carle (ou Karle), un ancien soldat originaire du village de Mello, près de Senlis, elle rassemble en quelques semaines 6.000 paysans... et trouve auprès d'Étienne Marcel un soutien intéressé.

Respectueux de la monarchie, les paysans veulent exercer le droit qui leur est reconnu de résister aux exactions des hommes d'armes, nobles ou brigands. Mais cette fois, le droit de résistance dégénère en exactions de la pire espèce. Et les habitants des bourgs se joignent aux paysans dans les pillages.



Impitoyable répression.


À Meaux, les Jacques repoussent les soldats et quelques dames de la noblesse, dont la duchesse de Normandie, épouse du régent et dauphin Charles, dans la forteresse qui domine la ville. Les assiégés s'attendent au pire quand ils voient arriver à leur secours le comte de Foix Gaston Phoebus, ainsi surnommé en raison de sa prestance et de sa beauté, ainsi que Jean de Grailly, captal (capitaine) de Buch. L'un et l'autre reviennent d'une croisade contre les païens de Prusse.

Le samedi 9 juin 1358, paysans et bourgeois de Meaux se ruent vers la forteresse de la ville où les attendent de pied ferme les soldats. Un corps à corps se livre sur le pont de la Marne. Les attaquants reculent. Victorieux, les nobles se vengent sans ménagement. Ils pendent le maire et mettent à sac la ville. Celle-ci va brûler pendant deux semaines.

Tandis qu'à Meaux les Jacques se font tailler en pièces, Guillaume Carle fait le siège de la forteresse d'Ermenonville, au nord-est de Paris, avec le concours de quelques milices parisiennes envoyées par Étienne Marcel.

Le capitaine général des Jacques lève le siège en apprenant que le roi de Navarre Charles le Mauvais, assisté de 400 lances, a pris la tête de la répression dans le Beauvaisis. Il se rend à sa rencontre dans les environs de Clermont-en-Beauvaisis. Le roi de Navarre fait mine de vouloir négocier un armistice. Quand Guillaume Carle se rend à sa rencontre pour en discuter, il est aussitôt capturé. Le lendemain, le 10 juin 1358, les paysans privés de leur chef sont écrasés à Mello. C'est la fin. Plusieurs milliers sont massacrés un peu partout et les villages incendiés en guise de punition. Les chefs sont impitoyablement torturés et exécutés. À Clermont-en-Beauvaisis, Guillaume Carle est décapité après avoir été couronné d'un trépied de fer chauffé à blanc !

Ce drame relaté par le chroniqueur Jean Froissart ne met pas pour autant un terme aux révoltes paysannes. D'autres surviennent tout au long des décennies suivantes, notamment en Angleterre, en 1381, sous la conduite de Wat Tyler, et en Hongrie.

Le cinéaste John Huston a réalisé un film intéressant, quoique oublié, autour de la Grande Jacquerie : Promenade avec l'amour et la mort, avec Angelica Huston et Assaf Dayan (le fils de Moshe) dans les rôles principaux.




Source Hérodote.net

 

 

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